PJ Harvey @ Zénith (Paris), 21/10/16

PJ Harvey @ Zénith (Paris), 21/10/16

Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’évolution récente de la carrière de PJ Harvey, un rappel des faits s’impose : depuis White Chalk (2007), la dame a amorcé un virage assez prononcé dans sa musique. La rage des débuts s’était déjà peu à peu atténuée, ces trois derniers albums sont clairement dans un registre nouveau. Depuis 2007 donc, pas loin de 10 ans tout de même (donc on n’a plus vraiment d’excuse pour tomber des nues aujourd’hui…), Polly Jean fait dans le maniéré, le chiadé, elle est en représentation. De quoi en rebuter plus d’un mais finalement ça lui va plutôt bien. Et si on se penche deux secondes sur sa carrière, on se rend compte que cette facette de sa personnalité artistique était déjà là, simplement distillée à (toutes) petites doses, là où elle a aujourd’hui pris le pas sur le reste. Alors plutôt que chouiner dans son coin, à réclamer de la sueur et du sang, il faut accepter de la voir dans un cadre strict, entourée de pléthore de musiciens (ô combien talentueux, on y reviendra), face à un public attentif à la moindre note. Il faut accepter car cette dame est tout de même impressionnante. Quand elle débarque de façon très cérémoniale entourée de ses tambours qui battent en rythme (« Chain Of Keys »), on se tait, on observe attentivement et on se laisse happer par sa grâce. La reine est là. La magie opère très vite, que l’on apprécie modérément (comme moi) ou de façon démesurée son Hope Six Demolition Project, il faut se rendre à l’évidence : ses morceaux prennent une ampleur considérable sur scène. Autour de Polly, le plateau est de choix : James Johnston (Gallon Drunk), John Parrish (ex-comparse de Nick Cave, producteur et acolyte de toujours de madame), Terry Edwards (Madness), Mick Harvey (autre ex-Bad Seed)… mais c’est elle que tout le monde dévore du regard, c’est d’elle que chacun boit les paroles. Dans sa longue robe noire échancrée, elle est d’une élégance rare. PJ hypnotise l’auditoire. Et sa voix nous transporte. « The Ministry Of Defence » et son riff d’ouverture redoutable rappelle qu’il s’agit bien d’un concert de rock même si le tout prend assez vite des allures de fanfare. Les mots de PJ résonnent comme des slogans, elle est en campagne et son armée de communicants confère à son discours un impact certain. « The Community Of Hope », si entraînant et communicatif, nous conforte dans ce sentiment qu’on vit un grand moment. Le tryptique Let England Shake (« Let England Shake »/ « The Words That Maketh Murder »/ « The Glorious Land ») vient enfoncer le clou et confirmer que cet album-là était un sommet dans son genre. Un sommet qu’il sera bien difficile d’égaler. « Oh America,...

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J.C. Satàn + Jessica93 @ Le Hangar (Ivry, 94), 07/10/16

