Interview – Colleen Green (et chronique de I Want To Grow Up)

Interview – Colleen Green (et chronique de I Want To Grow Up)

Colleen Green – I Want To Grow Up Il y a cinq ans, je passais sans le savoir à côté d’un album qui allait devenir un de mes préférés de la décennie. Mais comme on aime les anniversaires chez Exitmusik, je me permets de me rattraper pour essayer de vous expliquer pourquoi je pense qu’I Want To Grow Up est un grand disque. Beaucoup de gens considèrent que le rock est un style musical en déclin car il tourne sur lui-même, ne parvient plus à innover et donc n’est plus en mesure de proposer quelque chose de pertinent dans l’ère du temps. Si vous êtes un partisan de cette théorie, ce n’est certainement pas une première écoute de cet album qui vous fera changer d’avis. La musique de Colleen Green est référencée et elle-même ne s’en cache pas. On peut facilement savoir d’où elle vient, et on devine tout aussi aisément où elle veut en venir. Ce n’est pas très novateur, certes, puisqu’on retrouve là toute la culture musicale des années 80-90 que l’artiste a pu ingérer, mais c’est super bien fait. Non contente d’avoir digérée ses influences, elle sait les mélanger et les ressortir de façon pertinente et originale. Ce n’est pas une chanson énervée qui reprend le riff de « Drain You » de Nirvana, mais la mignonette « Wild One », il y a bien un pont shoegaze pour accompagner les ambiances plus oniriques du disque, mais il se trouve au milieu du morceau le plus punk « Grind My Teeth ». Surtout, l’utilisation de ces références est toujours au service des chansons, car au final, ce sont elles qui font l’album. Pourrait-on imaginer le morceau titre qui ouvre l’album autrement qu’avec ces guitares et cette batterie lourde qui appuient le propos des paroles (« j’en ai assez d’être immature/je veux être responsable/J’en ai assez de ne pas avoir confiance en moi/je veux être plus à l’aise ») et cette touche slacker qui lui apporte la dose parfaite de nonchalance pour faire parfaitement mouche ? Donc, déjà, Colleen Green prouve musicalement qu’elle a le talent de s’approprier ses références et d’en faire quelque chose d’unique et personnel. Mais j’appréhende I Want To Grow Up comme une œuvre plus globale où la thématique de grandir et de chercher à échapper à ses mauvaises habitudes est servie par de superbes chansons qui sont déjà excellentes si on les prend à part, mais qui se révèlent lorsqu’on les écoute à la suite, à l’image du diptyque « Things That Are Bad For Me ». Pour tout dire, même « Deeper Than Love » qui me hérisse un peu les poils par son côté Eurythmics, finit par me sembler sensuelle et tout à...

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Sing Backwards And Weep : plongée dans les ténèbres avec Mark Lanegan

