Camilla Sparksss – Brutal

Camilla Sparksss – Brutal

(On The Camper, 5 avril 2019) Peter Kernel n’est pas ce qu’on pourrait appeler un groupe prévisible. Vraiment pas. Malgré des comparaisons insistantes (et encombrantes) avec Sonic Youth (surtout au début de leur carrière), le groupe excelle dans la remise en question et l’effet de surprise permanent grâce aux personnalités bien marquées de ses deux têtes pensantes : Barbara Lehnoff et Aris Bassetti. Beaucoup se contenteraient donc de cela mais visiblement cela ne suffit pas à Barbara. Barbara se doit de satisfaire sa créativité bouillonnante. Pour cela, elle enfile parfois son costume de Camilla Sparksss et s’éclate. Brutal est le deuxième album de Camilla/Barbara (même si Aris y a grandement contribué). Brutal il l’est, indéniablement. Mais sans oublier d’être subtil, heureusement. L’intro (“Forget”) est contemplative et intrigante, perturbée par d’étranges sons électro venus brouiller les pistes. Les interrogations affluent, on est encore au round d’observation. Et puis, nous voilà largués en plein Orient, et sacrément désorientés (“Are You OK?”). L’Orient ou l’Afrique d’ailleurs ? Les darboukas sèment le trouble. Peu importe, nous voilà au milieu d’une foule en liesse, dansant et oubliant le reste. C’est aussi ça qui lui plait à Camilla, nous laisser errer le regard perdu, ne sachant bien si ce sont nos neurones qui sont sollicités (la rêveuse “Messing With You”, l’étrange “She’s A Dream” qui évoque parfois une BO de film noir) ou nos jambes qui doivent s’agiter (aucun doute sur la très dancefloor “So What”, sa basse intenable et sa punchline “I died once, i can die twice“). Dès lors qu’on cesse de se poser des questions, qu’on se laisse aller sans calcul à cette musique finalement bien plus primitive qu’elle peut en avoir l’air, l’écoute devient jubilatoire et addictive (le single “Womanized”, sacrément captivant). Si on se sent un peu moins concernés par la deuxième partie du disque, à mesure que l’aspect noisy de Camilla Sparksss reprend le dessus sur les mélodies (la rude “Walt Deathney” qui ne nous ménage guère), cet amoncellement de morceaux bigarrés parvient à faire étonnamment sens. Le charisme vocal de Barbara s’occupe du reste et nos tripes sont bien remuées sur la puissante “Sorry”, conclusion de l’album où les derniers mots sont scandés avec une intensité qui va crescendo… Rideau. Une fin brutale. Et un peu triste aussi car vite arrivée alors qu’on s’amusait bien. Camilla, Barbara, Aris, Peter… Revenez quand vous voulez ! Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE PETER KERNEL – THRILL...

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Pamplemousse – High Strung

Pamplemousse – High Strung

(A Tant Rêver Du Roi, 19 avril 2019) Ne pas tergiverser, foncer dans le tas. Telle pourrait être la devise de Pamplemousse. On serait tentés de ricaner à la simple évocation de leur nom, mais on est calmés d’emblée par “High Strung”, déferlante noisy punk monstrueuse d’efficacité, jouée couteau entre les dents. Plus personne ne moufte alors. Pour collecter tout son jus (premier et dernier jeu de mots douteux), Pamplemousse est passé entre les mains de Peter Deimel, expert ès administrations de torgnoles qui a prodigué ses services à des poètes comme Shellac, Chokebore, Cows ou We Insist!, plus près de chez nous. En résulte un album particulièrement massif et généreux en dissonances jouissives. On ne peut décemment pas rester de marbre face à ces réunionnais qui prennent parfois l’accent de Chicago ou Washington (“Space Out” et son break Fugazien, dont la basse nous fait boire le calice jusqu’à Lally). Fabuleux exutoire, “Losing Control” porte remarquablement son nom. Le chanteur aime bien nous gueuler dessus et le fait avec un certain aplomb, quand il n’évolue pas aux confins de l’hystérie (“Porcelain” où l’assaut des guitares est tel qu’on comprend aisément qu’il puisse y perdre son latin). Les amplis en chient, les guitares sont au supplice, les fûts martelés jusqu’à plus soif, mais cela ne nous prive pas de subtilités (la basse bluesy vicelarde de “Heebie Jeebies” où des records de vitesse sont pourtant battus, “Back In LA” qui nous amadoue habilement avec son intro sur la retenue… seuls les plus naïfs n’auront pas vu venir la dérouillée qui suit). High Strung constitue un formidable cocktail de rage et puissance, comme on l’affectionne du côté de Metz (les canadiens, pas les lorrains). Du bruit, beaucoup de bruit mais jamais pour rien puisque les mélodies ne manquent pas à l’appel, pêché parfois pas si mignon de ces mêmes canadiens. Une fois les 33 minutes défilées vitesse grand v, nous voilà cul par terre, langue pendue et yeux hébétés. On dit alors 33 et on quémande la prochaine raclée. Jonathan Lopez Chronique à retrouver également dans New Noise #48...

