Big Thief @ Cabaret Sauvage (Paris), 25/02/20

Big Thief @ Cabaret Sauvage (Paris), 25/02/20

Je suis en nage dans un Cabaret Sauvage plein à craquer à proximité du bar et des journalistes musicaux. Je ne vois la scène que par intermittence. J’ai passé les deux dernières heures à courir pour attraper le Transilien, le RER E, le métro. Puis j’ai couru de la Porte de la Villette jusqu’au Canal de l’Ourcq pour arriver sur place avant le début du set de Big Thief. Existe-t-il salle plus loin de tout à Paris ? Je ne suis pas le seul à m’être fait surprendre par les derniers mètres, à en juger par la petite queue à l’entrée du chapiteau. Je reconnais un couple d’amis juste devant moi mais je n’arriverai jamais à remettre la main dessus au milieu de la foule. Après quelques tentatives infructueuses de me glisser au milieu de la masse des spectateurs pour m’approcher un peu, je finis par me poser derrière les consoles, un cameraman qui filmera les deux tiers du set me cachant occasionnellement la vue. Ces conditions, ainsi qu’une foutue sciatique qui me fait traîner de la jambe depuis près d’un mois, auraient pu me ruiner le concert de la dernière sensation du rock indépendant. Cerise sur le gâteau (façon de parler), j’ai vu passer la setlist, confiée aux ingénieurs son et lumière ainsi qu’à l’équipe de tournage et je vois donc le plaisir qu’apporte l’attente d’une chanson préférée me passer sous le nez. C’était compter sans la force de persuasion d’Adrianne Lenker et ses comparses. Dès les premiers accords de « Masterpiece », je sais que je vais assister à un concert énorme. Déjà, il faut rendre hommage à la salle. Le champ de vision est certes limité sous ce chapiteau mais le son est parfait. La voix d’Adrianne, tour à tour fragile, autoritaire, éraillée, ressort magnifiquement ainsi que le son de sa guitare électrique demi-caisse, rond, plein, gorgé de saturation juteuse. On lit évidemment quantité de conneries sur les réseaux sociaux mais il faut quand même voir le nombre de fois où il y est écrit qu’elle chante ou joue faux. Alors, oui, c’est parfois faux, mais c’est faux comme du Neil Young. C’est donc faux en bien. On est d’ailleurs en territoire « crazyhorsesque » en début de set, celui-ci faisant la part belle aux deux premiers albums du groupe. La dynamique de la formation, déjà impressionnante sur disque, fonctionne ici à plein régime : basse précise, batterie en apesanteur. Ce n’est pas insulter Buck Meek que d’affirmer que son rôle est relativement limité par rapport à ses deux camarades. Sa guitare est un élément additif mais les textures qu’il tricote sont superbes. Visuellement, le groupe, spécialisé dans les excès en tous genres – le bassiste...

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GéNéRiQ Festival @ Belfort (90), 07/02/20

