The Muffs – No Holiday

The Muffs – No Holiday

(Omnivore, 18 octobre 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90*, je voudrais la grande sœur. Rebelle, charismatique, qui a trainé dans tous les coins cool de la côte ouest (rappelez-vous qu’elle a fait partie des Pandoras), qui rit et gueule aussi fort que les mecs, et qui n’a rien à leur envier une fois qu’elle a une guitare entre les mains, mais qui sait tout aussi bien nous tirer la larmichette si elle le souhaite. Après avoir fait partie du groupe de filles le plus cool de la côte ouest, elle est allée former sa propre bande et nous a impressionnés en prenant une planche et un coussin bien confortable pour poser son postérieur entre la chaise du punk et celle de la pop, de la façon la plus assumée possible. Grande classe ! Certes, elle a eu ses errances, on se souvient de son passage express chez les Pixies où elle n’a pas vraiment su trouver sa place. C’est triste, parce que c’est quand même la classe de faire partie des Pixies mais il était évident que cette Kim-là n’était pas faite pour remplacer l’autre. Il parait que Frank Black l’a virée parce qu’elle a eu l’audace de se jeter dans la foule à un de leurs concerts. Quand on y pense, la réaction de Black est aussi compréhensible quand on l’a déjà vu sur scène que celle de Kim Shattuck quand on a un peu suivi le parcours de la musicienne. Bien sûr qu’elle va avoir envie de se jeter dans la foule ! Quoi qu’il en soit, Kim a décidé, après une longue pause, de reprendre du service avec The Muffs et on ne va pas s’en plaindre. L’album est une réussite, totalement à l’image du groupe : joyeusement foutraque, avec un savoir-faire mélodique irréprochable, aussi convaincant sur ses morceaux de 30 secondes que sur ceux de 4 minutes (il n’y en a pas de beaucoup plus longs, ça reste un disque punk), sur ses moments électriques (« Pollyanna », « To That Funny Place ») que sur ses instants acoustiques (« Happier Just Being With You », « The Best »), sur ses passages énervés (« Down, Down, Down ») que sur ses accalmies (« Sick Of This Old World », « Earth Below Me ») ou ses moments de détente complète (« Lucky Charm »). Il se dégage de l’ensemble quelque chose de l’ordre de ce qu’on peut ressentir en écoutant un disque de Guided By Voices : à la fois le plaisir d’écouter une collection de chansons accrocheuses et attachantes et l’impression d’entrer dans l’intimité artistique de son créateur, comme si une relation proche se mettait...

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Redd Kross – Beyond The Door

Redd Kross – Beyond The Door

(Merge, 23 août 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90, je voudrais les deux frères*. Même si en ce qui me concerne, je les connais surtout de réputation. J’ai un peu trainé avec eux à une époque, quand ils étaient encore des minets de Monsanto et s’amusaient à reprendre des classiques du rock dans leur garage. Personnellement, je suis toujours friand d’une bonne reprise de Kiss… Après ça, j’ai surtout eu vent de leurs exploits de loin. J’avais bien mesuré que c’étaient des bons vivants pour qui musique a toujours été synonyme de plaisir. Je les imagine volontiers éternels fêtards, à enchainer concerts, beuveries et soirées entre potes. Mais on m’avait surtout dit qu’ils excellaient dans un registre power pop, avec la vocation de faire danser tout le monde, là où je les avait plus sentis lorgner vers le punk, voire le hard rock à l’époque. Du coup, je n’avais jamais vraiment suivi leur carrière, dont je n’avais que de lointains échos. Des échos qui me donnaient l’envie d’y retourner un jour, mais ce n’était jamais le bon jour. Vous voyez le genre ; et si vous ne le voyez pas, j’ai consacré à une époque une rubrique entière à ce genre de situation ! Quoi qu’il en soit, c’est par le biais de That Dog. qu’on m’a orienté à nouveau vers Redd Kross, en m’assurant que la démarche et la qualité des derniers albums des deux groupes étaient comparables. Sans omettre de me rappeler le lien à la ville d’Anna Waronker (chanteuse/guitariste de That Dog.) et Steven Mc Donald (le bassiste de Redd Kross). Cette fois, c’était la bonne occasion de me lancer et je ne regrette absolument pas. Du morceau introductif « The Party » qui ressemble à du Beatles pré-Revolver gonflé au glam rock et au punk jusqu’au titre final « When Do I Get To Sing « My Way » ? » qui prouve une énième fois que les tubes new wave hideux peuvent devenir de super morceaux si on remplace les claviers par des guitares, on enchaine (presque) sans temps de repos des petites douceurs rock avec pour seuls mots d’ordre le plaisir et le fun. Tous les morceaux sont accessibles, et pourtant une écoute plus attentive démontre le talent des musiciens, distillé dans pléthore de trouvailles à la batterie, à la basse ou à la guitare. « Fantástico Roberto » en est le parfait exemple, entre son riff, sa ligne de basse et son rythme de batterie tous super bien foutus et qui fonctionnent parfaitement ensemble, mais on pourrait citer quasiment tous les titres du disque à la barre, ils raconteraient à peu près la même histoire. Allez,...

