Ventura – Ad Matres

Ventura – Ad Matres

(Vitesse, 30 août 2019) Il sort le 30 août, il est attendu depuis de longues années et pourtant vous n’en avez probablement rien à carrer. Grave erreur ! Tout nouveau disque de Ventura se doit d’être accueilli en fanfare. Parce qu’il ne cessera de tourner jusqu’au prochain, qu’il débarque dans 5, 10 ou 20 ans. L’attente sera moins longue, espérons-le, que les six ans qui viennent de s’écouler. Et la gestation moins douloureuse puisque si Ad Matres confirme, après Ultima Necat, le penchant du groupe pour les langues mortes, il salue avant tout la mémoire de la mère disparue d’un des membres. Ajoutez à cela le départ du batteur et vous obtenez un contexte extrêmement pesant qui se ressent assez nettement. Il est donc ici question de deuil, forcément. De nouveau départ aussi, évidemment. Ne cherchez pas de successeur à “24 Thousand People” ou “Nothing Else Mattered” qui vous clouaient au sol en deux ou trois minutes. Ne guettez pas en vain l’immédiateté, prenez le temps de vous immerger, encaissez les coups puis relevez-vous, comme ils ont su le faire.  L’introduction se déroule dans le calme, un apaisement en guise de leurre, un recueillement en forme de pleurs dans cet “Acetone” qui n’a de Mudhoney que le nom et prend plutôt une allure slowcore à la quiétude toute relative. Puis, Philippe et son chant qui transpire l’intranquillité, entre en scène accueilli par un riff tournoyant redoutable. Pour évoquer le vide, le mal-être (“I am void, self-centered and paranoid“). Premier coup de massue. Déboule ensuite un petit chef-d’œuvre dans la plus pure tradition Venturesque. Arpèges vicelards, tension sous-jacente… et le refrain libérateur qui vient tout balayer. Le tout s’achève inévitablement dans un fatras incommensurable. Ça s’appelle “Faith & Hope & Charity” et c’est merveilleux. Vous écoutez Ventura. Que peut-il bien vous arriver de mieux ? On est d’accord.  “Johnny Is Sick” se morfond ensuite dans une langueur anesthésiante avant la déflagration soudaine. Il parait que le batteur est nouveau ? Il semblerait que ces trois-là se connaissent déjà par cœur, pourtant. On ne va pas vous faire tous les titres, vous avez une idée du tableau… N’oublions surtout pas la shoegaze “The Dots Better” à la mélancolie terrible, capable de vous plomber le jour de la naissance de votre enfant. Ne dédaignons jamais “To Stand No Has One” et son intro sublime avec un Philippe qui se demande bien “Where’s everyone running?” et ce pont d’une classe indécente.  Des sommets de noirceur sont atteints sur “To Suffer”. Le clou s’enfonce un peu plus chaque fois que ces mots sont répétés (un nombre incalculable de fois, évidemment) mais la beauté finit toujours par émerger des décombres, s’extirper de la violence. C’est...

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Tropical Fuck Storm – Braindrops