Sing Backwards And Weep : plongée dans les ténèbres avec Mark Lanegan

(White Rabbit, 28 avril 2020) Qui n’a jamais fantasmé sur cette période (les 90s) et cette ville (Seattle) qui ont vu éclore tant de grands groupes (re)mettant la guitare à l’honneur ? Hormis deux ouvrages indispensables qui se distinguent nettement : Everybody loves our town de Mark Yarm et Grunge is dead de Greg Prato qui ont le grand mérite de donner la parole aux principaux protagonistes de l’époque, nous manquions jusqu’ici cruellement d’un témoignage fort et incarné racontant de l’intérieur l’avènement puis la décadence du grunge. Un vide comblé en partie aujourd’hui par l’autobiographie du grand Mark Lanegan, que personne à l’époque n’aurait imaginé toujours debout en 2020. Le bonhomme pour le moins cabossé se livre ici à cœur ouvert sur son parcours, de l’enfance à la fin des années 90, avec une honnêteté désarmante durant près de 350 pages qui font froid dans le dos. Sa jeunesse chaotique d’abord où, quasiment livré à lui-même, en échec scolaire retentissant, il commettait des délits à la pelle, sombrait dans l’alcool à un âge où on collectionne les autocollants, évitait la prison d’un rien, vadrouillait sans but ni destination sur sa Yamaha, la vision sévèrement embuée. Il fallut la musique pour le tirer de là. Et beaucoup de chance aussi, que d’autres n’auront pas. À commencer par deux de ses grands amis, son « petit frère » Kurt Cobain, à qui il vouait une admiration sans borne et avec qui il partageait nombre d’affinités musicales et de soirées défonce. Cobain qui l’avait appelé à plusieurs reprises, en vain, la veille de ce maudit 5 avril 1994, où il a décidé de se faire sauter le caisson. De quoi vous hanter jusqu’à la fin de vos jours… Et vous faire doubler votre consommation. Autre frère, « jumeau » celui-là, Layne Staley, aussi porté que lui sur l’auto-destruction et dont l’annonce du décès vient clore ce livre, alors même que, lui, prenait enfin le dessus sur son addiction. Outre ses comparses accros à la piquouze, auxquels ont peut ajouter Dylan Carlson, lui aussi miraculeusement rescapé, on croise bon nombre d’illustres musiciens de Seattle (Jerry Cantrell, Chris Cornell, Mark Arm, Steve Turner, Mike McCready…) ou d’ailleurs (Greg Sage des Wipers, J Mascis, le héros devenu ami Jeffrey Lee Pierce du Gun Club, Liam Gallagher qui frise le passage à tabac, Johnny Cash, Nick Cave, Josh Homme, seul complice de la fin de carrière des Trees, à qui il en aura fait voir des cocasses…). Aucun sujet n’est éludé, aucun faux-semblant à déplorer et il arrive fréquemment de ressentir une gêne profonde à la lecture de ces histoires crues de sexe, drogues et, donc, de rock’n roll, heureusement. Même s’il s’agit ici principalement de ses années Screaming Trees,...

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LE COIN BD // Maestros (Steve Skroce, Dave Stewart)

LE COIN BD // Maestros (Steve Skroce, Dave Stewart)

(HiComics, 2019) Depuis 2018, l’éditeur HiComics (la branche comics du groupe Bragelonne) construit son catalogue autour de deux axes forts : grosses licences (Rick & Morty, Les Tortues Ninja) et trouvailles indé. Cette ligne éditoriale, emmenée par le bien connu Sullivan Rouaud, permet de mettre en valeur certaines pépites qui peuvent passer sous le radar des lecteurs VO face à la masse de parutions hebdomadaires. Ce Maestros s’inscrit dans cette lignée. On doit ces sept épisodes (qui forment une histoire complète) au dessinateur et scénariste Steve Skroce. Passé par Marvel et DC puis story-boarder notamment pour les Wachowski, il remet le pied dans le comics indé en 2015 avec le grand Brian K. Vaughan (Y, The Last Man, Saga) sur We Stand On Guard. Américain de son état civil, le bonhomme propose pourtant avec Maestros une histoire très british, un trip barré et irrévérencieux que n’auraient pas renié Neil Gaiman, Terry Pratchett ou Garth Ennis. Voyez plutôt : le plus puissant sorcier qui ait jamais existé, le Maestro, tout de même coupable d’avoir créé la Terre, a été assassiné. Son fils Will, joyeux luron moitié terrien et banni du royaume de son père car pas vraiment adapté aux coutumes locales, hérite du trône, bien décidé à tout changer. Et forcément, rien ne va se dérouler simplement. © Steve Skroce / Dave Stewart / HiComics / Image Comics Sur cette base, Skroce met en place une intrigue ultra rythmée dans un trip mêlant situations ubuesques, références pop, moments gores, grosses bastons magiques et humour (parfois très) gras. À l’image du Maestro aux pouvoirs magiques presque illimités, l’auteur ne se met aucune barrière : ça pète, ça explose, ça ressuscite et re-pète dans un joyeux bordel tout aussi jouissif que maîtrisé tout du long. Le personnage de Will se fait le héraut du second degré permanent adopté par Skroce. C’est un héros à la coule, un branleur instantanément sympathique aux aspirations de gauche trop extrêmes pour un royaume aux relations sociales ultra verticales. Même si tout va très vite et que le récit est bref, l’auteur parvient à caractériser le reste du casting de manière satisfaisante et dépeint un univers très accrocheur sans jamais tomber dans le parodique. Le scénario est bien ficelé mais c’est surtout le charme fou (au sens premier du terme) qui se dégage du volume qui apporte toute sa saveur au titre. Steve Skroce est également un excellent dessinateur. Ses planches inventives rendent le récit immédiatement immersif (le premier numéro est en ce sens un modèle d’introduction) et apportent un vrai plus à la narration. Son style détaillé fourmille de bonnes idées que ce soit sur des double-pages épiques ou sur les expressions faciales durant les dialogues. Il...