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Tacocat – This Mess Is A Place

Tacocat – This Mess Is A Place

(Sub Pop, 3 mai 2019) Il y a quelques années, Tacocat m’avait complètement conquis avec son album Lost Time. Un disque qui ne proposait certes rien de révolutionnaire, mais offrait du très bon pop rock un peu punk sur les bords et était passé en boucle chez moi tout l’été 2016 ; il m’arrive même d’y revenir de temps en temps avec un plaisir certain. Mais le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps serait si vite écoulé ? Bon, beaucoup de choses ont changé, mais mon avis sur Lost Time n’a, lui, pas bougé. En revanche, le groupe est un peu sorti de mon radar ces derniers temps, et c’est après avoir quasiment bouclé mon top de fin d’année que je me rends compte qu’ils nous proposent un nouvel album en 2019. Merde, espérons qu’il n’aura pas un effet Wonderflu sur mon classement* ! Bon, au-delà de ces considérations qui ne peuvent concerner qu’une personne qui accorde beaucoup trop d’importance à la musique, je devrais plutôt me réjouir : c’est toujours plaisant de retrouver un groupe qu’on aime. Reste à savoir si le nouveau cru va être à la hauteur de nos attentes. À l’écoute du premier morceau, une variation sur le riff de « Sweet Jane » (du Velvet), ou « Be My Lover » (d’Alice Cooper) selon vos références, on se retrouve tout de suite en terrain connu. On pourrait même dire qu’on reprend exactement là où Lost Time s’était arrêté, et ce n’est pas « New World » qui va changer cette impression. Le problème, c’est qu’aussi sympa ces chansons soient-elles, elles m’amèneraient un peu à me demander si finalement, ce sont les chansons de Tacocat qui me plaisent ou simplement leur style et leur son. Car si j’apprécie ces deux pistes, rien ne m’accroche vraiment au-delà de leur forme. Malheureusement, ce n’est pas la troisième, « Grains Of Salt », qui va rattraper ce faux départ. Elle tranche bien avec le précédent album, mais par son mauvais goût : riff de guitare funky et synthé, comme dans les pires morceaux FM des années 80… je zappe très vite, avec de sérieux doutes sur la suite ! Cependant, la suite va permettre de me rassurer : à partir de « The Joke Of Life », je retrouve mes marques dans cet album et je me remets à apprécier à peu près chaque morceau pour ce qu’il a. Celui-ci et l’autre titre punky « The Problem », les arpèges de « Little Friend », « Rose-Colored Sky » qui ressemble à une version pop du « Son Of Sam » des Dead Boys, jusqu’à...

