The Afghan Whigs – In Spades

The Afghan Whigs – In Spades

Vous êtes tout excité aujourd’hui, vous allez revoir tonton Greg ! Vous l’adorez Tonton Greg, vous le surnommez même affectueusement Dudul (va savoir pourquoi). Dudul c’était toute votre jeunesse, quelqu’un qui comptait pour vous, avec qui vous aviez fait les 400 coups. Et puis, suite à des conflits familiaux, vous l’aviez perdu de vue pendant 16 ans. C’est long, 16 ans. Alors, à vos retrouvailles, il y a trois ans de cela, l’émotion était grande et la joie profonde. Et s’il avait un peu changé, assagi avec l’âge, forcément, Dudul était resté le même au fond. Et donc aujourd’hui vous allez le revoir et vous trépignez en sonnant à la porte. Mais quand il vous ouvre, stupeur ! Tonton Greg a changé. Il arbore un look jeunot, se donne des airs de chanteur RnB (« Birdland »), et vous détestez le RnB. Il le sait pourtant ! Mais finalement, passé la surprise, en passant du temps avec lui, vous réalisez qu’il est toujours aussi attachant. Et puis, Dudul a toujours des goûts musicaux très raffinés. Pour vous le prouver, il vous joue quelques morceaux. Comme à la belle époque. Il n’empoigne plus sa guitare avec la même férocité qu’auparavant, préférant s’installer tranquillement au piano mais il est toujours capable de vous émouvoir quand il se montre entier et touchant (« Demon In Profile »). S’il vous prend parfois un peu pour une bille en usant d’artifices grossiers (« Light As A Feather »), Dudul a le mérite de se montrer tout à fait cohérent, s’éparpillant un peu moins que lors de vos précédentes retrouvailles, et vous offre quelques moments privilégiés, empreints de classe (« The Spell », « Arabian Heights »). Sans être tout à fait mémorable, cette nouvelle visite vous conforte dans l’idée que, même en prenant de l’âge, Dudul est toujours digne de confiance et d’intérêt. Et, vous avez déjà hâte de le revoir !...

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Chris Cornell, just like suicide…

Chris Cornell, just like suicide…

  Il y a deux ans, j’écrivais un long papier sur la discographie de Soundgarden, groupe ô combien essentiel à mes yeux. Je ne vais donc pas reparler ici de morceaux incroyables comme « Jesus Christ Pose », de titres déchirants comme « Fell On Black Days » ou de duo légendaire comme « Hunger Strike », j’ai simplement l’envie et le besoin de rendre hommage à Chris Cornell pour tout ce qu’il représente à mes yeux.    Donc voilà ça semble vrai. Tout ce qu’il y a de plus vrai. Chris Cornell est mort. On l’écrit pour en prendre un peu plus conscience. Pour nommer l’indicible. Chris Cornell est mort. Il se serait même suicidé. Lui, le Chris Cornell qui a vécu comme un traumatisme la mort par overdose d’Andy Wood (Mother Love Bone), son colocataire, avant de lui rendre un hommage majestueux sur Temple of the Dog, lui qui s’est forcément pris de plein fouet le suicide de Kurt Cobain et la déchéance de Layne Staley, à huit ans d’intervalle. Lui qui, aux côtés d’Eddie Vedder, incarnait brillamment les voix du « big four » du grunge. Celles qui restaient. Il est parti. Sans qu’on ne voit rien venir. Et ça fait mal. Bien sûr c’est toujours con de pleurer quelqu’un qu’on n’a pas connu. C’était peut-être « juste » un immense chanteur. Une voix incroyable. Juste l’un de ceux qui m’a transmis un amour profond pour le rock. Le rock à guitares, le rock qui fait du bruit. Le rock de Seattle. Le « grunge », comme ils disent. C’est déjà beaucoup. Soundgarden aura donc été un de mes premiers émois musicaux, avec Nirvana, Pearl Jam, Alice In Chains. J’étais trop jeune pour les vivre « en direct ». Mais j’avais un grand frère, qui m’a transmis le tout en léger différé. Je me souviens de parties de backgammon dans sa chambre en écoutant « le big 4 », je me souviens de la compil Soundgarden que je m’étais faite sur K7 et je me souviens d’ailleurs très bien qu’au moment de passer un à un tous les titres de Superunknown, je me disais que ça devenait compliqué de choisir, et que ça faisait quand même bien chier de pas mettre « Spoonman » dessus. Je me souviens que mon frère enregistrait les clips de M6 qui passait à des heures indues, à l’époque où il y avait encore de la bonne musique à la télé (à des heures indues, certes) et qu’on trippait sur le clip de « Black Hole Sun » avec cette glace qui fond au ralenti. Je me souviens très bien de la sortie du dernier album Down On The Upside, je n’avais que 11 ans, mais j’avais déjà bien chopé le virus. Un disque en-dessous des deux monuments précédents mais excellent...

