Birth Of Joy – Hyper Focus

Birth Of Joy – Hyper Focus

Avec ses prestations scéniques fiévreuses (on sait de quoi on parle) et quelques solides albums au compteur, Birth Of Joy jouit depuis quelques années maintenant d’un statut particulier en France (comme ils nous l’expliquaient l’an dernier). Et le 5e album des néerlandais, Hyper Focus, ressemble fort à une nouvelle occasion de franchir un palier. Enregistré live (comme toujours) Hyper Focus a le mérite d’être hyper costaud. Intro batterie/clavier qui groove à mort, refrain scandé façon “Grow” (un de leurs tubes imparables), break hystérique, solos endiablés. Il y a tout, et même plus dès l’entame “Join The Game”. On ne va pas se mentir, à l’image de ce morceau, Hyper Focus a les défauts de ses qualités. C’est efficace en diable, ça pétarade tous azimuts. Une machine de guerre bien huilée. Trop huilée parfois. On aimerait que le groupe s’autorise quelques sorties de route (maîtrisées, cela va de soi) et surprenne davantage. Ils le font par moments, et avec réussite (“Forenoon” qui calme le jeu avant de partir dans des envolées Floydiennes quand Kevin Stunnenberg se la joue Gilmour, l’excellente “Witches Hammer” à la Mike Patton où heavy rime avec zarbi et grain de folie). Mais ces escapades ne suffisent pas à nous sortir d’une certaine monotonie (l’album dure 51 minutes, ça joue aussi). Les quelques interludes instrumentales (“i”, “ii”, “iii”) se révèlent assez anecdotiques, et certains morceaux prennent aisément le pas sur d’autres (“Riff Raff” qui riffe sec, “Let It Slide” qui avec son groove contagieux envoie valser nos considérations de journaliste aigri). Le synthé manzarekien est par ailleurs omniprésent. Et sur la très bluesy “Poor Duffy”, le fantôme de Morrison plane à ses côtés. Ce n’est ni la première ni la dernière fois que Birth Of Joy nous fait le coup. Mais il le fait toujours très bien. Bref, rien de bien nouveau pour Birth Of Joy qui maitrise toujours son affaire. Les fans du groupe vont se régaler. Les amateurs, s’ils passent outre le manque d’effet de surprise, y trouveront leur compte. Ceux qui n’étaient guère convaincus ne le seront pas davantage. Jonathan Lopez   LIRE LE REPORT PHOTOS 5 ANS EXITMUSIK : BIRTH OF JOY + WONDERFLU + THE BLIND...

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J.C. Satàn – Centaur Desire

J.C. Satàn – Centaur Desire

J.C. Satàn, l’un des groupes fers de lance du garage français, revient le 2 mars sur vos platines. Après le succès de leur excellentissime quatrième album éponyme (le premier chez Born Bad), on est en droit de se demander quel visage va nous offrir le groupe aujourd’hui. Ont-ils sombré vers la tentation de livrer un album plus grand public ou sont-ils restés intègres ? Même si on avait déjà notre petite idée sur la question, le teaser lâché sur internet début janvier se voulait rassurant. Et les derniers doutes sont vite dissipés. Avec une production abrupte, les voix légèrement en retrait, ils n’ont pas fait le choix de la facilité pour remplir des stades tels les derniers Queens Of The Stone Age (nausée) et Arcade Fire (vomi) mais de revenir à un son plus noisy comme sur les précédents Faraway Land et Hell Death Samba. La première écoute de Centaur Desire peut ainsi être déroutante, il faut prendre le temps de dompter le bestiau afin qu’il nous dévoile toutes ses richesses et subtilités planquées sous ses sabots. Dès l’ouverture (“I Won’t Come Back”) les bordelais démontrent qu’ils ne se sont pas assagis et ont conservé leur hargne, saupoudrée comme souvent d’une pointe de stoner (“Centaur Desire”, “Communion”). Les voix de Paula et d’Arthur se répondent toujours à merveille, la batterie de Romain et la basse (du nouveau-venu Gaspard, bassiste de Cockpit, Sam Fleisch, Prêcheur Loup) groovent comme jamais en album, la guitare d’Arthur, digne d’un Josh Homme période Rated R, nous assène des riffs assassins (“No Brain No Shame”, “Lies”). On retrouve enfin gravée sur album cette énergie dévastatrice qui vous donne une grande mandale à chacune de leur prestation live et fait de J.C. Satàn l’un des groupes rock français incontournables sur scène. Sur les albums précédents, Arthur avait déjà laissé exprimer son talent pour écrire de belles mélodies pop façon Kinks ou Beatles (point culminant avec “Waiting For You” sur le dernier album), il récidive en nous offrant ici de nouveaux bijoux noise-pop (“Erika”, “Drink Dope and Debauchery”, “The End”). Le synthé est lui plus présent (“The Road”), le groupe se fait d’ailleurs plaisir en nous livrant un morceau cold wave (“Complex situation”) rappelant Frustration, leurs comparses de Born Bad. Avec Centaur Desire, J.C. Satàn monte encore sur ses grands chevaux et prouve qu’il reste entier sans glisser vers le côté obscur du rock mainstream à la recherche du tube à jouer sur les plateaux TV. Force est de constater une nouvelle fois qu’ils sont les dignes porte-drapeaux du garage français. Et bien plus encore. Gloire à J.C. Satàn. Alain Dutertre CENTAUR DESIRE by JC SATAN LIRE L’INTERVIEW DE J.C....

