Tchewsky & Wood – Live Bullet Song

Tchewsky & Wood – Live Bullet Song

(Poch Records, 26 avril 2019) DE LA PER-SO-NNA-LI-TÉ. N’est-ce pas ce que les détecteurs de talent recherchent avant tout dans leurs infâmes télé-crochets pour pouvoir ensuite faire rentrer les ronds avec des pseudo artistes interchangeables chantant des bouses formatées à mort ? Souvent, cette “personnalité” se résume à une coupe improbable, un prénom qui n’existe pas ou un style vestimentaire d’un autre temps. Avec Tchewsky & Wood, on ne sait même pas à quoi ressemblent les membres du groupe mais on sait déjà qu’on a affaire à un groupe peu commun. Pourtant il n’y a pas besoin de chercher bien loin pour trouver leurs influences, leur son naviguant entre post punk, électro et new wave (tendance cold). Et là, vous vous dites “c’est vrai qu’un groupe qui fait du post punk ou assimilés aujourd’hui, c’est d’une originalité folle”… Mais la vraie singularité de Tchewsky & Wood (la PER-SO-NNA-LI-TÉ) c’est cette voix, celle de Marina Keltchewsky (la “Tchewsky” du groupe donc, “Wood” étant le beatmaker Gaël Desbois, ne nous demandez pas pourquoi). Une voix grave (non, pas à la Ian Curtis ou Peter Murphy) qui emporte tout sur son passage, une voix parfois très sensuelle qui sait se faire ensorcelante (“I Have You”, “Four-Finger Ballerina”). Si le groupe excelle dans un registre pop délicat, il se mue parfois en implacable machine à danser sans jamais verser dans le kitsch (“Lion (In A Violet Zoo)”, “Love, She Said” issus de leur premier EP déjà riche en promesses). Pour couronner le tout, Marina jongle entre l’anglais, le francais et le russe avec une classe indéniable (l’imposante et corrosive “Burning Water” qui enflammerait d’un coup d’un seul n’importe quelle étendue d’eau). Maintenant on sait traduire le mot “tube” en trois langues (pour votre gouverne, des tubes, des hits ou des хит). On guettera de près la suite de la carrière de ce trio rennais bourré de PER-SO-NNA-LI-TÉ et au talent de composition indéniable. Ce Live Bullet Song explosif se révèle d’une précision diabolique. Une véritable bullet in the head. Jonathan...

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Camilla Sparksss – Brutal

Camilla Sparksss – Brutal

(On The Camper, 5 avril 2019) Peter Kernel n’est pas ce qu’on pourrait appeler un groupe prévisible. Vraiment pas. Malgré des comparaisons insistantes (et encombrantes) avec Sonic Youth (surtout au début de leur carrière), le groupe excelle dans la remise en question et l’effet de surprise permanent grâce aux personnalités bien marquées de ses deux têtes pensantes : Barbara Lehnoff et Aris Bassetti. Beaucoup se contenteraient donc de cela mais visiblement cela ne suffit pas à Barbara. Barbara se doit de satisfaire sa créativité bouillonnante. Pour cela, elle enfile parfois son costume de Camilla Sparksss et s’éclate. Brutal est le deuxième album de Camilla/Barbara (même si Aris y a grandement contribué). Brutal il l’est, indéniablement. Mais sans oublier d’être subtil, heureusement. L’intro (“Forget”) est contemplative et intrigante, perturbée par d’étranges sons électro venus brouiller les pistes. Les interrogations affluent, on est encore au round d’observation. Et puis, nous voilà largués en plein Orient, et sacrément désorientés (“Are You OK?”). L’Orient ou l’Afrique d’ailleurs ? Les darboukas sèment le trouble. Peu importe, nous voilà au milieu d’une foule en liesse, dansant et oubliant le reste. C’est aussi ça qui lui plait à Camilla, nous laisser errer le regard perdu, ne sachant bien si ce sont nos neurones qui sont sollicités (la rêveuse “Messing With You”, l’étrange “She’s A Dream” qui évoque parfois une BO de film noir) ou nos jambes qui doivent s’agiter (aucun doute sur la très dancefloor “So What”, sa basse intenable et sa punchline “I died once, i can die twice“). Dès lors qu’on cesse de se poser des questions, qu’on se laisse aller sans calcul à cette musique finalement bien plus primitive qu’elle peut en avoir l’air, l’écoute devient jubilatoire et addictive (le single “Womanized”, sacrément captivant). Si on se sent un peu moins concernés par la deuxième partie du disque, à mesure que l’aspect noisy de Camilla Sparksss reprend le dessus sur les mélodies (la rude “Walt Deathney” qui ne nous ménage guère), cet amoncellement de morceaux bigarrés parvient à faire étonnamment sens. Le charisme vocal de Barbara s’occupe du reste et nos tripes sont bien remuées sur la puissante “Sorry”, conclusion de l’album où les derniers mots sont scandés avec une intensité qui va crescendo… Rideau. Une fin brutale. Et un peu triste aussi car vite arrivée alors qu’on s’amusait bien. Camilla, Barbara, Aris, Peter… Revenez quand vous voulez ! Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE PETER KERNEL – THRILL...