GéNéRiQ Festival @ Belfort (90), 07/02/20

Gros programme ce vendredi 7 février du côté de Belfort avec une double dose de live dans le cadre du GéNéRiQ Festival. Direction la Tour 41 tout d’abord en fin d’après-midi. Dans ce musée des Beaux-Arts au sein d’une des fortifications de Vauban dans la vieille ville de Belfort (#StéphaneBern), on avait posé entre deux salles du musée, une scène de fortune. Une batterie, quelques amplis Fender, les retours derrière lesquels les plus curieux se sont assis pour assister aux prestations de Shannon Lay et Mikal Cronin. Pas encore remis de la belle prestation folk d’Emily Jane White la veille, Shannon Lay nous a offert une belle transition avec son indie pop délicate et sensible. Seule à la guitare, on a apprécié sa douce mélancolie, sa voix suave, ses tentatives de dialoguer avec un public de curieux pour la plupart venus pour le côté original du concert. Visiter un musée des Beaux-Arts et se faire un concert de rock dans la foulée : bonne initiative. Dans les standards du GéNéRiQ qui allie depuis longtemps une belle programmation musicale et le lien avec les institutions locales pour offrir une expérience live souvent inédite aux spectateurs. Shannon Lay et ses petits « Thank You » aigus charmants a joué le jeu avec décontraction avant de céder la place à un trio mené par Mikal Cronin qui présentait son dernier album Seeker (7 titres sur la douzaine présentés). Pas encore trop au fait de sa carrière, je venais en curieux seulement averti par le combo interview–chronique de Jonathan sur votre site préféré. Même dans le cadre inhabituel de ce musée, avec un public devant ET derrière le trio, et sous des lights roses un peu trop flashy, j’ai apprécié le live du trio entre garage efficace (« I’ve Got Reason » – coucou Ty Segall ! -, « Caravan ») et rock élégant qui n’est pas sans évoquer les 70’s ou le bon vieux Neil Young (la doublette d’entrée « Shelter » – « Show Me », « Guardian Well »). Un peu trop nerveux quand même pour une partie des curieux qui ont déserté le show pourtant impeccable des 3 compères plutôt ravis de se produire au milieu d’œuvres d’art. Petite incursion de Shannon Lay sur un des derniers titres pour ficeler ce bon petit live et nous voilà parti en direction de La Poudrière. Setlist Mikal Cronin : Shelter – Show Me – Apathy – Get Along – Say – Sold – Fire – I’ve Got Reason – Caravan – Guardian well – Weight – Change Retour ensuite sur des planches plus familières à La Poudrière avec un programme bien copieux. Trois groupes, trois ambiances, mais trois belles réussites. Conçu...

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Emily Jane White @ La Laiterie (Strasbourg), 06/02/20

Emily Jane White @ La Laiterie (Strasbourg), 06/02/20

Premier concert de 2020 pour ma part ce jeudi 6 février à La Laiterie avec la venue de la californienne Emily Jane White qui venait présenter son dernier album. L’excellent Immanent Fire, sorti en novembre dernier, m’avait permis de découvrir l’œuvre de cette chanteuse dans la grande tradition folk. Grand album de 2019, grand album tout court d’où une grande attente à l’heure de découvrir ces chansons sur la petite scène du club de La Laiterie. En première partie, et pour ne pas rompre avec l’ambiance plutôt intimiste de la soirée, Hicks and Figuri, projet solo porté par Spide (inconnu pour ma part), qui proposa un folk fragile porté par une belle voix grave. Tellement en sourdine que l’on entendait le barman ranger les pièces dans sa caisse ou les portes des toilettes s’ouvrir (!). Au moins, le public a joué le jeu sans dialoguer pendant les morceaux. Mais voici que s’avance alors Emily Jane White, seulement accompagnée d’un batteur et d’un musicien qui alternera basse et guitare au fil des morceaux. Et c’est peu dire que le charme a opéré. I put a spell on you. La californienne, humble et souriante à chaque fin de morceau pour remercier le public, a « magnétisé » l’assistance. Grâce à son art délicat du songwriting folk soit l’épure au service de chansons subtiles et de sa voix de sirène inquiète mais néanmoins bienveillante. Son dernier album avec en toile de fond l’urgence climatique sera joué en intégralité. Ça tombe bien vu que son caractère anxiogène mais musicalement majestueux apportera un contraste intéressant avec le reste des titres folk plus dans la veine d’une Alela Diane. Entamé par l’impeccable mais sombre « Washed Away », Emily Jane White dégaine ensuite le puissant « Infernal » où une guitare sourde et frondeuse annonce une fin de monde dans les flammes. Titre impressionnant. Où elle peut regarder dans les yeux une PJ Harvey. A l’image de « Metamorphosis », « Drowned » ou « The Gates at the End », on se prendrait même à rêver ces titres accompagnés d’un orchestre symphonique. La californienne parviendra aussi à instaurer une intimité fragile avec le public. Comme lorsqu’elle s’installe au clavier pour le sublime « Dew », où l’on n’est pas loin de verser sa larme devant tant de beauté. Parfois seule sur scène, à la guitare, dans le crépuscule d’un spot mourant, on touche alors à la quintessence de la folk-song. Et on mesure le délicat talent de son interprète. Sublime ! Loin de connaître toute sa discographie (elle a pioché beaucoup dans son déjà ancien premier album), on pouvait noter toutefois l’ampleur des titres du dernier album, aux arrangements élégants et aux instrumentations riches....

