Dirty Deep – Tillandsia

Dirty Deep – Tillandsia

(Deaf Rock, 30 novembre 2018) Nous avions déjà pu constater le talent de Dirty Deep lors du festival de Binic quand il était venu défendre Back To The Roots, son premier album, il y a une dizaine d’années. A l’époque, le groupe n’était incarné que par Victor Sbrovazzo qui œuvrait en mode one man band. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et la tête pensante du groupe est désormais entourée d’un batteur et d’un bassiste, à l’heure de livrer son 4ème album sous le label strasbourgeois Deaf Rock Records. Dès la première écoute, ce blues du delta sent bon le bayou. Rien de révolutionnaire, certes, mais à la différence de Greta Van Fleet qui frôle la parodie de Led Zeppelin, le trio alsacien s’approprie cette musique et nous la fait partager avec inspiration et énergie, à la façon d’un Raconteurs français. Dès le premier morceau “Road Dawgs” on se lève, non pas pour se taper un yaourt, mais pour taper des mains avec eux sur ce gospel et chanter à leur côté avec notre plus belle chemise à carreaux sur les épaules. Les morceaux blues rock s’enchainent à merveille avec des riffs qui restent en tête (“Sunday Church”, “Shake It!”, “Hanging On A Oak Tree”, “Wild Animal”) et des ballades efficaces (“You’ve Got To Learn”, “By The River” et la très country “Last Call To Heaven”). Un retour aux sources qui s’achève par la bonus track bien nommée “Whiskey Song”. Entouré de sir Jim Jones en personne à la production, Dirty Deep nous livre un blues poisseux et ténébreux qui nous replonge avec bonheur dans les plus belles heures du blues du Delta. On aurait tort de s’en priver. Alain...

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Failure – In The Future Your Body Will Be The Furthest Thing From Your Mind

Failure – In The Future Your Body Will Be The Furthest Thing From Your Mind

(Failure Records, 16 novembre 2018) Il y en a toujours un pour foutre la merde. La fin d’année approche, mon top 25 est bien ficelé, je ne procède qu’à de petites retouches occasionnelles et là, y a celui du fond de la classe qu’on avait oublié et qui vient tout chambouler. Cette année, le fouteur de merde se nomme Failure mais on ne lui en veut pas trop. Car ce groupe injustement sous-estimé des 90s confirme son retour au tout premier plan après The Heart Is A Monster en 2015. Et s’il y a bien un gagnant dans l’affaire, c’est nous. Pourtant, Failure ne nous a pas pris par surprise puisqu’il a été présent toute l’année, en distillant quatre EP qui sont aujourd’hui regroupés en un album de plus d’une heure. Un album qui nous fait d’abord croire à un virage inattendu avec son ouverture post punk (“Dark Speed”, très réussi), où la basse prend les devants sur les guitares et Ken Andrews parle (rappe ?!) plus qu’il ne chante. Après cela, retour en terrain connu et distribution de tubes pour tout le monde. Et Failure n’a pas fait son crevard sur le dosage. C’est Noël après tout. Envolées mélodiques irrésistibles (“Found A Way”, “Heavy And Blind”, “What Makes It Easy”), riffs de plomb (“Distorted Fields”, “No One Left” avec sa basse “à la Shellac”), refrains qui emportent tout (“Pennies”, “Solar Eyes”), et souvent tout cela à la fois (on va arrêter de lister tout l’album). Andrews chante juste et superbement. Les poils se dressent volontiers. Les nuques s’agitent machinalement. Seules ombres au tableau, mais on a l’habitude avec Failure, les “Segue” (morceaux instrumentaux sans aucun intérêt qui viennent polluer inexplicablement chacun de leur album) et des mélodies qui semblent parfois un peu faciles, aux frontières du radiophonique (quand c’est trop irrésistible, ça nous parait tout de suite louche). Mais si Failure passait à la radio, le monde s’en porterait mieux. Non, Failure est et restera un groupe pour initiés. Des initiés bien contents d’être constamment gâtés par ces fouteurs de merde au grand cœur. Jonathan...

