The Folk Implosion – One Part Lullaby

The Folk Implosion – One Part Lullaby

(Interscope, 7 septembre 1999) Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques. Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement. Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement. Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à...

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Top albums et playlist 2019

Top albums et playlist 2019

Avant de mettre votre foie à rude épreuve, voici déjà de quoi vous gaver de bonne musique avec le top albums 2019 de la rédaction ainsi qu’une playlist de plus de 5 heures pour votre nouvel an (quand les beaufs dormiront après avoir tout donné sur “Les lacs du Connemara”). Le top détaillé des rédacteurs à suivre très prochainement. 20/ Pile – Green And Gray (chronique) 20/ Cave In – Final Transmission (chronique) 19/ Pamplemousse – High Strung (chronique) 18/ Big Thief – Two Hands (chronique) 17/ Cult of Luna – A Dawn To Fear 16/ Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking (chronique) 15/ Sebadoh – Act Surprised (chronique) 14/ Big Thief – U.F.O.F. (chronique) 13/ Last Train – The Big Picture (chronique) 11/ Fontaines D.C. – Dogrel (chronique) 11/ DIIV – Deceiver (chronique) 10/ Kate Tempest – The Book Of Traps And Lessons (chronique) 9/ The Young Gods – Data Mirage Tangram (chronique) 8/ The Psychotic Monks – Private Meaning First (chronique) 7/ LANE – A Shiny Day (chronique) 6/ Chelsea Wolfe – Birth Of Violence (chronique) 5/ Thom Yorke – Anima (chronique) 4/ Mikal Cronin – Seeker (chronique) 3/ Tool – Fear Inoculum (chronique) 2/ Nick Cave & The Bad Seeds – Ghosteen (chronique) 1/ Ventura – Ad Matres (chronique) Et voilà du son : Tous nos tops albums depuis 2013 Les tops albums de la...

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DJ Shadow – Our Pathetic Age

DJ Shadow – Our Pathetic Age

(Mass Appeal, 15 novembre 2019) Serions-nous totalement masochistes au point de continuer à nous infliger les dernières sorties de DJ Shadow, lequel se complait dans l’indigence depuis belle lurette ? Ou simplement de doux rêveurs qui considèrent que si le génie a déjà frappé une fois (voire deux, tant The Private Press avait peu à envier au cultissime Endtroducing), fût-ce il y a bien longtemps, il est tout à fait capable de ressurgir de sa lampe à tout moment ? Sans doute un peu des deux. DJ Shadow, lui, aimerait simplement que l’on se souvienne de quoi il est capable et il s’est dit qu’en nous proposant un double album, affublé d’un message sociétal d’actualité (d’une originalité folle « les réseaux sociaux, c’est mal »), on allait voir ce qu’on allait voir. Ce fut vite vu. On sent la volonté de marquer le coup dès l’entame avec une intro en forme de blockbuster (« Nature Always Wins » distordue à l’excès) suivie d’un beat et de synthés qui en imposent. La petite instru abstract hip hop qui déboule ensuite fait son petit effet, on aurait pu plus mal tomber (« Slingblade »). De là à s’exciter ? N’exagérons rien. L’enthousiasme ne monte jamais bien haut sur ce premier disque qui, à l’exception de quelques morceaux honnêtes (le très SF « Intersectionality », un « Firestorm » intense en forme de BO épique ou « We Are Always Alone » tout en sobriété) suscite davantage de soupirs que de cris d’exaltation (l’improbable gloubi-boulga ragga/electro « Rosie », l’agaçante « Beauty, Power, Motion, Work, Chaos, Law » qui parait aussi longue que son titre alors qu’elle ne dure que 2’07 ou ce « Juggernaut » totalement vain qui fait beaucoup de bruit pour si peu). Puisqu’il a bien du mal à se distinguer seul mais possède toujours un carnet d’adresses enviable (jusqu’à quand ?), Shadow a convoqué un casting 5 étoiles pour le sortir du marasme. Sur le second disque, il se contente du rôle de beatmaker et s’acquitte plutôt bien de la tâche quand il s’agit de dérouler le tapis rouge à des grand noms comme Nas, un tiers du Wu-Tang ou De La Soul (« Rocket Fuel », très entrainante). On atteint rarement des sommets mais tout va pour le mieux lorsque l’on reste dans le plus pur style hip hop (« C.O.N.F.O.R.M. », « Taxin’ », « Urgent, Important, Please Read ») mais Shadow est audacieux et s’aventure aussi fort maladroitement en terrain glissant (« Dark Side of the Heart » et son refrain RnB dégueulasse, le morceau-titre crispant à souhait naviguant en eaux troubles funk/soul/disco). Bref, Josh Davis s’est probablement persuadé que pour cesser de n’être que...

