It It Anita – Laurent

It It Anita – Laurent

It It Anita aime brouiller les cartes. De la tension, il en instaure dès les premiers accords de « Denial », puis de délicats arpèges viennent adoucir le propos. Le mot pop nous vient à la bouche, mais avec ce qu’il faut de vicié. N’allez pas croire qu’on vous emmène en ballade non plus, vous pourriez avoir de drôles de surprises. On pense ensuite se retrouver en territoires post punk sur « User Guide » (on dit coucou à Disappears en passant) avant que l’affaire ne s’emballe en un stoner musclé. Du post stoner, il fallait l’inventer. Quoiqu’il en soit, le résultat est aussi surprenant que décapant. 11 titres, c’est peu et beaucoup à la fois. En 11 titres, on entend du punk furax (« Another Canceled Mission », « GOD »), on croit qu’on va voir débouler Josh Homme pour entonner « nicotine, valium, vicadin, marijuana, ecstasy and alcohol » (« 11 ») et on se retrouve finalement face aux cousins belges de J.C. Satàn. En 11 titres, on a aussi le temps de dire un grand oui à « Say No », véritable manifeste grunge d’une efficacité absolue. On évite les obus qui tombent d’un peu partout (« Tanker 2 pt 1 ») et alors que tout semble s’être apaisé, on croise la journaliste Myriam Leroy en plein dialogue conjugal sulfureux. 11 titres, c’est énorme, donc. On a le temps d’en prendre plein la gueule. De toutes les manières, et d’en redemander. L’énergie est tantôt débridée sans que rien ni personne (surtout pas nous) ne semble vouloir l’arrêter, tantôt totalement maitrisée, comme sur ce « We Are Nothing » final aux couplets très Sonic Youth-esques assagis pour une montée gargantuesque sur le refrain façon post rock (un refrain en post rock ? Et oui, pourquoi pas). Voilà on a cité 42 styles différents pour tenter de définir ce qu’on aurait pu faire en quelques mots simples : Laurent est un putain d’album ROCK. Du rock intense et puissant, du rock inspiré et généreux, du rock dans toute sa sauvagerie, aux clins d’œil fréquents à quelques influences par ci par-là mais réussissant l’exploit de garder une véritable homogénéité malgré ses vagabondages dans tout ce que le genre peut connaitre de bruyant. It It Anita prend un malin plaisir à triturer ses guitares pour les faire gémir, à façonner un bon gros magma sonore dans lequel on aime se noyer, sans oublier d’y inclure de bonnes doses de groove et de cool. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, parfois c’est sur les mains qu’on se retrouve, mais on ne cesse de s’agiter, de headbanger, de gueuler avec Michaël, Damien, Bryan et Elliot (et Laurent). Parce que c’est foutrement bon. Jonathan...

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Protomartyr – Consolation EP

Protomartyr – Consolation EP

Avions-nous vraiment besoin de Consolation, neuf mois à peine après le remarquable Relatives In Descent qui comblait toutes nos attentes ? Pas vraiment. 14 minutes de Protomartyr supplémentaires qui ne bouleverseront guère l’ordre établi tant les deux premiers morceaux se révèlent assez anecdotiques (ou pas complètement finis, on ne saurait dire). Le principal intérêt de cet EP réside dans la présence surprenante mais fort à propos de Kelley Deal (décidément en forme cette année). Sur « Wheel Of Fortune » d’abord (meilleur morceau de l’EP) où après une intro tonitruante, elle vient apporter une touche pop bienvenue aux chœurs avant un pont aérien qui pue la classe. Moins indispensable, « You Always Win » n’est pas pour autant dénué de bonnes idées comme lors de cet étonnant passage basse-batterie-violoncelle (!) où le duo vocal Casey/Deal se montre assez complémentaire et touchant. Deux titres auraient donc suffi et pour se consoler, on se contentera de réécouter Relatives In Descent. En attendant son digne successeur. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE RELATIVES IN DESCENT LIRE LA CHRONIQUE DE THE AGENT INTELLECT LIRE L’INTERVIEW DE...

