LANE – A Shiny Day

LANE – A Shiny Day

(Twenty Something, 8 mars 2019) Ça leur avait manqué aux frères Sourice. S’enfermer dans un studio pour faire du bruit, partir en quête de la mélodie imparable, enregistrer, se planter, se marrer, recommencer. On ne doute pas que l’expérience a dû être ô combien stimulante en compagnie de deux jeunots (les frères Belin, du groupe Daria) et d’un très jeunot (Felix Sourice, fils de Pierre-Yves) ! Comme un nouveau départ en somme. Ça nous avait manqué à nous aussi, sevrés d’albums des Thugs depuis près de 20 ans. La première ration de 4 titres l’été dernier avait suffi pour raviver la flamme. Ici, le plaisir est prolongé sur 10 titres. Mais ne nous méprenons pas, ceci n’est pas le retour des Thugs. Il s’agit bien d’un nouveau groupe. Un groupe à trois guitares, de quoi foutre un bon bordel, et potentiellement se marcher sur les cordes. Il n’en est rien, et la basse de Pierre-Yves n’a peut-être jamais été si présente. L’osmose entre chacun est ici évidente. L’urgence est là, elle les guide, elle nous exalte. LANE semble avoir un train à prendre, et nous, on le prend en pleine face. La moitié des morceaux n’excède pas les trois minutes mais les mélodies sont omniprésentes, elles sautent aux oreilles dès les premières écoutes, les riffs marquent les esprits (“A Free Man” qui sonne comme un hymne) et les refrains collent aux neurones (“Clouds Are Coming”, “Winnipeg”). Même quand LANE calme le jeu, invite la mélancolie à la fête, l’émotion nous prend à la gorge, la réussite est totale (“Red Light”). En deux mots comme en 100 : ÇA TUE. Le tempo ralentit également en fin d’album (“Down The River”), la section rythmique relâche enfin l’étreinte avant d’offrir un crescendo qui, on l’imagine déjà aisément, donnera sa pleine mesure lors de fins de sets endiablés. Mais nous n’en sommes pas là. Nous voilà déjà comblés. Les frères Sourice détiennent toujours la formule, elle se marie merveilleusement bien avec celles des frères Belin. Cette union était une brillante idée, ce retour aux affaires est une bénédiction. C’était long toutes ces années, ne nous faites plus jamais ce coup-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DES THUGS – IABF Chronique à retrouver également dans le New Noise #47 Février-Mars...

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The Young Gods – Data Mirage Tangram

The Young Gods – Data Mirage Tangram

(Two Gentlemen / Differ-Ant, 22 février 2019) Ils sont nombreux, et pas que des tocards, à avoir appris la vie en ponçant les premiers albums des Young Gods, à s’être passionnés pour leurs évolutions stylistiques au gré des années et s’être demandés à quelle sauce ils allaient bien pouvoir être bouffés lors du retour des (plus si) jeunes dieux suisses. Ils ne s’attendaient sans doute pas à être cuisinés de la sorte par une électro propice à l’évasion, qui prend son temps, instaure tranquillement d’étranges climats. Le retour de Cesare Pizzi (claviériste, programmateur), absent des débats depuis les deux premiers albums d’humeur explosives, n’aura donc pas eu l’effet escompté. Les Young Gods n’éprouvent ici nul besoin de faire parler la poudre, ils se “contentent” de ramener leur science. Leur science de l’expérimentation, leur maitrise du son.Les guitares se font discrètes, elles ne se révèlent que lorsque la marmite explose, lorsque la tension devient intenable (les colossales “Tear Up The Red Sky” et “All My Skin Standing”, proprement fascinantes). La violence couve, mais elle est maîtrisée. Ce disque n’offre que sept titres, c’est peu après huit ans d’attente, mais il en impose, tant il brille par sa cohérence et son homogénéité. Et en dehors des deux singles “Figure Sans Nom” (divine escapade électro rock poétique) et “Tear Up The Red Sky” qui marquent les esprits immédiatement et durablement, le reste s’offre à qui veut bien l’attendre. Car il faut prendre son mal en patience pour pénétrer “Moon Above” où un Franz Treichler cerné par une rythmique déstructurée, un fracas de bruitages incessants et une absence notable de véritable mélodie (exception faite d’un harmonica bien saugrenu qui déboule sans coup férir), se demande fort légitimement “is this the blues i’m singing?”. Ça y ressemble en effet mais qu’est ce que ça fout là ? C’est une autre histoire. Les Dieux sont tombés sur la tête et c’est bien là le meilleur moyen de nous donner la foi. De son côté, “You Gave Me A Name” dégaine de sa poche une mélodie simpliste et efficace. Les Young Gods pourraient s’en contenter. Pas vraiment le genre de la maison. Ils préfèrent répéter inlassablement ce motif, avant que soudainement l’agitation les gagne et nous embarque ailleurs, où les sonorités affluent de toutes parts. Le piège se referme alors. L’égarement est donc fréquent mais il est savoureux. Combien de disques très accrocheurs de prime abord ont rapidement pris la poussière ? Combien se sont imposés peu à peu pour devenir incontournables ? Beaucoup, dans les deux cas. Les Young Gods ont depuis bien longtemps choisi leur camp, et ce n’est pas maintenant qu’ils vont en changer. Ils ne font pas dans l’aguicheur, ils séduisent par...

