The Guru Guru – Point Fingers

The Guru Guru – Point Fingers

(Luik/Grabuge, 31 janvier 2020) Que feriez-vous à notre place ? Une bande de barjots belges qui vous pointent du doigt et se ruent vers vous pour vous présenter leur nouveau bébé braillard. Vous prendriez vos jambes à votre cou, évidemment. Peu téméraires que vous êtes. Nous, on choisit de s’accrocher. Car s’ils foutent un peu les jetons de prime abord, si notre boussole ne répond plus face aux revirements incessants du quintet, on retrouve vite quelques éléments communs auxquels se raccrocher. Une basse indomptable qui mène la danse, une guitare à laquelle on soutire des grognements aigus, un chant mi-parlé mi-rappé, un refrain pop en diable, des cris de damnés en option. C’est parfois violent, souvent accrocheur et finalement toujours totalement instable. N’est-ce pas là le plus excitant ? Dès « Mache », on croit se raccrocher à un riff de brutasse et on se dit qu’on va se contenter de headbanger béatement pendant trois minutes et puis la basse nous prend par la main, nous dit que ce n’est pas par là, qu’il faut suivre ce drôle de bonhomme avant un refrain plus-aigu-tu-meurs qui déboussole d’abord et colle aux basques ensuite. Etonnant, mais bien vu. Tom Adriaenssens qu’on imagine gesticuler dans tous les sens, pris de sursauts épileptiques ou du syndrome de la Tourette (« FIRE! PEPPER! TURMOIL! » sur la démentielle « Chramer ») guide sa troupe comme un gourou gourou gentiment timbré timbré mais sacrément charismatique. Et quand chacun souhaite faire plus de boucan que lui, il va s’isoler avec sa guitare acoustique et s’évade dans une chouette ballade, en toute quiétude, se demandant à juste titre si c’est bien lui qui a enfilé le costume du songwriter mature (« And I’m Singing, Aren’t I »). Et finalement, nul besoin d’une quinzaine d’écoutes pour succomber au trip math/indie/noisy un brin crazy – qu’il convient d’appeler borderline rock – proposé par The Guru Guru. Quand au bout de trois tours de platine, on sifflote des refrains tout seul dans son coin, c’est que l’affaire est bien engagée, non ? Quand on considère initialement que les compos sont alambiquées avant de les trouver totalement limpides, c’est que les gars ont un truc, n’est-ce pas ? Point Fingers dégage cette très plaisante (et trop rare) impression d’un groupe qui a laissé libre cours à sa créativité, sans calcul, ne s’est rien refusé et est parvenu à accoucher d’un résultat totalement instinctif, finalement à même de parler à chacun d’entre nous. Pas étonnant qu’ils aient tapé dans l’oreille de Lysistrata qui les a accueillis sur leur label. À présent, démerdez-vous pour vous dépêtrer des soubresauts diaboliques entre douces mélodies et coups de sang hargneux de « Delaware », « Mache », « Chramer », « Origamiwise », des arpèges innocents de « Know No », de « Skidoo » et...

