Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

© Philippe Midy Un concert de Sebadoh à Paris, c’est une bonne occasion pour tous les amateurs de rock indé de la capitale de se rassembler. Certes, ça fait aussi un petit choc de voir que les plus jeunes de la salle affichent une bonne trentaine, mais au moins ceux qui sont là ont vécu les années 90 sans les fantasmer et savent donc qu’un concert de Sebadoh, le haut du panier à l’époque, ça ne se loupe pas. En première partie, The Dearly Beloved envahit la scène, presque littéralement puisqu’ils sont 6, pour nous proposer du punk rock à la limite de l’emo ou du californien. Bien en place, et bien fait, mais qui rappelle un peu trop de choses douteuses pour vraiment nous convaincre. On se demande un peu pourquoi ce groupe est l’heureux élu en terme de cohérence stylistique, mais on est forcé de reconnaitre qu’ils font le taf de leur mieux. Une fois que Lou Barlow a fini de signer des vinyles et serrer des mains, avec sa simplicité habituelle, le trio entre enfin en scène et nous propose une entrée en scène on ne peut plus jouasse : “Beauty Of The Ride”, jouée avec une énergie et une bonne humeur palpables. Puis viennent “Not A Friend” et “Soul And Fire” qui, contrairement à ce qu’on croirait ne calment pas vraiment le jeu. Finalement, un groupe de punk rock en première partie, ce n’était pas si illogique. © Philippe Midy La structure du concert suit celle de la tournée, Lou et Jason Loewenstein enchainent 5 morceaux chacun, avec une entrée en matière qui ressemblerait presque à un rappel avant d’enchainer les compos du dernier album (et “I Will” au milieu). L’ambiance est bonne, le groupe communique, nous répète qu’il regrette de ne faire qu’une date en France et s’excuse même de jouer autant de nouveaux morceaux après nous avoir remercié de les écouter. “C’est pas comme si vous aviez le choix…vous auriez pu partir !“, plaisantent-ils… “Au secours, Sebadoh joue de nouveaux morceaux ! Jetez les canots à la mer ! Les gens hurlent “Gimmie Indie Rock” en s’enfuyant !” ajoute Lou. Et ça ne loupe pas, certains dans la foule crient le nom du morceau en réponse. Jason, quant à lui, rassure le public sur le fait que “Lou reviendra chanter dans quelques chansons“, ne comprenant pas que c’est de jouer “Not Too Amused” qu’on lui réclamait. D’ailleurs si on doit trouver un défaut à cette soirée, c’est celui-ci : Jason semble avoir oublié qu’il a dans son répertoire une flopée de tubes, ne préférant jouer que des titres des 2 derniers disques (et demi, puisque “My Drugs” est sur le Secret EP) hormis...

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Nine Inch Nails – The Fragile

