Calexico – Hot Rail

Calexico – Hot Rail

(Quarterstick, 9 mai 2000) Calexico. Ville de Californie du sud vers la frontière mexicaine. C’est aussi un des plus beaux fleurons de la musique américaine des trois dernières décennies. Le groupe de Tucson en Arizona, mené par Joey Burns et John Convertino, sortait en 2000 ce Hot Rail, 3e album, qui succédait à leur premier succès international deux ans auparavant (l’excellent The Black Light). Alors pour les non-initiés, autant la faire courte, Calexico ne sera (sans doute) jamais l’auteur d’un album majeur, de ceux qu’on classe volontiers dans les œuvres iconiques d’une époque. Mais si vous êtes amateur d’artisanat musical, de songwriting d’orfèvre et de pépites qui s’affranchissent sans vergogne de tout dogme stylistique, alors bienvenidos a Calexico, muchacho! Avec ce Hot Rail, on a un bon cru du groupe. En même temps, ils n’ont jamais sorti de mauvais album. Jamais. Vous pouvez chercher. Valeur sûre. Valeur refuge. Au pire, le groupe aura fait quelques incursions plus ou moins réussies (en fait plus que moins) dans certains univers (jazz, quelques touches d’électronique parfois, post-rock) en délaissant (un peu) son atout maître. Soit une musique sans frontières au classicisme élégant, parfois presque cinématographique (merci Ennio Morricone), et opérant dans une tradition country folk. Indie Americana. Con mucha Tequila, hombre! Car ce qui séduit la première fois, ce sont ces incursions de culture mariachi, de tradition latino-américaine, ces cuivres et cordes ensoleillées, une des marques de fabrique du groupe. Alors, dès l’inaugural « El Picador », on reprend sa petite dose de calor, son petit crescendo de cuivres. Mais le groupe commence sur cet album à brouiller les pistes. Au détour de « Fade » et ses presque 8 minutes inquiètes, on sent que le groupe ne veut pas tomber dans le cliché du groupe mariachi folklorique à 2 pesos. Il insuffle une belle dose de jazz par le biais d’une trompette hantée dans ce titre magistral. Qui explose dans un beau final. On trouve encore une grosse majorité de titres instrumentaux (9 sur 14) qui seraient parfaits pour une BO de western (spaghetti ou à la Tarantino selon votre goût) comme le sublime « Muleta » ou « Tres Avisos ». Ou quelques vignettes sonores qui lorgnent vers le post-rock (« Mid Town », sorte de Tortoise qui a trop pris le soleil). Et plantent une ambiance d’Ouest américain fantasmé (le génial « Drenched »), et trouble comme la route au loin sous un soleil de plomb (« Untitled II », « Untitled III », « Ritual Road Map », le titre final « Hot Rail »). Le groupe ne choisit pas vraiment de direction précise, ce qui donne à ses disques des allures de voyages aux rencontres multiples. Certains...

Lire la suite

LE COIN BD // Conan Le barbare Tome 1 : Vie et mort de Conan (Jason Aaron & Mahmud Asrar)

LE COIN BD // Conan Le barbare Tome 1 : Vie et mort de Conan (Jason Aaron & Mahmud Asrar)

