Prophets Of Rage – Prophets Of Rage

Prophets Of Rage – Prophets Of Rage

Il fallait bien passer à l’acte, celui de l’épreuve cruciale et non sans danger de la conception d’un album. Car oui Prophets of Rage a fait ses preuves. Sur scène, la mayonnaise à pris très vite, on sent l’envie et le plaisir communicatif des membres à jouer ensemble, qui plus est pour la bonne cause, toujours le bras tendu. En studio et sur disque c’est une autre histoire. L’EP sorti en 2016 n’a eu pour seul effet que de nous renvoyer 20 ans en arrière, avec l’unique envie de nous replonger dans la discographie de leurs formations d’origines. Les quelques morceaux balancés au compte-goutte avant la sortie officielle de ce premier opus se sont eux avérés prometteurs, mention spéciale à « Unfuck The World », « Radical Eyes » et « Living On The 110″, particulièrement émérites. Mais rien n’est joué car la véritable épreuve repose sur le fait de tenir la distance sur un album complet et au premier abord, les membres de Prophets s’en sont sur ce coup-là plutôt biens sortis. Mais voilà si l’on creuse un peu, on se rend vite compte que les ex-membres de Rage Against The Machine ne sortent jamais des sentiers battus. Aucune prise de risque, ils martèlent la même formule sans relâche. Les riffs et solos de Morello sonnent souvent comme du déjà entendu, on reste sur notre faim et c’est bien dommage. Fort heureusement, Tim commerford et Brad Wilk redonnent du peps à l’ensemble en déployant une bonne dose de groove comme sur » Take Me Higher », taillée sur mesure pour Chuck D. Globalement trop propre et poli, on reprochera un manque de hargne et de brutalité, sûrement dans un souci de plaire au plus grand nombre plutôt que dans une difficulté à se renouveler. Musicalement on assiste à une révolution en demi teinte que Chuck D et B-Real peinent à tirer vers le haut. S’ils assurent toujours dans leur rôle de Mc’s, nos messagers n’ont pas la fougue ni l’énergie d’un Zack De La Rocha prêchant la bonne parole. On frôle même la catastrophe pour ne pas dire le ridicule sur « Legalize Me » où la voix trafiquée de B-Real qui ne méritait vraiment pas ça, risque d’en faire pâlir plus d’un. On le sait l’épreuve est délicate, et il est vrai qu’en un an les membres de Prophets n’ont pas chômé… Le meilleur de cet album avait déjà été dévoilé, ce qui est fort dommage, le reste n’offrant pas de réelles surprises. Une bonne marge de progression est à prévoir/espérer pour la suite, pour le moment attendons de voir comment le groupe va défendre cet album en live. Parce que c’est peut-être bien là où il est le plus fort. JR   LIRE LA CHRONIQUE DU PREMIER...

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Dälek – Endangered Philosophies

Dälek – Endangered Philosophies

« Bonjour, mon garçon. Installez-vous et dites-moi ce qui vous amène. » « Et bien voilà, je ne suis pas comme les autres garçons de mon âge. » « Vous pouvez préciser ? » « Les autres garçons aiment le foot, les filles et les jeux vidéos. Moi j’aime les films d’horreur, les animaux morts, le feu… » « Oh là là, mais enfin mon petit Dälek vous n’avez que 10 ans, l’âge de l’insouciance. Qu’est ce qui vous attire dans tout ça ? » « J’ai une fascination pour les ténèbres. » « Ah oui quand même. Bon. On va procéder à un jeu très simple. Je vous pose des questions courtes et vous me répondez ce qui vous vient à l’esprit. Votre couleur préférée ? » « J’en aime deux ! » « Ah super, vous voyez ! Lesquelles ? » « Le noir et la couleur de la rouille. » « Hum. C’est très bien (sourire gêné). Votre animal préféré ? » « La mouche tsé tsé » (Embarrassé) « D’accord, d’accord. Je vais maintenant vous faire écouter des sons très courts et vous me dites ce qu’ils vous inspirent. » (Un oiseau qui chante) « L’ennui. » (Un ruisseau qui coule) « La tristesse. » « Avec des oreilles aussi insensibles, j’espère que vous ne projetez pas de devenir musicien ! HAHA ». Docteur Dickhead part dans un fou rire aussi bruyant qu’incontrôlable. « Je veux devenir rappeur. » « ….. » Après une longue hésitation mêlée de désarroi, le Dr Dickhead reprend la parole « J’avoue que je ne vois pas trop comment m’y prendre avec vous. Vous avez au moins une chance, vous êtes américain ! Raccrochez-vous à ça ! Vous êtes fier de votre pays ? » « Je conchie la politique étrangère des Etats-Unis et je considère le second amendement de la constitution comme une hérésie ». « Sortez de ce bureau. » Dälek ne revit plus jamais le Dr Dickhead mais il se porte aujourd’hui à merveille. Il vient de sortir un nouveau disque, Endangered Philosophies, plus consistant encore que le précédent un rien frustrant, sans jamais rien céder à ses principes. Ses textes rageurs faisant remarquablement corps avec de fascinants échafaudages sonores soigneusement élaborés (les percutantes « Echoes Of… » ou « The Son Of Immigrants », « A Collective Cancelled Thought » et ses 5 premières minutes instrumentales, « Battlecries » et son spleen écrasant). Le tout distille un sentiment étouffant palpable qui pourrait être malaisant pour l’auditeur non averti mais se révèle au contraire jubilatoire pour celui qui l’est. Dälek demeure incompris mais il n’en a cure (« a few understand what i’m talking about, whatever » clame-t-il sur « Few Understand »). Nous non plus, on se réjouit même qu’il poursuive cette route que peu d’artistes osent emprunter....

