5 chansons, 5 disques par Emboe

5 chansons, 5 disques par Emboe

On avait déjà taillé le bout de gras avec Emmanuel Boeuf lorsqu’il officiait encore au sein de feu Sons Of Frida. Aujourd’hui Sons Of Frida n’est plus mais Emmanuel Boeuf est toujours plus qu’actif au sein de ses nombreux projets. Et il reste un immense passionné de musique devant l’éternel. Bref, le monsieur avait le profil idéal pour une interview 5 chansons, 5 disques.   1 – Mirinda (Sons Of Frida – Tortuga – 2013) On commence par du vieux… Je crois que c’est mon morceau préféré que vous ayez fait. Déjà il y a cette trompette qui je trouve apporte un vrai plus, c’est venu comment cette inspiration ? Cette histoire de trompette est venue très naturellement dès le départ. En fait, Ben le guitariste et chanteur a fait de la trompette au conservatoire. 10 ans de trompette, un truc comme ça. Même sur notre premier album y a de la trompette. Sur tous, en fait. Un jour il nous a dit « j’ai fait 10 ans de trompette au conservatoire, ça m’a soulé… », on lui a dit « tiens, ramène ta trompette ! ». Et puis, ouais sur « Mirinda », la trompette est fantastique. Ça fait vachement bien. On avait un processus de composition qui était plus sur de l’improvisation, moi j’avais trouvé cet espèce de riff qui est là constamment sur tout le long du morceau. Ben jouait aussi de la guitare, il savait pas trop quoi faire. On continuait pendant un quart d’heure, et puis Ben sort la trompette et commence à jouer ça. Oui, donc tu me dis que c’était là au départ mais vous n’aviez pas imaginé dès le début d’inclure de la trompette sur le morceau ? Non, au début on était là, deux guitares, une basse, une batterie. On chante, on joue et un morceau, il savait pas quoi faire, il a pris la trompette et c’est parti. Il a trouvé les quatre lignes et c’était cool. Puisqu’on est sur Sons Of Frida, on peut parler d’un RIP forever ou il y a un potentiel retour envisageable… Ah toi t’as vu l’annonce sur Facebook. Oui, j’ai vu passer un truc qui m’a intrigué. Oui, il y a une rumeur. Mais il n’y aura pas de reformation, y a Clément le bassiste qui est parti en Suède. S’il devait y avoir une reformation, ce serait de la dernière version de Sons Of Frida donc avec Clément à la basse, sinon ça n’aurait aucun intérêt. On y a pensé mais ça va pas être jouable. Mais on a pas mal de matière encore pour sortir des choses. Ah oui, donc pas de reformation mais de nouvelles sorties. Voilà. On va faire un peu comme Sonic Youth, on...

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5 chansons, 5 disques par Edam Edam

