Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

Cloud Nothings @ Point Ephémère (Paris), 05/12/17

  Le Point Éphémère, c’est ce qu’on appelle un lieu de vie nocturne victime de son succès : un hangar bien rock’n’roll dans un bâtiment partagé (à leur grand dam) avec les sapeurs-pompiers de Paris, idéalement placé sur les berges du canal Saint-Martin et doté d’une programmation pointue et bien foutue, et donc souvent bien rempli. La cohésion du bâtiment est en partie assurée par quatre piliers qui constituent paradoxalement son point faible en termes d’aménagement de l’espace : les deux qui encadrent le devant de la scène limitent drastiquement le champ de vision des spectateurs situés sur les côtés, tandis que les deux autres, au fond de la salle, devant le bar d’un côté et l’entrée de l’autre, semblent dotés d’un pouvoir mystérieux : en cas d’affluence, les spectateurs s’agglutinent à leur niveau, constituant une paroi quasi infranchissable qui dessine avec la régie son un couloir étroit reliant l’entrée, le bar et les chiottes. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus en ouverture d’une chronique musicale, me direz-vous ? Parce que ce mardi soir, j’ai subi les deux inconvénients de cette configuration. Il faut dire que j’ai fait mon “journaliss profesionel”, tel que le caricature un certain David Snug, dessinateur de BD misanthrope mais néanmoins talentueux et amateur de rock : pas de réécoute en boucle de l’intégrale de la tête d’affiche dans les deux semaines qui précèdent le concert, pas d’examen préventif de la première partie, et surtout une arrivée tardive qui me positionne dans ce fameux couloir humain le temps des quatre derniers morceaux de la précitée première partie. Ce quatuor soulève d’ailleurs un enthousiasme assez impressionnant que je suis loin de partager : un rock aux accents pop-punk et post-hardcore, avec une rythmique pataude et des voix forcées : on dirait un groupe de métal qui tente d’imiter Cloud Nothings. J’apprendrai plus tard, en plus de leur nom (The Hotelier), qu’ils constituent le fer de lance américain du revival emo. J’en profiterai également pour noter les noms des fers de lance du courant originel (Jawbreaker et Sunny Day Real Estate, d’après Wikipédia) pour m’éviter à l’avenir quelques déconvenues musicales. Une fois ces jeunes gens partis, je profite du mouvement croisé des buveurs vers le bar et des fumeurs vers la sortie pour me faufiler vers l’avant, sur la gauche de la scène. Pilier oblige, je ne verrai pas le deuxième guitariste et je ne verrai le batteur que par intermittence, mais j’aurai en point de mire le bassiste et surtout Dylan Baldi, le chanteur-guitariste gringalet et binoclard de Cloud Nothings. Ce dernier apparaît sur scène au bout de quelques minutes déguisé en J Mascis, mal fagoté dans une chemise informe, cheveux mi-longs et négligés, et c’est parti...

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Dans le bac d’occaz’ #21 : Deep Purple, The Dexys Midnight Runners, Eric’s Trip