Tropical Fuck Storm – Braindrops

(Joyful Noise Recordings / Differ-Ant, 23 août 2019) Pour la fin de l’été, voilà que débarque un deuxième album des australiens de Tropical Fuck Storm. Idéal pour une prochaine campagne anti canicule. Restez dans un endroit frais et ventilé. Ne consommez pas de substances illicites. Fuyez le soleil australien. La folie est proche ! À l’écoute de la scène australienne ces dernières années, Tame Impala et surtout King Gizzard & The Lizard Wizard en tête, je ne vois que la répétition d’insolations ou la prise de stupéfiants pour expliquer cette recrudescence de disques barrés. Qui dessinent une nouvelle carte du psychédélisme, avec l’Océanie comme nouvel épicentre excitant du rock. Tropical Fuck Storm déclenche lui aussi sa petite secousse ! Formé par 2 ex-The Drones rejoints par 2 nouvelles têtes (Lauren Hammel, de High Tension à la batterie et Erica Dunn, de MOD CON, Harmony et Palm Springs à la guitare et claviers), le quatuor avait pourtant déjà prévenu le petit monde du rock déviant. Par le biais d’un premier album déglingué étonnant (A Laughing Death In Meatspace, sorti l’an passé) à la pochette délirante. Les australiens réitèrent le choc esthétique. Nouvelle pochette… euh… barrée ! Nouveau disque inclassable et excitant. Bon c’est sûr, si vous n’êtes pas adepte de musique déviante, le rock noisy parfois chaotique de l’album risque de vous vriller les tympans. Ne partez pas ! Dès la première écoute, des titres plus apaisés (bon, ça reste quand même bien bien barré) semblent apporter un tout autre contraste et un bel équilibre à l’ensemble. C’est le genre d’album qui ne révèle pas son potentiel d’entrée de jeu. Il faudra être patient, apprivoiser ces guitares dissonantes, ces sonorités parfois inhospitalières, ce chaos qui écorche nos oreilles. L’album est inconfortable, comme avait pu l’être la découverte des premiers Sonic Youth. Mais dès la première écoute, sort du lot ce « Maria 63 », titre fleuve de 8 minutes qui clôture l’album et fait déjà office de grosse sensation. D’abord apaisé, crépusculaire, et porté par les voix habitées du duo Gareth Liddiard/Fiona Kitschin, le titre se déploie progressivement dans un final noisy puissant assez magistral entre cordes et électricité abrasive. Sublime. Et finalement le titre le plus accessible ? Ajoutez son pendant « Maria 62 », et vous avez les 2 titres les plus « agréables » pour oreilles un peu délicates. En tout cas, des titres presque à part sur l’album tant l’électricité se fait plus incisive sur le reste. Avec brio sur un début d’album assez incroyable. Pas évident de prime abord mais dès la seconde écoute et les suivantes, il faut se rendre à l’évidence : ce rock noisy devient très vite addictif. « Paradise », le...

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Ty Segall – First Taste

Ty Segall – First Taste

(Drag City/Differ-Ant, 2 août 2019) Étant un fan très tardif du père Segall, je décompte les jours qui me séparent d’une première expérience scénique à Paris en octobre 2019. Il parait qu’il joue trop fort, trop vite et de manière approximative, j’ai hâte. Qu’est-ce qui me touche dans sa musique ? Plusieurs choses : – D’abord, un artiste si prolixe applique souvent des recettes (King Gizzard à tout hasard) mais chez lui, elles sont extrêmement discrètes. – La noirceur et parfois la folie de sa musique qui agissent comme des déversoirs.– Le charisme monstrueux du type. Alors, ce First Taste ? L’idée de l’album sans guitare est bonne et dans l’air du temps. Si je prends « Self Esteem », Ty nous embarque assez loin dans cette direction en rajoutant des couches d’instrus à vent pas tous identifiés et on finit en une espèce de bande-son d’un mauvais polar 70s. Pareil pour la plage d’ouverture, « Taste » qui m’a fait penser à ces vieux trucs electronic body music genre Fad Gadget ou Neon Judgement et aussi étonnamment au… Sepultura des années Roots Bloody Roots ! Ou encore « I Worship The Dog » avec des espèces de vuvuzelas mortifères et… un solo de batterie, ça faisait longtemps. Très réussis, ces trois morceaux ! J’évacue rapidement ce que j’ai détesté, ces deux machins de la filiation Queen/Muse que sont « Ice Plant » et « When I Met My Parents Part 3 ». Je suis sûr que ce n’est qu’ un moment d’égarement. Pour le reste, « The Fall » est complètement tribal et j’anticipe avec délice la perte de contrôle généralisée en live. Le reste du LP se dévoilera, ou pas, à l’épreuve du temps. Encore une fois, l’introduction d’une multitude d’instruments serait une suite logique à l’œuvre de Ty Segall, toujours en exploration sonique. Voyons si cela l’inspire à l’avenir ! Manu Retrouvez tous nos articles sur Ty...

