Protomartyr – Ultimate Success Today

Protomartyr – Ultimate Success Today

(Domino, 17 juillet 2020) Protomartyr a toujours été un peu en décalage. Né sur les terres du proto punk (Détroit), le quatuor a choisi de faire du post punk et il semble aujourd’hui se rapprocher de la fin quand le revival du genre bat son plein (ce qui n’est certes pas nouveau mais plus que jamais porteur). Nul besoin en effet de faire preuve d’une imagination débordante pour envisager ce disque comme leur dernier, pour peu qu’on prête un minimum d’attention aux textes. Entendre Joe Casey déclamer « So it’s time to say goodbye. I was never keen on last words », l’écouter chanter à propos de ce « Day Without End » ne manque pas de soulever des interrogations*… et de susciter bien des craintes. Car si Protomartyr devait s’arrêter là, il nous manquerait terriblement. Le quatuor a beau n’avoir rien inventé, il a un truc de plus que ceux qui recyclent avec talent. Une identité plus affirmée, peut-être. Une singularité plus évidente, sans doute. Ou simplement de meilleurs albums que les autres. Si la musique de Protomartyr ne manque pas de ce sentiment d’urgence souvent indissociable du punk (et indispensable au genre), elle dégage toujours cette puissante mélancolie qui lui confère une dimension supérieure, et elle est ici peut-être exprimée avec encore plus d’intensité qu’auparavant. L’ajout d’instruments de musique classique (flûte, clarinette, violoncelle…) y est pour beaucoup, bien sûr, puisqu’il viennent renforcer l’impact du chant monocorde de Casey et de ces fameuses guitares qui nous font immanquablement chialer (« The Aphorist », l’outro sublime de « June 21 » et le final déchirant que constitue « Worm In Heaven »). Ce qui ne signifie pas que Ultimate Success Today est le meilleur album de Protomartyr, nous ne serions pas honnêtes envers nous-mêmes si nous écrivions cela. Incontestablement moins immédiat, le disque est également le reflet d’un groupe qui maitrise son affaire mais n’a probablement jamais paru si désabusé. Il y a plusieurs années de cela, on avait pu être surpris que l’imparable « Pontiac 1987 » ne soit pas le single de The Agent Intellect, ici le choix de « Processed By The Boys » qui ne nous faisait ni chaud ni froid au départ, nous parait désormais comme une évidence absolue. Et c’est assez symbolique de ce disque qui, jamais ne cherche à faire étalage de sa toute-puissance et ne se contente de multiplier les assauts (même s’il contient son lot de titres saignants comme « Michigan Hammers », « Tranquilizer » ou « I Am You Now » qui semble emprunter le riff de « Paranoid » du Black Sab’), mais se cherche constamment de nouvelles voies, tout en exprimant cette même anxiété omniprésente, par le biais...

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Cloud Nothings – The Black Hole Understands

Cloud Nothings – The Black Hole Understands

(3 juillet 2020) On s’est tous occupés comme on pouvait, pendant le confinement. Alors que certains ont croulé sous le boulot couplé à la gestion des enfants, d’autres ont dû se creuser la tête pour trouver des activités plus ou moins constructives pour ne pas péter les plombs. Dylan Baldi, lui, en a profité pour composer et enregistrer un album complet de Cloud Nothings. Et il ne s’est pas vraiment moqué de ses auditeurs puisqu’avec 10 titres au compteur, il s’agit du disque le plus fourni depuis que le groupe est un groupe. En effet, auparavant, Baldi était seul à bord et jouait de tous les instruments. D’ailleurs, il n’y a pas que le format qui rappelle les premières sorties de Cloud Nothings. Là encore, Dylan Baldi joue de tous les instruments à l’exception de la batterie, et l’ambiance générale, beaucoup plus calme, renvoie directement à ce qu’il faisait avant de travailler avec d’autres musiciens. Les grosses vagues de bruit ont presque disparu, de même que les cris, et il n’y a pas de morceau fleuve au milieu de l’ensemble. Cependant, on aurait tort de croire à un retour en arrière puisque The Blackhole Understands est bel et bien un album collectif. Tout a été composé et travaillé en aller-retour entre Baldi et le batteur Jayson Gerycz, entre Philadelphie et Cleveland. Certes, le processus d’écriture a été différent de celui des albums précédents, avec beaucoup moins d’espace pour une mise en place des morceaux en live, et donc moins de place à l’improvisation, mais le résultat est complètement dans la lignée de ce que fait le groupe aujourd’hui. Ou plutôt, il représente la fusion entre les deux mondes, l’indie pop accrocheuse, mélodique et mélancolique que faisait Baldi seul dans sa chambre et le rock énergique et dévastateur du groupe Cloud Nothings. À cette image, les titres peuvent allier sans problème des plans instrumentaux rentre-dedans avec des mélodies de chant douces et qui rentrent instantanément dans la tête (« The Sound Of Everyone », « Right On The Edge », « The Black Hole Understands »). On a vraiment ici une démonstration de pop, mais contrairement à Life Without Sound, cela ne se fait pas par le biais d’une production qui aseptise les compositions. Au contraire, on a enfin l’impression que les deux aspects du groupes rentrent en parfaite harmonie, et peu importe que « A Weird Interaction » pourrait évoquer du Elliott Smith, ou que « The Mess Is Permanent » soit un parfait morceau de pop rock teenage, on ne doute pas une seule seconde qu’il s’agit bien d’un disque de Cloud Nothings. Cloud Nothings à son meilleur niveau, dont les morceaux n’ont pas à rougir une seule seconde face à leurs grands frères plus énervés...