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Hélice Island – Hélice Island

Hélice Island – Hélice Island

(Zéro égal petit intérieur, 25 janvier 2019) On l’avait connu plus énervé. Lorsqu’il chantait pour feu Sons Of Frida, Benoit prenait un malin plaisir à nous malmener. Avec ses collègues turbulents, il avait pris pour habitude de fracasser des riffs sur nos pauvres têtes, de pondre des lignes de basses tendues comme des strings, de nous gueuler dessus comme si on avait commis l’irréparable. Sur sa petite île, accompagné d’Aurore et Florence, Benoit a trouvé l’apaisement. Après un “Anytime” un rien trompeur, tout en énergie contenue, le chant devient murmure, les sons s’étirent, la délicatesse vient supplanter la violence. Je vous vois venir, bande de gros bourrins, vous vous dites “ça y est il est devenu mou du genou, on va s’emmerder sec“. Nullement. Il faut simplement aborder l’œuvre différemment. Pas de choc frontal ici mais une séduction progressive, à mesure que l’on s’immerge dans cet univers envoûtant. Plus de superposition de guitares sursaturées (malgré quelques percées), des cuivres, des cordes et de douces mélopées chantées par deux voix complémentaires (la magnifique et poignante “Back In The Room” et son violoncelle qui diffuse une terrible mélancolie). Se réclamant davantage de Low que de Fugazi, Hélice Island lorgne il est vrai sur les terres du slowcore. Mais ce sont d’autres pensées furtives qui nous traversent : “The Queen Of The River”, armé d’une trompette désabusée, se situe non loin des belles ballades folk lo-fi d’un Lou Barlow. Et c’est plutôt à Arab Strap qu’on pensera avec ce texte déclamé sans la moindre émotion apparente mais empli de vague à l’âme, ce rythme lancinant, et ce violoncelle, toujours lui, qui vient nous saper le moral  (“Wrong”). Sur le final, la tension monte d’un cran, les cordes sont malmenées et gémissent. Nos esgourdes égoïstes ne trouvent, elles, rien à redire. Si ce n’est en réclamer davantage car comme avec tout bon EP, on n’est pas rassasié. En plus d’être le roi du calembour douteux, Hélice Island fait donc preuve d’une belle maitrise et d’une certaine sagesse. Certains appellent ça la maturité. Plutôt que d’employer des gros mots, on parlera simplement de talent. Jonathan Lopez https://heliceisland.bandcamp.com/album/h-lice-island LIRE LA CHRONIQUE DE SONS OF FRIDA – TORTUGA LIRE L’INTERVIEW DE SONS OF...