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Kate Tempest – The Book Of Traps And Lessons

Kate Tempest – The Book Of Traps And Lessons

(American Recordings, 21 juin 2019) Il faut savoir se faire violence parfois. Faire confiance au talent. Même si, sur le papier, un disque de spoken word n’est pas ce qu’il y a de plus exaltant. Même si, parfois on s’interroge : écoute-t-on un livre ou de la musique déclinée en mots ? Qu’importe, finalement. L’essentiel est ailleurs. L’essentiel : Kate Tempest vient de frapper très fort. Plus fort encore, elle le fait avec finesse. Après l’incandescent Let Them Eat Chaos (rien que le titre…) qui comportait notamment l’immense « Europe Is Lost », instantané saisissant de la drôle d’époque dans laquelle nous vivons, voici donc le mesuré The Book Of Traps And Lessons (rien que le titre…). Kate s’est pourtant entourée cette fois du producteur superstar Rick Rubin mais certainement pas pour ruer dans les brancards, elle opte ici pour une épure maximale. Ce qui ne l’empêche pas de faire grand bruit. Elle opte pour les mots, cette arme dévastatrice dont beaucoup de rappeurs semblent avoir oublié la force de frappe. Chaque mot est pesé, martelé, prononcé avec force et conviction, avec une intensité qui ne faiblit pas. L’un des grands talents de Kate Tempest : parler de sujets lourds et complexes en des termes simples. Ses textes sont limpides et ne s’embarrassent d’aucune lourdeur ou détours alambiqués. Ses récits où se mêlent amour (maladroit et complexe dans « Thirsty », léger dans « I Trap You »), colère et injustice (« Brown Eyed Man » et les exactions policières, notamment) sont empreints d’une grande humanité à même de parler à chacun d’entre nous. Ils s’enchainent, comme une succession de chapitres, sans pause mais via des transitions ciselées (« Keep Moving Don’t Move » répété à maintes reprises à la fin du titre du même nom et suivi dans la foulée d’un glaçant « don’t move a muscle, stay exactly where you are » à l’entame de « Brown Eyed Man »). L’impact des mots est tel qu’il nous incite à cesser toute activité séance tenante pour mieux les écouter religieusement, s’en imprégner, en mesurer la puissance. A se demander si on ne deviendrait pas membre d’une secte soudainement aveuglé par ce gourou si charismatique. La musique, elle, apparait puis s’efface, au gré des besoins de Kate. Disparaissant totalement lorsqu’elle doit rester seule avec ses mots (« All Humans Too Late », entièrement a capella). C’est Dan Carey (à l’oeuvre récemment aux côtés de Black Midi) qui occupe ce rôle presque ingrat mais essentiel pour planter le décor, instaurer les ambiances idoines. Quelques notes de piano et synthés flottant dans les airs sur « Thirsty » ou dessinant l’incertitude de « Keep Moving Don’t Move ». De taciturnes violons (« Brown Eyed Man »), un piano déchirant (« People’s Faces ») ou au contraire une humeur frivole et désuète (« I Trap You »)… Sur...

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J Mascis @ La Maroquinerie (Paris), 06/07/19