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That Dog. – Old LP

That Dog. – Old LP

(That Dog P&D, 4 octobre 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90, je voudrais la petite sœur. Elle est toujours propre sur elle et mignonne, avec ce petit côté mélancolique d’éternelle étudiante. Elle a dû faire des études d’art ou de littérature, et ça se ressent : sa musique est subtile, elle traine toujours avec deux des triplettes Haden, filles de jazzman (même si Petra lui a fait faux bond sur cet album), et elle a même eu l’idée de faire du punk poppy avec du violon. C’est le genre de fille dont tout le monde tombe un peu amoureux ; d’apparence fragile, qui s’étale régulièrement sur son cœur brisé mais qui a aussi de l’humour et du caractère. Fine et forte, comme de la bonne moutarde de Dijon. Il y avait franchement tout pour craquer sur ses précédents albums, de la petite ritournelle d’amour déçu à la pique hargneuse contre les briseurs de cœurs, en passant par l’incertitude, la féminité et la provocation. Et ce qui fait plaisir, c’est qu’on retrouve tout ça sur ce nouvel album, avec toujours les deux gros points forts du groupe : les harmonies vocales sublimes et les mélodies imparables. Résultat, même quand le groupe s’énerve (« If You Just Didn’t Do It », « Down Without A Fight »), ça reste toujours avec un savoir-faire pop indéniable. Certes, les moments calmes sont plus nombreux que les montées de colère, mais c’était déjà le cas avant. Et surtout, les deux points forts sus-cités font que même quand elle joue les tire-larmes à grand renforts de piano, de violoncelle, de guitare acoustique voire de tout un orchestre (« Your Machine », « Alone Again » ou « Old LP »), l’émotion subtile ou intense est toujours sincère. Pour ne rien gâcher, l’album est servi par une production qui lui sied parfaitement, à la fois propre et simple (si on accepte que le violon est une composante de la musique de That Dog.) qui fleure bon les années 90 sans être viellote. « Je ne me suis pas sentie comme ça depuis 1995 » chante Anna sur l’excellente « Just The Way ». Il se pourrait bien que nous non plus. En définitive, il y a de quoi être heureux d’avoir fait bonne pioche avec ce nouvel album de That Dog. ; le disque n’a rien à envier aux autres du groupe, et sa justesse mélodique le rend de plus en plus addictif au fil des écoutes. De là à dire qu’il pourrait bien s’agir de leur meilleur, il n’y a qu’un pas que mes prochains rendez-vous avec lui pourraient bien m’aider à franchir…...