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Alice In Chains – Jar Of Flies

Alice In Chains – Jar Of Flies

(Columbia, 25 janvier 1994) C’est de notoriété publique : tout groupe de hard rock/metal se doit d’avoir au moins une power ballad. Mièvre, craignos, ou juste bien clichée, celle-ci n’est pas toujours du meilleur goût (pas besoin de citer d’exemples, vous les connaissez aussi bien que moi). Surtout quand on a un bourrin arracheur de dents comme chanteur qui soudainement se découvre un tempérament de lover, ça ne prend pas. Mais quand on a la plus belle voix du monde qui officie au micro, ce serait quand même con de se priver. En 1994, Alice In Chains met donc au placard la testostérone déployée sur les deux premiers albums et dévoile une facette intimiste (déjà révélée timidement mais brillamment sur le 4 titres Sap). Pas question ici de pondre un single sirupeux pour faire chialer les minettes. Non, Alice In Chains a beaucoup trop de classe pour se vautrer dans ce type de bassesse. Au lieu de ça, il sort Jar Of Flies, EP de 7 titres, à dominance acoustique, qui en déboussolera plus d’un mais les affirmera pour de bon comme un groupe unique et préparera idéalement le terrain pour un Unplugged faramineux. Le ver était dans le fruit donc mais cette “Rotten Apple” n’avait de pourrie que le nom. Pensez plutôt à un envoûtement prodigué par deux voix ensorceleuses chantant à l’unisson. Le gimmick du couplet (“Hey ah na na“) nous agrippe d’emblée, les ténèbres de Dirt semblent lointaines, les arrangements sont d’une grande finesse, les solos électriques de Cantrell, subtils et raffinés… Ce morceau se voudrait presque chaleureux (il ne l’est évidemment pas, pensez-vous). Puis vient un chef-d’œuvre. “Nutshell”. La beauté à l’état pur. Layne Staley arracherait les larmes à un officier de la Stasi, tout son cœur est là-dedans, le nôtre se morcelle. A-t-on déjà entendu un homme aller puiser autant dans le plus profond de son (mal) être ? Sans doute, mais rarement. Et l’émotion traverse chacun de ses mots. En douce, Jerry Cantrell cale du solo mémorable. Ce morceau ouvrira plus tard l’Unplugged (le meilleur Unplugged de l’univers, faut-il le répéter) et clouera tout le monde sur place. Bien calés dans notre cocon douillet, à l’abri des habituels coups de semonce, voilà qu’un climat jazzy s’instaure sur “I Stay Away”, soulignée par la basse imposante de Mike Inez qui signe ses débuts (remarquables et remarqués) au sein du groupe. Le ciel est dégagé mais s’assombrit peu à peu et le refrain, typiquement Alice In Chains, donne dans le poisseux et l’inéluctable. En arrière-plan, les guitares sont devenues menaçantes. Staley s’égosille sur la fin, l’intensité est montée de plusieurs crans et les violons viennent renforcer le caractère épique de la chose. C’était grand, on...

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Night Beats – Myth Of A man

Night Beats – Myth Of A man

(Heavenly, 18 janvier 2019) Depuis l’excellent Who Sold My Generation sorti il y a 3 ans déjà, le quatrième album des Nights Beats était attendu de pied ferme. Le voilà enfin entre nos mains fébriles et dès la première écoute, le constat est clair : l’énergie et le psychédélisme d’antan ont été supplantés par un son plus assagi et bluesy. Pour cela, Danny Lee Blackwell, le leader du groupe, a quitté son Texas natal, pour poser santiags et valises à Nashville en confiant la production à Dan Auerbach, l’une des moitiés des Black Keys. Il s’est également entouré de musiciens de session qui ont travaillé avec des légendes comme Aretha Franklin et Elvis. A l’écoute de Myth Of A Man, difficile de ne pas faire le parallèle avec le dernier Arctic Monkeys, son côté rétro, son chant très en avant, parfois proche du crooner (« Too Young To Pray »). La première écoute de l’album est déroutante et laisse un peu perplexe. Myth Of A Man nous semble d’abord quelconque mais finit, au gré des écoutes, par dévoiler ses qualités et devenir plaisant, pour peu qu’on accepte le changement de cap opéré par le groupe. Un sentiment de spleen plane sur ce disque marqué par la période destructrice que le groupe a traversé durant le processus de composition. A travers ses différents personnages, Blackwell nous dessine le mythe d’un homme, probablement son double, en quête de rédemption. La démarche est louable et donne lieu à un album non dénué de charme, à défaut d’être incontournable. Reste à voir ce qu’il donnera sur scène le 14 février prochain à Petit Bain (Paris). Alain Dutertre LIRE LA CHRONIQUE DE WHO SOLD MY GENERATION LIRE L’INTERVIEW DE NIGHT...

