Mars Red Sky – The Task Eternal

Mars Red Sky – The Task Eternal

(Listenable, 27 septembre 2019) Automne 2019. Retour sur Terre du stoner psyché stellaire de Mars Red Sky. Depuis leur 1er album éponyme marquant de 2011, le trio composé de Julien Pras (chanteur-guitariste), Jimmy Kinast (bassiste) et Mathieu Gazeau (batteur) se rappelle régulièrement à notre bon souvenir en étoffant sa discographie de disques et autres EP indispensables. The Task Eternal, leur 4e album, ne déroge pas à la règle. Et rappelle au passage que peu de groupes tricolores réussissent une aussi belle carrière et unanimité critique à l’international. À l’instar du triangle massif de l’artwork (à nouveau très réussi), Mars Red Sky est un pur trio. Une trinité rock au son pachydermique. La basse est omniprésente (c’est presque une réhabilitation pour tous les bassistes du monde !), la batterie pilonne un rythme tellurique et la guitare experte de Julien Pras (dont les plus anciens vantaient déjà le talent de mélodiste du temps de son ancien groupe Calc) explore les confins d’un ailleurs psychédélique. Dès l’ouverture et les 8 minutes épiques de « The Proving Grounds », Mars Red Sky martèle méthodiquement son stoner singulier. Rythmique martiale pour headbanger, guitares furieuses, solis mélodiques, pont instrumental vers les étoiles, crescendo final et toujours cette voix qui semble flotter, légère, spatiale, au-dessus du chaos. Mars Red Sky est bien de retour ! Alors après on peut toujours pinailler. Avec une identité sonore aussi reconnaissable, difficile d’entrevoir une évolution notable au niveau du son. En même temps, ils n’allaient pas se mettre à faire du disco ! Comme Tool qui fait du Tool (et bien) sur son dernier album, Mars Red Sky fait du Mars Red Sky (« Soldier On »). Avec le bien nommé « Collector », il s’offre même un « tube » de 4 minutes, véritable concentré de leur savoir-faire. Concis et efficace. Ceux qui n’aiment toujours pas l’équilibre étrange entre cette musique lourde et la voix éthérée de Julien Pras peuvent encore passer leur tour. Les autres, comme votre serviteur, qui y entendent justement la trouvaille qui les hisse loin au-dessus de la mêlée revival heavy rock millésimé 70’s continuent de louer la constance des Bordelais. Dans une musique de qualité. Sans frontières. Écouter juste le diptyque de 15 minutes « Recast » – « Reacts » et si vous êtes toujours sceptique, ben ma foi, je n’ai plus d’arguments. Ou le folk éthéré de « A Far Cry », brise légère qui soulève la poussière rouge martienne. Sublime. Parce que oui, ces gars-là ont de l’imagination et nous transportent dans un trip sonore teinté de SF. On met son casque, on ferme les yeux et on voyage (l’énorme instrumental « Reacts » et ses guitares dopées aux effets !)....