J Mascis @ La Maroquinerie (Paris), 06/07/19

“Tu vas voir quoi, ce soir?” “J Mascis.” “Tu ne l’as pas déjà vu 15 fois ?” Pas loin, c’est vrai, si on compte les fois où je l’ai vu avec Dinosaur Jr. Et j’ai dû chroniquer une part conséquente de sa discographie (dont au moins 2 périodes de la vie du groupe). Du coup, on pourrait se poser la question de l’intérêt pour moi de parler d’un énième concert de cet artiste. Si vous avez lu une ou deux des chroniques en question, vous savez que j’adore la musique de Mascis et que chaque fois qu’il sort quelque chose, je fais à peu près la même chronique. Tiens, dans celle d’Elastic Days, je m’interrogeais déjà sur ma légitimité à chroniquer le disque. Alors bon, comment vous convaincre que ce concert de J Mascis était vraiment un excellent concert et que vous y auriez passé un super moment? Déjà, le public semblait conquis, je ne suis donc pas seul enfermé dans mon obsession. Ensuite, le son était cool, même si la fuzz pouvait parfois faire mal aux oreilles, et le prestations bonnes. De plus, J était en forme, se permettant 3 ou 4 mots de plus que “Thank You” entre les morceaux. Enfin, bien que la setlist soit identique sur toutes les dates de la tournée, elle était équilibrée entre tubes (“Little Fury Things”, “Get Me”, The Wagon”…), titres plus pointus habituels de ses concerts solo (“Not You Again”, “Alone”, “Ammaring”…), morceaux de ses derniers albums qui s’incluent très bien avec le reste (“See You At The Movies”, “Everything She Said”…) et un “Blowing It” qui fait plaisir, avec en final deux reprises bien senties (“Just Like Heaven” et “Fade Into You”). Bref, de quoi sortir heureux. Quoi qu’il en soit, on en revient toujours au même point. Soit vous avez du mal avec le personnage, vous n’aimez pas quand les show acoustiques dévient vers du bordel noisy, vous êtes allergique au solos de guitare ou vous avez perdu toute appréciation mélodique suite à un traumatisme quelconque, soit vous auriez passé un putain de bon concert. La musique de J Mascis est suffisamment honnête et sincère pour que vous sachiez exactement à quoi vous attendre, d’autant plus qu’il sait doser entre les morceaux que tout le monde veut entendre et ceux que personne ne connait, et vous savez donc exactement à quoi vous attendre si vous aller le voir. Moi, j’y serai la prochaine fois, Inch’allah. Blackcondorguy Setlist : Thumb (Dino Jr) – Everything She Said – Blowins It (Dino Jr) – Repulsion (Dino Jr) – Little Fury Things (Dino Jr) – Ammaring (J Mascis+The Fog) – Elastic Days – Every Morning – Get Me (Dino Jr) – Drifter/Heal...

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Interview – Troy Von Balthazar

Interview – Troy Von Balthazar

© Flavie Durou Rencontrer Troy Von Balthazar (aka TvB sous son nom de scène), c’est un peu comme plonger dans l’intimité désarmante d’un artiste discret et brillant, jamais avare de réponses profondes et d’une intimidante franchise. Le roi de la douce mélancolie revient cette année avec un cinquième album en solo It Ends Like Crazy. Rencontre avec l’intéressé lors de son dernier passage en live à Paris, en avril dernier à La Maroquinerie. Parlons un peu du nouvel album It Ends Like Crazy (Vicious Circle). Quel est le désir, l’envie derrière cette nouvelle livraison ? Je vivais à Berlin et j’arrivais à saturation d’être entouré d’autant de gens. J’ai donc déménagé à la campagne dans le Limousin, la Creuse… Je vis ici maintenant, au milieu de nulle part, entouré d’arbres et d’oiseaux, avec rien autour, pas d’habitations. J’y ai passé du temps à m’imprégner de l’endroit et à concevoir ce nouvel album. Je peux jouer de la batterie la nuit, sans problème de nuisance sonore, parce qu’il n’y a vraiment personne ! En hiver, c’était un peu dur, en totale isolation, cerné par la neige… L’album est venu de ces moments, marchant seul pour réfléchir sur moi. Dans ces moments-là, on découvre beaucoup de choses profondément enfouies, par exemple si on est peureux ou si on fait preuve de courage, si on est une bonne ou mauvaise personne… Au début, je n’étais pas sûr d’aller vraiment bien, mais maintenant, après quelque temps là-bas, j’ai pris le temps de faire le point et de réfléchir sur moi. Après autant d’isolement, tous vos souvenirs d’enfance vous reviennent, vous avez le temps pour cela. Ce fut bon pour moi. Il semble y avoir moins de phrasés de guitares dans cet album, mais plus une volonté de se servir des machines, es-tu d’accord ? Je ne sais pas vraiment. Je n’écoute pas l’album une fois fini et enregistré, mais je me souviens avoir passé beaucoup de temps à jouer uniquement avec des claviers et des pédales d’effets. J’aime le rapport direct à l’objet. L’autre jour, je dormais et en me réveillant, la première chose qui apparaît dans mon champ de vision était une de ces pédales d’effet. L’objet en lui-même, sa couleur, son apparence, cela m’attirait malgré moi, j’avais envie d’y jouer dessus tout de suite (rires). Il y a quelque chose de l’ordre du rapport physique à l’objet. Exactement, le plaisir de sans cesse tourner et appuyer sur les boutons, changer les vitesses, triturer les effets. La plupart des morceaux de cet album ont été faits comme cela, en improvisant quelque chose dont je ne connaissais pas le résultat à l’avance. Je le joue pendant un moment jusqu’à ce que je me...