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Swervedriver – Future Ruins

Swervedriver – Future Ruins

(Dangerbird, 25 janvier 2019) Il y a quatre ans, Swervedriver fêtait son grand retour avec un bon disque, I Wasn’t Born To Lose You, qu’on a un peu oublié d’écouter depuis… Deux explications : 1 – Vingt ans après leur heure de “gloire” (tout est relatif), on ne consomme plus la musique de la même manière, on en bouffe H24, tout est accessible en un clic, et le disque qu’on écoute un jour peut très vite être effacé par celui du lendemain. Cruelle loi de la jungle musicale. 2 – Swervedriver a ravivé notre nostalgie, n’a nullement déshonoré son passé mais ne l’a certainement pas surpassé non plus. Donc une fois digéré le nouvel album, on s’est plus volontiers tourné vers nos bons vieux Raise et Mezcal Driver qui ont passé aisément l’épreuve du temps. Cela étant, on n’est ni trop vieux ni trop con pour bouder un nouvel album de Swervedriver et on a bien raison car, une fois encore, le savoir-faire du groupe saute aux oreilles dès les premières secondes. Avancer à tâtons dans ce brouillard diffus, façonné par des guitares noyées sous les effets, en suivant aveuglément les (belles) mélodies… On a connu pire expérience. Et on a connu de bien moins bonnes entames que celle de Future Ruins. Efficace en diable, “Mary Winter” ne marquera pas l’histoire par son originalité mais risque de squatter un coin de votre tête un petit moment. Un tube de plus dans l’escarcelle. Concurrent redoutable dans ce domaine, “The Lonely Crowd Fades In The Air” l’emporte même d’une courte tête tant son riff suffit d’emblée à dessiner un large sourire sur notre visage. Swervedriver a peut-être réduit la dose d’agressivité mais il connait son job, incontestablement, et Future Ruins recèle de chansons noisy pop de niveau supérieur à la moyenne, comme son morceau-titre. Les pensées affleurent, les souvenirs émus des 90s ressurgissent. La nostalgie est là mais il faut regarder devant. Et malheureusement constater que l’enthousiasme s’effrite peu à peu à mesure qu’on avance dans le disque. Il y a bien un “Drone Lover” aguicheur qui séduira sans difficulté bien au-delà des amateurs de drones mais aussi un mode pilotage automatique enclenché régulièrement quand Swervedriver fait dans l’évasion cotonneuse (“Golden Remedy”, “Radio Silent” qui s’étire plus que de raison). Pas de quoi plomber un disque de très bonne tenue mais de quoi s’interroger légitimement : va-t-on écouter régulièrement Future Ruins dans les années à venir ou préfèrera-t-on se replonger dans nos bons vieux Raise et Mezcal Driver ? On a une petite idée de la réponse. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE I WASN’T BORN TO LOSE...

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Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

