Oh Sees – Smote Reverser

Oh Sees – Smote Reverser

Il suffit de s’attarder quelques secondes sur le magnifique artwork de Smote Reverser pour comprendre que ça va remuer, et pour s’imaginer qu’on va se faire canarder non stop. Vos oreilles sont prévenues : l’heure est à l’extermination, façon blockbuster hollywoodien. TUTUTUT on ne s’emballe pas, ce n’est pas aussi simple. Cette repoussante bestiole nous dégueule bien quelques riffs maousses dans le plus pur style Oh Sees quand il est décidé à nous coller une dérouillée (la furax “Overthrown” et, dans une moindre mesure, “Abysmal Urn”). Mais le père Dwyer, revenu de sa paisible parenthèse OCS, se complait, comme depuis quelques temps maintenant, dans un rock progressif cosmico-motoriko-barjot des plus aventureux. Peut-être même le plus aventureux à ce jour. Dwyer et ses potes ont le goût des sons répétitifs et entêtants, des basses qui tournoient pendant des plombes (“Flies Bump Against The Glass”, miam), et parviennent ici à nous retourner le cerveau en 11 leçons. Dès l’entame (“Sentient Oona”), ça groove à mort. Les délires opiacés sont de la partie (la réjouissante “C” et ses wou wou wou), tout comme les longues divagations bluesy psychédéliques (les langoureuses “Last Peace” et “Moon Bog” aux longs solos étirés). Thomas Dolas – acolyte synthétique de Dwyer au sein d’OCS – est ici convié et ses synthés occupent une place de choix, qu’ils soient Doors-ien sur l’énergisante “Enrique El Cobrador”, jazzy sur “Nail House Needle Boys”, ou complètement distordus sur l’étrange et mélancolique “Beat Quest”. Puisqu’il faut bien pinailler un peu, on regrettera quelques égarements au sein d’un album globalement trop long (1 heure au compteur, la palme pour “Anthemic Aggressor” et ses 12 minutes de jazz fusion qu’on aurait bien réduite de moitié). Mais on aura du mal à en vouloir à un artiste aussi généreux qui en est à son 21e album sous les entités OCS/Thee Oh Sees/Oh Sees et semble avoir encore de l’inspiration à revendre. Nous on achète. Jonathan Lopez  LIRE LA CHRONIQUE DE ORC LIRE LA CHRONIQUE DE OCS – MEMORY OF A CUT OFF...

Lire la suite

Mark Lanegan & Duke Garwood – With Animals

Mark Lanegan & Duke Garwood – With Animals

Ces deux-là sont unis. Unis par une amitié profonde et sincère, que l’on devine indéfectible. Unis par un amour commun pour la musique intimiste. Il y a 5 ans, cette union avait donné naissance au très beau Black Pudding, pour lequel on n’osait plus espérer une suite. La voici. Et elle est telle qu’on pouvait l’imaginer. Mark Lanegan et Duke Garwood ne s’étaient pas perdus de vue et sur With Animals on a le sentiment qu’ils ne se sont jamais quittés. L’entente est évidente. Dans le plus grand des calmes, on déguste un disque aussi fin que minimaliste. Un disque qui ne s’embarrasse d’aucune fioriture mais qui ne délaisse pas les arrangements (nombreux et raffinés) pour autant. Un disque qui s’écoute au crépuscule ou à la nuit tombée. Comme ce « Save Me » hanté qui semble filtrer à travers une brume épaisse. Un album d’ores et déjà hors du temps sorti en plein cœur d’un été à dominance caniculaire alors qu’on s’imagine plutôt l’écouter au coin du feu, simplement accompagné du bruit des braises qui crépitent. Quelques cordes caressées et distordues par Duke, quelques vers murmurés par Mark, il en faut peu pour nous toucher en plein cœur (« Feast To Famine »). Après plusieurs escapades électroniques sur ses derniers albums, il est bon de retrouver la voix de Lanegan dans un univers blues/folk classique qui lui sied parfaitement et qui commençait à nous manquer (les superbes « My Shadow Life » et « One Way Glass »). Dans le plus grand dépouillement, la magie opère (« Desert Song » et sa guitare à nu, les notes prolongées indéfiniment sur « Lonesome Infidel » qu’on pourrait croire issus d’un Boards Of Canada, et les sifflements du grand Mark). Hormis une légère monotonie qui peut s’installer vu la grande homogénéité du disque qui ne cesse de nous caresser dans le sens du poil (à l’exception de “Spaceman” où Duke taquine sa six-cordes comme un vieux bluesman et Lanegan retrouve un entrain mis de côté jusqu’alors au profit de la méditation), pas grand chose à reprocher à ces deux-là qui nous offrent le privilège de pénétrer au cœur de leur univers si particulier. La mélancolie n’est jamais loin, la beauté est toujours là. Jonathan Lopez   LIRE L’INTERVIEW DE MARK LANEGAN LIRE L’INTERVIEW DE DUKE GARWOOD LIRE LA CHRONIQUE DE HEAVY LOVE DE DUKE GARWOOD LIRE LA CHRONIQUE DE BUBBLEGUM DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE BLUES FUNERAL DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE PHANTOM RADIO DE MARK LANEGAN LIRE LA CHRONIQUE DE GARGOYLE DE MARK LANEGAN LIRE LE REPORT DE MARK LANEGAN AU TRABENDO EN...