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Ty Segall & White Fence – Joy

Ty Segall & White Fence – Joy

Longtemps encensé pour sa productivité et sa constance, il faut bien reconnaitre que Ty Segall marque un peu le pas ces derniers temps. Signe d’une inspiration en berne, le très décousu Freedom’s Goblin, sorti en début d’année, ressemblait davantage à une compil’ d’inédits qu’à un véritable album. Alors pour retrouver son mojo, quoi de mieux que de renouer avec son vieux comparse Tim Presley (Mr White Fence pour ceux qui ne suivent pas), jamais vraiment perdu de vue mais avec qui il n’avait plus croisé le fer depuis leur dernière œuvre commune, l’excellent Hair, sorti en 2012. Soit une éternité dans l’espace temps segallien puisqu’il a depuis sorti environ 325 albums, pas tous inoubliables, vous l’aurez compris. L’entame de Joy ne déboussolera pas les adeptes de Hair mais rassurera les inquiets. Le duo se connait parfaitement et fonctionne toujours à pleins tubes. Des tubes, ils en offrent quelques-uns forts efficaces d’emblée (“Please Don’t Leave”, “Body Behavior”, “Good Boy”) dans une veine pop psyché enlevée et rafraichissante où règnent les slide guitars. Entame en trompe l’œil toutefois puisque le duo s’amuse ensuite à nous prendre à rebrousse poil en partant dans de multiples directions, avec une efficacité plus aléatoire. En magasin, on trouve de la petite ritournelle folk séduisante so segallienne (“A Nod”, “My Friend”, “Do Your Hair”), des délires vaguement arty pop totalement débraillés comme Presley en raffole (“Tommy’s Place” qui en agacera plus d’un, “Hey Joel, Where You Going With That?” où il entonne nonchalamment un “rock is deaaaad” auquel il ne croit sans doute pas une seconde), la punk metal (donc grunge ?) “Other Way” façon Nirvana période Bleach mais sans la mélodie inoubliable normalement comprise dans le package. Sans oublier des curiosités comme ce “Prettiest Dog” de 16 secondes évoquant Minor Threat. A l’image de ce morceau, Segall qui avait tendance dernièrement à parsemer tous ses morceaux de solos de guitares pas toujours indispensables retrouve ici le goût de la concision (9 morceaux sous les deux minutes, 2 seulement au-delà des trois minutes !). Le seul titre vraiment long (“She Is Gold”) met beaucoup trop de temps à lâcher les chevaux… Pas besoin d’en faire des caisses, quand tu tiens une bonne mélodie. Ce n’est a priori pas à lui qu’on devrait l’apprendre. Pour l’homogénéité et la cohérence, il faudra repasser mais ce joyeux foutoir issu probablement d’une bonne tranche de rigolade entre amis demeure appréciable. Parce qu’on aime bien se fendre la poire avec ces gars-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – FREEDOM’S GOBLIN LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – MANIPULATOR LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – SLEEPER LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – TY SEGALL LIRE LA CHRONIQUE...

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Interview – L7

Interview – L7

Actives depuis le milieu des années 80, les L7 se sont vite imposées comme un groupe de référence de ce qu’on allait regrouper sous l’étiquette grunge. En six albums et 15 ans de carrière, elles ont marqué leur époque avec leur musique singulière, mélange d’agressivité et d’humour, énergique et rentre-dedans, reconnaissable entre mille. Depuis quatre ans qu’elles ont repris les affaires, elles semblent ne pas avoir oublié la formule et prévoient de nous le prouver en enregistrant cet été un nouveau disque. Le 7ème. C’est par téléphone, alors qu’elle est en plein déménagement, que nous avons eu le plaisir d’interviewer Donita Sparks. L’artiste nous a parlé de musique, évidemment, de leur nouvelles sorties, de ce qui l’énerve, et en a profité pour nous rappeler qu’il ne faudrait pas réduire L7 à un groupe de filles !   “Nous ne sommes pas un groupe politique. On a fait des œuvres de charité et on a monté des associations, mais on est un groupe de rock’n roll.”   Vous avez été le premier groupe féminin à signer chez Epitaph. Était-ce difficile d’être un groupe de filles dans un milieu majoritairement masculin ? Donita Sparks (chant-guitare) : On ne faisait pas partie de cette scène. On venait de la scène Art Punk de Los Angeles, pas de la scène Epitaph. On connaissait Brett Gurewitz, qui tenait le label, et il nous a signés parce qu’il aimait ce qu’on faisait. Mais nous n’avons jamais eu de problèmes avec les autres groupes, masculins ou féminins, qu’ils fassent du punk, du hard rock ou du métal. Ils nous aimaient bien, pour la plupart. Nous n’avons eu de problème avec personne à part les squares (NdT : les gens coincés, conformistes). C’est pour ça que vous vous appelez L7 (NdT : L7 est une manière argotique de désigner les squares) ? Non, en tout cas ça n’a rien à voir avec la réaction au fait qu’on soit un groupe de filles. Donc vous ne faisiez pas partie de la scène punk. Vous vous considériez comme punk ? Ou juste comme un groupe de rock’n roll ? Non, on faisait carrément partie de la scène punk, mais la scène Epitaph est venue après. Oh, pardon. Je veux dire, ils ont eu le vent en poupe à la fin des années 80, alors qu’on était plus un groupe punk de la fin des années 70, début 80. Notre disque chez Epitaph est sorti en 1987, ce qui est tard, pour du punk ! Le punk rock, c’est en 1977 ! Oui, on est complètement des punk rockeurs, du fond de nos cœurs. On aime les Ramones, X-Ray Spex, les Sex Pistols, la première vague du punk. Donc vous ne vous identifiez pas aux groupes Epitaph...