Dans le bac d’occaz’ #21 : Deep Purple, The Dexys Midnight Runners, Eric’s Trip

Une fois n’est pas coutume, pour ce bac d’occaz de fin d’année, BCG n’a pas déterminé ses choix en fonction des années de sorties d’albums (années en 1, 2, 3…) mais s’est appuyé sur les suggestions de camarades aux goûts (plus ou moins) sûrs qui sévissent sur le forum des amis de Xsilence. Voici ses impressions.   Dans le bac d’occaz’ #21 : les suggestions de fin d’année 1     Deep Purple – In Rock (1970) : suggéré par Chaos Cher Chaos, Tu m’as suggéré cet album de Deep Purple en me disant en substance que les clichés sur ce groupe étaient nombreux, et qu’il méritait une écoute plus approfondie et bienveillante. Notamment ce disque. Je dois reconnaitre, comme tu t’en doutais certainement, que je fais partie de ceux qui avaient une opinion préalable plutôt mitigé de Deep Purple. En fait, je n’avais jamais entendu un morceau d’eux qui m’avait plu, et je n’avais pas entendu que « Smoke On The Water ». Après avoir écouté In Rock, j’avoue que je me méprisais sur une chose : je pensais que le hard-rock pur et dur avec débauche de solos, chants poussés au bout de l’improbable et des aïgus, tous claviers dehors, n’existait pas encore au début des années 70, que seuls Led Zeppelin et Black Sabbath en posaient les bases pendant qu’Alice Cooper et des groupes comme Slade s’adonnaient à un proto-hardrock encore trop glam pour être autre chose et que c’est Kiss et AC/DC qui allaient vraiment lancer le genre. Et bien non, 3 à 5 ans avant les autres, Deep Purple sortait un album de hard pur jus et en cela, on peut les considérer, si ce n’est comme des précurseurs, au moins comme des pionniers. Cependant, je trouve qu’ils ont déjà également tous les mauvais côtés du gens, morceaux 8 fois trop longs (insupportable « Child In Time »), lourdeur, les titres qui ne tiennent que sur le gros son, les solos et le déballage technique (insupportable « Child In Time »!!!), mais absolument pas le côté cool, fun, limite dansant, si tant est que secouer la tête d’avant en arrière c’est danser, des groupes que j’ai cités dans le paragraphe précédent, le talent d’écriture d’Alice Cooper ou la noirceur poisseuse et envoûtante de Black Sabbath. Bref, je m’étais mépris sur Deep Purple, mais pas sur le fait que je n’aimais pas ce groupe. Comme quoi, des fois, on peut s’attacher à ses a priori.         The Dexys Midnight Runners – Searching For The Young Soul Rebel (1980) : suggéré par Happy Friday Chère Happy Friday, Quand tu m’as proposé Searching For The Young Soul Rebel en me disant « ce disque a tout pour me déplaire, et pourtant je...

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Interview – Mark Lanegan

Interview – Mark Lanegan

On est forcément un peu impressionné quand on s’apprête à rencontrer le grand Mark Lanegan. Grand par sa stature, grand par son talent, immense par sa carrière et sa voix rauque inimitable. Alors quand, quelques heures avant un énième concert magique au Café de la danse, on se rend dans sa loge de 3m2, qu’on lui demande si on peut fermer la porte et qu’il nous répond « si tu veux mourir de suffocation, à toi de voir« , on se dit qu’on va soit se faire bouffer tout cru par le grand méchant Mark soit se retrouver face à un bonhomme posé, capable de bienveillance et de traits d’esprit. Et c’est à la deuxième facette que nous avons eu droit. Interview.   « (Mes influences électro/new wave) C’est plus marrant à chanter, c’est le genre de musique que j’aime écouter. Je suis content d’avoir survécu pour pouvoir faire des disques que j’aime ! » Gargoyle semble être une évolution logique de ce que tu avais entamé sur Blues Funeral puis poursuivi sur Phantom Radio. Tu sembles de plus en plus dans ton élément avec ces atmosphères électro/new wave … A quel moment tu t’es dit que tu souhaitais évoluer de cette façon-là, et pourquoi ? C’est le genre de musique que j’écoutais depuis les années 80. Quand j’ai commencé à faire des albums, j’ai fait le genre de disques que j’étais capable de faire. Maintenant je peux faire des choses plus sophistiquées musicalement et je veux faire des albums qui correspondent à ce que j’ai envie d’écouter. J’apprécie mes premiers albums mais j’ai fait beaucoup de disques calmes, encore une fois parce que c’est ce dont j’étais capable, je m’éclate à faire les disques que je fais aujourd’hui. C’est plus marrant à chanter, c’est le genre de musique que j’aime écouter. Je suis content d’avoir survécu pour pouvoir faire des disques que j’aime ! Et ce changement de direction est due aussi aux personnes avec qui tu travailles ? Comme Rob Marshall sur ce disque, qui a visiblement eu une influence prépondérante. Oui, il a écrit la musique de plus de la moitié du disque. Rob m’avait donné de la musique à faire pour son disque (le projet Humanist, ndr), six mois avant ça. Je ne savais même pas qui c’était – c’est son management qui m’a transmis ce qu’il faisait – j’ai vraiment aimé, c’était tout à fait mon genre. Donc je m’y suis mis très vite et lui ai renvoyé 3 chansons. Puis il m’a envoyé un mail en me disant que si j’avais besoin de morceaux pour mon propre groupe, il serait ravi de le faire. J’étais en train de finir ce qui allait devenir Gargoyle. Il me restait...

