Daft Punk – Random Access Memories (Columbia)

Publié par le 19 mai 2013 dans Chroniques | 0 commentaire

daft_punk-random_access_memories-skeuds« Les premières chroniques ont toujours été désastreuses. Là, les journalistes ont l’air d’aimer : c’est louche… » La phrase est de Guy-Manuel de Homem-Christo, un des deux casqués, dans les Inrocks de la semaine derniere. Il a pas tort.

Alors pour nous, deux options : soit se ranger du côté des fans invétérés et de la presse branchouille qui crient au génie ; soit être dans le clan des rebelles qui rejette tout en bloc et le considère comme une bouse innommable.
On va pas se mentir, à la première écoute la tentation de rejoindre le groupe 2 était très forte. Et j’ai failli brûler Rock&Folk (que j’achète déjà pas souvent) quand j’ai lu leur enflammade totale pour ce RAM alors que parallèlement ils démontaient sans vergogne un album extraordinaire (Above de Mad Season).

Bon finalement je me suis fait une raison : ces gens-là sont séniles et ne se sont jamais remis de la séparation de Led Zep. Et j’ai mis un peu d’eau dans mon vin concernant ce disque.
Car on peut déjà reconnaître une chose : pour ce quatrième album studio en 16 ans (Homework en 1997, Discovery en 2001, Human After All en 2005), le duo s’est un peu mouillé. Il aurait pu pondre un album dans son style, bondé de tubes électro-dance qui auraient retourné les dancefloors tout l’été, et se serait vendu par milliers. Mais c’eut été facile. Et Daft Punk aime les défis.

Au lieu de ça, ils ont convoqué leurs idoles de jeunesse (Nile Rodgers de Chic, Giorgio Moroder) et ont décidé de nous la jouer hommage au funk. Pourquoi pas ?
Le premier morceau (« Give Life Back To Music ») le démontre immédiatement et marche plutôt pas mal avec un groove contagieux distillé par la gratte de Rodgers. Le titre verse beaucoup moins dans le putassier que le single « Get Lucky » qu’on n’en peut plus d’entendre à chaque coin de rue. Alors oui c’est très bien produit, ça reste dans la tête et tout ce que tu veux mais niveau créativité il faudra repasser. À ranger aux côtés des compils à tubes avec Lady Gaga et David Guetta. Et puis sans déconner si Pharrell Williams était un chanteur ça se saurait non ?

Dans le même registre « Instant Crush » ne fait pas dans la finesse et plaira davantage aux amateurs de RnB aux refrains pompeux avec force synthés dégoulinants qu’aux fans de la première heure des daft. Que diable est allé faire Julian Casablancas (leader des Strokes) dans cette galère ? On se le demande.

Vous prenez peur ? Attendez il y a pire encore. Il y a les infâmes « The Game Of Love », « Within » et « Beyond ». On s’emmerde au début puis on pleure à l’écoute de ce vocoder lénifiant à souhait. Proprement insupportable. À quoi bon inviter des mecs comme Casablancas ou Panda Bear (Animal Collective) si c’est pour user et abuser sur d’autres titres de ce broyeur numérique dégueulasse, totalement dénué d’émotion, parfaite antithèse des voix à forte personnalité citées ci-dessus. Human not at all.
« Lose Yourself To Dance », malgré le riff bien senti de Rodgers (qui décidément a toujours le Chic pour nous donner envie de nous déhancher), frôle de peu l’exaspération. La faute au chant lourdingue de Pharrell Williams et aux clap-clap entendus 3712 fois environ…
Heureusement il y a quand même du bon sur cet album. Sans être le chef-d’œuvre vanté ici et là, « Touch » est agréable et très évolutive. On passe de l’intro piano-chant relou à la Elton John, avant d’ajouter une dose funky et d’accoucher au final d’un gros délire spatial et trippant. Un des meilleurs morceaux de l’album.

Au rayon des réussites, signalons également « Giorgio By Moroder » où ledit Giorgio Moroder raconte tranquillement sa vie d’artiste, comme s’il passait un entretien d’embauche ! Et le duo ne se contente pas de jouer les intervieweurs, ils l’accompagnent avec un tapis sonore de premier choix de plus de 9 minutes. Audacieux, original et très réussi. Ce qui manque à l’ensemble du disque en somme.

Globalement la fin de l’album est toutefois bien meilleure (du planant avec « Motherboard », du sympathique avec « Fragments Of Time », du Daft Punk avec « Doin’ It Right » et du carrément jouissif avec « Contact » où le duo lâche enfin les chevaux et les beats). Mais c’est trop peu quand on connaît le talent de ces garçons.

Le pari d’intégrer une dose d’humanité et de chaleur supplémentaire avec la participation de nombreux musiciens aurait pu être fructueux mais il ne convainc qu’en de rares occasions. On reproche souvent aux artistes de ne pas suffisamment se remettre en question, de ce point de vue-là la démarche de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem Christo est respectable mais en entendant l’excellent « Contact » on se dit qu’ils auraient peut-être dû se « contenter » de faire ce qu’ils savent faire de mieux. Et que personne ne fait aussi bien qu’eux (demandez à Kavinsky).
Le pataquès médiatique démesuré était prévisible, le coup marketing parfaitement maitrisé, il est en revanche plus regrettable que la presse spécialisée ne souligne pas ce qui apparaît comme une évidence : ce 4e album est d’assez loin le moins bon de Daft Punk.

 

JL

 

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