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Liars – TFCF

Liars – TFCF

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Gageons qu’Angus Andrew, retrouvé seul dans le navire Liars depuis le départ d’Aaron Hemphill, ne s’est pas lamenté bien longtemps avec cette citation de Lamartine en tête. Si Liars a déjà touché à presque tout musicalement (souvent avec brio) on aurait pu craindre que le père Angus choisisse de simplifier la donne n’ayant plus de comparse avec qui partager ses délires et idées saugrenues. Il n’en est rien. Pourtant, les instruments à sa disposition sont réduits comme peau de chagrin : une gratte sèche omniprésente et des machines pour s’adonner à quelques bidouillages électroniques. C’est à peu près tout, si l’on excepte les coups de main épars de quelques copains. Mais inutile d’escompter un frein quelconque à son imagination débordante : ce TFCF a tout pour lui, excepté son affreuse pochette. A commencer par une atmosphère globale hypnotique, étrangement envoutante, un je ne sais quoi qui procure un grand attachement pour tout un tas de morceaux qui ne paient pas de mine de prime abord. Comme souvent chez ce groupe. L’univers Liars se retrouve dépouillé mais fourmille toujours d’idées. Et de bonnes chansons. Citons pèle mêle « Cliche Suite » aux allures médiévales, les errances mystiques d’un Angus tourmenté sur fond de beat d’abord rachitique puis épileptique (« Face To Face With My Face »), la mélancolie palpable de « No Help Pamphlet », la simplicité tubesque de « No Tree No Branch » dans un délire drum&bass, « Cred Woes » entre electro et hip hop, avec un chant rappelant Beck (!), tout en s’octroyant un break qui semble emprunté… au « My Sharona » des Knacks ! Ça fait beaucoup pour un seul disque. Et ça confirme que l’entité Liars conserve toute son âme, sa singularité et vient d’ajouter une réussite de plus à sa fascinante discographie....

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Rock En Seine @ St-Cloud (92), du 25 au 27/08/17