Nine Inch Nails – The Fragile

(Nothing, 21 septembre 1999) Nous sommes en 2009. Il y a dix ans. Il y a deux siècles. Je suis encore jeune et con (mais j’ai déjà de bien meilleurs goûts que Saez, rassurez-vous). Je m’apprête à voir Nine Inch Nails pour la première fois en concert, beaucoup de choses vont changer. Le choc sera brutal. Je connais Nine Inch Nails, bien sûr. Et je les aime d’un amour certain mais encore un brin mystérieux. En bon bourrin, j’ai un gros faible pour The Downward Spiral que je réécoute plus souvent qu’à mon tour, et plus régulièrement que les autres. Et lorsque les murs du Zénith de Paris tremblent pour la première fois (et comme rarement auparavant), il me semble bien reconnaître “Somewhat Damaged” mais je ne le maitrise pas sur le bout des doigts non plus. Deux heures plus tard, je suis rincé. Et je suis un homme neuf. Nine Inch Nails intègre pour de bon le cercle fermé de mes groupes préférés et je m’impose un programme strict : TOUT RÉÉCOUTER. De A à Z, à commencer par The Fragile puisqu’il s’ouvre de la même manière que ce show inoubliable et déterminant. Je me dois de revivre cette entame, ce son prodigieux, cette montée faramineuse. Cette basse qui se rapproche, ce son électro terriblement malaisant, Trent qui déboule, soi disant « too fucked up to care anymore » mais qui nous colle pourtant une branlée monumentale. « Where the fuck were youuuu? ». Mais nous sommes là, Trent, prêts à nous faire lacérer la tronche par “The World Went Away”, prêts à subir cette disto totalement démesurée, à tendre l’oreille pour entendre les quelques cordes effleurées avant l’énorme déflagration, avant que le monde ne se casse la gueule sous nos yeux, soutenu par les “nananana” les plus apocalyptiques de l’histoire. Un disque qui commence de la sorte ne peut que s’effondrer piteusement ensuite, ou se ranger parmi les plus grands. Je vous épargne le suspense… Vient alors le diptyque indissociable : “The Frail”/”The Wretched”. Délicate mélopée au piano pour le premier qui vient planter le décor avant de se faire dévorer tout cru par son impétueux alter ego. La rythmique est offensive, les claviers en imposent, Reznor n’a pas l’air d’être venu pour blaguer. On en est conscient mais on n’est pas prêts. Pas prêts pour ce refrain monumental où les guitares en fusion se mêlent aux cris de damnés. Aux commandes de son impitoyable machine de guerre, Trent nous hurle dessus. Et ses propos sont on ne peut plus appropriés “NOOOW YOU KNOOOW, THIS IS WHAT IT FEEELS LIKE”. Nous voilà donc au 5e morceau et qu’est-ce qu’on a déjà ? Une tarte, une rouste, une...

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Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

(Sargent House, 13 septembre 2019) Après l’éreintante tournée qui a accompagné Hiss Spun, Chelsea Wolfe a ressenti le besoin de se ressourcer, de retrouver “The Mother Road” (titre du premier morceau de cet album), celle qui la ramène chez elle, loin de toute agitation. Celle qui la guide vers les racines de sa musique, plus simple et épurée qu’elle affectionnait (à l’image du sublime Unknown Rooms : A Collection Of Acoustic Songs, sorti en 2012), avant la parenthèse metal de ses deux derniers albums. Birth Of Violence est donc un disque des plus intimistes, où sa voix est plus que jamais mise en avant. Une voix qui en impose, occupe l’espace et embellit tout ce qui l’accompagne. Dès qu’on emprunte “The Mother Road” en sa compagnie, elle guide l’assemblée, avec une simple guitare sèche avant que le morceau ne s’enfonce peu à peu dans les ténèbres. Le crescendo est poignant, la batterie prend des allures de sentence irrémédiable, les cordes font monter la pression… On se relève comme on peut et on poursuit dans cette atmosphère lugubre avec toujours le timbre troublant et ensorcelant de Chelsea Wolfe en guise de lampe torche. Les doigts glissent sur les cordes avec délice (“American Darkness”, “Be All Simple”, le fingerpicking de “Little Grave”), la clarté du son et les arrangements soignés nous immergent totalement (“Preface To A Dream Play”), les refrains sont merveilleux (la plus rêche et tendue “Deranged For Rock n Roll”, les envolées de “Dirt Universe”). En dépit de quelques morceaux au magnétisme moins évident (“Erde”, “When Anger Turns To Honey”), la magie fait son œuvre, l’envoûtement opère sans difficulté (la sublime “Highway” où les cordes vocales de Chelsea impressionne une fois de plus et où quelques effets subtils et inquiétants viennent appuyer les simples sons des cordes grattées). Hiss Spun se montrait parfois trop écrasant, Birth Of Violence invite davantage à l’apaisement. En surface tout du moins, car une menace diffuse semble bien présente et à même de surgir à tout moment. Mais une porte s’entrouvre, derrière elle une artiste qui nous cajole et nous rassure, alors que tout ce qui l’entoure parait si fragile et proche de s’effondrer. Quand elle finit par se retirer, l’orage gronde (« Storm » en conclusion du disque). Nous voilà de nouveau seuls, trempés, livrés à nous-mêmes. Il ne tient qu’à nous de rouvrir cette porte où l’accueil est si chaleureux, dès que le besoin s’en fera sentir. Jonathan...