J.C. Satàn + Jessica93 @ Le Hangar (Ivry, 94), 07/10/16

Il y a 10 jours se tenait la 10e édition de La Jimi, « le rendez-vous annuel des indés et de l’autoproduction » (non, ce ne sont pas les initiales, nous non plus on ne sait pas pourquoi ça s’appelle la Jimi). Au programme du côté d’Ivry, concerts, showcase, salon avec débats, distros de labels indés, fanzines… Bref, un chouette rendez-vous de passionnés ! Le vendredi soir, une belle affiche avec d’éminents représentants de la scène rock alternative française. Début des hostilités à 19 heures tapantes avec Jessica93. Fraichement entouré de deux nouveaux comparses, lui qui jusqu’ici avait toujours officié seul au sein de ce projet, Geoffroy/Jessica arbore une superbe casquette Chicago Bulls qu’il possède sans doute depuis son 15e anniversaire. Il a beau avoir de nouveaux copains, il n’a rien perdu de son goût prononcé pour la mode. A sa droite, le bassiste n’a rien à lui envier avec un t-shirt Puma collection 92 rentré dans un treillis militaire. Imparable. Le dernier de la bande est tout au fond à gauche, on ne le distingue pas bien. M’enfin on n’est pas venus là pour un défilé de mode. Beaucoup de nouveaux morceaux lors de ce concert de 45 minutes (ça passe vite) et Who Cares fait visiblement déjà partie de l’histoire ancienne (tristesse). Mais la formation a beau avoir évolué, le son est toujours le même et il rentre toujours dans le crâne à coups de marteau piqueur. Notre ami bassiste se régale avec de bonnes vieilles lignes de basse implacables. Geoffroy envoie un petit sms avant de lancer le riff d’« Asylum », les autres suivent et nous voilà bien. Parés pour l’asile. Soyons honnêtes, il y avait quelque chose de résolument kiffant (parlons djeuns un peu) à le voir auparavant tout faire tout seul avec son looper et sa boîte à rythmes (qui elle est toujours là), jongler entre basse et guitare. Ça avait son charme. On craignait un peu la déception mais l’alchimie existe bel et bien entre les trois lascars et les morceaux sont toujours aussi dérangés et prenants. Les regards restent malgré tout majoritairement braqués sur Geoffroy et sa présence magnétique surtout quand il nous envoie des vapeurs shoegaze avec son chant pris dans une brume nommée reverb ou quand il claque du solo ténébreux et répète son terriblement enivrant/envoûtant/perturbant « you’re all gonna dance with me » (l’infernale « Surmatants »). Un dernier petit raffut sur le dernier morceau inconnu, qui nous fait espérer, non sans une certaine impatience, l’arrivée prochaine du nouvel album. Pas grand chose à raconter sur Cheveu dont la prestation m’avait laissé un douloureux souvenir à Rock En Seine en 2014 et dont les albums ne m’ont jamais convaincu. Certains titres ne sont pas aussi déplaisants qu’on...

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Thee Oh Sees @ La Cigale (Paris), 14/09/16

Thee Oh Sees @ La Cigale (Paris), 14/09/16

Les Oh Sees sont devenus hype, c’est un fait. Ceux qui les suivent depuis le début doivent éprouver une pointe de fierté (ou d’amertume, c’est selon) à les voir truster l’affiche d’une salle de la dimension de La Cigale. 950 personnes quand même. Pour un concert de garage qui sue à grosses gouttes ça commence à faire. Ça doit bien faire marrer John Dwyer aussi. Remarquez on ne peut pas dire qu’il se soit ménagé pour en arriver là. 11 albums en 8 ans, il n’y a guère que son pote Ty Segall (l’autre éminent représentant du « renouveau de la scène californienne » comme on peut le lire partout dans les magazines rock importants) pour rivaliser. Ce même Segall qui avait lui aussi rempli la Cigale il y a 2 ans. Et d’ailleurs en y songeant à nouveau, on avait un peu vécu le même type de soirée. En clair, dans les deux cas : on a perdu 14 litres de sueur, reçu à peu près autant de litres de bières sur la tronche, on a sacrément rigolé et à la fin on s’est dit « putain, ça c’est ce que j’appelle un bon gros concert de ROCK« . On a cru apercevoir ce bon vieux Philippe Manoeuvre juste derrière nous avant le concert mais ce n’était qu’un vulgaire sosie : Philman en a vu d’autres mais maintenant il prend soin de ses vestes en cuir. Non mais. Ça c’est pour l’anecdote (qui sert à rien, certes). Thee Oh Sees donc. Deux batteurs désormais et c’est pas vraiment pour la déco car les bougres font un boucan de tous les diables et accaparent presqu’autant notre attention que ce bon vieux John Dwyer au style inimitable (pour ceux qui voient pas le tableau, guitare remontée juste en dessous du cou, micro quasiment gobé et gesticulations incessantes). Energie féroce et puissance dévastatrice, ces gars-là sout sauf des petites frappes. Ouverture rêvée avec « The Dream ». Pour le jeu de mot on repassera mais pour nous mettre dans le bain il n’y avait pas mieux. Le feu en quelques secondes. « The Dream », ça devrait être ça obligatoirement : ouverture ou clôture de concert. Le ton est donc donné d’entrée et on ne va jamais redescendre de cette douce euphorie qui s’est emparée de nous. Un concert des Oh Sees c’est toujours pareil : ça hurle, ça joue vite, fort et bien. Dans le public, d’énormes pogos s’enchaînent et la scène est envahie constamment. Au grand dam d’une sécurité qui fait ce qu’elle peut mais a bien du mal à contenir un tel enthousiasme. Sans grande surprise, les morceaux du dernier album sont ceux qui envoient le bois (« Plastic Plant », « Ticklish Warrior »), on pourrait déplorer cet « oubli » d’escapades...

