Ride – Weather Diaries

Ride – Weather Diaries

Voilà qui est embarrassant. On a tellement adoré Ride qu’on aurait bien aimé ne pas avoir à sortir la sulfateuse pour parler de leur nouveau disque. Mais là, ils ne nous ont pas laissé trop le choix. Comment voulez-vous qu’on passe sous silence un refrain aussi lourdaud que celui de « Charm Assault » (qu’ils ont même osé envoyer au front, en single. Courageux.) ? Comment tolérer une intro aussi hideuse que celle de « All I Want » (tentative électro calamiteuse, qui nous suit, comble de l’horreur, tout le morceau…) ? Comment ne pas capituler face à ce « Rocket Silver Symphony » qui sonne comme du mauvais Air ? De l’air, il nous en faut un peu et, heureusement, ce disque offre quelques bouffées d’oxygène salvatrices, nous rappelant que Ride a écrit de très grandes chansons et qu’il est encore capables d’en composer quelques bonnes. Comme ce « Lannoy Point » accrocheur en ouverture, même s’il reste plus gentiment confiné dans la catégorie dream pop que shoegaze. « Cali », en sus du rire nerveux généré par son titre, nous offre une mélodie enthousiasmante. Poursuivons la distribution des (rares) bons points avec la rêveuse « Home Is A Feeling » ou « Weather Diaries » qui ose enfin sortir des rails pour partir explorer le royaume du bruit (qui leur était si familier auparavant). Ouf le marasme n’est donc pas total. Mais, alors qu’on pensait pouvoir éviter le jugement fatidique de justesse, le dernier morceau, « White Sands », lénifiant à souhait (s’étalant laborieusement durant 6 longues minutes) nous en dissuade. Non vraiment on ne sait pas trop quoi faire de ce disque, mais on sait au moins quoi en penser : il vaut mieux l’oublier....

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Pornography de The Cure a 35 ans. Chronique

Pornography de The Cure a 35 ans. Chronique

La batterie étouffée de Tolhurst, le riff lancinant de Smith qui tournoie comme un piège qui se referme. Vous voilà pris. « It doesn’t matter if we all die » (« ce n’est pas grave si on meurt tous »), nous annonce Robert Smith. Au moins c’est clair. « One Hundred Years » ne dure malheureusement « que » 6’30 mais il plante idéalement le décor. On va bien se marrer. Après le post punk brumeux mais fougueux des débuts, The Cure s’est aventuré dans les ténèbres depuis Seventeen Seconds et Faith. Et il n’a jamais eu les pieds engoncés si profondément dans ce lugubre marécage. Sur Pornography, l’aller est sans retour. Une fois la galette posée sur la platine, le mal est fait. « A Short Term Effect » semble ralentir au fur et à mesure que le morceau avance. Pour s’éteindre doucement. Comme une petite mort. Smith y occupe d’ailleurs une place quasi fantomatique, renforcée par des échos omniprésents. « The Hanging Garden », sans se dépêtrer de cette menace qui plane au-dessus de sa tête, mène une toute autre cadence. Direction le purgatoire, au petit trot. Puis vient la splendide mélancolie de « Siamese Twins ». C’est beau comme une journée sous des trombes d’eau. Les suites de notes délicates que Smith égrène sont autant de caresses réconfortantes. « Is it always like this? » semble-t-il se lamenter. Always as beautiful and sad, you mean Robert ? Sur ce disque, il semblerait bien que oui. On est en plein dans l’imagerie romantique chère à Smith… A des années lumières d’une quelconque pornographie, excepté cette absence totale de pudeur, de filtre quand il s’agit de livrer les émotions les plus glauques. La basse de Gallup auparavant si prompte à dicter la cadence, suit une batterie sentencieuse qui se fait passer pour une boite à rythmes. De temps à autre quand l’atmosphère se fait trop étouffante, une guitare aérienne fait office de lueur, vient nous rappeler qu’il ne faut pas s’en faire, que ce n’est que de la musique. Que cette musique est belle ! C’est derrière les sentiments enfouis les plus sombres, que la lueur est la plus éclatante (la colossale « A Strange Day », « The Figurehead »). Ce type de sons, vous le connaissez bien, il a été copié 4372 fois depuis. Mais qui peut égaler le son des Cure à leur sommet ? « Cold » et ses synthés mortuaires recouvre l’auditeur sous un linceul, et le laisse ruminer indéfiniment ses peurs, ses doutes et espoirs déchus. Mais ce merveilleux supplice ne prendra fin qu’avec le morceau éponyme, glaçant, où se mêlent dissonances bruitistes quasi indus, et autres cris habités. Plongée encore plus extrême dans le malsain pour mieux ponctuer un disque fondamental. Un des plus noirs qui soient. Après avoir touché les abimes (et la...

