Pinegrove – Marigold

Pinegrove – Marigold

(Rough Trade, 17 janvier 2020) Il est bien difficile de parler de ce quatrième album du groupe de Montclair, New Jersey, sans évoquer son contexte de production. Le 21 novembre 2017, Evan Stephens Hall, le chanteur-guitariste et tête pensante du groupe publiait sur le Facebook du groupe un message affirmant qu’il venait d’être accusé d’avoir exercé une forme de coercition sexuelle à l’égard d’une femme avec laquelle il pensait avoir une liaison librement consentie. Il annonçait que le groupe interromprait sa tournée et ferait une pause pour réfléchir à la situation. À ce jour, aucune plainte officielle ne semble avoir été déposée par la jeune femme en question. Un récent article du New Yorker, sans indiquer le nom de la personne, affirmait qu’il s’agissait d’un membre de l’équipe de tournée du groupe. Il était question de pressions psychologiques plutôt que physiques. Par ailleurs, Hall affirmait avoir eu à l’égard de certains des fans des envies qu’il considérait lui-même comme déplacées. En d’autres termes, rien qui, du point de vue du public européen, ne serait considéré comme contraire à la morale – ceux qui pensaient assister à une affaire Matzneff du milieu de l’indie pop n’auront pu qu’être déçu. Seulement, cette nouvelle tomba quelques semaines seulement après les témoignages accablants de fans harcelées par l’ex-guitariste de Real Estate Matt Mondanile et quelques mois après le scandale Pwr Bttm, qui effaça en quelques heures ce nouveau venu sur la scène indie de la surface de la planète. Pinegrove se trouva donc emporté par la spirale #MeToo, même s’il semblait clair que la situation était bien différente de celle des deux artistes sus-cités. A ce moment là, le troisième album de la formation, Skylight (2018), bien qu’enregistré, n’était pas encore sorti et le groupe ne tourna pas pour le promouvoir. Vous me direz : quel rapport cela a-t-il avec la musique ? Et bien, je vous répondrai : un rapport étroit. Si les stars des années 70 comme Led Zeppelin avaient fait du rock machiste un fond de commerce, leurs scandales sexuels, aussi choquants furent-ils, ne faisant qu’ajouter à la légende, Pinegrove est arrivé au début de la décennie dernière avec une musique bien plus inoffensive, tentant de véhiculer une culture de la sincérité et de la bienveillance. S’inspirant, tant par son discours que par son énergie, de la scène « emo » mais empruntant également au country rock alternatif, Pinegrove créa un chaînon manquant entre Death Cab For Cutie, Band of Horses et The Decemberists où se mêlent songwriting introspectif, arpèges délicats et mélodies entêtantes. Le public s’identifia fortement au groupe, ce qui créa immédiatement un culte autour de lui. On dit même que l’actrice Kirtsten Stewart porterait un tatouage du...

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Lonely Walk – Lonely Walk

Lonely Walk – Lonely Walk

(Permafrost/Kerviniou/I Love Limoges, 20 janvier 2020) Derrière Lonely Walk, un certain Monsieur Crâne, qui ne marche pas seul mais guide sa troupe (légèrement renouvelée ici) avec talent depuis 2010, et qui a visiblement eu sa dose de misère sociale et d’actu morose pour garder tout cela pour lui (difficile de contenir bien longtemps une tempête sous un crâne…). Lonely Walk porte ainsi en son sein un je-ne-sais-quoi de dérangeant, si ce n’est malsain. Une sensation tenace d’être bousculé, pour ne pas dire molesté. Quelque chose d’audacieux et de singulier également, ce qui est une excellente idée à l’heure où les groupes post punk/cold wave pullulent et sont parfois aussi vite écoutés qu’oubliés tant ils ressemblent au précédent (qui lui-même…). Audacieux comme cette alternance anglais/français sur “Red Light”, morceau qui nous malmène avant un refrain plus léger et mélodique. Singulier par son parti pris, avec basse et synthés au diapason et omniprésents, et une guitare qui ne la ramène pas, ou si peu. Et ce troisième album des bordelais affiche une vraie belle cohérence d’ensemble, se montre entrainant sans être superficiellement dansant, palpitant sans chercher à faire dans le clinquant. On aime ainsi jouer sur la répétition comme de coutume dans ce genre de musique (“Fake Town” et sa rythmique obsédante. Tu ne peux pas lutter, le veux-tu seulement ?) mais on n’en fait pas non plus une nécessité. Les morceaux demeurent malgré tout très évolutifs avec des synthés loin de la caricature 80s parfois soulante ou du gimmick fainéant (“Shadow of the Time” où, intenables, ils n’ont de cesse de nous trimballer tandis que la basse nous fait de l’œil en ronronnant, “Look At Yourself” aussi percutant que son titre est accusateur et qui s’échappe sur la fin, en roue libre). En guise de plaidoyer imparable pour la cause Lonely Walk, “TG” qu’on a bien envie d’interpréter comme un bon gros “TA GUEULE”, fait dans la rage contenue avec cette tension qui règne en maître et le chant de Monsieur Crâne à l’anxiété grandissante jusqu’au final où il beugle à la façon d’un Jason Williamson (Sleaford Mods) à qui on aurait bien pris la tête. Il fallait que ça sorte, et on l’a bien senti passer. Merci bien, ça ne fait jamais de mal de se faire remettre en place. Jonathan...