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The Jesus & Mary Chain @ Théâtre Barbey (Bordeaux), 31/05/18

The Jesus & Mary Chain @ Théâtre Barbey (Bordeaux), 31/05/18

Pour être franc, bien que connaissant l’importance du groupe, je suis complètement passé à côté de Jesus & Mary Chain. Si je n’avais pas gagné ma place, je dois avouer que je ne serais probablement pas allé les voir ! Je n’avais pas d’a priori et n’ai même pas écouté un album ou deux avant le concert, histoire d’avoir une surprise complète… Les bordelais Sam Fleisch (renommés “Invités” pour l’occasion) nous ont proposé une très agréable première partie dans un style plutôt garage pour faire court (dernier album en date sur le label Teenage Menopause). La lumière s’éteint à nouveau, les héros écossais s’installent sans traîner et en une fraction de seconde, la salle est submergée par un déluge de stroboscopes et de guitares noisy/fuzz. Malgré le bridage hygiéniste des décibels, le son a suffisamment de consistance pour me procurer les sensations du shoegazing. Le groupe n’est pas éclairé de face, on ne distingue que les silhouettes des musiciens. Les morceaux s’enchaînent et je n’ai pas du tout l’impression d’avoir affaire à un groupe de quinquagénaires qui fait sa énième tournée en se reposant sur sa réputation. Je ressens son envie de jouer et une générosité certaine. Le chanteur, pas très bavard, annonce de façon très convenue le dernier titre ; le groupe quitte la scène et un roadie arrive aussitôt pour faire un peu de ménage pas vraiment nécessaire. Pas un spectateur ne doute qu’ils vont revenir pour un ou deux morceaux comme le veut le rituel. En fait nous avons droit à bien davantage. Presque un second concert. Les deux dernières chansons sont les plus rythmées, les plus énergiques et je finis par comprendre pourquoi le public est resté aussi fidèle. Le talent est toujours là ! Du coup, je suis partagé entre une impression un peu honteuse de ne pas les avoir connu plus tôt et une grande satisfaction d’avoir vécu ce moment…. Pedro   Setlist (si on en croit setlist.fm) : Amputation – April Skies – Head On – Blues From A Gun – Black And Blues – Mood Rider – Far Gone And Out – Between Planets – Snakedriver – Teenage Lust – Cherry Came Too – All Things Pass – Some Candy Talking – Halfway To Crazy – Darklands – Reverence. Rappel : Just Like Honey – Cracking Up – In A Hole – War On Peace – I Hate Rock’n’roll   LIRE LE REPORT DE LEUR CONCERT A LA CIGALE EN...