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Tops albums de la décennie

Tops albums de la décennie

La grand-messe habituelle va pouvoir débuter. Et cette année, double ration pour tout le monde, avec un top décennie. Ce top of the tops a une valeur particulière à nos yeux puisque le site a vu le jour fin 2012. Ainsi, les disques sélectionnés ici reflètent assez fidèlement notre ligne éditoriale et sont également un bon moyen de se remémorer le chemin parcouru. Une chose est sûre, chacun d’entre nous a bouffé des heures et des heures de musique lors de cette décennie qui touche à sa fin, riche en révélations, en confirmations ou même en déceptions et à l’heure du grand tri, les choix se sont révélés plus difficiles que jamais à faire… Voici les vingt albums qui ont recueilli le plus de suffrages suivi des tops détaillés de huit rédacteurs (commentaires à l’appui, parfois) et tout en bas, après 4h de scroll, une playlist de 150 morceaux ! 17/ King Gizzard & The Lizard Wizard – Polygondwanaland (2017) (chronique) 17/ The War on Drugs – Lost In The Dream (2014) 17/ The X-Ray Harpoons – Get Attuned To My Tyme (2014) 17/ Mark Kozelek – Live At Phoenix Public House Melbourne (2013) 16/ Faith No More – Sol Invictus (2015) (chronique) 15/ David Bowie – Blackstar (2016) (chronique) 14/ Deftones – Koi No Yokan (2012) (chronique) 12/ King Gizzard & The Lizard Wizard – I’m In Your Mind Fuzz (2014) 12/ Gallon Drunk – The Soul Of The Hour (2014)(chronique) 11/ Ty Segall – Manipulator (2014) (chronique) 10/ PJ Harvey – Let England Shake (2011) 9/ The Breeders – All Nerve (2018) (chronique) 8/ Tool – Fear Inoculum (2019) (chronique) 7/ Slowdive – Slowdive (2017) (chronique) 6/ Shannon Wright – Division (2017) (chronique) 5/ Dinosaur Jr. – I Bet On Sky (2012) (chronique) 4/ Mark Lanegan Band – Blues Funeral (2012) (chronique) 3/ Radiohead – A Moon Shaped Pool (2016) (chronique) 2/ Ventura – Ultima Necat (2013) (chronique) 1/ Nick Cave & The Bad Seeds – Push The Sky Away (2013) Blackcondorguy 10/ Sebadoh – Defend Yourself Trop bien 9/ J Mascis – Tied To A Star Trop bien 8/ Lou Barlow – Apocalypse Fetish Trop bien 7/ Sebadoh – Secret EP Trop Bien 6/ Lou Barlow – Brace The Waves Trop bien 5/ J Mascis – Elastic Days Trop trop bien 4/ Sebadoh – Act Surprised Trop trop bien 3/ J Mascis – Several Shades Of Why Trop trop bien 1/ Dinosaur Jr – I Bet On Sky/Give A Glimpse Of What Yer Not TROP trop bien Non, je déconne… 20/ That Dog. – Old LP (2019) Encore trop tôt pour le dire, mais il se pourrait que ce disque me suive un bout de temps....

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5 chansons, 5 disques par Sebadoh

5 chansons, 5 disques par Sebadoh

© Halfbob Quand on a l’occasion d’interviewer un artiste qu’on écoute depuis de nombreuses années, même si ce n’est qu’au téléphone, c’est un moment assez intense, surtout quand l’artiste en question se montre sympathique et accessible, et prêt à répondre avec une grande sincérité. Quand on a l’occasion de l’interviewer deux fois de suite la même année, dont une hors promotion avec la possibilité de discuter de choses qui dépassent ses questions d’actualité, c’est encore plus fort. Mais quand cette deuxième occasion se passe en face à face, juste avant le concert, dans les backstages d’une petite salle avec une ambiance de discussion entre potes, c’est presque un rêve éveillé. Alors quand le tout se clôture par un excellent concert de Sebadoh, on a simplement envie de dire « merci la vie ! ». Et maintenant qu’on a exprimé sa gratitude, on peut prendre le temps et le plaisir de lire cette interview simple et sincère sur cinq des meilleurs morceaux de Sebadoh… et tellement plus. Scars, Four Eyes (III, 1991) Déjà, l’album s’appelle-t-il Three ou Third ?Lou Barlow : C’est Three, comme Led Zeppelin Four. (Rires) C’est une collaboration entre vous et Eric Gaffney, et vous n’en avez pas fait beaucoup… Non, c’est vrai. Au début, si, mais à chaque fois qu’on a collaboré sur une chanson, il l’a regretté après et l’a ressortie sans moi dessus. Je crois que le riff de début est basé sur une de ses idées, puis on est parti de là pour écrire la chanson presque vers par vers ensemble et on l’a chantée ensemble. C’était l’idée de départ du groupe. Enfin, au début l’idée était de combiner nos enregistrements solos, mais en devenant un groupe, puisqu’on jouait ensemble, je pensais qu’on devait composer et chanter ensemble aussi. Il y a eu un bref moment où on a été en capacité de le faire. Cette chanson est l’une des rares qu’on a créée ensemble. Il vous a prévenu qu’il voulait la refaire tout seul ? Il l’a fait comme il le voulait, on en a d’ailleurs fait deux versions : une qu’on a enregistré à deux dans un tout petit studio et la version sur ce disque qu’on a enregistrée à trois. Mais bon, il est très obsessionnel compulsif, donc il pète les plombs quand les choses échappent à son contrôle. Dans ce cas précis, il sort peut-être encore aujourd’hui des versions différentes de cette chanson. Il retravaille constamment ce qu’il a déjà fait car il n’en est pas satisfait. Même quand c’est son propre travail ? Ce n’est pas juste parce que vous étiez dessus ? Non, mais c’est aussi en grande partie pour ça. Le fait que j’ai collaboré sur ce...