5 chansons, 5 disques par Edam Edam

On vous a déjà parlé à plusieurs reprise d’Edam Edam, le projet musical de Shyle Zalewski. Cette fois, c’est lui qui parle. Et comme l’artiste touche à tout est aussi volubile qu’il est productif, on se contentera de cette courte introduction ! 1 – King Of Nothing – This Is Life (2013) En écoute ici Très bonne musique, composée en 2013… (rires) Non, en plus, j’aime bien cette musique, c’est une de mes préférées. Elle est assez spéciale dans le sens où c’est une période où je venais de me séparer, je voyais encore Benjamin, l’autre Edam avec qui j’ai fondé le groupe à la base, et on faisait des soirées. Très bizarrement, on a fini une de ces soirées chez lui avec un autre pote, Sean, qui fait l’oiseau dans certains concerts, on s’est mis à faire de la musique, on a composé plein de trucs qui n’avaient pas grand intérêt, des musiques un peu non-sens, et à un moment j’ai posé ce texte-là sur ces accords-là que je trouvais cool, c’était ultra spontané, la dernière musique qu’on jouait, il devait être 4 heures du matin, avant de prendre le premier métro, vraiment sur un coup de tête. Avec le temps, elle prend vraiment une tournure d’hymne personnel alors que je l’ai couchée sur papier comme ça. (On sonne à la porte, il ouvre et revient) Ouais, c’est un hymne personnel, les paroles me parlent vraiment. Et le titre « The King Of Nothing », c’est une locution que j’utilise souvent quand j’écris et que je n’ai pas envie d’écrire « je », ça me semble être une bonne analogie de ce que je suis, une belle métaphore.   Tu l’utilisais déjà avant ou c’est venu avec ce morceaux ? C’est venu avec cette musique, ouais. Et je le fous dans mes BD, je trouvais ça beau cette idée de roi qui n’a rien, qui est roi simplement parce qu’il est un meilleur être humain. Et que c’est déjà être royal d’être un meilleur être humain que les personnes qui nous entourent.   En fait, ce « I’m a better human being » final, c’est en comparaison à celui qui critique le narrateur, pas à ce qu’il était avant ? Oui, c’est ça, tout le morceau c’est un truc assez triste sur ce sentiment de ne pas avoir fait assez de choses dans sa vie, notamment quand j’ai eu 20 ans, je déprimais déjà, je me trouvais vieux, et un pote m’avait envoyé un texto en me disant « à ton âge, Bob Dylan était déjà bien divin ! » et c’est vrai que des fois, je me dis qu’effectivement, je n’ai rien fait, je chante des chansons qui ne parlent pas de grand-chose, mon art est un art...

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Interview – Sweat Like An Ape!

Interview – Sweat Like An Ape!

Dans le flot continu de nouveautés que nous apporte la scène bordelaise, difficile de passer à côté de Sweat Like An Ape. A l’écoute de son deuxième album sorti chez Platinum Records on ressent immédiatement une capacité à séduire des publics avec des gouts différents. L’envie de poser quelques questions au chanteur, Sol Hess, fût-ce par email, nous est alors apparue comme une évidence.   « Lorsqu’un artiste s’épuise, c’est que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie »   Salut Sweat Like an Ape!, comment définiriez-vous votre musique ? Sol : Il se dit qu’on fait du post-punk dansant, et c’est sans doute ça : un rock à fleur de peau qui groove et qui cherche à atteindre un état de transe. Sur cette base on se laisse une belle part de liberté pour y intégrer tout ce qu’on a envie : afro, noise, free… en somme un festin joyeux qui se réserve le droit de faire appel à notre boulimie musicale.   Vous existez depuis 2013, avez deux LP et un EP à votre actif, avez fait pas mal de concerts, jouez dans d’autres formations, d’où tirez-vous cette énergie ?! Etes-vous hyperactifs ? Sol : C’est vrai que la musique occupe une majeure partie des vies des membres du groupe. Et on  joue tous dans d’autres projets car on aime vraiment explorer d’autres pistes artistiques, et que malgré ce que certaines personnes pensent, ce n’est pas s’éparpiller que de jouer dans plusieurs groupes. Au contraire, on se rend vite compte que plus on sollicite son énergie artistique plus elle est inépuisable. Et même que chaque projet se retrouve nourri par cette diversité. Je crois qu’il y a une confusion assez populaire sur l’idée que l’inspiration est tarissable, or je suis convaincu que lorsqu’un artiste s’épuise, ce n’est pas forcément qu’il en a trop fait, c’est juste que son désir s’est ramolli et qu’il se résigne à ses habitudes, sans feu et sans joie. Nous, nous sommes gorgés de désir, de feu et de joie.   Ces compos qui donnent des envies de déhanchés, c’est intentionnel ou pas ? Sol : Oui. Si tout se passe au mieux, le déhanché sera le préliminaire d’une transe endiablée, mais un déhanché langoureux est toujours un bon début.   Comment jugez-vous votre ville, Bordeaux, et comment la comparez-vous par rapport aux autres où vous avez pu aller ?  Sol : Bordeaux est une belle ville pour un musicien, avec beaucoup de bons groupes, de structures, de labels, de disquaires… en ce sens une ville qui tire la vie musicale vers le haut. Et elle a sa belle part d’artistes...