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Birth Of Joy + Wonderflu + The Blind Suns : nos 5 ans en photos

Birth Of Joy + Wonderflu + The Blind Suns : nos 5 ans en photos

On ne pouvait pas rêver mieux. Ce fut une grande fête, le public était au rendez-vous, d’abord très enthousiaste puis littéralement déchainé. Les trois groupes, très complémentaires, ont chacun excellé à leur manière. La grâce et les mélodies sucrées de The Blind Suns, la nonchalance et l’énergie de Wonderflu puis la puissance dévastatrice de Birth Of Joy. Petit Bain s’en souviendra. Nous aussi. Nous n’oublierons jamais. Pour immortaliser cette soirée, en voici les plus beaux clichés signés Alain Dutertre.       LIRE L’INTERVIEW DE WONDERFLU LIRE L’INTERVIEW DE BIRTH OF...

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Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Vous avez tous vécu ça, avouez. A votre boulot, avec certains amis, voire auprès de quelques membres de votre famille, quand vous parlez musique, vous passez pour un martien. C’est quoi ce mec qui achète encore des disques ? C’est qui ce type qui passe sa vie en concert ?! Il parle toujours de groupes obscurs dont on n’a même jamais entendu parler… Aussi frustrant que cela puisse être dans certaines situations, avouez qu’au fond vous vous la pétez un peu. Genre, je connais tout, j’ai une culture musicale sans limite. Vas-y teste-moi, ah oui ba je connais bien sûr… Et puis parfois vous tombez de haut. C’est ce qui m’est arrivé quand je me suis lancé dans la série Les Revenants. Tiens une BO de Mogwai, ah ouais je connais… vaguement. Très vaguement ouais. Du post rock, ouais bien sûr. Que dalle, ouais. J’y connaissais que dalle. Alors déjà faire le malin qui se dit rédacteur en chef du plus grand webzine musical d’Europe et ne rien entraver au post rock ça la foutait mal. D’autant que c’était à la fois par inculture mais aussi par pure fainéantise. Du genre « hmmm ça, ça risque d’être chiant ». Et bien que nenni. Cette BO qui peut paraitre anecdotique pour beaucoup de fans du groupe m’a finalement ouvert les portes à tout un pan musical. Et quand il a été question de revenir aux sources, à Young Team, premier album de Mogwai, qui a désormais 20 ans, je m’en étais pris une belle. « Yes I Am A Long Way From Home ». C’est assez clair oui, je suis loin. Je me situe quelque part où l’oppression n’a pas lieu d’être. Death Valley, à l’aube. Par exemple. Le calme, l’immensité, la sérénité aussi. Il est encore très tôt, le soleil n’a pas commencé à taper sur les systèmes. Et soudain il se lève pour tout illuminer et embraser à mesure que les guitares s’emballent. Déjà, un premier aperçu de ce que sait faire Mogwai. Planter le décor, lentement mais sûrement puis nous planter sur place quand les guitares reprennent leurs droits (ou leurs distos dans ce cas précis). Rien à voir toutefois avec la furieuse « Like Herod », bien plus radicale. Le calme règne, il ne se passe pas grand chose. Puis c’est l’éruption. Faramineuse. Le chaos. On est qu’au deuxième morceau et on vient de se faire mâchouiller, recracher et finalement broyer tout cru par un colosse, 11 minutes durant. C’est long 11 minutes. Que peut-il rester après ça ? 8 autres morceaux tout de même, et non des moindres. « Katrien » et son spoken word discret. Fausse accalmie qui n’oublie pas de revenir à la charge quand on se croit à l’abri. Plus...