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Dr. Octagon – Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation

Dr. Octagon – Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation

Kool Keith aka Dr. Octagon revient au bloc opératoire pour une opération chirurgicale 22 ans après le désormais classique Dr. Octagonecologyst. Un bon docteur n’est vraiment efficace que quand il est bien entouré, preuve en est cette tentative fébrile de 2006 avec l’album The Return Of Dr.Octagon qui a eu pour seul effet de nuire à la réputation du Doc. Kool Keith semble avoir reconsidéré les choses et revient cette fois-ci accompagné de ses assistants de renom, le producteur Dan The Automator, et Dj Qbert. Si chacun possède un talent indéniable dans son domaine de prédilection, cet album et le passé prouve que la formule Octagon ne peut fonctionner que lorsque les trois sont réunis. En 96, le trio avait bousculé le monde du hip hop avec un album novateur et une vision très futuriste les plaçant à une bonne longueur d’avance de leurs concurrents. Difficile d’en attendre autant en 2018, la mode des reformations suit son cours, avec son lot de déceptions. Heureusement Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation passe le test avec succès, et redore un blason (une blouse ?) terni par une première tentative échouée. Nous voilà donc replongé au plein cœur des nineties avec ce fameux boom bap qui a pris pour l’occasion une bonne dose de botox. “Octagon, Octagon”, en guise d’introduction vous rappellera au cas où vous l’auriez oublié que le docteur est de retour. Les choses sérieuses commencent avec “Polka Dots”, sur une prod d’avant garde signée Dan The Automator, où Kool Keith balance ses rimes avec un flow et un style qui n’ont pas pris une ride, Qbert lui chauffe tranquillement ses platines et livre des scratches dont lui seul à le secret. Et ce dernier parler tout son talent sur l’instru “Bear Witness IV”, suite logique et tout aussi efficace de celle sortie deux décennies plus tôt. Autre rapprochement avec son “prédécesseur”, les puissants riffs de guitares sur les  excellents “Karma Sutra” et “Power of The World (S Curls)”, tentative initiée et déjà foutrement réussi à l’époque de “I’m Destructive”. Dans une démarche tout aussi positive il ne faudra pas passer à coté du déjanté ” Area 54″, et des plus dark “Black Hole Son”, “Operation Zero” et “Hollywood Tailswinging”. À défaut de nous projeter encore une fois dans le futur, l’ex Ultramagnetic MC’s nous fait vivre un véritable voyage dans le temps, et nous ramène à l’âge d’or du hip hop : le début des années 90 avec l’excellent “3030 Meets The Doc (Part 1)” où Dan The Automator retrouve pour l’occasion ses deux acolytes de Deltron 3030, Del The Funky Homosapien et Kid Koala. Un retour en grâce qu’on ne manquera pas de saluer. Malgré un manque...

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Courtney Barnett – Tell Me How You Really Feel

Courtney Barnett – Tell Me How You Really Feel

Du haut de ses 29 ans, on peut dire que Courtney Barnett ne chôme pas. A 24 ans elle a opté pour l’indépendance en créant en 2012 son propre label Milk! Records sur lequel elle sort ses 2 premiers EP (I’ve Got A Friend Called Emily Ferris et How To Carve A Carrot Into A Rose). Elle éclate au grand jour en 2015 avec la sortie de son très bon album Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, et devient alors la coqueluche féminine de l’indie rock. Après un décevant Lotta Sea Lice en collaboration avec Kurt Vile sorti l’année dernière, la jeune australienne revient cette année avec son second album solo enregistré en condition live à Melbourne. Dès le morceau d’ouverture “Hopefulness” elle lance avec une nonchalance slacker la thématique de l’album “No one’s born to hate/We learn it somewhere along the way”. Elle décline en 10 chansons le fruit de sa réflexion sur la frustration engendrée par la haine et la peur. Fidèle à elle-même, elle nous laisse entrevoir tout au long de ce disque ses différentes facettes. Indie rock sur “City Looks Pretty”, “Charity”, “Help Your Self”, mélancolique sur la merveilleuse “Need A Little Time” et plus énervée sur la cobainienne à souhait “I’m Not Mother, I’m Not Your Bitch” (tout est dit en 1’50, pas plus !). Rêve de jeunesse, après avoir fait les chœurs sur un titre du dernier album des Breeders, les sœurs Deal lui rendent la pareille sur “Nameless, Faceless” et “Crippling Self-Doubt And A General Lack Of Confidence”. L’album prend fin sur une note positive avec “Sunday Roast” : “I know you’re doing your best/I think you’re doing just fine.” Contrairement à ce qu’écrivent les autoproclamés “VRP du bon goût” qui démontent gratuitement un artiste dès qu’il fait la une de plusieurs magazines, cet album est une merveille de cool attitude. Certes, il ne restera pas dans les annales de la musique mais on prend plaisir à découvrir et réécouter ces instants de vie. N’est-ce pas là l’essentiel ? Allongez-vous et préparez-vous pour une une séance de 35 minutes durant laquelle le Dr Bartnett vous montrera la voie pour prendre la vie simplement sans prise de tête. Alain...