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Mars Red Sky – The Task Eternal

Mars Red Sky – The Task Eternal

(Listenable, 27 septembre 2019) Automne 2019. Retour sur Terre du stoner psyché stellaire de Mars Red Sky. Depuis leur 1er album éponyme marquant de 2011, le trio composé de Julien Pras (chanteur-guitariste), Jimmy Kinast (bassiste) et Mathieu Gazeau (batteur) se rappelle régulièrement à notre bon souvenir en étoffant sa discographie de disques et autres EP indispensables. The Task Eternal, leur 4e album, ne déroge pas à la règle. Et rappelle au passage que peu de groupes tricolores réussissent une aussi belle carrière et unanimité critique à l’international. À l’instar du triangle massif de l’artwork (à nouveau très réussi), Mars Red Sky est un pur trio. Une trinité rock au son pachydermique. La basse est omniprésente (c’est presque une réhabilitation pour tous les bassistes du monde !), la batterie pilonne un rythme tellurique et la guitare experte de Julien Pras (dont les plus anciens vantaient déjà le talent de mélodiste du temps de son ancien groupe Calc) explore les confins d’un ailleurs psychédélique. Dès l’ouverture et les 8 minutes épiques de « The Proving Grounds », Mars Red Sky martèle méthodiquement son stoner singulier. Rythmique martiale pour headbanger, guitares furieuses, solis mélodiques, pont instrumental vers les étoiles, crescendo final et toujours cette voix qui semble flotter, légère, spatiale, au-dessus du chaos. Mars Red Sky est bien de retour ! Alors après on peut toujours pinailler. Avec une identité sonore aussi reconnaissable, difficile d’entrevoir une évolution notable au niveau du son. En même temps, ils n’allaient pas se mettre à faire du disco ! Comme Tool qui fait du Tool (et bien) sur son dernier album, Mars Red Sky fait du Mars Red Sky (« Soldier On »). Avec le bien nommé « Collector », il s’offre même un « tube » de 4 minutes, véritable concentré de leur savoir-faire. Concis et efficace. Ceux qui n’aiment toujours pas l’équilibre étrange entre cette musique lourde et la voix éthérée de Julien Pras peuvent encore passer leur tour. Les autres, comme votre serviteur, qui y entendent justement la trouvaille qui les hisse loin au-dessus de la mêlée revival heavy rock millésimé 70’s continuent de louer la constance des Bordelais. Dans une musique de qualité. Sans frontières. Écouter juste le diptyque de 15 minutes « Recast » – « Reacts » et si vous êtes toujours sceptique, ben ma foi, je n’ai plus d’arguments. Ou le folk éthéré de « A Far Cry », brise légère qui soulève la poussière rouge martienne. Sublime. Parce que oui, ces gars-là ont de l’imagination et nous transportent dans un trip sonore teinté de SF. On met son casque, on ferme les yeux et on voyage (l’énorme instrumental « Reacts » et ses guitares dopées aux effets !)....

