5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

C’est avec Pascal Benvenuti, directeur du label Et Mon Cul C’est Du Tofu? et membre unique du groupe Besoin Dead que nous inaugurons un nouveau style d’interview : d’abord, nous posons des questions à un artiste sur 5 chansons choisies dans sa discographie, puis c’est lui qui nous parle de 5 albums de son choix. C’est chez lui, autour d’un thé, que Pascal s’est prêté au jeu, au cours d’une discussion où il est à la fois question de l’éducation des années 80, d’enregistrement analogique et du marché de la cassette audio en Pologne. Entre autres choses…     5 Chansons   1 – Rock’n Roll (Micropenis – À Peu Près Comme Ça – 2005) Live at Montreuil by Micropenis Ce n’est pas ton premier groupe, si j’ai bien compris, mais pas loin? Pas loin… Le premier groupe vraiment avec de la composition. Les autres étaient essentiellement des groupes de reprises. Enfin, c’est un peu inexact car j’avais aussi deux groupes au lycée avec lesquels on composait : Sloth et Teenage Riot.   Le morceau est sur votre live, mais je n’ai pas trouvé de titre officiel.  Il s’appellait « Rock’n Roll », mais il n’est pas crédité sur le disque. Il apparaît en morceau caché. Il est un peu à part. Le riff de base, c’est une copine, Julia du groupe Missfist, qui l’a écrit mais elle n’en faisait rien donc à un moment je l’ai récupéré. C’était un riff tout bête. Le morceau peut sembler un peu débile, un peu second degré sur ce qu’est le rock’n roll. C’est à la fois ironique par rapport au DIY et surtout très sarcastique par rapport au monde mainstream du rock et ses contradictions.   Qui chante dessus ? Car ça ne chante pas tout le temps, sur votre album. C’est moi. Quand ça chantait, c’était souvent moi. Sur le disque il y a aussi des invités, car on était quand même un groupe à moitié instrumental.   C’était par choix ? C’est surtout venu d’une réflexion d’arrêter de chanter en anglais. D’ailleurs, je crois que ce morceau est le dernier que j’ai écrit en anglais. La première fois que je suis allé aux États-Unis et que j’ai fait écouter une démo de Micropenis à des amis, ils m’avaient dit « c’est vachement bien, mais pourquoi tu chantes en anglais ? On ne comprend rien à ce que tu dis. » Et puis, j’ai pas mal réfléchi, je me suis aussi demandé pourquoi on reproduisait la domination culturelle anglo-saxonne nous aussi alors qu’on était déjà assez sous-exposés comme ça par rapport à tous les groupes anglo-saxons. Si en plus on se mettait à chanter en anglais… Du coup, cette réflexion a commencé, sauf que ce n’était pas si évident...