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The Black Angels – Death Song

The Black Angels – Death Song

Comme bien d’autres avant eux, les Black Angels ont la particularité d’avoir accru leur popularité avec un disque (Indigo Meadow) reçu sans grand enthousiasme par la critique (nous, on l’aime beaucoup). Parfois ce type de disque est un peu le chant du cygne (regard appuyé vers les Black Keys et Foals dont on ne veut plus entendre parler). Restait donc à savoir si le virage «  » »mainstream » » » (j’insiste sur le nombre de guillemets) des Black Angels serait annonciateur d’un aller sans retour au royaume des groupes qui rêvent d’un avenir à la U2 plutôt qu’à la Brian Jonestown Massacre. Et bien, rassurez-vous, de ce point de vue-là, les Black Angels sont toujours très fréquentables. Très fréquentables, et très efficaces, comme le prouvent les trois singles qui sont aussi les trois premiers morceaux du disque. Est-ce à dire que n’importe quel morceau aurait pu faire figure de single ? Malheureusement non. Car si « Currency » dispose d’une force de frappe imparable, si « I’d Kill For Her » joue remarquablement l’alternance entre groove et envolées puissantes et, enfin, si « Half Believing » est en tout point sublime (et intégrerait sans peine un best of du groupe), ces morceaux n’ont guère d’équivalents/de concurrents sur un disque qui ronronne un peu parfois. Les Black Angels ont toujours survolé la meute du revival psyché, ici ils ne le font que par intermittence et se contentent le reste du temps de réciter leur manuel de parfaite maitrise du son 60s (« Comanche Moon », « Hunt Me Down », « I Dreamt », « Medicine »). Je ne vous encourage pas pour autant à vous procurer les singles susnommés en 45 tours plutôt que l’album qui comporte d’autres franches réussites. En particulier « Estimate » qui, comme « Half Believing » dévoile un Alex Maas apaisé et profondément touchant ou la conclusive « Life Song » très Pink Floyd, aussi planante que captivante. Comme quoi on aurait pu avoir un EP assez monstrueux mais au lieu de ça le léger trou d’air dont souffre ce Death Song n’est pas loin de nous susurrer le mot déception à l’oreille....

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5 chansons, 5 disques par Ventura

