Oh Sees – Orc

Oh Sees – Orc

Voici donc le 42e album de Thee Oh Sees en 3 ans. A peu de choses près hein on va pas chipoter. A force, il vaut mieux en rire, ça épate toujours les fans autant que ça énerve les détracteurs. Pour brouiller les pistes, le groupe a « changé de nom » mais à l’écoute de « The Static God » en ouverture, rien de nouveau sous le soleil californien. Le morceau est dans la parfaite continuité du remarquable A Weird Exits (j’omets volontairement le moins notable An Odd Entrance qui ressemblait fort aux faces b de ce dernier). Au programme donc, un rock frénétique qui sent bon la pinte de bière renversée sur vos godasses toutes collantes et des freinages in extremis provoquant des couinements de guitares typiquement Oh Seesiens. Nous quand on nous sert ça, on est contents. Après un « Nite Expo » un brin convenu, « Animated Violence » hausse le ton façon stoner au riff d’acier. Et un long final expérimental inattendu ponctué d’aboiements (oui, d’aboiements) de Dwyer nous aide à digérer l’assaut. Nous quand on nous sert ça, on se lèche les babines. Une fois lancés sur les rails du délire psyché, les Oh Sees nous estiment prêts à endurer les 8 minutes totalement illuminées de « Keys To The Castle ». Nous le sommes en effet. Et nous apprécions l’attention. Malheureusement, certains titres plus anecdotiques viennent ternir le bilan (« Nite Expo », « Paranoise » bien moins palpitante que son nom le suggérait), et ce même s’ils s’appuient sur des arguments solides (« Cadaver Dog » bénéficiant pourtant des options basse dodue, orgue imposant et d’un Dwyer jouant au prêcheur, « Raw Optics » qui malgré une belle démonstration de double batterie est envahi de gimmicks forts communs pour qui suit le groupe depuis au moins deux ans – soit 26 albums environ). Dans le registre étrange, fun et attachant, « Cooling Tower » remplit bien son rôle et définit finalement assez bien un album qui possède un certain grain de folie et pioche allègrement dans tous les styles chers à Dwyer (garage évidemment mais aussi pop, krautrock, voire stoner ou electro). Mais cet aspect foutraque et décousu, moins maîtrisé que sur A Weird Exits, finit par lui desservir en diluant notre attention. Alors évidemment, nous quand on nous sert ça, on l’avale tout cru mais on n’est pas tout à fait rassasié....

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Queens Of The Stone Age – Villains

Queens Of The Stone Age – Villains

Une fois n’est pas coutume, puisque ce disque divise la rédaction, voici deux chroniques aux avis diamétralement opposés. POUR // Voilà l’objet de la discorde, le centre de la polémique, le disque des Queens Of The Stone Age que même les fans risquent de trouver à chier, et qu’il y aura pourtant toujours des contradicteurs invétérés pour défendre. Sauf que cette fois, le contradicteur invétéré, c’est moi. C’est d’autant plus étonnant que je n’avais pas tellement aimé le dernier album en date, ni la collaboration avec Iggy Pop, et que j’ai une aversion naturelle assez forte pour le pop rock dansant, surtout quand il est teinté années 80. Ajoutez à cela que j’ai trouvé le premier morceau à avoir fuité, « Feet Don’t Fail Me » très, très mauvais à la première écoute. Bref, je n’avais a priori pas du tout le profil pour défendre cette nouvelle sortie, d’autant plus que je n’aime aucun album du groupe depuis le départ d’Oliveri, à l’exception de quelques chansons par-ci, par-là. Or, c’est peut-être justement pour ça que je suis plutôt bienveillant à l’égard de Villains. Déjà, contrairement à Lullabies To Paralyze et les albums qui ont suivi, ce n’est pas une variation sur le thème de Songs For The Deaf en moins réussi, ce n’est pas une répétition moins convaincante de la formule Queens Of The Stone Age, et c’est déjà respectable en soi. Mais le meilleur moyen d’expliquer ce qu’il y a de positif dans ce nouveau disque, c’est de le comparer au précédent. Pour moi, …Like Clockwork, fortement surestimé ici-même, était un échec. Une tentative louable pour Josh Homme de renouveler sa musique, avec de vraies incursions pop rock, mais pas assez franches. D’une part, les morceaux purement pop n’étaient pas tous réussis (« …Like Clockwork » en étant l’exemple le plus flagrant), et d’autre part, ils étaient noyés entre des morceaux typiques du rouquin complètement anecdotiques mis là comme pour rassurer les fans que c’était bien un album de Queens Of The Stone Age et des ratages complets malgré la présence de pléthore de guests (« If I Had A Tail », le pire morceau qu’ait écrit Homme ou pas loin). Au final, une seule réussite, grandiose, le titre « I Appear Missing » qui était la meilleure chanson du groupe à sortir depuis longtemps. À l’époque, je m’étais dit que Josh Homme gagnerait à assumer pleinement son envie de faire du pop rock. Cette orientation s’est confirmée avec le dernier album d’Iggy Pop, dont les plus gros défauts à mon goût étaient une influence très marquée des années 80 et une trop grande molesse. Un délire musical qui ne me plait pas avec des chansons qui ne me plaisent pas, ça ne pouvait pas décemment...