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Pusha T – DAYTONA

Pusha T – DAYTONA

Et bien voilà, j’ai cédé ! Après de nombreuses tentatives infructueuses, me voilà enfin séduit par un de ces rappeurs “new generation” que tout le monde encense. Kanye, A$AP Rocky, Kendrick Lamar, je les ai tous testés après qu’on m’en ai dit monts et merveilles et suis resté totalement hermétique (pour ne pas dire horrifié parfois). Et sans crier gare, voilà que Pusha T a réussi à m’avoir avec ces 7 nouveaux titres qui composent Daytona. Maniant le mic depuis les années 90 au sein du duo Clipse(donc pas si “new generation” que ça…), Pusha est désormais bien plus exposé depuis qu’il est l’acolyte de la méga star Kanye West*, qui a d’ailleurs produit tout l’album et même déboursé 85 000$ pour lui offrir cette pochette bien trash. Le cliché provient d’un tabloïd, il s’agit de la salle de bains en piteux état de Whitney Houston en 2006 au sommet de son addiction. Ambiance… Après une mise en route quasi a capella, l’instru devient tapageuse. Pusha T lance la machine à tubes. “If You Know, You Know”. Now i know. Mais ce morceau n’est pas une révélation, loin s’en faut. Derrière une efficacité indéniable, un constat trompeur : ça sent le bling bling à plein nez. La frontière avec le mauvais goût est mince. La bascule du côté obscur est à craindre… Mais les craintes s’envolent, très vite. Daytona ne dure que 21 minutes, il s’y passe pourtant énormément de choses. Ses 7 titres offrent une grande diversité. Et une qualité constante. « The Games We Play » calme le jeu avec une boucle jazzy qui ne manque pas de susciter une envie frénétique de repeat, puis vient la magnifique « Hard Piano ». Presque sur la retenue dans un premier temps, l’émotion grandit au fil des secondes. Quelques notes de piano, une basse imposante, Pusha n’en fait pas trop, son flow s’accommode à merveille. Rick Ross, très en verve, y va également de son couplet. Banco. Le sample soul irrésistible du refrain de « Come Back Baby » n’est pas en reste (on pense aux plus belles pépites de RZA), l’évidence se dessine : on va droit vers un sans faute. Et en cela le choix de ramasser l’album (l’EP ?) en à peine plus de 20 minutes est judicieux : pas la moindre trace de remplissage à déplorer, un des péchés mignons récurrents du genre. Avant de conclure, Pusha T nous emmène faire un petit tour dans les bas fonds (« What Would Meek Do? », en référence à Meek Mill), sans oublier de glisser un clin d’oeil au « Hail Mary » de Tupac. Pendant qu’on y est, terminons le tour du propriétaire en n’oubliant surtout pas le puissant et émouvant « Santeria » où Pusha s’empare d’une gravité certaine. Le morceau est sublimé par le...

