5 chansons, 5 disques par Emboe

5 chansons, 5 disques par Emboe

On avait déjà taillé le bout de gras avec Emmanuel Boeuf lorsqu’il officiait encore au sein de feu Sons Of Frida. Aujourd’hui Sons Of Frida n’est plus mais Emmanuel Boeuf est toujours plus qu’actif au sein de ses nombreux projets. Et il reste un immense passionné de musique devant l’éternel. Bref, le monsieur avait le profil idéal pour une interview 5 chansons, 5 disques.   1 – Mirinda (Sons Of Frida – Tortuga – 2013) On commence par du vieux… Je crois que c’est mon morceau préféré que vous ayez fait. Déjà il y a cette trompette qui je trouve apporte un vrai plus, c’est venu comment cette inspiration ? Cette histoire de trompette est venue très naturellement dès le départ. En fait, Ben le guitariste et chanteur a fait de la trompette au conservatoire. 10 ans de trompette, un truc comme ça. Même sur notre premier album y a de la trompette. Sur tous, en fait. Un jour il nous a dit « j’ai fait 10 ans de trompette au conservatoire, ça m’a soulé… », on lui a dit « tiens, ramène ta trompette ! ». Et puis, ouais sur « Mirinda », la trompette est fantastique. Ça fait vachement bien. On avait un processus de composition qui était plus sur de l’improvisation, moi j’avais trouvé cet espèce de riff qui est là constamment sur tout le long du morceau. Ben jouait aussi de la guitare, il savait pas trop quoi faire. On continuait pendant un quart d’heure, et puis Ben sort la trompette et commence à jouer ça. Oui, donc tu me dis que c’était là au départ mais vous n’aviez pas imaginé dès le début d’inclure de la trompette sur le morceau ? Non, au début on était là, deux guitares, une basse, une batterie. On chante, on joue et un morceau, il savait pas quoi faire, il a pris la trompette et c’est parti. Il a trouvé les quatre lignes et c’était cool. Puisqu’on est sur Sons Of Frida, on peut parler d’un RIP forever ou il y a un potentiel retour envisageable… Ah toi t’as vu l’annonce sur Facebook. Oui, j’ai vu passer un truc qui m’a intrigué. Oui, il y a une rumeur. Mais il n’y aura pas de reformation, y a Clément le bassiste qui est parti en Suède. S’il devait y avoir une reformation, ce serait de la dernière version de Sons Of Frida donc avec Clément à la basse, sinon ça n’aurait aucun intérêt. On y a pensé mais ça va pas être jouable. Mais on a pas mal de matière encore pour sortir des choses. Ah oui, donc pas de reformation mais de nouvelles sorties. Voilà. On va faire un peu comme Sonic Youth, on...

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5 chansons, 5 disques par Edam Edam

5 chansons, 5 disques par Edam Edam

On vous a déjà parlé à plusieurs reprise d’Edam Edam, le projet musical de Shyle Zalewski. Cette fois, c’est lui qui parle. Et comme l’artiste touche à tout est aussi volubile qu’il est productif, on se contentera de cette courte introduction ! 1 – King Of Nothing – This Is Life (2013) En écoute ici Très bonne musique, composée en 2013… (rires) Non, en plus, j’aime bien cette musique, c’est une de mes préférées. Elle est assez spéciale dans le sens où c’est une période où je venais de me séparer, je voyais encore Benjamin, l’autre Edam avec qui j’ai fondé le groupe à la base, et on faisait des soirées. Très bizarrement, on a fini une de ces soirées chez lui avec un autre pote, Sean, qui fait l’oiseau dans certains concerts, on s’est mis à faire de la musique, on a composé plein de trucs qui n’avaient pas grand intérêt, des musiques un peu non-sens, et à un moment j’ai posé ce texte-là sur ces accords-là que je trouvais cool, c’était ultra spontané, la dernière musique qu’on jouait, il devait être 4 heures du matin, avant de prendre le premier métro, vraiment sur un coup de tête. Avec le temps, elle prend vraiment une tournure d’hymne personnel alors que je l’ai couchée sur papier comme ça. (On sonne à la porte, il ouvre et revient) Ouais, c’est un hymne personnel, les paroles me parlent vraiment. Et le titre « The King Of Nothing », c’est une locution que j’utilise souvent quand j’écris et que je n’ai pas envie d’écrire « je », ça me semble être une bonne analogie de ce que je suis, une belle métaphore.   Tu l’utilisais déjà avant ou c’est venu avec ce morceaux ? C’est venu avec cette musique, ouais. Et je le fous dans mes BD, je trouvais ça beau cette idée de roi qui n’a rien, qui est roi simplement parce qu’il est un meilleur être humain. Et que c’est déjà être royal d’être un meilleur être humain que les personnes qui nous entourent.   En fait, ce « I’m a better human being » final, c’est en comparaison à celui qui critique le narrateur, pas à ce qu’il était avant ? Oui, c’est ça, tout le morceau c’est un truc assez triste sur ce sentiment de ne pas avoir fait assez de choses dans sa vie, notamment quand j’ai eu 20 ans, je déprimais déjà, je me trouvais vieux, et un pote m’avait envoyé un texto en me disant « à ton âge, Bob Dylan était déjà bien divin ! » et c’est vrai que des fois, je me dis qu’effectivement, je n’ai rien fait, je chante des chansons qui ne parlent pas de grand-chose, mon art est un art...