(Marvel / Panini, 2019) À côté de son boulot plus traditionnel pour Marvel (citons notamment son long run sur Thor), Jason Aaron semble prendre un malin plaisir à s’essayer aux licences acquises par l’éditeur depuis son rachat par Disney en 2009. On imagine par exemple qu’il a dû bien s’amuser (tout en étant ultra contrôlé) avec le bac à sable que représente l’écriture de la série de comics Star Wars. Si écrire Conan est un exercice différent en terme d’enjeux et d’attentes, les deux œuvres originelles tiennent une place tout aussi importante dans la culture populaire. Souvent caricaturé et réduit à l’image erronée de barbare simplet, le personnage créé par Robert E. Howard en 1932 est un classique des littératures de l’imaginaire, un des terreaux dans lesquels nombre d’auteurs puisent encore aujourd’hui. Howard est tout simplement le fondateur de l’heroic fantasy et notons que son travail fut apprécié par l’un de ses plus illustres confrères, son contemporain Lovecraft. Le public francophone ne pourra jamais suffisamment remercier Patrice Louinet de lui avoir fait (re)découvrir l’œuvre complète de Howard dans des versions définitives illustrées et richement documentées disponibles en trois tomes chez Le Livre de Poche. Autant dire que Jason Aaron s’attaque à une institution sur laquelle d’autres se sont déjà cassés les crayons, le personnage ayant cessé d’exister sous la plume de son créateur après son suicide en 1936. Il a depuis évolué avec plus ou moins de bonheur pour devenir mondialement connu (coucou Schwarzy). Premier constat : Aaron se déclare être fan du personnage depuis ses treize ans et ça se sent. Il maîtrise en effet les codes de l’Âge hyborien dans lequel les aventures du Cimmérien prennent place : sauvages Pictes, bateau hanté, cour d’Aquilonie, mines en Némédie, démons serpents, déserts du Turan, sorcière revancharde… Tout comme Howard, Aaron choisit d’organiser son récit sous forme de chroniques non chronologiques se déroulant à différentes époques bien marquées de la vie de Conan. Cet agencement permet une grande variété de situations, lieux et personnages rencontrés. Loin du comics sombre et empreint de poésie qu’en a par exemple fait l’excellent Kurt Busiek dans son itération du personnage, Aaron prend le parti d’une écriture axée pulp qui est également constitutive de l’œuvre de Howard. En ressort quelque chose de très fun et facile à lire. Les dessins de Mahmud Asrar participent à cette ambiance : c’est énergique, simplement mais efficacement mis en scène et parfaitement lisible sur les nombreuses scènes de rixes. Notons un épisode très particulier dessiné par Gerardo Zaffino qui laisse penser qu’Aaron pourrait explorer d’autres pistes moins convenues. © Jason Aaron / Mahmud Asrar / Gerardo Zaffino / Marvel Car là réside peut-être la faiblesse de l’ensemble. Si ce...

Lire la suite

Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

Interview confinement – Nicolas Cuinier (Petit Bain)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (QOTSA, Kyuss, Mondo Generator…), Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite) et Nicolas du disquaire Musicfearsatan, nous avons interrogé Nicolas Cuinier, programmateur de Petit Bain, l’une de nos salles de concerts parisiennes préférées. Comment vis-tu le confinement au quotidien ?Malgré ce contexte assez étrange et même surréaliste, je le vis pas si mal. Je m’habitue à ce rythme différent, au télétravail que je connaissais déjà un peu, à me faire à manger à chaque repas, à avoir mes soirées libres pour m’occuper en lisant, regardant des films ou séries ou en écoutant de la musique, je me réinvente un autre rythme que celui boulot/concerts ou sorties/dodo qui peut être assez fatigant parfois. C’est presque comme des vacances forcées dans un lieu qu’on n’a pas choisi et dans une zone limitée…  Tu continues des activités liées à la musique ?Oui, bien sûr, j’essaye de rattraper mon retard en termes d’écoutes, on est moins sollicités en ce moment du coup j’écoute beaucoup de choses assez différentes. Je maintiens une certaine veille pour Petit Bain, notamment les premières semaines, on a eu énormément de reports à gérer, des événements prévus au printemps à décaler sur l’automne 2020 ou sur 2021. Et puis dès que je trouve un moment où j’en ai l’envie et la motivation, je me fais des petites répétitions à la maison, en mode guitare-voix, et j’essaye même un peu d’enregistrer des maquettes (NdR : Nicolas est guitariste et chanteur du groupe In My Head. Leur dernier EP s’écoute ici).   Quel impact a eu le confinement sur l’activité de la salle ?La salle a dû tout simplement fermer ses portes dès que les lieux de plus de 100 personnes ont dû fermer, comme beaucoup de salles d’ailleurs, et on a pris la décision “préventive” de fermer également la partie resto-bar, la “Cantine de Petit Bain” avant même la fermeture des bars et des restos, ça nous semblait plus cohérent et plus prudent. Et on a dû annuler ou plutôt reporter à ce jour environ 130 événements entre les concerts en salle, les clubbings et les événements (DJ-sets, concerts “légers” ou autre) qui devaient avoir lieu à la Cantine, ainsi que les événements jeune ou tous publics et ceux qui devaient avoir lieu hors les murs. Économiquement, c’est très compliqué. Comme beaucoup de structures, on n’a pas énormément de trésorerie et quand même des frais assez nombreux, même en chômage partiel, on...