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WIVES – So Removed

WIVES – So Removed

(City Slang, 4 octobre 2019) Et si on était tous passés à côté ? Pendant que le retour de DIIV faisait grand bruit et s’attirait les éloges de certains (comme ici) ou les foudres d’autres (comme ceux qui dézinguent un truc sur deux et semblent prendre un pied pas possible à le faire), Andrew Bailey, guitariste de ces derniers, sortait le même jour le premier album de son autre projet. Celui qui pourrait bien supplanter le nouveau DIIV. Dans mon esprit, en tout cas, le choix est fait.  Car si DIIV a su trouver une seconde vie en se réinventant, WIVES n’invente rien mais il recycle avec talent. Et sa matière première est la meilleure du marché. Comme d’autres avant lui, WIVES est allé se servir chez des vétérans légendaires, en premier lieu desquels Pixies ou Sonic Youth. C’est toujours une bonne idée. Des comparaisons qui n’ont pas fini de souler le groupe mais ils l’ont bien cherché. On a parfois même le sentiment d’être pris d’hallucinations auditives, pensant entendre Frank Black pousser la chansonnette (“Waving Past Nirvana”, “Servants”, “Hit Me Up”) quand ce n’est pas Lee Ranaldo (“Why Is Life”). Tout ça, c’est bien beau mais s’ils surfaient uniquement sur la nostalgie, fût-elle savoureuse, et que les morceaux ne suivaient pas, on n’aurait pas pris la peine de parler d’eux. Or, rien à dire, les tubes sont là, ils foisonnent même. De l’irrésistible “The 20 Teens” à la teigneuse “Sold Out Seatz” avec un crochet par “Waving Past Nirvana” ou “Why Is Life”, autant de morceaux grungy/indie/power pop où copulent mélodies et disto, comme à la belle époque… Du refrain qui ne vous lâche pas au riff qui s’incruste partout, So Removed est de ces albums qui semblent juste “sympas” au départ, avant de développer un véritable attachement à leur égard. Par la suite, l’intro de basse de “Waving Past Nirvana”, ses premières paroles (“happy ever after, this place is a disaster“…) dessineront immanquablement un sourire sur votre visage. La joie de retrouver un bon ami resté fidèle à ce qu’il était, ou de satisfaire une sévère addiction envers ces salopards de New-Yorkais qui, quoiqu’ils fassent, paraitront toujours plus cool que vous. Ce disque n’éblouit pas d’un bout à l’autre mais il déborde de sincérité, de fraicheur et de spontanéité (le punk crado “Whatevr” chanté avec la fougue d’un gamin de 17 ans dans son garage, “Hideaway” dans le même délire qui claironne “doing all the cocaine in the world“), une nonchalance omniprésente comme sur “Even The Dead” qui, lui, lorgne davantage côté post punk avec sa basse qui laboure tout et sa gratte de feignasse qui place une note quand elle veut – peut – et de...

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Swans – leaving meaning.

Swans – leaving meaning.