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The Breeders – All Nerve

The Breeders – All Nerve

Ils nous prennent vraiment pour des billes, chez 4AD ! Bien sûr, ils nous disent que les Breeders vont sortir un disque cette année. La belle affaire ! Ça va faire plus de 5 ans qu’on nous fait le coup. Heureusement, chez Exitmusik, on n’est pas nés de la dernière pluie. J’avoue, ils ont bien fait leur coup cette année, et on aurait facilement pu tomber dedans. Déjà, ils ont sorti un single l’année dernière. Le single était excellent, la face b aussi. Du pur bonheur comme les Breeders savent en créer, qui ne peut que donner envie de renquiller sur un long format. On aurait pu s’y laisser prendre, si on nous avait pas fait à peu près la même en 2012 avec “Walking With A Killer”, suivi de plus rien. On n’allait pas se mettre à y croire pour si peu. Ensuite, ils ont annoncé une date de sortie. Le 02 mars. C’est bien fait, c’est crédible. Sauf que le 02 mars, c’est la veille de mon anniversaire, et s’ils avaient voulu dire aux gens quoi m’offrir cette année, ils ne s’y seraient pas mieux pris. Comme par hasard. Bref, on restait sceptique et vigilant, quand on a reçu des liens presse. Là, normalement, tout le monde se serait fait avoir. Nous-même, nous avons failli nous faire prendre. Sauf qu’on les a écoutés, les liens. Alors, soyons beaux joueurs, c’est super bien fait. La voix de Kim Deal, parfaitement imitée, avec même ce timbre un peu fragile, ce manque de justesse un chouia plus flagrant histoire de montrer que sa voix a vieilli. Le son parfaitement reconnaissable, rock noisy et pop avec un côté foutraque punk parfaitement dosé. La batterie, magistrale (“Skinhead #2!!), exactement comme si Jim MacPherson était vraiment revenu derrière les fûts. Les lignes de basses superbes, et la voix de Josephine Wiggs à s’y méprendre sur un des morceaux. Sérieusement, si vous tombez dans le panneau, je ne pourrai pas vous en vouloir. Mais forcément, c’était trop bien fait. Quel groupe sort encore des albums aussi bons après 10 ans d’absence et presque 30 ans de carrière ? Sortir 11 tueries sur 11 titres (moins, peut-être, une reprise d’Amon Düül 2, et encore), évoquer ses anciens albums (Pod avec l’éthérée “Dawn : Making An Effort”, par exemple) sans jamais se répéter, proposer tour à tour du bordel noisy (“Metagoth”), du tube power pop (“Wait In The Car”), du rythme ternaire enlevé (“Howl At The Summit”, magnifique), des morceaux calmes planants (“Spacewoman”) ou en tension (“All Nerve”) et réussir à chaque fois brillamment, c’est donné à qui ? Et franchement, si on tenait vraiment un groupe en aussi grande forme après toutes ces années, quel...