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Dilly Dally – Heaven

Dilly Dally – Heaven

(PTKF, 14 septembre 2018) Alors que leur premier album, qui a trois ans cette année, squatte encore régulièrement ma platine, Dilly Dally se décide à sortir un nouveau disque. Certes, on pouvait très bien se satisfaire du premier, mais quand un groupe dont on a aimé le travail sort de nouvelles choses, on a envie d’y jeter une oreille. Malheureusement, les ardeurs sont vites freinées par un visuel très moche fleurant bon les années 80 et un premier titre lent et déroutant “I Feel Free”. De quoi vraiment nous prendre à rebrousse poil. Le “Paradis”, ça ? Espérons tout de même que Dilly Dally n’est pas allé rejoindre les 172 groupes qui rendent hommage à la décennie maudite à coups de Post-Punk ou de Synthpop…Heureusement, à l’écoute de Heaven dans son intégralité, ce doute est vite levé : le son rappelle toujours beaucoup plus les années 90, et personnellement, je préfère. Reste que le tempo ralenti d'”I Feel Free” semble donner le ton de l’album. Et la voix de Katie Monks, sur ces morceaux moins agressifs, prend parfois des allures de miaulement plaintifs. De quoi franchement partir du mauvais pied avec ce nouveau disque.Au premier abord, donc, un son qui plait, mais des éléments qui déroutent et dérangent. On pourrait se contenter de ça pour laisser l’album au placard et se contenter d’écouter Sore. Sauf que ce serait bien dommage de s’arrêter à ça, et c’est là que va se jouer toute l’opinion sur ce disque : au fil des écoutes, l’ensemble se révèle beaucoup plus subtil que l’on croyait, laissant apparaitre une qualité de composition, une maitrise et une identité renforcée. La formule reste similaire, un chant rageur (car si les titres sont moins agressifs, la rage reste bien présente) porté par des guitares lancinantes et une session rythmique qui bourrine en arrière-plan, mais elle s’étoffe et on ne peut plus vraiment aligner les références pour décrire la musique du groupe. Dilly Dally a grandi et s’affirme, et c’est fabuleux à écouter.Au final, il aura fallu sacrifier les tubes immédiats (encore que “Pretty Cold” reste bien dans la tête) pour des titres plus subtils (“Marijuana”, “I Feel Free” qui se révèle avec le temps, “Sober Motel”…) et un groupe qui semble trouver sa propre voix. À suivre… (notamment le 1er février 2019 à l’Olympic Café)...

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Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

(4AD, 28 septembre 2018) Comme le disait Jacques Séguéla, éminent spécialiste du rock indépendant « si tu n’as pas tous les premiers albums des Pixies en CD, vinyle et MP3, t’as raté ta vie ». C’était un peu radical certes, mais on est au moins d’accord pour dire que t’as raté ta discothèque. Fort heureusement, Frank Black et 4AD n’étant pas les derniers à courir après les biftons, la discographie des Pixies (à laquelle nous avions consacré un colossal article il y a quelques temps) fait l’objet de rééditions tous les 5 ans environ. Cette fois, il s’agit des deux premiers faits d’armes des bostoniens qui sont à l’honneur : le premier EP, Come On Pilgrim, et le premier album Surfer Rosa, sorti il y a 30 ans. Pourquoi faudrait-il donc se ruer sur ces disques, s’interrogent les incultes ? On vous explique. Viens donc Pilgrim, tu sais qu’on t’aime et on va raconter un peu ce que t’as dans le bide. Des mélodies délicieuses (“Ed Is Dead”) mêlées à une furieuse énergie punk (les hispaniques hystériques “Vamos”, “Isla de Encanta”), des refrains éternels (“Caribouuuuuuuuuuuu”)… Come On Pilgrim c’est décousu, c’est foutraque, c’est énervé, ça se chantonne autant sous sa douche que ça se pogote dans son salon (“you are the son of a motherfuckeeeer“). “Levitate Me” boucle ces 20 premières minutes géniales avec ce grain de folie qui ne quittera plus le groupe (enfin si, il le quittera en même temps que Kim Deal). 8 titres, 20 minutes et un bon paquet de promesses. Pas grand chose à demander de plus et pourtant quelques mois plus tard, Pixies enfonçait le clou au marteau piqueur avec Surfer Rosa. A l’époque, tout le monde se cognait de “Where Is My Mind?” qui n’est qu’un (grand) morceau parmi d’autres. Il y a tout sur Surfer Rosa, une intro de disque merveilleuse avec déjà une pure ligne de basse de Kim Deal, une doublette Black/Deal au chant qui fait merveille, des cris de demeurés du gros aux envolées éthérées de la petite. Des riffs incontrôlés, une hystérie permanente (“Something Against You”, “Broken Face”), une maitrise confondante (“River Euphrates”), un “Cactus” bien piquant qui mettra tout le monde à genoux, Bowie compris (qui le reprendra respectueusement). Des lignes de basse que tu peux apprendre en trois minutes mais que t’aurais jamais pensé à composer. Plus c’est con, plus c’est bon. Fabuleux disque pop expédié façon punk. Des morceaux bourré d’idées géniales, saugrenues, ou les deux, qui en disent bien plus en deux minutes que beaucoup le font en cinq. Surfer Rosa c’est aussi l’une des plus grandes chansons jamais écrites par Kim Deal : “Gigantic”. La formule loudQUIETloud à son paroxysme. On prend tous notre...