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Last Train @ La Laiterie (Strasbourg), 20/12/19

Last Train @ La Laiterie (Strasbourg), 20/12/19

Last Train sur ses terres pour sa dernière date de 2019. L’affiche avait de l’allure avec Bandit Bandit en ouverture et sur scène dès… un trop précoce 20 heures (un vendredi soir !). Autant dire qu’à 4 jours de Noël, avec une circulation strasbourgeoise dense, l’habituelle chasse à la place de parking autour de la Laiterie et un concert sold out, il aurait fallu… que je parte plus tôt pour ne pas rater à peu près tout le set de Bandit Bandit. Shame on me, vu que le peu de la performance entrevue m’a bien plu. Pas tous les jours que des groupes rock frenchies pratiquent leur art dans la langue de Molière en plus. A revoir… 21h00 précises (on est ponctuel à La Laiterie, ça fait peur), bière de Noël à peine sirotée, Last Train déboule sur scène. Troisième rencontre avec eux pour ma part mais première en salle d’où une grosse attente et excitation non dissimulée. On parle quand même d’un groupe de ma région qui peut prétendre à une place sur le podium très officieux de meilleur groupe rock français en activité. Assertion totalement gratuite et scandaleusement subjective ok. Mais The Big Picture, leur deuxième album, a quand même marqué la scène rock hexagonale en 2019. Et l’aura du groupe, sorte de « dream come true » de copains qui montent leur band puis se propulsent jusque sur les scènes internationales au gré de centaines de dates en à peine quelques années a de quoi faire fondre le cœur endurci de n’importe quel indie rock critique sceptique. En terre promise, le groupe a démarré tambour battant avec une doublette puissante et imparable : l’impeccable « All Alone », toutes guitares dehors et le tubesque « Way Out » qui a fait monter la température très vite dans les premiers rangs totalement acquis à la cause des alsaciens. Le groupe a choisi une setlist en montagnes russes alternant titres enragés et plages plus contemplatives proches du post-rock comme sur un « On Our Knees » où le silence quasi religieux de La Laiterie avait de quoi foutre le frisson. Quel titre ! Beau travail sur les lights au passage avec de belles ambiances en clair-obscur sur les passages instrumentaux paisibles. Le groupe a de la bouteille (plus de 400 dates au compteur) et leur complicité est visible. Des titres classiques comme « House On The Moon » ou « Fire » ont retourné la Laiterie. On est pourtant pas loin d’un post-rock assez lent qui peut rebuter les non-initiés. Mais la patte mélodique du groupe, le chant assuré de Jean-Noel Scherrer et la capacité du groupe a « électrifier » cette belle mélancolie a fait fondre le...

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Pitchfork Music Festival Paris, du 31/10 au 02/11/19