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Interview – Birth Of Joy

Interview – Birth Of Joy

Le 10 novembre prochain, pour célébrer nos 5 ans d’existence, nous aurons l’immense honneur d’accueillir Birth Of Joy, ainsi que Wonderflu et The Blind Suns, pour une soirée qui s’annonce d’ores et déjà inoubliable à Petit Bain (Paris). Birth Of Joy, actuellement en tournée en Europe de l’Est, vient tout juste de terminer l’enregistrement de son nouvel album. L’occasion d’échanger à ce propos avec le batteur Bob Hogenelst dans un riche entretien téléphonique. Elle s’annonce bien cette soirée…   « On va essayer de revenir plus dans l’esprit de Prisoner avec des morceaux plus courts, un peu plus d’énergie et de puissance. » Alors ça y est le nouvel album est enregistré. Oui il est enregistré, le mix est terminé. Il est en train d’être masterisé. Ça devrait être fini la semaine prochaine, il va partir au pressing pour être mis sur CD et vinyle. La sortie est prévue pour quand ? En février 2018. J’ai vu que sur Facebook vous aviez demandé de l’aide à vos fans pour trouver le titre du disque. Ça y est vous l’avez ? Oui c’était il y a deux mois environ. On n’avait aucune idée à l’époque. Maintenant on a quelques idées mais on n’est pas complètement sûrs. OK, vous avez besoin d’encore un peu de temps. Oui, d’ici une semaine ou deux, ça devrait être bon. Qu’est-ce qu’on peut attendre de ce nouveau disque ? Vous allez tenter d’évoluer à nouveau par rapport à Get Well ? Get Well était un peu plus expérimental et avait des chansons plus longues, assez différent de Prisoner. Je pense qu’avec ce nouveau disque on va essayer de revenir plus dans l’esprit de Prisoner avec des morceaux plus courts, un peu plus d’énergie et de puissance. Il y a un morceau plus long que le reste mais on essaye d’avoir la même énergie en studio qu’en live, on essaie de retranscrire ça sur ce disque avec des morceaux plus courts et plus d’énergie. Donc ça devrait sonner parfaitement en concert ! Oui ça devrait ! On ne les a pas encore joués sur scène donc à vérifier. Mais les albums précédents étaient déjà enregistrés live non ? Oui, les bases de morceaux on les a jouées ensemble live. On a ensuite fait quelques arrangements et overdubs mais la plupart de l’enregistrement a été fait live, comme auparavant. Et vous êtes retournés dans cette église comme pour les précédents ou vous êtes revenus en studio pour une formule plus classique ? Non, pas dans l’église cette fois. Prisoner et Get Well étaient tous les deux enregistrés dans cette vieille église du nord de la Hollande. Pour celui-ci on a cherché un nouveau studio parce qu’on avait besoin d’un...

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5 chansons, 5 disques par Lee Ranaldo

5 chansons, 5 disques par Lee Ranaldo

  Nous avons eu l’immense plaisir d’interviewer Lee Ranaldo à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Electric Trim. En plus de pouvoir laisser libre cours au fan qui sommeille en nous, ce à quoi l’artiste s’est plié avec beaucoup de sympathie, il s’est prêté au jeu de notre interview 5 chansons 5 disques. Par manque de temps, malheureusement, journée promo oblige, nous n’avons pas pu parler de disques de son choix. Néanmoins, il n’a pas été avare en anecdotes sur les morceaux que nous avions choisis. D’après lui-même : « Oh, c’est vous qui choisissez les chansons ? C’est encore mieux, ça rend la chose super facile pour moi ! »   Lee Ranaldo – From Here To Infinity (1987) Je n’ai pas vraiment pu choisir un morceau sur ce disque, on va donc commencer avec un album complet. Vous comprenez pourquoi ? Oui (rires). Je m’en rappelle très bien. C’était une période où j’expérimentais beaucoup avec des boucles de cassette. On était chez Blast First, on devait faire Sister, à l’époque, on avait déjà sorti Bad Moon Rising et Evol et je disais au mec du label, en Angleterre, que j’expérimentais avec des enregistrements bizarres et que je ne savais pas quoi en faire. Il m’a répondu : « Pourquoi on n’en ferait pas un disque ? ». Je venais de New York, et en Angleterre c’était beaucoup plus facile de sortir un disque, du coup je lui ai répondu « Vraiment ? On peut faire ça ? » et lui « Oui, ramène tes cassettes et on va en faire un album solo. » Ça s’est monté ainsi. Je voulais vraiment garder l’idée de boucles de cassettes, donc chaque piste finit sur un locked groove, de manière à ce qu’elle soit potentiellement de durée infinie (NDR : un locked groove est un enregistrement sur le sillon qui sert à bloquer le bras, en général à la fin d’une face, ce qui crée une boucle de moins de 2 secondes qui se répète tant qu’on ne relève pas le diamant). J’ai fait les enregistrements à New York et quelques-uns dans les deux semaines où j’étais en Angleterre, et d’une certaine manière, c’était juste un projet expérimental. D’abord pour présenter mes enregistrements sonores, et en faisant des boucles. Pour faire ces boucles sur un vinyle, tu es en studio et le type doit appuyer sur le bouton qui crée la boucle, et tu ne sais jamais comment ça va sonner avant d’avoir écouté le pressage final, car tu ne peux rien changer une fois qu’il a fait ça. C’est vraiment tout ou rien. Du coup, c’était un projet vraiment sympa. Un des morceaux, « Lathe Speaks », a été fait pendant qu’ils gravaient la matrice du vinyle, je bougeais la bande entre les têtes de...