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5 chansons, 5 disques par Ventura

5 chansons, 5 disques par Ventura

Quatre ans après Ultima Necat, son monumental troisième album, Ventura nous manque. Notre première rencontre peu de temps après la sortie dudit monument laissait entrevoir que ces messieurs étaient dotés d’une vaste culture musicale, il nous semblait donc fort légitime (et potentiellement intéressant) de discuter de nouveau longuement avec eux, de 5 de leurs morceaux puis de 5 albums de leur choix. Et on y tenait tellement que, faute de mieux, on l’a fait par Skype.   1 – I Keep Starting (Pa Capona – 2006)   Pa Capona by Ventura C’est un disque que je maitrise un peu moins que les autres. Je trouve que sur cet album, et notamment ce morceau, il y a un côté assez indie rock slacker plus prononcé que par la suite où la prod a pris plus d’importance. Là je trouve que dans l’esprit on est assez proche de Pavement par exemple. C’est ce que vous ressentez aussi ?  Diego (basse) : moi ce dont je me rappelle de l’enregistrement de ce disque, c’est qu’on a fait ça un peu à l’arrache par rapport aux suivants.   En 4 jours c’est ça ? Diego : Ouais, 4 jours. Dans ce disque on a vraiment mis tous les morceaux qu’on avait, sans trop réfléchir. Aujourd’hui il y en a quelques-uns que j’enlèverais je pense. Cet effet que tu dis, slacker ouais peut-être. C’était un snapshot de cette période-là, on a voulu enregistrer tout ce qu’on avait. Philippe (guitare, chant) : j’oserais pas spontanément nous comparer à Pavement, mais c’est un groupe qui m’a beaucoup marqué et qui m’a fait comprendre qu’il y avait pas besoin d’être technique. Dans ce sens-là c’est un groupe totalement essentiel pour moi, parce qu’ils avaient des mélodies incroyables, sans être techniques et tout en étant hyper drôles. J’ai toujours trouvé qu’ils avaient des textes très drôles. C’est un groupe qui personnellement m’a beaucoup marqué. J’ai réécouté ça l’autre jour ça faisait longtemps, et j’ai tendance à oublier que ce groupe a existé et c’est bête parce que c’est vraiment un groupe assez génial.   Et les travaux de Malkmus vous suivez encore ? Philippe : J’ai pas réussi à accrocher sur ce que fait Malkmus tout seul. Mais peut-être que je devrais réessayer. Mes goûts changent aussi, peut-être que ça passerait mieux maintenant. Je relisais l’autre jour sur wikipedia la biographie de Pavement et il semblerait que l’essentiel de la biographie de ce groupe repose sur Malkmus lui-même alors que je trouve que sans les autres il est moins intéressant. Mais j’ai jamais vraiment creusé non plus.   Et pour en revenir un peu à ce morceau et l’album, vous dites que vous avez tout mis c’est à dire...

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5 chansons, 5 disques par James Delleck