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DISCO EXPRESS #1 : Sonic Youth

DISCO EXPRESS #1 : Sonic Youth

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music! Sonic Youth (1982) : je suis toujours surpris de me rappeler que les débuts du groupe sonnaient très post punk. Les lignes de basse de « The Good and The Bad », « Burning Spear » et « I Dreamed I Dream » (peut-être le meilleur morceau), on pourrait prendre ça pour du PIL ou du early Cure. À part ça, ça ne déborde pas de mélodies (doux euphémisme) et le chant est peu présent. Il y a un côté cauchemar hitchcockien sur « I Don’t Want To Push It » avec des grattes hyper intenses et anxiogènes qui passeraient volontiers pour des violons. Ça triture, ça divague, ça fait mumuse avec les tournevis, ça se paluche sur Glenn Branca et Andy Warhol… Intéressant, c’est le mot. Pas non plus captivant. L’album ne comporte que 5 morceaux mais j’ai écouté la version rallongée avec les lives et on ne va pas se mentir, j’ai eu un peu de mal à réfréner les bâillements. Confusion Is Sex (plus Kill Yr Idols EP) (1983) : « (She’s In A) Bad Mood » est d’emblée plus percutante, les guitares s’affirment davantage. « Protect Me You » est assez hypnotique avec une Kim qui chuchote. Ils arrivent aussi à faire plus crade que des enregistrements pirates de « I Wanna Be Your Dog » et Iggy passe pour Elvis à côté des vociférations de Kim. La basse de « Inhuman » matraque, le chant est sous-mixé comme pas possible. Ce n’est pas toujours une partie de plaisir (morceau-titre assez éprouvant). J’ai relevé la tête et l’ai agitée compulsivement sur « Brother James » (on est donc passé à l’EP Kill Yr Idols) mais il est probable que ce soit parce que j’ai poncé 1991, The year punk broke. En résumé, moi : « Je peux entrer ? » Le groupe : « non, mon petit, il va falloir encore patienter ». Bad Moon Rising (1985) : pas (encore) de révolution. Longs errements de Thurston pendant que les guitares tricotent autour de lui (« Society Is A Hole »), c’est toujours très expérimental et couvert de bruit, de la musique quasi hallucinogène sur « I Love Her All The Time ». Cela reste très arty mais on entrevoit des éclaircies mélodiques (« I’m Insane » bien qu’un brin...

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Red Medicine de Fugazi a 25 ans. Chronique