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Shannon Wright – Providence

Shannon Wright – Providence

(Vicious Circle, 20 septembre 2019) On ne va pas faire comme si on était totalement tombés des nues non plus. Cela fait un bail que Shannon Wright joue des morceaux au piano et son album précédent, le bouleversant Division, était annonciateur de la direction prise sur Providence. Les débuts folk sont loin, les bourrasques noise sont oubliées, même les incursions électroniques ont été mises de côté. Un piano, une voix. Et c’est marre. Un choix audacieux mais quand on a la voix de Shannon Wright, on peut envisager les choses avec sérénité. En dépit des doutes qui l’assaillent régulièrement (voir notre interview), elle peut faire confiance à son talent, laisser parler sa sensibilité, exposer sa fragilité, pour partir à la conquête des pauvres âmes des auditeurs. Et le début de cet album lui donne raison. “Fragments” se saisit immédiatement de nous et ne nous laisse guère le choix. Il faut accepter, partir avec elle. Sans retenue. Moins de sobriété pour “These Present Arms” avec des chœurs qui viennent renforcer la dramaturgie et le crescendo du refrain qui nous flingue pour de bon. L’intensité est énorme, c’est somptueux. Shannon qui se plaît à maltraiter les guitares, joue au piano de manière très déliée. Et sa voix se marie tout aussi bien à la délicatesse des notes effleurées, même si on retrouve son goût pour les notes graves. Sur “Close The Door”, elle laisse son piano s’évader seul durant un long moment et le morceau-titre est même totalement instrumental. La confiance est là, donc. La maitrise et l’émotion également. Mais… Mais l’exercice a ses limites. Après les joyaux précités du début d’album, l’euphorie redescend d’un cran. On a beau aimer éperdument la musique de Shannon Wright, être touché au cœur par son chant si authentique, se montrer admiratif devant sa maitrise de ce noble instrument qu’est le piano, le constat est là : cet album n’a simplement pas le même effet sur nous qu’avait eu Division. Il ne dégage pas la même force. La mise à nu lui sied admirablement mais finit par la desservir quelque peu. On ne réclame pas forcément de l’électricité à cors et à cris mais une surprise, un sursaut à même de rompre la monotonie qui s’instaure lentement mais inexorablement. Difficile de parler d’échec pour autant, tant Providence comporte de vrais moments forts. Il faut simplement se faire à l’idée de n’apercevoir les sommets que furtivement et quand on est habitués à les côtoyer durablement, cela peut être difficile à accepter. Jonathan Lopez Shannon Wright sera au Trianon de Paris le 14 octobre, au Théâtre Comédie Odéon (Lyon) le 20 et au Krakatoa (Mérignac) le 22. Tous nos articles sur Shannon...

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Interview – Shannon Wright

Interview – Shannon Wright

Nous avons besoin d’artistes comme Shannon Wright. Pour garder foi en l’indie rock, le vrai, pas celui qu’on cherche à nous vendre à tout bout de champ, de manière souvent galvaudée. Une artiste qui ne vit pas de sa musique mais qui ne vit que pour elle, qui se livre sans fard ni calcul, qui surprend de disque en disque. Alors qu’on ne savait trop où la caser entre folk intimiste et rock enragé, elle a créé une nouvelle case pour son précédent disque qui mettait à l’honneur le piano et les bidouillages électroniques. Cette fois-ci, avec Providence, album se reposant uniquement sur son piano et sa voix (quelle voix !), on se demande bien si elle ne serait pas devenue musicienne classique. Mais l’essentiel est ailleurs, l’essentiel c’est que Shannon persiste à creuser un sillon qui lui est propre et que l’inspiration ne faiblisse pas. Pas d’inquiétude, nous avons pu vérifier à la faveur d’un long entretien téléphonique que l’envie est toujours intacte et la passion ardente. “Ce qui compte le plus, ce sont les chansons. Elles priment sur tout, quel que soit le genre ou les instruments auxquels tu joues. Les gens qui se focalisent sur le fait que je joue ou non de la guitare, ce ne sont pas des vrais fans, ils ne comprennent pas ce que je fais.” © Jason Maris Avant d’écrire Division, ton album précédent, tu as eu des moments très difficiles, où tu étais désespérée et pensais arrêter. Dans quel état d’esprit te trouvais-tu avant d’enregistrer ce nouveau disque ? Honnêtement, je suis toujours comme ça. (Rires) Ce n’est pas facile, j’adore ce que je fais mais je ne gagne pas d’argent. C’est purement pour l’amour de la musique. Je me suis dit plusieurs fois que j’allais arrêter. Mais j’ai ça en moi, c’est très difficile à expliquer, c’est comme si une seconde peau poussait. Quand je pense à arrêter, je peux mentalement le décider mais la musique est toujours présente… Durant cette période en particulier, on m’avait demandé de jouer avant un groupe, c’était vraiment leur concert, pas le mien, parce que le promoteur voulait que j’y sois. C’était un groupe de hippies, très sympas mais pas vraiment du même genre que moi. J’étais contente du concert mais à la fin en backstage, j’étais très triste et je me suis dit « ok, c’est fini, je ne peux plus continuer. C’est trop difficile. » Puis, Katia Labèque m’a rejoint en backstage et elle était très enthousiaste, je lui ai dit que j’appréciais ses compliments mais que j’allais arrêter car je ne gagnais pas d’argent, que je le faisais depuis si longtemps et que c’était trop difficile. Elle s’est montrée très...