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Neil Young – Songs For Judy

Neil Young – Songs For Judy

Il est des artistes qui vous accompagnent tel un compagnon de voyage sur les chemins sinueux de votre vie. On s’approprie alors leurs chansons pour mieux nous relever ou profiter de notre bonheur. Malgré ma découverte tardive de son œuvre, le loner en fait partie.   Depuis plusieurs années il a la bonne idée de replonger dans ses archives pour nous faire découvrir ses trésors cachés. Après avoir dévoilé Hitchhiker, son album solo acoustique enregistré à Malibu en août 1976 et jamais édité avant l’année dernière, il sort de sa hotte en cette fin d’année un album live enregistré en novembre 1976. Il est alors en tournée éclair américaine avec le Crazy Horse, 12 villes en 24 jours et, appliquant le bon vieux dicton “on n’est jamais mieux servi que par soi-même”, il réalise lui-même ses premières parties en se présentant seul en acoustique avant de faire vrombir les décibels électriques de son cheval fou.   Ces premières parties seront enregistrées sur cassettes par Cameron Crowe et le photographe Joel Bernstein qui ont compilé les 22 meilleurs morceaux. Ces versions, connues des fans du Loner, se retrouvaient sous le manteau sur des cassettes pirates depuis 40 ans. Il était temps de les remasteriser et de les rendre publiques afin de découvrir ou redécouvrir ces morceaux à l’état brut en version live.   C’est un Neil bavard qui ouvre ce concert. Il raconte avoir croisé quelques heures avant Judy Garland, en robe rouge, d’où le titre et la pochette du disque. On retrouve bien évidemment des classiques de ses albums solos qui, en versions acoustiques, arracheraient une larme à Poutine (“After The Gold Rush”, “Tell Me Why”, “Mellow My Mind” au banjo et une surprenante version orgue/piano de “A Main Needs a Maid”), mais aussi “Mr Soul” qu’il jouait avec les Buffalo Springfield.   Il n’oublie pas son engagement en clamant “Even Richard Nixon has got soul” sur le refrain de “Campaigner” ou dédicaçant au fraichement élu Jimmy Carter “Here We Are In The Years”. On retrouve aussi de la session Hitchikker, inconnue alors du public, “Human Highway” et la magique “Pocahontas”, reprise 20 ans plus tard par Johnny Cash dans ses sessions American avec Rick Rubin, ainsi qu’un inédit “No One Seems To Know”.   Pour ceux qui connaissent déjà la magie d’écouter les versions lives de notre canadien préféré, pas de grandes nouveautés mais toujours un plaisir d’entendre son timbre si spécifique et sa voix à l’imperfection si émouvante qu’elle en devient parfaite. Pour les néophytes, ils entendront la face live acoustique de Neil et apprendrons que Harvest n’est pas son unique chef-d’œuvre avant de découvrir un jour, je l’espère pour eux, la face électrique de ce Dr...