Lire la suite

It It Anita – Laurent

It It Anita – Laurent

It It Anita aime brouiller les cartes. De la tension, il en instaure dès les premiers accords de « Denial », puis de délicats arpèges viennent adoucir le propos. Le mot pop nous vient à la bouche, mais avec ce qu’il faut de vicié. N’allez pas croire qu’on vous emmène en ballade non plus, vous pourriez avoir de drôles de surprises. On pense ensuite se retrouver en territoires post punk sur « User Guide » (on dit coucou à Disappears en passant) avant que l’affaire ne s’emballe en un stoner musclé. Du post stoner, il fallait l’inventer. Quoiqu’il en soit, le résultat est aussi surprenant que décapant. 11 titres, c’est peu et beaucoup à la fois. En 11 titres, on entend du punk furax (« Another Canceled Mission », « GOD »), on croit qu’on va voir débouler Josh Homme pour entonner « nicotine, valium, vicadin, marijuana, ecstasy and alcohol » (« 11 ») et on se retrouve finalement face aux cousins belges de J.C. Satàn. En 11 titres, on a aussi le temps de dire un grand oui à « Say No », véritable manifeste grunge d’une efficacité absolue. On évite les obus qui tombent d’un peu partout (« Tanker 2 pt 1 ») et alors que tout semble s’être apaisé, on croise la journaliste Myriam Leroy en plein dialogue conjugal sulfureux. 11 titres, c’est énorme, donc. On a le temps d’en prendre plein la gueule. De toutes les manières, et d’en redemander. L’énergie est tantôt débridée sans que rien ni personne (surtout pas nous) ne semble vouloir l’arrêter, tantôt totalement maitrisée, comme sur ce « We Are Nothing » final aux couplets très Sonic Youth-esques assagis pour une montée gargantuesque sur le refrain façon post rock (un refrain en post rock ? Et oui, pourquoi pas). Voilà on a cité 42 styles différents pour tenter de définir ce qu’on aurait pu faire en quelques mots simples : Laurent est un putain d’album ROCK. Du rock intense et puissant, du rock inspiré et généreux, du rock dans toute sa sauvagerie, aux clins d’œil fréquents à quelques influences par ci par-là mais réussissant l’exploit de garder une véritable homogénéité malgré ses vagabondages dans tout ce que le genre peut connaitre de bruyant. It It Anita prend un malin plaisir à triturer ses guitares pour les faire gémir, à façonner un bon gros magma sonore dans lequel on aime se noyer, sans oublier d’y inclure de bonnes doses de groove et de cool. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, parfois c’est sur les mains qu’on se retrouve, mais on ne cesse de s’agiter, de headbanger, de gueuler avec Michaël, Damien, Bryan et Elliot (et Laurent). Parce que c’est foutrement bon. Jonathan...