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Shannon Wright – Providence

Shannon Wright – Providence

(Vicious Circle, 20 septembre 2019) On ne va pas faire comme si on était totalement tombés des nues non plus. Cela fait un bail que Shannon Wright joue des morceaux au piano et son album précédent, le bouleversant Division, était annonciateur de la direction prise sur Providence. Les débuts folk sont loin, les bourrasques noise sont oubliées, même les incursions électroniques ont été mises de côté. Un piano, une voix. Et c’est marre. Un choix audacieux mais quand on a la voix de Shannon Wright, on peut envisager les choses avec sérénité. En dépit des doutes qui l’assaillent régulièrement (voir notre interview), elle peut faire confiance à son talent, laisser parler sa sensibilité, exposer sa fragilité, pour partir à la conquête des pauvres âmes des auditeurs. Et le début de cet album lui donne raison. “Fragments” se saisit immédiatement de nous et ne nous laisse guère le choix. Il faut accepter, partir avec elle. Sans retenue. Moins de sobriété pour “These Present Arms” avec des chœurs qui viennent renforcer la dramaturgie et le crescendo du refrain qui nous flingue pour de bon. L’intensité est énorme, c’est somptueux. Shannon qui se plaît à maltraiter les guitares, joue au piano de manière très déliée. Et sa voix se marie tout aussi bien à la délicatesse des notes effleurées, même si on retrouve son goût pour les notes graves. Sur “Close The Door”, elle laisse son piano s’évader seul durant un long moment et le morceau-titre est même totalement instrumental. La confiance est là, donc. La maitrise et l’émotion également. Mais… Mais l’exercice a ses limites. Après les joyaux précités du début d’album, l’euphorie redescend d’un cran. On a beau aimer éperdument la musique de Shannon Wright, être touché au cœur par son chant si authentique, se montrer admiratif devant sa maitrise de ce noble instrument qu’est le piano, le constat est là : cet album n’a simplement pas le même effet sur nous qu’avait eu Division. Il ne dégage pas la même force. La mise à nu lui sied admirablement mais finit par la desservir quelque peu. On ne réclame pas forcément de l’électricité à cors et à cris mais une surprise, un sursaut à même de rompre la monotonie qui s’instaure lentement mais inexorablement. Difficile de parler d’échec pour autant, tant Providence comporte de vrais moments forts. Il faut simplement se faire à l’idée de n’apercevoir les sommets que furtivement et quand on est habitués à les côtoyer durablement, cela peut être difficile à accepter. Jonathan Lopez Shannon Wright sera au Trianon de Paris le 14 octobre, au Théâtre Comédie Odéon (Lyon) le 20 et au Krakatoa (Mérignac) le 22. Tous nos articles sur Shannon...

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Chastity Belt – Chastity Belt

Chastity Belt – Chastity Belt

(Hardly Art, 20 septembre 2019) S’il y a bien quelque chose que j’ai appris grâce à mon immense expérience (rires) dans le journalisme musical (hormis le fait que je ne pourrai jamais en vivre et que DJ Muggs est un gros con), c’est de toujours se méfier des communiqués de presse trop élogieux. « L’album de la maturité », « retour fracassant », « untel comme vous ne l’aviez jamais entendu », j’en passe et des plus ridicules et infondés servis à toutes les sauces. Ces formules se soldent souvent par de cruelles désillusions.   Concernant ce nouvel album de Chastity Belt, qu’on n’attendait pas comme le messie, mais avec une légère excitation vu la qualité du précédent, voilà ce qu’on nous vend : « leur disque le plus développé musicalement et nuancé »… Et une fois encore, on tombe de haut ! Aucune révolution dans le son de Chastity Belt : de l’indie pop légère, de jolies mélodies, des voix qui s’entremêlent, des guitares qui tricotent gentiment et parfois de légères embardées noisy pour pimenter la chose (léger le piment, on insiste). Personne ne sera perdu… ni bouleversé. Car, il faut bien le dire, après quelques écoutes distraites où le disque fait office d’agréable fond sonore, on a beau retenter le coup à maintes reprises, bien peu de chansons se démarquent. Des arpèges délicats en ouverture ? On prend (« Ann’s Jam »). Une mignonne ballade mélancolique pour conclure ? On ne crache pas dessus (« Pissed Pants »). Et entre les deux, quelques rares moments où on dresse l’oreille (allez, « Rav-4 » est séduisante et la présence d’un violon s’avère bienvenue). A part ça, tout se ressemble, rien n’est mauvais, rien n’est fameux, tout est terriblement monotone et tristement anecdotique. Tristement car, encore une fois, son prédécesseur était autrement plus réjouissant (son seul single « Different Now » dessinait immanquablement un sourire niais sur notre visage au bout de quelques secondes). Le communiqué aurait donc pu (dû) se contenter d’évoquer « un groupe d’amies qui s’aiment », « qui ont trouvé une zone de confort », « qui souhaitent avant tout faire de la musique pour elles-mêmes ». Vous nous en voyez ravis mais on aurait aimé qu’elles sortent davantage de cette « zone de confort » et ne se contentent pas de réciter leurs gammes. Si vous voulez passer de la musique qui ne dérangera personne en soirée tout en entretenant votre indie credibility, pourquoi pas. Sinon, autant vous repasser les précédents albums qui, même quelques années plus tard, ont toujours quelque chose à offrir alors que celui-ci risque d’être très vite oublié… Jonathan...