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Pearl Jam – No Code

Pearl Jam – No Code

(Attention je vais vous raconter ma vie. Si vous voulez fuir, il est encore temps…) J’aime beaucoup ma famille. Et dans la famille Pearl Jam c’est sacré. Le premier concert que j’ai vu, à l’âge de 11 ans ? Pearl Jam. En 96 au zénith avec mon père, ma mère, mes frères et mes soeurs. Et c’était le bonheur. Bon, pas exactement. Plutôt mon père, mon frère, ma tante et mon cousin. Mais c’était le bonheur, pour sûr. Et cette tournée-là, c’était la tournée de No Code. Et à l’époque, on était dégoûtés parce qu’on l’aimait pas. Enfin, pour être tout à fait honnête, on m’a dit qu’il était nul et je les ai crus. No Code c’était presque devenu le sujet à ne pas aborder à table. Si quelqu’un avait le malheur de prononcer le nom de ce disque, c’était suivi d’un silence gêné. Bref je ne l’aimais pas, personne ne l’aimait c’était un peu le vilain petit canard. Pour moi c’était acté, j’étais passé à autre chose (à Yield pour être exact, et c’était de nouveau le bonheur). Et puis un jour, genre 15 ans plus tard, alors que pour la 425e fois on avait une discussion enflammée sur la discographie de Pearl Jam, je lâche un définitif « de toutes façons, à part No Code (gniark gniark), ils sont tous mortels les premiers albums ». Et là, on me sort un « ba il est trop bien aussi No Code… » Whaaaaaat !!! Mon monde s’écroule alors, ce disque que j’ai totalement snobé parce qu’on m’avait fortement invité à le faire, avait été réhabilité dans le plus grand secret… Dès lors, je me suis attelé à rattraper le temps perdu. Et depuis c’est le bonheur. Il faut dire qu’il n’y a pas que ma famille qui a mis du temps à assimiler/accepter/apprécier No Code. D’abord, parce qu’il a eu le malheur de succéder à un Vitalogy d’anthologie salué par tous, ou presque (exception faite des anti Pearl Jam primaires rejetant tout en bloc avec des arguments massues genre « j’aime pas Vedder, il a les cheveux trop longs »). Passer après un tel monument n’est évidemment pas chose aisée, et le contexte est également très particulier. La tournée qui suit Vitalogy est largement tronquée, en raison de la guerre menée contre l’ogre Ticketmaster. Une guerre un peu vouée à l’échec, assez éreintante, et qui aura vu le groupe dans son acharnement anti-commercial (aucune interview donnée, aucun clip sorti) s’éloigner d’une partie de ses fans, un rien frustrés par la radicalité de la démarche. No Code déboule alors, et rompt assez radicalement avec ses prédécesseurs. On ne va pas se mentir, malgré l’immense talent que je leur reconnais, les Pearl Jammeux n’ont jamais...

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Black Sabbath @ O2 Arena (Londres, UK), 29/01/17

Black Sabbath @ O2 Arena (Londres, UK), 29/01/17

Dimanche 29 janvier 2017, une page d’histoire s’est écrite sous mes yeux. Deux fois. J’ai vu deux légendes à l’oeuvre, peu de temps avant qu’elles tirent leurs révérence : celle du tennis et celle du métal. Roger Federer et Black Sabbath. Deux immortels : 35 ans pour le premier (ce qui, en âge tennistique, signifie mort vivant), 47 ans d’activité pour les seconds (ce qui, en âge rock’n’roll, signifie souvent mort tout court). Et les uns comme les autres m’ont ébloui, à leur manière. Pourtant tout avait très mal commencé. Dans le premier cas, le wifi de l’hôtel chiait dans la colle et je m’imaginais devoir suivre le match sur lequipe.fr en actualisant toutes les 14 secondes. Dans le second, la ligne de métro qu’on devait prendre était fermée (forcément..) ce qui nous a fait perdre un temps fou.  Puis il a fallu rejoindre l’entrée de l’immense 02 Arena, passer les portiques en mode aéroport et enfin pénétrer dans la salle… 3 morceaux après le début. Donc pas de « Black Sabbath », de « Fairies Wear Boots ». Regrets éternels… Fort heureusement, tout est ensuite rentré dans l’ordre. Roger alignait les points gagnants et Tony Iommi les riffs ultimes. Même Ozzy aux cordes vocales forcément usées assure autant que Roger aux articulations forcément grinçantes. Rien n’y fait, papy Roger vole sur le court et mamie Ozzy crie comme à ses plus belles heures. Roger serre le poing, Ozzy nous fait taper des mains plus souvent qu’à son tour. Il aime ça le père Osbourne, c’est son côté vieux jeu. C’est sans doute pour ça que Suicidal Tendencies a sorti le morceau « Clap Like Ozzy » l’an passé. Le son est bien lourd, compact, comme les frappes sourdes de Federer. Le maestro a enfilé sa tenue d’artiste et Master Of Reality est bien représenté avec trois titres (notamment la rugissante et monumentale « Into The Void », préfigurant le stoner). Puis vient un moment de grâce : « War Pigs ». Les solos de Iommi sont splendides : technique irréprochable, fluidité de tous les instants, comme une volée de revers amortie qui vient mourir juste derrière le filet. 6-1 troisième set. Merci messieurs. Mais il y a encore du chemin. Il va falloir continuer à faire le show. Le cadre est superbe, la Rod Laver Arena, pleine comme un œuf, vibre à chaque instant. L’O2 Arena, immense salle qui parait sans fin du haut de notre 632e rang (environ), impressionne. Et le light show envoie du rêve. Grands écrans et flammes (oui ça reste du metal hein) de rigueur. Les images montrent Sabbath dans les 70s, pétant le feu. Étrange aller retour dans le temps pour nous spectateurs. Comme pour nous montrer qu’ils ne sont pas ridicules, près...

