The Murder Capital – When I Have Fears

The Murder Capital – When I Have Fears

(Human Season, 16 août 2019) À l’ère d’Internet, des réseaux sociaux et du tout-connecté, la scène musicale internationale a vu beaucoup de frontières tomber. Sur la foi d’une vidéo balancée sur Youtube, d’un début de buzz, des groupes se font une notoriété, accèdent (trop ?) vite à une exposition qu’ils pouvaient mettre auparavant quelques albums ou années à atteindre. Des scènes locales autrefois longtemps ignorées worldwide se voient offrir un éclairage presque instantané. Après les tornades psyché de quelques australiens cintrés, c’est un vent post-punk régulier et cinglant qui sévit depuis quelques temps outre-Manche, et notamment depuis Dublin l’irlandaise. Fontaines D.C. avait déjà allumé une belle mèche avec un premier album (Dogrel) convaincant qui va squatter quelques tops de fin d’année. Avec When I Have Fears, The Murder Capital propose son post-punk au romantisme sombre. Titre d’album en référence littéraire au poète Keats, voix grave, basse caractéristique, guitares minimalistes dont chaque note raconte une mélancolie. 2019, c’est pas les 40 ans de l’album Unknown Pleasures de qui vous savez ? C’est pas tombé dans l’oreille de sourds côté Dublin en tout cas. Sans nier l’ascendance prestigieuse, ce nouveau quintet irlandais réussit le pari d’un post-punk moderne, aussi efficace et percutant qu’élégant et poignant. En seulement 10 titres, on en prend plein la tête et le cœur au fil d’un album remarquablement équilibré. Post-punk furibard avec le tubesque « More Is Less », addictif dès la première écoute. “If i gave you what you wanted, you’d never be full“. Pas faux. Dans la même veine bien énervée on trouve aussi « Feeling Fades » ou « Don’t Cling To Life ». James McGovern, chanteur du groupe, la joue petite frappe et sur le lalalala final de « Feeling Fades », ça sent plus la baston dans un pub que le cercle des poètes disparus. Seulement, nos cinq irlandais ont plus d’une corde à leur arc. Et décoche quelques flèches chargées de mélancolie poignante qui vous transpercent le cœur. « On Twisted Ground », sa ligne de basse ronde, ce minimalisme élégant, ce chant habité. Dans l’obscurité, pendant ces 6 minutes, on regardera quand même derrière soi, histoire de voir si le fantôme de Ian Curtis ne rôde pas dans les parages. Même sobriété hantée, et un piano lugubre sur le spectral « How The Streets Adore Me Now ». Le groupe impressionne par sa maturité, la qualité des textes, sa gestion du silence, parfois lézardé par des guitares plaintives superbes (la doublette quasi instrumentale « Slowdance 1 » – « Slowdance 2 » ou « Love, Love, Love » crescendo qui sent pas la fleur bleue). Côté technique, belle production, sobre, efficace, c’est propre. Ah, c’est Flood derrière les manettes,...

