Jon Hopkins – Singularity

Jon Hopkins – Singularity

Depuis quelques années, Jon Hopkins s’est imposé comme l’un des nouveaux bonhommex à suivre à la trace en musique électronique. Après quelques amuse-gueules (une BO, un EP, une mixtape) pour faire patienter les plus accros, le voici enfin disposé, 5 ans après, à offrir un successeur à Immunity, l’album qui l’a définitivement consacré. Soyons honnêtes, malgré son statut et de sérieux coups de cœur, on ne savait pas vraiment si on devait totalement se laisser aller à l’enthousiasme béat qui entoure Jon Hopkins. Oui, il a signé quelques-uns des meilleurs morceaux électro de ces derniers temps. Incontestablement. Pour autant, ce serait mentir que de dire qu’Immunity a squatté notre platine sans relâche depuis 5 ans. Car l’album demeurait assez inégal et après un début fracassant, notre intérêt s’effritait peu à peu. Singularity envoie-t-il valser les derniers doutes à son sujet ? Pas vraiment. Il confirme d’abord que certains de ses morceaux marquent les esprits. Après une longue intro où on ne sait pas trop ce qui nous attend, on se fait dévorer tout cru par la formule redoutable beats triturés-nappes envoûtantes (“Emerald Rush”). La suite est du même acabit. Les variations semblent minimes mais elles sont quasi permanentes et nous transportent. Le sommet se nomme “Everything Connected” et pendant 10 minutes il nous met cher. Les yeux se ferment, les jambes se mettent à remuer toutes seules, les battements du cœur se confondent avec les basses, tandis que la tête s’évade… Après cela, on pressent qu’on ne pourra que tomber de haut et on n’est pas très loin du compte. “Feel First Life” dont le titre ne doit sans doute rien au hasard, scinde l’album en deux et démarre alors une succession de morceaux contemplatifs où le piano occupe une place prépondérante… et l’ennui aussi. L’enthousiasme en prend un coup. On ne peut pas en vouloir au DJ de varier les plaisirs, de faire ce qu’il a envie et d’éviter ainsi la redite mais force est de constater qu’il excelle davantage dans un registre qu’on pourrait qualifier de techno cérébrale que dans de longues plages ambiantes agréables en fond sonore mais certainement pas aussi captivantes. Le père Hopkins aime décidément nous laisser dans l’indécision. Ce disque de plus d’une heure aurait pu être faramineux, il n’est finalement qu’un bon disque un peu trop long. Comme le précédent, donc. Jonathan...

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Interview – Zenzile

Interview – Zenzile

Plus de 20 ans de carrière pour Zenzile et pas un faux pas à déplorer. Étendard de la scène dub française pendant les années 90, le groupe a très vite creusé son propre sillon, suivi ses envies, quitte à s’éloigner de ses racines et s’aventurer en territoires krautrock ou post punk. Sans jamais perdre la passion ni l’authenticité. En 2018, Zenzile souhaite renouer avec son passé avec une tournée logiquement intitulée “Dub Unlimited”. Ça commençait fin mars à Paris dans une Maroquinerie comble et en fusion. Quelques heures avant la tempête, rencontre avec le plus punk des groupes dub français.   Ce live « Dub Unlimited », c’est une sorte de retour aux sources ? Vous n’allez jouer que des vieux morceaux ? Alex Raux (guitare): Pas que, non. Pas mal de nouveaux morceaux aussi qu’on va sortir dans un 5+1. Trois ou quatre. Et aussi des vieux morceaux qu’on a un peu réadaptés. En revanche, vous avez posté une setlist sur vos réseaux sociaux qui devrait ressembler pas mal à celle de ce soir, il n’y a pas de morceaux de Berlin et Elements ? Matthieu Bablée (basse) : Il y aura un morceau d’Elements qu’on a rajouté. Ça signifie aussi que ces albums-là collent moins avec le Zenzile d’avant que vous cherchez à retrouver ce soir. Matthieu : Ce qui est clair c’est qu’avec Elements, on a poussé le truc à son paroxysme. Pour nous c’est toujours la musique du groupe et, personnellement je trouve que les connexions sont toujours évidentes avec le corpus d’influences du groupe et la musique qu’on veut jouer. Mais c’est clair qu’on a poussé l’expérimentation, on est allé de plus en plus loin du dub. Après il y a des passerelles, ça reste contemplatif. Ça a plus à voir avec ce qu’on faisait sur Berlin même si je pense que le vrai retour aux sources avant ça, c’était de se retrouver à 5. Pour la première fois depuis le début du groupe. Alex : Et il n’y avait pas de chant. Matthieu : Et c’est même au-delà puisqu’au début du groupe on a toujours répété instrumentalement mais lorsqu’on a enregistré des disques on a toujours eu des featurings. Même sur Sachem In Salem et sur le premier maxi, Dub Promozione, on avait des samples de voix. Et paradoxalement c’est sur Berlin que vous avez le plus exploré les territoires rock, avec du krautrock, rock progressif… Matthieu : Complètement. Alex : C’était aussi vachement lié au film, parce qu’il nous inspirait ça. Matthieu : Je pense qu’il n’y aurait pas eu Elements sans Berlin mais on n’a jamais eu de plans pré-établis. Les morceaux déboulent à la suite parce qu’on baigne dans une certaine ambiance,...