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Ty Segall – Ty Segall

Ty Segall – Ty Segall

Vous vous souvenez de Manipulator ? Oui, forcément. C’est ce moment où Ty Segall avait décidé de s’accaparer une bonne partie des derniers qui, jusque-là, étaient parvenus à résister son charme. L’album proposait alors une synthèse parfaite du talent du bonhomme. Une énergie vorace, un sens affûté de la mélodie qui tue et une pointe de sensibilité déjà démontrée dans l’étonnamment apaisé Sleeper. Et puis, après être parvenu à concilier les fans de la première heure tout en séduisant de nouveaux adeptes, Ty avait décidé de tout balancer aux orties. Sur Emotional Mugger, il faisait plus de bruit que jamais pour la plus grande joie de certains vieux fidèles mais au grand dam d’autres (dont je suis) déplorant que l’excès d’énergie, la volonté d’en foutre partout avait nui à l’efficacité de ses compos. Un an après, Ty Segall revient, flanqué de son équipe habituelle (Mootheart, Cronin…), et délesté de King Tuff présent sur Emotional Mugger. Et après cette parenthèse désenchantée, le voilà qui nous pond la véritable suite de Manipulator. C’est à dire du garage tantôt versant punk tantôt versant folk, mais toujours délicieusement pop. Donc le Ty récite ses gammes. Et distribue des petites baffes. Petites, car il n’y a là rien d’aussi immédiatement fédérateur que sur Manipulator. Mais après l’ouverture classique et efficace (« Break A Guitar », bien fuzzy comme il faut), le menu se révèle bien copieux. « The Only One » et ses grattes indomptées qui n’en font qu’à leurs cordes, l’épique « Warm Hands (Freedom Returned) », véritable morceau de bravoure. 10 minutes sous le capot. La punkette « Thank You Mr. K », la folk « Orange Color Queen » qui sonnerait presque comme du Elliott Smith sur son refrain. La très pop « Papers », avec même du piano dedans ! Et quand ça lui chante, le père Segall se transforme en vieux briscard du blues (« Talkin »)… Il y aura toujours matière à pinailler, à dire que le Ty est ici parfaitement calé dans ses souliers faisant exactement ce en quoi il excelle (c’est à dire à peu près tout, vous l’aurez compris). A un moment donné, si on veut faire preuve d’un minimum d’objectivité, on signalera que son domaine de prédilection, ça reste de faire de sacrés bons albums. Et en voici un de plus. JL...

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Cloud Nothings – Life Without Sound