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FACS – Lifelike

FACS – Lifelike

(Trouble In Mind, 29 mars 2019) Décidément entre le nouvel album (très bon mais très sombre) de Psychotic Monks et celui de Facs (qui fait suite au très bon mais très sombre premier album Negative Houses), on ne se fend pas vraiment la poire en écoutant des disques en ce moment. C’est pas le but non plus me direz-vous, d’autant que généralement “disques où on se fend la poire” rime avec “merde en barre”. Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, FACS est le nouveau projet de Brian Case et Noah Leger, anciens membres de Disappears (accompagnés de Alianna Kalaba à la basse), un groupe dont on pleurait à chaudes larmes la disparition et qui nous est réapparu sous une autre forme. Lifelike ne se sera guère fait attendre, un an seulement après son prédécesseur et opérant dans une parfaite continuité. On n’osera pas parler d’EP pour ce disque car les 6 titres qui le composent s’étendent sur près de 30 minutes. 30 minutes d’un rock fiévreux et intimidant, sans le moindre compromis où se côtoient gaiement chant habité et angoissant, guitares grinçantes et basses caverneuses. On rase les murs mais on se souvient qu’il n’y a rien à craindre avec ces gars-là, si ce n’est se faire happer par des mélodies pernicieuses, et elles sont encore là, jaillissant des ténèbres (“Another Country”, “In Time”, “XUXA”). Ceux en quête d’une utopique éclaircie attendront le déluge et encaisseront plutôt en guise de représailles une “Loom State” glaciale d’une lenteur effroyable. Moins rébarbative, “Total History” conclut l’expérience (c’est toujours une expérience d’écouter FACS ou Disappears) en s’enfonçant peu à peu dans un inexorable crescendo noisy, procurant à ceux qui ont les nerfs solides un certain goût de l’apocalypse. Noir c’est noir, mais l’espoir est bien là. L’espoir que l’aventure FACS se révèle aussi passionnante que celle de Disappears. Il reste du chemin à parcourir mais ça démarre bien. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE DISAPPEARS –...

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PLAYLIST – Nirvana, l’anti best of

PLAYLIST – Nirvana, l’anti best of

© Charles Peterson Voilà 25 ans qu’on nous rebat les oreilles avec le suicide de Kurt Cobain et il est fort probable, du moins si vous avez de la chance et un minimum de bon goût, que vous ayez écouté au moins 25 fois les 4 albums de Nirvana (on n’est pas radin chez Exitmusik, on considère Incesticide comme un album). Il n’empêche que, trop entendus ou non, Kurt Cobain a composé de son vivant un nombre impressionnant de titres pas piqués des hannetons (on n’est pas radin chez Exitmusik, on ressort les expressions de mémé pour tous ceux qui les aiment ou qui voudraient les remettre à la mode). On vous a donc concocté une petite playlist des titres de Nirvana que vous avez peut-être moins écoutés que les autres mais qui défoncent tout quand même. Et c’est cadeau, on n’est pas radin chez Exitmusik… (Vous connaissez SoundsGood ? Non ? On vous explique*) Blackcondorguy *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. Certains morceaux ne sont présents que sur Youtube donc si vous optez pour un autre lecteur, il zappera directement au suivant. ÉCOUTEZ LA PLAYLIST DES 30 ANS DE SUB POP ÉCOUTEZ LA PLAYLIST SUR LE SEATTLE SOUND LIRE LA CHRONIQUE DE NEVERMIND LIRE LA CHRONIQUE DE IN UTERO LIRE LA CHRONIQUE DU MTV...