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Hum – Inlet

Hum – Inlet

(Earth Analog, 23 juin 2020 ) Avec les reformations, il est parfois délicat pour le chroniqueur de placer le curseur, en terme de sévérité. Quand elles sont inespérées, on peut être tenté de faire preuve de clémence, de voir le verre à moitié plein, de se satisfaire d’un nouvel album qui flatte notre nostalgie, même s’il ne comporte rien d’aussi marquant que ses prédécesseurs. Ou, au contraire, se montrer exigeant, connaissant le potentiel d’un groupe et constatant que le poids des années se fait cruellement sentir. Hum vient de nous faciliter la tâche ici avec ce nouvel album qu’on n’osait plus espérer, qui débarque par surprise et se révèle aussi bon que ce à quoi le groupe nous a toujours habitués. Foutrement bon, donc. Il y avait de quoi s’inquiéter pourtant, compte tenu du délai interminable de cette sortie qu’on nous promettait depuis 2015. Quelqu’un s’est-il endormi sur les bandes ? Le groupe a-t-il revu sa copie à plusieurs reprises pour ne conserver finalement qu’une infime partie du travail entrepris au départ ? On essaiera de le savoir. Pour l’heure, la seule chose qui nous intéresse, c’est qu’on est face à du pur Hum, et que l’inspiration n’a pas fait défaut au quatuor de l’Illinois. L’avenir nous dira si on revient aussi régulièrement à Inlet qu’à You’d Prefer An Astronaut (1995) ou Downward Is Heavenward (1998) mais, au moment d’écrire ces lignes, oui, ce disque tourne énormément et s’il comporte des failles, elles sont soigneusement dissimulées. Certainement pas au niveau de la production, déjà, tant l’album dégage une formidable puissance tout en bénéficiant d’une clarté de tous les instants, et c’est extrêmement appréciable (et encore, on n’a dû se contenter que du streaming pour l’instant). Hum n’a peut-être jamais si bien sonné. Et vu la complexité de sa musique, c’est une excellente nouvelle. Peut-être plus clairement shoegaze (en attestent le brumeux « Waves » en ouverture ou « Shapeshifter » en clôture), le disque nous sert toujours de généreuses portions de riffs extrêmement lourds et poursuit une tendance amorcée il y a 22 ans de cela sur Downward Is Heavenward, à savoir un allongement significatif de la durée des morceaux (la moitié au-delà de huit minutes !). On aurait ainsi pu grincer des dents en constatant que le disque ne comporte que huit nouveaux titres mais avec près d’une heure de musique, on est priés de ne pas la ramener. Et n’allez pas croire qu’on nous l’a faite à l’envers en tirant sur la corde de morceaux qui n’en méritaient pas la moitié. Ceux-ci ont de l’étoffe, bifurquent, se dérobent, jouent avec nos sentiments, nous scotchent puis nous relâchent dans les airs. Hormis le très frontal « Step Into You »...