Red Medicine de Fugazi a 25 ans. Chronique

(Dischord, 12 juin 1995) Après une féroce intro noisy chargée de faire fuir les moins vaillants, on nous ressert un groove démoniaque. Fugazi’s back. « Do You Like Me » fait mine de s’interroger ce fripon de Picciotto qui connaît parfaitement la réponse, à moins qu’il ne souffre d’un complexe d’infériorité face à son pote au bonnet. WE DO LOVE YOU. ALL OF YOU. Amoureux transis même lorsque survient dans la foulée la fabuleuse « Bed For The Scraping ». Sa basse terrible, ses guitares hystériques (le retour de la boucle qui rend dingo) et Ian en mode pétage de plombs. On pourrait alors croire assister à l’acte 4 de la leçon mais ce début d’album n’est qu’un leurre et le public punk du groupe, probablement déjà un peu paumé par les trois premiers disques, ne va pas tarder à être semé pour de bon. Le quatuor ne se contente pas ici de réciter sa formule maîtrisée sur le bout des doigts, sur laquelle tout le monde se touche depuis maintenant cinq ans et cet incroyable Repeater. Parfaitement conscient d’être au-dessus de tout, le groupe se dit qu’il a désormais suffisamment de bouteille (pas n’importe quelles bouteilles, Ian veille au grain !), non seulement pour remettre la main sur la table de mixage en se passant de producteur (comme pour Steady Diet Of Nothing, le deuxième acte), mais aussi pour se permettre quelques excentricités. Fugazi invite ainsi une clarinette sur l’invraisemblable “Version”, portée par la basse de ce motherdubber de Lally. Parce que pourquoi pas. Qui se souvient alors que MacKaye est le type qui clouait tout le monde au mur en 1’30 quelques années plus tôt ? Dans un autre délire, sur « Birthday pony » on fait mumuse en intro avec des chaises qui crissent, des coups de cymbale hors de propos, trois notes de piano et des cris de demeurés, avant que Ian n’entonne son « This is a birthday pony » d’un air un rien débilos. C’est aussi foutraque qu’irrésistible. Sur l’instrumentale « Combination Lock », la section rythmique démentielle nous fait de nouveau frétiller les guiboles. Et Joe Lally a ensuite droit à son heure de gloire, s’emparant du micro sur « By You », tandis que les guitares dissonantes fusent d’une oreille à l’autre (au casque, c’est la guerre). Le tout s’achève dans un joyeux combat de larsens livré par les artilleurs en chef MacKaye-Picciotto. Mais Red Medicine, c’est aussi la très touchante et presque maladive « Forensic Scene » introduite par une basse rampante, suivie du chant sur le fil de Picciotto. Sommet d’EMOtion. Le gars Guy qu’on retrouve également à son meilleur sur « Long Distance Runner », non sans un petit coucou...

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Interview – Shea Roberts (The Richmond Sluts)

Interview – Shea Roberts (The Richmond Sluts)

On dit que les interviews organisées en dernière minute et non préparées sont les meilleures, voyons ce qu’il en est en cette soirée du 7 février 2019 où j’ai la chance de revoir Shea Roberts, chanteur des Richmond Sluts (pour rappel, même Rock & Folk classe le premier album des Sluts parmi les 500 meilleurs de tous les temps). Nous sommes chez lui, dans le centre de San Francisco, dans le quartier de “Tendernob” (contraction intentée par Shea entre Tenderloin et Nob Hill). Il estime que ce quartier résistera à la gentrification car il y a trop de SDF et de tox autour des centres sociaux du coin. Il vit ici depuis plus de 10 ans. Son chez-lui lui ressemble. Avant l’interview, on écoute des oldies du Pérou, des soundtracks de films soft porn des 70’s, du psychédélique de Turquie… Et on s’y met ! Shea a eu une année assez dense avec une participation croissante dans le groupe Natural Pear de son ami de toujours, Jérémie. Ensuite son album solo dont nous allons reparler en détail. Enfin, plusieurs nouveaux morceaux pour un futur album des Sluts prévu cette année. Pour ce dernier, Chris Beltran et lui ont recommencé à composer ensemble. Idem avec Jessie Nichols et Justin. Le groupe fera quelques shows au printemps afin de tester les morceaux et l’enregistrement se fera dans le nouveau studio de Jessie à Oakland. Comme toujours, me dit Shea, les premières prises sont les meilleures, quand personne du groupe ne connait les morceaux. Shea a écrit l’essentiel du dernier LP des Sluts mais il souhaite revenir à beaucoup plus de contributions de chacun, dans l’esprit Richmond Sluts. Le prochain sera un retour aux sources “garage”, sans aucun doute.  On parle ensuite de son nouvel album solo, disponible sur Bandcamp et dont le pitch mentionne un style Americana. J’avoue que, comme beaucoup d’européens sans doute, je ne vois pas bien ce qu’est l’Americana. Non, ce n’est pas exactement de la country, genre tout à fait respectable s’il date d’avant 1978, me glisse Shea avec cette étrange précision. Non, au départ, c’est la musique des pionniers, les hymnes entonnées par les marins ou les aventuriers au coin du feu. Shea a toujours composé des tracks dans le genre, mais jamais avec l’intention de sortir quoi que ce soit. En fait, son ami Chris Beltran a forcé le destin en annonçant largement cette sortie qui n’en était pas une au départ. Les paroles parlent de son histoire ou racontent des histoires du coin, comme cette prostituée qui raconte à Shea qu’un type venait la payer régulièrement, sans que rien ne se passe, simplement pour la soustraire à la vie de trottoir pour quelques heures....