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Caspian – On Circles

Caspian – On Circles

(Triple Crown, 24 janvier 2020) Dans un genre aussi balisé que le post rock, une des difficultés majeures, surtout quand on a atteint un statut de groupe étendard dans son domaine, reste le renouvellement. Caspian n’a déjà plus rien à prouver aux amateurs du genre mais il ressentait sans doute le besoin de SE prouver qu’il pouvait le faire : continuer à aller de l’avant sans se renier, éviter la redite, franchir un nouveau palier. Un énième palier.  Le départ du batteur Joe Vickers allait-il dans le sens de ce désir d’évolution ou s’agissait-il simplement d’un des nombreux aléas qui jalonnent la vie d’un groupe ? On l’ignore. En tout cas, Justin Forrest a très vite pris ses marques et apposé sa patte au son du sextet de Beverly (Massachusets). Le premier single “Flowers Of Light” avait d’emblée rappelé à tous ceux qui l’auraient honteusement oublié tout l’art de Caspian de faire prendre soudainement leur envol à ses chansons pour se muer en épopée majestueuse (à l’image de ce petit synthé fluet qui ne va pas tarder à devoir affronter un mur de guitares).  “Nostalgist” qui convie Kyle Durfey (Pianos Become The Teeth) au chant n’est sans doute pas un sommet du disque mais il a le mérite (en sus d’être un excellent morceau) d’insuffler une tonalité différente, une rupture afin de briser une éventuelle monotonie avant même qu’on ait eu le temps d’y songer. Et puis, la bascule…  Il est assez fréquent que les groupes placent une succession de tubes, du moins de titres aguicheurs, en début d’album et peinent à tenir la distance sur la durée du disque. On n’a pas les stats mais combien de fois a-t-on déploré une face B en deçà ? Beaucoup trop. Ici, c’est en quatrième piste (“Division Blues”) que nos poils se hérissent pour de bon et rechignent ensuite à retrouver leur position initiale. Un crescendo irrésistible qui laisse place, non pas à l’explosion attendue, mais à un certain apaisement, une délivrance. Comme un sentiment de sérénité.  Caspian, fort de son expérience, évite l’écueil de morceaux trop démonstratifs, de formules trop bien huilées et insuffisamment épicées. Les guitares attendent la fin de morceau pour s’envoler, sans retenue, sans regarder derrière… D’autant qu’il y a de si belles choses à se laisser conter à l’horizon.  “Onsra” d’abord, presque féerique, pas loin d’évoquer Sigur Ros. “Collapser” ensuite qui, fort d’une agressivité décuplée, balaie tout ce qu’on a pu dire précédemment et propage le chaos dans ce disque à la couleur plus optimiste que ses prédécesseurs.  Après un ouragan si dévastateur, quand on pense que tout a été rasé, ressurgissent les choses les plus belles. Elle porte ici le nom d'”Ishmael”. Le violoncelle de...