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Baston – Primates

Baston – Primates

(Howlin Banana, 29 novembre 2019) Souvenez-vous. Baston, c’est ce groupe auteur d’un chouette premier EP bien péchu (Gesture) il y a déjà 4 ans chez le label Howlin Banana, fer de lance 2010’s du “garage à la française” (et un peu à la californienne, avouons). Un genre quelque peu encombré quand le revival battait son plein et eux-mêmes ont semble-t-il songé qu’il valait mieux tracer une route nouvelle pour continuer à se faire entendre et se détacher un peu de la meute constamment grandissante. Une meute qui en a semé quelques-uns en route, et non des moindres (on pense notamment aux Madcaps et à Kaviar Special, deux membres éminents du label). Baston a donc pris son temps pour repenser sa musique, recruté un nouveau membre aux synthés pour former désormais un quatuor et considérablement ralenti le tempo pour mieux lorgner aujourd’hui vers un univers shoegaze/krautrock (avec lequel il flirtait déjà sur l’EP mais plus timidement). Et figurez-vous que ça lui va comme un gant. J’en veux pour preuve “Primates” qui n’a rien de primitif. Basse-batterie cavalent main dans la main, de la reverb, un air de guitare piqué à Robert Smith, un peu plus de reverb, des voix lointaines, et encore un soupçon de reverb. Dans la foulée “Transept” se déguste les yeux écarquillés, la bouche ouverte prête à gober les acides qui tombent.  Psyché donc, Baston l’est toujours (“Achilles” confirme). Pop également parce que sans belles mélodies (“Arnhem” on pense à toi), on s’en foutrait pas mal de ces autoroutes motorik et guitares aigrelettes (“K2” semble emprunter cette direction avant de prendre son envol). Ce n’est pas forcément plus innovant qu’auparavant mais c’est probablement ce qui leur correspond le mieux. Et ça sonne rudement bien. Les compos sont là, on l’a dit, mais la prod très soignée les met également en valeur comme il se doit.  En fin d’album, surgit un guest pour le moins inattendu : Christophe Hondelatte et ses fameux récits sordides sur un petit air musique du monde (darboukas, ambiance orientale). On ne peut s’empêcher d’esquisser quelques sourires malsains (“à aucun moment, vous ne vous êtes dit que cette femme dans le frigo pouvait être votre mère ?“) et “Viande” constitue ainsi une divertissante ballade au pays des tarés. Divertissante et essentielle car des morceaux qui jouent sur la répétition à terme… Ça peut donner un disque répétitif.  Ceux qui ont lu jusque-là ont compris la sentence mais pour ceux qui sautent directement à la conclusion, faisons clair et limpide (même si vous ne le méritez pas) : Baston a gagné en finesse mélodique, en précision dans l’élaboration de ses morceaux ce qu’il a perdu en énergie pure. En ce qui nous concerne, le pari...

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The Rolling Stones – Sticky Fingers

The Rolling Stones – Sticky Fingers

(Rolling Stones Records, 23 avril 1971) Fêtes de fin d’année obligent, quand le boss d’Exitmusik m’a parlé de célébrer les 50 ans de Sticky Fingers, je me suis lancé sans réfléchir… Avec donc plus d’un an d’avance… Et tant pis pour Let It Bleed !  C’est à peu près là que ma vie rock’n roll a réellement commencé. Sticky f*** fingers. Le LP de 71. Mon préféré de toute la disco des Stones. Celui que je redécouvre tous les 5 ou 10 ans. Que je rachète sous différents formats. On parle beaucoup de la cover pic qui est en effet un coup de génie mais ce qui est un souvenir d’enfance pour moi est plutôt la pochette intérieure. D’un côté, on a une belle langue, le tout nouveau logo des Stones, affiché en pleine page. Business deal. De l’autre, une photo de famille. Les 5 Stones. Mick est un peu dans son coin et baille aux corneilles. Les mains dans ses poches de blazer trop grand sont gravées à jamais dans mon cerveau reptilien. Keith, un poil trop gros pour ce collant moyen-âgeux joue au chef de bande. Bill mime une descente de poudreuse et Charlie et Mick (Taylor) font un sourire de photo de classe. Par son geste, Bill résume bien l’esprit de cet album. Upper. Downer. Les “produits”. La vie est amusante mais fatigante. Jouissons mais avec un Mother’s Little Helper en support. On dirait que les enfants de 66 ont farfouillé dans le vanity case de maman et ont trouvé de quoi il s’agissait. Il n’y a pas que maman qui a besoin d’un boost pour supporter le quotidien.  Cet album devrait être interdit aux moins de 12 ans. Je ne serais peut-être pas tout à fait le même aujourd’hui si cet album n’avait pas existé. On a affaire à une roche ciselée, une opération à cœur ouvert, un pont bringuebalant, un vieux matelas puant. Ça apprend la vie. On se dit que ce n’est que de la musique mais on se dit la même chose quand on est petit et qu’on regarde un film d’horreur. Ce n’est que du cinéma. Quand j’étais petit et mort de trouille devant un film, je pensais aux acteurs qui rigolaient entre eux, une fois la prise finie. Ici, c’est pareil. On se dit que c’est un délire de musiciens riches et surdoués. Mais non, c’est la vraie vie. Six ans plus tard, Keith n’est pas loin du trou (canadien). Et puis, Brian a fait le grand plongeon depuis deux ans déjà. La mort est là, elle rôde. Comment les protagonistes de Sticky Fingers sont encore tous vivants en 2020 malgré l’appel du vide d’un coup de génie évident et...