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Pearl Jam @ Fenway Park (Boston), 07/08/16

Pearl Jam @ Fenway Park (Boston), 07/08/16

Il y a quelque chose de bizarre autour de Pearl Jam que je ne m’explique pas. Les réactions sont souvent excessives à propos de ce groupe. Les fans les adulent de façon démesurée, quand d’autres leur vouent une haine implacable. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que je me situe plutôt du côté des admirateurs sans borne. Sans tomber dans le béni oui oui non plus (je n’ai aucun mal à reconnaitre que leurs derniers albums ne sont pas spécialement indispensables), je fais partie de ceux prêts à vendre un rein pour assister à leurs concerts. C’est ce que j’ai fait il y a trois semaines (déjà !), légitimant ainsi les enflures qui se font leur beurre au marché noir sur le dos de pauvres fans asservis dont je suis. Mais aujourd’hui je m’en fous. J’ai certes un rein en moins, mais j’ai vu Pearl Jam pour la 10ème fois (les 5 dates de l’été 2014 ont bien fait grimper le compteur). Le reste… Car comme chacun sait (ou pas), une date de Pearl Jam est unique car elle ne ressemble jamais tout à fait à la précédente. Prenez les deux dates de Boston : 67 morceaux joués au total, 4 en commun. Normal. Bon, moi j’étais à la deuxième. Et évidemment, pourri gâté que je suis, je préfère la setlist de la première. Si j’étais allé à la première, ça aurait peut-être été l’inverse. Allez savoir… Ce 7 août, le Fenway Park, stade mythique des Red Sox, est comble pour la deuxième date d’affilée (à croire que bon nombre de places hors de prix comme la mienne ont trouvé preneur). Nous sommes situés à 47 kilomètres de la scène (pour moins de 10 km, il fallait vendre également son foie…), mais on voit pas trop mal, mieux qu’on pouvait le craindre en tout cas. Et certainement beaucoup mieux que ce pauvre bougre à notre gauche qui est pile poil derrière un poteau… On a tellement pitié de lui qu’on lui filerait presque nos places, mais faut pas déconner non plus. Tout commence pour le mieux avec « Pendulum » (meilleur morceau du dernier album) et surtout un enchainement merveilleux « Off He Goes » (plus beau morceau de l’univers ou pas loin) et « Nothing As It Seems » (au solo d’un autre univers). « Nothingman » est toujours très belle, et ce soir elle l’est encore plus. La voix d’Eddie est là, aucun doute là-dessus. Sentiment partagé toutefois puisqu’à ce moment-là on comprend que nos rêves les plus fous de voir un Vitalogy interprété dans l’ordre (puisque récemment Vs., Ten, No Code et Yield l’ont été…) s’envole. Une autre fois, mais on n’y sera certainement pas. Après ce démarrage en douceur ponctué par « Wishlist »...

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Nos Primavera Sound (Porto), du 09 au 11/06/16