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Pamplemousse – High Strung

Pamplemousse – High Strung

(A Tant Rêver Du Roi, 19 avril 2019) Ne pas tergiverser, foncer dans le tas. Telle pourrait être la devise de Pamplemousse. On serait tentés de ricaner à la simple évocation de leur nom, mais on est calmés d’emblée par “High Strung”, déferlante noisy punk monstrueuse d’efficacité, jouée couteau entre les dents. Plus personne ne moufte alors. Pour collecter tout son jus (premier et dernier jeu de mots douteux), Pamplemousse est passé entre les mains de Peter Deimel, expert ès administrations de torgnoles qui a prodigué ses services à des poètes comme Shellac, Chokebore, Cows ou We Insist!, plus près de chez nous. En résulte un album particulièrement massif et généreux en dissonances jouissives. On ne peut décemment pas rester de marbre face à ces réunionnais qui prennent parfois l’accent de Chicago ou Washington (“Space Out” et son break Fugazien, dont la basse nous fait boire le calice jusqu’à Lally). Fabuleux exutoire, “Losing Control” porte remarquablement son nom. Le chanteur aime bien nous gueuler dessus et le fait avec un certain aplomb, quand il n’évolue pas aux confins de l’hystérie (“Porcelain” où l’assaut des guitares est tel qu’on comprend aisément qu’il puisse y perdre son latin). Les amplis en chient, les guitares sont au supplice, les fûts martelés jusqu’à plus soif, mais cela ne nous prive pas de subtilités (la basse bluesy vicelarde de “Heebie Jeebies” où des records de vitesse sont pourtant battus, “Back In LA” qui nous amadoue habilement avec son intro sur la retenue… seuls les plus naïfs n’auront pas vu venir la dérouillée qui suit). High Strung constitue un formidable cocktail de rage et puissance, comme on l’affectionne du côté de Metz (les canadiens, pas les lorrains). Du bruit, beaucoup de bruit mais jamais pour rien puisque les mélodies ne manquent pas à l’appel, pêché parfois pas si mignon de ces mêmes canadiens. Une fois les 33 minutes défilées vitesse grand v, nous voilà cul par terre, langue pendue et yeux hébétés. On dit alors 33 et on quémande la prochaine raclée. Jonathan Lopez Chronique à retrouver également dans New Noise #48...

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FACS – Lifelike

FACS – Lifelike

(Trouble In Mind, 29 mars 2019) Décidément entre le nouvel album (très bon mais très sombre) de Psychotic Monks et celui de Facs (qui fait suite au très bon mais très sombre premier album Negative Houses), on ne se fend pas vraiment la poire en écoutant des disques en ce moment. C’est pas le but non plus me direz-vous, d’autant que généralement “disques où on se fend la poire” rime avec “merde en barre”. Pour ceux qui auraient manqué l’épisode précédent, FACS est le nouveau projet de Brian Case et Noah Leger, anciens membres de Disappears (accompagnés de Alianna Kalaba à la basse), un groupe dont on pleurait à chaudes larmes la disparition et qui nous est réapparu sous une autre forme. Lifelike ne se sera guère fait attendre, un an seulement après son prédécesseur et opérant dans une parfaite continuité. On n’osera pas parler d’EP pour ce disque car les 6 titres qui le composent s’étendent sur près de 30 minutes. 30 minutes d’un rock fiévreux et intimidant, sans le moindre compromis où se côtoient gaiement chant habité et angoissant, guitares grinçantes et basses caverneuses. On rase les murs mais on se souvient qu’il n’y a rien à craindre avec ces gars-là, si ce n’est se faire happer par des mélodies pernicieuses, et elles sont encore là, jaillissant des ténèbres (“Another Country”, “In Time”, “XUXA”). Ceux en quête d’une utopique éclaircie attendront le déluge et encaisseront plutôt en guise de représailles une “Loom State” glaciale d’une lenteur effroyable. Moins rébarbative, “Total History” conclut l’expérience (c’est toujours une expérience d’écouter FACS ou Disappears) en s’enfonçant peu à peu dans un inexorable crescendo noisy, procurant à ceux qui ont les nerfs solides un certain goût de l’apocalypse. Noir c’est noir, mais l’espoir est bien là. L’espoir que l’aventure FACS se révèle aussi passionnante que celle de Disappears. Il reste du chemin à parcourir mais ça démarre bien. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE DISAPPEARS –...