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The Beatles – The Beatles

The Beatles – The Beatles

Noël approche à grands pas et avec lui sa cohorte de rééditions, compilations, nouveaux packaging en tous genres pour nous faire cracher une fois de plus au bassinet. Et dans ce grand déballage mercantile, une perle, un pur chef d’œuvre des sixties élaboré par LE PLUS GRAND GROUPE POP de l’histoire de la musique contemporaine. Pas besoin de le citer, vous l’avez deviné il s’agit bien entendu des Beatles et la réédition qui fracasse tout est celle de The Beatles ou White Album ou Double Blanc chez nous les Frenchies. Pour ses 50 ans, le disque s’est offert un toilettage de première classe. Mené par Giles Martin, fils du producteur historique des Beatles, Georges Martin, décédé il y a quelques années. Et en cette période propice aux cadeaux, la nouvelle livraison de ce très fameux album blanc est quasi simultanée avec le concert donné par Sir Paul McCartney à Paris, dans le cadre de la tournée « Freshen Up », rafraichissante et nostalgique prestation d’un jeune homme de 76 ans entouré de fines lames. Mais j’y reviendrai plus tard. Concentrons-nous plutôt sur The Beatles. Ce disque donc, que contient-il ? Vous le trouverez dans de multiples versions incluant DVD, inédits, chutes de studio, version acoustiques, indispensables ou superfétatoires, c’est selon et votre point de vue sur les bonus est bien entendu subjectif et très personnel. Mais THE record itself, ce génial fourre-tout dans lequel on retrouve des chansons écrites par Lennon/Macca bien sûr, mais aussi quelques merveilles de Georges Harrison (“While My Guitar Gently Weeps”), et l’unique (et pas inoubliable) composition de Ringo « Don’t Pass Me By », il est comment vous demandez-vous. Et bien loin d’être une vulgaire compilation des chansons de chacun, comme cela est colporté depuis un demi-siècle, il s’agit d’un feu d’artifice, dont certaines fusées sont sidérantes de modernité. Le travail au niveau du son qui a été fait ici contribue à sa modernité farouche. Les guitares fusent, la basse claque, les cymbales frissonnent et nous avec. Et les voix ! Chant soit apaisé, murmuré ou rugissement de fauve, renforcé par les chœurs des trois autres. C’est juste hallucinant. On ne l’a peut-être pas assez dit, alors je l’écris ! Aujourd’hui les Beatles font partie du patrimoine de l’humanité et ont écrit un paquet de chansons gigantesques. On y va. Décryptage d’un patchwork de trente titres écrits durant leur séjour en Inde. Début de la fête avec l’atterrissage d’un Boeing (à l’époque Airbus n’existe pas encore…). Moteurs hurlants relayés par la batterie épileptique de Ringo, les guitares en fête et le piano bastringue martelé par Paul. Vous avez reconnu « Back In The USSR », mélodie démente, chant et harmonies vocales à tomber. 2’44 de bonheur, et l’avion se pose pour laisser John déclamer « Dear...

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Pearl Jam – Vs.

Pearl Jam – Vs.

Vous vous souvenez de la dépouille que vous aviez il y a 25 ans ? Bien sûr que vous vous en souvenez, on vous ressort souvent les photos devant votre mine déconfite et vous les planquez dès que possible, en espérant que plus personne ne remette la main dessus. Et le Billboard 200 (albums les plus vendus) il y a 25 ans, vous vous souvenez de la gueule qu’il avait ? On y trouvait en vrac (et, entre quelques merdes quand même, faut pas déconner) : Black Sunday de Cypress Hill, In Utero de Nirvana, Doggystyle de Snoop Dogg, Songs Of Faith And Devotion de Depeche Mode… et Vs. de Pearl Jam. Ne regardez pas le classement 2018, vous allez chialer. Une autre époque, clairement. En 1993 donc, Pearl Jam est au sommet de sa popularité mais pas au mieux dans les têtes. Comme Nirvana, le groupe inonde les ondes, est érigé en « nouvelles stars du rock », « dieux du grunge », Eddie Vedder en « voix d’une génération » et tout un tas de conneries difficiles à assumer quand on est jeunes immatures et qu’on a juste envie de faire de la musique avec ses potes (avec un peu d’ambition certes, on va y revenir). Blindé de tubes à entonner point levé, Ten les plaçait toutefois dans une bien inconfortable position. Ultra populaire auprès des kids, Pearl Jam était également raillé par une partie de la presse et des pontes de l’alternatif, Kurt Cobain en tête, qui leur chiait dessus dans les médias dès qu’il en avait l’occasion. Il est vrai que, tout réussi qu’il est, Ten s’appuyait sur une production bien clinquante et puisait davantage son inspiration dans le classic rock et le hard (FM diront les plus haineux) que le punk, chéris par Nirvana et Mudhoney. Un style de musique destiné à leur ouvrir les portes vers les plus grands stades au lieu des caves miteuses de Seattle. Pearl Jam est ambitieux et ne s’en cache pas. Des orientations qui auront d’ailleurs causé le split de Green River ; Gossard et Ament (futurs Pearl Jammeux) souhaitant devenir les nouveaux Jane’s Addiction, alors que Steve Turner et Mark Arm (futurs Mudhoniens) étaient entièrement dévolus à la cause punk. Une séparation, qu’aujourd’hui personne ne regrette, vu la suite de l’histoire… Eddie Vedder, n’en déplaise aux haters, est le plus punk de la bande. Il voue un culte aux Ramones, Dead Boys, Dead Moon et compagnie. Vivre à la fraiche, planche de surf sous le bras, le fait bien plus rêver que nager dans les biftons entouré de groupies en chaleur. Il digère ainsi très mal sa surexposition soudaine, et sombre dans la parano. Pearl Jam décide de couper les ponts avec la...