(RCA, 9 novembre 1993) Fin 93, le Wu-Tang fait son entrée dans le monde du hip hop par la porte de derrière, qui cède sous les grands coups de lattes d’une armada de shaolins. Le monde n’est pas prêt. Il va en prendre pour son grade. Le monde n’est déjà pas prêt à ces looks. Bandanas, regards de tueurs, le Wu-Tang fait peur. Pas de doute, si on croise ces gars-là dans un tunnel sombre, on se chie dans le ben. Un coup de sabre est vite arrivé. Musicalement, l’impression est toute autre. Encore que… Si on ne ressent aucune envie de prendre les jambes à notre cou (nos oreilles aiment tant se faire maltraiter), l’agression est permanente. BRING DA MOTHERFUCKING RUCKUS! Les beats sont violents, le son brut et radical. RZA, génie du sampling, confectionneur hors pair d’instrus sombres, a pondu du très lourd pour sa bande d’excités du micro. Le monde n’est pas prêt. Il n’en a rien à foutre. Le monde devra s’y faire. Il y avait eu NWA avant eux mais on n’avait jamais entendu autant de killers au micro se succéder pour conter les belles histoires du ghetto. Tous les DJ vendraient leur couille gauche pour avoir un MC de ce niveau, le Wu-Tang en avait huit. Huit, putain ! Life’s a bitch, comme disait l’autre. Résultat des courses : agression permanente mais agression variée. ODB déclenche l’uppercut, Method Man y ajoute une balayette, GZA vous colle une beigne, Raekwon vise vos bollocks… Si besoin, il reste du renfort, prêt à porter le coup de grâce. WU-TANG CLAN AIN’T NUTHIN’ TA FUCK WIT! L’ambiance est unique. Les bas-fonds new-yorkais croisent des maitres shaolins, et une pincée de standards soul vient “””adoucir””””le tout (trois guillemets s’avèrent-ils suffisants ?). L’album croule sous les classiques, à tel point qu’aujourd’hui un best of du Wu-Tang est encore squatté par la moitié de Enter The Wu-Tang. “Bring Da Ruckus”, “Shame On A Nigga”, “Clan In Da Front”, “C.R.E.A.M.”, “Method Man”, “Protect Ya Neck”… C’est beaucoup trop, c’est n’importe quoi. Le monde n’était pas prêt mais il n’avait qu’à fermer sa grande gueule, écouter et encaisser. Car une affaire aussi rondement menée s’avère forcément lucrative. CASH RULES EVERYTHING AROUND ME. CREAM GETS THE MONEY, DOLLAR, DOLLAR BILL YA. La punchline est restée culte, les 36 Chambers n’ont plus aucun secret pour nous et tous les amateurs de hip hop vénèrent aujourd’hui le Wu-Tang Clan comme il se doit. Car personne n’était prêt mais tout le monde a retenu la leçon.  Jonathan...

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Steve Gunn – The Unseen In Between

Steve Gunn – The Unseen In Between

(Matador, 18 janvier 2019) C’est l’un des noms de la folk qui sonnent familiers mais demeurent assez méconnus. Dans l’ombre d’un Kevin Morby (avec qui il a tourné) ou d’un Kurt Vile (pour qui il a joué au sein des Violators), Steve Gunn n’est jusqu’alors pas parvenu à écrire son propre patronyme en haut de l’affiche. La donne pourrait bien changer avec The Unseen In Between, son 4e album, dégainé avec maturité et maîtrise. Dans la lignée de grands folkeux d’antan (Neil Young, Nick Drake) et des indie folkeux récents les plus en vogue (voir plus haut), Steve Gunn ne réinvente rien mais place ses pions très habilement et nous emporte sans difficulté dans son univers. Pas d’effet de manche mais une voix chaleureuse, un jeu de guitare fin et subtil, des mélodies raffinées (l’envoûtante “New Moon” teintée de psychédélisme en ouverture, la très poppy “Vagabond” ou la superbe “Stonehurst Cowboy” en hommage à son père décédé). Un disque qui sonne à la fois simple avec ses airs familiers, et sophistiqué. On entend les doigts glisser élégamment sur le manche de la gratte comme si on était dans la même pièce et, question arrangements, Gunn a sorti l’artillerie lourde (renfort de cordes sur “Luciano”, piano sur “Paranoid”, solos électriques sur “New Familiar” ou “Lightning Field”). Comme s’il nous promettait une soirée tranquille au coin du feu et qu’il se mettait à tirer des feux d’artifice sous nos yeux ébahis (discrets les feux d’artifice, pas question d’effrayer le voisinage). Pas d’ennui à déplorer donc mais un disque à s’écouter au chaud en regardant la neige tomber. Et un nouveau nom à cocher. Le haut de l’affiche, c’est pour bientôt Steve. Jonathan...

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Green River – Dry As A Bone EP/Rehab Doll