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The Brian Jonestown Massacre – The Brian Jonestown Massacre

The Brian Jonestown Massacre – The Brian Jonestown Massacre

(A Records, 15 mars 2019) De nos jours, il n’est pas toujours facile de suivre le rythme des sorties. Et encore moins celles d’un groupe aussi prolifique que le Brian Jonestown Massacre. Et pourtant, on devrait parce qu’à chaque fois qu’on jette une oreille à un nouveau BJM “histoire de”, on repart avec des mélodies plein la tête. Le BJM nouveau, 18e du nom mais sans nom, on l’a écouté et, comme souvent, on a bien fait. Après diverses collaborations (The Limiñanas, Tess Parks), une BO imaginaire (Musique de Film Imaginé), et quelques mois seulement après Something New, Anton Newcombe revient déjà avec sa suite logique qui, à défaut de something new est something very good. Le leader historique du groupe est en terrain connu, celui qu’il a labouré lui-même, qu’il connait comme sa poche et qui l’a imposé comme l’un des fers de lance du revival psyché (bien avant que ce genre de groupes pullulent, avec plus ou moins de bonheur, pour nous pauvres auditeurs). Ainsi, des morceaux comme “Drained” ou “Cannot Be Saved” rappellent instantanément qui est le patron, et pourquoi il l’est. Le chant lointain, la parfaite ritournelle acoustique innocente, finalement bouffée tout cru par des bourrasques électriques. On est bien, 50 ans en arrière, on se verrait bien changer le monde mais on reprend un champi hallucinogène d’abord. Pour continuer à voir flotter les guitares dans les airs. Y a des priorités. Enlevé d’un bout à l’autre, efficace de part en part, le principal défaut de ce disque est bien souvent considéré comme une qualité : il est très homogène. Dans sa grande clémence, le BJM nous a réservé quelques (petites) surprises pour nous empêcher de hurler à la redite (l’orgue qui déboule sur les bluesy “Too Sad To Tell You” et “Remember Me This”, les murmures en français de Rike Bienert sur l’excellente “Tombes Oubliées”, la touchante “We Never Had A Chance”, le jam instrumental de “My Mind Is Filled With Stuff”). On préfère donc voir le verre aux trois quarts plein : pas de dépaysement en vue mais un sourire arboré constamment par nos visages ahuris, comme aux débuts du groupe, il y a 30 ans. Quand on était jeunes et insouciants. Certains ont du mal à passer le cap du deuxième album, celui de la confirmation. Cela fait une bonne dizaine de fois que Le Brian Jonestown Massacre confirme. On peut commencer à parler d’un groupe fiable. Jonathan...

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The Psychotic Monks – Private Meaning First