5 chansons, 5 disques par James Delleck

Dans le paysage du hip hop français, il y a peu d’artistes aussi atypiques que James Delleck. Ayant fait ses classes au milieu de la scène rap des années 90, le MC est principalement assimilé au mouvement dit alternatif qui a remué dans les années 2000 un genre musical qui commençait à s’enfermer dans un conformisme désolant. C’est à la table d’un bistrot parisien que nous avons pu le rencontrer pour parler de 5 de ses chansons et de 5 de ses albums préférés. Tellement atypique, d’ailleurs, qu’il nous en a proposé 6 !   5 Chansons   1-Ne Sois Pas Triste (L’Atelier – Buffet Des Anciens Élèves – 2003) J’ai un peu hésité pour choisir un morceau du disque plutôt qu’un autre. Sur L’Atelier, y a des histoires. Tu tombes pile sur le truc que pas grand monde connait puisqu’on nous a pas forcément demandé, on n’a pas spécialement communiqué là-dessus. En tout cas, en faisant l’album on s’est donné une espèce de dogme avant de commencer. On essayait de ne pas savoir ce qu’on allait faire en se voyant, et le lendemain matin il fallait qu’il y ait un morceau. C’est pour ça que ça s’appelle « L’Atelier ». On a vraiment pensé ça comme un atelier d’écriture, on a même des fois pris des bouquins, fait de l’écriture automatique… Il y a aussi des morceaux qui ont des sons pourris, une game boy, il y en qui sont plus ou moins produits. En tout cas, la règle était qu’on se voyait le soir chez Para One, on savait pas sur quoi on allait écrire, que ce soit en terme de musique ou en terme de thème et le lendemain matin, il y avait un morceau. C’est ce qui donne une fraicheur à cet album-là. Sur certains titres, il y en a un qui s’en sort mieux que les autres parce qu’il était moins fatigué, plus engagé, plus inspiré, et du coup je trouve que ça donne quelque chose d’assez brut, d’assez rough. Et de plus touchant, justement grâce aux imperfections qu’il pouvait y avoir. La blague, c’est qu’une fois qu’on les a enregistrés, on ne les a pas réécoutés jusqu’à la sortie du disque. On n’a fait aucune reprise, aucune retouche.   Même pour la production ? Il y avait du taf de production à partir du moment où il y avait un travail sur les instrus. Celui qui s’en chargeait faisait une première trame puis réécoutait, évidemment. Mais pour les voix, c’était one-shot. Et on n’a pas réécouté avant que le disque ne parte. Les trois à être aux manettes, c’était Para, Tacteel et moi, mais surtout Para et moi pour les sessions, puisqu’on enregistrait des trucs chez lui et...

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5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

5 chansons, 5 disques par Besoin Dead

C’est avec Pascal Benvenuti, directeur du label Et Mon Cul C’est Du Tofu? et membre unique du groupe Besoin Dead que nous inaugurons un nouveau style d’interview : d’abord, nous posons des questions à un artiste sur 5 chansons choisies dans sa discographie, puis c’est lui qui nous parle de 5 albums de son choix. C’est chez lui, autour d’un thé, que Pascal s’est prêté au jeu, au cours d’une discussion où il est à la fois question de l’éducation des années 80, d’enregistrement analogique et du marché de la cassette audio en Pologne. Entre autres choses…     5 Chansons   1 – Rock’n Roll (Micropenis – À Peu Près Comme Ça – 2005) Live at Montreuil by Micropenis Ce n’est pas ton premier groupe, si j’ai bien compris, mais pas loin? Pas loin… Le premier groupe vraiment avec de la composition. Les autres étaient essentiellement des groupes de reprises. Enfin, c’est un peu inexact car j’avais aussi deux groupes au lycée avec lesquels on composait : Sloth et Teenage Riot.   Le morceau est sur votre live, mais je n’ai pas trouvé de titre officiel.  Il s’appellait « Rock’n Roll », mais il n’est pas crédité sur le disque. Il apparaît en morceau caché. Il est un peu à part. Le riff de base, c’est une copine, Julia du groupe Missfist, qui l’a écrit mais elle n’en faisait rien donc à un moment je l’ai récupéré. C’était un riff tout bête. Le morceau peut sembler un peu débile, un peu second degré sur ce qu’est le rock’n roll. C’est à la fois ironique par rapport au DIY et surtout très sarcastique par rapport au monde mainstream du rock et ses contradictions.   Qui chante dessus ? Car ça ne chante pas tout le temps, sur votre album. C’est moi. Quand ça chantait, c’était souvent moi. Sur le disque il y a aussi des invités, car on était quand même un groupe à moitié instrumental.   C’était par choix ? C’est surtout venu d’une réflexion d’arrêter de chanter en anglais. D’ailleurs, je crois que ce morceau est le dernier que j’ai écrit en anglais. La première fois que je suis allé aux États-Unis et que j’ai fait écouter une démo de Micropenis à des amis, ils m’avaient dit « c’est vachement bien, mais pourquoi tu chantes en anglais ? On ne comprend rien à ce que tu dis. » Et puis, j’ai pas mal réfléchi, je me suis aussi demandé pourquoi on reproduisait la domination culturelle anglo-saxonne nous aussi alors qu’on était déjà assez sous-exposés comme ça par rapport à tous les groupes anglo-saxons. Si en plus on se mettait à chanter en anglais… Du coup, cette réflexion a commencé, sauf que ce n’était pas si évident...

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