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Interview – Slowdive

Interview – Slowdive

Slowdive respire le bonheur : deux décennies après avoir servi de punching ball à l’odieuse presse britannique, trois ans après s’être reformés à la demande générale, ils sortent le 5 mai prochain un quatrième album éponyme, très fluide et un chouia plus accessible que ses lointains prédécesseurs, et le baromètre semble au beau fixe. Votre serviteur a rencontré le très érudit Neil Halstead, chanteur et guitariste, dans le petit salon rouge (orné de couvertures du magazine Lui) d’un discret hôtel parisien.     NH : ça fait vraiment tôt pour moi ! (NdR : l’interview se passe à 9h30) Oui, pour moi aussi ! Tu as pu écouter le nouvel album ? Oui, il y a deux jours, et j’ai entendu certains des nouveaux morceaux lors du concert au Trabendo. Ils sonnent vraiment bien. Merci !   Certains morceaux sont plus rapides que sur les vieux albums, « Star Roving » notamment. Ah tiens ? Oui, c’est vrai, il y a quelques morceaux plus rapides. Je n’y avais pas vraiment pensé. Effectivement, « Star roving » est un peu plus rapide, mais il y en a des plus lents aussi, comme « Slomo », « Falling ashes », « Go Get It »… Je le perçois comme un disque assez classique de Slowdive. Il ne me semble pas qu’il y ait un gros changement au niveau de l’atmosphère ou de la manière de faire. Il fait référence à ce qu’on faisait à l’époque aussi bien qu’à quelque chose de renouvelé.   Vous avez fait des choses très différentes dans le passé. Pygmalion était différent. Oui, tous les disques ont été différents. Pour moi, celui-ci a des éléments de Pygmalion, des éléments de Souvlaki, et des éléments de quelque chose d’autre. Alors oui, peut-être que certains morceaux sont un peu plus rapides… (rires)   Votre son sur scène est plus agressif, la basse notamment, un peu comme du Mogwai ou Explosions in the Sky. Je ne sais pas, on a toujours été un groupe bruyant, c’est notre truc. Je crois qu’on a toujours sonné comme ça sur scène. J’ai rencontré Mogwai pour la première fois en 2014, et ils nous ont dit qu’ils faisaient partie de ces gamins au premier rang des concerts de Slowdive, qui essayaient de comprendre comment on créait notre son. Ils ont clairement été inspirés par Slowdive.   À partir de quand vous êtes vous rendus compte que des groupes avaient été influencés par Slowdive ? Je pense que c’est quand Morr Music a sorti cette compilation, au début des années 2000 [Blue Skied an’ Clear, un double album de reprises de Slowdive par des artistes de ce label allemand de musique électronique, ndr]. Quand elle est sortie, avec ces artistes qui reprenaient des chansons de Slowdive, ça nous a familiarisés avec l’idée que Slowdive...

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Interview – Pierrick Destraz