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Interview – The Richmond Sluts

Interview – The Richmond Sluts

Manu démarre: « Ok guys, my friend Marlon is gonna… » « …fuck us !! », m’interrompt un Sluts. Gros rire gras backstage. S’ensuit une discussion inédite sur les penis de scorpions qui se trouveraient à la base de leur dard, etc. Bonne intro ! Comment va la tournée jusqu’à présent ? (John Tyree, batteur, passe une tête et les autres lui disent de rappliquer pour l’interview. John semble dans un état second, ca promet… Back to the questions.) Excellent ! Ça se passe très bien. On revient d’Italie où on était pour la première fois. On a fait beaucoup de petits clubs avec toujours une très bonne interaction . Et après on débarque en France et là, c’est l’explosion ! » Pourquoi en France ? Je ne sais pas ! A toi de me le dire ! Peut-être avec notre premier LP dans les meilleurs albums selon Rock and Folk. Mais vous vous attendiez à cette popularité en Europe? Non pas du tout. On ne fait rien de nouveau en fait mais la seule différence est qu’en 2001, personne ne faisait ce qu’on faisait. Mais tout le monde s’en foutait. Nous, on répétait 3 fois par semaine. Et… on n’a fait qu’un album (rires). (Shea précise qu’il est batteur à la base mais qu’il s’est mis au chant et à la gratte après qu’on lui ait montré 2 accords de Chuck Berry, accords qu’ il joue tout le long du mythique premier album. Chris le vanne en expliquant que Shea est maintenant un incroyable guitariste. Ambiance bon enfant…) Que pouvez-vous dire du nouvel album ? Quand on est rentrés d’Europe il y a 3 ans, on a réalisé qu’on avait des fans et qu’on pourrait faire un nouveau LP (NDLR : 12 ans après le premier). On avait quelques chansons mais ça a mis du temps, avec des membres du groupe à L.A. et d’autres à San Francisco… En plus, ce n’est pas comme si on avait un label qui nous poussait. (Shea explique qu’il a monté son label pour l’occasion, que Mauvaise Foi Records allait aider et donc que les choses se sont mises en place.) Ce n’est pas trop difficile en concert de placer les nouveaux morceaux alors que tout le monde attend ceux de 2001 ? Les Sluts confirment que c’est un vrai sujet mais qu’avec 2 albums (et même 3 en comptant Big Midnight, version des Sluts avec juste Shea et Chris, ils peuvent maintenant jongler avec la setlist et jouer plus longtemps. Une conversation sur Big Midnight plus loin, ils expliquent que leur premier batteur résume la discographie des Sluts ainsi : « Le premier album était du sexe, le second de l’héroïne et le troisième, un bon gros joint ». (rires) On...

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Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Thurston Moore @ La Maroquinerie (Paris), 11/03/17