The Psychotic Monks – Private Meaning First

(Vicious Circle, 29 mars 2019) Mais qui sont ces moines psychotiques dont vous n’aviez jamais entendu parler il y a à peine un an et dont le nom circule depuis dans tous vos médias alternatifs préférés ? Déjà, ils sont chez Vicious Circle qui compte en ses rangs beaucoup de vos artistes préférés (Troy Von Balthazar, Shannon Wright, It It Anita, Lysistrata…). Ensuite, ils ont fait grand bruit lors de leurs passages à Rock En Seine et aux Transmusicales l’an dernier. Et pour m’être rendu à Rock En Seine qui avait oublié de programmer du rock l’an dernier, croyez-moi ça faisait du bien. Il n’est pas toujours évident de découvrir un groupe sur scène mais dans ce cas précis, rares sont ceux qui sont restés de marbre. Puissance, présence scénique, intensité, interprétations fiévreuses, ces vieux briscards d’une vingtaine d’années connaissent leur affaire. A l’inverse de leurs concerts qui vous percutent de plein fouet, vous font vivre une expérience frontale chargée d’électricité, il n’est pas chose aisée de s’imprégner de Private Meaning First. Un disque divisé en deux chapitres, pas de quoi effrayer de prime abord mais ça vous donne quand même une petite idée de l’ambition de la bête. Dire qu’il nécessite bon nombre d’écoutes semble être le moindre des avertissements. Les Psychotic Monks aiment la complexité et leur deuxième album ne s’offre certainement pas aux premiers venus. En lançant l’écoute la première fois, vous aurez un peu le sentiment de vous retrouver au pied d’une immense pyramide, persuadé qu’elle recèle bien des trésors, mais bien incapable d’en trouver l’entrée. Bref, vous tournerez en rond avec l’air con. Et frustré. Et puis, à force de guetter la moindre ouverture, vous apercevrez une brèche bien planquée et vous y engouffrerez. Pour n’en ressortir que bien plus tard, après une visite approfondie. Le premier chapitre s’ouvre sur l’intrigante “(Every Word Has To Be Told) Pale Dream”. Atmosphère pesante, mots murmurés, dérouillée à venir. Et puis c’est l’heure d’en prendre plein la gueule, plein les dents avec l’imposante et perchée “Isolation” qui renvoie aux géniaux Disappears. Les guitares sont sèches comme des coups de trique, la rythmique martelée, la menace à peine voilée. Entre psychédélisme sombre et mastodonte sans pitié. Plus incisive et moins sournoise, “A Coherent Appearance” dégaine des riffs sauvages qui finiront par se mettre en retrait progressivement pour mieux laisser libre cours au BRUIT, à l’INCERTITUDE, à LA FOLIE. Ces moines-là ne vous prendront jamais la main pour vous guider en toute tranquillité là où vous êtes bien, ils préfèrent vous larguer en plein chaos. “Minor Division”, pièce majeure du disque, qui ferait passer Joy Division pour un groupe de zouk, s’achève ainsi dans la plus grande confusion et...

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Troy Von Balthazar – It Ends Like Crazy

Troy Von Balthazar – It Ends Like Crazy

(Vicious Circle, 29 mars 2019) Après avoir connu la frénésie des grandes villes (Los Angeles, Berlin) et du sud de la France, Troy Von Balthazar s’est reclus dernièrement dans un coin paumé du fin fond de l’Europe pour retrouver la quiétude. Un cadre qui, au vu de son caractère très réservé et de ses compositions, semble coller on ne peut mieux avec le personnage. Car depuis qu’il a débranché sa guitare et cessé de faire du bruit avec Chokebore (au grand dam des gens de goût), TvB nous offre à intervalles réguliers des œuvres éminemment personnelles et profondément touchantes (pour le plus grand bonheur des gens de goût). It Ends Like Crazy ne déroge pas à la règle. Enfin, pas tout à fait. Admettons-le d’emblée, ce nouvel album ne semble pas avoir la puissance émotionnelle de ses prédécesseurs. La raison est aussi simple que terriblement frustrante : il en a trop mis. Sur Knights Of Something, Troy s’était dégoté un ancêtre enregistreur, le Tascam 388, et il faisait joujou avec des synthés désuets. Ici, il a poussé le délire un peu plus loin encore. Un peu trop loin à notre goût. L’épure est souvent son meilleur allié et sur ce disque, si les moyens semblent comme d’habitude dérisoires, si le tout sonne très lo-fi, certains morceaux sont un peu trop chargés, pour ne pas dire pompeux (“Love Me Don’t”, “Lullaby For Psycho” ou “Hell”, noyés sous les effets et les nappes synthétiques). TvB met pourtant toujours autant de cœur dans ses chansons et sa voix constamment sur un fil fait mouche. Comme si elle pouvait céder d’un instant à l’autre, comme si son monde menaçait à tout moment de s’écrouler. Mais obnubilé par sa quête de nouvelles sonorités, son désir d’enrober le tout joliment, il en aurait presque oublié qu’il sait jouer de la guitare (et plutôt très bien). Nous on s’en souvient, et cela nous manque un peu parfois. Ainsi, quand il nous offre de menus arpèges (“Impale”) ou quand il se contente d’une mélodie sobre et raffinée (“Big Fat Tear”, “I Put Out”, “Filthy Days”), on retrouve notre Troy adoré, celui à qui il suffit d’un rien pour nous briser le cœur. Celui qui se fait malheureusement un peu trop rare sur cet album. On n’osera rien reprocher à cet artiste qui fait ici tout lui-même, persiste à fuir la modernité comme la peste et demeure d’une sincérité sans faille. Et maintenant qu’il a sorti autant d’albums solos que de disques de Chokebore (cinq), il est plus que jamais légitime à mener sa barque comme il l’entend. On espère juste qu’il reviendra bientôt à plus de minimalisme ou renouera avec ses bonnes vieilles guitares d’antan (comme dans...