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Gang Starr – One Of The Best Yet

Gang Starr – One Of The Best Yet

(Gang Starr Enterprises, 1 novembre 2019) Il est temps d’enfiler de nouveau le bleu de chauffe. Hors de question que le dernier Gang Starr, déjà tristement (injustement ?) absent de mon top, ne figure pas non plus à la case chroniques d’Exit.  D’autant qu’il revient d’assez loin celui-là. Certains éléments laissaient craindre le pire. Un Gang Starr nouveau neuf ans après la mort de SA voix Guru et 16 ans après leur dernier bijou, The Ownerz, ça sentait mauvais le raclage de fonds de tiroir. Le nom de l’album (reprenant le fameux sample de “Full Clip”) ainsi que l’intro medley de leurs meilleurs morceaux n’étaient pas non plus de nature à rassurer.  Mais il faut surtout voir là un hommage de DJ Premier à son pote et comparse de quinze ans de carrière avant que l’eau ne coule sous les ponts et que la faucheuse ne les sépare définitivement. Et il faut croire que les tiroirs de Preemo (en réalité, ceux de Solar pour qui Guru avait initialement réalisé les enregistrements entendus ici) recèlent de merveilles inexploitées. Certaines viennent ainsi rejoindre d’emblée leur glorieuse descendance. C’est le cas de “Lights Out” et son instru totalement obsédante avec un M.O.P remonté comme une pendule, ou “Family And Loyalty” et sa petite boucle de piano mélancolique on ne peut plus appropriée au message délivré (on y reviendra).  De Famille et Loyauté, il est question puisque de nombreux MCs de renom (voire de légende) viennent prêter main forte à l’hologramme vocal de Guru. Q-Tip plante un refrain de grande classe qui donne une tout autre dimension à un “Hit Man” assez classique, “From A Distance”, renforcé par un Jeru The Damaja en forme olympique, s’impose en classique immédiat. Et il est tout à fait jouissif d’arpenter une dernière fois le ghetto new-yorkais aux côtés de Guru accompagné par un Talib Kweli qui s’y connait un peu sur la question “Business Or Art”. Quant à l’instru tendue de “Take Flight (Militia, pt 4)”, elle colle impeccablement à l’équipe de teigneux résolument offensifs recrutés pour l’occasion (Big Shug et Freddie Foxxx).  Regrettons tout de même un “Get Together” qui aurait pu être de très bonne tenue s’il n’était plombé par un refrain RnB bien vilain et inapproprié (on n’applaudit pas Ne-Yo pour sa contribution alors que la rappeuse Nitty Scott fait, en revanche, preuve d’un aplomb et talent certains). Globalement cela demeure donc du haut, du très haut niveau. Et quel bonheur d’entendre à nouveau retentir le flow de master Guru sur les instrus de son compère historique (on n’a rien contre Solar mais clairement la vraie team de tueurs c’est bien celle-ci et il était presque incongru de voir Guru collaborer avec un...