Rock En Seine @ St-Cloud (92), du 25 au 27/08/17

Quoi de mieux pour clôturer l’été que passer trois jour allongé sur l’herbe à écouter de la musique ? Rock en Seine est un peu le Noël du dernier weekend d’août. Retrouver ses potes autour d’une bière en profitant des derniers rayons du soleil. Autant dire que lorsque vous vous réveillez en sursaut à cause de l’orage grondant qui stagne au-dessus de La Capitale, l’envie de remettre en question votre amour pour la musique vous vient à l’esprit. Mais peu importe, le pass trois jours glissé dans la poche arrière de son jean, on saute dans le métro bien décidé à en profiter à fond ! Et cette année on est gâté. The Jesus and Mary Chain, Slowdive, Ty Segall, PJ Harvey… Je crois que c’est la première fois que je vais à un festival avec un programme aussi chargé, alors qu’importe la pluie, un vent d’excitation souffle sur l’édition 2017 du festival.   Vendredi 25 août “Hello, we are Cabbage from Manchester”. C’est classe de dire “Hello we are Cabbage from Manchester”. On n’avait pas entendu ça depuis un bout de temps. On se croirait presque revenu à la belle époque de la factory, de Joy Division et des Smiths. Premier concert et première claque, les 5 Mancuniens offrent une prestation des plus plaisantes et font même revenir le soleil. Pourtant ce n’est pas du punk. Ce n’est pas non plus du post punk. Leur son est au goût du jour tout en gardant un caractère atypique qu’on ne saurait décrire. The Pretty Reckless a tout pour séduire. Les jolis solos du guitariste aux faux airs de Slash font plaisir et je trouve toujours envoûtant que le leader du groupe soit de sexe féminin. Pourtant je me suis fait chier. Je dois être trop sensible. J’aime pas quand ça crie trop fort. Le temps d’un sandwich et je me retrouve devant Beach Fossils. Et là tout change. À peine les premières notes de « Generational Synthetic » retentissent que je me sens bien immédiatement. En arrivant à la scène du bosquet j’ai pu entendre « assis, c’est un concert assis« , c’est vrai que Beach Fossils ça s’écoute allongé dans l’herbe en regardant le ciel. C’est fait pour ça. Pourtant tout le monde est debout. On ne saurait manquer une miette de la formation américaine. Vous avez déjà découvert un groupe et eu l’impression que vous étiez passé à côté de quelque chose ? C’est ce qu’il m’est arrivé avec The Jesus and Mary Chain : « Mon dieu je suis né trop tard ». Séparés durant les années 90, c’est un peu la frustration ultime d’écouter Psychocandy en se disant qu’on aura jamais le plaisir de l’entendre en live. Pourtant, dans un élan...

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David Bowie – Ziggy Stardust

David Bowie – Ziggy Stardust

Que dire sur ce disque qui n’ait pas déjà été dit ? Absolument rien, je pense. Alors on va faire simple. Soit vous connaissez déjà le disque par cœur et vous collectionnez avidement les avis sur celui-ci, dans ce cas vous pouvez limite passer votre chemin et en profiter pour l’écouter une fois de plus. Soit vous ne connaissez pas le disque, et je ne peux que vous conseiller d’aller l’écouter, vous pouvez donc passer aussi votre chemin. Si vous continuez à lire mon article malgré ça, vous n’avez que ça à faire alors profitons-en pour lister 5 points pour lesquels The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, qui fête ses 45 ans, est le meilleur disque de Bowie, et pas juste pour faire bien dans les classements Rock And Folk : – Déjà, c’est le premier album où Bowie s’est trouvé musicalement. Les 3 premiers étaient chacun très différents, on sentait le tâtonnement sur Hunky Dory notamment avec des titres comme « Queen Bitch », mais là c’est enfin parti sans temps morts et super cohérent musicalement. Bowie fait partie de ces artistes dont les premiers albums représentent une véritable évolution musicale et pas le summum de leur carrière, et cette évolution arrive à son point d’orgue sur cette période. – Parce que ce n’est pas un album solo, mais des Spiders From Mars et qu’il représente le point où le groupe a trouvé son alchimie. Vu que Mick Ronson apportera à Bowie ses plus grands plans de guitare, ce n’est pas peu dire. – C’est un concept album qui est bon dans son ensemble sans jamais être chiant, et c’est assez rare pour être souligné. – Sous sa démarche artistique, c’est surtout un recueil de morceaux surpuissants, avec une face b quasi-parfaite, une intro (« Five Years ») et un final (« Rock’n Roll Suicide ») magnifiques et des temps faibles (« Soul Love », « It Ain’t Easy » et « Star ») qui pourraient être des temps forts sur tellement d’autres albums. – Il contient « Moonage Daydream », peut-être le meilleur morceau de Bowie. Voilà. L’année prochaine, je vous fais à peu près le même article sur Aladdin Sane. BCG LIRE LA CHRONIQUE DE STATION TO STATION LIRE LA CHRONIQUE DE LOW LIRE LA CHRONIQUE DE THE NEXT DAY LIRE LA CHRONIQUE DE BLACKSTAR LIRE LA CHRONIQUE DE L’EXPO « DAVID BOWIE...