Nos Primavera Sound (Porto), du 09 au 11/06/16

J’ai rarement vu de ma vie d’auditeur actif une programmation de festival aussi alléchante que celle du Primavera de cette année. Jugez sur pièce : PJ Harvey, Brian Wilson (performing Pet Sounds), Drive Like Jehu, Deerhunter, Shellac, Car Seat Headrest, Unsane et surtout Dinosaur Jr et Mudhoney. Certes, les vrais auditeurs soucieux de leur indie credibility diront toujours que cette programmation ne vaut pas celle de la Ferme Electrique, mais vu que ces deux derniers artistes sont deux de mes groupes préférés, difficile de ne pas être séduit. Quand JL m’a proposé de l’accompagner à l’édition de Porto, amputée de la moitié de ses têtes d’affiche et surtout de la moitié de son prix (hormis Radiohead, même si je n’aime pas trop leur musique depuis leur virage électro, et les Black Lips, rien qui ne manque vraiment de toute façon) en m’hébergeant gracieusement dans la résidence secondaire qu’il se paye sur le dos de ses chroniqueurs bénévoles grâce aux bénéfices d’Exitmusik.fr, je me suis dit que l’occasion était trop belle pour passer à côté. C’est dans un cadre parfait, le Parque Da Cidade étant un superbe parc juste en face de la mer, malgré un manque d’indication assez déroutant puisque, arrivés par la mauvaise entrée, nous avons dû faire le tour complet de l’immense terrain pour enfin trouver le moindre signe de la présence du festival, que l’édition portugaise du Primavera se déroule. Heureusement, une fois à l’intérieur, toutes les craintes que nous pouvions avoir sur l’organisation se sont envolées : on échange son billet contre un bracelet et une carte à code barre nécessaire pour entrer et sortir, l’ensemble des stands de nourriture et de merch sont répartis à l’entrée, les scènes sont bien disposées et raisonnablement éloignées les unes des autres, les stands de boisson et les toilettes sont partout : on ne mourra ni de soif, ni de rétention urinaire. Les prix sont assez bas comparés à un festival français, le repas oscillant entre 4 et 8 euros avec un grand choix de stands et surtout une qualité de produits remarquables pour un festival (des restaurateurs locaux ayant été sollicités) et pour ce qui intéresse la majorité d’entre vous, j’en suis certain, la pinte est à 3,50€. Pour notre porte-feuille français, c’est le paradis, mais quand on considère que le salaire moyen au Portugal est de 450€, on comprend que l’idée de bon marché est fort discutable et que non seulement le Primavera n’échappe pas à la règle du « tu es en festival, tu raques« , mais qu’en plus il est démesurément cher pour un public portugais moyen. Proportionnellement au salaire moyen français, c’est comme si le pass 3 jours coûtait 300€ ! Mais comme ces considérations...

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This Is Not A Love Song (Nîmes), du 03 au 05/06/16

This Is Not A Love Song (Nîmes), du 03 au 05/06/16

Il fallait la mériter cette édition 2016 du This Is Not A Love Song. Compte tenu des grèves de la SNCF, la descente en TGV en terres nimoises était rendue pour le moins mouvementée et incertaine. Mais la qualité de la programmation n’a pas eu raison de notre motivation et c’est donc dans le train de 6h gare de lyon que nous parvenons à monter, entassés comme il se doit dans le wagon bar mais heureux d’avoir accomplie la mission la plus difficile du week-end. La seconde partie se résumant à délirer entre potes, boire des canons et assister à d’excellents concerts. Rien d’insurmontable donc.     Vendredi 3 juin Mon festival commence avec Dilly Dally (après avoir pu discuter avec le groupe, interview à lire en ces pages prochainement), groupe de jeunes sauvageons et sauvageonnes canadiens alliant rugosité et fort potentiel mélodique. L’énergie est bien là mais le son des guitares est bien faiblard et les mélodies en prennent un coup. Un bon moment donc, mais en deçà des espérances. Ty Segall et ses Muggers ont déjà débuté leur set lorsque je les rejoins sur la grande scène. Malgré une sacrée dream team (King Tuff, Mikal Cronin..), ce concert de Ty manque sérieusement de piquant comparée aux fessées administrées lors de ses précédentes prestations. Voilà qui ne va pas nous réconcilier avec son dernier album, d’autant que les « vieux » classiques « Thank God For The Sinners » ou « Feel » nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps c’était le feu ce genre de concert. Ty a délaissé sa gratte pour s’adonner à des bidouillages électroniques et s’égosille tellement que ses cordes vocales ne suivent plus en fin de show, King Tuff l’épaulera sur les aigus de « Feel » et moi je file voir un bout de Car Seat Headrest dans le club Paloma. Le club est bondé, la nouvelle coqueluche indie au look de premier de la classe achève son set par « Connect The Dots » ponctué d’un tribute de « Gloria » (de Patti Smith ou Them, selon vos préférences). Audacieux le bougre ! Il me fait même regretter d’avoir opté pour la solution de facilité en lui préférant Ty Segall… Un pote m’informe que le concert de The Mystery Lights vaut son pesant de pédales fuzz, j’y accoure donc (me félicitant au passage de la distance très réduite entre les différentes scènes). Un peu juste pour juger, je constate tout de même que ces jeunes chevelus ont pour eux une belle énergie et de chouettes compos. Impression à vérifier avec la sortie prochaine de leur premier album. Nous approchons des 21h30 et il est temps de se prendre sa première grosse claque du festival. Comme à tout concert de post-rock, il...