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High Tone – Time Has Come

High Tone – Time Has Come

(Jarring Effects, 1er mars 2019) Il y a comme un air de déjà-vu qui flotte sur cette année 2019, et ce n’est pas pour nous déplaire. Zenzile entame une grosse tournée Dub Unlimited parfois accompagné de Brain Damage, High Tone dégaine un nouvel album et va enquiller derrière avec une tournée massive également. Alors rien n’a changé 20 ans après ? Si, et pas qu’un peu. Si les fers de lance du mouvement français sont toujours là et bien fringants, autour d’eux l’émulation est bien moindre qu’à l’âge d’or du début des années 2000. Et si Zenzile, après avoir tenté moult expérimentations, a opéré à un retour aux bases réussi, High Tone continue de lancer des missiles à tête chercheuses dans toutes les directions. On peut se demander si Time Has Come n’annonce pas le début d’une nouvelle ère pour High Tone, si le temps ne serait pas venu pour les lyonnais de s’affranchir une fois pour toutes de l’étiquette dub qui leur colle aux basques depuis le début de leur carrière. S’ils n’en sont pas à leur premier écart loin s’en faut, les gars de High Tone ont ici coupé le cordon pour de bon sur des morceaux comme “Earth Breath” qu’on classera plus volontiers dans l’électro atmosphérique, bien plus proche d’un Jon Hopkins que d’un King Tubby. Véritable réussite, ce “Earth Breath” constitue une nécessaire bouffée d’air frais, au milieu de titres plus étouffants comme “Babylon Empire” qui verse dans la techno pure et dure un peu balourde. En ces temps de deuil pour les amateurs de Prodigy (RIP Keith), on se réjouit en revanche d’un “Conspiracy” qui convoque l’extravagance et la radicalité de ces derniers… sans négliger pour autant les infrabasses, les samples dubwise et les skanks qui vont bien. Du dub, en veux-tu ? En vlà du digital, classique et efficace (“Walk For The Future”). Le reggae n’est pas balayé non plus d’un revers de beat, les vibes de “Real Good Society” sont là pour le rappeler, même encerclées de bizarreries technoïdes. Toujours tourné vers le futur, constamment tiraillé entre les genres, High Tone jette toutefois quelques coups d’œil furtifs dans le rétro en renouant avec les ambiances orientales qui lui sont chères (“Ritual Of Death”), en invitant la chinoise Yehaiyahan au chant (après avoir collaboré par le passé avec Wang Lei) le temps d’un excellent single où retentissent ses bonnes vieilles sirènes de sound system (“Oh Why”). Vous serez donc surpris, mais pas totalement perdus non plus. S’il n’a pas la stature des classiques du groupe, Time Has Come permet de revérifier quelques points essentiels : l’envie de surprendre est toujours là et l’inspiration ne fait pas défaut. Rendez-vous dans 20 ans ? Jonathan...