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The Guru Guru – Point Fingers

The Guru Guru – Point Fingers

(Luik/Grabuge, 31 janvier 2020) Que feriez-vous à notre place ? Une bande de barjots belges qui vous pointent du doigt et se ruent vers vous pour vous présenter leur nouveau bébé braillard. Vous prendriez vos jambes à votre cou, évidemment. Peu téméraires que vous êtes. Nous, on choisit de s’accrocher. Car s’ils foutent un peu les jetons de prime abord, si notre boussole ne répond plus face aux revirements incessants du quintet, on retrouve vite quelques éléments communs auxquels se raccrocher. Une basse indomptable qui mène la danse, une guitare à laquelle on soutire des grognements aigus, un chant mi-parlé mi-rappé, un refrain pop en diable, des cris de damnés en option. C’est parfois violent, souvent accrocheur et finalement toujours totalement instable. N’est-ce pas là le plus excitant ? Dès « Mache », on croit se raccrocher à un riff de brutasse et on se dit qu’on va se contenter de headbanger béatement pendant trois minutes et puis la basse nous prend par la main, nous dit que ce n’est pas par là, qu’il faut suivre ce drôle de bonhomme avant un refrain plus-aigu-tu-meurs qui déboussole d’abord et colle aux basques ensuite. Etonnant, mais bien vu. Tom Adriaenssens qu’on imagine gesticuler dans tous les sens, pris de sursauts épileptiques ou du syndrome de la Tourette (« FIRE! PEPPER! TURMOIL! » sur la démentielle « Chramer ») guide sa troupe comme un gourou gourou gentiment timbré timbré mais sacrément charismatique. Et quand chacun souhaite faire plus de boucan que lui, il va s’isoler avec sa guitare acoustique et s’évade dans une chouette ballade, en toute quiétude, se demandant à juste titre si c’est bien lui qui a enfilé le costume du songwriter mature (« And I’m Singing, Aren’t I »). Et finalement, nul besoin d’une quinzaine d’écoutes pour succomber au trip math/indie/noisy un brin crazy – qu’il convient d’appeler borderline rock – proposé par The Guru Guru. Quand au bout de trois tours de platine, on sifflote des refrains tout seul dans son coin, c’est que l’affaire est bien engagée, non ? Quand on considère initialement que les compos sont alambiquées avant de les trouver totalement limpides, c’est que les gars ont un truc, n’est-ce pas ? Point Fingers dégage cette très plaisante (et trop rare) impression d’un groupe qui a laissé libre cours à sa créativité, sans calcul, ne s’est rien refusé et est parvenu à accoucher d’un résultat totalement instinctif, finalement à même de parler à chacun d’entre nous. Pas étonnant qu’ils aient tapé dans l’oreille de Lysistrata qui les a accueillis sur leur label. À présent, démerdez-vous pour vous dépêtrer des soubresauts diaboliques entre douces mélodies et coups de sang hargneux de « Delaware », « Mache », « Chramer », « Origamiwise », des arpèges innocents de « Know No », de « Skidoo » et...