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Mikal Cronin – Seeker

Mikal Cronin – Seeker

(Merge, 25 octobre 2019) Et si c’était lui le plus intéressant de la bande ? Dans le jeu des 7 familles du garage californien, on demande rarement Mikal Cronin mais il est pourtant dans tous les bons coups. En solo, Mikal y va à son rythme, à des années lumières des stakhanovistes Ty Segall ou (Thee) Oh Sees, les deux mastodontes de la scène. Si on a arrêté de compter les albums de ces derniers (et un peu arrêté de nous passionner pour chacun d’entre eux aussi, il faut bien le dire), Cronin vient seulement de publier son quatrième disque. En huit ans. Rien de honteux mais rien de comparable non plus. Et après deux premiers albums de très bonne facture mais dans une veine garageuse assez classique (plus axée power pop que punk, toutefois), Mikal avait commencé à verser davantage dans la sophistication que dans l’énergie pure et dure sur MCIII. Il en est de même ici sur ce Seeker, sans doute son disque le plus personnel et introspectif, que Mikal est allé chercher en s’isolant dans une cabane au fin fond d’un bled paumé de Californie, avec pour seule compagnie les forêts et montagnes alentours. En résulte un disque minimaliste au possible à s’écouter au coin du feu ? Tout l’inverse, à vrai dire puisque le californien n’a jamais poussé aussi loin son désir d’enrichir ses morceaux, de les embellir avec minutie et un brin de grandiloquence aussi. Ainsi, le brillant premier single « Show Me » qui aurait pu se contenter d’un riff simple et efficace (Neil Youngien et Tom Petty-esque en diable, de son propre aveu) et d’un refrain imparable (c’est déjà beaucoup), nous en met plein la vue en s’embarquant dans une virée impromptue où les cordes et le piano s’octroient une place prépondérante. La grande classe. Une dimension orchestrale nouvelle qui orne également « Shelter » aux accents orientaux non loin du « Kashmir » de Led Zep, l’intonation au chant de Mikal se rapprochant d’ailleurs de celle d’un Plant. Si Cronin a dû quitter précipitamment son ermitage en raison d’incendies menaçants, il a eu le temps de rapporter dans ses valises quelques morceaux extrêmement touchants (« Feel It All » où sa voix fait merveille, « Fire » dont les cuivres mélancoliques viennent contrebalancer la tension des guitares, « Lost A Year » qui démarre piano avant de s’offrir un final fougueux presque New Orleans). Plus loin, les enlevés « I’ve Got Reason » et « Caravan » rehaussent le tempo et renouent avec les accents garage chers au compositeur, sans perdre une once d’efficacité… et se révèlent bien plus riches qu’ils n’y paraissent de prime abord (pont bien senti sur le premier, cuivres...

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Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ? Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle. Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints.  Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée. Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois...

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Frustration – So Cold Streams

Frustration – So Cold Streams

(Born Bad, 18 octobre 2019) Empires Of Shame, troisième album de Frustration, était frontal, définitif, comme un coup de marteau du juge entérinant une sentence irrévocable. Que pouvait-il donc se passer après cela ? Rebelote, on assène, on scande, on fonce dans le tas, on emballe et on dit merci ? Trop facile. Et la facilité n’est pas vraiment le genre de la maison. “Insane” qui porte remarquablement son nom, décontenance d’emblée en activant le mode pilonnage indus décérébré. L’usine se met en branle. Ça turbine sans relâche. Mécaniquement et méthodiquement. La rythmique martèle, imperturbable, les synthés sont minimalistes et Fabrice Gilbert débite, impassible à la Mark E. Smith, tel un robot déshumanisé. Il prend ensuite le relais de ses synthés couillons et y va de son lalalala sur fond de INSANE INSANE INSANE. On se tue à la tâche en sifflotant. C’est bête comme chou, c’est bon comme tout. Frustration aurait-il fondamentalement changé ? Certainement pas. Les revoilà très vite reprenant leur schéma habituel et leur rythme de croisière effréné (“Pulse”). Un riff à deux doigts, une basse anémique qui matraque. Le reste suit. Comme il peut. Le meilleur est à venir. Le meilleur ? “Slave Markets” et sa ligne de basse délicieuse qui nous fera immanquablement frémir en live. Ce faux rythme qui ne demande qu’à décoller, et Jason Williamson qui déboule et déclame, accompagné d’un oud (instrument oriental à cordes), alimentant le brasier jusqu’au final, où tout crame pour de bon. Il était temps de concrétiser l’amitié Frustration/Sleaford Mods et le résultat est au-delà des attentes. Reviens quand tu veux, Jason ! Dès lors, la machine est définitivement lancée, l’urgence est toujours là, les fioritures toujours pas, et les surprises ne manquent pas. Frustration expédie les affaires courantes (“When Does A Banknote Start To Burn?”, 1’30 chrono), se permet un “Brume”, rongé par l’anxiété, en français dans le texte et dans le chant (ce qu’il ne s’était jusque-là autorisé qu’en EP), Fabrice, éternel sosie vocal de Ian Curtis, redescend de quelques octaves et se fait passer pour un chanteur pop, plus mélodique que jamais. C’est si bien réalisé et jubilatoire qu’on n’y voit que du feu (“Lil’ White Sister”). Pour fêter ces retrouvailles réjouissantes, le groupe invite “Some Friends” dans un foutoir post punk galvanisant où on retrouve même « Erik Satie in [their] bedroom » ! Et alors qu’on pense entrevoir “Le Grand Soir”, voilà qu’on nous indique le chemin de la sortie, dans une relative quiétude. Surprenant. “Le Grand Soir” n’est donc pas pour tout de suite mais Le Grand Disque est là. On commence à y être habitués. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Frustration (chroniques,...