Cloud Nothings – Life Without Sound

Au final, donc, un album qui n’est pas complètement raté en dépit d’un début vraiment difficile mais qu’il vaut mieux écouter à l’envers. Grand bien m’en a pris, car une fois qu’on tente l’expérience de l’écoute inversée, le disque se révèle. Il se révèle même plutôt plaisant. Les premiers morceaux, donc les derniers, sont assez bons et reprennent là où Here And Nowhere Else nous avait laissé, dans un juste équilibre entre le bourrin noisy et un rock indé plus pop. « Realize My Fate » est même une introduction parfaite pour un album du groupe. La fin californienne de « Modern Act » devient alors un simple premier obstacle vite dépassé, et « Enter Entirely » et « Darkened Rings » reprennent leur juste valeur pour des oreilles qui ne sont pas encore usées par la bouillie FM qui suit. Mieux, « Up To The Surface » devient limite sympathique en tant que final apaisé après un « Things Are Right With You » qui finalement passe. Seule « Internal World » est imbuvable peu importe dans quel sens on l’écoute. Du genre acharné, malgré ma déception, je décide de persévérer. Peut-être, me dis-je, devrais-je prendre le problème à l’envers. Et si je laissais une dernière chance à Life Without Sound et que je l’écoutais en commençant par le dernier titre jusqu’à revenir au premier ? Là, je risque d’avoir du mal à défendre le disque, car même avec la meilleure volonté du monde, j’ai vraiment du mal à apprécier ce que j’entends. Ce n’est plus un « virage pop » qu’on peut leur reprocher, virage d’autant moins critiquable que cet aspect est là depuis le tout début des aventures musicales de Dylan Baldi, mais bel et bien une collision sans scrupule avec le mur FM. Collision si  éprouvante sur les trois premiers titres qu’elle anesthésie tout le reste. Pris dans ce marasme, le single « Modern Act » que j’avais pourtant cherché à défendre à la première écoute, devient vite insupportable avec son final émétique. Après ça, mes oreilles étaient trop endolories pour écouter quoi que ce soit et la fin du disque est donc passée sur elles comme un disque de brit-pop des années 90 : sans faire de mal, mais sans qu’on n’en retienne rien non plus. J’attendais tellement ce disque. Et j’avais vraiment un bon a priori. Je faisais partie des défenseurs de Here And Nowhere Else, que j’avais trouvé excellent et dont je pensais que l’approche plus pop que celle d’Attack On Memory était non seulement tout à fait justifiée, mais en plus une vraie réussite. Je partais donc très positif sur ce nouvel album de Cloud Nothings, et je tiens à préciser que ma première écoute était totalement bienveillante. Pire, j’étais même près à les défendre bec et ongles si...

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Vitalic – Voyager

Vitalic – Voyager

C’est le synthé buchla qui lance les festivités du nouvel album de Vitalic aka Pascal Arbez-Nicolas. « El viaje » c’est une belle introduction que nous offre l’artiste façon générique de série des années 70. Pas de doute la suite nous intrigue. Aux multiples surnoms ; Dima, Hustler Pornstar, Vital Ferox, l’artiste dijonais est connu pour nous avoir fait transpirer sur « Stamina », « Still » mais surtout « You Prefer Cocaine » de son premier EP Poney.  En guise de petite anecdote, ce nom d’EP n’est pas anodin puisqu’il traite de la maltraitance des poneys dans les fêtes foraines. Ouais plutôt original… Place à ce nouvel opus à la pochette rétro-futuriste clairement inspiré des années disco. On y retrouve de multiples guests comme Miss Kittin, David Shaw, Mark Kerr et bien d’autres… Pour re-contextualiser rapidement, Vitalic nous a habitué a de l’électro qui tape, très proche parfois de la techno de rave party. Souvent secoué à ses concerts, on en garde de bons souvenirs. .. comme sous la nef du Grand Palais, à la nuit SFR Live en septembre 2103, qui (même sous aucune substance) nous projetait sur une autre galaxie. Un concert orgasmique. Un premier album Ok Cowboy en 2005, qui nous a bien botté avec un premier titre psychédélique « Polkmatic », qui s’accélère de minute en minute pour ouvrir le bal. En 2009, place à Flashmob où la force de frappe est toutefois très lourde, saupoudrée de fines allusions disco. Et en 2012, Rave Age, un album bien différent, surement bourré d’ecsta avec un titre qui détruit tout sonotone : « Stamina ». En bref, « VITALIC ça donne la pêche », on pourrait penser au nouveau BION 3 sur le marché, ces vitamines et incontournable complément alimentaire pour renforcer les capacités fonctionnelles et défensives du corps. Où la composition tonique réveille les éléments nécessaires au maintien du métabolisme de l’adulte. Voyager est tout autant efficace qu’une boite de vitamine, mais beaucoup plus naturel. C’est l’heure de danser en apesanteur, de rêver en regardant les galaxies perdues dans l’immensité du cosmos, avec « Hans Is Driving » en fond. Après deux ans de boulot, l’artiste compose 10 titres quasi excellents. Disco cosmique futuriste certes, mais on ne peut pas nier qu’il frappe toujours aussi fort. « Eternity » en est un bel exemple, les premières sonorités peuvent nous faire penser à « Cold Song » de Klaus Nomi. Les hautbois et les clarinettes nous plongent dans une légère mélancolie, un univers féerique, mais à 3’13, quand on a l’impression que la chanson est terminée, c’est le moment de la décharge… suivie de « Nozomi », inspiré grandement de Jean-Michel Jarre, ce titre ne nous laissera pas de marbre en live, les détenteurs de pacemakers pourront sûrement survivre. Tout comme avec « Lightspeed », un nouveau « Stamina » qui enflamme le dancefloor… Plus...