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DJ Shadow – Our Pathetic Age

DJ Shadow – Our Pathetic Age

(Mass Appeal, 15 novembre 2019) Serions-nous totalement masochistes au point de continuer à nous infliger les dernières sorties de DJ Shadow, lequel se complait dans l’indigence depuis belle lurette ? Ou simplement de doux rêveurs qui considèrent que si le génie a déjà frappé une fois (voire deux, tant The Private Press avait peu à envier au cultissime Endtroducing), fût-ce il y a bien longtemps, il est tout à fait capable de ressurgir de sa lampe à tout moment ? Sans doute un peu des deux. DJ Shadow, lui, aimerait simplement que l’on se souvienne de quoi il est capable et il s’est dit qu’en nous proposant un double album, affublé d’un message sociétal d’actualité (d’une originalité folle « les réseaux sociaux, c’est mal »), on allait voir ce qu’on allait voir. Ce fut vite vu. On sent la volonté de marquer le coup dès l’entame avec une intro en forme de blockbuster (« Nature Always Wins » distordue à l’excès) suivie d’un beat et de synthés qui en imposent. La petite instru abstract hip hop qui déboule ensuite fait son petit effet, on aurait pu plus mal tomber (« Slingblade »). De là à s’exciter ? N’exagérons rien. L’enthousiasme ne monte jamais bien haut sur ce premier disque qui, à l’exception de quelques morceaux honnêtes (le très SF « Intersectionality », un « Firestorm » intense en forme de BO épique ou « We Are Always Alone » tout en sobriété) suscite davantage de soupirs que de cris d’exaltation (l’improbable gloubi-boulga ragga/electro « Rosie », l’agaçante « Beauty, Power, Motion, Work, Chaos, Law » qui parait aussi longue que son titre alors qu’elle ne dure que 2’07 ou ce « Juggernaut » totalement vain qui fait beaucoup de bruit pour si peu). Puisqu’il a bien du mal à se distinguer seul mais possède toujours un carnet d’adresses enviable (jusqu’à quand ?), Shadow a convoqué un casting 5 étoiles pour le sortir du marasme. Sur le second disque, il se contente du rôle de beatmaker et s’acquitte plutôt bien de la tâche quand il s’agit de dérouler le tapis rouge à des grand noms comme Nas, un tiers du Wu-Tang ou De La Soul (« Rocket Fuel », très entrainante). On atteint rarement des sommets mais tout va pour le mieux lorsque l’on reste dans le plus pur style hip hop (« C.O.N.F.O.R.M. », « Taxin’ », « Urgent, Important, Please Read ») mais Shadow est audacieux et s’aventure aussi fort maladroitement en terrain glissant (« Dark Side of the Heart » et son refrain RnB dégueulasse, le morceau-titre crispant à souhait naviguant en eaux troubles funk/soul/disco). Bref, Josh Davis s’est probablement persuadé que pour cesser de n’être que...

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That Dog. – Old LP

That Dog. – Old LP

(That Dog P&D, 4 octobre 2019) Dans la famille power pop californienne qui a brillé dans les années 90, je voudrais la petite sœur. Elle est toujours propre sur elle et mignonne, avec ce petit côté mélancolique d’éternelle étudiante. Elle a dû faire des études d’art ou de littérature, et ça se ressent : sa musique est subtile, elle traine toujours avec deux des triplettes Haden, filles de jazzman (même si Petra lui a fait faux bond sur cet album), et elle a même eu l’idée de faire du punk poppy avec du violon. C’est le genre de fille dont tout le monde tombe un peu amoureux ; d’apparence fragile, qui s’étale régulièrement sur son cœur brisé mais qui a aussi de l’humour et du caractère. Fine et forte, comme de la bonne moutarde de Dijon. Il y avait franchement tout pour craquer sur ses précédents albums, de la petite ritournelle d’amour déçu à la pique hargneuse contre les briseurs de cœurs, en passant par l’incertitude, la féminité et la provocation. Et ce qui fait plaisir, c’est qu’on retrouve tout ça sur ce nouvel album, avec toujours les deux gros points forts du groupe : les harmonies vocales sublimes et les mélodies imparables. Résultat, même quand le groupe s’énerve (« If You Just Didn’t Do It », « Down Without A Fight »), ça reste toujours avec un savoir-faire pop indéniable. Certes, les moments calmes sont plus nombreux que les montées de colère, mais c’était déjà le cas avant. Et surtout, les deux points forts sus-cités font que même quand elle joue les tire-larmes à grand renforts de piano, de violoncelle, de guitare acoustique voire de tout un orchestre (« Your Machine », « Alone Again » ou « Old LP »), l’émotion subtile ou intense est toujours sincère. Pour ne rien gâcher, l’album est servi par une production qui lui sied parfaitement, à la fois propre et simple (si on accepte que le violon est une composante de la musique de That Dog.) qui fleure bon les années 90 sans être viellote. « Je ne me suis pas sentie comme ça depuis 1995 » chante Anna sur l’excellente « Just The Way ». Il se pourrait bien que nous non plus. En définitive, il y a de quoi être heureux d’avoir fait bonne pioche avec ce nouvel album de That Dog. ; le disque n’a rien à envier aux autres du groupe, et sa justesse mélodique le rend de plus en plus addictif au fil des écoutes. De là à dire qu’il pourrait bien s’agir de leur meilleur, il n’y a qu’un pas que mes prochains rendez-vous avec lui pourraient bien m’aider à franchir…...