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Baston – Primates

Baston – Primates

(Howlin Banana, 29 novembre 2019) Souvenez-vous. Baston, c’est ce groupe auteur d’un chouette premier EP bien péchu (Gesture) il y a déjà 4 ans chez le label Howlin Banana, fer de lance 2010’s du “garage à la française” (et un peu à la californienne, avouons). Un genre quelque peu encombré quand le revival battait son plein et eux-mêmes ont semble-t-il songé qu’il valait mieux tracer une route nouvelle pour continuer à se faire entendre et se détacher un peu de la meute constamment grandissante. Une meute qui en a semé quelques-uns en route, et non des moindres (on pense notamment aux Madcaps et à Kaviar Special, deux membres éminents du label). Baston a donc pris son temps pour repenser sa musique, recruté un nouveau membre aux synthés pour former désormais un quatuor et considérablement ralenti le tempo pour mieux lorgner aujourd’hui vers un univers shoegaze/krautrock (avec lequel il flirtait déjà sur l’EP mais plus timidement). Et figurez-vous que ça lui va comme un gant. J’en veux pour preuve “Primates” qui n’a rien de primitif. Basse-batterie cavalent main dans la main, de la reverb, un air de guitare piqué à Robert Smith, un peu plus de reverb, des voix lointaines, et encore un soupçon de reverb. Dans la foulée “Transept” se déguste les yeux écarquillés, la bouche ouverte prête à gober les acides qui tombent.  Psyché donc, Baston l’est toujours (“Achilles” confirme). Pop également parce que sans belles mélodies (“Arnhem” on pense à toi), on s’en foutrait pas mal de ces autoroutes motorik et guitares aigrelettes (“K2” semble emprunter cette direction avant de prendre son envol). Ce n’est pas forcément plus innovant qu’auparavant mais c’est probablement ce qui leur correspond le mieux. Et ça sonne rudement bien. Les compos sont là, on l’a dit, mais la prod très soignée les met également en valeur comme il se doit.  En fin d’album, surgit un guest pour le moins inattendu : Christophe Hondelatte et ses fameux récits sordides sur un petit air musique du monde (darboukas, ambiance orientale). On ne peut s’empêcher d’esquisser quelques sourires malsains (“à aucun moment, vous ne vous êtes dit que cette femme dans le frigo pouvait être votre mère ?“) et “Viande” constitue ainsi une divertissante ballade au pays des tarés. Divertissante et essentielle car des morceaux qui jouent sur la répétition à terme… Ça peut donner un disque répétitif.  Ceux qui ont lu jusque-là ont compris la sentence mais pour ceux qui sautent directement à la conclusion, faisons clair et limpide (même si vous ne le méritez pas) : Baston a gagné en finesse mélodique, en précision dans l’élaboration de ses morceaux ce qu’il a perdu en énergie pure. En ce qui nous concerne, le pari...

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The Rolling Stones – Sticky Fingers

The Rolling Stones – Sticky Fingers

(Rolling Stones Records, 23 avril 1971) Fêtes de fin d’année obligent, quand le boss d’Exitmusik m’a parlé de célébrer les 50 ans de Sticky Fingers, je me suis lancé sans réfléchir… Avec donc plus d’un an d’avance… Et tant pis pour Let It Bleed !  C’est à peu près là que ma vie rock’n roll a réellement commencé. Sticky f*** fingers. Le LP de 71. Mon préféré de toute la disco des Stones. Celui que je redécouvre tous les 5 ou 10 ans. Que je rachète sous différents formats. On parle beaucoup de la cover pic qui est en effet un coup de génie mais ce qui est un souvenir d’enfance pour moi est plutôt la pochette intérieure. D’un côté, on a une belle langue, le tout nouveau logo des Stones, affiché en pleine page. Business deal. De l’autre, une photo de famille. Les 5 Stones. Mick est un peu dans son coin et baille aux corneilles. Les mains dans ses poches de blazer trop grand sont gravées à jamais dans mon cerveau reptilien. Keith, un poil trop gros pour ce collant moyen-âgeux joue au chef de bande. Bill mime une descente de poudreuse et Charlie et Mick (Taylor) font un sourire de photo de classe. Par son geste, Bill résume bien l’esprit de cet album. Upper. Downer. Les “produits”. La vie est amusante mais fatigante. Jouissons mais avec un Mother’s Little Helper en support. On dirait que les enfants de 66 ont farfouillé dans le vanity case de maman et ont trouvé de quoi il s’agissait. Il n’y a pas que maman qui a besoin d’un boost pour supporter le quotidien.  Cet album devrait être interdit aux moins de 12 ans. Je ne serais peut-être pas tout à fait le même aujourd’hui si cet album n’avait pas existé. On a affaire à une roche ciselée, une opération à cœur ouvert, un pont bringuebalant, un vieux matelas puant. Ça apprend la vie. On se dit que ce n’est que de la musique mais on se dit la même chose quand on est petit et qu’on regarde un film d’horreur. Ce n’est que du cinéma. Quand j’étais petit et mort de trouille devant un film, je pensais aux acteurs qui rigolaient entre eux, une fois la prise finie. Ici, c’est pareil. On se dit que c’est un délire de musiciens riches et surdoués. Mais non, c’est la vraie vie. Six ans plus tard, Keith n’est pas loin du trou (canadien). Et puis, Brian a fait le grand plongeon depuis deux ans déjà. La mort est là, elle rôde. Comment les protagonistes de Sticky Fingers sont encore tous vivants en 2020 malgré l’appel du vide d’un coup de génie évident et...