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Idles – A Beautiful Thing: Idles Live at Le Bataclan

Idles – A Beautiful Thing: Idles Live at Le Bataclan

(Partisan, 6 Décembre 2019) Comme pour le chasseur, il y a le bon et le mauvais groupe de rock. Pour le mauvais, je vous laisse le soin d’apposer le nom qui convient derrière cette sentence gratuite. Le bon groupe de rock, lui, réussit à transcender sur scène ses compos, à embarquer son public avec énergie et envie pour parfois l’emmener vers l’instant de grâce. Bon on va pas se mentir. De grâce, il ne sera pas trop question sur ce live brut de décoffrage des anglais de Idles capté au Bataclan le 3 décembre 2018. Quand on appelle un de ces albums Brutalism, et qu’on pratique un (post)-punk assez furieux, c’est plutôt de sueur dont il sera question. Si l’on peut déplorer le manque de subtilité de leur musique, un poil braillarde à mon goût, et moins élégante que leurs voisins dublinois (Fontaines D.C., The Murder Capital), ce live rend bien justice à ce qu’est Idles sur scène. Un groupe de petites frappes, qui te vomit un punk joué pied au plancher, idéal pour enflammer les fosses et déclencher moult pogos et autres slams. C’est ce que j’avais observé sur la scène du chapiteau des Eurocks l’été dernier. Le chanteur, Joe Talbot, avec son look de repris de justice à peine sorti de taule, impressionne par sa présence physique, et sa voix rauque poussée à la limite. Les guitaristes montés sur ressort n’hésitaient pas à slammer au milieu de la fosse. On ne s’économisait pas ! Avec 19 titres, bien répartis entre leurs 2 albums (Brutalism et Joy As An Act Of Resistance), ce live ne convaincra toujours pas les réfractaires au punk binaire de 3 minutes joué à cent à l’heure (les pas oufs « Television », « Great Live », « Gram Rock »). Bon, c’est pas du punk à roulettes non plus et quelques titres aux intonations « pop » lorgneraient presque vers les Pixies (les refrains de « Danny Nedelko », « Samaritans », le riff distordu de « l’m Scum ») ! Reste un son puissant, sale, la basse bien en avant, des guitares parfois aventureuses (le riff addictif de « Never Fight A Man With A Perm », « 1049 Gotho », « Love Song » et son « lalalala » jouissif, «White Privilege », « Benzocaine »). Dès que le rythme ralentit ou les compos s’allongent, c’est ainsi bien plus convaincant comme sur l’inaugural et énorme « Colossus », « Divide Conquer », « Exeter » où le groupe fait chanter des spectateurs, « Cry To Me »… Ou les 10 minutes finales et furieuses de « l’anti-fascist song » « Rottweiller ». Le groupe mouille la chemise, le public est bouillant...

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The Folk Implosion – One Part Lullaby

The Folk Implosion – One Part Lullaby

(Interscope, 7 septembre 1999) Si vous n’avez jamais écouté One Part Lullaby, sachez en guise de préambule qu’il s’agit peut-être du disque le plus déroutant auquel ait jamais participé Lou Barlow. N’allez pas pour autant vous imaginer que le musicien pousse à l’extrême les excentricités électriques ou acoustiques déjà tentées avec Sebadoh ou au début de Dinosaur Jr ; non, il n’y a sur ce disque que de la pure pop. Mais de la pop dont tout rappelle les productions les plus radiophoniques des années 90. On y retrouve même une talk box sur « E.Z.L.A. » (pensez « California Love », si vous ne voyez pas de quoi je parle…ou autotune, si vous êtes trop jeune pour connaitre « California Love » !), de quoi se demander si Lou Barlow n’a pas décidé de vendre ses fesses, ou au minimum retourner sa veste pour vendre des disques. Du coup, quand on lit comme sur la page Wikipedia de l’album que Barlow le considère comme « un désastre », on serait tenté de penser qu’il a honte de cette sortie assez improbable sur le papier. Mais n’allez surtout pas croire ça, puisque lui-même vous répondra « Bon dieu non, c’est un de mes disques préférés ! ». Car ne l’oublions pas, c’est de Lou Barlow et John Davis qu’il s’agit, deux musiciens qui ont prouvé au moins avec les deux précédents disques, mais aussi tout le long de leurs carrières respectives qu’ils avaient du talent et qu’ils faisaient à peu près ce qu’ils voulaient artistiquement. Ainsi, on peut très bien imaginer que cet étonnant choix de production est totalement volontaire, une manière d’explorer et d’essayer d’autres choses que les grosses guitares ou les grattes acoustiques aux accordages improbables. Et surtout, même quelqu’un de globalement hermétique aux musiques électroniques tel que moi peut succomber à la beauté des compositions. Je dirais même plus, le traitement sonore ne se contente pas d’être un choix esthétique qui pourrait être accepté par défaut sur des titres qui bénéficieraient d’être rejoués dans une formation guitare-basse-batterie classique, c’est un choix artistique qui sert complètement les titres en question et leur donne une teinte, un ton qu’ils n’auraient pas eus autrement. Pour cela, on appréciera sous cette forme l’ambiance qui se dégage de morceaux comme « Kingdom Of Lies », « My Ritual », « Back To The Sunrise » ou « Mechanical Man ». Et on sera même tenté de dire que le talent des deux compères les rend imperméables à la ringardise, tout rattachés qu’ils soient à la fin des années 90. « E.Z.L.A. » est sans doute le morceau le plus marqué par le passage du temps, et donc le plus difficile à...