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The Schizophonics – People In The Sky

The Schizophonics – People In The Sky

(Pig Baby, 31 octobre 2019) Deux petites années après The Land Of The Living, voici le grand retour des Schizophonics avec leur nouveau LP intitulé People In The Sky. Et ils frappent fort ! On se demandait s’ils sortiraient de cette proximité avec le son du MC5 et la réponse est évidente dès le deuxième morceau, “Steely Eyed Lady”, qu’on croirait avoir déniché sur un vieux 45T de Hot Rod. Ça va vite, très vite, le gimmick sonore sur les voix fait mouche, ainsi que cette drôle de distorsion guitare audible au casque. Alors, bien entendu, notre couple de tourtereaux font des réguliers allers-retours San Diego/Detroit mais ce n’est que pour mieux ré-attaquer avec une louche de soul sudiste ou un coup de British Invasion : le riff Kinks-ien de “The One I Want”, très efficace, ou encore “Not Gonna Change My Mind” démarrant avec notre ami Pat Beers déclarant, déjà essoufflé avant de commencer “Brainwashed… and hypnotized!!“. Et c’est comme cela qu’on ressort de l’écoute de cette petite bombe de fin 2019, la cervelle atomisée et les sens annihilés !...

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Coude – Save Our Souls EP

Coude – Save Our Souls EP

(Influenza, 25 octobre 2019) On aurait tort de se fier à nos préjugés idiots. Si je m’écoutais, je n’aurais jamais jeté une oreille à Coude, nom à la con oblige. Heureusement, j’ai quand même mes principes, je sais que tout ce que sort Influenza Records (Pile, Wonderflu, Polarbird,Trainfantome…) est digne de confiance, et que ma fibre 90s sera satisfaite. Me voilà donc face à Oliv’, Jean-Marc, Ludo, Ronan et Dom’, cousins bretons de Steve, Lee, Thurston et Kim, excellant dans l’art de malmener les mélodies sous d’épaisses couches de distos, d’asséner des coups de coude semonce soudains, de mettre leurs instruments au supplice tout en cajolant nos oreilles. Les échanges vocaux masculin-féminin sont fréquents (ça rappelle encore quelqu’un), les entrelacs de guitares constants, et évidemment tout cela ne tient pas en place. Pour ne rien gâcher, les morceaux sont plus accrocheurs les uns que les autres, mention spéciale à « Save Our Souls » qui, en 7 minutes d’allers-retours permanents entre mélodies à tomber et déluge noisy, conclut brillamment ce second EP des plus prometteurs. Prochaine étape : l’album. On a hâte. Jonathan Lopez Et comme on ne choisit pas totalement par hasard les groupes qu’on fait jouer, rappelons que Coude sera des nôtres à l’occasion de la prochaine sauterie Exitmusik avec The Guru Guru et Zarboth, le 29 février à l’Espace B. Là aussi, on a hâte. Plus que ça,...