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PLAYLIST – Le Seattle Sound en 20 morceaux

PLAYLIST – Le Seattle Sound en 20 morceaux

Jour funeste de l’histoire du grunge, le 5 avril a vu la mort de deux icônes du genre, Kurt Cobain, il y a 25 ans de cela puis Layne Staley, merveilleuse voix d’Alice In Chains, parti huit ans plus tard. Ces tristes anniversaires constituent une (énième) occasion de se replonger dans l’incroyable scène de Seattle (et ses environs, on n’oublie pas que Nirvana est un groupe d’Aberdeen) des 90s. Nous avons donc choisi 20 morceaux de groupes, du plus fameux au plus confidentiel, à qui on a accolé l’étiquette grunge lorsque c’était hype, avant tout en raison de leur provenance géographique. Des groupes, au sein desquelles les connexions étaient multiples (nombreux sont les membres que l’on retrouve dans deux ou trois groupes différents) mais dont le son était parfois très éloigné (difficile de trouver des points communs entre Nirvana et Alice In Chains ou entre Melvins et Temple Of The Dog). Il ne tient qu’à vous de le vérifier. (Vous connaissez Sounds Good ? Non ? On vous explique*) On n’oublie pas Shawn Smith, chanteur de Brad (où officie également Stone Gossard de Pearl Jam), Satchel et Pigeonhed (avec Steve Fisk) qui nous a quitté vendredi dernier. Le 5 avril, donc. Un de plus. RIP Jonathan Lopez *Vous pouvez choisir le lecteur de votre choix pour écouter les morceaux, donc si vous n’êtes inscrit sur aucun d’entre eux, préférez Youtube ou Sound Cloud. Certains morceaux (ceux de My Sister’s Machine et Blood Circus) ne sont présents que sur Youtube donc si vous optez pour un autre lecteur, il zappera directement au suivant. ÉCOUTEZ LA PLAYLIST DES 30 ANS DE SUB POP LIRE L’ARTICLE SUR LA DISCOGRAPHIE DE SOUNDGARDEN LIRE LA CHRONIQUE DE TRULY – FAST STORIES… FROM KID COMA LIRE LA CHRONIQUE DE PEARL JAM – VS. LIRE LA CHRONIQUE DE PEARL JAM – VITALOGY LIRE LA CHRONIQUE DE NIRVANA – NEVERMIND LIRE LA CHRONIQUE DE NIRVANA – INCESTICIDE LIRE LA CHRONIQUE DE NIRVANA – IN UTERO LIRE LA CHRONIQUE DE NIRVANA – MTV UNPLUGGED LIRE LA CHRONIQUE DE GREEN RIVER – DRY AS A BONE/REHAB...

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The Psychotic Monks – Private Meaning First

