The KVB – Only Now Forever

The KVB – Only Now Forever

The KVB n’en est pas à son coup d’essai, loin s’en faut (8e album, déjà !) mais il se refuse à ressasser les mêmes marottes. Ceux qui ont bien accroché à Of Desire (et il y avait de quoi) ne seront pas tout à fait déboussolés, le duo ne s’est pas mué en une formation punk hardcore, les larsens n’ont pas supplanté les synthés, mais Only Now Forever laisse filtrer un peu de lumière là où ses prédécesseurs se complaisaient dans la pénombre. Ils ont beau adopter régulièrement un ton glacial ces KVB, ils savent se montrer accueillants et captivants pour peu qu’on les laisse se confier (l’imparable “Above Us” en ouverture). Il est en outre fréquent que le thermomètre grimpe pour indiquer une chaleur inhabituelle, on se laissera même surprendre plus souvent qu’à son tour à remuer le popotin, emportés aveuglément par un beat contagieux (“On My Skin” qui lorgne vers la dance ou l’électro cosmique de “Afterglow” et “Into Life”). Les robots semblent avoir pris le pouvoir et ils adoptent un look plutôt rétro 80s qu’ultra moderne, cela va de soi. En conséquence, le kitsch n’est parfois pas très loin mais l’ensemble est si solidement agencé qu’on finit toujours par se laisser prendre. Les mystères de la pop mon bon monsieur ; enrobez là comme vous voulez, si les mélodies sont au rendez-vous, c’est dans la poche. Pop n’a jamais été un gros mot pour The KVB mais il est ici plus assumé que jamais, à l’image de la belle mélancolie de “Violet Noon” aux chœurs éthérés qui s’envole aux confins d’une dream pop/shoegaze aussi touchante qu’inattendue, de la vaporeuse “No Shelter” ou de “Tides” qui a tout du single très (trop ?) calibré. Si l’intérêt faiblit quelque peu sur la face B (“Live In Fiction” et “Cerulean” sentent un peu la redite), force est de reconnaître que, sans dégainer l’artillerie lourde mais en faisant parler sa finesse, The KVB déploie tout un panel d’arguments auxquels il est difficile de rester insensible. Jonathan...

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PJ Harvey – Is This Desire?

PJ Harvey – Is This Desire?

Il m’a fallu du temps pour le réaliser pleinement, aujourd’hui plus de doute : PJ Harvey est grande. Et l’une des preuves les plus irréfutables de sa grandeur est ce Is This Desire?. Il n’a que 20 ans, il est déjà intemporel. Après avoir entamé sa discographie remontée comme une pendule, Polly Jean allait peu à peu nous montrer l’étendue de sa classe avec des morceaux plus apaisés, plus profonds laissant sa voix gagner en maturité et prenant ainsi le large sur les concurrentes. Premier virage amorcé par le colossal To Bring You My Love. La curiosité est donc de mise lorsque déboule ce 4e album, les fans se demandant légitimement à quelle sauce la dame s’apprêtait à les dévorer. Angelene se présente, c’est une prostituée (“Love for money is my sin, Any man calls, I’ll let him in“). “Angelene” est d’une beauté immaculée, elle nous frappe au cœur, provoque un torrent d’émotions… mais n’annonce en rien la suite, qui ne cessera de nous dérouter. Car il y a comme une tension omniprésente sur ce disque. Elle plane en permanence, ne remonte pas toujours à la surface, restant parfois à l’état de menace. Et parfois, soudainement, nous explose en pleine gueule (“The Sky Lit Up” qui monte crescendo en intensité jusqu’à finir par décimer tous azimuts à mesure que Polly grimpe dans les aigus). Pas question de caresser dans le sens du poil, le son est dérangeant, agressif. Un épais brouillard électronique malsain s’impose, un beat qui tabasse dur, comme si Trent Reznor et son esprit dérangé avait été convié à la fête pour venir brouiller le signal (les angoissantes et véhémentes “My Beautiful Leah” et “Joy” ou la véritable bombe à fragmentation “A Perfect Day Elise”. Dire que c’était ça le premier single !). Les ambiances sont travaillées, les incursions électroniques bienvenues, distillées à bon escient et quand les esprits s’apaisent, on est parfois tout proche de Bristol et de son trip hop, alors très en vogue (“The Wind” ou “Electric Light”, toute basse dehors, avec une PJ qui murmure). Preuve que l’arc de PJ Harvey était doté de nombreuses cordes, atteignant toujours leur cible. La comparaison vaut également pour “The Garden” à laquelle on adhère toutefois plus instantanément, cajolés par de douces notes de piano et la voix ensorcelante de la grande dame. La bouleversante “The River” hérisse les poils d’emblée et ces derniers n’osent jamais retrouver leur position initiale. La rage est palpable, mêlée à une douleur tenace, qu’il nous est conseillée de balancer à la flotte (“Throw your pain in the river“). PJ Harvey l’admet sans ambages : ce disque est son préféré, sa plus grande fierté car il s’agit du plus audacieux (on n’ose...