Pitchfork Music Festival Paris, du 31/10 au 02/11/19

Référence incontournable de la presse musicale anglo-saxonne, Pitchfork qui s’autoproclame “the most trusted voice in music” faisait autrefois la pluie et le beau temps dans le petit monde de l’indie rock. Capable de faire et défaire de nombreux groupes du genre, Pitchfork a bien changé depuis les années 90. Et aujourd’hui, le festival qui se tient tous les ans à Paris est à l’image du média : très tourné vers les “musiques actuelles”, à savoir le hip hop/rnb et la musique électronique (il n’y a qu’à voir leur top de la décennie pour s’en convaincre)… mais avec encore un œil sur le rock indépendant. Les trois jours du festival étaient ainsi axés chacun sur l’un de ces trois genres. Avec toujours un souci d’exigence certain et, forcément, de beaux moments à la clé. Jeudi 31 octobre © Neige Bousson S’il y a bien un groupe sur lequel il fallait s’attarder en ce premier jour de festival, c’est bien Yussef Dayes. Batteur et percussionniste de talent, Yussef Dayes a décidé de se lancer “en solo” après de belles collaborations, notamment aux côtés de United Vibrations et Yussef Kamaal. Présenté par beaucoup comme le renouveau du jazz, il fait preuve en effet d’un groove impeccable et enivrant sublimé par le producteur Alfa Mist, le bassiste Rocco Palladino et le guitariste Mansur Brown. Un sens du rythme bluffant (s’inspirant des tonalités et rythmes jazz des années 70, de la bossa nova et même du dubstep) et une prestation envoûtante, un véritable coup de cœur ! On ne peut pas en dire autant de Hamza, visiblement content d’être là mais peut-être pas suffisamment mûr pour la scène. Déception également du côté d’Ateyaba, très peu impliqué, sans doute pas tout à fait sobre (doux euphémisme) et adepte du playback… La tête d’affiche du jour, Skepta, aura en revanche parfaitement tenu son rang en déployant une énergie impressionnante et une technique irréprochable, suscitant quantité de pogos dans une foule qui n’avait d’yeux et d’oreilles que pour lui. Jonathan Lopez, Neige Bousson & Melina Ferrante-Giovannoni Vendredi 1er novembre Deux très gros morceaux nous attendaient lors de la “soirée rock” avec d’abord Primal Scream à 20h pile. Les lumières s’éteignent sur une grande salle curieusement à moitié vide, lorsque Bobby Gillespie débarque dans un costume rose fuchsia à faire pâlir Jarvis Cocker, pour un set de 40 minutes de tubes. Petit concert donc petite formation, mais même à 4, les Primal Scream partent au combat comme s’il allaient jouer deux heures à Hyde Park. Bobby saute, Bobby danse, Bobby fait du tambourin et Bobby fait un parcours sans faute sauf lorsqu’il tend son micro à la foule qui y met autant de bonnes volonté qu’un banc de...

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The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

The Murder Capital @ La Poudrière (Belfort), 09/11/19

Rassurez-vous le concert était de meilleure qualité que cette photo Rendez-vous était pris ce samedi 9 novembre à la Poudrière de Belfort pour assister à la présentation par The Murder Capital de son excellent premier album, When I Have Fears. Grosse attente et grosse interrogation aussi sur le potentiel live d’un groupe qui aura déjà marqué l’année 2019 outre-Manche. En guise d’entrée, place aux (quasi) locaux de Kamarad, venus en voisins de Colmar avec quelques fans. Rock noisy efficace flirtant avec le post-punk. Le groupe mouille la chemise avec une bonne humeur communicative. À suivre. Curieux de nature, je photographie la setlist de The Murder Capital, visible sur scène après le concert de Kamarad. Erreur stratégique ! Je constate non sans surprise qu’il n’y a que 9 titres, soit 2 de moins que les colmariens ! Je pressens déjà la déception d’autant que les 9 titres constituent ni plus ni moins l’album (moins « How The Streets Adore Me Now ») dans un ordre qui, heureusement, va considérablement relever la note artistique de ce live. Concert en crescendo divisé en trois triptyques. Entrée crépusculaire avec la doublette quasi instrumentale « Slow Dance I » – « Slow Dance II ». Idéal pour installer l’ambiance. Entre tension sourde et mélancolie poignante. Premier grand moment avec « On Twisted Ground », annoncé par James McGovern, le chanteur du quintet dublinois, à la mémoire des amis disparus. Malgré un début de morceau saboté par quelques spectateurs pas au courant de ce qui se jouait sur scène, le groupe réussit à installer un silence de cathédrale au cours des 6 minutes qui résonnent comme une oraison funèbre. Assez sublime. The Murder Capital va alors monter le curseur d’un cran niveau intensité physique. D’abord avec l’excellent « Love, Love, Love » puis l’imparable duo « Green And Blue » et « For Everything » où James McGovern enfile le costume du chanteur habité. A l’émotion du premier trio de titres, succède une tension remarquablement contenue. Mais l’orage gronde et la dernière triplette de titres va achever de nous convaincre sur les qualités du groupe. Le quintet lâche les chevaux et après l’émotion, c’est cette fois-ci la puissance sonique pure qui s’exprime. « Don’t Cling To Life », le tubesque et furieux « More Is Less » et une version légèrement rallongée de « Feeling Fades » lors de laquelle James McGovern va mettre le public à genoux au sens propre comme au figuré, lui demandant de s’accroupir avant un ultime assaut et un pogo final. En confiance, le chanteur claque un slam, avec un saut dans le public assez impressionnant ! Il a dû faire du saut en hauteur le bougre. Ultime moment sympa,...