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The Muffs – No Holiday

The Muffs – No Holiday

(Omnivore, 18 octobre 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90*, je voudrais la grande sœur. Rebelle, charismatique, qui a trainé dans tous les coins cool de la côte ouest (rappelez-vous qu’elle a fait partie des Pandoras), qui rit et gueule aussi fort que les mecs, et qui n’a rien à leur envier une fois qu’elle a une guitare entre les mains, mais qui sait tout aussi bien nous tirer la larmichette si elle le souhaite. Après avoir fait partie du groupe de filles le plus cool de la côte ouest, elle est allée former sa propre bande et nous a impressionnés en prenant une planche et un coussin bien confortable pour poser son postérieur entre la chaise du punk et celle de la pop, de la façon la plus assumée possible. Grande classe ! Certes, elle a eu ses errances, on se souvient de son passage express chez les Pixies où elle n’a pas vraiment su trouver sa place. C’est triste, parce que c’est quand même la classe de faire partie des Pixies mais il était évident que cette Kim-là n’était pas faite pour remplacer l’autre. Il parait que Frank Black l’a virée parce qu’elle a eu l’audace de se jeter dans la foule à un de leurs concerts. Quand on y pense, la réaction de Black est aussi compréhensible quand on l’a déjà vu sur scène que celle de Kim Shattuck quand on a un peu suivi le parcours de la musicienne. Bien sûr qu’elle va avoir envie de se jeter dans la foule ! Quoi qu’il en soit, Kim a décidé, après une longue pause, de reprendre du service avec The Muffs et on ne va pas s’en plaindre. L’album est une réussite, totalement à l’image du groupe : joyeusement foutraque, avec un savoir-faire mélodique irréprochable, aussi convaincant sur ses morceaux de 30 secondes que sur ceux de 4 minutes (il n’y en a pas de beaucoup plus longs, ça reste un disque punk), sur ses moments électriques (« Pollyanna », « To That Funny Place ») que sur ses instants acoustiques (« Happier Just Being With You », « The Best »), sur ses passages énervés (« Down, Down, Down ») que sur ses accalmies (« Sick Of This Old World », « Earth Below Me ») ou ses moments de détente complète (« Lucky Charm »). Il se dégage de l’ensemble quelque chose de l’ordre de ce qu’on peut ressentir en écoutant un disque de Guided By Voices : à la fois le plaisir d’écouter une collection de chansons accrocheuses et attachantes et l’impression d’entrer dans l’intimité artistique de son créateur, comme si une relation proche se mettait...