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Interview – Mogwai

Interview – Mogwai

Jour de fête de la musique, le soleil tape fort sur la capitale. Ce n’est donc pas tout à fait un jour comme les autres au sein d’un été parisien globalement bien pourri. Et ce n’est décidément pas un jour comme les autres puisque l’occasion nous est donnée d’interviewer les légendes post rock Mogwai dans un hôtel parisien. A l’époque on était encore un peu juste pour mesurer la pleine réussite qu’est leur nouvel album, Every Country’s Sun, mais on avait pu se rendre compte que derrière leur musique complexe se cache deux joyeux lurons qui se prennent très peu au sérieux.   « Il est temps qu’on ait des chansons pop, on en a marre de vivre dans l’obscurité de la classe moyenne, on a besoin d’argent pour s’acheter des châteaux »   Vous venez de jouer votre nouvel album en entier à Primavera lors d’un concert surprise. C’était la première fois que vous jouiez un album entier que personne n’avait encore écouté ? Martin Bulloch (batteur) : Non, ça nous est arrivé une fois avant. Stuart Braithwaite (guitariste) : on l’avait fait au Japon pour Hardcore Will Never Die, But You Will mais c’était le jour de la sortie. Martin : c’était le jour de la sortie donc les gens s’étaient réveillés tôt le matin exprès pour l’écouter avant d’aller nous voir jouer (rires). Cette fois personne ne l’avait entendu probablement.   Ça doit être une sensation particulière. Vous étiez un peu nerveux ? Comment le public a réagi ? Stuart : oui, j’étais nerveux. Mais le public était super, les gens ont aimé, je pense que ça a aidé que la scène soit assez loin. Les gens sont donc venus de loin pour nous voir jouer, ils n’avaient sans doute pas envie de repartir ensuite ! C’était bien, une expérience marrante ! C’était bien aussi pour nous parce que généralement on ne joue pas toutes les chansons d’un album donc c’était intéressant de le faire. Ça nous a mis en bonne position avant d’entamer une tournée normale. Martin : c’est bien aussi d’être face à des gens qui ont bon goût parce qu’il y a tellement de bonne musique à Primavera ! On n’y était pas allé depuis quelques années donc c’était – enfin je croise les doigts – une bonne surprise pour le public. Ils ont été prévenus trois heures avant. En tout cas j’ai aimé, et les gens ont applaudi (sourire).   Et maintenant vous savez que vous pouvez jouez tous les morceaux de l’album. Que vous en êtes capables ! Mais vous n’aviez pas de doutes à ce sujet j’imagine ? Stuart : certaines chansons sont vraiment calmes, je ne pense pas que ce soit...

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Mogwai – Every Country’s Sun

Mogwai – Every Country’s Sun

A l’heure d’accueillir le nouvel album de Mogwai, on ne sait pas trop sur quel pied danser. Le dernier album en date, Atomic, était une franche réussite… mais c’était une BO. Un exercice forcément particulier qui convient à merveille au groupe. Si on remonte au dernier « véritable » album, Rave Tapes, il y a de quoi être plus inquiet. Celui-ci ne nous avait guère enthousiasmé lors de sa sortie et on ne peut pas dire qu’avec le temps on ait revu notre jugement. A vrai dire on l’a même un peu oublié. Ajoutez à cela le départ de John Cummings, un des gratteux historiques, et ça commence à faire beaucoup d’interrogations… Mi-mai, le remarquable single « Coolverine » (qui ouvre l’album) avait toutefois passé un premier coup de balai sur nos soupçons teintés d’inquiétude. Quelques écoutes (nécessaires) du disque dans son intégralité auront raison des derniers doutes. Oui Every Country’s Sun replace Mogwai là où il se situe le mieux : tout en haut de la pyramide post rock. Mais ce disque ne s’apprivoise pas en un claquement de doigts, il s’explore et se livre petit à petit, faisant d’abord son timide, planqué derrières des nuages récalcitrants avant de percer et nous illuminer de chacun de ses rayons. L’attaque est trompeuse, tout parait simple. « Coolverine » sonne comme du pur Mogwai intemporel, aucune révolution en vue mais une composition inspirée, maîtrisée et un voyage garanti où les synthés le disputent aux guitares et cohabitent à merveille. Que demande le peuple ? Puis vient l’incongruité de ce disque, « Party In The Dark ». Dans un registre pop (!) presque dansant (ouh le vilain mot), Mogwai s’éclate sur une rythmique post punk et Stuart Braithwaite se la donne au chant. L’exercice déroute mais ne déplait pas. Après cela, les écossais repartent dans des contrées plus familières en nous offrant quelques superbes plages atmosphériques avec des mélodies qui touchent au coeur, à dominance synthétique et/ou électronique (« Crossing The Road », « Aka 47 » tout en retenue downtempo, « 20 Size », « Don’t Believe The Fife » qui semble échappé d’Atomic). On pense alors que le groupe va tranquillement nous indiquer le chemin de la sortie en nous berçant religieusement et c’est là qu’il nous expédie à coups de pieds au cul, renouant en fin d’album avec les grosses guitares saturées à mort et les déflagrations noisy d’antan (« Battered At A Scramble », « Old Poisons » et le morceau-titre en forme de conclusion épique magistrale). On n’avait rien vu venir et on l’a senti passer ! Dense et varié, ce disque ne fera peut-être pas tomber de la chaise les amateurs de longue date du groupe écossais, préférant chérir leurs vieux classiques, mais il les rassurera sur un point : le talent est toujours là...