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DISCO EXPRESS #1 : Sonic Youth

DISCO EXPRESS #1 : Sonic Youth

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music! Sonic Youth (1982) : je suis toujours surpris de me rappeler que les débuts du groupe sonnaient très post punk. Les lignes de basse de « The Good and The Bad », « Burning Spear » et « I Dreamed I Dream » (peut-être le meilleur morceau), on pourrait prendre ça pour du PIL ou du early Cure. À part ça, ça ne déborde pas de mélodies (doux euphémisme) et le chant est peu présent. Il y a un côté cauchemar hitchcockien sur « I Don’t Want To Push It » avec des grattes hyper intenses et anxiogènes qui passeraient volontiers pour des violons. Ça triture, ça divague, ça fait mumuse avec les tournevis, ça se paluche sur Glenn Branca et Andy Warhol… Intéressant, c’est le mot. Pas non plus captivant. L’album ne comporte que 5 morceaux mais j’ai écouté la version rallongée avec les lives et on ne va pas se mentir, j’ai eu un peu de mal à réfréner les bâillements. Confusion Is Sex (plus Kill Yr Idols EP) (1983) : « (She’s In A) Bad Mood » est d’emblée plus percutante, les guitares s’affirment davantage. « Protect Me You » est assez hypnotique avec une Kim qui chuchote. Ils arrivent aussi à faire plus crade que des enregistrements pirates de « I Wanna Be Your Dog » et Iggy passe pour Elvis à côté des vociférations de Kim. La basse de « Inhuman » matraque, le chant est sous-mixé comme pas possible. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir (morceau-titre assez éprouvant). J’ai relevé la tête et l’ai agitée compulsivement sur « Brother James » (on est donc passé à l’EP Kill Yr Idols) mais il est probable que ce soit parce que j’ai poncé 1991, The year punk broke. En résumé, moi : « Je peux entrer ? » Le groupe : « non, mon petit, il va falloir encore patienter ». Bad Moon Rising (1985) : pas (encore) de révolution. Longs errements de Thurston pendant que les guitares tricotent autour de lui (« Society Is A Hole »), c’est toujours très expérimental et couvert de bruit, de la musique quasi hallucinogène sur « I Love Her All The Time ». Cela reste très arty mais on entrevoit des éclaircies mélodiques (« I’m Insane » bien qu’un brin...

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LANE – Pictures Of A Century

LANE – Pictures Of A Century

(Vicious Circle, 19 juin 2020) Effet collatéral de la pandémie, cette chronique a été (en partie) réécrite après l’annonce du report de l’attendu deuxième album de LANE, Pictures Of A Century pour ce mois de juin. Et au moment d’y revenir, l’artwork et le titre m’ont paru étrangement prophétiques à l’heure de la distanciation sociale devenue la norme pandémique. Comme m’est revenu en mémoire la pochette rouge sang prémonitoire de Strike, l’album des Thugs sorti en 1995 avant les grandes grèves. Pour les néophytes, il n’est jamais trop tard pour apprendre que LANE c’est transgénérationnel et familial. Des frères (2 familles différentes, les Belin et les Sourice), un père et son fils, un mélange de deux anciens groupes de deux générations distinctes, Daria et… Les Thugs. Signé chez Vicious Circle, juste un des plus beaux labels de France au passage, le quintet LANE remet donc le couvert, seulement un an après A Shiny Day, plus beau vrai-faux come-back de 2019. Alors forcément, chronique périlleuse car on aura souvent l’oreille qui frétille et un sourire aux lèvres au détour d’une rythmique où la basse galope derrière une batterie qui cavale. On sera toujours autant bluffé par cette science de l’électricité mélodique. Faut dire qu’un froid 12 décembre 1997, à 17 piges et pour mon premier concert ever, un (très) bon groupe angevin m’a tatoué une belle éthique de la musique qui ne m’a jamais quitté. L’objectivité de cette chronique risque donc (un tout petit peu) de souffrir. En 13 titres, LANE déroule ses fondamentaux. Il n’y aura pas de grosse révolution, c’est vrai. D’abord un premier titre lancé en éclaireur, « Voices » qui va mettre une bonne migraine à la concurrence. La spéciale, le morceau de moins de 3 minutes qui tue le game du noisy-rock mélodique (remember « Winnipeg »). Addictif. Les 4 lignes suivantes résonnent en plus de manière troublante ces derniers jours. Point de bonus. “To see the world, look at the core of your mind/No easy way to delete fakes and lies…/…To hear the world, listen to the vibes of your mind/No easy way to learn and trust a fact.” Du pur Th… LANE, (pardon, je le ferai plus). Comme les titres court format (2-3 minutes) qui occupent un bon tiers de l’album. Joués pied au plancher, la batterie qui claque, basse en avant avec 3 guitares, ça marche toujours (« Voices » donc, « Black Gloves » et son refrain frondeur, « Sing To The Last », « Family Life », et le moins réussi « Lollipop And Candy Cane »). Ce qu’on attendait (ou pas d’ailleurs), c’est le brin de nouveauté comme sur cette intro furax de « Discovery None ». Que le groupe nous surprenne, nous...