Lire la suite

LE COIN BD // Extremity (Daniel Warren Johnson)

LE COIN BD // Extremity (Daniel Warren Johnson)

(Delcourt, 2019) Pitché par Delcourt comme un mélange entre « l’onirisme du studio Ghibli et la fureur post-apocalyptique de Mad Max », créé par Daniel Warren Johnson, « l’un des plus remarquables talents de la jeune génération d’auteurs américains », sorti en VO sur le très select label Skybound de Robert Kirkman (le papa de The Walking Dead) chez Image Comics… Autant de raisons pour attendre cet Extremity au tournant tant la série semble avoir déjà tout pour elle. En effet, avec à son actif le très apprécié Space-Mullet! (Dark Horse / Akileos) ou le bien barré Murder Falcon (Image Comics / Delcourt, à paraître au printemps 2020), Daniel Warren Johnson fait désormais partie de ces auteurs qui sont parvenus en peu de publications à susciter de fortes attentes dans le petit monde du comics indé. DC Comics ne s’y est pas trompé et lui a récemment laissé le champ libre dans le cadre de son Black Label pour une courte histoire de l’une de ses têtes d’affiche, Wonder Woman (Dead Earth, encore en cours de publication en VO). Cet Extremity justifie-t-il ces grosses attentes ? Oui, clairement oui. Il les surpasse même. Commenter Extremity revient dans un premier temps à rendre hommage au talent de Daniel Warren Johnson. Le bonhomme crée, écrit et dessine seul la série (la colorisation est impeccablement assurée par son comparse Mike Spicer). Un boulot considérable pour un rythme de parution mensuel de chaque numéro, rappelons-le. Outre cet aspect formel (d’ailleurs loin d’être gage de qualité car on peut bosser seul, vite et mal) c’est surtout sur le fond qu’Extremity est une pépite : pour sa créativité folle, sa mise en scène impeccable et l’intelligence de son propos. © Daniel Warren Johnson / Delcourt Guerre clanique, androïde surpuissant, îles volantes, bras mécaniques, bêtes préhistoriques, nefs de combat, monstres venus des profondeurs, canons à plasma, château-fort, land speeder, armures, bon gros mecha… Warren Johnson installe son récit dans un tourbillon de différents imaginaires : SF, fantasy, steampunk, post-apo’… En ressort quelque chose d’unique et d’immédiatement engageant qui laisse une place énorme à la surprise, à une vraie forme de sense of wonder, tout en évitant l’écueil du too much. Si les hommages sont là, ils ne prennent jamais le pas sur l’âme de cet univers et donnent au contraire une forte sensation de connivence avec l’auteur. Celui-ci prend le parti de ne pas expliquer le monde qu’il crée mais de plutôt de le laisser se dévoiler au fil du récit. La recette prend instantanément, le curseur étant habilement placé entre zones d’ombre et révélations pour ne pas gâcher l’expérience de lecture. Celle-ci passe par une maîtrise du séquentiel qui témoigne déjà d’une maturité assez exceptionnelle pour un auteur encore en...

Lire la suite

PLAYLIST – French rock is not dead!

PLAYLIST – French rock is not dead!