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Interview – Peter Kernel

Interview – Peter Kernel

Difficile de ne pas éprouver de sympathie à l’égard du duo helvético-canadien qui forme Peter Kernel. Barbara Lehnhoff et Aris Bassetti sont de fervents adeptes du DIY, se révèlent aimables, affables, drôles et, accessoirement, ils viennent de livrer un excellent 4e album, bien moins immédiat que ses prédécesseurs mais qui s’offre aux plus méritants. Exit les tubes incendiaires, The Size Of The Night se révèle progressivement, dévoilant moult nuances et richesses enfouis derrière des arrangements plus poussés que jamais. Un prolongement logique de la parenthèse Peter Kernel & Their Wicked Orchestra, finalement. De retour sur les routes françaises pour prouver à tous que ce disque se défend très bien sur scène, Peter Kernel faisait un petit crochet par la capitale mi avril. Pas question de les rater… Même quand leur van tombe en rade, ils ne se pointent qu’avec 10 petites minutes de retard au rendez-vous sur la terrasse du Point Éphémère. Malgré un amour certain pour les « idées stupides », Peter Kernel fait les choses avec sérieux et application. Y compris répondre aux questions sous un soleil de plomb alors qu’on avait presque oublié son existence à Paris.   “On est dans les bouchons, on n’avance pas et on commence à faire ‘tadadadidadada’ et on enregistre cette idée stupide et on va en studio, on commence à improviser sur ça. Mais c’est vraiment des idées stupides !”   Désolé de commencer par un sujet pas très joyeux… L’enregistrement du dernier album a été marqué par le décès de votre ingé son de toujours, qui était également un ami proche. Qu’est-ce que ça a changé pour vous ? Vous avez songé à laisser tomber ou du moins à mettre un peu en stand-by l’enregistrement de l’album ? Aris : Oui, quand il est décédé, on a fait une pause. On s’est arrêté pendant deux semaines parce qu’on n’arrivait pas à imaginer comment continuer. On ne savait pas quoi faire… Barbara : À ce moment-là on jouait beaucoup avec l’orchestre, donc c’était bien d’avoir des gens autour de nous. Aris : Après on s’est dit qu’on pouvait essayer d’enregistrer. On se souvenait des conseils de notre ami Andrea. On a acheté des micros, du matériel et on a commencé à essayer… Et à la fin on a découvert que l’enregistrement c’était un peu comme un autre instrument. On s’est appuyé sur beaucoup de possibilités lors de l’enregistrement, on a essayé des choses. Refaire, couper, changer… On était libre de faire ce qu’on voulait, on n’avait pas de limites d’argent dans un studio. Pas de limites, et ça c’était cool. On a découvert une nouvelle façon d’écrire et d’enregistrer de la musique. Barbara : Oui on a beaucoup changé le process qu’on utilisait auparavant...

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Jon Hopkins – Singularity

Jon Hopkins – Singularity

Depuis quelques années, Jon Hopkins s’est imposé comme l’un des nouveaux bonhommex à suivre à la trace en musique électronique. Après quelques amuse-gueules (une BO, un EP, une mixtape) pour faire patienter les plus accros, le voici enfin disposé, 5 ans après, à offrir un successeur à Immunity, l’album qui l’a définitivement consacré. Soyons honnêtes, malgré son statut et de sérieux coups de cœur, on ne savait pas vraiment si on devait totalement se laisser aller à l’enthousiasme béat qui entoure Jon Hopkins. Oui, il a signé quelques-uns des meilleurs morceaux électro de ces derniers temps. Incontestablement. Pour autant, ce serait mentir que de dire qu’Immunity a squatté notre platine sans relâche depuis 5 ans. Car l’album demeurait assez inégal et après un début fracassant, notre intérêt s’effritait peu à peu. Singularity envoie-t-il valser les derniers doutes à son sujet ? Pas vraiment. Il confirme d’abord que certains de ses morceaux marquent les esprits. Après une longue intro où on ne sait pas trop ce qui nous attend, on se fait dévorer tout cru par la formule redoutable beats triturés-nappes envoûtantes (“Emerald Rush”). La suite est du même acabit. Les variations semblent minimes mais elles sont quasi permanentes et nous transportent. Le sommet se nomme “Everything Connected” et pendant 10 minutes il nous met cher. Les yeux se ferment, les jambes se mettent à remuer toutes seules, les battements du cœur se confondent avec les basses, tandis que la tête s’évade… Après cela, on pressent qu’on ne pourra que tomber de haut et on n’est pas très loin du compte. “Feel First Life” dont le titre ne doit sans doute rien au hasard, scinde l’album en deux et démarre alors une succession de morceaux contemplatifs où le piano occupe une place prépondérante… et l’ennui aussi. L’enthousiasme en prend un coup. On ne peut pas en vouloir au DJ de varier les plaisirs, de faire ce qu’il a envie et d’éviter ainsi la redite mais force est de constater qu’il excelle davantage dans un registre qu’on pourrait qualifier de techno cérébrale que dans de longues plages ambiantes agréables en fond sonore mais certainement pas aussi captivantes. Le père Hopkins aime décidément nous laisser dans l’indécision. Ce disque de plus d’une heure aurait pu être faramineux, il n’est finalement qu’un bon disque un peu trop long. Comme le précédent, donc. Jonathan...

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