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TH Da Freak – The Hood

TH Da Freak – The Hood

Fais pas la gueule, mecton ! Y a Mr Da Freak qui revient et Da Freak c’est (un) chic (type). Sous ses airs de branleur patenté, de chanteur du dimanche, il a quand même pondu un EP de belle facture fin 2017 ainsi qu’un autre avec une dénommée Courtney deux semaines plus tard, et vient de récidiver avec un album. On a vu des branleurs moins productifs. Pour ce qui est de l’attitude et du chant, TH Da Freak n’est pas énervé, il faut bien le dire. Il déroule ses pop songs tranquille Emile avec un flegme rafraîchissant. Il pourrait y avoir un avion qui s’écrase sur le pâté de maison derrière lui qu’il sursauterait à peine. De là à dire qu’il s’entendrait bien avec Dog Gynéco il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas mais avec Stephen Malkmus, cela ne fait aucun doute, tant ils parlent le même langage musical. La prod est minimaliste, tout en ne lésinant pas sur les reverbs (ce qui ne manquera pas d’alimenter les discussions de comptoir dans la team Exit “c’est de l’indie rock 90s à mort”, “mais non, c’est du psyché à la Ty Segall !”. Ouais on a des comptoirs cool chez Exit, vous devriez vous y accouder plus souvent). L’aspect lo-fi omniprésent est toutefois à double tranchant. C’est cool, cool, cool mais ça gagnerait parfois à être plus percutant. On ne peut pas avoir le slacker et l’argent du slacker… Pas de quoi bouder tout de même face à une ribambelle de morceaux qui respirent le détachement en toutes circonstances et garnis en riffs qui font bouger les têtes (le tubesque à souhait “See You In The Hood”, “I Add Some Whisky In My Cola” et son gimmick guitaristique qui va bien, les accords simples et efficaces de “I Don’t Understand”). T’écoutes ça, tu sourirais presque niaisement aux gens dans le métro. Et si une certaine redondance peut être ressentie lors des premières écoutes, on constate en s’y penchant de plus près que la palette est plus large qu’il n’y parait (“Techno Bullshit” et son ambiance country, l’irrésistible “Thick Head” où on pourrait croire que Thurston Moore est venu taper le bœuf, “Bienvenidos At Satori Park” plus garageux sur les bords). Ne vous méprenez pas : ce disque ne changera certainement pas votre vie mais il peut rendre une journée maussade bien plus guillerette. Alors avant de t’adonner à une tâche chiante dont la vie quotidienne regorge, procrastine un bon coup, écoute toi The Hood et ça ira mieux. Jonathan Lopez The Hood by TH da...

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Turbonegro – Apocalypse Dudes

Turbonegro – Apocalypse Dudes

Il y a 20 ans sortait l’un des plus grands albums de rock des années 90. Et celui-ci ne vient ni de l’Ouest des États-Unis, ni d’Angleterre, ni même d’Australie ou d’Irlande. Non, l’un des plus grands disques de rock de la fin du 20ème siècle vient de Norvège. Qui l’eut cru ? Certes, la Scandinavie est plus connue pour ses groupes de metal extrême ou de punk hardcore, que pour son rock de bon goût. Il n’empêche que ce disque est la raison pour laquelle Turbonegro est aujourd’hui un groupe qui compte pour tant de personnes. La raison pour laquelle ils ne sont pas un énième groupe de punk. Mais Apocalypse Dudes, c’est avant tout l’histoire d’un groupe qui réussit sa mutation, qui franchit un gouffre… et un putain d’album de rock. Ass Cobra avait confirmé à ceux qui y avaient prêté l’oreille, malheureusement peu nombreux à l’époque, que Turbonegro était un groupe de punk à suivre, capable d’apporter des mélodies bien tubesques à ses morceaux punk énervés. Cet album avait permis au groupe de sortir la tête de l’eau, de mettre les galères du début derrière eux et d’aller de l’avant. Puis, il y a eu une histoire de pizza. Car entre l’enregistrement et la sortie d’Ass Cobra, presque deux ans se sont passés et deux membres du groupe sont partis, dont le guitariste Pål Pot, qui après un voyage en Thaïlande, se reconvertit en gérant de pizzeria. En son absence, Happy Tom reprend la basse et propose le poste de guitariste par interim à Knut Schreiner, surnommé Euroboy du nom de son autre groupe. Schreiner a été bercé au rock glam des 70s, Stooges période James Williamson en tête, et apporte une touche technique loin des riffs hardcore et des solos minimalistes qui étaient la norme jusqu’ici. Si bien que quand Pål Pot revient, il n’est pas en mesure de jouer les nouveaux morceaux et se retrouve clavier/danseur. Le nouvel album, écrit dans la foulée, repose sur une superbe conjonction d’éléments : les aspirations de Happy Tom d’écrire des morceaux plus élaborés, mélangeant l’énergie punk avec des aspects hard rock et rock 70s sont rendues possible par la maitrise d’Euroboy à la guitare et le nouveau batteur Chris Summers qui renforce la section rythmique, tandis que le côté glam est sublimé par la voix et le charisme d’Hank Von Helvete, qui arbore désormais les soleils noirs à la Alice Cooper. La présence scénique est accentuée par le nombre de musiciens (2 guitaristes, 1 bassiste, 1 batteur, 1 chanteur et 1 claviériste/danseur) et leur look gay agressif en jean de la tête aux pieds, les discours débiles de Hank et les fameuses ass rockets, feux de bengale allumés...