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Interview et live report – CAKE

Interview et live report – CAKE

Quand on écoute un groupe depuis l’adolescence, notamment quand c’est le premier vrai groupe qu’on est allé voir en concert, l’opportunité de passer du temps au téléphone avec son chanteur fait ressortir tout le côté fanboy réprimé avec l’âge adulte. Surtout quand l’interview a été tentée deux fois auparavant sans succès (une fois pour les 20 ans de Fashion Nugget, une autre à l’occasion de leur passage à Paris plus tôt cette année). J’ai donc été très tenté de demander à John McCrea, le leader de CAKE, des photos dédicacées et des pin’s. Au lieu de ça, on a abordé beaucoup de sujets dans cette conversation matinale (pour lui), et si le chanteur manquait de café, il n’a pas manqué de verve. “Beaucoup d’arrangements dans la musique moderne sont surchargés. Il se passe trop de choses à mon goût, trop pour que le cerveau humain puisse tout comprendre. Et je pense que nous, jusque-là, nous ne sommes pas tombés dans ce piège !” Il semblerait que Paris n’a pas de chance avec vos concerts. Vous avez prévu quelque chose de spécial pour ce soir ? Des morceaux rares ? Oui, quand on est venus en janvier, c’était la fin de la tournée et j’ai complètement perdu ma voix. En 2011, on ne trouvait plus notre guitariste Xan McCurdy, même si je ne me souviens plus des détails. On a eu beaucoup de poisse, et j’en ai fini avec la poisse ! Mais ce qu’on va essayer de faire ce soir, c’est simplement de faire un concert solide. Ce qui compte, c’est de parvenir à créer une connexion musicalement avec le public. Pour moi, c’est le plus important. Après, depuis la dernière fois qu’on est venus, on a répété d’anciens et de nouveaux morceaux que nous n’avons pas joués à Paris dans les deux cas. Donc il y aura au moins ça. Votre public à Paris semble très fidèle, je vois les mêmes têtes à vos concerts depuis des années. C’est quelque chose que vous constatez aussi ? C’est quelque chose qu’on constate généralement, également hors de Paris, mais si on doit caractériser un public, on pourrait dire que les français en général, et les parisiens en particulier, prennent de grandes décisions musicales et s’y tiennent. C’est fascinant, surtout comparée à la fantaisie fugace des anglo-saxons. Peut-être que les Français sont plus confiants dans leurs tendances esthétiques, assument davantage la manière dont leur système nerveux interagit avec les informations sensorielles. Quand d’autres critères que les sens rentrent en compte dans les décisions, ça s’embrouille, ça devient culturel, tactique… Je crois que les Français ont moins peur de leurs goûts. Quand tu rajoutes des critères culturels, ça devient complexe et tendu. Mais si...

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Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Shannon Wright @ Trianon (Paris), 14/10/19

