Mudhoney – Morning In America EP

Mudhoney – Morning In America EP

(Sub Pop, 20 septembre 2019) Une sortie de Mudhoney est toujours (pour moi, au moins) une occasion de se réjouir. Je crois que je commence toutes mes chroniques du groupe ainsi. Oui, mais, après un live en demi-teinte pour faire patienter, ils avaient enchainé avec un album génial, qui à mon sens n’est pas loin en qualité des sommets du groupe. De quoi être donc très enthousiaste pour la suite. Et la suite ne s’est pas faite attendre, puisqu’à peine un an après, Mark, Steve, Guy et Dan enchainent avec un EP qui reprend en fait un certain nombre de titres sortis de façon plus ou moins exclusive (compilation ou 45 tours vendus sur la tournée). On pourrait critiquer la facilité de sortir une compil’, surtout quand celle-ci ne contient que 7 titres dont une version alternative d’un morceau de l’album. D’accord, mais c’est de Mudhoney dont il s’agit ! Quand ces gars ont-ils sorti un disque pourri et inutile juste pour le fric ? Même leur live « en demi-teinte » est super, même leurs démos de Piece Of Cake en exclu vinyle sont jouissives. Alors forcément, là, encore, on prend notre pied. Et vu que les titres en question étaient quasiment introuvables, c’est une bonne initiative de les réunir pour ne pas avoir à débourser un bras pour les ajouter à sa collection ! Parlons de la musique : les morceaux sont dans la veine de Digital Garbage, forcément, mais montrent assez bien l’éventail du groupe, du punk direct introductif (« Creeps Are Everywhere ») au blues swampy final (« One Bad Actor » et « Vortex Of Lies »), en passant par les influences garage et ce qu’on qualifiera simplement de « grunge » par faiblesse journalistique. Le tout avec une énième démonstration de leur sens du riff inné. Même les morceaux qui pourraient sembler les plus inintéressants, la reprise des Leather Nuns « Ensam I Natt » et la version alternative de « Kill Yourself Live » rebaptisée « Kill Yourself Live Again », sont des réussites. La première a été traduite en anglais par son auteur original et apporte la patte Mudhoney à cette tuerie punk d’une efficacité redoutable, la seconde vire le farfisa et offre donc une version plus proche du live qui n’enlève en fait rien à la qualité ni à la pertinence du morceau. Bref, plus qu’une compilation ou qu’un nouveau disque, on a l’impression d’avoir droit à du rab de Digital Garbage ; même les paroles semblent encore très engagées. Du coup, les mauvaises langues pourraient dire que cet EP n’a que peu d’intérêt. Pour ma part, l’album étant un de mes préférés de la décennie, je profite goulument comme un gamin...

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DIIV – Deceiver

DIIV – Deceiver

(Captured Tracks, 4 octobre 2019) Cette claque-là je ne l’avais pas vue venir, car rien ne sonnait comme une évidence durant ma première écoute de ce nouveau DIIV. Il était même plus probable que je n’y revienne pas et que je passe définitivement à autre chose, mon premier ressenti se résumant à “c’est cool et bien foutu mais ça ne casse pas des briques non plus !“. Et puis sans savoir pourquoi, je m’y suis remis en y prêtant une oreille plus attentive. Si rien ne s’est fait dans l’immédiateté, tout s’est décanté progressivement au fil des écoutes, à tel point que je ne peux aujourd’hui plus m’en passer. De disque boudé, il est devenu disque de chevet. L’album débute par la sublime et mélodieuse “Horsehead” portée par le chant aérien de Zachary Cole, et les sons de guitares qui s’entremêlent pour arriver à un final des plus envoûtants. Belle entrée en matière qui définirait presque à elle seule l’univers dans lequel DIIV souhaite nous immerger, mais nous ne sommes heureusement pas au bout de nos surprises. “Between Tides”, dans une configuration quasi similaire se révèle encore plus excitante, de quoi redonner ses lettres de noblesses au shoegaze (qui n’en demandait pas tant). Histoire de maintenir le plaisir jusqu’au bout, les New-Yorkais ont su garder le meilleur pour la fin, avec tout d’abord l’entrainante et extrêmement tendue “Blankenship”, aux incartades noisy, qui vient mettre un bon coup de peps et promet de faire remuer les têtes lors des prochains concerts du groupe. Puis “Archeron” qui, du haut de ses 7 minutes, nous fait vaciller dans un déversoir d’images et d’émotions, tour à tour mélancolique, sombre et planant avant de s’achever par un ultime moment de grâce. DIIV revient de loin, il a traversé une longue période de doute et on était autant inquiet pour l’avenir du groupe que pour l’état de santé de son leader, lequel a multiplié les séjours en centre de désintoxication. Plus sombre que ses prédécesseurs, Deceiver est avant tout un troisième album de très haute qualité et la preuve parfaite qu’il ne faut pas toujours se fier à ses premières impressions, elles sont souvent trompeuses. Julien Robin Tous nos articles sur...