Loin des standards de la pop FM, le rock à la française est bel et bien vigoureux pour le plus grand bonheur de nos petites esgourdes. Nullement présent sur les autoproclamées grandes radios musicales qui nous repassent les 10 mêmes artistes soit disant « rock » depuis une bonne décennie, ces « petits » groupes sont les dignes héritiers du peuple gaulois au milieu de cet empire constitué des grosses maisons de disques et de leurs consanguines radios nationales. Nous ne pouvons qu’être admiratifs et remercier les labels indépendants (Vicious Circle, À Tant rêver du roi, Howlin Banana, Bord Bad, Influenza Records, Teenage Menopause, Rejuvenation, Et mon cul c’est du tofu ?, Kerviniou Recordz, Atypeek Music…) qui luttent pour exister et nous proposer de la musique de qualité. Espérons qu’ils ne souffriront pas trop de cette sale période et que d’ici quelques mois les artistes « rock » français survivants ne seront pas les seuls Calogero ou autre Obispo. Afin de leur rendre justice, l’équipe d’Exit Musik a consacré la semaine écoulée à ces groupes qui méritent amplement d’être écoutés, diffusés et achetés bien évidemment ! Chaque jour, un membre de la rédaction a partagé sur notre page Facebook une playlist de 10 groupes/artistes français qui lui sont chers et voici l’ensemble agrémenté de malheureux laissés pour compte pour aboutir à une grande playlist de 100 morceaux. Afin de ne léser aucun auditeur, nous avons décliné ces playlists sur deux supports (Youtube et Spotify). Celles-ci diffèrent légèrement selon les disponibilités des artistes sur ces plateformes. Et même avec (un peu plus de) 100 groupes, on n’a pas pu inclure tous ceux que nous aurions aimé (on n’oublie pas Sweat Like An Ape, Poil, Rome Buyce Night, Kataplismik, Social Square, Cosmopaark, plein de groupes de Et mon cul c’est du tofu? ou Rejuvenation Records…), c’est dire la vitalité de la scène française. Il ne tient qu’à vous de le vérifier en écoutant notre sélection. Soutenez les artistes, payez ce que vous écoutez… et achetez français...

Lire la suite

Hum – You’d Prefer An Astronaut

Hum – You’d Prefer An Astronaut

(RCA, 11 avril 1995) C’était probablement la meilleure idée qui soit de fonder un groupe de rock alternatif/grunge dans les années 90. Le seul moment où le public en avait à peu près quelque chose à foutre (voire était complètement hystérique) et où les grands labels pouvaient s’intéresser à vous (voire étaient totalement obnubilés par l’appât du bifton et faisaient une confiance aveugle à tous ceux qui portaient des chemises à carreaux). Pourtant, certains sont restés à la porte. Rein Sanction, Love Battery, Paw, Gruntruck, Come, Only Living Witness, Truly… La liste est longue, les frustrés nombreux et légitimes tant une partie d’entre eux n’avaient rien à envier à ceux qui ont connu la gloire (fut-elle éphémère).  Cette caste peu enviable, Hum en fait partie. Vous vous souvenez de Hum ? Les avez-vous seulement connus ? Pourtant, ils avaient pensé à tout : un nom facile à retenir, une démo enregistrée par Albini en 90, deux albums énervés avant d’affiner un style plus « mature » (de l’importance des guillemets…), la signature sur une major en 95 coïncidant avec la sortie d’un gros tube (on va y revenir)… Mais ça n’a pas pris. Pas autant qu’ils l’auraient mérité en tout cas. Ça se joue parfois à rien, c’était sans doute trop tard ou trop peu, le train est passé, le public a oublié. Il y avait pourtant de quoi avoir des étoiles plein les yeux en se mettant « Stars » dans les oreilles tant elle coche toutes les cases de la définition du hit. Quelques accords délicatement grattés, les paroles qui résonnent (« she thinks she missed the train to Mars, she’s out back counting stars »), l’explosion, le refrain, l’explosion sur le refrain, les riffs, les cheveux longs, l’envie d’en découdre, les plaisirs simples. Et on a beau avoir maintenant les cheveux courts (quand on en a encore….) et le cul qui a fusionné avec notre canapé, l’effet est toujours le même. Un effet ressenti quasiment tout du long de l’album au zèbre sur fond vert qui enquille les tubes comme c’est pas permis. Avant celle-ci, c’était « The Pod », ultra percutante où tout le monde se lance à la poursuite de la batterie déchainée de Bryan St. Pere. Les larsens gémissent et c’est sur une fantastique outro acoustique que l’histoire se termine. Cherry on The Pod. Mais Hum ne se contente pas de décliner paresseusement la même recette à l’envi. « Suicide Machine » freine ainsi brutalement et fait retomber la frénésie, mais certainement pas le plaisir d’écoute (vous avez demandé du refrain imparable ?). On peut déceler chez cette dernière ainsi que dans la merveilleuse « Little Dipper » en ouverture, quelques points communs avec Swervedriver (riffs...