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Cloud Nothings – Last Building Burning

Cloud Nothings – Last Building Burning

S’il figure sans conteste parmi les groupes les plus excitants de ces dernières années, Cloud Nothings est aussi l’un des plus frustrants. Son troisième album, Attack On Memory, fut le premier coup d’éclat. Un disque sombre et rempli de rage qui s’ouvrait par deux monuments mais ne parvenait pas à (ne pouvait décemment pas ?) maintenir un tel niveau tout du long. Son successeur, Here And Nowhere Else, moins inégal, conservait un léger goût d’imperfection. Pas loin mais pas encore l’album ultime non plus. Alors, l’an passé, Dylan Baldi a tout rasé pour nous pondre un Life Without Sound tout propre sur lui et il faut bien le dire, tout vilain (même si tout le monde n’était pas de cet avis). Au diable l’urgence, les incartades noisy, les cris viscéraux, la saturation faite reine, place au punk FM calibré pour collégiens en quête de sensations fortes. Un coup de massue terrible, une déception immense qui se devaient d’être vite effacés sous peine de rayer de la carte ce vil usurpateur. Et bien, épongez les gouttes de sueur qui perlent de votre front, Dylan Baldi a entendu nos pleurs. Conscient qu’il avait un peu trop forcé sur la guimauve, il nous revient vénère comme jamais. Point de tergiversation ici, Cloud Nothings nous prend à la gorge d’emblée et ne desserre quasiment jamais l’étreinte. En résulte un album forcément un peu étouffant mais ô combien revigorant. Pour ne pas passer pour des bourrins de service, le quatuor nous a quand même réservé quelques relatifs moments de répit comme cet « Offer An End » un poil moins rentre dedans mais on reste loin (et on s’en félicite !) des petites ritournelles innocentes et gonflantes du disque précédent. Totalement ressuscité, Cloud Nothings nous rappelle également sa science du break qui brise la nuque avant de poursuivre dans les cris et la fureur (« The Echo Of The World »). Dommage que le traditionnel morceau montagnes russes (« Dissolution » qui frime du haut de ses 10’51) ressemble davantage à un passage obligé désormais. On est loin, très loin des sommets qu’étaient « No Future/No Past » et « Wasted Days », il y a bien longtemps… Et les mélodies dans tout ça ? Elles sont bien présentes et demeurent efficaces (« Leave Him Now », « Offer An End »), même si elles ne brillent pas toujours par leur originalité. Baldi se fait bien passer pour Joe Strummer au début de « Another Way Of Life » (c’en est presque troublant) mais il tombe vite le masque et retombe sur ses pattes pop/punk version Cloud Nothiennes, sans sombrer pour autant dans ses récents égarements. C’est du Cloud Nothings, pas de doute là-dessus mais du bon, et le doute était permis à ce sujet. S’il ne paie pas de...