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Marietta – La Passagère

Marietta – La Passagère

Aah notre belle langue française. Nous la chérissons pour ce qu’elle représente à travers les âges, et grâce à ceux qui l’ont élevée au rang de fierté du patrimoine. Mais musicalement c’est souvent une autre histoire. De mauvais textes en français, ça pardonne moins et il n’est pas chose aisée de faire « sonner » cette langue si riche et complexe. Marietta qui s’était jusque-là contenté de la langue de Shakespeare, beaucoup moins retorse, se jette dans le grand bain. Audacieux. Et périlleux. Les illustres ainés semblent beaucoup moins nombreux que les prédécesseurs peu glorieux. Et si on salue partout dans le monde le chic de la langue de Molière, ceux qui sont parvenus à s’exporter avec un chant en français demeurent des exceptions. Pour le chroniqueur aussi, l’obstacle est de taille. Son premier album, Basement Dreams Are The Bedroom Cream, fait de bricolage bancal, de chansons brinquebalantes, gentiment lo-fi, nous avait fortement enthousiasmé (tout comme ses travaux au sein des excellents The Feeling Of Love). Il semble loin derrière. Marietta prend le pari audacieux de s’inscrire dans un registre plus classique de pop/chanson française, au risque de passer parfois pour de la variété. La frontière est mince, et Marietta, tout talentueux qu’il est, n’évite pas l’écueil. Si les textes sont assez fins et de qualité, on peine toutefois à s’emballer pour ces compositions globalement trop sages et maniérées (« L’électricité », « Nos Ventres Nus ») et certains partis pris peinent à convaincre (les velléités électroniques de « L’insecte Dans Ma Bouche », les textes crus de « La Grande Ville Malade » où le Guillaume se mue en gros dégueulasse qui « veut baiser, être défoncé, sortir (sa) bite, (…) pisser sur les voitures et éjaculer sur les tatouages »). Heureusement il reste des pop songs de qualité (« Livide La Nuit ») et quelques virées psychédéliques perçues comme autant de bouffées d’air frais (« La Carte », le voluptueux « La Passagère » et son final généreux, « La Bouche Du Vent » qui offre quelques réminiscences instrumentales de « Chewing Your Bones » nous offrant ainsi quelques regrets nostalgiques). Marietta a mis les formes à ce disque qu’on ne balancera pas aveuglément aux orties. Le garçon est doué, cela va sans dire. Il a simplement emprunté un chemin qu’il nous est parfois difficile de suivre. La tentative est louable mais la concrétisation guère convaincante. Qu’à cela ne tienne, n’enterrons pas trop vite Marietta qui a sans doute plus d’un projet dans son sac. JL   Lire la chronique de Basement Dreams Are The Bedroom Cream Lire la chronique de The Feeling Of Love – Reward Your...