Lire la suite

Beastie Boys – Hello Nasty

Beastie Boys – Hello Nasty

Ne vous laissez pas berner. J’ai beau jouer l’érudit avec mes chroniques de quelques grands disques des Beastie Boys (Licensed To Ill, Ill Communication), comme si je les avais connus à leurs débuts punks par l’intermédiaire de Rick Rubin… En fait, je découvre les Beastie Boys en 1998 à la sortie de Hello Nasty. Ma culture rap se limite alors à IAM et NTM. C’est la révélation. Lorsque Hello Nasty parait, les Beastie Boys sont déjà un groupe accompli avec près de 20 ans de carrière derrière eux, 4 albums monstrueux, des tubes à la pelle et restent sur le succès colossal de Ill Communication (double platine). Entre temps, ils sortent la (géniale) compil instrumentale The In Sound From Way Out!, énième preuve éclatante de la large palette musicale et la grande ouverture d’esprit des New-Yorkais. Une compil annonciatrice de l’album qui va suivre. Oui, celui-là même dont on parle ici. Car Hello Nasty regorge d’idées, de fulgurances, de trouvailles. En 22 titres et plus d’une heure de musique, les Beastie nous en font voir de toutes les couleurs. En attaquant tambour battant avec « Super Disco Breakin’ » d’abord, puis en déroulant son hip hop infusé d’électro, de rock, de bossa nova, de dub, de ballades étranges, de sonorités barrées, de bizarreries débiles. Certains morceaux condensent ainsi toutes les envies d’explorations du groupe. A l’image de « The Move » de facture assez classique au début qui finalement se laisse tenter par toutes les bifurcations possibles et imaginables (un break de piano « médiéval », un final électro old school avant une chute sur une chansonnette espagnole ringarde sur un gros beat hip hop). Qu’est-ce qui peut bien leur passer par la tête ? Impossible à dire mais comme toujours c’est drôle, déjanté, pétaradant… Complètement Beastie finalement ! Pour les auditeurs un peu plus frileux (sachez déjà que vous vous êtes trompés de groupe), il y a là de quoi remuer les miches jusqu’au petit matin en suivant comme vous pouvez les flows survoltés de Mike D, Ad Rock et MCA sur les explosives « Super Disco Breakin’ », « Remote Control », « Body Movin’ » ou le tube ultime « Intergalactic » et son instru SF qui file le frisson dès les premières secondes. Les Three MC’s s’appuient sur leur fabuleux nouveau DJ, Mix Master Mike, recruté juste avant l’album qui apporte une créativité folle et une maitrise des platines sans égale, ou presque. Au-delà de son apport considérable sur ces tubes qui viennent s’ajouter à la riche carrière du groupe, le nouveau DJ démontre qu’il excelle dans les instrus hip hop classiques (« The Negotiation Limerick File », « Just A Test », « Puttin Shame In Your Game »). Et les trois MCs de s’en donner à cœur joie avec leur nouvel acolyte, comme...

Lire la suite

Protomartyr – Consolation EP

Protomartyr – Consolation EP

Avions-nous vraiment besoin de Consolation, neuf mois à peine après le remarquable Relatives In Descent qui comblait toutes nos attentes ? Pas vraiment. 14 minutes de Protomartyr supplémentaires qui ne bouleverseront guère l’ordre établi tant les deux premiers morceaux se révèlent assez anecdotiques (ou pas complètement finis, on ne saurait dire). Le principal intérêt de cet EP réside dans la présence surprenante mais fort à propos de Kelley Deal (décidément en forme cette année). Sur « Wheel Of Fortune » d’abord (meilleur morceau de l’EP) où après une intro tonitruante, elle vient apporter une touche pop bienvenue aux chœurs avant un pont aérien qui pue la classe. Moins indispensable, « You Always Win » n’est pas pour autant dénué de bonnes idées comme lors de cet étonnant passage basse-batterie-violoncelle (!) où le duo vocal Casey/Deal se montre assez complémentaire et touchant. Deux titres auraient donc suffi et pour se consoler, on se contentera de réécouter Relatives In Descent. En attendant son digne successeur. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE RELATIVES IN DESCENT LIRE LA CHRONIQUE DE THE AGENT INTELLECT LIRE L’INTERVIEW DE...