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Kurt Vile – Bottle It In

Kurt Vile – Bottle It In

Si quelqu’un avait des doutes quant à l’inspiration de Kurt Vile, celui-ci vient de les dissiper d’un coup d’un seul. Après une parenthèse (guère transcendante) avec Courtney Barnett, avec qui il partage un goût pour la décontraction à toute épreuve, le voilà qui dégaine un album long de près d’1h20 ! On va essayer de faire plus concis que lui… Après l’inaugural “Loading Zones” (qui évoque le “Pretty Pimpin” de l’album précédent, en moins efficace tout de même), Kurt se lâche et nous dévoile une à une toutes ses facettes. L’une de nos préférées : l’admirateur de Neil Young, quand il s’embarque dans de longues virées instrumentales dans les grands espaces. On retrouve là le Kurt Vile de Wakin On A Pretty Daze et il est séduisant (à l’image de “Bassackwards”, l’un des 3 morceaux de 10 minutes – 10, oui ! -, d’une quiétude absolue dont on se délecte sans modération). On est moins convaincu par ses tentatives inattendues comme le country/pop “One Trick Ponies” totalement insouciant avec ses chœurs enflammés ou par ce “Rollin With The Flow” frisant la mièvrerie. Et le “Check Baby” qui suit (8 minutes au compteur), assez quelconque, ne nous excite guère plus. Après tout, y a pas de mal à se faire plaisir mais ces trois morceaux à la suite brisent un peu l’élan. D’autant qu’en dehors de ça, on ne jettera rien aux orties et surtout pas ces très touchantes ballades mélancoliques (“Mutinies” avec Kim Gordon à la gratte, “Cold Was The Wind” et le bruit de la pluie contre la fenêtre et surtout la raffinée “Bottle It In” soulignée par de délicates notes de harpes) qui changent du branleur séducteur qu’on connait bien… mais qui fait toujours mouche (“Hysteria” où Kurt nous cause d’hystérie sans jamais se départir de son ton aussi relax qu’un panda émergeant de sa sieste ou quand il ressort son bon vieux banjo sur “Come Again”). Kurt Vile conclut par une “Skinny Mimi”, dédiée à sa chère et tendre (« you might want to roll her up in a ball and eat her in a sandwich but it’s mine, man »), calant même un solo bluesy pour la faire fondre, et nous avec. Voici donc un album très personnel et très varié, résumant parfaitement la carrière du bonhomme (sept albums solos, ça commence à faire). Trop long diront certains mais il faut croire que le slacker est bosseur et en nous proposant 1h de grande qualité sur 1h20 de disque, on aura du mal à lui en vouloir. Jonathan Lopez...

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Cypress Hill – Elephants On Acid

Cypress Hill – Elephants On Acid

Après 6 ans d’absence dans les bacs si l’on compte l’EP en compagnie du dubsteppeur Rusko et un dernier album, Rise Up, qui remonte à 2010, Cypress Hill revient avec Elephants on Acid, nouvel effort pour le moins surprenant. Contre toute attente, le groupe adepte des fusions en tous genres, s’offre une cure de jouvence et nous ramène 20 ans en arrière avec un disque 100% rap. Le retour de Muggs à la production n’y est sans doute pas étranger. Ici pas de featurings à gogo, pas de rock star, B-Real et Sen Dog ont déjà de quoi s’amuser à ce niveau avec leurs groupes de métal respectifs Prophets of Rage et Powerflo. La liste des invités a elle aussi bien changé et ravira les puristes a coup sûr : Sick Jacken de The Psycho Realm ou encore Gonjasufi sont de la partie, ça change de Marc Anthony et Pitbull ! Pour ce qui est des lyrics, pas de quoi être dépaysés. Sortez vos feuilles a rouler ou votre bang du fond du placard ; “Jesus Was A Stoner”, “Oh Na Na” ou encore “Reefer Man” viennent enrichir la longue palette d’hymnes ganjaïques que les Hill comptent à leur répertoire. La délirante “Crazy” fait écho à la mythique “Insane In The Brain” ; sans détrôner son ainée pour autant, elle devrait s’imposer a coup sûr comme un must des futures setlists du groupe. Dans un registre plus sombre et violent “Locos”, “Warlord” et “Blood On My Hands Again” s’imposent comme de franches réussites. L’album s’achève par la délicate “Stairway To Heaven” (oui, carrément) prouvant une fois encore toute l’exigence et se souci du détail qu’accorde Muggs à l’élaboration de ses instrus, lui qui a même fait le voyage jusqu’en Egypte pour aller chercher de l’inspiration auprès de musiciens locaux. Des influences orientales qui se font ressentir tout au long de l’album notamment dans les (trop) nombreuses interludes et sur le très bon “Band Of Gypsies” (encore une référence rock) qui mérite son lot d’écoutes pour être pleinement apprécié. Cypress Hill nous livre donc un album bigrement réfléchi et travaillé, qui peut laisser perplexe à la première écoute, mais dont le voile se lève peu à peu pour s’avérer au final être un très bon cru. Julien Robin    LIRE LA CHRONIQUE DE BLACK SUNDAY LIRE LE REPORT DE ROCK EN SEINE...