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Oh Sees – Orc

Oh Sees – Orc

Voici donc le 42e album de Thee Oh Sees en 3 ans. A peu de choses près hein on va pas chipoter. A force, il vaut mieux en rire, ça épate toujours les fans autant que ça énerve les détracteurs. Pour brouiller les pistes, le groupe a « changé de nom » mais à l’écoute de « The Static God » en ouverture, rien de nouveau sous le soleil californien. Le morceau est dans la parfaite continuité du remarquable A Weird Exits (j’omets volontairement le moins notable An Odd Entrance qui ressemblait fort aux faces b de ce dernier). Au programme donc, un rock frénétique qui sent bon la pinte de bière renversée sur vos godasses toutes collantes et des freinages in extremis provoquant des couinements de guitares typiquement Oh Seesiens. Nous quand on nous sert ça, on est contents. Après un « Nite Expo » un brin convenu, « Animated Violence » hausse le ton façon stoner au riff d’acier. Et un long final expérimental inattendu ponctué d’aboiements (oui, d’aboiements) de Dwyer nous aide à digérer l’assaut. Nous quand on nous sert ça, on se lèche les babines. Une fois lancés sur les rails du délire psyché, les Oh Sees nous estiment prêts à endurer les 8 minutes totalement illuminées de « Keys To The Castle ». Nous le sommes en effet. Et nous apprécions l’attention. Malheureusement, certains titres plus anecdotiques viennent ternir le bilan (« Nite Expo », « Paranoise » bien moins palpitante que son nom le suggérait), et ce même s’ils s’appuient sur des arguments solides (« Cadaver Dog » bénéficiant pourtant des options basse dodue, orgue imposant et d’un Dwyer jouant au prêcheur, « Raw Optics » qui malgré une belle démonstration de double batterie est envahi de gimmicks forts communs pour qui suit le groupe depuis au moins deux ans – soit 26 albums environ). Dans le registre étrange, fun et attachant, « Cooling Tower » remplit bien son rôle et définit finalement assez bien un album qui possède un certain grain de folie et pioche allègrement dans tous les styles chers à Dwyer (garage évidemment mais aussi pop, krautrock, voire stoner ou electro). Mais cet aspect foutraque et décousu, moins maîtrisé que sur A Weird Exits, finit par lui desservir en diluant notre attention. Alors évidemment, nous quand on nous sert ça, on l’avale tout cru mais on n’est pas tout à fait rassasié....

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Queens Of The Stone Age – Villains