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Interview – Slaves

Interview – Slaves

Slaves, à ne pas confondre avec le groupe américain de post-hardcore expérimental… Slaves c’est le vrai punk britannique ! Le duo de Kent, formé par Laurie Vincent (guitare/basse/chant) et Isaac Holman (batterie/chant), a la parole libre et bien des choses à dire. Leur album Are You Satisfied? nous avait comblés… Il en a été de même avec le dernier en date, Take Control, qui comprend une collaboration avec Mike D des Beastie Boys. Du pur punk rageur et abrasif qui crache allègrement sur notre société contemporaine. Il nous tardait donc de les questionner. Et nous avons sauté sur l’occasion lors de leur venue au festival This Is Not A Love Song.   « Le Brexit ? Un vrai pas en arrière pour l’humanité. La politique dans notre pays est complètement niquée… J’ai le sentiment d’être gouverné par des idiots »   Salut les gars, bon déjà… Cool vos tatouages !  Laurie :  j’ai commencé à me faire tatouer quand j’avais 16 ans.   Et c’est comme manger des cerises, une fois que tu commences tu ne peux plus t’arrêter ! Laurie : ahah oui je suis bien d’accord.   Vous vous êtes rencontrés comment ? Isaac : on jouait des concerts chacun avec nos groupes et on appréciait respectivement notre musique. Laurie nous a rejoint dans mon précédent groupe mais on n’aimait pas la direction que ça prenait donc on a fondé Slaves.   C’est comme dans une relation, chaque membre doit avoir une approche similaire pour parvenir à un bon résultat. Isaac/Laurie : oui, exactement !   J’adore ce que vous faites sinon je ne serais pas là… et votre musique me rappelle cette devise : fais ce que tu veux, c’est ta vie !  Isaac : oui il s’agit juste de s’exprimer de la manière qui te convient, on a suivi nos rêves et finalement ça montre que tout est possible. S’amuser tout simplement, et montrer aux gens que tu peux apprécier ta vie plutôt que de faire partie du système.   Ça se tient ! Qu’est-ce que vous ressentez vis-à-vis du Royaume-Uni actuellement ? Laurie : je suis fier que le parti travailliste (Labour Party) ait obtenu son meilleur résultat historique auprès des jeunes début juin, même si le parti n’est pas arrivé au pouvoir… Le parti écologique, le parti travailliste… Avec nos amis nous sommes ouverts d’esprit et plutôt fiers de notre pays. On est anti-Brexit et le fait de faire ce festival ça m’énerve encore plus vis-à-vis de ça parce que je pense à ce que ce sera dans le futur. C’est un vrai pas en arrière pour l’humanité… Il y a beaucoup d’émotions contradictoires mais il reste de l’espoir, Jeremy Corbyn semble plus fort qu’il ne l’a jamais...

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5 chansons, 5 disques par The Madcaps

5 chansons, 5 disques par The Madcaps

Auteurs cette année d’un nouvel album aventureux, où son garage pop 60s se voit mâtiné de cuivres et d’ambiances soul so New Orleans, les Madcaps demeurent une des valeurs sûres de Howlin Banana. Thomas Dahyot, guitariste-chanteur du groupe, est également une valeur sûre en interview, pas du genre à te laisser dans la panade après une question pourrie mais plutôt à se montrer des plus affables et précis quand il s’agit d’évoquer sa musique et celle des autres, qui le fait vibrer. On l’avait constaté l’an dernier, on l’a de nouveau vérifié avec cette interview 5 chansons, 5 disques où il était accompagné de Léo Leroux, batteur fraichement débarqué  dans l’aventure.     1 – Cool Threads (The Madcaps EP – 2014) The Madcaps by The Madcaps C’est un des tous premiers morceaux que vous ayez composés ?  Thomas Dahyot (guitariste-chanteur) : oui, carrément. C’est un des trois premiers que j’ai composés pour les mecs qui n’étaient pas encore les Madcaps, j’avais fait des démos et je leur avais balancé ce morceau-là. Avec « Impossible Love » et « Emily Vandelay ». C’est ce que j’avais montré au départ et qui les avait botté a priori. Aujourd’hui c’est un morceau qu’on ne joue plus du tout. Il est même probable que des gens qui font partie de ce groupe ne le connaissent même pas (rires). Léo Leroux (batteur) : pour te dire, moi il me l’a même pas fait écouter. Thomas : ben t’as le disque, t’es un grand garçon ! Léo : oui bien sûr je l’ai écouté a posteriori mais quand je suis rentré dans les Madcaps c’est pas ça qu’il m’a fait écouter.   Tu parlais d’ « Emily Vandelay », celui-là s’est retrouvé en revanche sur le premier album. Thomas : Exactement. C’était une chanson pas trop Madcaps dans ce qu’était l’idée de départ, c’est à dire de faire du rock’n roll de type garage, un peu nerveux, un peu véloce. Donc j’avais proposé trois morceaux qui étaient trois versions un peu différentes de la pop music et…   Genre « choisissez votre direction ! » (rires) Thomas : Non mais c’était pour montrer le genre de trucs que je faisais. C’était pas trop réfléchi, ça sortait comme ça, un morceau rapide, un lent, un triste. Celui-ci était donc un morceau avec presque un bout de Pink Floyd dedans, une progression comme on peut trouver sur le premier album de Pink Floyd « Astronomy Domine » (il chante le passage en question).   Tu étais dans une tentative de reproduction de Pink Floyd c’était déjà ambitieux ! (Léo se marre) Thomas : Non, absolument pas ! Je me suis juste dit « ah c’est cool, ça me fait penser à ça. » C’est pas la même chose ! Mais...