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Slowdive – Souvlaki

Slowdive – Souvlaki

I had a dream. Je n’ai pas rêvé qu’il n’y avait plus de guerre dans le monde, que chaque habitant mangeait à sa faim ou que l’OM remportait une seconde coupe d’Europe. Non, trop convenu. J’ai rêvé que j’écoutais en boucle Souvlaki de Slowdive. Sans jamais bien savoir dans quel état je me trouvais, errant entre semi conscience, éveil indécis et sommeil profond. Ce rêve était une bénédiction, la douceur incarnée. A peine les paupières alourdies que « Allison » nous envoie d’emblée vers les plus hauts cieux. Le morceau se déploie sur coussins d’air. Tout flotte au ralenti, tout autour, à l’image du chant vaporeux de Neil Halstead, devenu véritable tête pensante du groupe, après un Just For A Day, réalisé de façon plus collective. Il laisse tout de même le soin à Rachel Goswell d’illuminer certains morceaux de sa voix irréelle (« Machine Gun », « Sing » notamment) et nous voilà propulsé pour un aller sans retour au septième ciel. Ce type de shoegaze-là, aisément assimilable à de la dream pop, ne fait pas dans la lacération de tympans sans vergogne façon My Bloody Valentine ou Jesus And Mary Chain. Les voix éthérées, les guitares lumineuses, les delays et reverbs à bloc, bâtissent un univers nuageux où il fait bon s’égarer totalement, oublier qui on est, où on se trouve, ou même de quoi notre minable petite vie est faite (il suffit d’écouter s’égrener les premières notes et chuchotements de Neil sur « Here She Comes » pour s’imaginer que dans l’instant présent le monde entier nous envie). Dire que certains font fortune avec des livres à la con pour gagner en confiance en soi, alors qu’il suffirait de prescrire ce disque à haute dose pour que le patient se sente pousser des ailes… M’enfin, je ne suis pas psy ni expert en développement personnel, juste mélomane. Après avoir permis à notre esprit de vagabonder en des lieux merveilleux et tout à fait indescriptibles, Slowdive nous réserve tout de même quelques sursauts de véhémence, sans jamais renier le sublime qui lui colle à la peau (« Souvlaki Space Station » dont la basse fait vrombir le sol malmène davantage nos esgourdes, « 40 Days » non dénuée d’électricité, et l’immaculée « When The Sun Hits » qui sur ses divines envolées vient toiser fièrement le mur du son). Vous l’aurez compris, dans ce Souvlaki-là comme dans les meilleures tavernes grecques, tout est de premier choix (n’oublions pas « Mellow Yellow » drapé dans son épais brouillard ou ce « Dagger » acoustique qui prouve que Halstead n’a pas nécessairement besoin de barder sa musique d’effets pour rendre ses mélodies inoubliables). Accueilli assez froidement à sa sortie par des journalistes obnubilés par la britpop, ce disque a été maintes fois réhabilité depuis et est toujours...

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Zëro – Ain’t That Mayhem?

Zëro – Ain’t That Mayhem?