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Interview – Frustration

Interview – Frustration

Frustration vient tout juste de sortir son troisième album, Empires Of Shame. Et toujours le même constat : une certaine constance dans l’excellence. Frustration a donc été très sollicité avant sa double release party à la maroquinerie de Paris. Qu’à cela ne tienne, à défaut de trouver un créneau avant, l’interview s’est donc déroulée après ces deux dates. Une interview avec Fabrice, le chanteur, qui me rejoint dans un bar du 18e à sa sortie du ciné. Pas spécialement pressé, Fabrice se montre très généreux sur tous les sujets, avec une personnalité très affirmée, à mille lieux de l’échange conventionnel et des réponses toutes faites…   « Ça m’embêterait que les gens pensent qu’on soit ouvertement nazis mais si ça peut faire chier les cons, ça m’amuserait qu’un instant ils le pensent »   Tu sors du ciné, tu peux me dire deux mots sur ce que tu viens de voir ? Je suis allé voir au centre Pompidou une séance unique d’un truc qui se nomme « Post Punk », qui est le vrai sens de post punk, c’est sur le mouvement anglais qui… commence en 72. Tout le début de la musique industrielle en Angleterre en 72, avec un film qui s’appelle In The Shadow Of The Sun de Derek Jarman et parle du mouvement industriel cinématographique, performance et musical entre 72 et 84 avec 23 Skidoo, Throbbing Gristle, Psychic TV, Test Dept, tous ces groupes-là… En extrapolant sur les Etats-Unis, The Residents, des choses comme ça. Mais c’est pas la musique dont je suis le plus spécialiste…   C’est ce que j’allais te demander. Tu n’es pas forcément familier avec cet univers ? C’était plus par curiosité ? Si, si. Je suis un peu curieux de tout. Y a certains groupes que je maitrise pas mal là-dedans. C’est pas ma musique préférée parce que j’ai quand même besoin de rythme. Dans Frustration on aime bien danser. On a des projets un peu « zou-zouille », de dance. Là c’est quand même très très dur, déstructuré, même pas déstructuré style free jazz. Là on est plus dans les nappes de son, c’est toujours très intéressant. Tout ce qui est mouvement subversif m’intéresse énormément. J’ai des côtés hyper réactionnaires dans la vie, genre dans Empires Of Shame où je dis que les gens ont des devoirs aussi…   Ce qui t’empêche pas d’avoir l’air plutôt engagé dans tes textes… Vos pochettes, où on sent qu’il y a un message… Oui, mais c’est pas le but premier de Frustration. Moi je me définis pour ma part, en tant qu’épicurien. J’aime bien les plaisirs de la vie, qui se comptent sur les doigts d’une main. Mais j’aime bien quand ces choses-là n’embêtent pas les autres ou quoique ce soit,...