Elle semblait ne pas en croire ses yeux. Ça y est, Shannon Wright a joué au Trianon, salle ô combien prestigieuse aux gradins si imposants, à l’architecture si majestueuse. Quel plus bel écrin pour recueillir la sincérité qui émane de chacune de ses chansons, pour abriter les interprétations de son dernier album, Providence, épuré au possible et mettant à l’honneur le piano, seul accompagnateur de son incroyable voix ? Il fallait la voir jeter des regards gênés, après des salves d’applaudissements nourris saluant ses petites merveilles fragiles, magistralement exécutées, qui peuplent ses albums plus (“Soft Noise”, sur Division) ou moins récents (“Avalanche”, sur Over The Sun). Et elle semblait toute chamboulée, lorsque relevant la tête après l’immersion totale dans laquelle elle s’était plongée en jouant “Dirty Facade”, elle réalisait que c’était bien pour elle que tout ce petit monde s’était déplacé et l’écoutait religieusement buvant chacune de ses paroles, s’imprégnant de chaque note de piano. Plus de déferlante de guitares derrière laquelle se planquer, pas de groupe sur lequel s’appuyer, elle était là, seule avec nous, seule avec ses chansons. Elle dont la préoccupation première était de s’abandonner totalement, comme elle le disait en interview, aura brillamment accompli sa mission. Et elle n’aura eu aucune difficulté à nous emmener avec elle. Il fallait être capable de rester en place dans son fauteuil et ne pas se laisser submerger par l’émotion, si ce n’est l’euphorie, d’assister à ces moments rares offerts par une artiste de sa trempe, à qui cette date tenait tellement à cœur. Une voix qui résonne dans ce si grand espace alimentant en frissons une audience sous le charme, un jeu de piano virtuose, quelques éclats de beauté, une tension soudaine quand les notes s’accélèrent (“Steadfast And True”) et des sommets d’intensité régulièrement atteints.  Il fallait être là pour écouter la déchirante “Bleed” et son “no one can change you” presque désespéré, “Defy This Love” et sa sournoise ritournelle de piano, cette version de “These Present Arms”, constamment sur un fil et qui parvenait pourtant à tutoyer la perfection, la voix de Shannon courant désespérément après les notes tout en les sommant de l’attendre (“wait, wait, wait“), se dédoublant même pour remplacer les overdubs de la version studio, faisant grimper la tension jusqu’à l’inexorable (“before it’s too late“). Une performance de très haut vol, tout bonnement éblouissante, qui suscitera une standing ovation spontanée. Nous n’aurions sans doute pas été tout à fait comblés si nous ne l’avions entendue gratter les cordes de sa façon bien à elle, imprimant cette nervosité terrible comme si elles pouvaient se rompre à tout moment. C’est après une brève pause bien méritée que Shannon est donc revenue s’emparer pour la première fois...

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The Mystery Lights @ La maroquinerie (Paris), 15/10/19

The Mystery Lights @ La maroquinerie (Paris), 15/10/19

© Ryad Jemaa Pour ceux qui n’ont pas lu la chronique de Too Much Tension! des Mystery Lights, je la fais courte. Nos new-yorkais (d’adoption) ont tout des sympathiques dilettantes à qui on peut à peu près tout passer… Tout cela est vrai mais attention, quand ils s’y mettent, ils sont capables d’écrire les mélodies parmi les plus catchy de la scène garage actuelle. Alors, les voilà donc de retour à la Maroquinerie après quelques années d’attente. Le line-up a très légèrement changé en la présence d’une claviériste blonde platine. Pour le reste, nous avons toujours nos amis, Mike, Zach, Luis et Alex. La salle est pleine ou presque et les mystérieuses lumières attaquent avec “Tired Of Livin In The City”, instant-classic. Moi, tout dévoué à ma cause, je ferai la grosse première moitié du concert juste devant la scène. Ça tabasse bien. Ça slamme (le frontman cédant lui-même à la tentation). Tout va bien. Il fait 40°C. Mike Brandon est toujours monté sur ressorts, Zach Butler depuis sa batterie est toujours le pourvoyeur de tequila pour le groupe entier, Luis Solano concentré sur ses volutes 60’s et Alex Amini assurant une solide ligne de basse. La suite du concert est un maelström de morceaux tirés des deux magnifiques LP. Le groupe enchaîne titres rapides (“Thick Skin”, “Traces”…), passages plus poppy (“Too Many Girls”, “Someone Else Is In Control”…), quelques respirations low tempo (“Watchin The News Gives Me The Blues”, “Too Tough To Bear”) et “retour au garage” (“Intro”/”Follow Me Home”, “Too Much Tension”). On en redemande ! Approchant de la fin du concert, ils nous mettent au défi de trouver le titre dont ils font une méchante cover. Je n’ai pas trouvé. Puis… puis… ils reprennent “Dead Moon Night” de Dead Moon et là, on sent que l’éthanol fait effet, 10 minutes de grand n’importe quoi de génie, d’échanges d’instrus dans tous les sens, le batteur manque d’éborgner le guitariste d’un lancer de drumstick, les ups and downs plus ou moins sous contrôle se succèdent pour faire le lit d’un final apocalyptique. OUCH ! © Ryad Jemaa Un tour au merch me fait sourire. Tellement dans l’esprit TML (The Mystery Lights) : le choix entre un T-shirt rouge marqué TML au lettrage aussi original qu’un Arial de base et un… T-shirt blanc TML/Arial tout pareil. Ils ont dû se réunir au moins 5 minutes pour causer design. Pas leur truc… Par contre, ils viennent faire un tour serrer des pinces, signer les LP et discuter bien volontiers. Mike est le genre de gars qui vous donne l’impression qu’il vous reconnaît et est aux anges de vous revoir. Zach court dans tous les sens pour trouver un stylo et...