Interview – Pierrick Destraz

Des groupes rock cultes, la Suisse en regorge. Si on vous demande d’en citer un, j’imagine que ce sont peut-être les Young Gods ou Ventura qui vous viendront à l’esprit. Pourtant, avec une base de fan dévouée dans toute la francophonie, le groupe le plus culte de Suisse, Romande, en tout cas, c’est peut-être bien Explosion de Caca. Derrière ce nom improbable et ses reprises déjantées de chansons nostalgiques craignos, se cache notamment Pierrick Destraz, qui outre le fait d’être le batteur de cette bande d’allumés est également le fils d’Henri Dès. Après 15 ans de bons et loyaux service, le groupe devenu duo a décidé de mêler ces deux aspects et d’accompagner le célèbre chanteur pour enfants dans une tournée pour adultes où les plus grands tubes de l’un sont passés à la moulinette punk trash des deux autres. N’ayant pas pu le rencontrer lors de leur venue à Paris pour cause de cafouillage téléphonique, Pierrick a accepté de rattraper le coup le temps d’un long échange par whatsapp où il revient sur ces différents projets. Si on vous dit que le fils d’Henri Dès, batteur d’Explosion de Caca, est un artiste talentueux et multi-facettes, ça n’a rien d’un poisson d’avril (même en retard).     Quels sont ton parcours, ta formation musicale, tes influences ? Houla, question vaste ! J’ai commencé à me passionner pour la musique, et les percussions en particulier, vers l’âge de 7 ans. Évidemment, je suis tombé un petit peu dans la marmite vu que mon père est chanteur, depuis tout petit j’assiste à ses concerts, je vais le voir en studio et je côtoie des musiciens, ça m’a très vite parlé. J’ai eu un déclic alors que j’accompagnais mon père en Pologne, il ne faisait pas encore de chansons pour enfants, il faisait une carrière de chanteur de variété assez standard  avec pas mal de succès mais pas le succès qu’il a eu par la suite. Je me suis retrouvé à 7 ans avec lui dans un hôtel en Pologne où un groupe de jazz jouait au bar, et il y avait là un batteur qui m’a totalement fasciné. Il perdait des litres d’eau en jouant, je l’ai regardé pendant tout le concert et après il m’a proposé de monter sur ses genoux, c’est là que je me suis dit que je voulais faire ça. Ça, c’était le premier flash, et puis après je me suis amusé à me fabriquer une batterie en carton, dans ma chambre je tapais sur tout ce qui bougeait, et puis j’ai pris mes premiers cours à l’âge de 9 ans. Après, mes premières influences vraiment rock, le premier vinyle que j’ai reçu en 1980 de la part du...

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5 chansons, 5 disques par Ventura

5 chansons, 5 disques par Ventura

Quatre ans après Ultima Necat, son monumental troisième album, Ventura nous manque. Notre première rencontre peu de temps après la sortie dudit monument laissait entrevoir que ces messieurs étaient dotés d’une vaste culture musicale, il nous semblait donc fort légitime (et potentiellement intéressant) de discuter de nouveau longuement avec eux, de 5 de leurs morceaux puis de 5 albums de leur choix. Et on y tenait tellement que, faute de mieux, on l’a fait par Skype.   1 – I Keep Starting (Pa Capona – 2006)   Pa Capona by Ventura C’est un disque que je maitrise un peu moins que les autres. Je trouve que sur cet album, et notamment ce morceau, il y a un côté assez indie rock slacker plus prononcé que par la suite où la prod a pris plus d’importance. Là je trouve que dans l’esprit on est assez proche de Pavement par exemple. C’est ce que vous ressentez aussi ?  Diego (basse) : moi ce dont je me rappelle de l’enregistrement de ce disque, c’est qu’on a fait ça un peu à l’arrache par rapport aux suivants.   En 4 jours c’est ça ? Diego : Ouais, 4 jours. Dans ce disque on a vraiment mis tous les morceaux qu’on avait, sans trop réfléchir. Aujourd’hui il y en a quelques-uns que j’enlèverais je pense. Cet effet que tu dis, slacker ouais peut-être. C’était un snapshot de cette période-là, on a voulu enregistrer tout ce qu’on avait. Philippe (guitare, chant) : j’oserais pas spontanément nous comparer à Pavement, mais c’est un groupe qui m’a beaucoup marqué et qui m’a fait comprendre qu’il y avait pas besoin d’être technique. Dans ce sens-là c’est un groupe totalement essentiel pour moi, parce qu’ils avaient des mélodies incroyables, sans être techniques et tout en étant hyper drôles. J’ai toujours trouvé qu’ils avaient des textes très drôles. C’est un groupe qui personnellement m’a beaucoup marqué. J’ai réécouté ça l’autre jour ça faisait longtemps, et j’ai tendance à oublier que ce groupe a existé et c’est bête parce que c’est vraiment un groupe assez génial.   Et les travaux de Malkmus vous suivez encore ? Philippe : J’ai pas réussi à accrocher sur ce que fait Malkmus tout seul. Mais peut-être que je devrais réessayer. Mes goûts changent aussi, peut-être que ça passerait mieux maintenant. Je relisais l’autre jour sur wikipedia la biographie de Pavement et il semblerait que l’essentiel de la biographie de ce groupe repose sur Malkmus lui-même alors que je trouve que sans les autres il est moins intéressant. Mais j’ai jamais vraiment creusé non plus.   Et pour en revenir un peu à ce morceau et l’album, vous dites que vous avez tout mis c’est à dire...