“Ce serait pas le bordel ?” interroge Zëro dans la langue de Shakespeare. Un peu, oui. Et l’édifice branlant qui orne la (magnifique) pochette vient renforcer cette impression de grande instabilité. Ça part en tout sens, ça menace de se péter la gueule à tout moment. Mais ça tient bon. Car les architectes ont du talent (ils l’ont déjà prouvé au sein de Zëro mais aussi de Deity Guns et Bastard). Et les fondations basse-batterie sont solides. Étrangement quand on nous fait voir du pays (“Adios Texas”, “Recife, 1974”, “San Francisco”), le périple est rassurant, sans trop de secousses. On navigue dans des eaux post rockiennes paisibles, agréables et on arrive à destination sans encombre. Mais on l’a dit, le “bordel” est souvent de la partie. Et avec lui son lot d’incertitudes. Ainsi “Marathon Woman” qui semble plutôt apaisée de prime abord vire finalement à l’hystérie. La sérénité est toute relative dans une atmosphère où le coup de semonce n’est jamais loin (“Fake From The Start”). C’est parfois très beau mais jamais tout à fait innocent (“We Blew It”), quand il n’y a pas un je-ne-sais-quoi de malsain (“Deranged”), voire de carrément flippant (“Alligator Wine”). Ça pourrait presque être “pop” parfois (“Myself As A Fool”) mais pour Zëro ce serait un peu trop facile. Ça manquerait cruellement de chemins de traverse. Les lyonnais sont d’épatants architectes, des musiciens confirmés et on se plait à les imaginer également cinéastes. Tant leur musique se prête aux interprétations visuelles. Une chose est sûre, ils seraient des réalisateurs on ne peut plus audacieux, savourant faire bondir le spectateur de sa chaise, le laisser errant, le priver de repères pour mieux le cueillir à froid. Une autre chose est sûre, si une œuvre telle que Ain’t That Mayhem peinerait à conquérir le grand public, elle mériterait a minima une nomination aux oscars. Jonathan Lopez     Zëro se produira prochainement au Petit Bain (Paris) le 22 mai, au Grigri (Nantes) le 15 juin et au Jardin Moderne (Rennes) le 16...

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A Place To Bury Strangers – Pinned

A Place To Bury Strangers – Pinned

Alors que le prédécesseur Transfixiation a passé l’épreuve du temps avec succès, on avait presque oublié que nos destructeurs de tympas préférés revenaient rendre visite à notre platine en ce mois d’avril. Durant ces 3 longues années de sevrage, A Place To Bury Strangers a connu un changement d’importance : une nouvelle batteuse, du nom de Lia Simone Braswell, a rejoint le groupe. Une batteuse aux attributions larges puisqu’elle vient épauler Paul Ackerman au chant et lui donne parfaitement le change (“There’s Only One Of Us” où les deux voix se répondent et où le refrain “indus/pop” à la Nine Inch Nails fonctionne à pleins tubes). Une nouveauté bienvenue qui fournit ainsi une corde supplémentaire à l’arc du groupe, qui n’en était déjà pas dépourvu. Les voilà donc qui mettent un peu d’eau dans leur noise (l’envoûtant “I Know I’ve Done Bad Things”, le mélancolique “Was It Electric”, “Situations Changes” et sa ligne de basse démoniaque) mais ne se font pas prier pour autant pour pousser leurs instruments dans leurs retranchements et les faire gémir comme il se doit sous la torture (“Attitude” ou la spasmodique “Execution”, les pads mitrailleurs et la basse qui mène la cadence sur “Keep Moving On”). Sans remettre en cause ses fondamentaux,  A Place To Bury Strangers parvient à opérer un léger lifting avec réussite. Et voilà comment, avec 5 albums au compteur, les New-Yorkais peuvent se targuer d’un passé glorieux et tabler sur un avenir radieux. Jonathan...