Lire la suite

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

Interview confinement – Nicolas (Musicfearsatan)

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Pendant le confinement, nous avons souhaité interroger des artistes et des professionnels de la musique sur la manière dont ils vivent cette situation et sur l’impact qu’elle a sur eux, afin de mieux comprendre comment chacun est touché et gère la crise. Après Nick Oliveri (Mondo Generator, QOTSA, Kyuss…) et Charly Lurat (booker chez Kongfuzi/My Favorite), nous avons posé quelques questions à Nicolas du disquaire (et label) parisien Musicfearsatan. Peux-tu te présenter en quelques mots ?Je suis Nicolas, je m’occupe de musicfearsatan depuis 2007, au départ c’était juste un site de VPC et un label puis c’est devenu aussi un magasin de disques à paris en 2010 orienté rock et metal spé et branché. Comment vis-tu le confinement au quotidien ? Tu continues des activités liées à la musique ?Je respecte bien le confinement donc je reste chez moi mais je vais quand même à la boutique une fois par semaine pour m’occuper des envois de commandes en ligne qui restent soutenues malgré le confinement, ce qui est assez salutaire pour mon activité Quel impact a eu le confinement sur l’activité du disquaire ?Le principal impact est la fermeture mais aussi l’arrêt ou le report des sorties de disques (donc pas de nouveauté à mettre en ligne sur le site) et l’impossibilité pratique de faire des commandes pour restocker des références-clé de la boutique donc même l’activité vente en ligne est impactée. Pour nous donner une idée, tu estimes que ton chiffre d’affaires a baissé de combien ? Cela doit représenter -60% dans mon cas (je limite la casse grâce à la VPC) mais chez d’autres disquaires qui n’ont pas de VPC ou qui en font peu cela doit être encore plus important… Existe-t-il selon toi un moyen pertinent de continuer ton activité professionnelle malgré le confinement ou es-tu au chômage technique forcé ?J’essaie d’envoyer le maximum de commandes pour remercier mes clients du soutien et je dois continuer aussi à faire la comptabilité (déclaration de TVA, bilan 2019) donc on va dire que je suis à moitié au chômage technique.Comment envisages-tu l’après ?C’est mitigé car je vais être soulagé de rouvrir la boutique mais ma clientèle principale n’habite pas à paris donc je suis dépendant de l’actualité concerts à Paris et des voyages touristiques or ce type de déplacements est appelé à ne pas vraiment exister d’ici la fin de l’année donc j’ai peur quand même que l’activité magasin mettre beaucoup de temps à revenir à la normale. Quel serait le meilleur moyen de vous soutenir pendant et après le confinement ?Pendant le confinement, les commandes en ligne sont un bon moyen de soutenir les disquaires car ça permet d’entretenir la trésorerie pour...