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Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen

(Ghosteen Ltd, 3 octobre 2019) Il est parfois difficile d’accepter qu’un artiste qu’on a tant aimé emprunte une voie nouvelle, se métamorphose radicalement, laissant derrière lui un passé semblant désormais si lointain, comme lorsqu’on retombe sur une vieille photo poussiéreuse en noir et blanc ravivant des souvenirs enfouis. Les souvenirs d’un Nick Cave vociférant dans un vacarme infernal au sein du Birthday Party ou lorsque ses Bad Seeds étaient encore incontrôlables, ont été gravés sur disque et ne demandent qu’à rugir de nouveau dans nos enceintes. Mais pour le Nick Cave 2019, il faut s’attendre à autre chose. Ghosteen semble entériner une trilogie (qui n’en est pas vraiment une) initiée par Push The Sky Away. Cet album marquait le début de l’ère Warren Ellis, celui-ci ayant définitivement pris le pouvoir après le départ de Mick Harvey, dernier garant de l’héritage punk des Bad Seeds, lequel avait déjà pris du plomb dans l’aile lorsque Blixa Bargeld avait quitté le navire en 2003. Sous le joug d’Ellis, les mauvaises graines se sont assagies, les guitares domptées au profit d’ambiances plus calfeutrées. Mais Push The Sky Away n’en demeurait pas moins un disque sublime dans lequel Nick déployait son charisme vocal intact au sein de titres mémorables comme « Jubilee Street » ou « Higgs Boson Blues ». Il y avait eu ensuite Skeleton Tree, dont le processus de composition fut tragiquement marqué par le drame insondable qui a frappé Nick Cave. La mue musicale était déjà entamée mais le Nick Cave d’aujourd’hui n’est évidemment plus du tout le même homme et, par ricochet, plus vraiment le même artiste. En résultait un disque très sombre, plus radical que son prédécesseur mais d’où émergeaient là encore de pures merveilles du calibre des plus grands titres Cavien (“Jesus Alone”, “I Need You”). Suite logique, Ghosteen marque toutefois un nouveau virage. Il suffit de s’attarder quelque peu sur cette pochette, aussi repoussante soit-elle, pour le constater. Le noir presque immaculé de Skeleton Tree illustrait le vide, l’absence, le néant. Sur le tableau de Ghosteen, à l’évidente portée religieuse, c’est tout l’inverse. Les couleurs irradient, et avec elles, la lumière, la vie. Et son contenu est dans la même tonalité, fortement imprégné de spiritualité, mais étrangement plus malaisant que son prédécesseur. La douleur était bien présente sur Skeleton Tree mais à l’écoute de Ghosteen, c’est comme si nous assistions depuis les premières loges aux adieux d’un père à son fils. Et d’éprouver une certaine impudicité face à des propos si viscéraux, sublimés par des compositions élégiaques, nous qui leur sommes totalement étrangers. Ce choix d’une œuvre si personnelle, probablement cathartique, de mettre en musique une douleur ineffable, appartient évidemment totalement à son auteur, et il n’est...

