Dälek – Absence (Ipecac)

Publié par le 1 février 2014 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

absence« Broke stride as last of men realized their deep deceit. This troubling advance of half-assed crews crowd these streets.  (…) Make our leaders play minstrel, Left with none to lead our people. How the fuck am I gonna shake your hand, when we never been seen as equals ? » Les mots sont prononcés par Dälek de sa voix grave et claire. Il n’y a pas encore de musique, lui ne rappe pas tout à fait. Le temps est suspendu, l’apocalypse arrive.

Puis des sons stridents jaillissent des enceintes, la musique est oppressante, suffocante. Pas de répit envisageable pour nos pauvres âmes déjà en souffrance. Cet album aurait pu être une excellente BO pour le film La Route tant tout est sombre et désespéré. Quand un beat bien familier à l’univers hip hop « classique » retentit dans « Culture For Dollars » c’est comme un grand soulagement. De courte durée,  évidemment.

Mais si ce disque était juste terrifiant de noirceur je ne serai pas là pour vous en parler. Il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit avant tout d’un disque à part, à ne pas mettre entre toutes les mains évidemment, mais dont l’univers singulier n’a d’égal que la qualité de ses morceaux. Le flow posé de Dälek se mariant à merveille à ce voyage au bout de l’enfer.

On oublie le classique couplets/refrains sur instru répétitive. Ici la musique vit, évolue en permanence avec bien souvent une alternance entre le flow de Dälek et les longs passages instrumentaux, le dj (Still) ne se privant pas pour l’occasion de nous gratifier de sessions de scratches bien senties (« Distorted Prose », « A Beast Caged »). Le travail de production (signé Oktopus) est ébouriffant, pour s’en rendre compte l’écoute au casque est chaudement recommandée. Les bruitages et crissements divers s’enchevêtrent comme s’ils étaient faits pour s’entendre (sur « In Midst Of Struggle » on a bien l’impression d’être au milieu d’une lutte et le sentiment qu’on va en recevoir des débris). Cette superposition des sons d’où jaillissent tant bien que mal des mélodies nous offre parfois des réminiscences des travaux de My Bloody Valentine. La comparaison est frappante sur cette merveille de titre qu’est « Ever Somber ». Le dernier titre en revanche (« Opiate The Masses ») revient taper du côté des sons torturés et industriels.

Hormis la longue instrumentale « Koner » qui ne brille pas par son intérêt, l’album est d’une grande densité et ne laisse pas place à l’ennui. Sa cohérence impose même l’écoute d’une traite.

Conseil d’ami : ne sortez pas ce disque quand mamie vient boire le thé ça pourrait faire mauvais genre. Idem si vous êtes dans l’avion pour les Bahamas ce n’est peut-être pas la meilleure idée d’écouter Absence, vous aurez tôt fait d’imaginer le pire et de passer pour un barge paranoïaque (« dis donc chérie c’est pas des flammes là sur l’aile droite ?« ). En revanche, si vous avez envie de frissonner la nuit tombée n’hésitez pas, l’occasion vous est offerte de cauchemarder avec un grand sourire aux lèvres.

 

JL

 

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