Queens Of The Stone Age – Villains

Une fois n’est pas coutume, puisque ce disque divise la rédaction, voici deux chroniques aux avis diamétralement opposés. POUR // Voilà l’objet de la discorde, le centre de la polémique, le disque des Queens Of The Stone Age que même les fans risquent de trouver à chier, et qu’il y aura pourtant toujours des contradicteurs invétérés pour défendre. Sauf que cette fois, le contradicteur invétéré, c’est moi. C’est d’autant plus étonnant que je n’avais pas tellement aimé le dernier album en date, ni la collaboration avec Iggy Pop, et que j’ai une aversion naturelle assez forte pour le pop rock dansant, surtout quand il est teinté années 80. Ajoutez à cela que j’ai trouvé le premier morceau à avoir fuité, « Feet Don’t Fail Me » très, très mauvais à la première écoute. Bref, je n’avais a priori pas du tout le profil pour défendre cette nouvelle sortie, d’autant plus que je n’aime aucun album du groupe depuis le départ d’Oliveri, à l’exception de quelques chansons par-ci, par-là. Or, c’est peut-être justement pour ça que je suis plutôt bienveillant à l’égard de Villains. Déjà, contrairement à Lullabies To Paralyze et les albums qui ont suivi, ce n’est pas une variation sur le thème de Songs For The Deaf en moins réussi, ce n’est pas une répétition moins convaincante de la formule Queens Of The Stone Age, et c’est déjà respectable en soi. Mais le meilleur moyen d’expliquer ce qu’il y a de positif dans ce nouveau disque, c’est de le comparer au précédent. Pour moi, …Like Clockwork, fortement surestimé ici-même, était un échec. Une tentative louable pour Josh Homme de renouveler sa musique, avec de vraies incursions pop rock, mais pas assez franches. D’une part, les morceaux purement pop n’étaient pas tous réussis (« …Like Clockwork » en étant l’exemple le plus flagrant), et d’autre part, ils étaient noyés entre des morceaux typiques du rouquin complètement anecdotiques mis là comme pour rassurer les fans que c’était bien un album de Queens Of The Stone Age et des ratages complets malgré la présence de pléthore de guests (« If I Had A Tail », le pire morceau qu’ait écrit Homme ou pas loin). Au final, une seule réussite, grandiose, le titre « I Appear Missing » qui était la meilleure chanson du groupe à sortir depuis longtemps. À l’époque, je m’étais dit que Josh Homme gagnerait à assumer pleinement son envie de faire du pop rock. Cette orientation s’est confirmée avec le dernier album d’Iggy Pop, dont les plus gros défauts à mon goût étaient une influence très marquée des années 80 et une trop grande molesse. Un délire musical qui ne me plait pas avec des chansons qui ne me plaisent pas, ça ne pouvait pas décemment...

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Marietta – La Passagère

Marietta – La Passagère

Aah notre belle langue française. Nous la chérissons pour ce qu’elle représente à travers les âges, et grâce à ceux qui l’ont élevée au rang de fierté du patrimoine. Mais musicalement c’est souvent une autre histoire. De mauvais textes en français, ça pardonne moins et il n’est pas chose aisée de faire « sonner » cette langue si riche et complexe. Marietta qui s’était jusque-là contenté de la langue de Shakespeare, beaucoup moins retorse, se jette dans le grand bain. Audacieux. Et périlleux. Les illustres ainés semblent beaucoup moins nombreux que les prédécesseurs peu glorieux. Et si on salue partout dans le monde le chic de la langue de Molière, ceux qui sont parvenus à s’exporter avec un chant en français demeurent des exceptions. Pour le chroniqueur aussi, l’obstacle est de taille. Son premier album, Basement Dreams Are The Bedroom Cream, fait de bricolage bancal, de chansons brinquebalantes, gentiment lo-fi, nous avait fortement enthousiasmé (tout comme ses travaux au sein des excellents The Feeling Of Love). Il semble loin derrière. Marietta prend le pari audacieux de s’inscrire dans un registre plus classique de pop/chanson française, au risque de passer parfois pour de la variété. La frontière est mince, et Marietta, tout talentueux qu’il est, n’évite pas l’écueil. Si les textes sont assez fins et de qualité, on peine toutefois à s’emballer pour ces compositions globalement trop sages et maniérées (« L’électricité », « Nos Ventres Nus ») et certains partis pris peinent à convaincre (les velléités électroniques de « L’insecte Dans Ma Bouche », les textes crus de « La Grande Ville Malade » où le Guillaume se mue en gros dégueulasse qui « veut baiser, être défoncé, sortir (sa) bite, (…) pisser sur les voitures et éjaculer sur les tatouages »). Heureusement il reste des pop songs de qualité (« Livide La Nuit ») et quelques virées psychédéliques perçues comme autant de bouffées d’air frais (« La Carte », le voluptueux « La Passagère » et son final généreux, « La Bouche Du Vent » qui offre quelques réminiscences instrumentales de « Chewing Your Bones » nous offrant ainsi quelques regrets nostalgiques). Marietta a mis les formes à ce disque qu’on ne balancera pas aveuglément aux orties. Le garçon est doué, cela va sans dire. Il a simplement emprunté un chemin qu’il nous est parfois difficile de suivre. La tentative est louable mais la concrétisation guère convaincante. Qu’à cela ne tienne, n’enterrons pas trop vite Marietta qui a sans doute plus d’un projet dans son sac. JL   Lire la chronique de Basement Dreams Are The Bedroom Cream Lire la chronique de The Feeling Of Love – Reward Your...

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