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Mikal Cronin – Seeker

Mikal Cronin – Seeker

(Merge, 25 octobre 2019) Et si c’était lui le plus intéressant de la bande ? Dans le jeu des 7 familles du garage californien, on demande rarement Mikal Cronin mais il est pourtant dans tous les bons coups. En solo, Mikal y va à son rythme, à des années lumières des stakhanovistes Ty Segall ou (Thee) Oh Sees, les deux mastodontes de la scène. Si on a arrêté de compter les albums de ces derniers (et un peu arrêté de nous passionner pour chacun d’entre eux aussi, il faut bien le dire), Cronin vient seulement de publier son quatrième disque. En huit ans. Rien de honteux mais rien de comparable non plus. Et après deux premiers albums de très bonne facture mais dans une veine garageuse assez classique (plus axée power pop que punk, toutefois), Mikal avait commencé à verser davantage dans la sophistication que dans l’énergie pure et dure sur MCIII. Il en est de même ici sur ce Seeker, sans doute son disque le plus personnel et introspectif, que Mikal est allé chercher en s’isolant dans une cabane au fin fond d’un bled paumé de Californie, avec pour seule compagnie les forêts et montagnes alentours. En résulte un disque minimaliste au possible à s’écouter au coin du feu ? Tout l’inverse, à vrai dire puisque le californien n’a jamais poussé aussi loin son désir d’enrichir ses morceaux, de les embellir avec minutie et un brin de grandiloquence aussi. Ainsi, le brillant premier single « Show Me » qui aurait pu se contenter d’un riff simple et efficace (Neil Youngien et Tom Petty-esque en diable, de son propre aveu) et d’un refrain imparable (c’est déjà beaucoup), nous en met plein la vue en s’embarquant dans une virée impromptue où les cordes et le piano s’octroient une place prépondérante. La grande classe. Une dimension orchestrale nouvelle qui orne également « Shelter » aux accents orientaux non loin du « Kashmir » de Led Zep, l’intonation au chant de Mikal se rapprochant d’ailleurs de celle d’un Plant. Si Cronin a dû quitter précipitamment son ermitage en raison d’incendies menaçants, il a eu le temps de rapporter dans ses valises quelques morceaux extrêmement touchants (« Feel It All » où sa voix fait merveille, « Fire » dont les cuivres mélancoliques viennent contrebalancer la tension des guitares, « Lost A Year » qui démarre piano avant de s’offrir un final fougueux presque New Orleans). Plus loin, les enlevés « I’ve Got Reason » et « Caravan » rehaussent le tempo et renouent avec les accents garage chers au compositeur, sans perdre une once d’efficacité… et se révèlent bien plus riches qu’ils n’y paraissent de prime abord (pont bien senti sur le premier, cuivres...

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Interview et live report – CAKE

Interview et live report – CAKE

Quand on écoute un groupe depuis l’adolescence, notamment quand c’est le premier vrai groupe qu’on est allé voir en concert, l’opportunité de passer du temps au téléphone avec son chanteur fait ressortir tout le côté fanboy réprimé avec l’âge adulte. Surtout quand l’interview a été tentée deux fois auparavant sans succès (une fois pour les 20 ans de Fashion Nugget, une autre à l’occasion de leur passage à Paris plus tôt cette année). J’ai donc été très tenté de demander à John McCrea, le leader de CAKE, des photos dédicacées et des pin’s. Au lieu de ça, on a abordé beaucoup de sujets dans cette conversation matinale (pour lui), et si le chanteur manquait de café, il n’a pas manqué de verve. “Beaucoup d’arrangements dans la musique moderne sont surchargés. Il se passe trop de choses à mon goût, trop pour que le cerveau humain puisse tout comprendre. Et je pense que nous, jusque-là, nous ne sommes pas tombés dans ce piège !” Il semblerait que Paris n’a pas de chance avec vos concerts. Vous avez prévu quelque chose de spécial pour ce soir ? Des morceaux rares ? Oui, quand on est venus en janvier, c’était la fin de la tournée et j’ai complètement perdu ma voix. En 2011, on ne trouvait plus notre guitariste Xan McCurdy, même si je ne me souviens plus des détails. On a eu beaucoup de poisse, et j’en ai fini avec la poisse ! Mais ce qu’on va essayer de faire ce soir, c’est simplement de faire un concert solide. Ce qui compte, c’est de parvenir à créer une connexion musicalement avec le public. Pour moi, c’est le plus important. Après, depuis la dernière fois qu’on est venus, on a répété d’anciens et de nouveaux morceaux que nous n’avons pas joués à Paris dans les deux cas. Donc il y aura au moins ça. Votre public à Paris semble très fidèle, je vois les mêmes têtes à vos concerts depuis des années. C’est quelque chose que vous constatez aussi ? C’est quelque chose qu’on constate généralement, également hors de Paris, mais si on doit caractériser un public, on pourrait dire que les français en général, et les parisiens en particulier, prennent de grandes décisions musicales et s’y tiennent. C’est fascinant, surtout comparée à la fantaisie fugace des anglo-saxons. Peut-être que les Français sont plus confiants dans leurs tendances esthétiques, assument davantage la manière dont leur système nerveux interagit avec les informations sensorielles. Quand d’autres critères que les sens rentrent en compte dans les décisions, ça s’embrouille, ça devient culturel, tactique… Je crois que les Français ont moins peur de leurs goûts. Quand tu rajoutes des critères culturels, ça devient complexe et tendu. Mais si...