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Villette Sonique (Paris), 27/05/16

Villette Sonique (Paris), 27/05/16

Vendredi dernier, nous étions présents pour le coup d’envoi de Villette Sonique avec une superbe affiche dans la Grande Halle de La Villette : Sauna Youth ouvrait le bal, suivi de White Fence, Frustration et enfin Sleaford Mods. Une affiche assez éclectique qui prenait le risque de ne pas contenter totalement amateurs de rock psyché réfractaires au post punk, et inversement. On aurait bien vu un échange White Fence/Protomartyr pour que ces derniers se retrouvent dans une affiche à dominance post punk et permettent ainsi à White Fence d’évoluer le même soir que leur pote et voisin Ty Segall… Mais on imagine que les programmateurs de Villette Sonique (un peu plus expérimentés que nous en la matière) se sont posés les mêmes questions avant de se heurter à des problèmes de calendrier… Bref, nous on s’en fout, on aime tout. On se retrouve vers 20h30 peu de temps avant l’arrivée de White Fence, et après avoir bien loupé Sauna Youth (ne comptez pas sur nous pour changer nos mauvaises habitudes…). Tim Presley et sa bande investissent une grande halle quelque peu clairsemée, sous de timides acclamations. Le père Tim revêt un pull rouge majestueux, sans doute tricoté par sa grand-mère qu’il ne quittera pas de la soirée. Il faut dire qu’il ne frôle pas le coup de chaud tant la prestation livrée par son groupe demeure assez pépère et pas spécialement inoubliable. On les a connu plus généreux. Ça s’emballe gentiment sur quelques fins de morceaux où les racines garage du groupe s’expriment un peu plus, le public semble apprécier mais demeure relativement sage. Il faut dire que la setlist fait la part belle à des morceaux… que personne ne connaît (issu du prochain album ?). Ajoutez à cela certains titres assez décousus (sans réel refrain ou structure bien établie), et vous comprendrez qu’il n’est pas évident de rentrer dans ce concert. Charles Moothart, toujours dans les bons coups (gratteux en chef de Fuzz, accompagnateur fidèle de Ty Segall et Mikal Cronin) est ici derrière les fûts et viendra juste choper la gratte du frère de Tim Presley le temps d’une ballade country toute « Cash-ienne ». Sur l’un des morceaux, qu’on sera donc bien incapable d’identifier, on retrouve une inhabituelle touche new yorkaise venant supplanter les traditionnels relents californiens qui caractérisent le son de White Fence. Une agréable surprise. Seul représentant de l’excellent For The Recently Found Innocent, « Sandra (When The Earth Dies) » viendra renouer avec la pop psychée et clôturer un set assez court, et pas spécialement dingue. Frustration va se charger d’électriser bien comme il faut cette soirée. Mise en scène travaillée pour une entrée remarquée (sous les « experience, discomfort, frustration ») pour une introduction flirtant avec l’électro industrielle (qui a dit...