Lire la suite

Moaning – Moaning

Moaning – Moaning

L’intérêt des vacances, hormis le fait de ne rien branler, c’est de pouvoir rattraper le temps perdu. Un bouquin jamais fini, une série à « binge watcher », ou un disque qu’on s’était promis d’écouter finalement happé par le flot des sorties… Je viens donc de m’offrir une séance de rattrapage avec Moaning, premier album de Moaning, sorti en mars dernier. Les mauvaises langues diront qu’il aurait pu sortir en 1982, et on ne pourra pas leur donner complètement tort sur ce point. Doit-on blâmer le revival pour ne pas faire avancer le shmilblick musical, ou doit-on le saluer quand il est bien fait, que les influences sont suffisamment digérées et que le produit est de qualité ? Pour Moaning, comme pour bien d’autres avant eux, on serait tenté de pencher pour la deuxième option. Donc oui, Moaning a dû bouffer jusqu’à l’indigestion du post punk, Joy Division en tête. Et pour remonter moins loin, c’est à Interpol ou Viet Cong qu’on pense souvent, avant que ces derniers ne perdent une partie de leur inspiration en même temps que leur nom d’origine. Même s’il gagnerait à s’émanciper davantage de ses glorieux ainés et des talentueux héritiers, Moaning fait montre ici d’une palette finalement assez large entre shoegaze rêveur avec une présence synthétique prépondérante mais pas irritante (« Tired », « For Now ») et post punk abrasif quand il dégaine l’artillerie lourde (les imparables « Artificial » et « Don’t Go » qui y vont bille en tête avec une basse en éclaireur qui fait le ménage). La voix grave charismatique de Sean Solomon, la mélancolie couplée à une envie d’en découdre sont autant de repères très identifiés années 80 (la ligne de basse de  « The Same » semble même empruntée à Simon Gallup durant la période cold wave de Cure). Mais la présence du groupe dans les rangs de Sub Pop n’a rien d’incongrue non plus tant la guitare a elle aussi son mot à dire, et préfère le crier que le murmurer (le riff gras sur le refrain de « Somewhere In There », le pont noisy jouissif de « Don’t Go », ou « Does This Work For You » et son mur de guitare que n’aurait pas renié My Bloody Valentine). Alors, au moment de conclure, constatant qu’on s’est prêté plus que de raison au jeu souvent tentant du name-dropping, nous reviennent comme un boomerang nos éternels questionnements sur le revival. La qualité indéniable de Moaning prime avant tout et l’emporte sur les éventuels reproches mais, puisque la force mélodique, l’énergie, l’osmose entre les membres sont d’ores et déjà présents, ne nous reste plus qu’à souhaiter que sur son prochain album le groupe développe davantage sa propre personnalité et ne cesse d’avoir l’œil rivé sur le rétroviseur. Jonathan...

Lire la suite

Ty Segall & White Fence – Joy

Ty Segall & White Fence – Joy

Longtemps encensé pour sa productivité et sa constance, il faut bien reconnaitre que Ty Segall marque un peu le pas ces derniers temps. Signe d’une inspiration en berne, le très décousu Freedom’s Goblin, sorti en début d’année, ressemblait davantage à une compil’ d’inédits qu’à un véritable album. Alors pour retrouver son mojo, quoi de mieux que de renouer avec son vieux comparse Tim Presley (Mr White Fence pour ceux qui ne suivent pas), jamais vraiment perdu de vue mais avec qui il n’avait plus croisé le fer depuis leur dernière œuvre commune, l’excellent Hair, sorti en 2012. Soit une éternité dans l’espace temps segallien puisqu’il a depuis sorti environ 325 albums, pas tous inoubliables, vous l’aurez compris. L’entame de Joy ne déboussolera pas les adeptes de Hair mais rassurera les inquiets. Le duo se connait parfaitement et fonctionne toujours à pleins tubes. Des tubes, ils en offrent quelques-uns forts efficaces d’emblée (“Please Don’t Leave”, “Body Behavior”, “Good Boy”) dans une veine pop psyché enlevée et rafraichissante où règnent les slide guitars. Entame en trompe l’œil toutefois puisque le duo s’amuse ensuite à nous prendre à rebrousse poil en partant dans de multiples directions, avec une efficacité plus aléatoire. En magasin, on trouve de la petite ritournelle folk séduisante so segallienne (“A Nod”, “My Friend”, “Do Your Hair”), des délires vaguement arty pop totalement débraillés comme Presley en raffole (“Tommy’s Place” qui en agacera plus d’un, “Hey Joel, Where You Going With That?” où il entonne nonchalamment un “rock is deaaaad” auquel il ne croit sans doute pas une seconde), la punk metal (donc grunge ?) “Other Way” façon Nirvana période Bleach mais sans la mélodie inoubliable normalement comprise dans le package. Sans oublier des curiosités comme ce “Prettiest Dog” de 16 secondes évoquant Minor Threat. A l’image de ce morceau, Segall qui avait tendance dernièrement à parsemer tous ses morceaux de solos de guitares pas toujours indispensables retrouve ici le goût de la concision (9 morceaux sous les deux minutes, 2 seulement au-delà des trois minutes !). Le seul titre vraiment long (“She Is Gold”) met beaucoup trop de temps à lâcher les chevaux… Pas besoin d’en faire des caisses, quand tu tiens une bonne mélodie. Ce n’est a priori pas à lui qu’on devrait l’apprendre. Pour l’homogénéité et la cohérence, il faudra repasser mais ce joyeux foutoir issu probablement d’une bonne tranche de rigolade entre amis demeure appréciable. Parce qu’on aime bien se fendre la poire avec ces gars-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – FREEDOM’S GOBLIN LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – MANIPULATOR LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – SLEEPER LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – TY SEGALL LIRE LA CHRONIQUE...