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Trainfantome – Mature Immature

Trainfantome – Mature Immature

Voilà un artiste qui ne rebrousse pas chemin devant le premier obstacle venu. Tout seul chez lui, comme un grand, Olivier Le Tohic aka Trainfantome, a décidé de faire un disque. Sans tergiverser plus que de raison, il a appuyé sur REC et enregistré ce qu’il avait dans les tripes. Bon, n’enjolivons pas trop le tableau non plus, le nantais s’est tout de même appuyé sur son entourage pour que son disque ne ressemble pas (trop) à un ensemble de démos sans prétention bricolées dans sa chambre. Pas moins de 9 batteurs se sont ainsi succédés derrière les fûts (en vrac, on trouve des gars de Bantam Lyons, TOTORRO, The Missing Season…) et 5 bassistes lui ont également prêté main forte. Et on peut dire que le bonhomme s’est bien démerdé tant les 10 morceaux qui composent ce Mature Immature conservent une certaine homogénéité dans le désordre, un certain agencement dans la créativité débridée. Au fond, ce n’est pas très surprenant que Trainfantome ait tapé dans l’oreille du (très recommandable) label parisien Influenza Records (Wonderflu, Tennis Bafra, Polarbird, Pile, T-Shirt…), eux qui ne sont pas du genre non plus à attendre qu’on leur présente un projet tout cuit dans les pattes pour le mener à bien. Chez Influenza, le DIY on connait et on maitrise. Le son 90s, dont Trainfantome est fortement imprégné, on en raffole. Il n’est pas impossible non plus que le label ait fait le rapprochement avec l’un de ses éminents poulains, Pile (from Boston, Massachusets), dont le chant grave et lancinant est parfois assez similaire (parallèle saisissant sur l’impeccable « Ghost » en ouverture, notamment). Pour le reste, Trainfantome propose un rock tendu tendance grungy (« One Trick Pony », « Frisbee ») et dispose en stock de quelques chouettes mélodies à chérir en ces rudes soirées hivernales (« David After Dentist » ou « Dictatorship Of Fun » et son intro très slowdivienne). Un synthé malicieux vient parfois même s’immiscer sans qu’on ne trouve rien à y redire (« Sad Dance », « PluieVent »), et ce n’était pas forcément gagné (allez avouons, on est plus mitigé sur « Champ-pain »). Impossible d’achever le tour du propriétaire sans citer « Terror 404 » qui, dans le registre du bon vieux tube indie qui n’en a pas l’air, s’impose rapidement comme un incontournable (toujours avec ce petit synthé vintage bien senti que n’aurait pas renié Grandaddy). Alors forcément, à l’heure du bilan, on se réjouit que le gars qu’on appelle Trainfantome ne soit pas resté cloîtré dans sa chambre à ruminer ses chansons et on espère qu’il sera épaulé d’acolytes réguliers sur son prochain disque. Mais s’il s’entoure uniquement de collaborateurs occasionnels comme ici, ça nous va aussi. La méthode a l’air efficace. Jonathan Lopez La release party de l’album aura lieu aujourd’hui,...

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Thalia Zedek Band – Fighting Season