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Eels – The Deconstruction

Eels – The Deconstruction

On avait quitté Eels, tout penauds, frustrés comme il faut par le très (trop) sinistre The Cautionary Tales Of Mark Oliver Everett. Bonne nouvelle : The Deconstruction, s’il ne chamboule aucunement nos repères Eelsiens, est bien plus souriant et démarre sous de meilleures auspices. Un Eels, requinqué et fringant, se permet même d’improbables “chalala” et “choubidoubidou” dès la deuxième piste (“Bone Dry”). Bien dans ses bottes le bonhomme ? N’exagérons rien. Eels a morflé, ce n’est un secret pour personne (surtout pas pour ceux qui ont lu son autobiographie) et il n’est pas prêt de se départir de ses ballades introspectives. Après tout, un de ses meilleurs albums (Electro-Schock Blues) en était presque rempli. Mais aujourd’hui, il ne parvient plus vraiment à nous toucher droit au cœur. On ne voudrait pas passer pour de gros bâtards insensibles mais il n’y a rien qui ressemble plus à une ballade de Eels qu’une autre ballade de Eels et il apparait clairement que ses plus belles sont derrière lui. J’en veux pour preuve les poussives “Sweet Scorched Earth” et “In Our Cathedral”, l’épouvantable “The Epiphany” ou la quelconque “There I Said It”. Puisqu’il faut bien une exception qui confirme la règle : le morceau-titre qui ouvre l’album est lui une vraie belle réussite avec ses superbes arrangements de violon. On en redemande, et on en aura.. très peu. Heureusement toutefois que l’ami E n’oublie pas que la vie a aussi ses bons côtés et nous offre quelques friandises pop, reçues comme autant de bouffées d’air frais (“Bone Dry” donc, mais aussi la groovy en diable “Today Is The Day” qui contrebalance efficacement la désespérante “The Epiphany”). L’énergique et roublarde “You Are The Shining Light” nous rappelle aussi pourquoi notre attachement à cet artiste est grand. Citons enfin l’un des meilleurs morceaux, “Rusty Pipes”, et ses chœurs à la Morricone qui rajoutent une dimension épique, sans en faire trop. On signe, mais on va devoir se contenter de ça. Pas de quoi faire des triples saltos arrière d’enthousiasme mais il y a au moins matière à sauver les meubles et équilibrer quelque peu un bilan qui demeure bien terne. Jonathan...

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T-Shirt – Aggravator 2

T-Shirt – Aggravator 2

Influenza records continue de nous faire voyager à la rencontre des amoureux d’indie rock bercés trop près de l’ampli dans les années 90. Cette fois, on n’ira pas aussi loin que la Suède ou les États-Unis, cependant, puisque les nouveaux venus sur le label parisien sont de Lyon. Issus d’une ville réputée pour sa gastronomie généreuse, ils ont décidé de nous offrir la formule entrée-plat-dessert d’entrée de jeu, c’est gentil de leur part. L’entrée, c’est un EP de 4 titres sorti en mars et intitulé My Face At 2:45 AM, qui permet surtout de présenter leur musique à ceux qui n’auraient pas écouté leur EP de 2016. Vu la difficulté à trouver un groupe qui s’appelle “T-Shirt” en faisant une recherche aléatoire sur internet, c’était plutôt une bonne idée. Le plat, c’est donc leur premier album, Aggravator 2, que les lyonnais ont décidé de sortir chez Influenza. Dès les premières notes de n’importe lequel de leurs morceaux, on comprend les affinités qui peuvent exister entre Wonderflu, moteur du label, et leurs cadets de T-Shirt. Un amour commun de la musique des années 90, évidemment, mais également une capacité à composer des morceaux bien foutus et efficaces en 3 minutes 30 maximum. J’exagère, “Sloane” dure un chouïa plus, mais vous comprendrez l’idée, je pense. La particularité de T-Shirt comparé à leurs compagnons de label est d’être un groupe mixte, et j’avoue que les voix féminines manquaient un peu. Bon choix, vu que les morceaux chantés par Léa sont globalement excellents (“Dates And Numbers”, “Hellsender”, “Ride”) même si Luc n’est pas en reste (“Heaven In Vain”, “Hyper”…). Oui, les chanteurs du groupe s’appellent Luc et Léa, on imagine donc que la force est grande chez T-Shirt. Avec un disque très bon mais malheureusement un peu court, on pourrait rester sur sa faim, mais les lyonnais n’ont pas oublié le dessert. Ils nous proposent donc une tournée dans toute la France entre avril et mai (avec un passage par la capitale le 4 mai) pour qu’on puisse vérifier si leur musique est aussi cool sur scène que dans notre salon. Après ça, on sera sans doute repus, et on attendra avec impatience la suite, en espérant qu’ils explorent davantage le potentiel harmonique entre les deux chanteurs qu’on ne fait qu’entrevoir, ici. Mais tant mieux, ça leur laisse une marge de progression après un premier album déjà très convaincant ! Blackcondorguy Aggravator 2 by...