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Zenzile Meets Jay Ree – 5+1

Zenzile Meets Jay Ree – 5+1

Ressortons le dico page 137 si vous le voulez bien. Dub : version reggae instrumentale se distinguant généralement par une session rythmique proéminente et l’utilisation fréquente de nombreux effets (delay, reverb notamment). Si Zenzile a participé à l’apprentissage de cette définition pour nous, pauvres Français, ignorants des pionniers King Tubby, Lee Perry et compagnie, il nous a également vite rappelé que dub pouvait (devait ?) rimer avec expérimentation, recherche sonore et mélange des genres. Ils ont donc pioché allègrement dans (liste non exhaustive) le punk, la new wave, le post rock, le kraut, la soul, le trip hop sans jamais craindre de se frotter au hip hop ou à l’électro. Ne jamais cloisonner son dub et il vous le rendra bien. Depuis plus de 20 ans donc, Zenzile nous en fout plein les oreilles sans jamais qu’on sache comment il va nous cuisiner. Cette fois, pas de mystère : retour aux bases. Aux bases du son qu’il a développé initialement et même de sa discographie en donnant une suite à ses fameux 5+1. Pour 5 musiciens et 1 chanteur. L’heureux élu se nomme ici Jay Ree, qui avait déjà donné le change sur Electric Soul, il y a six ans de cela. Quand à la tracklist, on perpétue l’histoire du dub avec les fameux 45 tours reggae, suivis de leur version instrumentale. En voici 5 de chaque. Et devinez quoi ? Ils sont tous bons. Ok, on devient prévisible mais en même temps on a du mal à être déçus par ces gens-là. Comment être déçu par une telle entame déjà ? Une mélodie vocale implacable, une basse qui fait trembler les enceintes, le skank se met en route, le cerveau se connecte. Il ne s’en échappera plus. Difficile de ne pas faire le lien entre ce “4000 Years” et le mythique “400 Years” de la doublette Marley/Tosh, près de 50 ans plus tôt. Il ne lui fait certainement pas injure en tout cas. Sur “Stay Close To Me” ce merveilleux saxo qui a le don de nous faire frissonner en live nous embarque d’entrée. Jay Ree signe encore une fois une prestation de haut vol. Et on vole avec lui, très haut pour atterrir en douceur sur une version dub aux petits oignons. Jay Ree sait également se la jouer gouailleur à la façon des grands DJ* à la U-Roy avant de faire parler la clarté de son timbre quand il est question d’enrober l’affaire au moment du refrain (ça s’appelle “So Good So Far” et c’est difficile à contredire). En fin d’album, Zenzile s’échappe quelque peu des traditions le temps d’une “Disconnected” (et son jumeau “Dub Connected”) captivante et planante à souhait, reposant sur un beat électro minimal,...

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Nirvana – In Utero

Nirvana – In Utero

Vu que vous allez trouver des dizaines voire des centaines de sites pour vous raconter l’histoire de ce disque, la vie de Cobain et de Nirvana, je vais jouer à fond le mauvais critique, celui qui ne parle que de lui-même. Du coup, si vous cherchez un article historique ou que vous avez un avis très arrêté sur ce que doit être la critique musicale, vous pouvez d’emblée passer votre chemin. Au commencement, ce disque n’était rien qu’une image. Une femme avec des ailes d’ange sur un fond orangé. Une femme tellement nue qu’on voit l’intérieur de son  corps. Et un nom qui sonne familier et mystique, Nirvana. À l’époque où j’ai vu cette image, je devais déjà avoir entendu parler du groupe sans jamais l’avoir écouté, je savais que c’était de la musique mais pas du rock, pas du grunge, ces mots n’avaient que peu de sens pour moi, même pas qu’elle était faite par des hommes, je m’étais même imaginé que c’était une femme qui devait chanter ça, allez savoir pourquoi. Je n’avais donc aucune idée de qui était Kurt Cobain et j’ignorais complètement que dans à peine 6 mois, il serait l’objet de la plus grosse tragédie musicale des années 90. En revanche, je me souviens parfaitement du jour où j’ai écouté ce disque, en même temps que son ainé Nevermind. La grosse claque dans la gueule pour un gamin élevé dans une maison où la plupart des disques avaient sur leur pochette un quelconque hippie barbu orné d’une guitare classique et d’un pull dégueulasse. Le truc le plus rock que j’avais dû entendre jusque-là, c’était Jean Jacques Goldman. Imaginez le choc ! Mon premier émoi, sans surprise, c’était “Rape Me”. Le tube accrocheur par excellence, et rebelle en plus. On était tous des brêles en anglais, à l’époque, mais on savait étonnamment exactement ce que le titre voulait dire. Ce morceau, évinçant ainsi la bombe “Smells Like Teen Spirit” qui pour ma part fut à retardement, devenait mon premier coup de foudre avec Nirvana. Le deuxième viendra très vite, “Heart-Shaped Box” qui reste encore aujourd’hui un de mes tubes préférés du groupe. Ensuite, mon histoire avec In Utero fut jalonnée de va et vient, jamais vraiment disparu mais parfois en retrait avant d’y revenir inexorablement. Au collège, alors que je découvrais Oasis et tombais dans le piège de la britpop pour quelques années, chaque réécoute de Nirvana faisait vaciller mes sens d’une façon différente. In Utero,  souvent. Après le lycée, alors que j’errai sans gloire dans des sphères métalliques, il fallut l’influence bienvenue de ma petite amie d’alors pour me remettre dans le droit chemin. In Utero, toujours In Utero. Aujourd’hui que le gros de...