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Lysistrata – Pale Blue Sky EP

Lysistrata – Pale Blue Sky EP

Ça tient parfois à peu de choses la découverte d’un (très bon) groupe. A un verre de plus ou de moins avant de se rendre à un concert des Sonics par exemple. J’ai la fâcheuse tendance à louper quasi systématiquement les premières parties. Pas ce jour-là. Grand bien m’en a pris. Ce jour-là donc, je vais voir des légendes garage 60s et une bande de gamins m’administre une fessée sans que je ne vois rien venir et sans trop que je comprenne ce qu’ils jouent. Assurément pas du garage 60s en tout cas. Plutôt un de ces genres avec les mots « post » ou « math » dedans. Ce qui peut en faire fuir quelques-uns mais un groupe comme Lysistrata ressemble à un antidote tout trouvé à leur fermeture d’esprit. Car si la musique de Lysistrata dégage quelque chose d’évidemment beaucoup plus cérébral que celle des Sonics, elle n’en demeure pas moins viscérale pour autant. Ces trois jeunes gens dégagent déjà une assurance et une maitrise assez bluffante pour résoudre des équations guitare-basse-batterie en apparence fort complexes, mais ils n’oublient pas la bonne dose de fun nécessaire, ni de nous imprégner des mélodies imparables dans le cerveau (le math rock taquin et fougueux de « Pierre Feuille Ciseaux » ou l’exaltante « Pantalon Pantacourt »). En seulement 4 titres et un peu moins de 20 minutes, ils en disent bien plus que certains en une heure de temps. Lysistrata aime nous prendre par la main, nous faire traverser des itinéraires sinueux avant de nous emmener dans un recoin sombre pour nous coller un bon coup de latte dans les gencives quand on s’y attend le moins. Preuve en est avec la démente « Sugar & Anxiety » qui, du haut de ses 7 minutes épiques, conclut magistralement l’aventure. Des sommets d’intensité sont atteints en convoquant dans la même pièce Fugazi, Explosions In The Sky et Shellac. Et il fait rudement chaud quand on sort de là. Nous voilà moites et tout chamboulés. Ce qui ne nous empêche pas de réclamer une portion supplémentaire. Et vite, s’il vous plait, soyez pas vaches ! JL Lysistrata sera en concert le 31 mai au Nouveau Casino (Paris) pour la release party de Pale Blue Sky....

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The Afghan Whigs – In Spades

The Afghan Whigs – In Spades

Vous êtes tout excité aujourd’hui, vous allez revoir tonton Greg ! Vous l’adorez Tonton Greg, vous le surnommez même affectueusement Dudul (va savoir pourquoi). Dudul c’était toute votre jeunesse, quelqu’un qui comptait pour vous, avec qui vous aviez fait les 400 coups. Et puis, suite à des conflits familiaux, vous l’aviez perdu de vue pendant 16 ans. C’est long, 16 ans. Alors, à vos retrouvailles, il y a trois ans de cela, l’émotion était grande et la joie profonde. Et s’il avait un peu changé, assagi avec l’âge, forcément, Dudul était resté le même au fond. Et donc aujourd’hui vous allez le revoir et vous trépignez en sonnant à la porte. Mais quand il vous ouvre, stupeur ! Tonton Greg a changé. Il arbore un look jeunot, se donne des airs de chanteur RnB (« Birdland »), et vous détestez le RnB. Il le sait pourtant ! Mais finalement, passé la surprise, en passant du temps avec lui, vous réalisez qu’il est toujours aussi attachant. Et puis, Dudul a toujours des goûts musicaux très raffinés. Pour vous le prouver, il vous joue quelques morceaux. Comme à la belle époque. Il n’empoigne plus sa guitare avec la même férocité qu’auparavant, préférant s’installer tranquillement au piano mais il est toujours capable de vous émouvoir quand il se montre entier et touchant (« Demon In Profile »). S’il vous prend parfois un peu pour une bille en usant d’artifices grossiers (« Light As A Feather »), Dudul a le mérite de se montrer tout à fait cohérent, s’éparpillant un peu moins que lors de vos précédentes retrouvailles, et vous offre quelques moments privilégiés, empreints de classe (« The Spell », « Arabian Heights »). Sans être tout à fait mémorable, cette nouvelle visite vous conforte dans l’idée que, même en prenant de l’âge, Dudul est toujours digne de confiance et d’intérêt. Et, vous avez déjà hâte de le revoir !...