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Arcade Fire – Everything Now

Arcade Fire – Everything Now

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent. Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe « indie », demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France. La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur). Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes. Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois. Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près. De deux choses l’une, Arcade...

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Interview – The Coathangers

Interview – The Coathangers

The Coathangers, trio féminin garage-punk, vient de sortir Parasite, nouvel EP des plus chaotiques chez Suicide Squeeze Records – un pur label de Seattle, sans compromis, sur lequel on trouve aussi Audacity. Pour défendre cette nouvelle sortie, elles étaient de retour en France pour quelques dates dont une à TINALS où nous étions. L’occasion de constater qu’elles sont toujours aussi douées pour la scène et de vérifier si elles ont toujours des choses à dire après plus de 10 ans de carrière. L’interview se déroule pendant le ravitaillement nourriture et alcool du groupe, qui a donc souhaité rester en backstage… ce qui ne fut pas du goût de tout le monde. Interview express. // ENGLISH VERSION BELOW “On n’a pas à craindre la réaction des gens, ça ne plaira pas à tout le monde de toute façon donc on n’en a rien à foutre, on fait ce qu’on a à faire »   Première question, parce que je suis curieuse à ce propos, j’ai lu que votre groupe s’est formé comme une blague. Comment ça a fini par se produire ?  Julia Kugel (guitare/chant) : Bon ce n’était pas vraiment une blague non plus, mais ce n’était pas très sérieux… On avait l’habitude de prendre des cuites ensemble. Meredith Franco (basse/chant) : et simplement de trainer ensemble. Julia : on allait aux Margarita mondays (tradition consistant à s’enfiler des litres de margaritas pour oublier qu’on est le lundi, pire jour de la semaine, ndr), et on rentrait chez moi, Stephanie avait une batterie, et on a commencé à jouer de la musique. On s’amusait, on se soulait la gueule, et on s’est retrouvé à jouer des concerts. La première fois qu’on a joué les gens nous disaient « vous devriez faire d’autres concerts » et on leur disait « non, non, non merci !« . Meredith : oui, on répétait chez Julia. Julia : et puis Mark (de Suicide Squeeze Records) nous a fait « vous voulez sortir un disque ?« , puis quelqu’un d’autre « vous voulez sortir un autre disque ? » et je me suis dit… Et merde déjà le deuxième album !   Ça s’est fait tout à fait naturellement, tout s’est passé comme sur des roulettes. Meredith : oui et on n’aurait jamais pensé que ça puisse durer. Stephanie Luke (batterie/chant) : « on n’y arrivera jamais ! » (rires)   C’est peut-être ça la clé. Stephanie : oui parfois, peut-être. Ne pas se prendre trop au sérieux.   Et qui écrit les paroles ? Vous faites ça ensemble ? Julia : ça dépend des chansons, de l’humeur et du moment… Quelqu’un a une idée et on se met à travailler dessus ensemble.   Un travail d’équipe, donc. A propos de vos paroles justement elles sont...