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Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Low @ Divan du monde (Paris), 03/11/15

Je n’avais pas prévu d’écrire à propos de ce concert. Mais là je ne tiens plus, il faut que j’en parle. Alors me voilà parti pour vous conter une douce et belle nuit automnale. Soirée de gala au divan du monde avec Low, auteur d’un des albums de l’année et qui mène une carrière des plus admirables. C’est le songwriter australien Mike Noga qui a l’honneur d’ouvrir le bal accompagné d’un second guitariste qui prête main forte aux choeurs régulièrement. Visiblement ravis d’être là, ils nous font passer un agréable moment, avec des chansons allant « du triste au suicidaire » (c’est eux qui le disent !) avant une fin de set plus enlevée. Et puis, Low. Quelques secondes de « Gentle » suffisent à planter le décor, à nous happer dans l’univers Lowien. Le divan du monde, cosy mais plein comme un oeuf, leur va comme un gant. Le son est gargantuesque. La basse fait vibrer les murs, les chants emplissent l’espace. Puissance et clarté, frissons à tous les étages. Le concert débute comme le dernier album : « Gentle » et « No Comprende ». Autant dire, parfaitement. La voix de Mimi Parker est d’une pureté incroyable, les compos prennent encore plus sens sur scène, les versions entendues surclassant dans leur grande majorité celles sur disque. Ce n’est pas peu dire, vu les bijoux interprétés ici. Peu bavard, Alan Sparhawk se contente simplement de caresser ses cordes et de nous emporter avec sa voix d’une intensité poignante venant percer l’obscurité. Et quand les deux chants résonnent de concert… on s’accroche aux rambardes ! Oui car on est installé aux balcons, bénéficiant ainsi d’un surplomb idéal pour savourer ces moments d’osmose absolue. Le dernier album est largement représenté et une « Monkey » dévastatrice vient nous rappeler entre temps que quand Low décide de s’énerver, il ne le fait pas pour rien. « Landslide » aussi fait trembler le décor après les nombreux instants de grâce (« Lies », « Holy Ghost », « DJ »). Et de s’achever sur les longs et sublimes choeurs évanescents de Mimi. Quoi de mieux pour partir avant le rappel ? Si le public ne s’était pas montré un poil timoré (ou extatique ?), il aurait sans doute entonné à son tour les « ouhouhouhou » qui vont bien jusqu’au retour du groupe. Certains s’y sont risqués, les autres ont sans doute craint de paraître ridicules en passant après Mimi. Il est vrai qu’il y a de quoi être intimidé. Comme si ce n’était pas suffisant, Low nous offre au rappel l’inattendu « Words », ce chef-d’oeuvre du premier album qu’on n’osait même pas espérer. Qu’est-ce qu’on a bien fait pour mériter tant ? Mike Noga et son acolyte ont eux aussi dû se sentir privilégiés, c’est déjà la classe d’ouvrir pour Low mais venir jouer avec...

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Lou Barlow @ Point Éphémère (Paris), 04/10/15

Lou Barlow @ Point Éphémère (Paris), 04/10/15

  ATTENTION CET ARTICLE CONTIENT DES REFERENCES FOOTBALLISTIQUES DOUTEUSES. ANTI FOOTEUX RASSURE-TOI ÇA PARLE AUSSI MUSIQUE ET LA MORALE TE PLAIRA Ce n’est pas toujours facile d’être fan de foot. Ça prend du temps déjà, ça peut prendre de l’argent aussi. Ça peut en outre causer bien des moqueries de la part : – des gens qui n’aiment pas le foot et qui vous traitent de beauf. – des gens qui supportent d’autres équipes et guettent la moindre humiliation pour vous tailler en pièces le lendemain au bureau (alors que vous n’y êtes pour rien bordel !). – des gens qui n’aiment pas le foot, n’y connaissent rien mais vous vannent quand même en cas de contre-performance (sans doute les plus agaçants). Et, last but not least, être fan de foot, c’est parfois adapter son emploi du temps aux horaires de match (plus ou moins systématiquement selon le degré de folie dont on est atteint)… Donc le fan de foot est assez régulièrement confronté à des dilemmes. Et dimanche soir il y avait dilemme : le clasico ou Lou Barlow. Et bien cette fois, j’ai été fort, j’ai suivi mon petit Lou, au détriment de mon équipe de brêles de foot préférée. Sachant pertinemment qu’avec les premiers j’aurais peu de chances d’avoir une bonne surprise et qu’avec le second je n’en avais quasiment aucune d’en avoir une mauvaise. Et encore je ne me doutais pas qu’en plus de Lou Barlow, je pourrais m’offrir un premier moment très agréable : la découverte de Talune, artiste solo (qui si j’ai bien compris évolue habituellement en quartet) au talent évident, au jeu affirmé, à l’univers intéressant. Des arpèges sophistiquées, couplées à une belle voix grave et puissante. Un garçon a suivre… Puis Lou Barlow est arrivé, bien planqué sous son anarchique tignasse brune. Et il a joué. Et chacun s’est mis à l’écouter religieusement, à dévorer ses paroles, à admirer son jeu simple et limpide, à se marrer à l’écoute de ses (nombreuses) blagues. Car oui, le type est affable, d’humeur joviale et communique avec plaisir avec le public (à se demander parfois comment il peut s’entendre avec J Mascis, souvent surnommé mi-affectueusement mi-véridiquement « l’autiste »). Entre deux morceaux, Lou nous fait rire. Entre deux vannes, il nous raconte sa vie : sa découverte de l’enfer de conduire à Paris, son arrestation en Allemagne par deux flics dont l’un stagiaire répétant mécaniquement et consciencieusement tout ce que lui chuchote son supérieur… Mais nous n’avons pas seulement assisté à un show de l’insoupçonné pitre Barlow, on a surtout apprécié le grand récital d’un brillant musicien, alternant entre son ukulele, son synthétiseur des 70s auquel il tient beaucoup (et peut-être un peu trop présent par moments...