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Top albums et playlist 2018

Top albums et playlist 2018

Vous n’en pouviez plus d’attendre. Les voici, les 20 albums qui ont recueilli le plus de suffrages auprès de la rédaction cette année. A suivre, les tops détaillés des rédacteurs. Plus bas, 50 morceaux pour boucler 2018 en beauté. 20/ Volage – Sittin’ Sideways (chronique) 19/ Daniel Blumberg – Minus 18/ Atmosphere – Mi Vida Local (chronique) 17/ Cat Power – Wanderer (chronique) 16/ J.C. Satàn – Centaur Desire (chronique) 15/ Spiritualized – And Nothing Hurt 14/ Cypress Hill – Elephants On Acid (chronique) 13/ Hot Snakes – Jericho Sirens (chronique) 12/ Nothing – Dance On The Blacktop 11/ Dr Octagon – Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation (chronique) 10/ Shame – Songs Of Praise (chronique) 9/ Failure – In The Future Your Body Will Be The Furthest Thing From Your Mind (chronique) 8/ Goat Girl – Goat Girl (chronique) 7/ No Age – Snares Like A Haircut (chronique) 6/ It It Anita – Laurent (chronique) 5/ Alice In Chains – Rainier Fog (chronique) 4/ Thalia Zedek Band – Fighting Season (chronique) 3/ Mudhoney – Digital Garbage (chronique) 2/ J Mascis – Elastic Days (chronique) 1/ The Breeders – All Nerve (chronique) Et hop une playlist de 50 morceaux pour résumer cette belle année musicale...

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Nirvana – In Utero

Nirvana – In Utero

Vu que vous allez trouver des dizaines voire des centaines de sites pour vous raconter l’histoire de ce disque, la vie de Cobain et de Nirvana, je vais jouer à fond le mauvais critique, celui qui ne parle que de lui-même. Du coup, si vous cherchez un article historique ou que vous avez un avis très arrêté sur ce que doit être la critique musicale, vous pouvez d’emblée passer votre chemin. Au commencement, ce disque n’était rien qu’une image. Une femme avec des ailes d’ange sur un fond orangé. Une femme tellement nue qu’on voit l’intérieur de son  corps. Et un nom qui sonne familier et mystique, Nirvana. À l’époque où j’ai vu cette image, je devais déjà avoir entendu parler du groupe sans jamais l’avoir écouté, je savais que c’était de la musique mais pas du rock, pas du grunge, ces mots n’avaient que peu de sens pour moi, même pas qu’elle était faite par des hommes, je m’étais même imaginé que c’était une femme qui devait chanter ça, allez savoir pourquoi. Je n’avais donc aucune idée de qui était Kurt Cobain et j’ignorais complètement que dans à peine 6 mois, il serait l’objet de la plus grosse tragédie musicale des années 90. En revanche, je me souviens parfaitement du jour où j’ai écouté ce disque, en même temps que son ainé Nevermind. La grosse claque dans la gueule pour un gamin élevé dans une maison où la plupart des disques avaient sur leur pochette un quelconque hippie barbu orné d’une guitare classique et d’un pull dégueulasse. Le truc le plus rock que j’avais dû entendre jusque-là, c’était Jean Jacques Goldman. Imaginez le choc ! Mon premier émoi, sans surprise, c’était “Rape Me”. Le tube accrocheur par excellence, et rebelle en plus. On était tous des brêles en anglais, à l’époque, mais on savait étonnamment exactement ce que le titre voulait dire. Ce morceau, évinçant ainsi la bombe “Smells Like Teen Spirit” qui pour ma part fut à retardement, devenait mon premier coup de foudre avec Nirvana. Le deuxième viendra très vite, “Heart-Shaped Box” qui reste encore aujourd’hui un de mes tubes préférés du groupe. Ensuite, mon histoire avec In Utero fut jalonnée de va et vient, jamais vraiment disparu mais parfois en retrait avant d’y revenir inexorablement. Au collège, alors que je découvrais Oasis et tombais dans le piège de la britpop pour quelques années, chaque réécoute de Nirvana faisait vaciller mes sens d’une façon différente. In Utero,  souvent. Après le lycée, alors que j’errai sans gloire dans des sphères métalliques, il fallut l’influence bienvenue de ma petite amie d’alors pour me remettre dans le droit chemin. In Utero, toujours In Utero. Aujourd’hui que le gros de...