(Young God, 25 octobre 2019) Rentrer dans un album de Swans est toujours un petit défi en soi. La bête en impose, impressionne, refroidit aussi, souvent. Quand Michael Gira sort un disque, il tient à ce que celui-ci soit dense. Après To Be Kind, colosse de plus de 2h, voilà leaving meaning. qui passerait presque pour un EP à côté mais s’étend tout de même sur 1h33. De quoi s’occuper. De quoi trembler également face aux nouvelles incantations du maître, et son cortège de chansons tortueuses vous suggérant aimablement d’emprunter l’issue de secours la plus proche. Pourtant, si le minimalisme de la pochette ne tranche guère avec celui de son prédécesseur, l’effectif a été renouvelé, du moins renforcé par de nombreux invités, et non des moindres (Anna & Maria von Hausswolff, Ben Frost, The Necks, Baby Dee, A Hawk and A Hacksaw, entre autres). Et puis, leaving meaning. nous préserve de toute agression guitaristique, hausse rarement le ton, prend son temps pour affirmer son emprise. Mais celle-ci se précise, inéluctablement. Ainsi, alors que l’album démarre assez mollement par un court instrumental suivi du récit au ralenti d’un Gira imperturbable et pas si perturbant (“Annaline”), déboule l’immense “The Hanging Man”, totalement hypnotique, qui s’apparente à un couloir sans fin où l’on ne cesse de fuir sans oser regarder derrière ni sur les côtés, craignant que quelque chose d’absolument effroyable en surgisse. Dès lors, la tension ne redescend plus guère et le couperet n’est jamais loin (même “Amnesia”, guitare-voix rassurant initial se voit envahi de chœurs imposants et cordes malveillantes alors qu’on se pensait à l’abri).  Le morceau-titre s’étend, lui, onze longues minutes durant avec un semblant d’éclaircie au sein d’un univers d’une noirceur implacable. Puis, Gira empoigne à nouveau sa baguette de chef d’orchestre (à moins qu’il ne s’agisse d’un bâton de sorcier ?) et reprend le contrôle, déclame inlassablement jusqu’au drone final qui s’éternise. Le mode spirale infernale est enclenché, personne n’en réchappera, même le soleil ne peut rien et y laissera son arrière-train (la faramineuse “Sunfucker” à la rythmique infernale qui s’achève aux confins de l’hystérie). On est bien peu de chose. Et sans trop savoir où se mettre, on continue d’encaisser, sourire aux lèvres. L’atmosphère prend toutefois des airs de recueillement sur “Cathedrals of Heaven” mais les superbes arrangements de cordes et notes de piano spectrales de “The Nub” nous replongent immédiatement en plein cœur d’une B.O. excessivement glauque, et nous laissent sur le qui-vive permanent (les Necks ont fait le boulot pour accentuer le malaise). Après cela, “It’s Coming It’s Real” passerait presque pour une sympathique promenade à cueillir des pâquerettes mais c’est avant tout la preuve, l’énième preuve, que l’univers des Swans est toujours capable...

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The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

Rassurez-vous le concert était de meilleure qualité que cette photo Rendez-vous était pris ce samedi 9 novembre à la Poudrière de Belfort pour assister à la présentation par The Murder Capital de son excellent premier album, When I Have Fears. Grosse attente et grosse interrogation aussi sur le potentiel live d’un groupe qui aura déjà marqué l’année 2019 outre-Manche. En guise d’entrée, place aux (quasi) locaux de Kamarad, venus en voisins de Colmar avec quelques fans. Rock noisy efficace flirtant avec le post-punk. Le groupe mouille la chemise avec une bonne humeur communicative. À suivre. Curieux de nature, je photographie la setlist de The Murder Capital, visible sur scène après le concert de Kamarad. Erreur stratégique ! Je constate non sans surprise qu’il n’y a que 9 titres, soit 2 de moins que les colmariens ! Je pressens déjà la déception d’autant que les 9 titres constituent ni plus ni moins l’album (moins « How The Streets Adore Me Now ») dans un ordre qui, heureusement, va considérablement relever la note artistique de ce live. Concert en crescendo divisé en trois triptyques. Entrée crépusculaire avec la doublette quasi instrumentale « Slow Dance I » – « Slow Dance II ». Idéal pour installer l’ambiance. Entre tension sourde et mélancolie poignante. Premier grand moment avec « On Twisted Ground », annoncé par James McGovern, le chanteur du quintet dublinois, à la mémoire des amis disparus. Malgré un début de morceau saboté par quelques spectateurs pas au courant de ce qui se jouait sur scène, le groupe réussit à installer un silence de cathédrale au cours des 6 minutes qui résonnent comme une oraison funèbre. Assez sublime. The Murder Capital va alors monter le curseur d’un cran niveau intensité physique. D’abord avec l’excellent « Love, Love, Love » puis l’imparable duo « Green And Blue » et « For Everything » où James McGovern enfile le costume du chanteur habité. A l’émotion du premier trio de titres, succède une tension remarquablement contenue. Mais l’orage gronde et la dernière triplette de titres va achever de nous convaincre sur les qualités du groupe. Le quintet lâche les chevaux et après l’émotion, c’est cette fois-ci la puissance sonique pure qui s’exprime. « Don’t Cling To Life », le tubesque et furieux « More Is Less » et une version légèrement rallongée de « Feeling Fades » lors de laquelle James McGovern va mettre le public à genoux au sens propre comme au figuré, lui demandant de s’accroupir avant un ultime assaut et un pogo final. En confiance, le chanteur claque un slam, avec un saut dans le public assez impressionnant ! Il a dû faire du saut en hauteur le bougre. Ultime moment sympa,...