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Redd Kross – Beyond The Door

Redd Kross – Beyond The Door

(Merge, 23 août 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90, je voudrais les deux frères*. Même si en ce qui me concerne, je les connais surtout de réputation. J’ai un peu trainé avec eux à une époque, quand ils étaient encore des minets de Monsanto et s’amusaient à reprendre des classiques du rock dans leur garage. Personnellement, je suis toujours friand d’une bonne reprise de Kiss… Après ça, j’ai surtout eu vent de leurs exploits de loin. J’avais bien mesuré que c’étaient des bons vivants pour qui musique a toujours été synonyme de plaisir. Je les imagine volontiers éternels fêtards, à enchainer concerts, beuveries et soirées entre potes. Mais on m’avait surtout dit qu’ils excellaient dans un registre power pop, avec la vocation de faire danser tout le monde, là où je les avait plus sentis lorgner vers le punk, voire le hard rock à l’époque. Du coup, je n’avais jamais vraiment suivi leur carrière, dont je n’avais que de lointains échos. Des échos qui me donnaient l’envie d’y retourner un jour, mais ce n’était jamais le bon jour. Vous voyez le genre ; et si vous ne le voyez pas, j’ai consacré à une époque une rubrique entière à ce genre de situation ! Quoi qu’il en soit, c’est par le biais de That Dog. qu’on m’a orienté à nouveau vers Redd Kross, en m’assurant que la démarche et la qualité des derniers albums des deux groupes étaient comparables. Sans omettre de me rappeler le lien à la ville d’Anna Waronker (chanteuse/guitariste de That Dog.) et Steven Mc Donald (le bassiste de Redd Kross). Cette fois, c’était la bonne occasion de me lancer et je ne regrette absolument pas. Du morceau introductif « The Party » qui ressemble à du Beatles pré-Revolver gonflé au glam rock et au punk jusqu’au titre final « When Do I Get To Sing « My Way » ? » qui prouve une énième fois que les tubes new wave hideux peuvent devenir de super morceaux si on remplace les claviers par des guitares, on enchaine (presque) sans temps de repos des petites douceurs rock avec pour seuls mots d’ordre le plaisir et le fun. Tous les morceaux sont accessibles, et pourtant une écoute plus attentive démontre le talent des musiciens, distillé dans pléthore de trouvailles à la batterie, à la basse ou à la guitare. « Fantástico Roberto » en est le parfait exemple, entre son riff, sa ligne de basse et son rythme de batterie tous super bien foutus et qui fonctionnent parfaitement ensemble, mais on pourrait citer quasiment tous les titres du disque à la barre, ils raconteraient à peu près la même histoire. Allez,...

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Tacocat – This Mess Is A Place

Tacocat – This Mess Is A Place

(Sub Pop, 3 mai 2019) Il y a quelques années, Tacocat m’avait complètement conquis avec son album Lost Time. Un disque qui ne proposait certes rien de révolutionnaire, mais offrait du très bon pop rock un peu punk sur les bords et était passé en boucle chez moi tout l’été 2016 ; il m’arrive même d’y revenir de temps en temps avec un plaisir certain. Mais le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps serait si vite écoulé ? Bon, beaucoup de choses ont changé, mais mon avis sur Lost Time n’a, lui, pas bougé. En revanche, le groupe est un peu sorti de mon radar ces derniers temps, et c’est après avoir quasiment bouclé mon top de fin d’année que je me rends compte qu’ils nous proposent un nouvel album en 2019. Merde, espérons qu’il n’aura pas un effet Wonderflu sur mon classement* ! Bon, au-delà de ces considérations qui ne peuvent concerner qu’une personne qui accorde beaucoup trop d’importance à la musique, je devrais plutôt me réjouir : c’est toujours plaisant de retrouver un groupe qu’on aime. Reste à savoir si le nouveau cru va être à la hauteur de nos attentes. À l’écoute du premier morceau, une variation sur le riff de « Sweet Jane » (du Velvet), ou « Be My Lover » (d’Alice Cooper) selon vos références, on se retrouve tout de suite en terrain connu. On pourrait même dire qu’on reprend exactement là où Lost Time s’était arrêté, et ce n’est pas « New World » qui va changer cette impression. Le problème, c’est qu’aussi sympa ces chansons soient-elles, elles m’amèneraient un peu à me demander si finalement, ce sont les chansons de Tacocat qui me plaisent ou simplement leur style et leur son. Car si j’apprécie ces deux pistes, rien ne m’accroche vraiment au-delà de leur forme. Malheureusement, ce n’est pas la troisième, « Grains Of Salt », qui va rattraper ce faux départ. Elle tranche bien avec le précédent album, mais par son mauvais goût : riff de guitare funky et synthé, comme dans les pires morceaux FM des années 80… je zappe très vite, avec de sérieux doutes sur la suite ! Cependant, la suite va permettre de me rassurer : à partir de « The Joke Of Life », je retrouve mes marques dans cet album et je me remets à apprécier à peu près chaque morceau pour ce qu’il a. Celui-ci et l’autre titre punky « The Problem », les arpèges de « Little Friend », « Rose-Colored Sky » qui ressemble à une version pop du « Son Of Sam » des Dead Boys, jusqu’à...