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Run The Jewels – RTJ4

Run The Jewels – RTJ4

(BMG, 5 juin 2020) On est entre nous, je peux y aller de ma confidence inavouable : Run The Jewels, ça n’a jamais vraiment été mon truc. Oh bien sûr, j’éprouve le plus grand respect pour El-P. Def Jux, Cannibal Ox, sa carrière solo… Ça vous pose un homme. Oh évidemment, Killer Mike porte bien son nom, son flow est assez irrésistible et il y a bien quelques morceaux de RTJ qui m’ont fait remuer la tête ces dernières années mais rien qui ne m’ait poussé à me plonger à corps perdu dans leur discographie. Alors qu’est-ce que je fous là, me direz-vous ? Et bien déjà, la liste d’invités m’a titillé. Et puis, j’ai vu passer plusieurs avis dithyrambiques alors j’y suis allé, la fleur au fusil. Et j’ai pris ma tarte. Ce qui me rebutait quelque peu jusque-là, c’était peut-être la modernité du son de RTJ. Moi et mes 90s, rien à faire, je suis bloqué. Agitez-moi du « génial Kendrick » et je retourne bouffer du Wu-Tang. Prosternez-vous devant « l’inégalable Kanye » et je me refais une cure de Cypress. Mais ils sont malins chez RTJ. Pour coincer les esprits obtus comme le mien, ils ont rappelé une vieille légende d’antan. Et comme DJ Premier ne vient jamais les mains vides, il sort ici de sa manche de bons vieux scratches pour agrémenter une boucle de piano fantastique sur un morceau qui fait non seulement référence à ODB et Jeru The Damaja mais nous administre en outre un refrain absolument jouissif (« Ooooh la la ah wee weeee »). Il ne m’en fallait pas plus, je frémis de bonheur et je maintiens la touche repeat enfoncée… À tort ! Car ce disque, tout moderne qu’il est, n’a rien de la production jetable, à consommer rapidement et à balancer par la fenêtre ensuite ou à noyer au milieu d’une playlist sans âme. Ce disque est un tout, terriblement percutant, étonnamment complexe et pourtant immédiatement accrocheur, formidablement varié et néanmoins remarquablement cohérent. Qu’ils y mettent des sonorités dub (« Holy Calamafuck »), electro (« Never Look Back »), une basse qui fait trembler toutes les fondations de mon immeuble (« Goonies vs. E.T. »), qu’ils samplent du Gang Of Four (« The Ground Below » qui reprend le riff inoubliable de « Ether ») ou qu’ils fassent du rap sombre et crasseux façon Dälek (« Yankee and The Brave » (ep. 4) »), Run The Jewels anéantissent tout, à commencer par les convictions de chroniqueurs bornés. Ce disque est de ceux qui vous donnent ce surplus d’excitation au réveil quand vous vous dites « hey, la vie est belle, j’ai un putain d’album à écouter ! ». Hey, je vais retrouver mon Zack de la Rocha adoré. Ce bon vieux Zack, sans doute terré au...