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David Bowie – Aladdin Sane

David Bowie – Aladdin Sane

Vous voulez une histoire triste ? Et bien voilà, Aladdin Sane n’est pas reconnu à sa juste valeur. Même s’il arbore la pochette la plus iconique de la carrière de Bowie, il se retrouve en plein milieu des tops 10 qui ont été réalisés sur la carrière de l’artiste depuis sa mort, il ne figure pas dans les listes des 172 albums que vous devez écouter dans votre vie sous peine de vous payer la honte, il est même considéré par beaucoup comme moins bon que Hunky Dory et Low. Low, putain! Et tout ça, c’est parce qu’Aladdin Sane est l’album Panic Room* par excellence. Vous imaginez, passer après Ziggy Stardust ? Difficile de faire aussi bien ! Pourtant, le disque commence presque où le précédent s’était arrêté, avec un “Watch That Man” au rythme rock’n roll endiablé qui n’est pas sans évoquer “Suffragette City”, avec un mixage un peu plus brut et un saxo en rab, et nous offre de fabuleuses perles pailletées (la reprise de “Let’s Spend The Night Together”, qui tient la dragée haute à l’originale, ou “Cracked Actor” et son harmonica diabolique, un des meilleurs morceaux de Bowie). Peut-être, alors, le manque de reconnaissance serait-il dû au fait qu’Aladdin Sane serait un Ziggy Stardust bis ? Là non plus, ce n’est pas le cas. Le morceau titre est une petite bizarrerie pop incluant un solo de piano free jazz, “Panic In Detroit” est en quelque sorte la version rock d’une samba en jungle beat (ça parait très arty à vomir sur le papier, mais c’est irrésistiblement dansant dans les faits), “Drive-In Saturday” reprend des éléments du doo-wop pour un résultat qui donne envie de reprendre en choeur “Doo-doo-wah” à chaque couplet, “The Prettiest Star” s’inspire d’une danse grecque traditionnelle en y ajoutant une touche glam, bref David Bowie est inspiré, inventif, et le résultat souvent à la hauteur ; seule cette dernière offre surtout un moment pour aller pisser, mais le moment parfait pour aller pisser ! Ce ne sont donc pas les morceaux, la plupart sont à tomber avec des mélodies de haut niveau. Écoutez donc la poignante “Time” pour vous en convaincre ! Alors est-ce le concept ? L’artiste étant reconnu pour son univers, un disque qui se contenterait de reprendre la thématique et l’univers de ses années glam serait alors moins intéressant que d’autres ? Là encore, je ne pense pas. Car si Aladdin Sane est dans l’inconscient collectif rattaché à Ziggy pour son côté glam (et sûrement le visuel de sa pochette), il ne s’agit pas ici d’une variation sur le thème du rock’n roll et de la rock star, mais d’un portrait de l’Amérique par un musicien qu’elle repousse autant...