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The Clash – The Clash

The Clash – The Clash

On a tous lu les discothèques idéales de Jean-Jacques Duchmol ou Robert Brouchtar. C’est divertissant. Dedans on nous explique qu’il faut absolument posséder les premiers Oasis et que London Calling est le plus grand disque de punk qui soit. De deux choses l’une, je m’en suis toujours tamponné d’Oasis et je m’en porte pas plus mal. J’ai toujours adoré les Clash et, comme tout un chacun j’ai commencé par London Calling me considérant alors comme un vrai PUNK. Oui mais London Calling, tout mythique qu’il est (la pochette, le titre éponyme, les incursions reggae et tout le toutim, je vous ai déjà tout raconté), n’a déjà plus grand chose de punk. Si vous voulez vous la jouer punk (même dans votre salon, c’est pas grave), il n’y a pas à tergiverser 107 ans, il faut vous tourner vers L’ALBUM PUNK des Clash (et un des tout meilleurs du genre) : le premier. Et ça Robert Brouchtar a oublié de vous le dire. Laissez-moi vous expliquer. En 1977, les Clash ne savent pas jouer. Paul Simonon a sa basse en main depuis moins de 2 mois quand il rentre en studio pour la première fois. Les autres, guère plus. Peu importe, voire tant mieux. Les Clash sont limités mais ils ont en tête des mélodies, envie d’en découdre avec le pouvoir/les autorités/le système. Alors ils enregistrent 14 morceaux enervés, dont certains feront date (« London’s Burning », « White Riot ») tandis que d’autres auraient dû, bien plus que « Should I Stay Or Should I Go » par exemple, plus radio friendly et bien plus lisse que les 14 bombinettes pop punk ici présentes (bon allez « Cheat » est un peu cheap). Pas de production soyeuse, pas d’envie – ou pas encore les moyens – de satisfaire leur côté touche-à-tout, moins de question à se poser, juste une révolte à exprimer. A la batterie, Topper Headon donne le signal. « He’s in love with rock’n’roll woah, He’s in love with gettin’ stoned, woah » (« Janie Jones »)… Brut, cash, clash. Comme c’est bon. Mick Jones n’est pas Hendrix et ne le sera jamais mais il ne tortille pas du fion, il pond des riffs percutants qui vont droit au but. Strummer sait à peine chanter mais il y met tellement de cœur et d’entrain qu’il se révèle bien plus entrainant et convaincant que nombre de chanteurs techniquement doués mais aussi expressifs qu’un poisson clown. Cette musique n’est pas faite pour les poseurs. Quand Jones lance les hostilités et que Strummer s’engouffre pour y gueuler son rejet de l’impérialisme américain (« I’m So Bored With The USA »), de l’armée, du boulot de merde qui te sert juste à remplir ton assiette (« Career Opportunities »), on les suit. Yeux fermés et poing levé. Au rayon des tubes...

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The Black Angels – Death Song

The Black Angels – Death Song

Comme bien d’autres avant eux, les Black Angels ont la particularité d’avoir accru leur popularité avec un disque (Indigo Meadow) reçu sans grand enthousiasme par la critique (nous, on l’aime beaucoup). Parfois ce type de disque est un peu le chant du cygne (regard appuyé vers les Black Keys et Foals dont on ne veut plus entendre parler). Restait donc à savoir si le virage «  » »mainstream » » » (j’insiste sur le nombre de guillemets) des Black Angels serait annonciateur d’un aller sans retour au royaume des groupes qui rêvent d’un avenir à la U2 plutôt qu’à la Brian Jonestown Massacre. Et bien, rassurez-vous, de ce point de vue-là, les Black Angels sont toujours très fréquentables. Très fréquentables, et très efficaces, comme le prouvent les trois singles qui sont aussi les trois premiers morceaux du disque. Est-ce à dire que n’importe quel morceau aurait pu faire figure de single ? Malheureusement non. Car si « Currency » dispose d’une force de frappe imparable, si « I’d Kill For Her » joue remarquablement l’alternance entre groove et envolées puissantes et, enfin, si « Half Believing » est en tout point sublime (et intégrerait sans peine un best of du groupe), ces morceaux n’ont guère d’équivalents/de concurrents sur un disque qui ronronne un peu parfois. Les Black Angels ont toujours survolé la meute du revival psyché, ici ils ne le font que par intermittence et se contentent le reste du temps de réciter leur manuel de parfaite maitrise du son 60s (« Comanche Moon », « Hunt Me Down », « I Dreamt », « Medicine »). Je ne vous encourage pas pour autant à vous procurer les singles susnommés en 45 tours plutôt que l’album qui comporte d’autres franches réussites. En particulier « Estimate » qui, comme « Half Believing » dévoile un Alex Maas apaisé et profondément touchant ou la conclusive « Life Song » très Pink Floyd, aussi planante que captivante. Comme quoi on aurait pu avoir un EP assez monstrueux mais au lieu de ça le léger trou d’air dont souffre ce Death Song n’est pas loin de nous susurrer le mot déception à l’oreille....