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Echoplain – Echoplain EP

Echoplain – Echoplain EP

(Atypeek, 15 septembre 2019) Qui sont donc les trois salopards qui sévissent dans Echoplain ? Deux anciens fils de Frida, Emmanuel Boeuf (guitare-chant) et Clément Matheron (basse), cajoleurs d’esgourdes sans pareil, accompagnés de Stéphane Vion (La Diagonale Du Fou, Velocross), copain batteur à la frappe lourde mais au cœur tendre. Trois hommes, trois morceaux, trois parpaings. Tâchons de nous montrer aussi concis qu’eux : des lignes de basse qui suintent l’anxiété, des fûts violentés, une guitare hurlante qui ne veut rien céder et ne jamais s’épancher. De l’urgence, de la douleur, de la tension, des cris saccadés, des phrases en suspens, des sentences scandées. Allez, reconnaissons de temps à autre une éclaircie, un joli petit break tout ce qu’il y a de plus accrocheur (délicatement délicieux sur “This is”). Rassurant et trompeur, évidemment. Car la raclée se termine toujours comme elle avait commencé. Fesses rouges et yeux baissés. Et un sentiment bien ancré : ces salopards-là ne nous épargneront rien. Et alors qu’on commençait à se dire qu’ils ne nous veulent finalement que du bien, ils nous laissent en plan, avec trois misérables chansons à faire tourner. On ne tiendra pas longtemps. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sons Of Frida Tous nos articles sur...

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Arcade Fire – Funeral

Arcade Fire – Funeral

(Merge, 14 septembre 2004) Il y a quinze ans, on assistait à l’avènement d’un groupe phare des années 2000 : Arcade Fire. Le groupe canadien, originaire de Montréal, réussissait le coup de maitre de sortir un classique intemporel dès son premier album. Et son meilleur disque (?). Très tôt adoubé par David Bowie (y’a pire pour débuter dans le métier) et acclamé par la critique nord-américaine, Funeral a rapidement déferlé sur l’Europe. Déjà très amateur de la scène canadienne et du label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think…), je suis forcément tombé sur ce disque en 2005 à sa sortie européenne. Avec un nom pareil, on pouvait craindre un album sombre et les premières écoutes furent assez surprenantes. Malgré de nombreux décès survenus dans l’entourage du groupe à l’époque de la genèse du disque, c’est pourtant une énergie folle et un lyrisme incandescent qui émanent d’une bonne partie des 10 titres. Comme une furieuse envie de (sur)vivre. Malgré le deuil, le groupe va aligner hymnes (pop)-rock épiques et addictifs, alternant avec quelques titres touchants et plus introspectifs (le folk élégant de « Neighborhood#4 (7 Kettles) »). L’album est riche, plein de surprises, foisonnant d’instruments divers, et de cordes élégantes. Et malgré une production qui sonne aujourd’hui un peu « plate », le charme opère toujours. Par la grâce d’un songwriting d’orfèvre. Dès les premières notes de piano de « Neighborhood#1 (Tunnels) », on replonge. Le rythme en crescendo, le motif répétitif piano-guitare, le chant erratique mais habité de Win Butler, les envolées de cordes. Quelle ouverture d’album ! Le groupe a soigné ses effets et la clôture est tout aussi sublime avec ce « In The Backseat » explicite où la voix, tour à tour fragile et déchirante de Régine Chassagne fout le frisson. Sur le titre le plus tragique, évoquant la mort de sa mère. Si l’on peut trouver à redire sur la qualité technique et vocale du duo Butler-Chassagne, la sincérité, la fragilité et l’émotion qui émanent des titres plus intimistes emportent l’adhésion. Et le groupe est par ailleurs capable de semer un beau petit brin de folie dans des titres de facture classique comme « Une année sans lumière » ou « Crown Of Love », au final assez halluciné tout en violons. Ou de s’évader vers d’autres contrées musicales comme sur le tropical « Haiti » qui évoque (en partie en français) le pays d’origine de Régine Chassagne. Mais c’est surtout l’énergie flamboyante du septet qui irradie des titres les plus énervés. Pour un « Neighborhood#2 (Laïka) » un poil faiblard, on a un trio de titres parfaitement disséminés dans l’album pour ranimer le feu qui couve. « Neighborhood#3...