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King Tuff – The Other

King Tuff – The Other

Quand on aime, on ne compte pas, dit-on. Il semblerait que ce ne soit pas tout à fait vrai. Je compte. Dix ans depuis le dernier album de Witch et surtout depuis que j’ai découvert rétroactivement le précédent, qui doit être dans le top 20 de mes disques préférés aujourd’hui, et qui a éveillé mon intérêt pour Kyle Thomas. Six ans depuis le deuxième album de King Tuff, le premier sorti chez Sub Pop, qui enchaine les tubes power pop teintés de glam 70s, qui démontrait un savoir mélodique et une capacité à composer des pépites pop rock hors pair et qui surtout m’avait mis une sacré claque, au point de faire rentrer Kyle Thomas dans ma liste des artistes à suivre coûte que coûte. La seule chose que je ne peux pas compter, c’est le nombre d’écoute des disques sus-cités. Quatre ans depuis le dernier disque de King Tuff, chroniqué ici, et depuis une interview intéressante où l’artiste nous donnait quelques pistes pour entrer dans son univers, notamment son envie de ne jamais vraiment refaire la même chose. Et un écart deux fois plus grand entre le disque qui sort cette année et Black Moon Spell qu’entre ce dernier et celui d’avant. Depuis, une tournée mondiale dans le groupe de son pote Ty Segall, dont je trouvais que la musique avait tendance à déteindre sur Thomas, et de longs mois d’interrogations sur ce qu’allait bien pouvoir devenir King Tuff. Puis trois singles présentés en avance et des réponses qui laissent presque plus de questionnements sur ce qu’allait être le disque. The Other s’ouvre par le morceau éponyme, qui ne respire pas la joie de vivre, longue ballade monotone qui pourra paraitre aussi chiante à celui qui y reste hermétique que sincèrement émouvante. Étonnamment, je suis passé après quelques écoutes de la première à la deuxième catégorie. Après cela, le reste est plutôt homogène, mais paradoxal : c’est toujours de la pop marquée par les années 70, dansante et enjouée à  l’exception des ballades, on sent la patte de King Tuff dans les compositions, mais le style général est plus tourné vers ce qu’on pourrait qualifier de “disco” sans faire vraiment musique de boite, les chansons restent simples mais l’instrumentation plus complexe ; et paradoxal pour moi, l’ensemble est indéniablement de qualité mais ne m’accroche pas du tout. Mine de rien, deux disques déjà de l’artiste avec lesquels je me sens en décalage. Et pourtant, même s’il ne me plait pas trop, je ne peux pas m’empêcher d’y revenir un sourire aux lèvres, de l’écouter avec bienveillance et intérêt. Je ne connais pas Kyle Thomas personnellement, mais j’ai l’impression d’écouter le disque d’un ami qui serait dans un délire musical...

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Dans le bac d’occaz’ #25 : Iron Maiden, Cypress Hill, The Strokes

Dans le bac d’occaz’ #25 : Iron Maiden, Cypress Hill, The Strokes

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon des amis mélomanes et/ou des lecteurs d’Exitmusik. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).* Dans le bac d’occaz #25 : suggestions pour les années en 1 Iron Maiden – Killers (1981) : suggéré par Santiago de Wonderflu Cher Santiago, Je sais que niveau goûts, a priori, nous sommes sur la même longueur d’onde. Déjà, tu fais partie de Wonderflu, que je considère comme le meilleur groupe parisien de rock actuel et d’Influenza Records, qui nous fournit régulièrement en bons disques. En plus, je connais ton aversion pour les synthés et la musique années 80. Bref, tu es un mec bien. Alors pourquoi m’avoir conseillé ce disque ? Un souvenir honteux de jeunesse, une madeleine de Proust nanarde, une vraie considération assumée ? Je t’avoue que j’ai eu des doutes. Puis j’ai réécouté un disque de Metallica qui traînait sur mon étagère depuis longtemps et j’ai un peu revu mon jugement. Car, si j’ai beaucoup plus apprécié ce dernier, je dois reconnaître qu’en écoutant Iron Maiden, la filiation est flagrante. Et on sent une influence punk, ou du moins une volonté de puiser des éléments de ce courant musical, qui rend leur hard rock différent de ce qui pouvait se faire avant. Je comprends complètement qu’ils aient lancé une nouvelle vague dans le genre. Et c’est moins craignos à écouter que leurs albums plus connus, Number of the Beast, Fear of the Dark et compagnie. Cependant, peut-être parce que je ne les ai pas écoutés ado, les morceaux ne me font pas grand-chose et ça tombe déjà trop souvent dans les mauvais côté du heavy metal (chansons trop longues, voix suraiguë, solo branlette…). Bilan, je n’y reviendrai pas mais je comprends ce que le groupe a pu apporter à l’époque. Cypress Hill – Cypress Hill (1991) – Suggéré par PC Cher PC, Merci de continuer à approfondir ma culture hip-hop. Je connaissais évidemment le gros tube de Cypress Hill “Insane In The Brain”, mais pas tellement le reste de leur discographie. J’avais écouté vers l’époque de sa sortie Skull & Bones que j’avais trouvé anecdotique, pour être sympa, et ça ne m’avait pas vraiment donné envie d’aller plus loin. Aujourd’hui que j’ai mûri et je suis prêt à remettre en question mes a priori, je suis très content de pouvoir me rattraper. Je devais être le dernier à ne pas connaître les classiques du groupe, mais au cas où...

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