5 chansons, 5 disques par Ventura

Quatre ans après Ultima Necat, son monumental troisième album, Ventura nous manque. Notre première rencontre peu de temps après la sortie dudit monument laissait entrevoir que ces messieurs étaient dotés d’une vaste culture musicale, il nous semblait donc fort légitime (et potentiellement intéressant) de discuter de nouveau longuement avec eux, de 5 de leurs morceaux puis de 5 albums de leur choix. Et on y tenait tellement que, faute de mieux, on l’a fait par Skype.   1 – I Keep Starting (Pa Capona – 2006)   Pa Capona by Ventura C’est un disque que je maitrise un peu moins que les autres. Je trouve que sur cet album, et notamment ce morceau, il y a un côté assez indie rock slacker plus prononcé que par la suite où la prod a pris plus d’importance. Là je trouve que dans l’esprit on est assez proche de Pavement par exemple. C’est ce que vous ressentez aussi ?  Diego (basse) : moi ce dont je me rappelle de l’enregistrement de ce disque, c’est qu’on a fait ça un peu à l’arrache par rapport aux suivants.   En 4 jours c’est ça ? Diego : Ouais, 4 jours. Dans ce disque on a vraiment mis tous les morceaux qu’on avait, sans trop réfléchir. Aujourd’hui il y en a quelques-uns que j’enlèverais je pense. Cet effet que tu dis, slacker ouais peut-être. C’était un snapshot de cette période-là, on a voulu enregistrer tout ce qu’on avait. Philippe (guitare, chant) : j’oserais pas spontanément nous comparer à Pavement, mais c’est un groupe qui m’a beaucoup marqué et qui m’a fait comprendre qu’il y avait pas besoin d’être technique. Dans ce sens-là c’est un groupe totalement essentiel pour moi, parce qu’ils avaient des mélodies incroyables, sans être techniques et tout en étant hyper drôles. J’ai toujours trouvé qu’ils avaient des textes très drôles. C’est un groupe qui personnellement m’a beaucoup marqué. J’ai réécouté ça l’autre jour ça faisait longtemps, et j’ai tendance à oublier que ce groupe a existé et c’est bête parce que c’est vraiment un groupe assez génial.   Et les travaux de Malkmus vous suivez encore ? Philippe : J’ai pas réussi à accrocher sur ce que fait Malkmus tout seul. Mais peut-être que je devrais réessayer. Mes goûts changent aussi, peut-être que ça passerait mieux maintenant. Je relisais l’autre jour sur wikipedia la biographie de Pavement et il semblerait que l’essentiel de la biographie de ce groupe repose sur Malkmus lui-même alors que je trouve que sans les autres il est moins intéressant. Mais j’ai jamais vraiment creusé non plus.   Et pour en revenir un peu à ce morceau et l’album, vous dites que vous avez tout mis c’est à dire...

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Pile – A Hairshirt Of Purpose

Pile – A Hairshirt Of Purpose

J’aurais dû savoir, entre leurs disques et la découverte de Tennis Bafra l’année dernière, que les mecs d’Influenza Records connaissaient leur affaire en matière de rock indé inspiration 90s. N’empêche, j’avais écouté plusieurs morceaux de Pile et c’était un poil bourrin à mon goût, ce n’est pas ma faute, je suis un sensible. Du coup, je ne me suis pas empressé d’écouter ce nouveau disque, le premier américain à sortir sur le label, et encore moins d’en faire la promotion. Mea maxima culpa. Je n’avais certainement pas écouté les bons titres pour me planter sur Pile à ce point-là ! Puissants, ils le sont certainement, il y a bien des titres comme « Hissing For Peace », « Texas » ou « Hairshirt »  pour le prouver. Mais bourrins, allons donc ! Déjà, A Hairshirt Of Purpose s’ouvre sur une ballade, et les morceaux downtempo sont quasiment omniprésents. Surtout, ils sont particulièrement réussis qu’ils soient de vrais titres calmes (« I Don’t Want To Do This Anymore », « Making Eyes »), dans le crescendo contenu (la très jolie « Milkshake »,  « Rope’s Lengths », « Dogs ») ou même dans l’explosion finale (« Slippery »). Au bout du compte, on a un disque très réussi, dans lequel on sent un gros travail de composition sans jamais être dans la surenchère, de la complexité sans jamais être dans le grandiloquent, de l’émotion sans jamais tomber dans le sentimentalisme… une vraie réussite, pour peu qu’on aime ce style de musique. Sans tergiverser, ce qui ne semble pas être le genre de Pile, Influenza Records a su nous dénicher un excellent album, et un groupe à découvrir assurément. Et puis, comment pourrais-je résister à des musiciens du Massachusetts qui appellent un de leurs morceaux « No Bone » ?...

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IAM – L’École Du Micro D’Argent