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Pearl Jam – Yield

Pearl Jam – Yield

L’été prochain je passe mon bac PJ avec trois épreuves de 3h chacune dans 3 villes d’Europe (et oui, il se mérite ce diplôme !). Une épreuve ardue car on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Alors forcément je potasse mes classiques. Assidu comme je suis, les premiers chapitres ne me font pas peur, je les maitrise sur le bout des doigts. Même sur le chapitre No Code, pas évident à retenir, je suis parfaitement serein parce que j’ai bossé dur l’an dernier. Les derniers chapitres n’étant pas les plus passionnants loin s’en faut, il y a peu de chances qu’on tombe dessus. J’ai donc décidé de mettre l’accent sur la partie Yield aujourd’hui, un programme vieux de 20 ans mais qui se porte comme un charme. C’est bien simple, quand on le relit, on se dit qu’il aurait pu être écrit hier. Allez, au boulot ! Nous sommes donc en 98. Pearl Jam se retrouve quelque peu esseulé au sein du « big four » de Seattle pour cause de suicide de chanteur (Nirvana), descente aux enfers de chanteur (Alice In Chains) ou tensions entre chanteur et ses copains (Soundgarden). Eddie Vedder, lui, va mieux. La pression médiatique est retombée, les regards commencent à se braquer sur des faisceaux autres que Seattle et en s’affranchissant des codes Pearl Jammiens (No Code, 1996), égarant ainsi quelques adeptes en chemin, Pearl Jam s’est donné de l’air. Avec Yield, il revient sur un sentier plus balisé. La production, un temps envisagée seul, est finalement confiée au bon vieux fidèle Brendan O’Brien qui s’est battu pour ne pas rester sur la touche. L’unité du groupe est de plus en plus probante. Chacun y va de sa contribution, les débats sont ouverts. Ensemble tout devient possible. Il est loin le temps où Stone Gossard arrivait avec ses compos clés en main. Très vite, Pearl Jam fait de nouveau parler de lui en pondant un bon gros single. Un beau jour, bloqué par la neige, Mike McCready s’emmerde chez lui, prend sa gratte et brode un merveilleux riff aussi limpide que virevoltant. « Given To Fly » est (presque) né. On pense d’abord à une ballade tout en douceur mais le morceau vire à l’épique sur l’explosion du refrain. Un classique supplémentaire dans la besace. Et un carton sur les ondes. Le même jour, McCready écrit « Faithful », autre point culminant du disque. Une fois de plus, l’intro tout en délicatesse est trompeuse, le titre prend son envol ensuite. Pour la petite histoire, Mike avait écrit deux parties distinctes : l’intro et la partie principale (bien plus burnée) et ne trouvait pas comment raccrocher les wagons. Il appelle alors Stone pour lui jouer les deux parties en...

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No Age – Snares Like A Haircut

No Age – Snares Like A Haircut

Tic tac. On court toujours après le temps. Le travail nous bouffe les trois quarts de notre temps, on n’a jamais le temps de voir ce très bon ami un peu perdu de vue, pas le temps de passer un coup de fil à mère-grand, pas le temps de dévorer tous ces passionnants bouquins qui nous attendent sur une pile, pas le temps de nous refaire l’intégrale de X-Files. Foutu temps de merde. Pour No Age, le temps n’est pas un souci. Il le prend toujours de court. Après un arrêt au stand prolongé, le bolide californien revient à toute berzingue pour une nouvelle course contre-la-montre. En 39 minutes et 12 secondes, il expédie 12 morceaux concentrés de rage, d’énergie… et de bonnes mélodies. Départ pied au plancher avec “Cruise Control” et No Age n’appuie sur la pédale de frein que pour s’octroyer quelques parenthèses expérimentales bien troussées (le morceau-titre qui verse dans le shoegaze, ou l’étrange “Squashed” aux faux-airs de… Chemical Brothers), perçues comme autant de bouffées d’air frais au milieu de ce grabuge sonore incessant. Pour le reste, c’est simple comme bonjour et bigrement efficace comme rarement. Du punk bien noisy, des mélodies dotées d’un soupçon d’insouciance souillées par 42 couches de guitare plus crades les unes que les autres (l’incandescente “Tidal”, la survoltée “Drippy”). La bonne vieille formule qu’on aime. Et quand le riff de “Soft Collar Fad” évoque celui de “Been A Son” de Nirvana, il fait passer ce dernier pour une gentille comptine inoffensive. La facette grungy est également dignement représentée sur la plus modérée mais tout aussi (sinon plus) réussie “Send Me” où Dean Allen Spunt (batteur/chanteur un chouïa plus hargneux que Phil Collins) adopte un chant mélancolique du plus bel effet. Difficile de retenir un titre plutôt qu’un autre dans ce disque furieusement énergique qui parvient à éviter plutôt bien la redite et où chaque riff concourt au titre du “plus efficace, tu meurs“. Une chose est sûre : une fois adopté Snares Like A Haircut, vous ferez toujours en sorte de trouver le temps de l’écouter. Jonathan Lopez Snares Like A Haircut by No...