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Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ? Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle. Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints.  Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée. Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois...

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Frustration – So Cold Streams

Frustration – So Cold Streams

(Born Bad, 18 octobre 2019) Empires Of Shame, troisième album de Frustration, était frontal, définitif, comme un coup de marteau du juge entérinant une sentence irrévocable. Que pouvait-il donc se passer après cela ? Rebelote, on assène, on scande, on fonce dans le tas, on emballe et on dit merci ? Trop facile. Et la facilité n’est pas vraiment le genre de la maison. “Insane” qui porte remarquablement son nom, décontenance d’emblée en activant le mode pilonnage indus décérébré. L’usine se met en branle. Ça turbine sans relâche. Mécaniquement et méthodiquement. La rythmique martèle, imperturbable, les synthés sont minimalistes et Fabrice Gilbert débite, impassible à la Mark E. Smith, tel un robot déshumanisé. Il prend ensuite le relais de ses synthés couillons et y va de son lalalala sur fond de INSANE INSANE INSANE. On se tue à la tâche en sifflotant. C’est bête comme chou, c’est bon comme tout. Frustration aurait-il fondamentalement changé ? Certainement pas. Les revoilà très vite reprenant leur schéma habituel et leur rythme de croisière effréné (“Pulse”). Un riff à deux doigts, une basse anémique qui matraque. Le reste suit. Comme il peut. Le meilleur est à venir. Le meilleur ? “Slave Markets” et sa ligne de basse délicieuse qui nous fera immanquablement frémir en live. Ce faux rythme qui ne demande qu’à décoller, et Jason Williamson qui déboule et déclame, accompagné d’un oud (instrument oriental à cordes), alimentant le brasier jusqu’au final, où tout crame pour de bon. Il était temps de concrétiser l’amitié Frustration/Sleaford Mods et le résultat est au-delà des attentes. Reviens quand tu veux, Jason ! Dès lors, la machine est définitivement lancée, l’urgence est toujours là, les fioritures toujours pas, et les surprises ne manquent pas. Frustration expédie les affaires courantes (“When Does A Banknote Start To Burn?”, 1’30 chrono), se permet un “Brume”, rongé par l’anxiété, en français dans le texte et dans le chant (ce qu’il ne s’était jusque-là autorisé qu’en EP), Fabrice, éternel sosie vocal de Ian Curtis, redescend de quelques octaves et se fait passer pour un chanteur pop, plus mélodique que jamais. C’est si bien réalisé et jubilatoire qu’on n’y voit que du feu (“Lil’ White Sister”). Pour fêter ces retrouvailles réjouissantes, le groupe invite “Some Friends” dans un foutoir post punk galvanisant où on retrouve même « Erik Satie in [their] bedroom » ! Et alors qu’on pense entrevoir “Le Grand Soir”, voilà qu’on nous indique le chemin de la sortie, dans une relative quiétude. Surprenant. “Le Grand Soir” n’est donc pas pour tout de suite mais Le Grand Disque est là. On commence à y être habitués. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Frustration (chroniques,...