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Interview – Sebadoh

Interview – Sebadoh

Avoir Lou Barlow au téléphone pour une discussion d’une demi-heure, pour le fan que je suis de l’ensemble de ses projets musicaux, ça avait de quoi mettre le trac. Surtout qu’à l’heure prévue, seul son répondeur décroche. Je me retrouve donc à laisser un message, opération toujours pénible, dans une langue qui n’est pas la mienne à un de mes artistes préférés ! Quand il me rappelle, échaudé par mon expérience avec Donita Sparks, je commence par une notice explicative « J’adore ce que vous faites, donc je serais peut-être un peu intimidé, et j’enregistre la conversation, mais je serais peut-être amené à reformuler vos réponses pour m’assurer de les traduire correctement. » Il acquiesce. Heureusement, après cette entrée en matière laborieuse, grâce à la simplicité et l’honnêteté du bonhomme, le reste de l’entretien se déroule de façon parfaitement fluide, presque détendue, pour aborder aussi bien le dernier disque de Sebadoh et les habitudes d’écriture de Lou Barlow que son fils, les Ramones ou Ariel Pink ! Pre-scriptum : ayant déjà lu la réponse de Lou Barlow sur leur changement récent de label dans d’autres interviews, j’ai préféré garder du temps pour d’autres questions. L’explication est donnée dans notre critique de Act Surprised. “C’est un vrai challenge d’être un groupe démocratique (rires). C’est un énorme challenge de tenir au fil du temps.” © Justin Pizzoferrato Vous venez de sortir le dernier album de Sebadoh… Enfin, jusqu’au prochain… (Rires). Je me demandais si c’était le 8e ou le 9e ? En fait, Weed Forestin compte-t-il ? Je pense qu’il compte comme un de nos albums. Quand il est sorti, c’était sous le nom de Sentridoh, mais quand notre maison de disque a sorti le vinyle, ça s’appelait Sebadoh. Donc, Act Suprised est le 9e album. J’en ai compté 10, hier, mais je ne sais pas. En fait je crois que ça fait 10 aux États-Unis, et sûrement 9 en Europe. Il y en a un aux États-Unis qui s’appelle Smash Your Head On The Punk Rock, qui a dû sortir comme EP ou quelque chose de ce genre en Europe. Vous avez dit que c’était votre album le plus collaboratif puisque vous aviez tous travaillé ensemble sur toutes les chansons. Pensez-vous que cela ait un impact sur le disque ? Oui, je pense. L’album est plus homogène, le groupe semble plus soudé d’une chanson à l’autre et c’est sûrement notre album le plus cohérent en termes de texture depuis longtemps, voire depuis toujours (rires). Est-ce que cela a changé votre manière de travailler avec Sebadoh ? Allez-vous garder cette manière de faire ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que nous allons faire après. Nous devons partir en tournée. Après avoir...