Voir Thurston Moore pour moins de 15 euros à Paris, ça paraissait peu probable. Et pourtant, c’est ce que nous a proposé Gonzaï ce soir-là, et crevards comme nous sommes chez Exitmusik, un peu nostalgiques, aussi, on n’a pas su dire non. Allez, me disais-je, au pire je m’emmerderais sec pendant une heure et je me rattraperais sur un petit « Ono Soul », comme quand il a fait la première partie de Dinosaur Jr à l’Élysée Montmartre, voire un « Psychic Hearts », qui sait. Je ne suis pas difficile, je me serais contenté de n’importe quel morceau de ses deux premiers albums en échange de ses trop longs morceaux récents. Et puis c’est Thurston Moore, quand même, un mec sympa ! On sait bien qu’il aura des bons mots, et son attitude à la cool. Et puis, malgré tout, le son de guitare, la voix, le petit côté madeleine de Proust… Il y a effectivement de quoi craquer. Bon, déjà, on sait que quand l’annonceur nous promet « une soirée exceptionnelle« , semblant surpris que Thurston Moore nous propose de l’acoustique à la douze cordes et une revisite de sa carrière, il n’en sera rien : l’artiste a adopté cette disposition depuis maintenant quelques années et s’acharne à ne piocher que dans son répertoire récent ; j’ignore si c’est une erreur honnête de leur part ou un pipeautage parfaitement assumé, dans tous les cas on frise la publicité mensongère et j’espère que personne ne se sera laissé convaincre par cet argument de vente fallacieux. Une fois que c’est dit, et bien, que dire sur la soirée ? Pas grand chose, malheureusement. Thurston Moore a fait exactement ce qu’on attendait, joué des morceaux de The Best Day et de l’album à venir, rien de désagréable mais que du Sonic Youth-like qui n’a pas la saveur des vieux morceaux (sachant qu’au moins, on connait les vieux morceaux), fait 2-3 blagounettes sympas, imité Lemmy 2 secondes (le clou de la soirée), proposé une impro bruitiste en milieu de set que tes voisins viendraient gueuler si tu faisais ça chez toi mais là, c’est Thurston donc tout le monde mouille sa culotte, tenu un discours politique d’une naïveté confondante, le genre qui te met limite mal à l’aise alors que pourtant tu partages la même couleur, et est parti sans même jouer un vieux morceau (même pas de « Ono Soul », qu’il joue à chaque fois ces derniers temps) après un set paradoxalement trop court mais composé uniquement de morceaux beaucoup trop longs. Voilà, pas de quoi se plaindre parce qu’on n’a pas payé cher, mais à se demander quand même si ça valait le coup. C’est un peu comme voir ton oncle sympa, celui qui t’a fait...

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« Gimme Danger » de Jim Jarmusch : forcément indispensable

« Gimme Danger » de Jim Jarmusch : forcément indispensable

J’ai essayé de retourner cette chronique dans tous les sens pour voir comment j’allais la présenter, si bien qu’au bout de 2 semaines, Gimme Danger est sur le point de ne plus être à l’affiche et je ne suis pas plus avancé. Alors rendons hommage au rock viscéral des Stooges et faisons simple. Au fond, vous voulez simplement savoir si ça vaut le coup d’aller voir le film. J’imagine que si vous l’avez déjà vu, vous vous êtes fait votre propre avis et n’avez donc pas besoin du mien. Alors allons à l’essentiel : oui. Allez le voir sans hésiter si vous en avez l’occasion. La réalisation : je n’ai rien à en dire vu la faiblesse de mes compétences techniques en matière de cinéma, mais Jarmusch connait son affaire et ça m’étonnerait donc qu’on ait beaucoup de reproches à lui faire de ce point de vue. Du mien, le découpage est clair, l’histoire se suit sans difficulté et on rentre vite dedans. Les extraits inédits et bandes d’époque sont très maigres et de qualité variable, il n’est pas forcément très juste de s’en servir comme argument promotionnel. Iggy Pop est forcément très mis en avant et ressort avec une aura de sympathie phénoménale. A côté de ça, les déboires relationnels au sein du groupe, même si on aborde beaucoup le sujet de la drogue, semblent être accessoires, discrètement évoqués, si bien que la période Raw Power, notamment le transfert réputé forcé et douloureux de Ron Asheton à la basse, reste évoquée de façon assez superficielle. Qu’apprend-on quand on suit le groupe depuis de nombreuses années, qu’on connait bien leurs disques et leur histoire dans les grandes lignes ? Pas grand chose. Et on n’a même pas le droit d’écouter le morceau titre en entier (spoiler : ils passent bien « Gimme Danger » au générique de fin mais coupent après la partie calme ! Sacrilège !). Et ils écorchent le nom de J Mascis dans les sous-titres ! (Double sacrilège !!). Mais une fois qu’on a dit ça, on doit bien reconnaitre que c’est déjà génial de pouvoir aller voir un film sur les Stooges au cinéma, qu’ils méritaient d’être présentés au grand public pour leur apport indéniable à la musique, ne serait-ce qu’après un coup de brosse à reluire et des petits ratés finalement vite pardonnés. Car le fond de ce film, et finalement celui de la musique des Stooges, c’est simplement le plaisir fort, viscéral, primaire qu’il procure. Alors rien que pour saluer l’existence d’un documentaire sur ce groupe, aussi grand public soit-il, ne ratez pas une occasion de le voir. BCG...

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