IAM – L’École Du Micro D’Argent

Dans quelques années quand on parlera de rap français à nos gosses, ils auront peut-être du mal à croire qu’auparavant les rappeurs déblatéraient dans le micro avec leur vraie voix sans avoir recours à des artifices dégueulasses, que ce qui les animait était de dépeindre la vie telle qu’ils la percevaient et telle qu’elle était vécue par des milliers de banlieusards n’ayant pas accès à la même exposition qu’eux. D’être la voix des sans voix comme le veut l’expression consacrée. Ils nous regarderont peut-être les yeux écarquillés quand on leur dira que ces mêmes rappeurs étaient médiatisés uniquement pour la qualité de leurs textes et non pas pour leurs frasques ou marques de sapes. On ne sera alors pas peu fier de leur dire que nous étions là il y a 20 ans pour vivre l’arrivée d’un monument du rap francophone. On leur foutra « Demain, C’est Loin » dans les oreilles et ils comprendront que tout est vrai. En 1997, IAM, étendard du rap marseillais sort donc ce qui reste à ce jour son chef-d’œuvre inégalé. Jusque-là il était respecté pour son statut de pionnier, justifié par deux premiers albums de qualité et un tube pour faire les cons en soirée (« Le Mia »). Les promesses sont là mais on ne s’attend quand même pas à un tel coup de maître. Avec L’école Du Micro D’argent, IAM déploie l’artillerie lourde. Tout pour plaire. Des instrus travaillées comme jamais, Imhotep et Kheops partent en quête du sample qui tue sillonnant les films, disques soul, funk et nous pondent des instrus comme on n’en avait jamais entendues de ce côté-là de l’Atlantique. C’est d’ailleurs en partant enregistrer une partie du disque à New York, mecque du rap underground, que les marseillais vont chercher l’inspiration. Dès le morceau titre en ouverture et son instru terriblement entrainante, on s’en prend plein la face. Parés pour la bataille. Les amateurs du Wu-Tang Clan ou de Mobb Deep auront droit à leur petite hallucination se disant qu’on n’est pas si mal en France. Au niveau des textes on n’est pas si mal non plus. Les MCs déploient un style tout terrain avec une plume aussi à l’aise dans l’égotrip pur et simple (« Un Bon Son Brut Pour Les Truands ») que dans le fait divers glaçant dépeint avec un réalisme froid (« Un Cri Court Dans La Nuit »). Le grand public découvre que le rap n’est pas qu’un truc de banlieusards pour les banlieusards. Une science de la rime, des textes d’une intelligence rare à même de parler à chacun de nous. Pas aussi intello qu’un MC Solaar, pas aussi radical que NTM ou Assassin, les marseillais ont leur créneau et livrent là « une musique pas faite pour 5...

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Grandaddy – Last Place

Grandaddy – Last Place

Notre grand-père préféré est de retour ! Ça fait 11 ans qu’on l’attendait, ses petites histoires nous avaient manquées. Bien sûr il avait continué de nous en conter mais il ne voulait plus qu’on l’appelle grand-père, il préférait qu’on l’appelle par son vrai nom, Jason Lytle. C’était chouette mais ça n’avait pas tout à fait la même saveur. On a beau avoir fait un long break, quand il entame son histoire on a le sentiment qu’il ne nous a jamais quitté. Le voilà qui fait plein de bruitages, au début on se dit qu’il se paie un peu notre tête mais finalement il faut reconnaître qu’ils sont sympas et rigolos ses bruitages. Et l’histoire est super chouette (« Way We Won’t »). Parfois on a un peu l’impression qu’il nous a déjà raconté certaines d’entre elles (« I Don’t Wanna Live Here Anymore ») mais on l’aime bien alors même s’il est un peu gâteux on lui pardonne… Et puis il est attachant ce Grandaddy, il nous tirerait presque les larmes (« The Boat Is In The Barn ») avec cette mélancolie qu’il se traine depuis des années (« That’s What You Get For Gettin’ Outta Bed », This Is The Part »). De temps à autre, il nous prend même sur les genoux, nous fait rebondir (« Chek Injin ») et on lui demande de ne pas s’arrêter (« please keep going, please keep going« ). Sur la fin, papy a l’air vraiment triste, il radote un peu ses vieilles rengaines (sa crainte du digital qui prend de plus en plus de place dans nos vies, notamment), on l’écoute par compassion mais on s’ennuie un peu par moments. Et puis, finalement, à force d’y mettre tellement du sien il parvient à nous convaincre totalement (« A Lost Machine »). Ne boudons pas notre plaisir, les moments passés avec ce grand-père adoré demeurent privilégiés. Il est de retour c’est le principal, et il a encore toute sa tête. Ses plus belles années sont sans doute derrière lui, mais vu l’amour et les super moments qu’il arrive encore à nous transmettre on l’imagine mal finir à l’hospice le vieux....