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Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

(Ipecac, 13 septembre 2019) L’annonce de la collaboration entre Jean-Claude Vannier et Mike Patton avait de quoi surprendre de prime abord mais en y réfléchissant bien, elle coule de source. Car Mike Patton, chanteur de Faith No More/Mr. Bungle/Fantomas/Tomahawk/Mondo Cane/Dead Cross (liste non exhaustive) n’est pas à un grand écart vocal près et est un fondu de Gainsbourg. C’est d’ailleurs en travaillant sur un concert hommage à ce dernier qu’il avait rencontré Vannier, compositeur du magistral Histoire de Melody Nelson. Ils avaient alors émis l’idée d’un travail en commun. C’était il y a huit ans… Les liens n’étaient pas rompus, il fallait simplement laisser du temps au temps… Nous y sommes enfin, et de temps nous n’avons guère besoin pour nous assurer que le duo se complète remarquablement : dès “Ballad C.3.3” en fait, où sur un air piano-jazz, Patton déroule son phrasé en mode narrateur décontracté du gland avant que les cuivres ne s’emballent soudainement. Notre fêlé préféré se fend de cris jubilatoires en fin de morceau comme s’il exultait devant cet épatant résultat. C’est un (putain de) “Camion” groovy en diable qui vient parfaire la démonstration avant que Patton n’endosse l’un de ses costumes préférés : celui de crooner/lover le temps d’une “Chanson d’amour” qui fera fondre ses dames (et doucement ricaner – à tort ! – ses messieurs). On ne fera pas preuve du même enthousiasme sur l’ensemble de l’album qui, s’il est admirablement produit et orchestré, n’évite pas toujours les fautes de goûts. “Insolubles” est ainsi particulièrement lourdingue avec ses arrangements qui évoquent la musique méditerranéenne (grecque ? Italienne ? Ça sort de notre domaine de compétence). C’est probablement très sympa en dégustant un souvlaki en bord de mer et on aurait sans doute donné une pièce au groupe en représentation mais dans la grisaille parisienne, on préfère écouter Jessica93 (ou Souvlaki de Slowdive, n’importe où). “Pink And Bleue” atteint, elle, des sommets de mièvrerie avec ses violons mielleux et son refrain franchement pénible. Mais comment interpréter un morceau qui commence par “when i drink too much, i shit my pants” et agrémenté de “listen dumbass, douchebag” ? Sans doute pas très au sérieux. On n’en fera donc pas un drame d’autant qu’auparavant on s’était retrouvé “On Top Of The World” après que d’aimables sifflotements furent expédiés par un refrain ravageur et ô combien jouissif, on s’était réjoui de déguster une “Cold Sun, Warm Beer” déjantée qui sonne très Mr. Bungle, on avait apprécié un petit tour de maison hantée entre frousse et rigolade, façon Sleepy Hollow (“Hungry Ghost”), on était resté interloqué devant “A Schoolgirl’s Day” où Patton se met au spoken word pour nous conter la journée fort banale d’une écolière sur une...