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PLAYLIST – Mudhoney en 20 morceaux

PLAYLIST – Mudhoney en 20 morceaux

  “Mudhoney fait partie de ces groupes qui n’y vont pas par quatre chemins. Il suffit de quelques morceaux pour savoir exactement la musique qu’ils aiment et celle qu’ils veulent faire. Pour l’auditeur, c’est pareil, quelques écoutes suffisent pour savoir si on accroche ou non, et même s’ils ont des disques meilleurs que d’autres, je pense que vous ne perdez pas grand chose à les éviter si vous n’aimez pas ce que vous entendez. A contrario, si vous aimez, vous pouvez vous plonger sans crainte dans l’ensemble de leur discographie.” Voilà ce qui se dit, entre autre, dans notre chronique de Digital Garbage, leur nouvel album. Du coup, je vous ai fait une petite liste de vingt morceaux qui contient les classiques de rigueur, un tour d’horizon de leurs 9 albums précédents et quelques-unes de mes chansons préférées. Si vous aimez ce que vous entendez, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! Tous nos articles sur Mudhoney (chroniques,...

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PLAYLIST – Low en 20 morceaux

PLAYLIST – Low en 20 morceaux

  Low fête ses 25 ans. Plus de deux décennies de tempos ralentis, de guitares triturées et d’harmonies vocales au service des plus belles mélodies jamais écrites dans le slowcore (ce genre musical cher à Codeine ou Bedhead). Mais, chut ! Low n’aime pas trop qu’on les range hâtivement sous cette terminaison. Le groupe de Duluth, à géométrie variable, rassemblé autour de la paire inoxydable Mimi Parker et Alan Sparhawk, a maintes fois prouvé, au fil de douze albums studio, qu’ils dépassaient toute étiquette, et continuent à tracer leur propre voie/voix dans le milieu du rock indépendant américain. Fêtons dignement la sortie de leur nouvel album chez Sub Pop (Double Negative, une livraison sous le signe de l’expérimentation et de l’abrasivité, qui déroute et interroge tout du long), en se délectant d’une playlist qui parcourt la longue carrière du groupe et en explore toutes les facettes.Au menu, du classique enlevé indémodable (“Monkey”, “Dinosaur Act”), du joyau lacrymal (“In The Drugs”, “Over The Ocean”), de l’hymne feutré enivrant (“Lullaby”, “Do You Know How To Waltz”) et des reprises minimales surprenantes (un titre des Smiths et des Bee Gees se sont glissés dans la playlist, on vous laisse deviner lesquels !).En somme, voici vingt morceaux issus de différentes époques qui témoignent de l’étendue du spectre musical de Low, depuis leur incarnation la plus éthérée à celle la plus énervée ; un groupe qui n’a plus rien à prouver et qui continue pourtant à le faire. Julien Savès Tous nos articles sur...

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