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Paradise Lost – Draconian Times

Paradise Lost – Draconian Times

(Relativity, 12 juin 1995) « The New Metallica! Paradise Lost! The Band You Need to Hear! » Voilà ce que titrait le magazine Kerrang! en juin 1995 (la preuve en image) avec à sa une Nick Holmes, le chanteur de la formation de Halifax, Yorkshire. À cette époque, Paradise Lost était sur toutes les lèvres dans le milieu metal. Icon, leur quatrième album, qui les voyait sortir un peu plus du doom/death de leurs débuts et contenait les micros tubes « Embers Fire » et « True Belief » avait déjà attiré l’attention sur le groupe mais il se murmurait que le disque suivant les propulserait sur le devant de la scène metal britannique. Bien que n’étant pas signé sur une major mais juste sur un gros indépendant, Music for Nations, Paradise Lost semblait bien parti pour faire son Black Album. Paradise Lost ne s’était pourtant pas payé les services d’un Bob Rock. Le producteur de Draconian Times était Simon Effemey, qui avait déjà produit Shades of God et Icon. Cependant, le fait qu’il y ait déjà eu une grosse évolution dans le son et les compositions du groupe entre ces deux albums laissait espérer un nouveau virage stylistique. L’une des grandes caractéristiques de Draconian Times fut de décevoir ces attentes, mais de les décevoir en bien. L’album n’allait finalement pas tourner le dos à Icon. Si l’on veut vraiment faire une comparaison avec Metallica, on comparera les deux disques à Ride The Lightning et Master of Puppets, deux albums très semblables mais dont on sent que le second enfonce le clou du premier. Sur Shades of God, Paradise Lost s’était présenté comme une usine à riffs. Le disque regorgeait d’idées mais peut-être au détriment des compositions. Avec Icon, Paradise Lost avait raccourci les morceaux, varié un peu plus les tempos et s’était mis à composer des chansons plus mélodiques, des versions musclées du rock gothique des Sisters of Mercy, tout en gardant la lourdeur du doom et une voix mi-claire, mi-gutturale du plus bel effet. Draconian Times répète tout cela, mais le fait mieux. Gregor McIntosh, le guitariste et leader de la formation, a récemment déclaré préférer Icon car il lui semblait que Draconian Times était une redite. Je vais être obligé de le contredire : Icon est un très bon disque mais Draconian Times, lui, est l’un des dix meilleurs disques de metal de la décennie durant laquelle il est sorti, et ce n’est pas rien de dire cela d’une période qui a vu naître des disques comme Chaos A.D. de Sepultura ou In The Nightside Eclipse d’Emperor. Avec ce disque, Paradise Lost allait prendre un son prisé d’une poignée d’aficionados de gothic/doom et en faire quelque chose...

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Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

(À Tant Rêver du Roi/Grabuge Records, 12 juin 2020) Il est grand temps de retrouver les salles de concerts. D’abord parce que ça fait déjà plus de 3 mois depuis le dernier. Mais aussi, et surtout, parce que notre scène française émergente fourmille de groupes excitants. Des groupes qui ont besoin de jouer live pour se développer et exister. Après avoir été bluffé par Dakiniz et Versari, voici Cosse, qui a tourné en compagnie de Lysistrata et sort cet EP, Nothing Belongs to Anything, conjointement sur le label À Tant Rêver du Roi et sur Grabuge Records, la structure du groupe de Saintes. En à peine 5 titres, c’est peu dire que le groupe impressionne. Par un art subtil à brouiller les pistes. Dès le bien nommé « Welcome Newcomers », tu te croyais tranquille à te balader sur un sentier post-rock contemplatif et mélodique, qui n’est pas sans rappeler les regrettés Rien. Mais le chemin devient plus rude, escarpé, une voix t’interpelle, le tempo s’affole, tu cours, et là tu comprends. Comme Lysistrata, on a affaire à des petits malins qui ont jeté le manuel du post-rock par la fenêtre. On ne sera jamais tranquille. Toujours sur le qui-vive. Un plan math-rock va surgir derrière une rythmique métronomique à la Tortoise. Les guitares vont rugir sans crier gare. Et une belle voix féminine inattendue va nous faire chavirer. Je lui aurais bien rajouté une minute ou deux à ce très bon « Pin Skin ». Comme chez Rien, et aussi pour les boites de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. « Sun Forget Me », en 4 minutes propose sa dose de sucreries noisy. Mid-tempo tranquille, guitares tendues, ça gronde… et puis le petit bonbon acidulé, ce duo vocal et cette dernière minute qui s’envole ! Au passage, ç’a beau être un EP d’un groupe émergent, la production est impeccable, le son ample, les guitares énormes ! Et pour ne rien gâcher, l’artwork est superbe. Sur les 2 derniers titres, Cosse semble vouloir inviter ses nouveaux fans à ses prochains concerts. Ils font parler la poudre. D’abord sur « Seppuku », qui avance sur la pointe des guitares, avant de méchamment s’embraser. Ne jamais donner de bonbons à Mogwai après minuit (#doublejoke). Alors forcément, on finit on « The Ground », après avoir été bien secoués 6 minutes durant par des guitares bien plus menaçantes que sur le début du disque. Avec l’outro noisy qui va bien. Idéal pour terminer un set sauvage. Lysistrata ne s’est pas trompé pour sa nouvelle signature sur Grabuge Records. Ce Nothing Belongs to Anything est (plus que) prometteur et Cosse pourrait bien prendre la relève de Rien dans...