The Psychotic Monks – Private Meaning First

(Vicious Circle, 29 mars 2019) Mais qui sont ces moines psychotiques dont vous n’aviez jamais entendu parler il y a à peine un an et dont le nom circule depuis dans tous vos médias alternatifs préférés ? Déjà, ils sont chez Vicious Circle qui compte en ses rangs beaucoup de vos artistes préférés (Troy Von Balthazar, Shannon Wright, It It Anita, Lysistrata…). Ensuite, ils ont fait grand bruit lors de leurs passages à Rock En Seine et aux Transmusicales l’an dernier. Et pour m’être rendu à Rock En Seine qui avait oublié de programmer du rock l’an dernier, croyez-moi ça faisait du bien. Il n’est pas toujours évident de découvrir un groupe sur scène mais dans ce cas précis, rares sont ceux qui sont restés de marbre. Puissance, présence scénique, intensité, interprétations fiévreuses, ces vieux briscards d’une vingtaine d’années connaissent leur affaire. A l’inverse de leurs concerts qui vous percutent de plein fouet, vous font vivre une expérience frontale chargée d’électricité, il n’est pas chose aisée de s’imprégner de Private Meaning First. Un disque divisé en deux chapitres, pas de quoi effrayer de prime abord mais ça vous donne quand même une petite idée de l’ambition de la bête. Dire qu’il nécessite bon nombre d’écoutes semble être le moindre des avertissements. Les Psychotic Monks aiment la complexité et leur deuxième album ne s’offre certainement pas aux premiers venus. En lançant l’écoute la première fois, vous aurez un peu le sentiment de vous retrouver au pied d’une immense pyramide, persuadé qu’elle recèle bien des trésors, mais bien incapable d’en trouver l’entrée. Bref, vous tournerez en rond avec l’air con. Et frustré. Et puis, à force de guetter la moindre ouverture, vous apercevrez une brèche bien planquée et vous y engouffrerez. Pour n’en ressortir que bien plus tard, après une visite approfondie. Le premier chapitre s’ouvre sur l’intrigante “(Every Word Has To Be Told) Pale Dream”. Atmosphère pesante, mots murmurés, dérouillée à venir. Et puis c’est l’heure d’en prendre plein la gueule, plein les dents avec l’imposante et perchée “Isolation” qui renvoie aux géniaux Disappears. Les guitares sont sèches comme des coups de trique, la rythmique martelée, la menace à peine voilée. Entre psychédélisme sombre et mastodonte sans pitié. Plus incisive et moins sournoise, “A Coherent Appearance” dégaine des riffs sauvages qui finiront par se mettre en retrait progressivement pour mieux laisser libre cours au BRUIT, à l’INCERTITUDE, à LA FOLIE. Ces moines-là ne vous prendront jamais la main pour vous guider en toute tranquillité là où vous êtes bien, ils préfèrent vous larguer en plein chaos. “Minor Division”, pièce majeure du disque, qui ferait passer Joy Division pour un groupe de zouk, s’achève ainsi dans la plus grande confusion et...

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Interview – Dälek

Interview – Dälek

Depuis qu’il a réactivé Dälek en 2015 après un hiatus de 4 ans, Will Brooks fait preuve d’une grande productivité : 2 albums, un EP et une collaboration excitante et très réussie avec Hans Joachim Irmler (Faust), Mats Gustafsson, Andreas Werliin et Mike Mare (son comparse de Dälek) sous le nom d’Anguish, le rappeur ne manque pas d’inspiration. Il faut dire que l’actualité est particulièrement chargée en ce moment et lorsqu’on aborde le sujet politique, le bonhomme a de la conversation. Si ses disques terriblement sombres et bruitistes malmènent nos tympans depuis plus de 20 ans, l’homme se révèle quant à lui extrêmement bienveillant, d’une grande douceur et animé d’une passion sans borne pour la musique. “Le hip hop est une des rares formes d’art qui semblent parfois s’adresser seulement à certaines catégories d’âge, et je veux vraiment essayer de briser ça, de le pousser plus loin. De faire du rap d’adulte (rires).” Tu viens d’annoncer sur les réseaux sociaux un nouvel EP à venir (l’interview a été réalisée le 2 février, ndr). Tu peux nous en dire plus ?Oui, ça sort fin mars, début avril sur le label allemand Exile From Mainstream. On les connait depuis toujours, on sort ça à l’occasion du festival pour le 20e anniversaire du label. On n’a jamais rien sorti sur ce label encore donc on tenait à le faire. Il ne devait y avoir que 3 morceaux, finalement il y en a 6, c’est presque comme un nouveau projet. C’est super ! Il y a deux chansons qui étaient déjà sur Endangered Philosophies, une qui n’est sortie qu’en digital et trois nouvelles. Ce sera donc uniquement sur ce label allemand, pas sur Ipecac ?Non, pas sur Ipecac. On sort parfois des trucs uniquement destinés au vinyle. Il n’y aura rien en digital avant la sortie sur vinyle, on décidera ensuite ce qu’on fait, peut-être qu’il y aura une sortie aux Etats-Unis, du digital. Peut-être pas… C’est encore à déterminer. Tu viens de sortir le projet Anguish qui mélange des influences hip hop, electro, jazz. Qu’est-ce que tu retiens de cette collaboration ?On a réussi à créer un truc quelque part entre le monde de Dälek, de Faust et du free jazz. Du hip hop noisy croisé avec du free jazz et du krautrock. C’est devenu un truc unique. On l’a enregistré en trois jours seulement, aux studios Yochaum, en Allemagne, puis mixé en quelques jours. On est très contents de ce projet. Il y a des éléments de Dälek et de chaque personne impliquée mais c’est clairement quelque chose de très particulier. Ça t’a permis de creuser de nouvelles expérimentations ?Oui, ça emprunte vraiment des directions qu’on n’avait pas empruntées jusque-là. C’est...

