Pourquoi Cobain : Montage Of Heck est une réussite ?

Publié par le 8 mai 2015 dans Articles | 0 commentaire

Il aura donc fallu attendre 20 ans pour que voit le jour le premier documentaire officiel sur l’icône Kurt Cobain. Une éternité à une époque où tout va plus vite que la musique. Déjà que dans les années 90 tout était allé beaucoup trop vite pour Kurt Cobain.

Adoubé par Courtney Love et sa fille, Frances Bean Cobain, Montage Of Heck promettait de montrer Kurt tel qu’il était vraiment avec des archives au plus cœur de l’intime.
La promesse était donc aussi alléchante qu’inquiétante. Et le résultat est aussi passionnant que dérangeant.
Passionnant car c’est vrai on n’a peut être jamais approché d’aussi près un artiste, et s’agissant d’un artiste si génial à la personnalité si complexe il faudrait être fou pour bouder son plaisir.
Dérangeant parce qu’on est parfois placé dans la position du voyeuriste quand on a accès à l’intimité du couple Cobain/Love et on se demande un peu ce qu’on fout là et si on a « le droit » de voir ça.

Le droit on l’a évidemment puisque Cobain n’est plus de ce monde et que Courtney Love a fourni elle-même les rushes.

montage-of-heckOn est donc confronté à des scènes de la vie de tous les jours du couple junkie le plus célèbre au monde, entre tendresse et maladresse avec leur bébé Frances Bean, entre loufoquerie (on se marre souvent devant les délires Cobainiens) et insouciance totale. Ce qui rend les choses très touchantes compte tenu du degré de célébrité du couple.

Mais on se demande parfois si révéler ce genre d’images ne sert pas l'(impossible ?) entreprise de réhabilitation de Courtney Love pour montrer à quel point leur amour était sincère (et il est vrai que la haine ne transpire pas vraiment de ces images, les plus anti-Courtney y verront « au pire » des bons potes de défonce très complices), elle qui est toujours aux yeux de milliers de fans de Nirvana, non pas l’ex femme de Kurt Cobain mais « l’ex pute » ou, pire celle qui est responsable de sa mort. Elle a toujours été la bête et lui le beau et il n’est pas peu dire qu’elle le vivait mal. Et visiblement elle y faisait régulièrement allusion auprès de lui. C’est une des choses qu’on retiendra, ça et le fait qu’elle n’a pas trop de problème à se balader à poil devant la caméra.

Il y a évidemment bien d’autres choses à retenir de ce documentaire qu’on peut également concevoir comme un prolongement du journal intime de Kurt Cobain (qui posait déjà question d’un point de vue éthique) dont certaines pages sont d’ailleurs utilisées ici et d’autres révélées pour la première fois.

kurtanimLe parti pris de Brett Morgen est audacieux et la richesse des archives et la fascination qu’exerce encore sur nous le personnage lui donne raison. Qui mieux que Cobain pour parler de lui-même ? Ce qui est exposé ici est donc avant tout l’œuvre de l’artiste (sa musique évidemment mais pas plus que de raison, ses écrits, ses dessins, très nombreux, ses enregistrements audios). Le montage qui mêle joyeusement séquences animées (à partir de ses dessins ou de rien comme lorsqu’il est représenté dans sa jeunesse) et archives rend finalement justice à l’idée de départ : c’est un peu un voyage de plus de 2h dans l’esprit tourmenté de Kurt Cobain qui nous est offert.

Les témoignages ne sont donc pas légions et ce sont des paroles rares qu’on entend ici, il s’agit de tous ceux qui ont été les plus proches de Kurt, à savoir son père, sa mère, sa sœur (qui ne s’étaient jamais exprimés jusqu’ici), son ex Tracy Marander, son bassiste et ami proche Krist Novoselic et donc, sa femme Courtney Love. Pas de Dave Grohl ce qui peut surprendre mais s’explique finalement pour peu qu’on veuille bien comprendre/accepter l’approche choisie par Morgen.

Ni trop angélique ni inutilement polémique, le doc semble assez juste, notamment parce qu’il nous livre de l’image brut dans la face, ne cherchant pas à orienter le point de vue mais à montrer les choses telles qu’elles étaient vraiment. A l’image de la musique de Nirvana, cash sans fioritures.

La musique qui par ailleurs devient presque secondaire ici (ce qui peut laisser quelques regrets mais en même temps qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur Nirvana ?). Malgré tout il est toujours bon d’apprécier de si puissants morceaux avec le son d’un cinéma. Et certains mix entre son live/son crade issus de démos fonctionnent parfaitement (on a d’ailleurs hâte de pouvoir mettre la main sur les inédits qui devraient sortir cet été).

Mais vous l’aurez compris, bien plus que sur la musique (n’espérez pas glaner ici le secret de fabrication d’un morceau ou une anecdote sur un concert légendaire), l’accent est vraiment mis sur la personnalité hors norme de Cobain – intimement liée évidemment à son esprit bouillonnant et son talent immense d’artiste – et on en apprend bien plus sur ses tourments, son état d’esprit, ses réactions face à telle ou telle situation…

cobain kidPlusieurs éléments expliquent la souffrance de Cobain, son mal être quasi permanent et ils sont plutôt bien mis en exergue ici : des parents légèrement à la ramasse, un père bridant constamment la créativité et l’hyperactivité du petit Kurt préférant le gaver de cachetons à 4 ans (sans commentaire…), un sentiment de rejet permanent (dans sa jeunesse il a été confié tour à tour à quasiment chaque membre de la famille sans qu’ils ne sachent trop quoi en faire…). Tout ceci a fait croître chez le gamin une véritable haine de l’humiliation doublée d’une sensibilité hors norme…

Ajouté à cela des douleurs chroniques et visiblement insupportables à l’estomac le poussant à opter pour « l’auto médication » (comprendre l’usage de l’héroïne), une popularité soudaine et terriblement mal vécue et vous avez là à peu près toutes les pièces du puzzle.

A propos du tournant Nevermind, sa mère confie avoir anticipé la chose la première fois qu’il lui a fait écouter les morceaux de l’album, étant persuadé alors que tout allait changer pour lui et qu’il ne serait absolument pas prêt à y faire face. On fera ce qu’on voudra de l’anecdote, sans doute un peu « fantasmée » avec le temps….

Ce genre de documentaire n’est pas digne d’intérêt pour n’importe quel « sujet », et peut susciter des réserves légitimes, mais ici il a valeur d’objet culte et absolument indispensable pour cerner un peu mieux un artiste d’exception. Pour l’histoire donc.

JL

 

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