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WIVES – So Removed

WIVES – So Removed

(City Slang, 4 octobre 2019) Et si on était tous passés à côté ? Pendant que le retour de DIIV faisait grand bruit et s’attirait les éloges de certains (comme ici) ou les foudres d’autres (comme ceux qui dézinguent un truc sur deux et semblent prendre un pied pas possible à le faire), Andrew Bailey, guitariste de ces derniers, sortait le même jour le premier album de son autre projet. Celui qui pourrait bien supplanter le nouveau DIIV. Dans mon esprit, en tout cas, le choix est fait.  Car si DIIV a su trouver une seconde vie en se réinventant, WIVES n’invente rien mais il recycle avec talent. Et sa matière première est la meilleure du marché. Comme d’autres avant lui, WIVES est allé se servir chez des vétérans légendaires, en premier lieu desquels Pixies ou Sonic Youth. C’est toujours une bonne idée. Des comparaisons qui n’ont pas fini de souler le groupe mais ils l’ont bien cherché. On a parfois même le sentiment d’être pris d’hallucinations auditives, pensant entendre Frank Black pousser la chansonnette (“Waving Past Nirvana”, “Servants”, “Hit Me Up”) quand ce n’est pas Lee Ranaldo (“Why Is Life”). Tout ça, c’est bien beau mais s’ils surfaient uniquement sur la nostalgie, fût-elle savoureuse, et que les morceaux ne suivaient pas, on n’aurait pas pris la peine de parler d’eux. Or, rien à dire, les tubes sont là, ils foisonnent même. De l’irrésistible “The 20 Teens” à la teigneuse “Sold Out Seatz” avec un crochet par “Waving Past Nirvana” ou “Why Is Life”, autant de morceaux grungy/indie/power pop où copulent mélodies et disto, comme à la belle époque… Du refrain qui ne vous lâche pas au riff qui s’incruste partout, So Removed est de ces albums qui semblent juste “sympas” au départ, avant de développer un véritable attachement à leur égard. Par la suite, l’intro de basse de “Waving Past Nirvana”, ses premières paroles (“happy ever after, this place is a disaster“…) dessineront immanquablement un sourire sur votre visage. La joie de retrouver un bon ami resté fidèle à ce qu’il était, ou de satisfaire une sévère addiction envers ces salopards de New-Yorkais qui, quoiqu’ils fassent, paraitront toujours plus cool que vous. Ce disque n’éblouit pas d’un bout à l’autre mais il déborde de sincérité, de fraicheur et de spontanéité (le punk crado “Whatevr” chanté avec la fougue d’un gamin de 17 ans dans son garage, “Hideaway” dans le même délire qui claironne “doing all the cocaine in the world“), une nonchalance omniprésente comme sur “Even The Dead” qui, lui, lorgne davantage côté post punk avec sa basse qui laboure tout et sa gratte de feignasse qui place une note quand elle veut – peut – et de...

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Swans – leaving meaning.

Swans – leaving meaning.

(Young God, 25 octobre 2019) Rentrer dans un album de Swans est toujours un petit défi en soi. La bête en impose, impressionne, refroidit aussi, souvent. Quand Michael Gira sort un disque, il tient à ce que celui-ci soit dense. Après To Be Kind, colosse de plus de 2h, voilà leaving meaning. qui passerait presque pour un EP à côté mais s’étend tout de même sur 1h33. De quoi s’occuper. De quoi trembler également face aux nouvelles incantations du maître, et son cortège de chansons tortueuses vous suggérant aimablement d’emprunter l’issue de secours la plus proche. Pourtant, si le minimalisme de la pochette ne tranche guère avec celui de son prédécesseur, l’effectif a été renouvelé, du moins renforcé par de nombreux invités, et non des moindres (Anna & Maria von Hausswolff, Ben Frost, The Necks, Baby Dee, A Hawk and A Hacksaw, entre autres). Et puis, leaving meaning. nous préserve de toute agression guitaristique, hausse rarement le ton, prend son temps pour affirmer son emprise. Mais celle-ci se précise, inéluctablement. Ainsi, alors que l’album démarre assez mollement par un court instrumental suivi du récit au ralenti d’un Gira imperturbable et pas si perturbant (“Annaline”), déboule l’immense “The Hanging Man”, totalement hypnotique, qui s’apparente à un couloir sans fin où l’on ne cesse de fuir sans oser regarder derrière ni sur les côtés, craignant que quelque chose d’absolument effroyable en surgisse. Dès lors, la tension ne redescend plus guère et le couperet n’est jamais loin (même “Amnesia”, guitare-voix rassurant initial se voit envahi de chœurs imposants et cordes malveillantes alors qu’on se pensait à l’abri).  Le morceau-titre s’étend, lui, onze longues minutes durant avec un semblant d’éclaircie au sein d’un univers d’une noirceur implacable. Puis, Gira empoigne à nouveau sa baguette de chef d’orchestre (à moins qu’il ne s’agisse d’un bâton de sorcier ?) et reprend le contrôle, déclame inlassablement jusqu’au drone final qui s’éternise. Le mode spirale infernale est enclenché, personne n’en réchappera, même le soleil ne peut rien et y laissera son arrière-train (la faramineuse “Sunfucker” à la rythmique infernale qui s’achève aux confins de l’hystérie). On est bien peu de chose. Et sans trop savoir où se mettre, on continue d’encaisser, sourire aux lèvres. L’atmosphère prend toutefois des airs de recueillement sur “Cathedrals of Heaven” mais les superbes arrangements de cordes et notes de piano spectrales de “The Nub” nous replongent immédiatement en plein cœur d’une B.O. excessivement glauque, et nous laissent sur le qui-vive permanent (les Necks ont fait le boulot pour accentuer le malaise). Après cela, “It’s Coming It’s Real” passerait presque pour une sympathique promenade à cueillir des pâquerettes mais c’est avant tout la preuve, l’énième preuve, que l’univers des Swans est toujours capable...