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PLAYLIST – Sebadoh en 20 morceaux

PLAYLIST – Sebadoh en 20 morceaux

Sebadoh, c’est 30 ans de rock lo-fi qui fait le grand écart entre l’intimiste déchirant et le bruit déjanté, porté par trois compositeurs (même si l’un des trois a lâché le groupe il y a bien longtemps) qui écrivent chacun une musique totalement personnelle, une tambouille qui se fait presque chacun dans son coin et produit au final un répertoire de morceaux qui se retrouvent dans le haut du panier en termes de musique rock au sens large. Pour célébrer cette longévité et patienter un peu avant la sortie imminente de leur nouvel album, nous nous sommes lancés dans la lourde tâche de ne retenir que 20 titres de leur excellente discographie. LIRE LA CHRONIQUE DE DEFEND YOURSELF LIRE LA CHRONIQUE DE LOU BARLOW – BRACE THE WAVE LIRE LE REPORT DU CONCERT DE LOU BARLOW AU POINT EPHEMERE EN 2015 ECOUTEZ LA PLAYLIST DES 30 ANS DE SUB...

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Sleaford Mods – Eton Alive

Sleaford Mods – Eton Alive

(Extreme Eating, 22 février 2019) Les Sleaford Mods ont un problème : ils sont trop bons. Trop bons dans leur registre qu’ils ont plus ou moins inventé. Tellement efficaces qu’ils déroulent à la perfection depuis des années leur hip hopost punk avec l’impression de ne pas trop se fouler, sans perdre une once d’efficacité mais sans provoquer à nouveau la même étincelle qu’à leurs débuts. On n’a jamais cessé de remuer la tête à l’écoute de n’importe lequel de leurs morceaux mais on avait cessé de guetter la moindre de leurs sorties avec excitation. Il fallait donc que ça change, et c’est chose faite. Le premier symbole de ce changement n’est pas anodin, Sleaford Mods a décidé de grandir encore un peu plus en créant son propre label, Extreme Eating Records, pour mieux voler de ses propres ailes. Adieu Rough Trade, bonjour la liberté ! Pour ce qui est du contenu de Eton Alive, que les grands inquiets se rassurent, les repères sont toujours là. Le monde ne va pas mieux, le Brexit se rapproche, Jason a toujours la rage et il demeure l’actuelle meilleure voix des sans-voix (« of course we are fucking relevant! » clame-t-il). Son flow est toujours aussi percutant, tout le monde en prend plein la gueule (y compris les groupes indie rock à la mode « We ain’t shoeshine boys for fakers. Bingo punks with Rickenbackers » ou même… Graham Coxon qui « looks like a left-wing Boris Johnson ») et sa plume vise toujours les mêmes cibles (consumérisme, médias, injustice sociale…) avec un savant mélange d’exaspération et d’ironie mordante. Mais Jason chante aussi, de plus en plus et de mieux en mieux (“Policy Cream”, “When You Come Up To Me”, “Firewall” ou même sur le refrain de la furieuse “Kebab Spider”). Et le bonhomme est si entrainant qu’il est difficile de ne pas se mettre à chanter à ses côtés. Quant au son, il y a du nouveau aussi, si le minimalisme est toujours de mise, si Andrew Fearn est toujours aussi avare en sonorités que son comparse est généreux en mots débités, il a également élargi son registre. Ainsi, la géniale “OBCT” et sa basse d’outre-tombe so post punk se voit agrémentée d’un improbable solo de kazoo tout bonnement jouissif, “Top It Up” vient errer dans des territoires jungle et sur “Discourse” Jason semble cavaler après une sonnerie de téléphone. C’est con mais c’est bon. Des surprises bienvenues donc et, de temps en temps, une remise au poing pour bien rappeler qu’ils ne blaguent pas pour autant, comme ce “Flipside” au beat hystérique ou “Subtraction” qui suinte l’anxiété de toutes parts. Les Sleaford Mods ne s’assagiront jamais (ouf), continuent de nous lâcher des “Big Burt” à...

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