Green River – Dry As A Bone EP/Rehab Doll

Sub Pop (Rééditions), 25 janvier 2019 Green River ou le supergroupe avant l’heure. Le groupe se forme en 1984 et en cet an 0 du grunge, il n’est alors composé que de cinq illustres inconnus chevelus. Parmi eux, deux futurs Mudhoney, Mark Arm (chant) et Steve Turner (lead guitar), croisaient le fer avec deux futurs Mother Love Bone et Pearl Jam, Stone Gossard (guitare rythmique) et Jeff Ament (basse). Un an plus tard, Green River a un premier EP (Come On Down) dans sa besace et s’est déjà fait plaquer par Steve Turner, remplacé par Bruce Fairweather (qui, lui, n’est autre que le futur gratteux de Love Battery). Un début d’émulation est en train de naître dans la ville où il tombe toujours des cordes. Aux côtés de Green River, quelques groupes bruyants font trembler les murs des clubs de Seattle et se retrouveront sur la (désormais culte) compil Deep Six. Ils s’appelaient Melvins, Soundgarden ou encore Malfunkshun (avec Andy Wood, futur frontman exubérant de Mother Love Bone, futur coloc de Chris Cornell, futur premier destin tragique d’une longue lignée…). L’histoire est en marche et si on leur avait dit à l’époque qu’ils seraient à l’avant-garde de la scène vers qui tous les yeux allaient être rivés quelques années plus tard, ils se seraient bien foutus de notre gueule. Nous non plus, on n’y aurait pas cru à l’écoute de Dry As A Bone, première sortie d’un petit label local nommé Sub Pop, et deuxième EP de ce groupe au cul un peu coincé entre une chaise punk et l’autre hard rock/metal. Pas très confortable mais Green River s’en accommode assez bien et cette particularité fait également son charme (même si elle les mènera à un irrémédiable split). Malgré tout, on ne va pas vous la faire à l’envers non plus, Green River, en dépit de son indiscutable statut culte et sa prépondérance pour façonner un son qui allait traumatiser toute une génération, n’a pas produit de chef-d’œuvres injustement méconnus. Bien sûr, Fairweather savait déjà tricoter du riff qui cogne bien (“In My Town”), la doublette Gossard/Ament était déjà des plus affûtées et groovait comme il faut (“PCC”, “Unwind”), Mark Arm s’en donnait à cœur joie et faisait déjà un très bon imitateur d’Iggy Pop (comme sur le bien teigneux “Hangin’ Tree”, présent initialement sur la – non moins culte – compil Sub Pop 200)… Mais en dehors de quelques titres qui sortent aisément du lot, on déplore bon nombre de morceaux plus anecdotiques. Rehab Doll et Dry As A Bone avaient pour eux une énergie féroce, des membres indiscutablement talentueux, des compos solides mais finalement assez peu de mélodies mémorables. Au-delà DU tube “Swallow My Pride” écrit par...

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Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

(4AD, 18 janvier 2019) S’il est vrai que l’actualité du moment n’incite pas vraiment à l’optimisme, on a connu des titres d’albums plus engageants. La crainte était donc de se coltiner un Deerhunter fleurant bon la sinistrose. Heureusement il n’en est rien, ou si peu. Si la mélancolie s’avère assez prégnante sur ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared?, on retrouve une diversité fort appréciable et surtout deux des forces récurrentes de ce groupe : des morceaux qui nous semblent très vite familiers (“Element”, “What Happens To People”, “No One’s Sleeping”) et une capacité à susciter l’envie d’en explorer tous les recoins, en quête d’éventuels trésors cachés. Des trésors on n’en trouve pas toujours, pas partout et peut-être pas aussi mirifiques que ceux dénichés dans Microcastle ou Halcyon Digest, mais on revient rarement bredouille. Et les arrangements d’une grande finesse (“Greenpoint Gothic”, “Nocturne”) ne manquent pas de susciter l’enthousiasme, comme la direction inattendue empruntée par certains morceaux. Ainsi, quand en début d’album, “Death In Midsummer” nous plonge dans l’époque médiévale avec cet étrange clavecin anachronique, on reste d’abord interdit avant de se laisser embarquer. Car très vite, Bradford Cox enfile son costume de troubadour pour amuser la galerie. C’est du Deerhunter après tout, et ce n’est pas le genre de la maison de nous laisser planter là. Alors non, tout n’est pas parfait. “Détournement” ne parvient pas à susciter grand chose si ce n’est détourner notre attention, “Tarnung” nous emmerde un brin avec ses contours jazzy et globalement Deerhunter ronronne un peu trop sur la face B… Mais la pop de Deerhunter possède toujours ce truc qui fait la différence et s’il y a bien quelque chose qui n’a pas disparu à l’écoute de ce disque, c’est notre enthousiasme pour un groupe qui cultive toujours mieux que quiconque sa singularité. Jonathan...

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