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Pixies – Beneath The Eyrie

Pixies – Beneath The Eyrie

(Infectious/BMG) La carrière de Frank Black ne serait-elle qu’une gigantesque leçon d’ironie ? Pensez-y : – Les Pixies ont été beaucoup snobés par leurs pairs plus friands de noise rock pur et dur et n’ont obtenu qu’un succès d’estime du temps de leur première carrière. – Le groupe s’est séparé avant de pouvoir bénéficier de l’effet Nevermind, alors que Cobain et Novoselic criaient sur tous les toits que “Smells Like Teen Spirit” était un plagiat éhonté de leur formule loudQUIETloud.– Ses premiers albums ont bien mieux marché que les 4 du groupe à l’époque, mais on a commencé à lui reprocher de faire moins bien qu’avec les Pixies.– C’est Kim Deal qui s’est payé la part du lion avec les tubes des Breeders.– Quand il a réuni les Pixies en 2004 en clamant haut et fort que c’était pour l’argent, personne ne s’est plaint, mais maintenant qu’il a vraiment l’air de se faire plaisir à ressortir de la musique avec Lovering et Santiago, on lui reproche de ne faire ça que pour le fric. Allez comprendre… Pourtant, il y en a eu du chemin depuis Come On Pilgrim, et même pas mal de parcouru depuis la fameuse reformation de 2004. Et le temps passe vite, mais ça fait déjà six ans qu’on s’est pris dans la face le départ de Kim Deal et les singles qui allaient devenir Indie Cindy. Aujourd’hui, c’est le 3e album de la formation sans Kim, et mine de rien la bande à Frankie continue son petit bonhomme de chemin vaille que vaille en cherchant son propre rythme. Et fichtre, peut-être bien qu’ils l’ont trouvé cette fois-ci ! Indie Cindy tentait pas mal de choses, mais ne réussissait pas toujours, le résultat était donc mitigé. Head Carrier donnait l’impression d’être en pilotage automatique, sans aucune prise de risque, mais n’avait aucun vrai raté (on oublie le sous “Where Is My Mind?”, d’accord ?). Beneath The Eyrie semble lier le meilleur des deux : sortir un peu des sentiers battus pour se créer une identité sonore propre sans se perdre avec des morceaux douteux (pas d'”Andro Queen” ou de “Ring The Bell”, ouf !). Malgré une production tirant un peu trop sur les années 80 à mon goût, le disque a une identité assez cohérente qui me rappelle les premiers albums solo de Frank Black, mais dont certains titres m’évoquent Leonard Cohen (“Bird Of Prey”), Ennio Morricone ou, plus étonnant, du vieil Alice Cooper (This Is My Fate”) ; bref, pas vraiment ce qu’on s’attend à trouver en premier lieu chez les Pixies, même si ce n’est pas la dose de surf sec, les solos concis de Santiago et la patte mélodique de Black sont bien...

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Last Train – The Big Picture