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Public Enemy – Nothing Is Quick In The Desert

Public Enemy – Nothing Is Quick In The Desert

Pour fêter l’anniversaire d’un groupe ou d’un disque, certains se contentent de nous balancer des rééditions à n’en plus finir, avec son lot de remixes, inédits, souvent plus que dispensables et vendues qui plus est à prix d’or, histoire de marquer l’événement et surtout de renflouer les caisses sans trop se prendre la tête. Public Enemy ne mange pas de ce pain-là et on ne peut que les saluer pour ça. Pour fêter ses 30 ans de carrière, le groupe nous a pondu un nouvel album intitulé Nothing Is Quick In The Desert et cerise sur le gâteau, ce disque était offert en téléchargement gratuit sur leur Bandcamp avant sa sortie officielle*. Chuck D et sa bande n’ont pas vu le temps passer, une quinzaine d’albums à leur actif, une tripotée de tournées dans le monde entier, et toujours ce discours hautement politisé et engagé qui ne s’est pas non plus atténué avec le temps. Véritable machine de guerre inusable, constituée de vétérans qui n’ont jamais lâché leurs armes ; platines et microphones en main, P.E. continue sa belle aventure dans le rap. Le timbre de voix de Chuck D est moins tonique, son flow est rocailleux comme encombré d’un gros rhume, les apparitions de Flav se font rares… Mais ça s’écoute comme on déguste un bon vin qui a patiemment vieilli dans la cave et qu’on sort pour la grande occasion. Nothing Is Quick In The Desert comporte son lot de fraîcheur, grâce notamment à des instrus taillées sur mesure pour les deux MC’s. Les grattes sont partie prenante de ce disque, à coup de riffs rageurs sur « Yesterday Man » ou de solos démentiels comme à la fin de la très réussie « sPEak! » et sur « Rest In Beats ». L’influence rock a toujours eu sa place dans la discographie de Public Enemy. À l’aise dans tout les domaines Dj Lord nous propose une bonne touche d’électro sur « Sells Like Teens Hear It » et son côté très Kool Keith, puis sur la sombre et envoûtante « Terrorwrist ». Deux interludes pas vraiment nécessaires viennent toutefois gâcher toutes ses ondes positives (« Exit Your Mind » et l’inaudible « If You Can’t Join Em Beat Em »). Niveau déception ça se passe exclusivement à mi parcours de l’album avec « Beat Them All » et « Smash The Crowd » qui manquent clairement d’inspiration. Dans un style plus classique  » So Be It »  fait son petit effet tout comme le morceau-titre qui ouvre l’album. On notera le bel hommage rendu en guise de conclusion aux représentants du Hip Hop partis trop tôt (« Rest In Beats (Part 1&2) »). Public Enemy n’en a pas fini de gouverner la planète Rap, trois décennies à prêcher la bonne parole, celle qui ferait froncer les sourcils d’un certain Donald s’il...

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Nine Inch Nails – Add Violence EP