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PJ Harvey @ Zénith (Paris), 21/10/16

PJ Harvey @ Zénith (Paris), 21/10/16

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’évolution récente de la carrière de PJ Harvey, un rappel des faits s’impose : depuis White Chalk (2007), la dame a amorcé un virage assez prononcé dans sa musique. La rage des débuts s’était déjà peu à peu atténuée, ces trois derniers albums sont clairement dans un registre nouveau. Depuis 2007 donc, pas loin de 10 ans tout de même (donc on n’a plus vraiment d’excuse pour tomber des nues aujourd’hui…), Polly Jean fait dans le maniéré, le chiadé, elle est en représentation. De quoi en rebuter plus d’un mais finalement ça lui va plutôt bien. Et si on se penche deux secondes sur sa carrière, on se rend compte que cette facette de sa personnalité artistique était déjà là, simplement distillée à (toutes) petites doses, là où elle a aujourd’hui pris le pas sur le reste. Alors plutôt que chouiner dans son coin, à réclamer de la sueur et du sang, il faut accepter de la voir dans un cadre strict, entourée de pléthore de musiciens (ô combien talentueux, on y reviendra), face à un public attentif à la moindre note. Il faut accepter car cette dame est tout de même impressionnante. Quand elle débarque de façon très cérémoniale entourée de ses tambours qui battent en rythme (« Chain Of Keys »), on se tait, on observe attentivement et on se laisse happer par sa grâce. La reine est là. La magie opère très vite, que l’on apprécie modérément (comme moi) ou de façon démesurée son Hope Six Demolition Project, il faut se rendre à l’évidence : ses morceaux prennent une ampleur considérable sur scène. Autour de Polly, le plateau est de choix : James Johnston (Gallon Drunk), John Parrish (ex-comparse de Nick Cave, producteur et acolyte de toujours de madame), Terry Edwards (Madness), Mick Harvey (autre ex-Bad Seed)… mais c’est elle que tout le monde dévore du regard, c’est d’elle que chacun boit les paroles. Dans sa longue robe noire échancrée, elle est d’une élégance rare. PJ hypnotise l’auditoire. Et sa voix nous transporte. « The Ministry Of Defence » et son riff d’ouverture redoutable rappelle qu’il s’agit bien d’un concert de rock même si le tout prend assez vite des allures de fanfare. Les mots de PJ résonnent comme des slogans, elle est en campagne et son armée de communicants confère à son discours un impact certain. « The Community Of Hope », si entraînant et communicatif, nous conforte dans ce sentiment qu’on vit un grand moment. Le tryptique Let England Shake (« Let England Shake »/ « The Words That Maketh Murder »/ « The Glorious Land ») vient enfoncer le clou et confirmer que cet album-là était un sommet dans son genre. Un sommet qu’il sera bien difficile d’égaler. « Oh America,...