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Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Recroiser un vieux pote après une longue période d’absence peut être étrange. Surtout quand celui-ci compte beaucoup à vos yeux. Chacun fait sa vie, évolue, et on se demande si l’on sera encore sur la même longueur d’ondes. Je n’avais plus vu Turbonegro depuis un bon moment. La dernière fois c’était il y a six ans, en 2012, période Sexual Harasment. D’abord troublé, j’avais finalement été emballé par ce qu’il était (re)devenu, bien aidé par sa nouvelle voix, le Grand-Breton Tony Sylvester, qui lui avait redonné une jeunesse après le départ du tout aussi grand (par le talent) que gros (par le tour de taille ), Hank von Helvete. Mais 2012, c’est loin. J’avais continué à entendre parler de TRBNGR, et principalement de ses derniers concerts. Et ceux-ci m’inquiétaient pas mal, notamment quand il reprenait du Queen ou revisitait ses propres morceaux en les badigeonnant de synthé. Parce que oui, on évolue tous plus ou moins, mais pas toujours de façon parallèle. Turbonegro a en effet depuis 2015 une nouvelle fréquentation, un mec qui s’appelle Haakon-Marius Pettersen. Claviériste de son état. Et ils ont l’air de très bien s’entendre. Attention, je n’ai rien contre le type en lui-même (qui m’a l’air fort sympathique), ni contre le clavier en général. L’apport minimaliste de Pål Pot Pamparius à Turbonegro a été selon moi énorme. Mais Turbonegro semble avoir embrassé ce nouveau membre au point de lui donner une place prépondérante à ses côtés, parfois même au détriment du reste. Quoi qu’il en soit, ce ROCKNROLL MACHINE signe donc pour moi des retrouvailles marquées par l’attente, l’espoir et l’inquiétude. Est-ce que ce que j’ai entendu est vrai ? As-tu à ce point changé Turbonegro ? Pouvons-nous encore nous entendre ? Parlons-en autour d’une bière. 20 ans jour pour jour après Apocalypse Dudes, Turbonegro tient tout d’abord à me rassurer, il est toujours celui que j’ai aimé. Preuve en est ce “Part II: Well Hello”. 1 minute 53 de pur bonheur qui rappelle les bases : “We are just living for the week-end / We are just dying for the show”. Simple, redoutablement efficace, de l’instant classic dans la grande tradition d’ouverture d’album comme Turbonegro sait si bien le faire. Mais cette voix robotisée sur l’intro du titre suivant, l’éponyme mais orthographiée différemment “RockNRoll Machine“, me fait comprendre que quelque chose cloche. Ces effets synthétiques, ce bridge de chœurs féminins, ce clavier omniprésent… TRBNGR, my old friend, ne filerais-tu pas de mauvais collants fluo te conduisant tout droit vers les sombres abîmes du hard rock ? Par le passé, tu as flirté avec cette frontière mais tu es toujours parvenu à t’en sortir, même quand je te trouvais en manque d’inspiration, comme sur...