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Pile – Green And Gray

Pile – Green And Gray

(Exploding In Sound, 3 mai 2019) Cela fait bien longtemps qu’on a cessé de chercher des explications à la popularité de certains groupes de rock indé en France, il y aurait de quoi devenir timbré. Notre beau pays, capable de porter aux nues les affreux La Femme, de s’extasier devant les Limiñanas, persiste à ignorer superbement certains des meilleurs groupes du genre qui sévissent outre Atlantique, à l’image de Pile. On aimerait beaucoup que ça change mais on n’y croit guère. Et pourtant.. Pourtant, ce Green And Gray nous en fait voir des vertes, des pas mûres, des jolies, des violentes, des délicates, des saisissantes (on va s’arrêter là, vous avez compris l’idée). Comme à l’accoutumée, Rick Maguire impressionne de par son talent protéiforme, multipliant les grands écarts vocaux, excellant dans son chant mélodique parfois très touchant (la perle mélancolique “Other Moons” expédiée en 1’25, “Hair” qui invite des cordes au banquet) et se fusillant les cordes vocales quand le ton se durcit et qu’il semble tout à coup saisi de convulsions éPileptiques (l’explosive “On A Bigger Screen” qu’on meurt d’envie d’écouter sur de bigger speakers). Comme à l’accoutumée, son groupe fait mieux que l’accompagner et se met au diapason jonglant entre ballades rêveuses et sévères mises au point nous laissant au bord de l’apoplexie, lorgnant autant du côté du post rock et du slowcore (“No Hands”) que de la noise la plus saignante (“A Labyrinth With No Center”, “The Soft Hand Of Stephen Miller”), parfois même au sein du même morceau (“Firewood” ou la colossale “Hiding Places”). Les plus exigeants auront du mal à trouver à redire devant un disque affichant une telle cohérence malgré la grande variété des ambiances déclinées. Même les plus prudes auront de quoi se réfugier derrière “Bruxist Grin”, tube évident avec son riff en forme de gimmick imparable. Bref, tout le monde pourrait bien y trouver son compte mais comme à l’accoutumée, seule une poignée d’irréductibles répondront présents. Les ignorants ont toujours tort. Jonathan Lopez Green and Gray by Pile LIRE LA CHRONIQUE DE A HAIRSHIRT OF...

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Interview – Olivier Drago (New Noise)

Interview – Olivier Drago (New Noise)

Les 14 et 15 juin prochains, le magazine new Noise (anciennement Velvet, Versus et Noise) fêtera ses 15 ans d’existence avec deux belles soirées au Trabendo (Paris). 15 ans, une éternité pour un titre qui a connu des débuts tumultueux, n’a presque jamais pu compter sur le moindre soutien, mais qui continue, vaille que vaille avec les moyens du bord, à faire la part belle aux musiques qui ne vendent pas (ou si peu). Rencontre avec Olivier Drago, rédacteur en chef passionné et homme à presque-tout faire de new Noise, dont la détermination ne faiblit pas.* “Je crois n’avoir jamais fantasmé ce métier. Voilà 15 ans qu’on me dit que les CD et la presse papier, c’est fini. Je n’ai connu que ça, donc ma vision n’a finalement pas vraiment changé.” © William Lacalmontie Quand as-tu commencé à écrire au sujet de la musique ?Vers 1999. Je venais d’obtenir un DEUST “métiers de la culture” et de refuser un poste de directeur du centre culturel de la commune où j’habitais – autant dire une salle des fêtes. Mes parents n’étaient pas enchantés : j’avais toujours été un élève plutôt médiocre, on me proposait un CDI assez bien payé à peine mes études terminées, et je le refusais. J’ai donc rapidement enchainé sur un autre DEUST, “technologies de l’information et de la communication” cette fois.  L’intitulé me paraissait assez flou et le programme suffisamment expérimental – la formation n’existait que depuis peu – pour que je puisse pas mal glander. C’était le début de la démocratisation d’Internet, que j’avais découvert un an auparavant. C’était la dèche niveau presse musicale mais sur Internet, j’étais tombé sur de nombreux webzines américains. Dans le cadre du DEUST, on nous a alors demandé de mettre en ligne une “page perso”, sur un thème librement choisi. J’ai donc commencé à écrire des chroniques de disques sur cette page. Un ami avec qui j’animais une émission de radio depuis plusieurs années et qui suivait la même formation que moi a commencé à me filer un coup de main, puis peu de temps après un autre pote graphiste nous a également aidés. On a fait de cette page un webzine du même nom que l’émission de radio : No Brain No Headache. On a commencé à être pas mal lu, de nouveaux contributeurs se sont greffés à l’histoire, et assez rapidement je me suis retrouvé à “devoir” m’en occuper tous les jours, en plus de mes études et d’un boulot de guichetier/comptable remplaçant à La Poste. Je recevais de plus en plus de promos, j’avais de plus en plus de contacts avec les labels et les groupes, en France et à l’étranger. Je voulais m’y consacrer pleinement,...