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5 chansons, 5 disques par James Delleck

5 chansons, 5 disques par James Delleck

Dans le paysage du hip hop français, il y a peu d’artistes aussi atypiques que James Delleck. Ayant fait ses classes au milieu de la scène rap des années 90, le MC est principalement assimilé au mouvement dit alternatif qui a remué dans les années 2000 un genre musical qui commençait à s’enfermer dans un conformisme désolant. C’est à la table d’un bistrot parisien que nous avons pu le rencontrer pour parler de 5 de ses chansons et de 5 de ses albums préférés. Tellement atypique, d’ailleurs, qu’il nous en a proposé 6 !   5 Chansons   1-Ne Sois Pas Triste (L’Atelier – Buffet Des Anciens Élèves – 2003) J’ai un peu hésité pour choisir un morceau du disque plutôt qu’un autre. Sur L’Atelier, y a des histoires. Tu tombes pile sur le truc que pas grand monde connait puisqu’on nous a pas forcément demandé, on n’a pas spécialement communiqué là-dessus. En tout cas, en faisant l’album on s’est donné une espèce de dogme avant de commencer. On essayait de ne pas savoir ce qu’on allait faire en se voyant, et le lendemain matin il fallait qu’il y ait un morceau. C’est pour ça que ça s’appelle « L’Atelier ». On a vraiment pensé ça comme un atelier d’écriture, on a même des fois pris des bouquins, fait de l’écriture automatique… Il y a aussi des morceaux qui ont des sons pourris, une game boy, il y en qui sont plus ou moins produits. En tout cas, la règle était qu’on se voyait le soir chez Para One, on savait pas sur quoi on allait écrire, que ce soit en terme de musique ou en terme de thème et le lendemain matin, il y avait un morceau. C’est ce qui donne une fraicheur à cet album-là. Sur certains titres, il y en a un qui s’en sort mieux que les autres parce qu’il était moins fatigué, plus engagé, plus inspiré, et du coup je trouve que ça donne quelque chose d’assez brut, d’assez rough. Et de plus touchant, justement grâce aux imperfections qu’il pouvait y avoir. La blague, c’est qu’une fois qu’on les a enregistrés, on ne les a pas réécoutés jusqu’à la sortie du disque. On n’a fait aucune reprise, aucune retouche.   Même pour la production ? Il y avait du taf de production à partir du moment où il y avait un travail sur les instrus. Celui qui s’en chargeait faisait une première trame puis réécoutait, évidemment. Mais pour les voix, c’était one-shot. Et on n’a pas réécouté avant que le disque ne parte. Les trois à être aux manettes, c’était Para, Tacteel et moi, mais surtout Para et moi pour les sessions, puisqu’on enregistrait des trucs chez lui et...

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

Ils sont joueurs les King Gizzard & The Lizard Wizard (dernière fois que je l’écris en entier). A chaque nouvel album, ils se fixent un nouveau défi. Avec une constante cependant, les bonhommes planant à 15000, ils ont choisi de retourner le psyché dans tous les sens possibles et imaginables. Après avoir fait du rock psyché vénère bien imbibé de fuzz (12 Bar Bruise), puis du psyché façon western spaghetti (Eyes Like The Sky), du pop psyché guilleret (Oddments), du psyché planant (Quarters!, chaque morceau durant 10 minutes 10), du psyché chansonnier pour hippies jamais redescendus (Paper Maché Dream Balloon), du psyché qui tourne en boucle pour bien te rentrer dans le crâne façon kaléidoscope (I’m In Your Mind Fuzz, Nonagon Infinity), ils reviennent ici à du « King Gizzard classique » (pour peu que ça ait un sens). A savoir une sorte de synthèse de tout cela. Mais bien psyché hein, sinon ce serait moins fun. Pour corser le challenge, l’ami Stu MacKenzie s’est doté d’une gratte microtonale (qui permet de jouer des quarts de ton). Ça peut sembler anecdotique voire de la branlette arty mais ça illustre bien l’amour de la musique de ces australiens sans cesse en quête d’exploration et de mise en danger. On ne va pas vous faire croire qu’on a détecté un apport considérable grâce à l’ajout de cet instrument peu commun, on peut en revanche vous assurer que le programme de ce Flying Microtonal Banana est des plus variés. Et des plus trippants. Le bon gros single « Rattlesnake » ouvre le bal de façon sacrément jouissive avec ses boucles infinies façon kraut sous taurine. On est tenté de laisser le doigt sur la touche repeat. Mais ce serait dommage de se priver du reste. Les titres s’étirent, des tiroirs s’ouvrent un peu partout, remplis d’idées aussi brillantes que saugrenues. A retenir parmi les démonstrations les plus éclatantes de ce psychédélisme foutraque savamment maîtrisé  : « Melting » et ses synthés 60s hallucinés qui tourbillonent avec les voix, « Sleep Drifter » qui invite un harmonica à la fête. Ou l’excellent « Billabong Valley » et sa touche ethnique apportée par un zorna (une trompette turque) railleur. Une touche ethnique bienvenue et très présente tout du long, comme si les australiens étaient allés à la rencontre des touaregs. Façon Page et Plant, il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… Tout n’est pas issu du même moule, certains morceaux se révélant plus anecdotiques, mais l’impression d’ensemble est d’avoir affaire à un groupe sans frein, qui s’éclate et régulièrement nous éclate aussi. A défaut de nous pondre l’album ultime de leur discographie, les australiens continuent de sortir à leur rythme effréné des disques bien au-dessus de la moyenne. Ne reste plus qu’à confirmer ça avec...