Thalia Zedek Band – Fighting Season

Cela se confirme de papier en papier, Exit Musik nourrit une affection particulière pour l’ensemble des nombreuses itérations de Thalia Zedek (Uzi, Live Skull, Come, A band called E, ses collaborations avec Damon & Naomi, etc.). Et ce n’est pas encore cette fois que la cote de popularité de l’artiste américaine s’amenuisera, tant sa dernière livraison témoigne d’une maîtrise toujours plus accrue et d’une curiosité renouvelée. Car ce nouvel effort sous le nom de Thalia Zedek Band est, à la fois, terriblement familier et contient aussi son vrai lot de surprises. Pour toute oreille sculptée à l’ADN du rock nineties, rentrer dans l’univers de ce disque, procure un plaisir évident. Dès l’entame, nous évoluons en terrain connu, bien aidé par la présence d’un certain J Mascis (Dinosaur Jr) pour un solo de guitare final dont il a le secret, l’envol impeccable d’un morceau qui ne l’est pas moins : « Bend Again ». Tout au long du disque, Thalia et ses collaborateurs (dont l’éternel frère d’armes Chris Brokaw) alterneront « ritournelles » calmes et mélancoliques, avec des morceaux frondeurs et scandés. L’art de souffler le chaud et le froid fonctionne également au sein d’un même morceau, comme c’est le cas dans « Ladder » et ses montées progressives, l’un des sommets de Fighting Season. Jusqu’ici, point de surprise, Thalia Zedek confirme sa superbe et nous convie à un véritable festin musical. Là où l’on en devient encore plus admiratif, c’est lorsque derrière le jeu inspiré et la voix souveraine, de sublimes arrangements pointent le bout de leur nez, tout en notes de piano gracieuses et subtils phrasés de violoncelle, conviant tout un pan de l’americana au banquet. Mêler l’infime à l’infini, l’intime à l’universel, voilà une mission que Thalia s’impose depuis ses débuts. Chanter les peurs et blessures personnelles, la tristesse envahissante du quotidien et la combattre coûte que coûte pour arriver à se (re)construire soi-même. Cette lutte intestine résonne avec un engagement fort et renouvelé envers les problèmes de ce monde, le titre même de l’album faisant référence à la période printanière de reprise des combats en Afghanistan. Cet engagement, qu’il soit personnel ou global, passe avant tout par une résistance aux coups, aux épreuves, l’envie de faire front ensemble à l’obscurantisme généralisé. Autant d’idées qui irisent le disque de bout en bout et donnent une chair indéniable à la chanson-titre « Fighting Season », à la perle « War Not Won » ou encore au très Low « Tower », morceau qui conclut magnifiquement l’ouvrage. Les belles mélodies écorchées, les tressages de guitare incisifs, la voix lancinante voguant allègrement entre puissance et fragilité, « Fighting Season » possède quelque chose d’unique qui joue autant sur l’affect que le cognitif. L’ensemble des morceaux semble comme imprégné de la sève de plusieurs décennies d’indie rock...

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Atmosphere – Mi Vida Local

Atmosphere – Mi Vida Local

Il est cool. Aucun doute, là-dessus. Slug est cool. Avec Atmosphere, il empile les albums remarquables et dégaine de la punchline qui tue en toute décontraction (“you can kiss my ass until your lips are blue“, boom !). Et devinez par quoi il finit son plaidoyer ? “I’m cool!“. Forcément. Ce “Jerome” coolissime ouvre donc brillamment un disque qui captive d’emblée en collectionnant les tubes. Les instrus de Ant, ultra variées comme toujours, y sont pour beaucoup. Quelques secondes pour marquer les esprits et garder ces putains de boucles en tête. C’est assez rare pour être souligné (même si assez fréquent avec eux), Atmosphere réussit ici l’exploit de proposer une très large gamme d’ambiances tout en demeurant cohérent de bout en bout. De “Stopwatch” terriblement entrainante (“If you don’t stop then you won’t get caught“) à “Virgo” qui nous fout la larme à l’oeil dans un folk/rap à la Everlast, sans oublier les synthés bidouillés de “Mijo” ou “Earring” dont le sample vocal paraitrait presque emprunté à Jedi Mind Tricks… On est fréquemment surpris et presque constamment séduit. Atmosphere confirme ici son statut un peu à part dans le rap game, avec des influences qui ratissent large et un format qui s’affranchit quelque peu du cd de rap classique : 12 morceaux “seulement”, aucune interlude, juste une petite outro. On est loin des 21 titres (et 7 interludes !!) du dernier Cypress Hill… Plus posé que loco, Slug nous conte sa Vida LocaL. Atmosphere ne fait dans le rap dur et sombre, ce n’est pas vraiment sa came mais Slug ne fait pas non plus que se la jouer “slacker du rap” (je crois qu’on a dit qu’il était cool, hein ?). Comme toujours avec lui, sous ses apparences décontractées, l’émotion n’est jamais loin, la mélancolie omniprésente. S’il baisse un peu de pied après une entame extrêmement convaincante (“Anymore” ou “Randy Mosh”, bof), ce neuvième album d’Atmosphere n’en demeure pas moins des plus recommandables. Si vous trouvez des rappeurs plus cool que ces gars-là, n’hésitez pas à nous le faire savoir. Ça fait longtemps qu’on cherche et a priori ça ne court pas les rues. Jonathan...

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