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Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

(Ipecac, 13 septembre 2019) L’annonce de la collaboration entre Jean-Claude Vannier et Mike Patton avait de quoi surprendre de prime abord mais en y réfléchissant bien, elle coule de source. Car Mike Patton, chanteur de Faith No More/Mr. Bungle/Fantomas/Tomahawk/Mondo Cane/Dead Cross (liste non exhaustive) n’est pas à un grand écart vocal près et est un fondu de Gainsbourg. C’est d’ailleurs en travaillant sur un concert hommage à ce dernier qu’il avait rencontré Vannier, compositeur du magistral Histoire de Melody Nelson. Ils avaient alors émis l’idée d’un travail en commun. C’était il y a huit ans… Les liens n’étaient pas rompus, il fallait simplement laisser du temps au temps… Nous y sommes enfin, et de temps nous n’avons guère besoin pour nous assurer que le duo se complète remarquablement : dès “Ballad C.3.3” en fait, où sur un air piano-jazz, Patton déroule son phrasé en mode narrateur décontracté du gland avant que les cuivres ne s’emballent soudainement. Notre fêlé préféré se fend de cris jubilatoires en fin de morceau comme s’il exultait devant cet épatant résultat. C’est un (putain de) “Camion” groovy en diable qui vient parfaire la démonstration avant que Patton n’endosse l’un de ses costumes préférés : celui de crooner/lover le temps d’une “Chanson d’amour” qui fera fondre ses dames (et doucement ricaner – à tort ! – ses messieurs). On ne fera pas preuve du même enthousiasme sur l’ensemble de l’album qui, s’il est admirablement produit et orchestré, n’évite pas toujours les fautes de goûts. “Insolubles” est ainsi particulièrement lourdingue avec ses arrangements qui évoquent la musique méditerranéenne (grecque ? Italienne ? Ça sort de notre domaine de compétence). C’est probablement très sympa en dégustant un souvlaki en bord de mer et on aurait sans doute donné une pièce au groupe en représentation mais dans la grisaille parisienne, on préfère écouter Jessica93 (ou Souvlaki de Slowdive, n’importe où). “Pink And Bleue” atteint, elle, des sommets de mièvrerie avec ses violons mielleux et son refrain franchement pénible. Mais comment interpréter un morceau qui commence par “when i drink too much, i shit my pants” et agrémenté de “listen dumbass, douchebag” ? Sans doute pas très au sérieux. On n’en fera donc pas un drame d’autant qu’auparavant on s’était retrouvé “On Top Of The World” après que d’aimables sifflotements furent expédiés par un refrain ravageur et ô combien jouissif, on s’était réjoui de déguster une “Cold Sun, Warm Beer” déjantée qui sonne très Mr. Bungle, on avait apprécié un petit tour de maison hantée entre frousse et rigolade, façon Sleepy Hollow (“Hungry Ghost”), on était resté interloqué devant “A Schoolgirl’s Day” où Patton se met au spoken word pour nous conter la journée fort banale d’une écolière sur une...