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Kaviar Special – Vortex

Kaviar Special – Vortex

Avertissement de la rédaction : “Aucune plainte pour dépendance ne sera acceptée après la lecture de cet article, nous vous avons prévenus avant que vous ne vous lanciez dans l’écoute de cet album.” Après un second opus sobrement intitulé #2 sorti en 2016, les rennais ont sorti fin janvier dernier leur troisième LP, toujours sous l’excellent label français Howlin’ Babana Records affublé d’une magnifique pochette signée Valentin Pinel. Ici pas de chichi, un seul et unique maître mot : E.F.F.I.C.A.C.I.T.É. Les tubes Garage-Psyché-Surf s’enchainent sans vous laisser de répit pendant 40 minutes de pur plaisir auditif non dissimulé. De l’énergique “Run Away” qui ouvre l’album à “Scattered (All Around)” en passant par la bluesy “Back To School”, les rageuses “The Draugr” et “Busted” ou la planante “Roadhouse”, pas même le temps de lever votre gras du canapé pour prendre une binouze bien méritée dans le frigo. Vous serez emportés dans cette tempête sonique avec quelques sonorités qui vous rappelleront leurs inspirations (Thee Oh Sees, Ty Segall, Black Lips…) mais disséminées plus subtilement que sur leur précédent opus. Les influences ont été digérées et le groupe affirme plus fermement son identité sur ce disque. Tout est bon dans le Kaviar, les riffs sont accrocheurs et la rythmique prendra possession de votre corps quitte à vous retrouver seul au milieu de votre salon à faire du headbanging et du air guitar tel un ado boutonneux sous le regard ahuri de la voisine d’en face. On a hâte de vivre ces morceaux en live et de se déchainer joyeusement dans la fosse pour la release party au Point Ephémère (Paris) le 16 février prochain. Avec Vortex, Kaviar Special prend son envol et confirme qu’il est en train de devenir le groupe garage-psyché français de référence. Ce troisième album est la première grosse claque de l’année et c’est avec un certain plaisir masochiste que l’on tend l’autre joue. Alain...

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Walking Papers – WP2

Walking Papers – WP2

La renommée de Walking Papers en France étant somme toute modérée malgré son casting luxueux, ce serait mentir que de dire que ce disque était plus qu’attendu. Il l’était, par moi en tout cas, tant sa sortie s’est faite désirer. Il y a quatre ans (déjà !), ce supergroupe de Seattle rassemblant Barrett Martin (Screaming Trees, Mad Season, Tuatara), Duff McKagan (Guns’nRoses), Jeff Angell et Ben Anderson (The Missionary Position) nous avait particulièrement séduit avec ses compos blues/grunge, beaucoup plus dans l’esprit 90s que dans les gros sabots Guns’N’Rosiens. Ouf ! Il révélait en outre Jeff Angell, chanteur au registre assez large et à la voix éraillée juste ce qu’il faut pour lui conférer un charisme certain. En 2018 donc, alors qu’on osait à peine l’espérer, Walking Papers revient et, dans un premier temps du moins, Walking Papers déçoit. Car le début d’album est un peu plan plan et peine à nous embarquer complètement : le riff de “My Luck Pushed Back” sent le réchauffé à plein nez, “Death On The Lips” est un single efficace à défaut d’être dévastateur… Mais n’enterrons point ces vieux ours avant de les avoir entendus. À y écouter de plus près, ce WP2 dispose tout de même de vrais bons moments (la superbe ballade, même si un brin cheesy, “Red And White”, la gonflée aux hormones “Somebody Else”). Mais, comme souvent, quand la sortie d’un disque est maintes fois repoussée, les attentes sont élevées et difficiles à combler. Le syndrome du “tout ça pour ça“. Si WP2 n’est certainement pas un mauvais disque, on regrette tout de même cet aspect un peu trop propret (“Yours Completely”) et un manque d’audace et d’imagination parfois criants (“Hard To Look Away” qui montre les muscles mais délaisse la finesse). Sur quelques ballades, Angell tire son épingle du jeu (“Don’t Owe Me Nothin'”) mais globalement la production gagne en épaisseur ce qu’elle fait perdre en spontanéité à l’album (“Before You Arrived” aussi puissant mélodiquement que lourdaud quand le synthé vient appuyer chaque parcelle du refrain) et la durée non négligeable du disque (plus d’une heure) se transforme vite en inconvénient. Auteur de quelques prestations mémorables en 2014, Walking Papers sera certainement à ne pas manquer s’il pointe le bout de son nez sur scène et on ne doute pas un instant que certains morceaux s’intégreront parfaitement dans la nouvelle setlist. D’ici là, on risque de se réécouter plus volontiers le premier album qui reste un cran au-dessus de ce successeur. JL   LIRE L’INTERVIEW DE WALKING PAPERS LIRE L’INTERVIEW DE BARRETT...

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