Last Train – The Big Picture

(Deaf Rock/Caroline International, 13 septembre 2019) Ah le fameux cap du deuxième album ! Classique écueil pour tout groupe qui aspire à une carrière au long cours. Voici qu’arrive The Big Picture, l’attendu deuxième essai d’un groupe français qui monte : Last Train. Précédé d’une (très) solide réputation scénique et d’un premier disque marquant (Weathering), les alsaciens sont attendus par de nombreux observateurs comme les leaders d’un rock français à nouveau fringant. Le groupe capable de réconcilier les puristes du rock indé et le public rock plus mainstream. Ajoutez à cela que le quatuor, à l’instar des gascons de The Inspector Clouzo, a choisi un fonctionnement do it yourself (du vrai rock indé quoi !) et qu’ils organisent même leur propre festival en septembre du côté de Lyon ! Avant d’aller (re)goûter sur scène l’énergie du groupe et le voir défendre la rage au ventre cet album, penchons-nous sur ces 10 titres. Superbe teasing que les 2 titres déjà dévoilés ces dernières semaines et qui offraient un bon aperçu du talent du quatuor. D’abord l’élégant et délicat « The Idea Of Someone », parfaite bande-son pour l’artwork sobre et monochrome de la pochette. Pas de fioritures, de belles mélodies, chant splendide, un peu d’électricité sur la fin. Sobre. Classe. Derrière, « Disappointed » met sa bonne claque. Last Train balance sa spéciale : le rock urgent et rageur, qui m’évoque ici les anglais de Royal Blood. Addictif. A l’image de Weathering qui ne choisissait jamais entre rock furieux et mélodies imparables, Last Train creuse le même sillon (« Right Where We Belong »). Avec une dose plus prononcée de mélancolie cette fois-ci. L’album réserve toutefois quelques petites nouveautés comme un instrumental de piano triste (« A Step Further Down ») ou ce « Tired Since 1994 », ballade (presque) acoustique assez sublime. Intro sobre et délicate, mid tempo languissant, bribes de guitares et cette belle envolée finale avec cordes élégantes. La production, un poil (trop) lisse sur les titres les plus apaisés, ne néglige heureusement pas l’électricité plus abrasive. Dès l’inaugural et tubesque « All Alone », le son est ample, guitares en avant, on met quand même plus de volume (on se fait plaisir !) et on compte les jours avant de voir ça sur scène. L’album est solide, sans temps faible (peut-être « I Only Bet On Myself ») et même un « Scars » a priori faiblard à la première écoute finit par convaincre avec un solo inspiré. Et c’est tout ? Non, puisqu’on a aussi droit à deux morceaux de bravoure que le groupe affectionne (remember « Fragile ») et qui vont faire grimper la cote de ce disque. Avec « On Our Knees », Last...

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Tool – Fear Inoculum

Tool – Fear Inoculum

(Volcano Entertainment/RCA, 30 août 2019) À trop jouer avec nos nerfs, à repousser constamment l’échéance, Tool ne se serait-il pas tiré une belle balle dans le pied ? Forcément treize interminables années après 10,000 Days, l’attente est démesurée et nombreux sont ceux qui se ruent sur l’objet tant convoité en se lançant dans des jugements à l’emporte-pièce le disque à peine écouté, à base de « tout ça pour ça ». C’est tentant, c’est vrai. Un peu futile, aussi. S’il y a un groupe qui nous a appris à nous montrer patients, à laisser monter la sauce pour pénétrer son univers si particulier, c’est bien Tool. On parle de métal progressif, pas de punk à roulettes. Tool, à qui tous ceux qui ont pris la peine de VRAIMENT écouter, reconnaissent au minimum un grand savoir-faire, si ce n’est un génie certain. Tool qui nous livre ici un disque Tool-esque de A à Z, ce qui n’est visiblement pas du goût de tous. On se réjouit que Dino continue de faire du Dino mais pour Tool, il aurait visiblement fallu qu’ils révolutionnent leur musique. Allez comprendre… Accordons-nous sur le fait que Fear Inoculum manque peut-être un poil d’audace. Le disque est solide sans aucun doute, certains morceaux nous emportent sans mal, les constructions sont comme d’habitude formidablement étudiées mais l’effet de surprise se révèle plutôt rare. Et surtout, il est assez avare en vrais momentums, en riffs qui aplatissent tout le monde, en breaks assassins, en envolées vocales monstrueuses. C’est sans doute ce qui conduit certains à considérer Fear Inoculum comme « sans idées », « vide », « chiant ». Raccourcis éhontés pour ne pas dire gigantesques conneries mais, à l’heure de l’immédiateté et des playlists Spotify qui tournent en boucle, la musique de Tool fait plus que jamais figure d’OVNI. D’autant qu’elle est ici poussée à son paroxysme avec six morceaux dépassant allègrement les dix minutes, souvent plus contemplatifs que par le passé. Ajoutez à cela, une pochette somme toute assez dégueulasse qu’on aurait sans doute déjà trouvé datée il y a 13 ans et le choix curieux d’envoyer au front « Fear Inoculum » comme single, ce qui a également pu décontenancer… Tout en maitrise, il n’est sans doute pas le morceau le plus marquant de ce disque. Soit. Mais après m’être plongé, replongé dans cet album, laissé de côté les a priori, difficile de ne pas y succomber pleinement… et de se refuser le plaisir d’y revenir régulièrement. Un disque très immersif, c’est une évidence (nécessitant de ce fait une grande attention, tant pis pour vos notifications Facebook), au cours duquel on ne s’ennuie pas malgré la durée (1h20 !), et qui ne cesse de monter en puissance jusqu’à l’apothéose « 7empest ». « Pneuma »...