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Camilla Sparksss – Brutal

Camilla Sparksss – Brutal

(On The Camper, 5 avril 2019) Peter Kernel n’est pas ce qu’on pourrait appeler un groupe prévisible. Vraiment pas. Malgré des comparaisons insistantes (et encombrantes) avec Sonic Youth (surtout au début de leur carrière), le groupe excelle dans la remise en question et l’effet de surprise permanent grâce aux personnalités bien marquées de ses deux têtes pensantes : Barbara Lehnoff et Aris Bassetti. Beaucoup se contenteraient donc de cela mais visiblement cela ne suffit pas à Barbara. Barbara se doit de satisfaire sa créativité bouillonnante. Pour cela, elle enfile parfois son costume de Camilla Sparksss et s’éclate. Brutal est le deuxième album de Camilla/Barbara (même si Aris y a grandement contribué). Brutal il l’est, indéniablement. Mais sans oublier d’être subtil, heureusement. L’intro (“Forget”) est contemplative et intrigante, perturbée par d’étranges sons électro venus brouiller les pistes. Les interrogations affluent, on est encore au round d’observation. Et puis, nous voilà largués en plein Orient, et sacrément désorientés (“Are You OK?”). L’Orient ou l’Afrique d’ailleurs ? Les darboukas sèment le trouble. Peu importe, nous voilà au milieu d’une foule en liesse, dansant et oubliant le reste. C’est aussi ça qui lui plait à Camilla, nous laisser errer le regard perdu, ne sachant bien si ce sont nos neurones qui sont sollicités (la rêveuse “Messing With You”, l’étrange “She’s A Dream” qui évoque parfois une BO de film noir) ou nos jambes qui doivent s’agiter (aucun doute sur la très dancefloor “So What”, sa basse intenable et sa punchline “I died once, i can die twice“). Dès lors qu’on cesse de se poser des questions, qu’on se laisse aller sans calcul à cette musique finalement bien plus primitive qu’elle peut en avoir l’air, l’écoute devient jubilatoire et addictive (le single “Womanized”, sacrément captivant). Si on se sent un peu moins concernés par la deuxième partie du disque, à mesure que l’aspect noisy de Camilla Sparksss reprend le dessus sur les mélodies (la rude “Walt Deathney” qui ne nous ménage guère), cet amoncellement de morceaux bigarrés parvient à faire étonnamment sens. Le charisme vocal de Barbara s’occupe du reste et nos tripes sont bien remuées sur la puissante “Sorry”, conclusion de l’album où les derniers mots sont scandés avec une intensité qui va crescendo… Rideau. Une fin brutale. Et un peu triste aussi car vite arrivée alors qu’on s’amusait bien. Camilla, Barbara, Aris, Peter… Revenez quand vous voulez ! Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE PETER KERNEL – THRILL...

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