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Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney – Digital Garbage

Mudhoney a sorti en janvier un disque live qui, bien que très plaisant et de bonne qualité, nous laissait un peu sur notre faim. Mais ce n’était pas sans la promesse d’un nouvel album cette année. L’album arrive en cette fin de mois de septembre et, ne tergiversons pas, il valait le coup d’attendre. Mudhoney fait partie de ces groupes qui n’y vont pas par quatre chemins. Il suffit de quelques morceaux pour savoir exactement la musique qu’ils aiment et celle qu’ils veulent faire. Pour l’auditeur, c’est pareil, quelques écoutes suffisent pour savoir si on accroche ou non, et même s’ils ont des disques meilleurs que d’autres, je pense que vous ne perdez pas grand chose à les éviter si vous n’aimez pas ce que vous entendez. A contrario, si vous aimez, vous pouvez vous plonger sans crainte dans l’ensemble de leur discographie. Malgré cela, il serait réducteur de considérer que le groupe fait toujours la même chose. Ils ont coloré leur son tour à tour de blues (Tomorrow Hit Today), de psychédélisme (Since We’ve Become Translucent), ajouté des cuivres (Since… et Under A Billion Suns), supprimé une guitare (The Lucky Ones) et Vanishing Point, le dernier en date, ressemblait fort à une tentative expérimentale tout en restant dans le domaine swamp-punk-fuzzy habituel. Qu’en est-il de Digital Garbage, donc ? Et bien, encore une fois, c’est du Mudhoney pur jus ; si vous aimez Mudhoney, vous adorerez, sinon vos resterez froid (mais si vous n’aimez pas Mudhoney, je vous encourage tout de même à consulter). Malgré cela, on a l’impression que l’album est un retour aux sources ; non pas aux sources de leur discographie en tentant de refaire un Superfuzz Bigmuff bis, mais bien aux sources du groupe en pondant presque l’album punk qu’ils n’ont jamais fait. Je dis “presque”, car ce disque est également fort de leurs expériences passées, comme si les expérimentations de Vanishing Point, et l’ensemble de leur carrière, avaient bien été digérées. On fait difficilement meilleur album pour fêter les 30 ans d’un groupe. Punk, cet album l’est également dans les textes. Mark Arm est plus critique que jamais, lui qui au début n’écrivait que des chansons avec les mots “sick” et “dog”, et son esprit vif fait des merveilles. Tout le monde en prend pour son grade, la génération youtube avec “Kill Yourself Live” (“Tue-toi en direct, fais-le pour les likes“), les complotistes avec “Paranoid Core”, les religieux sur “Messiah’s Lament” et “21st Century Pharisees”, le capitalisme avec “Prosperity Gospel” (“Baise la planète, nique tes enfants, deviens riche, c’est gagné“), la race humaine entière avec “Next Mass Extinction” (“Rien ne nous remplacera à la prochaine extinction de masse“) et je ne serais pas...

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SLIFT – La Planète Inexplorée