Lire la suite

Versari – Sous la peau

Versari – Sous la peau

(T-Rec – 24 avril 2020) Le confinement a beau bouleverser (un peu beaucoup) nos vies, la musique reprend ses droits. Elle envahit (encore plus) notre quotidien, parfait remède à la sinistrose vomie par les chaînes d’infos en continu. Alors quand surgit l’opportunité d’une chronique de nouveauté, d’un groupe à découvrir, c’est une petite montée d’adrénaline bienvenue. Surtout quand le projet qui nous intéresse, Versari et son 3e album, Sous la Peau, compte parmi ses membres le batteur Cyril Bilbeaud (ex-Sloy, Zone Libre). Ou que l’on pourra y trouver les guitares et les synthés d’Adrian Utley (Portishead), aussi crédité à la production. Le groupe, mené par Jean-Charles Versari, propose en outre des textes en français, ce qui n’est pas si courant quand on décide de pratiquer un rock sombre de cette trempe. À la valse des étiquettes, je laisserais chacun y aller de son AOC personnelle. Je suis devenu presque allergique au terme fourre-tout post-je sais pas quoi en quatre lettres. Mais en 8 titres, Versari n’aura aucun mal à convaincre les adeptes d’un rock anguleux, mal éclairé, aux belles fulgurances électriques. Porté par une section rythmique sûre (Cyril Bilbeaud donc, et Laureline Prod’homme à la basse), la voix grave et intense de Jean-Charles Versari distille une mélancolie vénéneuse (« Tu te disais »). Et ne comptez pas sur sa guitare pour vous guérir. Elle insuffle une tension permanente et assène de nombreux riffs cinglants. Avec toujours une électricité sourde en arrière-plan prête à te saisir à la gorge quand tu tournes le dos. Le premier titre, et single, « Des Images », à la rythmique frondeuse, pose le décor. On ne va pas être tranquille. Il faudra rester sur ses gardes. Car le feu couve sous la braise et derrière une ligne de basse se cache souvent un incendie n’attendant qu’un refrain pour reprendre (l’élégant « Brûle »). L’urgence est partout et le doute n’est pas permis. Sur l’inquiétant « Rose », Jean-Charles est explicite. « Ce que tu as perdu, est perdu. Il n’y aura pas de retour. » On devrait s’enfuir alors, chercher ailleurs le réconfort, en quête de lumière ? Mais on y « Reviens(t) » très vite, pas encore sevré de ces petites piqûres de riffs. « La Peur au ventre » ? Même pas, surtout sur ce titre parfait qui va vite devenir notre petit fix quotidien. Riff addictif. Refrain en apesanteur. Texte assez sublime. Classe. Le disque est court, mais ménage bien ses effets et les tempos, parfaitement servi par une production sûre, qui va à l’essentiel. Et saupoudre habilement quelques claviers dans cette électricité tendue. « Nemesis » et sa rythmique abrasive mal fagotée détonne presque au milieu de ces titres sombres...

Lire la suite

Interview – Untitled With Drums

Interview – Untitled With Drums

C’est avec Hollow, premier album très abouti, que les clermontois de Untitled With Drums nous ont tapé dans l’oreille. Un disque à propos duquel les références aussi évidentes qu’encombrantes (Slint, Cave In, Failure…) affluent et qui a bénéficié du savoir-faire de Serge Morattel, producteur suisse émérite qui a contribué à bâtir les murs du son de Ventura, Knut et autres Year Of No Light. Sorti début mars, le timing s’est révélé assez opportun compte tenu des textes sombres qui l’accompagnent et collent tristement au contexte actuel, beaucoup moins pour ce qui est de promouvoir ce disque et le défendre sur scène… Autant de sujets que nous avons pu creuser en détail avec Martin L.B, homme à tout (bien) faire du groupe, à la fois chanteur, bassiste, compositeur principal et illustrateur. “J’aimais bien [Le nom du groupe] qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. (…) Prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée plus tôt.” © Charly Lurat Le nom du groupe Untitled With Drums est une référence volontaire à Shipping News, j’imagine (NdR : c’est le nom d’un des morceaux de leur remarquable premier album, Flies The Fields) ? Oui, c’est un groupe dont on est très, très fans et un des rares qui fait l’unanimité en termes d’influence. Ça ne se ressent pas forcément dans ce qu’on fait mais en tout cas dans la musique qu’on écoute. Au-delà de ça, il y avait aussi l’idée de souligner l’importance de la batterie dans votre groupe ? En fait, historiquement ça avait démarré suite à un de mes projets solos qu’on avait agrémenté de personnes différentes avant que ça devienne Untitled With Drums tel qu’il est aujourd’hui. Du coup, j’aimais bien ce nom qui reflétait un peu le côté démo enregistrée à l’arrache dans une chambre sur laquelle on aurait expérimentée. Ça représentait donc bien les débuts du groupe, c’était vraiment le fait de prendre des démos inexploitées, des riffs au fond d’un disque dur et essayer de leur donner une ampleur qu’on n’aurait pas spécialement envisagée initialement. Ce nom-là représentait bien l’idée de ce concept, à mes yeux. On évoque Slint, Failure, Cave In dans vos influences, moi j’ai aussi envie d’ajouter Deftones (il confirme). Ce sont des groupes qui vous ont bercé ? Dans le groupe, on vient d’horizons assez différents. Rémi, mon batteur, vient plutôt du post-metal, post hardcore comme Cult of Luna, Isis, Neurosis… Des groupes que j’aime beaucoup aussi donc on s’est pas mal entendus dans le délire heavy, metal… Notre claviériste, lui, vient carrément de la pop, folk…...