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R.E.M. – Monster (25th anniversary edition)

R.E.M. – Monster (25th anniversary edition)

(Craft Recordings/Concord, 1 novembre 2019) Un bref moment, à la fin de l’année 1994 ou au début de 1995, Michael Stipe est mort. Si, si. Je me revois apprendre la nouvelle en lisant les brèves du dernier numéro en date du désormais défunt magazine Guitare Planète. Évidemment, la nouvelle fut démentie dans le numéro suivant. Le chanteur de R.E.M. s’était peut-être fait mal au dos et avait annulé deux dates de la tournée et le stagiaire du journal avait sans doute mal lu. C’était donc le milieu des années 90, quand on n’avait pas encore internet pour vérifier les informations, qu’on se demandait si Eddie Vedder allait suivre le chemin de Kurt Cobain et commettre l’irréparable et si le tant attendu nouvel album des Guns N’ Roses allait enfin sortir… Je ne me souviens plus précisément de la date mais mon père m’avait rapporté trois disques au retour d’un court séjour en Angleterre. Il y avait un import japonais des Yardbirds – ça c’est parce qu’à l’époque, mon obsession principale était Jimmy Page et Led Zeppelin même si ça commençait à céder la place à des choses, disons, plus énervées –, Strangeways, Here We Come des Smiths – j’y reviendrai plus loin – et, donc, Monster de R.E.M. Qu’il ait fallu attendre qu’on me l’offre prouve une chose : je n’étais pas un gros fan du groupe d’Athens. R.E.M., pour moi, avait le même statut que Crash Test Dummies ou The Connels. « Losing My Religion » ou « Everybody Hurts », on les écoutait sur Fun Radio ou Skyrock entre Four Non Blondes et autres Counting Crows. Ce n’était certes pas désagréable – c’est sûrement plus sympa que devoir s’enfiler MHD et Aya Nakamura – mais c’était un peu la musique des autres. J’avais bien conscience que R.E.M., c’était un peu plus que ces singles, qu’il y avait une flopée d’albums avant l’ère du succès européen. Il y avait même cette amie de ma cousine que je trouvais très jolie et qui ne jurait que par eux. Mais je n’étais pas allé plus loin. Puis il y eut « What’s The Frequency, Kenneth? », une chanson dont je ne comprenais pas le titre mais dont la guitare distordue était plus en phase avec mes aspirations du moment. Là, R.E.M. commençait sérieusement à m’intéresser, mais pas encore assez pour que je me rue sur le disque dès sa sortie. Ce que j’ai préféré de Monster, dans un premier temps, ce fut la pochette, pas tant la couverture du disque que le livret, sa matière, ce papier mat, l’odeur de l’encre. Et puis les photographies : ce fauteuil en cuir vert, les membres du groupe. Notamment Michael Stipe, chauve, qui...

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