Nine Inch Nails – Add Violence EP

Alors qu’il avait mis en sommeil pendant quelques temps l’entité Nine Inch Nails, préférant s’adonner aux plaisirs moins exposés de la bande originale avec son ami Atticus Ross (ou même avec Mogwai sur le documentaire de Di Caprio, Avant le déluge), Trent Reznor a depuis la fin de l’année dernière décidé de donner une suite à la carrière de son groupe mythique. Une nouvelle enthousiasmante pour un résultat bien mitigé. L’EP Not The Actual Events renouait avec des chansons certes plus torturées que sur Hesitation Marks mais oubliait de nous inviter dans son univers. Il n’y avait rien de foncièrement mauvais là-dedans, mais trop peu qui nous incitait à la réécoute, le tout demeurant très impénétrable. Add Violence étant annoncé comme la deuxième partie d’une trilogie (bouclée en principe à la fin de l’année) on était en droit de nourrir des inquiétudes légitimes. Atticus Ross est toujours de la partie et on peut aisément l’imaginer en partie responsable de ces chansons qui oublient d’en être, lui le tisseur d’ambiances, dont la musique est davantage faite pour accompagner des images. Le premier morceau de cet EP balaie d’entrée de jeu cet état de fait. « Less Than » ressemble à du pur NIN : synthé tapageur, guitares en arrière-plan avant de reprendre leurs droits sur un refrain destiné à être scandé (un peu trop peut-être). Indéniablement efficace, ce single pêche toutefois par son manque d’audace tant il sonne comme du « vieux NIN ». Mais du vieux NIN plutôt bien foutu est toujours mieux à prendre que du faux NIN. « The Lovers », lente complainte de Trent sur fond de bidouillages synthétiques, fait retomber notre niveau d’excitation. Rien d’infamant mais il ne s’y passe pas grand chose. La vraie perle de cet EP, et sans doute le meilleur morceau depuis quelques temps, se nomme « This Isn’t The Place ». Un décor qui se plante lentement mais sûrement, un univers captivant et la voix de Reznor, délicate et touchante. De la belle ouvrage, vraiment. Un morceau qui porte bien son nom puisqu’il aurait très bien pu figurer sur The Fragile par exemple, où il n’aurait pas dépareillé et aurait été bien mieux accompagné. A côté de ça, « Not Anymore » renoue avec un univers indus mais ressemble à du « vite écrit, vite plié », quand « The Background World » parait tout aussi paresseux et dérive sur un final bruitiste de près de 7 minutes parfaitement inutile. Moins avare en mélodie que le trop rustre Not The Actual Events, Add Violence ajoute surtout un peu d’intérêt à ce Nine Inch Nails qui se cherche encore mais qu’on finira peut-être par retrouver totalement sur le troisième EP....

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5 chansons, 5 disques par Emboe

5 chansons, 5 disques par Emboe

On avait déjà taillé le bout de gras avec Emmanuel Boeuf lorsqu’il officiait encore au sein de feu Sons Of Frida. Aujourd’hui Sons Of Frida n’est plus mais Emmanuel Boeuf est toujours plus qu’actif au sein de ses nombreux projets. Et il reste un immense passionné de musique devant l’éternel. Bref, le monsieur avait le profil idéal pour une interview 5 chansons, 5 disques.   1 – Mirinda (Sons Of Frida – Tortuga – 2013) On commence par du vieux… Je crois que c’est mon morceau préféré que vous ayez fait. Déjà il y a cette trompette qui je trouve apporte un vrai plus, c’est venu comment cette inspiration ? Cette histoire de trompette est venue très naturellement dès le départ. En fait, Ben le guitariste et chanteur a fait de la trompette au conservatoire. 10 ans de trompette, un truc comme ça. Même sur notre premier album y a de la trompette. Sur tous, en fait. Un jour il nous a dit « j’ai fait 10 ans de trompette au conservatoire, ça m’a soulé… », on lui a dit « tiens, ramène ta trompette ! ». Et puis, ouais sur « Mirinda », la trompette est fantastique. Ça fait vachement bien. On avait un processus de composition qui était plus sur de l’improvisation, moi j’avais trouvé cet espèce de riff qui est là constamment sur tout le long du morceau. Ben jouait aussi de la guitare, il savait pas trop quoi faire. On continuait pendant un quart d’heure, et puis Ben sort la trompette et commence à jouer ça. Oui, donc tu me dis que c’était là au départ mais vous n’aviez pas imaginé dès le début d’inclure de la trompette sur le morceau ? Non, au début on était là, deux guitares, une basse, une batterie. On chante, on joue et un morceau, il savait pas quoi faire, il a pris la trompette et c’est parti. Il a trouvé les quatre lignes et c’était cool. Puisqu’on est sur Sons Of Frida, on peut parler d’un RIP forever ou il y a un potentiel retour envisageable… Ah toi t’as vu l’annonce sur Facebook. Oui, j’ai vu passer un truc qui m’a intrigué. Oui, il y a une rumeur. Mais il n’y aura pas de reformation, y a Clément le bassiste qui est parti en Suède. S’il devait y avoir une reformation, ce serait de la dernière version de Sons Of Frida donc avec Clément à la basse, sinon ça n’aurait aucun intérêt. On y a pensé mais ça va pas être jouable. Mais on a pas mal de matière encore pour sortir des choses. Ah oui, donc pas de reformation mais de nouvelles sorties. Voilà. On va faire un peu comme Sonic Youth, on...

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