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Mars Red Sky @ La Poudrière (Belfort), 11/10/19

Mars Red Sky @ La Poudrière (Belfort), 11/10/19

Après l’excellente prestation de Lysistrata la veille à Mulhouse, direction La Poudrière à Belfort pour la venue d’un autre trio français emblématique : les bordelais de Mars Red Sky qui venaient nous présenter leur excellent 4e album, The Task Eternal. Plateau copieux dans la salle belfortaine avec en entrée les jeunes We Hate You Please Die, venu de Rouen (ou plutôt ce qu’il en reste dixit le chanteur… courage aux Rouennais) qui se présentent comme des « gamins en colère ». Un peu tendres peut-être, malgré une bonne énergie, un chanteur survolté, une bassiste avec un joli brin de voix et une batteuse qui arborait un T-shirt laissant peu de doutes sur leur décennie d’influence (Bleach de Nirvana). Avec un peu plus de puissance niveau guitares, ça le faisait. Prometteur. Ensuite, on avait droit à un peu plus de gras niveau son avec Grooott à la croisée de chemins stoner voire métal pas trop éclairés. Ça riffe, ça fuzze, c’est lourd, et ça annonçait efficacement Mars Red Sky. Heavy. Concert best-of pour les bordelais. Best-of du dernier album avec 5 titres sur 8 joués. Best-of tout court avec quelques classiques du trio (“Light Beyond”, “Strong Reflection”, “Marble Sky”…) qui nous a régalé avec son rock massif, lent et aventureux. Trio de belle humeur avec un Jimmy Kinast qui demande régulièrement à l’ingé son plus de cancoillotte dans son retour de basse (lol). Ou qui annonce du doom avant le dantesque “Light Beyond”. Julien Pras est plus discret mais toujours impeccable à la guitare au gré de soli mémorables et autres riffs incisifs. Je demeure admiratif de son jeu mélodique et aérien et de la puissance de feu du trio. Qui a attaqué bille en tête avec la doublette parfaite “Reacts” – “Collector”. Histoire de poser le décor. Du lourd, du riff gras avec basse plombée et batterie qui déboite. Les têtes se balancent lentement à l’unisson de rythmiques pachydermiques. Sans compter les fulgurances psyché sorties de la guitare de Julien Pras. Avec un triptyque “The Proving Grounds” – “Light Beyond” – “Hollow King”, le groupe te calme direct le moindre sceptique. Restait juste à finir le travail en vieux briscards. Qui déroulent tranquille en te servant du old school. L’enlevé “Marble Sky”, le massif “Strong Reflection” et le trip psyché “Arcadia” en décollage final ! Seul regret de ce concert impeccable, pas de trace de “Up The Stairs”, mon petit préféré de leur discographie (snif). Légère déception mais je me suis vite consolé en ramenant à la maison deux petites galettes pour ma platine. Le premier album éponyme à la pochette géniale qui m’a fait découvrir le groupe et le petit dernier, The Task Eternal, double vinyle jaune translucide...

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