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Rock En Seine @ St-Cloud (92), 28/08/15

Rock En Seine @ St-Cloud (92), 28/08/15

Cela fait maintenant deux ou trois ans que ça dure. Derrière atours clinquants et noms ronflants, Rock en Seine fait désormais de l’oeil aux amateurs de rock indé le dimanche en leur concoctant une programmation au poil, plus « pointue », avec des artistes qu’on a plus l’habitude de voir au Point Ephémère ou à la Maroquinerie que dans de gros festivals. Une fois de plus on s’est donc laissé tenter. Kadavar sont les premiers à entrer en piste à 14h30 sur la grande scène. Les trois gonzigues rendent à la fois hommage à ZZ Top, avec leur barbe king size, et à Black Sabbath, avec leur son maousse. Le soleil de plomb nous procure tout de même un besoin d’air après avoir subi quantité de riffs d’acier. Kadavar (pas loin d’être) exquis mais un poil répétitif.   C’est au tour des illuminés australiens de Pond de nous filer des picotements dans les guiboles avec leur pop foutraque et alambiquée, souvent sautillante. Il faut quand même un peu de temps pour capter complètement le délire mais une fois qu’on y parvient, on est plutôt bien. Et le long titre final vient clore cette chouette parenthèse dans une humeur enfumée toute floydienne. Fuzz avait pour mission d’enflammer le parterre de la scène de la cascade, là où Cloud Nothings avait globalement échoué l’an passé, la faute à un son particulièrement miteux. De ce point de vue-là, c’est mieux sans être tout fait foudroyant non plus. L’impression d’ensemble est toutefois bien plus convaincante et ce malgré la batterie de Ty qui se fait la malle, les cordes et pédales de Mootheart qui font tout pour lui pourrir la vie… C’est toujours marrant de voir Ty beugler assis derrière sa batterie et c’est toujours sacrément bon d’entendre « Loose Sutures » s’allonger encore et encore, tant le morceau (comme beaucoup d’autres) est propice au jam. Les nouveaux morceaux se défendent très bien aussi et on scrutera comme il se doit le nouveau bestiau quand il daignera s’approcher de nos platines (fin octobre).     Après un petit break bienvenu, Marietta vient prouver à tous, notamment à ceux qui ne le savent pas encore, que son album est bien un des meilleurs de l’année. Ses morceaux, délaissent ici leur côté bricolo intimiste pour gagner en énergie et en fougue. Sa joyeuse et talentueuse troupe propulse le tout dans des versions plus garageuses, voire – osons le mot – punk par moment. « Chewing Your Bones » cartonne aux suffrages et le final tonitruant de « NBA Conspiracy » laisse tout le monde sur le carreau. Parmi les convaincus, un certain Ty Segall qui semble s’être pris au jeu et vient tailler le bout de gras avec Marietta à la fin, un vinyle à la...

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