Lire la suite

LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

(Ki-oon, 2019) Création originale de l’éditeur Ki-oon, ce Tsugumi Project est une commande directe à un certain ippatu. Assistant mangaka (notamment de Jirô Taniguchi), character designer dans l’industrie du jeu vidéo, illustrateur, auteur d’une première série et d’histoires courtes… Un CV fourni pour un auteur quasi inconnu chez nous et sur lequel l’éditeur français a décidé de placer ses billes. Et force est de constater qu’il s’en tire plutôt bien. Sans être d’une folle originalité, le pitch a le mérite d’être efficace : dans un lointain futur, la France envoie de force le soldat d’élite Léon dans un Japon ravagé 260 ans auparavant par une pluie d’armes nucléaires. Son objectif est de retrouver une arme biologique terrifiante. Nom de code : Tsugumi. Ambiance post-apo donc (une fois n’est pas coutume pour cette pauvre Tokyo), ce qui donne l’occasion à l’auteur de démontrer toute l’étendue de son talent pour dépeindre une cité dévastée sur laquelle la nature a repris ses droits. La partie graphique est clairement le point fort du titre. Non soumis aux délais infernaux de la prépublication, on sent les heures passées par ippatu derrière sa planche à dessin (ou sa tablette graphique) pour accoucher de paysages époustouflants. Le style est minutieux et typé : proche du croquis sur certains passages ou ultra détaillé sur d’autres, l’auteur adopte un astucieux mix de ces deux ambiances qui confère à l’ensemble une très forte personnalité. Ainsi, la narration est souvent silencieuse, laissant un maximum d’espace à ses planches étourdissantes. Le bestiaire est jusqu’ici réussi et contribue à l’ambiance particulière qui se dégage de ces pages. On reste en revanche circonspect quant au design du buddy du héros, Doudou, proche de celui du pirate black dans Astérix, ce qui semble un peu anachronique… © ippatu, Ki-oon Ces trois tomes oscillent entre rencontres – plus ou moins heureuses – avec la faune locale et avancée de la mission principale, deux fils qui se rejoindront très certainement plus tard dans le récit. L’univers est intrigant et l’ambiance suffisamment pesante pour donner corps à cette plaisante histoire de survie en milieu hostile. Si à ce niveau c’est une réussite, l’auteur peine parfois à trouver le bon dosage dans la dynamique mystère / éléments de réponse, essentielle dans ce type de récit pour garder le lectorat alerte. Le scénario se retrouve en outre un peu trop délayé sur certains passages via des scènes ou des dialogues superflus, ce qui nuit au rythme général. Ce coup de mou se ressent notamment dans un troisième tome en-deçà, toutefois sauvé par une dernière partie qui relance habilement l’intrigue. Ce très bon chapitre laisse à penser que le récit pourrait prendre une nouvelle dimension et vraiment trouver sa personnalité. Espérons-le car...

Lire la suite