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5 chansons, 5 disques par James Delleck

5 chansons, 5 disques par James Delleck

Dans le paysage du hip hop français, il y a peu d’artistes aussi atypiques que James Delleck. Ayant fait ses classes au milieu de la scène rap des années 90, le MC est principalement assimilé au mouvement dit alternatif qui a remué dans les années 2000 un genre musical qui commençait à s’enfermer dans un conformisme désolant. C’est à la table d’un bistrot parisien que nous avons pu le rencontrer pour parler de 5 de ses chansons et de 5 de ses albums préférés. Tellement atypique, d’ailleurs, qu’il nous en a proposé 6 !   5 Chansons   1-Ne Sois Pas Triste (L’Atelier – Buffet Des Anciens Élèves – 2003) J’ai un peu hésité pour choisir un morceau du disque plutôt qu’un autre. Sur L’Atelier, y a des histoires. Tu tombes pile sur le truc que pas grand monde connait puisqu’on nous a pas forcément demandé, on n’a pas spécialement communiqué là-dessus. En tout cas, en faisant l’album on s’est donné une espèce de dogme avant de commencer. On essayait de ne pas savoir ce qu’on allait faire en se voyant, et le lendemain matin il fallait qu’il y ait un morceau. C’est pour ça que ça s’appelle « L’Atelier ». On a vraiment pensé ça comme un atelier d’écriture, on a même des fois pris des bouquins, fait de l’écriture automatique… Il y a aussi des morceaux qui ont des sons pourris, une game boy, il y en qui sont plus ou moins produits. En tout cas, la règle était qu’on se voyait le soir chez Para One, on savait pas sur quoi on allait écrire, que ce soit en terme de musique ou en terme de thème et le lendemain matin, il y avait un morceau. C’est ce qui donne une fraicheur à cet album-là. Sur certains titres, il y en a un qui s’en sort mieux que les autres parce qu’il était moins fatigué, plus engagé, plus inspiré, et du coup je trouve que ça donne quelque chose d’assez brut, d’assez rough. Et de plus touchant, justement grâce aux imperfections qu’il pouvait y avoir. La blague, c’est qu’une fois qu’on les a enregistrés, on ne les a pas réécoutés jusqu’à la sortie du disque. On n’a fait aucune reprise, aucune retouche.   Même pour la production ? Il y avait du taf de production à partir du moment où il y avait un travail sur les instrus. Celui qui s’en chargeait faisait une première trame puis réécoutait, évidemment. Mais pour les voix, c’était one-shot. Et on n’a pas réécouté avant que le disque ne parte. Les trois à être aux manettes, c’était Para, Tacteel et moi, mais surtout Para et moi pour les sessions, puisqu’on enregistrait des trucs chez lui et...

