The White Stripes – De Stijl

Publié par le 22 juin 2020 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 1 commentaire

(Sympathy For The Record Industry, 19 juin 2000)

Le 6 mars 2002, à la Laiterie à Strasbourg, j’assistais au concert d’un groupe US émergent qui avait remis l’électricité sur le devant de la scène. Pour la modique somme de 13,50 € de l’époque (#jerangemessouvenirspendantleconfinement). Les White Stripes (et non Sripes comme sur mon billet collector !) présentaient leur troisième album White Blood Cells, le premier à avoir traversé l’Atlantique. Dans la salle strasbourgeoise pleine comme un œuf, j’ai rapidement eu la certitude ce soir-là que ce Jack White à la guitare, il n’allait pas rester bien longtemps sur le circuit des petites salles. Album suivant, Elephant, « Seven Nation Army », po popopo po po po, le tube interplanétaire par accident etc… on connait la suite.

Après ce concert, je suis tombé sur ce De Stijl, initialement sorti il y a 20 ans (et réédité en Europe en même temps que White Blood Cells en 2001). Et j’avoue avoir conservé un petit faible pour cet album dans leur discographie, encore plus que les suivants, largement acclamés. Avant d’exploiter souvent ses obsessions 70’s (coucou Led Zep) et d’avoir les moyens de ses ambitions, Jack White avait réussi sur ce disque le tour de force d’un garage rock minimaliste, à mi-chemin entre proto-punk de Détroit et Blues du Delta. L’album est d’ailleurs dédié à Blind Willie McTell, guitariste blues du début du 20e siècle (on trouve une cover de son titre « Your Southern Can Is Mine » en piste finale). Ainsi qu’au mouvement artistique hollandais De Stijl, qui servait magnifiquement de support à l’obsession chromatique (rouge, blanc, noir) de Jack et Meg (sa prétendue sœur, qui en fait était sa femme, #comdouteuse à l’époque).

Jack White débutait sa légende de recycleur en chef de la musique US par le versant Blues canal historique. Harmonica, piano, violon, bottleneck, slide guitar, production roots (par Jack himself), les codes étaient là et seuls le tempo et la guitare semblaient être branchés sur les années 2000. En duo, avec la batterie préhistorique de Meg, Jack White épate et se dévoile déjà en futur songwriter. Si l’on trouve encore du blues-punk roots à 2 dollars (« Let’s Build A Home », « Jumble, Jumble »), Jack signe aussi une bonne poignée de folk songs old school intemporelles. « Apple Blossom », guitare en bois qui grince, piano de saloon, solo sur une corde, rudimentaire certes mais le charme opère toujours. « I’m Bound To Pack It Up » la joue même catchy avec sa rythmique slidée et son petit violon enjoué. L’économie de moyens et l’austérité des arrangements n’altèrent pas la qualité des titres. Comme ce « Truth Doesn’t Make A Noise » addictif et parfait. Mon petit préféré. Pas forcément le guitariste le plus talentueux de sa génération, Jack White déroule sa science naissante du riff obsédant (« Hello Operator »). « Why Can’t You Be Nicer To Me? », au final c’est quoi ? Un riff groovy, une batterie et un break que t’as entendu toute ta vie, un violon, et un power chord en suspension. Et bim ! Tu te vois revenir au « Ramble » séminal de Link Wray. Jack t’hypnotise aussi d’entrée avec de la pop de 2 minutes (« You’re Pretty Good Looking For A Girl ») qui préfigure les tubes de White Blood Cells ou du slide-blues neurasthénique (« Sister, Do You Know My Name? », « A Boy’s Best Friend »). Mais il donne parfois un sacré coup de pied au cul de ce blues originel avec son jeu survitaminé au bottleneck comme sur l’énervé « Little Bird » dont le tempo s’affole. Ou cette cover ultime du « Death Letter » du bluesman Son House, un des sommets de l’album.

L’histoire du rock depuis les origines, c’est finalement encore et toujours juste des petits blancs qui réécoutent le blues afro-américain des origines et le réinterprètent à leur sauce en leur injectant leurs propres obsessions. Les White Stripes ont été l’un des fers de lance du revival rock du début des années 2000 (remember la hype des groupes en THE, Black ou White d’ailleurs…) mais n’en ont pas oublié pour autant leurs prédécesseurs. Ils ont rappelé qu’un duo guitare-batterie, ça suffit aussi, surtout quand on a le talent d’extraire la moelle rock de quelques accords et riffs simplistes. Que cette musique, c’est avant tout de l’âme et de l’énergie, et pas des expériences de rats de laboratoires. Même si depuis, Jack White s’est découvert des aptitudes en la matière (son dernier album solo perché) en délaissant son intransigeance légendaire pour la production analogique old school. Album de blues roots égaré en l’an 2000, vaguement punk, parfois folk, De Stijl préfigure déjà le talent d’un artiste hors-norme, véritable Midas du rock américain (The White Stripes, The Raconteurs, The Dead Weather…).

Sonicdragao

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1 commentaire

  1. Salut,
    Je ne me souvenais plus de cette coquille sur le billet c’est collector, faudra que je vérifie sur le mien je dois aussi l’avoir quelque part !
    C’est aussi un de mes préférés de leur disco avec WBC.
    Merci pour la chronique !
    A+

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