SLIFT – La Planète Inexplorée

Après son remarquable EP Space Is The Key sorti l’année dernière, le trio toulousain SLIFT revient ce vendredi avec son premier album La Planète Inexplorée. Dès le morceau d’ouverture, “Heavy Road”, on embarque dans le space opéra de SLIFT avec un garage-rock survolté fortement teinté de psychédélisme. En 40 minutes SLIFT nous fait découvrir sa planète inexplorée peuplée de spécimens des plus accueillants : riffs fuzzy, rythmiques soutenues et même apparition inattendue de parties de flûte. Le tout pour nous livrer ce qui pourrait être une bande son psychédélique d’une très bonne série B de Science Fiction. Les explorateurs des planètes Oh Sees, Ty Segall et autres King Gizzard & The Lizard Wizard ne voyageront pas en terre inconnue. Si à la première écoute “Heavy Road”, “Doppler Ganger” et “Fearless Eyes” se détachent immédiatement, les autres morceaux se dévoilent peu à peu au fil du temps. Signalons notamment la très cool “Trapezohedron” et son break sous acides ou l’instrumentale “La Planète Inexplorée” avec son intro heavy à souhait à la Black Sabbath et son riff qui pourrait être une chute de l’un des derniers Oh Sees. Dans la foulée du dernier Kaviar Special, eux aussi chez Howlin Banana Records, SLIFT nous montre que le rock psyché français peut bomber le torse tant il n’a pas grand chose à envier à celui de la côte ouest américaine. Avec ce premier album les toulousains transforment l’essai et confirment que l’on doit dorénavant compter sur eux. Reste à espérer qu’ils empruntent une trajectoire plus personnelle par la suite car malgré ses indéniables attraits cette Planète Inexplorée nous donnent parfois le sentiment qu’on l’a déjà foulée. Alain Dutertre LIRE LA CHRONIQUE DE KAVIAR SPECIAL – VORTEX LIRE LA CHRONIQUE DE KAVIAR SPECIAL – #2 LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – SITTIN’ SIDEWAYS LIRE LA CHRONIQUE DE VOLAGE – HEART HEALING LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – SLOW DOWN LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – HOT SAUCE LIRE LA CHRONIQUE DE THE MADCAPS – THE...

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The Breeders – Last Splash

The Breeders – Last Splash

La revanche d’une brune. Fin 1992 : Pixies se sépare vu que le “couple” Frank Black/Kim Deal ne tient plus. La fin d’un mythe. Kim sera informée par fax. Classe. Août 1993 : les Breeders sortent “Cannonball” et tiennent leur tube ultime. Celui que les Pixies n’ont jamais obtenu* (même avec l’effet Fight Club). Black peut se les bouffer, Deal jubile. Ahouhaaa ahouuhaaa. Suivi d’une ligne de basse aussi évidente que dantesque, un refrain qui claque. L’affaire est dans le sac, les Breeders squattent les ondes. Ce n’est pas “Smells Like Teen Spirit” non plus mais le succès est pour le moins inattendu. Mais réduire Last Splash à “Cannonball”, tout génial qu’il est, serait évidemment criminel. Last Splash regorge de qualités pop, de mélodies simplistes en apparence et diablement accrocheuses, de riffs saturés, de lignes de basse rondouillardes, d’idées bien trouvées… et en plus il y a les soeurs Deal. En un mot, ce disque est la coolitude incarnée et sent bon le 90s à plein nez. Quoi de plus normal en 1993 me direz-vous mais 25 ans plus tard il reste un emblème de cette époque et une de ses œuvres majeures. Dans les musées plus tard, on dira « vous voyez cette chose, ça avait l’air tout con comme ça et ça les a tous retourné ». Car il y a tout sur Last Splash. Pod était déjà grand, son successeur est un géant. Il consacre définitivement les Breeders et Kim Deal n’est plus « seulement » l’ex bassiste d’un groupe fondamental, elle assure le lead du truc le plus jouissif qui soit. Car si la familiarité des Breeders avec le « grunge » peut parfois sembler évidente, l’humeur n’est pas aussi plombée que chez les mastodontes de l’époque, qui hurlent à tout un tas de gamins déplorés leur mal-être à évacuer. Kim Deal n’a rien à évacuer, elle nous prend par la main, nous explique le tout gentiment, haussant le ton quand il le faut, mais toujours avec une grâce et une classe absolue. Passons donc en revue les raisons de notre amour fou pour cette indie lady et ses comparses. L’accueil n’est pas des plus chaleureux. « New Year » est menaçant d’emblée et on sent bien qu’on va vite s’en prendre une belle. Après l’intro au ralenti, le tempo augmente subitement et il n’y aura plus rien ni personne pour l’arrêter. Moins de deux minutes et c’est déjà plutôt clair : CE DISQUE VA TOUT ARRACHER. Il y a ensuite « Cannonball » que vous connaissez déjà par cœur et qu’on va donc zapper. Oh et puis merde vous avez entendu cette basse ? Allez, on se la refait. Rien qu’une fois, promis. Jusqu’à la prochaine. Autre tube mémorable, mais que ta voisine ne connait...

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