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DJ Shadow – Our Pathetic Age

DJ Shadow – Our Pathetic Age

(Mass Appeal, 15 novembre 2019) Serions-nous totalement masochistes au point de continuer à nous infliger les dernières sorties de DJ Shadow, lequel se complait dans l’indigence depuis belle lurette ? Ou simplement de doux rêveurs qui considèrent que si le génie a déjà frappé une fois (voire deux, tant The Private Press avait peu à envier au cultissime Endtroducing), fût-ce il y a bien longtemps, il est tout à fait capable de ressurgir de sa lampe à tout moment ? Sans doute un peu des deux. DJ Shadow, lui, aimerait simplement que l’on se souvienne de quoi il est capable et il s’est dit qu’en nous proposant un double album, affublé d’un message sociétal d’actualité (d’une originalité folle « les réseaux sociaux, c’est mal »), on allait voir ce qu’on allait voir. Ce fut vite vu. On sent la volonté de marquer le coup dès l’entame avec une intro en forme de blockbuster (« Nature Always Wins » distordue à l’excès) suivie d’un beat et de synthés qui en imposent. La petite instru abstract hip hop qui déboule ensuite fait son petit effet, on aurait pu plus mal tomber (« Slingblade »). De là à s’exciter ? N’exagérons rien. L’enthousiasme ne monte jamais bien haut sur ce premier disque qui, à l’exception de quelques morceaux honnêtes (le très SF « Intersectionality », un « Firestorm » intense en forme de BO épique ou « We Are Always Alone » tout en sobriété) suscite davantage de soupirs que de cris d’exaltation (l’improbable gloubi-boulga ragga/electro « Rosie », l’agaçante « Beauty, Power, Motion, Work, Chaos, Law » qui parait aussi longue que son titre alors qu’elle ne dure que 2’07 ou ce « Juggernaut » totalement vain qui fait beaucoup de bruit pour si peu). Puisqu’il a bien du mal à se distinguer seul mais possède toujours un carnet d’adresses enviable (jusqu’à quand ?), Shadow a convoqué un casting 5 étoiles pour le sortir du marasme. Sur le second disque, il se contente du rôle de beatmaker et s’acquitte plutôt bien de la tâche quand il s’agit de dérouler le tapis rouge à des grand noms comme Nas, un tiers du Wu-Tang ou De La Soul (« Rocket Fuel », très entrainante). On atteint rarement des sommets mais tout va pour le mieux lorsque l’on reste dans le plus pur style hip hop (« C.O.N.F.O.R.M. », « Taxin’ », « Urgent, Important, Please Read ») mais Shadow est audacieux et s’aventure aussi fort maladroitement en terrain glissant (« Dark Side of the Heart » et son refrain RnB dégueulasse, le morceau-titre crispant à souhait naviguant en eaux troubles funk/soul/disco). Bref, Josh Davis s’est probablement persuadé que pour cesser de n’être que...

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