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Sleaford Mods – Eton Alive

Sleaford Mods – Eton Alive

(Extreme Eating, 22 février 2019) Les Sleaford Mods ont un problème : ils sont trop bons. Trop bons dans leur registre qu’ils ont plus ou moins inventé. Tellement efficaces qu’ils déroulent à la perfection depuis des années leur hip hopost punk avec l’impression de ne pas trop se fouler, sans perdre une once d’efficacité mais sans provoquer à nouveau la même étincelle qu’à leurs débuts. On n’a jamais cessé de remuer la tête à l’écoute de n’importe lequel de leurs morceaux mais on avait cessé de guetter la moindre de leurs sorties avec excitation. Il fallait donc que ça change, et c’est chose faite. Le premier symbole de ce changement n’est pas anodin, Sleaford Mods a décidé de grandir encore un peu plus en créant son propre label, Extreme Eating Records, pour mieux voler de ses propres ailes. Adieu Rough Trade, bonjour la liberté ! Pour ce qui est du contenu de Eton Alive, que les grands inquiets se rassurent, les repères sont toujours là. Le monde ne va pas mieux, le Brexit se rapproche, Jason a toujours la rage et il demeure l’actuelle meilleure voix des sans-voix (« of course we are fucking relevant! » clame-t-il). Son flow est toujours aussi percutant, tout le monde en prend plein la gueule (y compris les groupes indie rock à la mode « We ain’t shoeshine boys for fakers. Bingo punks with Rickenbackers » ou même… Graham Coxon qui « looks like a left-wing Boris Johnson ») et sa plume vise toujours les mêmes cibles (consumérisme, médias, injustice sociale…) avec un savant mélange d’exaspération et d’ironie mordante. Mais Jason chante aussi, de plus en plus et de mieux en mieux (“Policy Cream”, “When You Come Up To Me”, “Firewall” ou même sur le refrain de la furieuse “Kebab Spider”). Et le bonhomme est si entrainant qu’il est difficile de ne pas se mettre à chanter à ses côtés. Quant au son, il y a du nouveau aussi, si le minimalisme est toujours de mise, si Andrew Fearn est toujours aussi avare en sonorités que son comparse est généreux en mots débités, il a également élargi son registre. Ainsi, la géniale “OBCT” et sa basse d’outre-tombe so post punk se voit agrémentée d’un improbable solo de kazoo tout bonnement jouissif, “Top It Up” vient errer dans des territoires jungle et sur “Discourse” Jason semble cavaler après une sonnerie de téléphone. C’est con mais c’est bon. Des surprises bienvenues donc et, de temps en temps, une remise au poing pour bien rappeler qu’ils ne blaguent pas pour autant, comme ce “Flipside” au beat hystérique ou “Subtraction” qui suinte l’anxiété de toutes parts. Les Sleaford Mods ne s’assagiront jamais (ouf), continuent de nous lâcher des “Big Burt” à...

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Weezer – The Teal Album

Weezer – The Teal Album

(Crush Music/Atlantic, 24 janvier 2019) Les plaisanteries les plus courtes sont toujours les meilleures, et Weezer s’est mis en tête de nous le démontrer. Après un album blanc qui pouvait redonner espoir et un Pacific Daydream assez mitigé qui contrariait fortement les espoirs en question, le groupe s’est fait happer par les pires côtés improbables d’internet. On pourrait se contenter de cette phrase : Weezer a repris “Africa”. Mais ce serait passer à côté du plus important : cette reprise, partie d’une petite blagounette sans intérêt, est le fruit d’une vague qui a déferlé de twitter et submergé les différents réseaux sociaux jusqu’à pousser le groupe à s’exécuter, mais surtout à mettre en avant ce fait comme un évènement. Le tout aurait pu s’arrêter à un clip avec Weird Al parodiant celui de Toto, mais non. Car non content d’avoir fait une reprise presque copiée-collée d’un morceau dont personne ne voudrait entendre une reprise, Weezer a décidé de faire un album complet sur le même principe. Ainsi s’enchainent les tubes 80s dégueulasses et kitschissimes (“Africa” de Toto donc, “Sweet Dreams” d’Eurythmics, “Take On Me” de A-Ha), et les poncifs du groupe de musique générique qui ne sait pas trop ce qu’il veut jouer (“Paranoid” de Sabbath, “Billie Jean” de Michael Jackson, “Stand By Me” de Ben E. King). Les versions dont la modification va au-delà d’une guitare un peu plus distordue se comptent sur les doigts de la main d’un estropié (“Happy Together” des Turtles, “Stand By Me” et “No Scrubs” de TLC, qui reste néanmoins très pop pute) et on se fait vite un avis sur les autres : les bons morceaux restent bons, mais on préférera toujours écouter les originaux, les mauvais morceaux restent nuls à chier et on n’a déjà pas envie d’écouter les originaux… Un clip supplémentaire parodiant celui d’A-ha est sorti, et l’album complet, avec pochette pastiche, est sorti sous le nom de Weezer, l’album bleu canard.  Voilà à quel point le groupe de Rivers Cuomo ne se prend pas au sérieux. Et sur le principe, c’est super. Sauf que le disque est une purge qui sortira en physique pour le record store day et bénéficie d’une visibilité énorme pour ce que c’est. La preuve, on en parle même sur ce webzine tenu par un weezerophobe… On aimerait bien que des artistes qui ont des choses intéressantes à faire et partager aient les mêmes moyens. J’espère que tous les bénéfices qu’engendrera cette blague seront reversés à des artistes qui galèrent....

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