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Lysistrata – Breathe In/Out

Lysistrata – Breathe In/Out

(Vicious Circle, 18 octobre 2019) Automne doré pour le rock français ! Ce ne sont plus les feuilles mais les excellents albums qui tombent ! Après ceux de Last Train et Mars Red Sky, voici qu’arrive le 2e album de Lysistrata. Un groupe qui déploie une grosse énergie sur scène et à l’image de leur twitter qui les présentent « Post un peu tout, Math Post Noise Indie rock », un style qui navigue brillamment entre les genres et les décennies (des nineties à nos jours). The Thread, premier album marquant, explorait sans complexes, et sur des morceaux souvent dantesques, une musique hybride se foutant allègrement des étiquettes du genre rock à dominante instrumentale. Le groupe y intégrait aussi de façon plus appuyée le chant. Dans une dynamique semblable, Breathe In/Out marque toutefois une évolution : les 9 titres semblent plus directs et concis (un seul excède les 8 minutes). Mais derrière ce format plus « classique » qui doit sûrement beaucoup à l’émergence du chant (seul le dernier titre n’est pas chanté), le groupe sait toujours surprendre au gré de morceaux à tiroirs redoutables. Envoyé en éclaireur avant l’album, « Mourn » confirme leur talent pour un rock dynamique toujours tendu et plein de surprises. Intro subtile au rythme lent (qui n’est pas sans rappeler les regrettés RIEN), accélérations foudroyantes, petit récital à la guitare, le trio manie parfaitement l’accélérateur mais joue aussi habilement du frein dans de subtiles digressions mélodiques. Ce titre, pile au milieu de l’album, semble le scinder en 2 parties. La première, plutôt énervée (« Boot On A Thistle » et sa cowbell entêtante), s’ouvre sans round d’observation avec un « Differents Creatures » qui démarre pied au plancher et se joue des limitations de vitesse. Le chant collectif rajoute une belle dose d’énergie (pas comme si les titres en manquaient !) et ses 4 premiers morceaux ne sont pas sans rappeler les américains d’At The Drive-In ou le rock tendu d’un Fugazi (« Scissors » notamment). La deuxième partie de l’album s’ouvre avec l’excellent et mélodique « End Of The Line », au rythme tranquille juste entrecoupé d’explosions soniques. Pas une ballade (faut pas abuser non plus) mais un titre parfait pour souffler un peu après un début d’album copieux et éreintant. « Everyone Out » est lui aussi moins tonitruant, et on y trouve même une guitare acoustique plutôt inhabituelle pour le groupe. Plus nuancée, et jouant habilement des changements de tempos (le très bon « Against The Rain »), cette deuxième partie d’album apporte un contraste bienvenu à l’ensemble de l’album. Le titre final renoue avec le long format. « Middle Of March », presque 9 minutes d’un (post)-rock d’abord inquiet, avec en...

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Wilco – Ode To Joy

Wilco – Ode To Joy

(dBpm, 4 octobre 2019) À partir de quel moment peut-on légitimement se demander, au sujet d’un artiste ou d’un groupe, si son nouvel album est un bon cru ? Qu’est-ce qui nous autorise à faire usage de cette analogie viticole ? Faut-il être prolifique ou régulier ? Faut-il avoir sorti beaucoup d’albums ? Je crois qu’on a le droit de se poser la question si l’artiste ou le groupe en question a fini par tomber dans une certaine routine. Cette routine, on ne l’attendait pas particulièrement de la part de Jeff Tweedy. Ce dernier a en effet toujours, du moins jusqu’à un certain de stade de sa carrière, créé dans l’adversité. Chamboulé – écœuré, même – par une séparation avec Jay Farrar dont il ne fut pas à l’origine, Jeff s’est construit comme l’angry young man du duo. La presse spécialisée voyait Farrar comme le véritable artiste d’Uncle Tupelo et misait tout sur Son Volt. Elle allait voir ce qu’elle allait voir. D’abord Tweedy allait lui asséner un chef-d’œuvre crépusculaire en forme de double album (Being There en 1996). Ensuite, quand son groupe serait sacré roi de l’alternative country, il leur en mettrait une bonne en virant pop (Summerteeth en 1999). Et puisque la pop ne suffirait pas, en fin connaisseur de l’histoire des parias de la musique américaine, le leader de Wilco se réincarnerait en digne successeur d’Alex Chilton. Yankee Hotel Foxtrot serait donc son Third/Sister Lovers, un disque malade, réalisé dans l’antagonisme et l’angoisse. Et si pour cela il fallait sombrer dans la drogue, se mettre tout son groupe à dos, y risquer sa santé mentale, et bien il le ferait. En concert, Wilco, c’était un peu pareil : dans certains pays, notamment l’Angleterre, Tweedy affrontait le public, se le mettait à dos. Depuis cette période, qui s’est achevée par un quasi-renouvellement du groupe et un disque rédempteur, A Ghost is Born, le musicien de l’Illinois a préféré laisser son rôle d’anti-héros à d’autres. Il y aurait toujours un Ryan Adams pour jouer le connard de service. Tweedy, lui, se convertirait en père aimant, en mari attentionné et en leader d’un groupe stable et équilibré, constitué uniquement de pointures. En live, ce groupe fait chaque soir des miracles. Nels Cline triture sa guitare durant de longues minutes sur « Impossible Germany » ; Glenn Kotche matraque les fûts sur « Spiders » ; la rythmique brille de tous feux sur « Monday » ou « I’m the Man Who Loves You » ; tout ce beau monde maîtrise la dynamique et le bruit blanc sur des classiques tels que « I’m Trying to Break Your Heart » ou « Via Chicago ». Sur disque, en revanche, Wilco...