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Tool – Fear Inoculum

Tool – Fear Inoculum

(Volcano Entertainment/RCA, 30 août 2019) À trop jouer avec nos nerfs, à repousser constamment l’échéance, Tool ne se serait-il pas tiré une belle balle dans le pied ? Forcément treize interminables années après 10,000 Days, l’attente est démesurée et nombreux sont ceux qui se ruent sur l’objet tant convoité en se lançant dans des jugements à l’emporte-pièce le disque à peine écouté, à base de « tout ça pour ça ». C’est tentant, c’est vrai. Un peu futile, aussi. S’il y a un groupe qui nous a appris à nous montrer patients, à laisser monter la sauce pour pénétrer son univers si particulier, c’est bien Tool. On parle de métal progressif, pas de punk à roulettes. Tool, à qui tous ceux qui ont pris la peine de VRAIMENT écouter, reconnaissent au minimum un grand savoir-faire, si ce n’est un génie certain. Tool qui nous livre ici un disque Tool-esque de A à Z, ce qui n’est visiblement pas du goût de tous. On se réjouit que Dino continue de faire du Dino mais pour Tool, il aurait visiblement fallu qu’ils révolutionnent leur musique. Allez comprendre… Accordons-nous sur le fait que Fear Inoculum manque peut-être un poil d’audace. Le disque est solide sans aucun doute, certains morceaux nous emportent sans mal, les constructions sont comme d’habitude formidablement étudiées mais l’effet de surprise se révèle plutôt rare. Et surtout, il est assez avare en vrais momentums, en riffs qui aplatissent tout le monde, en breaks assassins, en envolées vocales monstrueuses. C’est sans doute ce qui conduit certains à considérer Fear Inoculum comme « sans idées », « vide », « chiant ». Raccourcis éhontés pour ne pas dire gigantesques conneries mais, à l’heure de l’immédiateté et des playlists Spotify qui tournent en boucle, la musique de Tool fait plus que jamais figure d’OVNI. D’autant qu’elle est ici poussée à son paroxysme avec six morceaux dépassant allègrement les dix minutes, souvent plus contemplatifs que par le passé. Ajoutez à cela, une pochette somme toute assez dégueulasse qu’on aurait sans doute déjà trouvé datée il y a 13 ans et le choix curieux d’envoyer au front « Fear Inoculum » comme single, ce qui a également pu décontenancer… Tout en maitrise, il n’est sans doute pas le morceau le plus marquant de ce disque. Soit. Mais après m’être plongé, replongé dans cet album, laissé de côté les a priori, difficile de ne pas y succomber pleinement… et de se refuser le plaisir d’y revenir régulièrement. Un disque très immersif, c’est une évidence (nécessitant de ce fait une grande attention, tant pis pour vos notifications Facebook), au cours duquel on ne s’ennuie pas malgré la durée (1h20 !), et qui ne cesse de monter en puissance jusqu’à l’apothéose « 7empest ». « Pneuma »...

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Ventura – Ad Matres

Ventura – Ad Matres

(Vitesse, 30 août 2019) Il sort le 30 août, il est attendu depuis de longues années et pourtant vous n’en avez probablement rien à carrer. Grave erreur ! Tout nouveau disque de Ventura se doit d’être accueilli en fanfare. Parce qu’il ne cessera de tourner jusqu’au prochain, qu’il débarque dans 5, 10 ou 20 ans. L’attente sera moins longue, espérons-le, que les six ans qui viennent de s’écouler. Et la gestation moins douloureuse puisque si Ad Matres confirme, après Ultima Necat, le penchant du groupe pour les langues mortes, il salue avant tout la mémoire de la mère disparue d’un des membres. Ajoutez à cela le départ du batteur et vous obtenez un contexte extrêmement pesant qui se ressent assez nettement. Il est donc ici question de deuil, forcément. De nouveau départ aussi, évidemment. Ne cherchez pas de successeur à “24 Thousand People” ou “Nothing Else Mattered” qui vous clouaient au sol en deux ou trois minutes. Ne guettez pas en vain l’immédiateté, prenez le temps de vous immerger, encaissez les coups puis relevez-vous, comme ils ont su le faire.  L’introduction se déroule dans le calme, un apaisement en guise de leurre, un recueillement en forme de pleurs dans cet “Acetone” qui n’a de Mudhoney que le nom et prend plutôt une allure slowcore à la quiétude toute relative. Puis, Philippe et son chant qui transpire l’intranquillité, entre en scène accueilli par un riff tournoyant redoutable. Pour évoquer le vide, le mal-être (“I am void, self-centered and paranoid“). Premier coup de massue. Déboule ensuite un petit chef-d’œuvre dans la plus pure tradition Venturesque. Arpèges vicelards, tension sous-jacente… et le refrain libérateur qui vient tout balayer. Le tout s’achève inévitablement dans un fatras incommensurable. Ça s’appelle “Faith & Hope & Charity” et c’est merveilleux. Vous écoutez Ventura. Que peut-il bien vous arriver de mieux ? On est d’accord.  “Johnny Is Sick” se morfond ensuite dans une langueur anesthésiante avant la déflagration soudaine. Il parait que le batteur est nouveau ? Il semblerait que ces trois-là se connaissent déjà par cœur, pourtant. On ne va pas vous faire tous les titres, vous avez une idée du tableau… N’oublions surtout pas la shoegaze “The Dots Better” à la mélancolie terrible, capable de vous plomber le jour de la naissance de votre enfant. Ne dédaignons jamais “To Stand No Has One” et son intro sublime avec un Philippe qui se demande bien “Where’s everyone running?” et ce pont d’une classe indécente.  Des sommets de noirceur sont atteints sur “To Suffer”. Le clou s’enfonce un peu plus chaque fois que ces mots sont répétés (un nombre incalculable de fois, évidemment) mais la beauté finit toujours par émerger des décombres, s’extirper de la violence. C’est...