Lire la suite

LANE – Teaching Not To Pray EP

LANE – Teaching Not To Pray EP

Les histoires d’amour finissent mal en général disait un groupe de variété française. C’est vrai, mais les contre-exemples ne manquent pas. Pendant bien des années, Les Thugs ont marié avec bonheur bruit et mélodie. Et la relation bien que tumultueuse a fait de nombreux heureux. Après eux, Daria, autres angevins au grand cœur et grands riffs, a repris le flambeau avec talent. Et depuis 2017, cette bande de lovers a décidé de rassembler ses forces pour mener à bien cette noble quête. Eric (guitare/chant) et Pierre-Yves Sourice (basse), ex-Thugs, ont donc remis le couvert aux côtés des copains (et frangins comme eux) Etienne et Camille Belin (guitare et batterie), ex-Daria. Et le fiston Sourice, Félix de son prénom, est venu compléter le line-up et le mur de guitares qui s’élève à trois. Ça commence à être honnête, trois guitares. Le projet porte un nom qui lui va comme un gant : LANE, soit Love And Noise Experiment. Évidemment. Et cette intro est aussi alambiquée et lourde que leur musique est simple et directe. LANE n’y va pas par quatre chemins, il préfère balancer quatre tubes. Mais attention ça défile, en 12 minutes chrono le train est passé. La voix d’Éric n’a pas bougé d’un iota. Et dès la power pop “Goal Line” bigrement entrainante, on est en terrain conquis. Typiquement le genre de morceaux qui passent très bien la première fois sans vraiment retenir l’attention et que vous finissez par connaitre par coeur, à force de multiplier les écoutes. Constat valable pour chacun des morceaux qui mêlent avec bonheur énergie brute punkisante et mélodies entêtantes popeuses. Mention spéciale pour le morceau qui donne son titre à l’EP, le très Thugs-ien “Teaching Not To Pray”. IM-PA-RA-BLE. L’histoire d’amour entre Les Thugs et Daria débute donc sur les chapeaux de roue et on a déjà hâte d’être convié aux premières festivités à la rentrée avec une tournée où on aura forcément bien plus que 12 minutes à se mettre sous la dent. C’est qu’ils nous ont aiguisé l’appétit, les bougres. Jonathan...