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Interview – Archive

Interview – Archive

The False Foundation. Un titre évocateur de la mixité musicale du dernier album du collectif britannique Archive. Après 20 ans de carrière, ils arrivent encore à nous étonner avec leur 10ème album studio. À la fois antithèse de Restriction et, sur quelques titres, petit frère de The Controlling Crowds, il se présente comme une promesse subtile et conceptuelle dont seul Archive a le secret. On est invité à découvrir ce dernier album dans un studio, tous plongés dans l’obscurité musicale et visuelle. Situation inhabituelle qui finalement nous saisit assez vite. Les gens s’assoient au fur et à mesure, les yeux fermés, les mains jointes pour une écoute en toute intimité. Puis le showcase avec Pollard, Darius et David… « On n’a jamais vraiment fait de showcase en piano/voix devant si peu de monde. C’est une première ! Et ça nous a beaucoup plu. C’est à la fois très déstabilisant et très fort. Malgré tout, on appréhende toujours tous nos shows de la même manière. »   « C’est notre musique qui crée l’intimité » L’éclectisme de cet album reflète les différents styles empruntés par Archive tout au long de leur carrière. « Driving in Nails » est assez lente et métallique avec des répétitions de sons qui vous emportent vers une frénésie électronique. Vite oubliée avec la chanson d’après « Thousand Thoughts », ballade subtile aux harmonies idéalement composées. Mais quel est vraiment votre style musical Pollard, si vous deviez en choisir un ? [Après un long silence, soutenu par un regard interrogateur, l’homme au chapeau me répond] « C’est difficile de se ranger derrière un certain style de musique mais c’est aussi ce qui fait la particularité d’Archive. On essaie d’être toujours honnêtes avec ce qu’on ressent et en tant que collectif, on a évolué avec les valeurs et les qualités artistiques de chacun. »   « Évoluer en collectif a toujours été une force » C’est dans une constante évolution chargée d’influences variées qu’Archive impose son univers à un public qui, sans expectative, est toujours charmé. « On a vraiment de la chance d’avoir un public qui nous suit sans jamais rien attendre de précis. Ça nous donne la liberté d’essayer de nouvelles choses constamment. »   « On n’essaie pas de faire de la musique que les gens aiment. On fait ce qu’on aime en espérant que ça plaise. »  Justement qu’est-ce que vous aimez comme musique ? C’est Pollard, qui très simplement, me dit son amour, non pas pour moi, mais pour Berlin et son électro ! Puis, la minute fierté française : « On a eu la chance de rencontrer Sébastien Tellier et on adore ce qu’il fait, son univers est si particulier, on se comprend ! Mais, vous...

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Pone – Radiant

Pone – Radiant

Champion d’Europe en solo et du monde en équipe en 2000 au DMC (Disco Mix Club), ex-Birdy Nam Nam et ex-membre du groupe Sarh, Thomas Parent alias DJ Pone, sort son premier album en solo, Radiant. L’amuse bouche de début septembre Physical Element, était plutôt plaisant et nous emportait doucement dans un monde virtuel. Seule envie : découvrir le reste. Scratcheur professionnel à tendance hip hop, Pone nous livre un album éclectique. Des morceaux à l’électro envoûtante comme « Physical Element », « Renewal », « Discontinuity », et d’autres plus lascifs, comme « Ingenue » (parfait pour un slow ceci dit), qui peuvent décevoir les habitués du rythme qui tabasse des Birdy Nam Nam ou de ses solos dans les clubs parisiens. Différents featuring orchestrent les treize morceaux de cet album produit par son label Ponar, réalisé par Superpoze et mixé par Boogie Vice, l’amoureux des synthés. Que ça soit Jaw, Sage, Louisahhh!!! ou Isles, ils apportent tous de la douceur et canalisent l’artiste meldois. Mais a t-on vraiment envie de douceur quand on parle de DJ Pone ? Pas sûr… DJ Pone c’est pour nous tous, et au départ, le gars des Birdy Nam Nam qui balance du hip hop, des beats, des samples, et qui laisse nos entrailles en sang. Même pendant ses sets en solo, on transpire toutes les pintes imbibées. Pourtant son premier EP en solo en 2014 mélangeait bien les genres, du hip-hop old school avec de l’électro rétro futuriste. On y retrouvait même un titre « Errotic Impulses », en collaboration avec Arnaud Rebotini, qui nous mettait en forme pour la nuit entière. Bref, ce nouvel album est à mon sens beaucoup trop langoureux. Certains y voient un sans faute, j’ai plutôt le sentiment d’un scratcheur qui a oublié une partie de sa platine. Sa tournée qui débute à la fin de l’année va peut-être me redonner confiance en lui… Rendez-vous au mois de décembre pour en avoir le cœur net. A.B Pone sera en tournée un peu partout en France à partir de fin octobre : le 31 au Noumatrouff (Mulhouse), le 18 novembre à La Belle Electrique (Grenoble), le 18 décembre au Connexion Live (Toulouse), le 2 à l’Atabal (Biarritz), le 3 au Rock School Barbey (Bordeaux), le 9 à La Nef (Angoulême), le 14 à La Gaîté Lyrique (Paris), le 15 à La Chapelle (Metz), le 20 janvier  à La Nouvelle Vague (St...

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