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Interview – Le Peuple De L’herbe

Interview – Le Peuple De L’herbe

Le Peuple De L’herbe vient de fêter ses 20 ans de carrière avec un huitième album, Stay Tuned… Aucune lassitude à l’horizon, une inspiration toujours bien présente et même un nouveau visage, une nouvelle voix. Celle de l’américain Oddateee, connu auparavant pour ses collaborations passées avec High Tone, vieille connaissance du Peuple. Juste avant d’entamer une énième tournée, DJ Pee, membre fondateur du groupe, était accompagné de son nouveau comparse, pour faire un peu de promo. Ça tombe bien, on avait pas mal de choses à leur demander…   « Si tu te remets pas en cause et que tu fais pas avancer ta musique, je pense que tu deviens neuneu, ça ne devient plus intéressant. »   Bon j’ai écouté un peu votre nouvel album forcément… DJ Pee : J’espère. Beaucoup même ! (rires)   J’ai l’impression que c’est peut-être le plus carré, léché, le moins bordélique en tout cas si je puis dire. C’est quand même pas votre album de la maturité rassurez-moi ? DJ Pee : (Rires) On en a fait tellement d’albums de la maturité. Ouais, il a été mûri, on a essayé de moins se disperser, d’être plus exigeants avec nous-mêmes. c’est ce qu’on s’est dit en rentrant en studio. On s’est fait cette remarque « peut-être qu’on est trop indulgents avec nous-mêmes ». On a été super sévères (rires). On a fait de la matière pour facilement 2 albums, 2 albums et demi. On a vraiment sélectionné les meilleurs tracks.   Ah oui, donc vous en avez sous le coude… DJ Pee : On en a chié plein (rires).   Je trouve aussi – bon en même temps c’est logique – qu’il y a un côté rock de plus en plus prononcé depuis l’arrivée du nouveau guitariste, il y a carrément des morceaux où on est proches de la fusion, je pense notamment à « Abuse » sur laquelle tu rappes Oddatee…  DJ Pee : Oui un mélange de genres. C’est assez 90s, politisé…   Un petit côté Rage Against The Machine. Oddateee : Oui Rage ou Public Enemy, un mix de tout ça. Et le groupe apporte l’équilibre. Et les textes sont encore plus importants « too much abuse in your mind » et ça rend fou, ça concerne tout le monde, les français, les blacks, les chinois, le monde entier… DJ Pee : c’est influencé par ces groupes, mais c’est surtout Le Peuple et Oddatee. Il s’est cassé le cul à trouver de bons lyrics qui ont un sens. Il sait qu’on est totalement en phase avec ce qu’il dit. C’était déjà le cas avec JC (JC001 ndlr). Oddateee : oui on a clairement trouvé une harmonie entre nous, le son, l’esprit. Sur « Abuse », on a une très bonne interprétation...

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