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Gang Starr – One Of The Best Yet

Gang Starr – One Of The Best Yet

(Gang Starr Enterprises, 1 novembre 2019) Il est temps d’enfiler de nouveau le bleu de chauffe. Hors de question que le dernier Gang Starr, déjà tristement (injustement ?) absent de mon top, ne figure pas non plus à la case chroniques d’Exit.  D’autant qu’il revient d’assez loin celui-là. Certains éléments laissaient craindre le pire. Un Gang Starr nouveau neuf ans après la mort de SA voix Guru et 16 ans après leur dernier bijou, The Ownerz, ça sentait mauvais le raclage de fonds de tiroir. Le nom de l’album (reprenant le fameux sample de “Full Clip”) ainsi que l’intro medley de leurs meilleurs morceaux n’étaient pas non plus de nature à rassurer.  Mais il faut surtout voir là un hommage de DJ Premier à son pote et comparse de quinze ans de carrière avant que l’eau ne coule sous les ponts et que la faucheuse ne les sépare définitivement. Et il faut croire que les tiroirs de Preemo (en réalité, ceux de Solar pour qui Guru avait initialement réalisé les enregistrements entendus ici) recèlent de merveilles inexploitées. Certaines viennent ainsi rejoindre d’emblée leur glorieuse descendance. C’est le cas de “Lights Out” et son instru totalement obsédante avec un M.O.P remonté comme une pendule, ou “Family And Loyalty” et sa petite boucle de piano mélancolique on ne peut plus appropriée au message délivré (on y reviendra).  De Famille et Loyauté, il est question puisque de nombreux MCs de renom (voire de légende) viennent prêter main forte à l’hologramme vocal de Guru. Q-Tip plante un refrain de grande classe qui donne une tout autre dimension à un “Hit Man” assez classique, “From A Distance”, renforcé par un Jeru The Damaja en forme olympique, s’impose en classique immédiat. Et il est tout à fait jouissif d’arpenter une dernière fois le ghetto new-yorkais aux côtés de Guru accompagné par un Talib Kweli qui s’y connait un peu sur la question “Business Or Art”. Quant à l’instru tendue de “Take Flight (Militia, pt 4)”, elle colle impeccablement à l’équipe de teigneux résolument offensifs recrutés pour l’occasion (Big Shug et Freddie Foxxx).  Regrettons tout de même un “Get Together” qui aurait pu être de très bonne tenue s’il n’était plombé par un refrain RnB bien vilain et inapproprié (on n’applaudit pas Ne-Yo pour sa contribution alors que la rappeuse Nitty Scott fait, en revanche, preuve d’un aplomb et talent certains). Globalement cela demeure donc du haut, du très haut niveau. Et quel bonheur d’entendre à nouveau retentir le flow de master Guru sur les instrus de son compère historique (on n’a rien contre Solar mais clairement la vraie team de tueurs c’est bien celle-ci et il était presque incongru de voir Guru collaborer avec un...

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Idles – A Beautiful Thing: Idles Live at Le Bataclan