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Ventura – Ad Matres

Ventura – Ad Matres

(Vitesse, 30 août 2019) Il sort le 30 août, il est attendu depuis de longues années et pourtant vous n’en avez probablement rien à carrer. Grave erreur ! Tout nouveau disque de Ventura se doit d’être accueilli en fanfare. Parce qu’il ne cessera de tourner jusqu’au prochain, qu’il débarque dans 5, 10 ou 20 ans. L’attente sera moins longue, espérons-le, que les six ans qui viennent de s’écouler. Et la gestation moins douloureuse puisque si Ad Matres confirme, après Ultima Necat, le penchant du groupe pour les langues mortes, il salue avant tout la mémoire de la mère disparue d’un des membres. Ajoutez à cela le départ du batteur et vous obtenez un contexte extrêmement pesant qui se ressent assez nettement. Il est donc ici question de deuil, forcément. De nouveau départ aussi, évidemment. Ne cherchez pas de successeur à “24 Thousand People” ou “Nothing Else Mattered” qui vous clouaient au sol en deux ou trois minutes. Ne guettez pas en vain l’immédiateté, prenez le temps de vous immerger, encaissez les coups puis relevez-vous, comme ils ont su le faire.  L’introduction se déroule dans le calme, un apaisement en guise de leurre, un recueillement en forme de pleurs dans cet “Acetone” qui n’a de Mudhoney que le nom et prend plutôt une allure slowcore à la quiétude toute relative. Puis, Philippe et son chant qui transpire l’intranquillité, entre en scène accueilli par un riff tournoyant redoutable. Pour évoquer le vide, le mal-être (“I am void, self-centered and paranoid“). Premier coup de massue. Déboule ensuite un petit chef-d’œuvre dans la plus pure tradition Venturesque. Arpèges vicelards, tension sous-jacente… et le refrain libérateur qui vient tout balayer. Le tout s’achève inévitablement dans un fatras incommensurable. Ça s’appelle “Faith & Hope & Charity” et c’est merveilleux. Vous écoutez Ventura. Que peut-il bien vous arriver de mieux ? On est d’accord.  “Johnny Is Sick” se morfond ensuite dans une langueur anesthésiante avant la déflagration soudaine. Il parait que le batteur est nouveau ? Il semblerait que ces trois-là se connaissent déjà par cœur, pourtant. On ne va pas vous faire tous les titres, vous avez une idée du tableau… N’oublions surtout pas la shoegaze “The Dots Better” à la mélancolie terrible, capable de vous plomber le jour de la naissance de votre enfant. Ne dédaignons jamais “To Stand No Has One” et son intro sublime avec un Philippe qui se demande bien “Where’s everyone running?” et ce pont d’une classe indécente.  Des sommets de noirceur sont atteints sur “To Suffer”. Le clou s’enfonce un peu plus chaque fois que ces mots sont répétés (un nombre incalculable de fois, évidemment) mais la beauté finit toujours par émerger des décombres, s’extirper de la violence. C’est...

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