Lire la suite

Nine Inch Nails – Bad Witch EP

Nine Inch Nails – Bad Witch EP

J’ai depuis peu élaboré une théorie pour le moins fumeuse à propos de Trent Reznor : quand il était au fond du trou, il pondait des chefs-d’œuvre et depuis qu’il a retrouvé la joie de vivre, il nous livre des bouses. J’ai un peu grossi le trait mais vous voyez l’idée. Point d’orgue de la démonstration : en 2009, Trent et Mariqueen Mandig se marièrent, vécurent heureux et les auditeurs de NIN n’eurent plus grand chose à se mettre sous la dent. Un seul véritable album, le plutôt dégueulasse Hesitation Marks. Mais depuis fin 2016, l’espoir renait. Avec Not The Actual Events et (surtout) Add Violence, les deux premiers de la série de trois EP promise, Trent renouait avec l’aspect sombre et tourmenté qui lui sied le mieux et qui nous rend tout chose. C’était imparfait mais ce retour en arrière était finalement un pas en avant. Trent avait prévenu : sur Bad Witch, il a laissé libre cours à ses envies et le lien avec les deux EP précédents n’est pas évident. Bad Witch serait, selon ses dires, à considérer comme un véritable album, et c’est, selon les nôtres, sans doute le premier vrai bon album depuis un bail (With Teeth ?). Pas de véritable single à se mettre sous la dent pourtant (même si “God Break Down The Door” était présenté comme tel, il n’a rien d’un titre easy listening) mais des sons agressifs, viciés, torturés. Je vois vos sourires carnassiers prêts à mordre à pleines dents dans cette mauvaise sorcière mais ce n’est pas aussi simple, pensez-vous. On pouvait regretter que les deux précédents aient le cul entre deux chaises, tenaillés entre une volonté de noircir un tableau devenu trop propret et celle d’y accoler des mélodies réellement marquantes (ce deuxième point étant souvent supplanté par le premier). Elles ne sont pas plus présentes ici (en tout cas, elles sont bien planquées) mais Trent semble avoir tranché et se tient à son choix, aussi osé soit-il. Tranché en faveur de la prise de risques : de l’ambient halluciné (“I’m Not From This World”, “Over And Out” où la patte d’Atticus Ros, son acolyte, se fait plus que jamais sentir), de l’indus pur et dur, de la saturation sans modération (“Shit Mirror”), de la drum’n’bass métalleuse qui savate à tour de bras (“Ahead Of Ourselves”). Clairement Reznor est de retour, et pas pour sucrer les fraises. Nouveauté au programme, la présence de saxos qui s’intègrent à merveille et sonnent parfois comme un hommage appuyé au mentor Bowie période Black Star (“Play The Goddamned Part” où les saxos luttent pour leur survie au milieu de beats écrasés) et Outside (la fascinante “God Break Down The Door” où même...

Lire la suite

Goat Girl – Goat Girl

Goat Girl – Goat Girl

Il y a deux mois sortait dans une relative indifférence un disque qui mérite la plus grande des attentions. Elles sont 4, viennent du sud de Londres et nous proposent un rock débraillé, jamais trop éloigné du punk, à la fois idéal à écouter d’une oreille distraite en sirotant une binouze qu’à décortiquer note par note une fois le charme opéré. Après une courte intro presque ténébreuse, débute un joyeux périple dans l’univers tout en décontraction de Goat Girl. Une distribution de morceaux qui semblent empreints de la plus grande innocence et qui se transforment très vite en tubes en puissance (les parfaitement évidentes et évidemment parfaites “The Man”, “Viper Fish”, “I Don’t Care Pt.2”, auxquelles s’ajoutent rapidement “Burn The Stake” et son envolée sur le refrain digne des Pixies, “Creep” et ses cordes qui brouillent les pistes, “Throw Me A Bone” dont la nonchalance planque une mélancolie sous-jacente ou “Cracker Drool” qui se balade malicieusement entre country, surf music voire dub). La voix grave charismatique de Lottie Cream séduit instantanément et porte des compos qui auraient très bien pu se débrouiller toutes seules et qui gagnent encore en efficacité mélodique. Douées les Goat ? Ça saute aux oreilles. Cool les Girls ? Ça ne fait aucun doute. Pour un premier album, le groupe fait preuve d’une grande aisance, une évidente complicité et semble sans forcer nous pondre du jouissif sur demande. Plus fort encore, la variété de l’offre. 19 morceaux sur la galette (un seul excède les 3 minutes !) et aucune envie irrépressible de presser la touche “next” (alors que la touche “repeat”, elle, n’en peut plus d’être sollicitée). Qu’on se le dise, tout est bon dans cette chèvre-là. Jonathan Lopez Comme on ne comprend pas toujours très bien le lien avec les “articles similaires” proposés ci-dessous, on vous recommande plutôt de lire : THE BREEDERS – POD THE BREEDERS – ALL NERVE PIXIES – DISCOGRAPHIE COURTNEY BARNETT – SOMETIMES I SIT AND THINK, AND SOMETIMES I JUST SIT COURTNEY BARNETT – TELL ME HOW YOU REALLY...

Lire la suite