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Lysistrata – Breathe In/Out

Lysistrata – Breathe In/Out

(Vicious Circle, 18 octobre 2019) Automne doré pour le rock français ! Ce ne sont plus les feuilles mais les excellents albums qui tombent ! Après ceux de Last Train et Mars Red Sky, voici qu’arrive le 2e album de Lysistrata. Un groupe qui déploie une grosse énergie sur scène et à l’image de leur twitter qui les présentent « Post un peu tout, Math Post Noise Indie rock », un style qui navigue brillamment entre les genres et les décennies (des nineties à nos jours). The Thread, premier album marquant, explorait sans complexes, et sur des morceaux souvent dantesques, une musique hybride se foutant allègrement des étiquettes du genre rock à dominante instrumentale. Le groupe y intégrait aussi de façon plus appuyée le chant. Dans une dynamique semblable, Breathe In/Out marque toutefois une évolution : les 9 titres semblent plus directs et concis (un seul excède les 8 minutes). Mais derrière ce format plus « classique » qui doit sûrement beaucoup à l’émergence du chant (seul le dernier titre n’est pas chanté), le groupe sait toujours surprendre au gré de morceaux à tiroirs redoutables. Envoyé en éclaireur avant l’album, « Mourn » confirme leur talent pour un rock dynamique toujours tendu et plein de surprises. Intro subtile au rythme lent (qui n’est pas sans rappeler les regrettés RIEN), accélérations foudroyantes, petit récital à la guitare, le trio manie parfaitement l’accélérateur mais joue aussi habilement du frein dans de subtiles digressions mélodiques. Ce titre, pile au milieu de l’album, semble le scinder en 2 parties. La première, plutôt énervée (« Boot On A Thistle » et sa cowbell entêtante), s’ouvre sans round d’observation avec un « Differents Creatures » qui démarre pied au plancher et se joue des limitations de vitesse. Le chant collectif rajoute une belle dose d’énergie (pas comme si les titres en manquaient !) et ses 4 premiers morceaux ne sont pas sans rappeler les américains d’At The Drive-In ou le rock tendu d’un Fugazi (« Scissors » notamment). La deuxième partie de l’album s’ouvre avec l’excellent et mélodique « End Of The Line », au rythme tranquille juste entrecoupé d’explosions soniques. Pas une ballade (faut pas abuser non plus) mais un titre parfait pour souffler un peu après un début d’album copieux et éreintant. « Everyone Out » est lui aussi moins tonitruant, et on y trouve même une guitare acoustique plutôt inhabituelle pour le groupe. Plus nuancée, et jouant habilement des changements de tempos (le très bon « Against The Rain »), cette deuxième partie d’album apporte un contraste bienvenu à l’ensemble de l’album. Le titre final renoue avec le long format. « Middle Of March », presque 9 minutes d’un (post)-rock d’abord inquiet, avec en...