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PLAYLIST – Fuck racism!

PLAYLIST – Fuck racism!

Le retour à la réalité fut brutal. Comme à chaque élection présidentielle où on se souvient que notre brave pays est peuplé de demeurés aux idées d’un autre temps, on vient de se rappeler que, si l’esclavage est aboli, le racisme aux Etats-Unis est un fléau tenace. La police américaine a encore fait des siennes et réveillé de vieux démons. On n’est pas là pour faire de grands discours, ce n’est pas notre rôle, mais on s’est dit que pour lutter un peu contre ce contexte actuel désespérant et soutenir à notre manière ceux qui s’opposent à toutes formes de discrimination, un peu de musique sur ce thème ne ferait pas de mal à nos oreilles et à notre esprit. Voici donc 20 morceaux dénonçant le racisme et les exactions policières. Une fois n’est pas coutume, et ce n’est pas vraiment une surprise, vous trouverez dans cette playlist autant de rap que de rock. RIP George Floyd ainsi que toutes les victimes du racisme et de la connerie...

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No Age – Goons Be Gone

No Age – Goons Be Gone

(Drag City, 5 juin 2020) Porté aux nues par les chantres de la presse indie rock américaine à leurs débuts, No Age semble aujourd’hui susciter moins d’excitation de la part des « gens qui pèsent ». Pourtant, le duo nous a offerts l’imparable Snares Like A Haircut il y a deux ans seulement et remet déjà le couvert, reprenant ainsi un rythme plus conforme à ses débuts, alors qu’il avait fallu patienter cinq longues années entre les deux épisodes précédents. Le départ de Sub Pop pour Drag City en 2018 serait-il à l’origine de ce regain d’inspiration ? Difficile à dire, toujours est-il que la continuité est ici de mise et les fidèles ne seront pas déboussolés. Morceaux frontaux d’un côté, rêveries shoegaze de l’autre. Cette faculté à exceller dans les deux registres et à faire cohabiter ces deux facettes constituent pour beaucoup l’un des points forts du groupe mais il est à double tranchant. Sur l’album précédent, le choix était fait d’attaquer pied au plancher puis de redescendre en douceur. Ici, les coups de sang sont en alternance avec les errances en plein brouillard. Rien de tel qu’un bon coup de pied au cul après avoir comaté la bouche ouverte un peu trop longtemps. Ainsi « Smoothie » déboule sur coussins d’air après une entame plus musclée (« Sandalwood » punky en diable avec une touche MBV tout de même – on ne se refait pas – et « Feeler », indie rock remuant bien troussé). Quant à l’entrainante « War Dance » (dans un tout autre style que celle de Killing Joke), elle est d’emblée contrebalancée par « Toes In The Water » tournant au ralenti, noyée sous les samples, les saturations excessives et les couches d’effets multiples (mais non dénuée de mélodie soyeuse). Du pur toegaze ou je ne m’y connais pas. Il existe donc bien des raisons de s’enthousiasmer mais sachons raison garder. L’avenir nous le confirmera sans doute car le présent laisse une maigre place au doute : si ce Goons Been Gone ne manque ni de maitrise, ni d’idées ni de mélodies accrocheuses (« Turned To String », le riff saignant et jouissif de « Head Sport Full Face », « Agitating Moss » qui rappellera « Ex Lion Tamer » de Wire, le tas de crasse qui va avec), il semble tout de même évoluer un cran en-dessous de son prédécesseur qui alignait bombes sur bombes dans le plus grand des calmes. Il n’en demeure pas moins que No Age évolue toujours dans son petit monde à part, l’énergie dégagée par Randall et Spunt est toujours aussi communicative et il n’y a là pas grand-chose à jeter (tout juste peut-on négliger la redondante « A Sigh Clicks » et l’étrange interlude « Working...

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