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Interview – Le Peuple De L’herbe

Interview – Le Peuple De L’herbe

Le Peuple De L’herbe vient de fêter ses 20 ans de carrière avec un huitième album, Stay Tuned… Aucune lassitude à l’horizon, une inspiration toujours bien présente et même un nouveau visage, une nouvelle voix. Celle de l’américain Oddateee, connu auparavant pour ses collaborations passées avec High Tone, vieille connaissance du Peuple. Juste avant d’entamer une énième tournée, DJ Pee, membre fondateur du groupe, était accompagné de son nouveau comparse, pour faire un peu de promo. Ça tombe bien, on avait pas mal de choses à leur demander…   « Si tu te remets pas en cause et que tu fais pas avancer ta musique, je pense que tu deviens neuneu, ça ne devient plus intéressant. »   Bon j’ai écouté un peu votre nouvel album forcément… DJ Pee : J’espère. Beaucoup même ! (rires)   J’ai l’impression que c’est peut-être le plus carré, léché, le moins bordélique en tout cas si je puis dire. C’est quand même pas votre album de la maturité rassurez-moi ? DJ Pee : (Rires) On en a fait tellement d’albums de la maturité. Ouais, il a été mûri, on a essayé de moins se disperser, d’être plus exigeants avec nous-mêmes. c’est ce qu’on s’est dit en rentrant en studio. On s’est fait cette remarque « peut-être qu’on est trop indulgents avec nous-mêmes ». On a été super sévères (rires). On a fait de la matière pour facilement 2 albums, 2 albums et demi. On a vraiment sélectionné les meilleurs tracks.   Ah oui, donc vous en avez sous le coude… DJ Pee : On en a chié plein (rires).   Je trouve aussi – bon en même temps c’est logique – qu’il y a un côté rock de plus en plus prononcé depuis l’arrivée du nouveau guitariste, il y a carrément des morceaux où on est proches de la fusion, je pense notamment à « Abuse » sur laquelle tu rappes Oddatee…  DJ Pee : Oui un mélange de genres. C’est assez 90s, politisé…   Un petit côté Rage Against The Machine. Oddateee : Oui Rage ou Public Enemy, un mix de tout ça. Et le groupe apporte l’équilibre. Et les textes sont encore plus importants « too much abuse in your mind » et ça rend fou, ça concerne tout le monde, les français, les blacks, les chinois, le monde entier… DJ Pee : c’est influencé par ces groupes, mais c’est surtout Le Peuple et Oddatee. Il s’est cassé le cul à trouver de bons lyrics qui ont un sens. Il sait qu’on est totalement en phase avec ce qu’il dit. C’était déjà le cas avec JC (JC001 ndlr). Oddateee : oui on a clairement trouvé une harmonie entre nous, le son, l’esprit. Sur « Abuse », on a une très bonne interprétation...

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5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

C’est avec Pascal Benvenuti, directeur du label Et Mon Cul C’est Du Tofu? et membre unique du groupe Besoin Dead que nous inaugurons un nouveau style d’interview : d’abord, nous posons des questions à un artiste sur 5 chansons choisies dans sa discographie, puis c’est lui qui nous parle de 5 albums de son choix. C’est chez lui, autour d’un thé, que Pascal s’est prêté au jeu, au cours d’une discussion où il est à la fois question de l’éducation des années 80, d’enregistrement analogique et du marché de la cassette audio en Pologne. Entre autres choses…     5 Chansons   1 – Rock’n Roll (Micropenis – À Peu Près Comme Ça – 2005) Live at Montreuil by Micropenis Ce n’est pas ton premier groupe, si j’ai bien compris, mais pas loin? Pas loin… Le premier groupe vraiment avec de la composition. Les autres étaient essentiellement des groupes de reprises. Enfin, c’est un peu inexact car j’avais aussi deux groupes au lycée avec lesquels on composait : Sloth et Teenage Riot.   Le morceau est sur votre live, mais je n’ai pas trouvé de titre officiel.  Il s’appellait « Rock’n Roll », mais il n’est pas crédité sur le disque. Il apparaît en morceau caché. Il est un peu à part. Le riff de base, c’est une copine, Julia du groupe Missfist, qui l’a écrit mais elle n’en faisait rien donc à un moment je l’ai récupéré. C’était un riff tout bête. Le morceau peut sembler un peu débile, un peu second degré sur ce qu’est le rock’n roll. C’est à la fois ironique par rapport au DIY et surtout très sarcastique par rapport au monde mainstream du rock et ses contradictions.   Qui chante dessus ? Car ça ne chante pas tout le temps, sur votre album. C’est moi. Quand ça chantait, c’était souvent moi. Sur le disque il y a aussi des invités, car on était quand même un groupe à moitié instrumental.   C’était par choix ? C’est surtout venu d’une réflexion d’arrêter de chanter en anglais. D’ailleurs, je crois que ce morceau est le dernier que j’ai écrit en anglais. La première fois que je suis allé aux États-Unis et que j’ai fait écouter une démo de Micropenis à des amis, ils m’avaient dit « c’est vachement bien, mais pourquoi tu chantes en anglais ? On ne comprend rien à ce que tu dis. » Et puis, j’ai pas mal réfléchi, je me suis aussi demandé pourquoi on reproduisait la domination culturelle anglo-saxonne nous aussi alors qu’on était déjà assez sous-exposés comme ça par rapport à tous les groupes anglo-saxons. Si en plus on se mettait à chanter en anglais… Du coup, cette réflexion a commencé, sauf que ce n’était pas si évident...