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Wilco – Ode To Joy

Wilco – Ode To Joy

(dBpm, 4 octobre 2019) À partir de quel moment peut-on légitimement se demander, au sujet d’un artiste ou d’un groupe, si son nouvel album est un bon cru ? Qu’est-ce qui nous autorise à faire usage de cette analogie viticole ? Faut-il être prolifique ou régulier ? Faut-il avoir sorti beaucoup d’albums ? Je crois qu’on a le droit de se poser la question si l’artiste ou le groupe en question a fini par tomber dans une certaine routine. Cette routine, on ne l’attendait pas particulièrement de la part de Jeff Tweedy. Ce dernier a en effet toujours, du moins jusqu’à un certain de stade de sa carrière, créé dans l’adversité. Chamboulé – écœuré, même – par une séparation avec Jay Farrar dont il ne fut pas à l’origine, Jeff s’est construit comme l’angry young man du duo. La presse spécialisée voyait Farrar comme le véritable artiste d’Uncle Tupelo et misait tout sur Son Volt. Elle allait voir ce qu’elle allait voir. D’abord Tweedy allait lui asséner un chef-d’œuvre crépusculaire en forme de double album (Being There en 1996). Ensuite, quand son groupe serait sacré roi de l’alternative country, il leur en mettrait une bonne en virant pop (Summerteeth en 1999). Et puisque la pop ne suffirait pas, en fin connaisseur de l’histoire des parias de la musique américaine, le leader de Wilco se réincarnerait en digne successeur d’Alex Chilton. Yankee Hotel Foxtrot serait donc son Third/Sister Lovers, un disque malade, réalisé dans l’antagonisme et l’angoisse. Et si pour cela il fallait sombrer dans la drogue, se mettre tout son groupe à dos, y risquer sa santé mentale, et bien il le ferait. En concert, Wilco, c’était un peu pareil : dans certains pays, notamment l’Angleterre, Tweedy affrontait le public, se le mettait à dos. Depuis cette période, qui s’est achevée par un quasi-renouvellement du groupe et un disque rédempteur, A Ghost is Born, le musicien de l’Illinois a préféré laisser son rôle d’anti-héros à d’autres. Il y aurait toujours un Ryan Adams pour jouer le connard de service. Tweedy, lui, se convertirait en père aimant, en mari attentionné et en leader d’un groupe stable et équilibré, constitué uniquement de pointures. En live, ce groupe fait chaque soir des miracles. Nels Cline triture sa guitare durant de longues minutes sur « Impossible Germany » ; Glenn Kotche matraque les fûts sur « Spiders » ; la rythmique brille de tous feux sur « Monday » ou « I’m the Man Who Loves You » ; tout ce beau monde maîtrise la dynamique et le bruit blanc sur des classiques tels que « I’m Trying to Break Your Heart » ou « Via Chicago ». Sur disque, en revanche, Wilco...

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Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

(Heavenly, 18 octobre 2019) Tiens, quelqu’un frappe. C’est ce bon vieux Mark Lanegan. Qu’il entre ! Il est toujours le bienvenu. « You wanna ride, you wanna take a ride? » propose-t-il d’emblée (« Disbelief Suspension »). Difficile de refuser. D’autant plus quand il y va bille en tête comme ici, à la manière d’un « Hit The City » qui donnait le ton du fabuleux Bubblegum, toujours inégalé depuis (bien qu’approché par le presque aussi fabuleux Blues Funeral). Cette fois-ci, le bon vieux Mark Lanegan est accoutré différemment, il assume pour de bon ses vieilles lubies 80s. Depuis Blues Funeral, on y avait droit de plus en plus fréquemment sur ses albums, en concert il reprenait régulièrement du Joy Division… Autant dire que ça nous pendait au nez. C’est fou ça, être un des musiciens éminents des années 90 et vouloir s’immerger à fond dans la décennie précédente (qui a connu des heures bien sombres, rappelons-le)… Toute la panoplie est donc de sortie : batteurs imitant des boites à rythme (ou l’inverse), synthés décomplexés, basse aux avant-postes… « Letter Never Sent » ne fait pas les choses à moitié et y ajoute un refrain plein de « ohohohoho ». Ça pourrait suinter la ringardise à 12 bornes mais avec Lanegan, c’est du tout bon, entrainant et efficace à souhait. N’essayez pas chez vous. En 14 titres, Mark Lanegan nous décline les années 80 pour les nuls, mais en version haute qualité. Déjà, en piochant dans ce que cette décennie a connu de meilleur : le post punk rentre dedans (« Night Flight To Kabul », « Gazing From The Shore » et leur basse-batterie totalement early Cure), la cold wave hantée (« Dark Disco Jag »). Ensuite, en y accolant des refrains qui frappent (« Stitch It Up », gonflée à bloc) et des mélodies qui marquent (« War Horse » et ses couplets scandés à la… Everlast). Enfin, en nous faisant fondre de sa voix inimitable et chaleureuse (la magnifique « Playing Nero » et ses nappes brumeuses qu’on croirait tirées de Twin Peaks – la série, pas le groupe). Plus troublés nous sommes, face à cette intro proche de l’acid house façon Underworld avant de se la jouer New Order (« Penthouse High »). Il faut s’imaginer écouter du Mark Lanegan en boite mais une fois l’idée acceptée, on se dit que pourquoi pas. Après tout, il y a tellement de merde en boite, ça ne ferait pas de mal (souvenez-vous « Ode To Sad Disco » sur Blues Funeral, encore lui. On est dans le même esprit). Il n’y a bien que « Paper Hat » qui laisse une guitare acoustique mener les débats comme à la belle époque et, sans surprise, nos cœurs sont brisés en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Malgré une fin...