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Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

(Heavenly, 18 octobre 2019) Tiens, quelqu’un frappe. C’est ce bon vieux Mark Lanegan. Qu’il entre ! Il est toujours le bienvenu. « You wanna ride, you wanna take a ride? » propose-t-il d’emblée (« Disbelief Suspension »). Difficile de refuser. D’autant plus quand il y va bille en tête comme ici, à la manière d’un « Hit The City » qui donnait le ton du fabuleux Bubblegum, toujours inégalé depuis (bien qu’approché par le presque aussi fabuleux Blues Funeral). Cette fois-ci, le bon vieux Mark Lanegan est accoutré différemment, il assume pour de bon ses vieilles lubies 80s. Depuis Blues Funeral, on y avait droit de plus en plus fréquemment sur ses albums, en concert il reprenait régulièrement du Joy Division… Autant dire que ça nous pendait au nez. C’est fou ça, être un des musiciens éminents des années 90 et vouloir s’immerger à fond dans la décennie précédente (qui a connu des heures bien sombres, rappelons-le)… Toute la panoplie est donc de sortie : batteurs imitant des boites à rythme (ou l’inverse), synthés décomplexés, basse aux avant-postes… « Letter Never Sent » ne fait pas les choses à moitié et y ajoute un refrain plein de « ohohohoho ». Ça pourrait suinter la ringardise à 12 bornes mais avec Lanegan, c’est du tout bon, entrainant et efficace à souhait. N’essayez pas chez vous. En 14 titres, Mark Lanegan nous décline les années 80 pour les nuls, mais en version haute qualité. Déjà, en piochant dans ce que cette décennie a connu de meilleur : le post punk rentre dedans (« Night Flight To Kabul », « Gazing From The Shore » et leur basse-batterie totalement early Cure), la cold wave hantée (« Dark Disco Jag »). Ensuite, en y accolant des refrains qui frappent (« Stitch It Up », gonflée à bloc) et des mélodies qui marquent (« War Horse » et ses couplets scandés à la… Everlast). Enfin, en nous faisant fondre de sa voix inimitable et chaleureuse (la magnifique « Playing Nero » et ses nappes brumeuses qu’on croirait tirées de Twin Peaks – la série, pas le groupe). Plus troublés nous sommes, face à cette intro proche de l’acid house façon Underworld avant de se la jouer New Order (« Penthouse High »). Il faut s’imaginer écouter du Mark Lanegan en boite mais une fois l’idée acceptée, on se dit que pourquoi pas. Après tout, il y a tellement de merde en boite, ça ne ferait pas de mal (souvenez-vous « Ode To Sad Disco » sur Blues Funeral, encore lui. On est dans le même esprit). Il n’y a bien que « Paper Hat » qui laisse une guitare acoustique mener les débats comme à la belle époque et, sans surprise, nos cœurs sont brisés en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Malgré une fin...

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