Idles – A Beautiful Thing: Idles Live at Le Bataclan

(Partisan, 6 Décembre 2019) Comme pour le chasseur, il y a le bon et le mauvais groupe de rock. Pour le mauvais, je vous laisse le soin d’apposer le nom qui convient derrière cette sentence gratuite. Le bon groupe de rock, lui, réussit à transcender sur scène ses compos, à embarquer son public avec énergie et envie pour parfois l’emmener vers l’instant de grâce. Bon on va pas se mentir. De grâce, il ne sera pas trop question sur ce live brut de décoffrage des anglais de Idles capté au Bataclan le 3 décembre 2018. Quand on appelle un de ces albums Brutalism, et qu’on pratique un (post)-punk assez furieux, c’est plutôt de sueur dont il sera question. Si l’on peut déplorer le manque de subtilité de leur musique, un poil braillarde à mon goût, et moins élégante que leurs voisins dublinois (Fontaines D.C., The Murder Capital), ce live rend bien justice à ce qu’est Idles sur scène. Un groupe de petites frappes, qui te vomit un punk joué pied au plancher, idéal pour enflammer les fosses et déclencher moult pogos et autres slams. C’est ce que j’avais observé sur la scène du chapiteau des Eurocks l’été dernier. Le chanteur, Joe Talbot, avec son look de repris de justice à peine sorti de taule, impressionne par sa présence physique, et sa voix rauque poussée à la limite. Les guitaristes montés sur ressort n’hésitaient pas à slammer au milieu de la fosse. On ne s’économisait pas ! Avec 19 titres, bien répartis entre leurs 2 albums (Brutalism et Joy As An Act Of Resistance), ce live ne convaincra toujours pas les réfractaires au punk binaire de 3 minutes joué à cent à l’heure (les pas oufs « Television », « Great Live », « Gram Rock »). Bon, c’est pas du punk à roulettes non plus et quelques titres aux intonations « pop » lorgneraient presque vers les Pixies (les refrains de « Danny Nedelko », « Samaritans », le riff distordu de « l’m Scum ») ! Reste un son puissant, sale, la basse bien en avant, des guitares parfois aventureuses (le riff addictif de « Never Fight A Man With A Perm », « 1049 Gotho », « Love Song » et son « lalalala » jouissif, «White Privilege », « Benzocaine »). Dès que le rythme ralentit ou les compos s’allongent, c’est ainsi bien plus convaincant comme sur l’inaugural et énorme « Colossus », « Divide Conquer », « Exeter » où le groupe fait chanter des spectateurs, « Cry To Me »… Ou les 10 minutes finales et furieuses de « l’anti-fascist song » « Rottweiller ». Le groupe mouille la chemise, le public est bouillant...

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The Folk Implosion – One Part Lullaby

The Folk Implosion – One Part Lullaby

(Interscope, 7 septembre 1999) Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques. Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement. Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement. Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à...

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The Muffs – No Holiday

The Muffs – No Holiday

(Omnivore, 18 octobre 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90*, je voudrais la grande sœur. Rebelle, charismatique, qui a trainé dans tous les coins cool de la côte ouest (rappelez-vous qu’elle a fait partie des Pandoras), qui rit et gueule aussi fort que les mecs, et qui n’a rien à leur envier une fois qu’elle a une guitare entre les mains, mais qui sait tout aussi bien nous tirer la larmichette si elle le souhaite. Après avoir fait partie du groupe de filles le plus cool de la côte ouest, elle est allée former sa propre bande et nous a impressionnés en prenant une planche et un coussin bien confortable pour poser son postérieur entre la chaise du punk et celle de la pop, de la façon la plus assumée possible. Grande classe ! Certes, elle a eu ses errances, on se souvient de son passage express chez les Pixies où elle n’a pas vraiment su trouver sa place. C’est triste, parce que c’est quand même la classe de faire partie des Pixies mais il était évident que cette Kim-là n’était pas faite pour remplacer l’autre. Il parait que Frank Black l’a virée parce qu’elle a eu l’audace de se jeter dans la foule à un de leurs concerts. Quand on y pense, la réaction de Black est aussi compréhensible quand on l’a déjà vu sur scène que celle de Kim Shattuck quand on a un peu suivi le parcours de la musicienne. Bien sûr qu’elle va avoir envie de se jeter dans la foule ! Quoi qu’il en soit, Kim a décidé, après une longue pause, de reprendre du service avec The Muffs et on ne va pas s’en plaindre. L’album est une réussite, totalement à l’image du groupe : joyeusement foutraque, avec un savoir-faire mélodique irréprochable, aussi convaincant sur ses morceaux de 30 secondes que sur ceux de 4 minutes (il n’y en a pas de beaucoup plus longs, ça reste un disque punk), sur ses moments électriques (« Pollyanna », « To That Funny Place ») que sur ses instants acoustiques (« Happier Just Being With You », « The Best »), sur ses passages énervés (« Down, Down, Down ») que sur ses accalmies (« Sick Of This Old World », « Earth Below Me ») ou ses moments de détente complète (« Lucky Charm »). Il se dégage de l’ensemble quelque chose de l’ordre de ce qu’on peut ressentir en écoutant un disque de Guided By Voices : à la fois le plaisir d’écouter une collection de chansons accrocheuses et attachantes et l’impression d’entrer dans l’intimité artistique de son créateur, comme si une relation proche se mettait...

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