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Ty Segall @ La Cigale (Paris), 09/10/19

Ty Segall @ La Cigale (Paris), 09/10/19

Nous ne sommes pas peu fiers de cette photo de grande qualité. Une Cigale presque pleine par cette belle soirée d’été indien pour accueillir Ty Segall en tournée pour son nouvel album First Taste. Deux dates à Paris avec le même principe, jouer entièrement ce petit dernier et jouer ensuite entièrement un album passé, en l’occurrence Manipulator pour ce qui est de ce soir. Une bien belle salle pleine de charme, dans laquelle je démarrerai la soirée “en fond de cours” juste derrière la fosse pour migrer ensuite vers sans doute la meilleure vue plongeante qui soit, tout à l’avant du balcon. L’excellent Freedom Band, attaque donc la première plage de First Taste et au bout d’une minute trente, Ty Segall dépose sa gratte et vient s’installer à la deuxième batterie installée sur scène et attaque le solo de mi-morceau. Ça démarre fort. Il nous fera le coup 15 fois dans la soirée, sans jamais lasser. En fait, c’est un grand batteur (NdRC : et on l’avait déjà constaté sur Fuzz !) capable d’une synchro millimétrique avec son drummer en titre. Un peu plus tard, un type à côté a la même réflexion que moi sur l’attaque de “The Faker” : “Mais c’est du Gary Glitter !” Le dernier album gagne énormément en live. “The Fall”, “I Worship The Dog” et “The Arms” sont littéralement des murs du son ! Côté fosse, ça commence à bouillonner, on atteint rapidement les 10 slams par morceau. Moment de complicité avec le père Ty : un mec monte sur scène et se redresse pile à une fin de morceau, un ange passe, Ty sourit et sauve la mise au type en attaquant la suite. Manipulator donc, fait sur mesure pour être joué en intégralité. Fieffé coquin, Ty Segall joue “Feel”, le morceau phare, tout en retenue – cordes légèrement étouffées, mid tempo – comme pour mieux encore engendrer notre frustration et notre envie d’en découdre. Les trois grattes, dont une excellente acoustique tout le long ou presque, la basse énorme, le clavier qui gagnerait à se lâcher un peu mais a eu ses moments de grande déconstruction sonique, le batteur et demi et puis Ty Segall que je n’avais jamais vu en concert. Tout simplement parfait de maîtrise sans jamais faire train-train de tournée, une sympathie naturelle sans se sentir obligé de parler pour ne rien dire. On en redemande. Le rappel, ce sera la headbangesque “She”, incontournable, sur laquelle, surplombant quasiment la scène depuis mon balcon du premier étage, je contemple la fosse qui est partie en vrille totale, la scène et la salle sont rouge sang, un dernier riff et c’est la fin. Déjà… Mais comment ai-je pu louper (snober...