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Interview – La Canaille

Interview – La Canaille

Deux ans après la sortie de La Nausée, troisième album, toujours indispensable, La Canaille étrenne actuellement une nouvelle mouture. L’emblématique MC Marc Nammour, défenseur d’un rap revendicatif, est désormais entouré de nouveaux comparses : Alexis à la batterie, Valentin à la guitare et Jérôme, dit Pépouse, à la basse. Auteurs ensemble du maxi Deux Yeux De Trop en début d’année, ils tournent actuellement un peu partout en France. Leur venue dans ma charmante bourgade argenteuillaise était immanquable. Et c’était aussi l’occasion d’échanger avec Marc Nammour. Interview avec un homme de conviction et vrai militant du rap à textes.   « Je suis très friand d’une poésie du quotidien, quelque chose où t’emploies pas forcément des mots savants mais où il y a une musicalité naturelle et humble qui se dégage. » Tu as toujours aimé être entouré d’instruments, t’as des instrus assez rock… Ça apporte un vrai plus et j’imagine que pour toi, pour le live c’est l’idéal, vous pouvez vous éclater et sortir du truc « je lance mon instru… »… C’est un kiff particulier ? Oui, c’était une volonté d’entrée de jeu quand je suis arrivé sur Paris il y a 15 ans de ça, de monter une formation rap avec des musiciens. Je trouvais qu’il y avait une espèce de rigidité. Quand t’es en formation plutôt « classique » avec une instru balancée par le DJ, y a une espèce de systématique de concert en concert, de rigidité musicale qui fait que ça manquait de folie. D’une, de folie musicale, on peut s’adapter en un regard, en fonction de ce que dégage le public, le lieu dans lequel on est… Y a beaucoup de plus de liberté musicale et de folie. Et en plus, c’est le kiff aussi de partager ça collectivement. Quand Alexis envoie la batterie, il nous porte aussi avec son énergie, quand Pépouse à la basse envoie des notes… Ça se joue sur des instants, des micro-moments mais qui ont une influence sur tout le reste. Chacun va avoir une influence sur le jeu de l’autre, et j’aime bien ce côté collectif. D’arriver en concert, les quatre à poil, pour défendre une œuvre, un propos, un show…   Du coup, t’as un peu le sentiment de repartir à zéro à chaque fois ? Vous n’êtes pas dans un certain confort… Ce serait te mentir que dire qu’à chaque fois on attaque le concert vraiment page blanche. Il y a quand même des choses qui sont vraiment écrites, mais par contre on se laisse vraiment la possibilité de partir à des moments. On se le dit même pas, mais on sent qu’à partir du moment où Valentin à la guitare envoie quelque chose d’autre, ça va avoir une influence sur...

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