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Tropical Fuck Storm – Braindrops

Tropical Fuck Storm – Braindrops

(Joyful Noise Recordings / Differ-Ant, 23 août 2019) Pour la fin de l’été, voilà que débarque un deuxième album des australiens de Tropical Fuck Storm. Idéal pour une prochaine campagne anti canicule. Restez dans un endroit frais et ventilé. Ne consommez pas de substances illicites. Fuyez le soleil australien. La folie est proche ! À l’écoute de la scène australienne ces dernières années, Tame Impala et surtout King Gizzard & The Lizard Wizard en tête, je ne vois que la répétition d’insolations ou la prise de stupéfiants pour expliquer cette recrudescence de disques barrés. Qui dessinent une nouvelle carte du psychédélisme, avec l’Océanie comme nouvel épicentre excitant du rock. Tropical Fuck Storm déclenche lui aussi sa petite secousse ! Formé par 2 ex-The Drones rejoints par 2 nouvelles têtes (Lauren Hammel, de High Tension à la batterie et Erica Dunn, de MOD CON, Harmony et Palm Springs à la guitare et claviers), le quatuor avait pourtant déjà prévenu le petit monde du rock déviant. Par le biais d’un premier album déglingué étonnant (A Laughing Death In Meatspace, sorti l’an passé) à la pochette délirante. Les australiens réitèrent le choc esthétique. Nouvelle pochette… euh… barrée ! Nouveau disque inclassable et excitant. Bon c’est sûr, si vous n’êtes pas adepte de musique déviante, le rock noisy parfois chaotique de l’album risque de vous vriller les tympans. Ne partez pas ! Dès la première écoute, des titres plus apaisés (bon, ça reste quand même bien bien barré) semblent apporter un tout autre contraste et un bel équilibre à l’ensemble. C’est le genre d’album qui ne révèle pas son potentiel d’entrée de jeu. Il faudra être patient, apprivoiser ces guitares dissonantes, ces sonorités parfois inhospitalières, ce chaos qui écorche nos oreilles. L’album est inconfortable, comme avait pu l’être la découverte des premiers Sonic Youth. Mais dès la première écoute, sort du lot ce « Maria 63 », titre fleuve de 8 minutes qui clôture l’album et fait déjà office de grosse sensation. D’abord apaisé, crépusculaire, et porté par les voix habitées du duo Gareth Liddiard/Fiona Kitschin, le titre se déploie progressivement dans un final noisy puissant assez magistral entre cordes et électricité abrasive. Sublime. Et finalement le titre le plus accessible ? Ajoutez son pendant « Maria 62 », et vous avez les 2 titres les plus « agréables » pour oreilles un peu délicates. En tout cas, des titres presque à part sur l’album tant l’électricité se fait plus incisive sur le reste. Avec brio sur un début d’album assez incroyable. Pas évident de prime abord mais dès la seconde écoute et les suivantes, il faut se rendre à l’évidence : ce rock noisy devient très vite addictif. « Paradise », le...

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