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Big Thief – Two Hands

Big Thief – Two Hands

(4AD/Beggars, 11 octobre 2019) On venait à peine de digérer U.F.O.F., le troisième album du quatuor folk-rock new-yorkais emmené par la talentueuse Adrianne Lenker, que Big Thief remet le couvert avec son second disque de 2019. Précédé par un single de 6 minutes, « Not », Two Hands s’annonçait très différent de son prédécesseur. En effet, alors que U.F.O.F. était dominé par une ambiance cotonneuse, ses chansons se présentant comme de petites miniatures fragiles – à l’exception d’un « Jenni » plus tendu – , « Not » semblait plutôt marcher sur les terres du Neil Young électrique avec trois minutes de solo prodigieux sur deux notes à la manière du loner. Le groupe allait-il maintenir cette tension sur l’ensemble de l’album ? Oui et non, comme on va le voir. L’argument promotionnel de Two Hands est qu’il aurait été enregistré en urgence et d’une traite dans un ranch du Texas. Aussi propose-t-on au chroniqueur de l’écouter en deux plages de 16 et 22 minutes respectivement. Si le son est globalement plus brut que sur le précédent, la différence n’est en réalité que de degré plutôt que de nature. Les guitares se font en effet plus électriques et l’album ne possède pas les textures de fond qu’avait U.F.O.F et qui conférait à ce dernier une unité et une forme de confort d’écoute. Tout n’y est pourtant pas aussi intense que sur « Not ». La véritable différence se situe en revanche dans le chant de Lenker, beaucoup plus rauque et pouvant à l’occasion dérailler, ce qui lui donne une charge émotionnelle peu entendue depuis Masterpiece, le premier album du groupe. Après un démarrage en douceur (« Rock and Sing »), la formation propose avec « Forgotten Eyes » une première montée en puissance, portée notamment par les aigus de Lenker sur le refrain. « The Toy » ressemble à une version boostée de « Terminal Paradise » sur le disque précédent. Le refrain, qui voit Lenker mélanger sa voix à celle de Buck Meek, a quelque chose d’un peu dada, on ne sait pas vraiment ce que veut dire « The toy in my hand is real » mais c’est déclamé avec beaucoup d’intensité en tous cas. James Krivchenia fait des merveilles sur le morceau-titre. Il s’affirme de plus en plus en digne successeur de Glenn Kotche (œuvrant notamment au sein de Wilco), c’est-à-dire comme l’un des batteurs les plus sensibles de l’indie pop américaine. On sent qu’il utilise la batterie, non pas comme un instrument unique, mais comme une palette sonore. Il alterne ainsi frappe de fond de temps et breaks plus légers. D’une manière générale, il y a quelque chose de merveilleusement organique chez ce groupe, comme...

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Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

Sebadoh @ Petit Bain (Paris), 07/10/19

© Philippe Midy Un concert de Sebadoh à Paris, c’est une bonne occasion pour tous les amateurs de rock indé de la capitale de se rassembler. Certes, ça fait aussi un petit choc de voir que les plus jeunes de la salle affichent une bonne trentaine, mais au moins ceux qui sont là ont vécu les années 90 sans les fantasmer et savent donc qu’un concert de Sebadoh, le haut du panier à l’époque, ça ne se loupe pas. En première partie, The Dearly Beloved envahit la scène, presque littéralement puisqu’ils sont 6, pour nous proposer du punk rock à la limite de l’emo ou du californien. Bien en place, et bien fait, mais qui rappelle un peu trop de choses douteuses pour vraiment nous convaincre. On se demande un peu pourquoi ce groupe est l’heureux élu en terme de cohérence stylistique, mais on est forcé de reconnaitre qu’ils font le taf de leur mieux. Une fois que Lou Barlow a fini de signer des vinyles et serrer des mains, avec sa simplicité habituelle, le trio entre enfin en scène et nous propose une entrée en scène on ne peut plus jouasse : “Beauty Of The Ride”, jouée avec une énergie et une bonne humeur palpables. Puis viennent “Not A Friend” et “Soul And Fire” qui, contrairement à ce qu’on croirait ne calment pas vraiment le jeu. Finalement, un groupe de punk rock en première partie, ce n’était pas si illogique. © Philippe Midy La structure du concert suit celle de la tournée, Lou et Jason Loewenstein enchainent 5 morceaux chacun, avec une entrée en matière qui ressemblerait presque à un rappel avant d’enchainer les compos du dernier album (et “I Will” au milieu). L’ambiance est bonne, le groupe communique, nous répète qu’il regrette de ne faire qu’une date en France et s’excuse même de jouer autant de nouveaux morceaux après nous avoir remercié de les écouter. “C’est pas comme si vous aviez le choix…vous auriez pu partir !“, plaisantent-ils… “Au secours, Sebadoh joue de nouveaux morceaux ! Jetez les canots à la mer ! Les gens hurlent “Gimmie Indie Rock” en s’enfuyant !” ajoute Lou. Et ça ne loupe pas, certains dans la foule crient le nom du morceau en réponse. Jason, quant à lui, rassure le public sur le fait que “Lou reviendra chanter dans quelques chansons“, ne comprenant pas que c’est de jouer “Not Too Amused” qu’on lui réclamait. D’ailleurs si on doit trouver un défaut à cette soirée, c’est celui-ci : Jason semble avoir oublié qu’il a dans son répertoire une flopée de tubes, ne préférant jouer que des titres des 2 derniers disques (et demi, puisque “My Drugs” est sur le Secret EP) hormis...

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