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Emily Jane White – Immanent Fire

Emily Jane White – Immanent Fire

(Talitres, 15 Novembre 2019) Exercice délicat que celui de la chronique. Sans cesse tiraillé entre l’objectivité que requiert l’exercice, et la subjectivité forcément présente quand on est face au travail d’un artiste avec lequel on a un vécu. Pour cet album d’Emily Jane White, le nommé Immanent Fire, à l’artwork sombre et soigné, place aux territoire inconnus. Première découverte avec l’œuvre de la californienne pour ma part… et très belle surprise ! La bio de l’artiste indique une veine folk et des thématiques sombres liées à la problématique climatique. Pas si évident pour un artiste aujourd’hui de s’attaquer à un sujet aussi majeur. L’initiative est à saluer et le résultat est à la hauteur. J’avoue un (gros) faible pour les voix féminines et je dois dire que la voix aérienne et parfois inquiète d’Emily Jane White a fait son petit effet au long des 10 titres de l’album. Dès l’inaugural « Surrender », ses arpèges lointains et délicats, ses arrangements subtils, la voix de la californienne fait des merveilles. Non sans rappeler Mazzy Star, pour ce même goût pour une musique acoustique crépusculaire. Le son se fait ensuite plus ample sur le court mais excellent « Drowned », aux arrangements de cordes élégants. Et plus inquiétant sur « Infernal », comme un orage électrique prêt à éclater sur une pluie de cordes. Superbe numéro vocal au passage. On atteint l’intensité d’une PJ Harvey sur ses derniers disques. Ça situe un peu le niveau et laisse estomaqué. Comme ce « Dew » sublime, à la sobriété délicate. Une voix, un piano. Ça me rappelle que le dernier Shannon Wright m’attend toujours. Le disque ne se cantonne pas au folk acoustique et les arrangements sont suffisamment riches (piano, cordes…) pour offrir une belle variété à l’ensemble (le court mais réussi « Entity », tout en cordes). C’est subtil, élégant (« Washed Away » aux lyrics superbes), parfois chargé d’une sourde tension (le sublime « Metamorphosis » aux belles envolées de guitares électriques ou le premier single « Light » à la batterie puissante). La pluie tombe même sur « Shroud », et le piano inquiétant n’annonce pas de beaux jours ensoleillés. À l’image des titres de certains morceaux (« Drowned », « Washed Away »…), ça sent même plutôt le déluge. Et on est presque prêt à prendre place à bord de l’arche sur « The Gates At The End », ultime joyau où la californienne achève de nous convaincre de l’urgence. Joie immense que l’exercice de la chronique. Parti à l’aventure d’un disque inconnu, nous voilà revenu avec un petit trésor au détour d’un beau voyage. Emily Jane White signe un album qui fera date. En 2019 déjà. Et sûrement...

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