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Slowdive – Slowdive

Slowdive – Slowdive

Vingt-deux ans. Les fans de ce groupe honni puis réhabilité auront attendu vingt-deux ans avant de pouvoir poser leurs oreilles émues sur le successeur de Pygmalion. Si je n’en faisais pas partie à l’époque, Slowdive fait partie des belles découvertes que j’ai faites ces dernières années. Et cet album n’entame en aucune manière cette opinion. Le quintet a mûri, et a travaillé un peu plus ses compositions qu’à l’époque où leur motivation tenait sans doute plus dans l’espoir de surpasser leurs maîtres ès sons qu’étaient – et que sont probablement encore – The Cocteau Twins et My Bloody Valentine, que de se couler dans la vague britpop qui emportait tout sur son passage. Les habitués ne seront pas dépaysés : on retrouve la dream pop à guitares cotonneuses telle que le groupe la pratiquait sur ses albums précédents et telle qu’elle a pu influencer le post-rock de Sigur Rós, entre autres. On gagne une plus grande variété des ambiances et des tempos, mais au prix d’une identité sonore moins affirmée que sur ces vieux albums qu’on ne peut s’empêcher de réécouter pour comprendre ce qui a changé. Et ce qui a changé, c’est la présence sur cet album d’au moins trois véritables tubes à la structure classique mais efficace et aux thèmes entêtants, qui compensent les longueurs de la fin de l’album, et qui m’évoquent le premier album d’Interpol, les voix caressantes de Neil Halstead et de Rachel Goswell en plus : « Star Roving », « Sugar Pill » et « No Longer Making Time ». Comme par hasard, les trois que le groupe a dégainé lors de son récent concert parisien. Et moi de repenser à cette tentative moyennement convaincante de recroiser post-rock, shoegaze et revival post-punk, intitulée Minor Victories, qui réunissait pas plus tard que l’an dernier Rachel, un Mogwai et deux Editors ; contre toute attente, c’est avec Slowdive que Rachel obtient un an plus tard une petite victoire dans cet exercice....

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Mark Lanegan Band – Gargoyle

Mark Lanegan Band – Gargoyle

La force d’un grand cuisinier, c’est de pouvoir vous faire aimer des aliments que vous détestez. Alors certes, je n’ai aucune idée des compétences culinaires de Mark Lanegan, mais sur le principe, il nous prouve que c’est un grand cuisinier. Et pourtant, ce n’était pas gagné ! Rappelez-vous, ces dernières années, il nous avait quand même proposé un second album de reprises assez plat, où il prenait plaisir à revisiter des classiques de variété américaine, et le disque le plus mitigé de sa carrière, le très moyen Phantom Radio. Pour un artiste dont la carrière de plus de 20 ans était un quasi sans faute, enchainer deux albums au mieux passables, ça sentait le sapin. Quand les communiqués de presse annonçaient une poursuite sans compromis du virage électronique entrepris depuis Blues Funeral, j’avoue que j’étais prêt à baisser les bras. C’était oublier que si Lanegan a connu une carrière aussi longue et fructueuse en termes de créativité et de coopération, ce n’est pas que grâce à sa voix rocailleuse. Et que quand elle a des compositions à sa hauteur, cette fameuse voix rocailleuse atteint facilement la grâce. Me voilà donc face à Gargoyle, disque que contrairement à d’habitude, je prends assez facilement comme un tout, une balade dans des contrées qui ne me sont certes pas familières (vous saurez que la musique électronique, a fortiori d’influence 80s, m’est plutôt antipathique), mais que le charisme et la maitrise du guide me rend particulièrement immersive. Alors, si rien ne se détache aussi fortement que les tubes de Blues Funeral, encore que « Emperor » est sidérant par son atmosphère presque joyeuse, et que des titres comme « Sister » ou « Goodbye To Beauty » sont magnifiques, on plonge facilement dans cet album pour peu qu’on apprécie Lanegan, et on a une forte envie de se le réécouter. Pas facile de convertir des personnes aussi têtues et réfractaires que moi avec un virage musical qui a tout pour leur déplaire, et rien que pour ça Gargoyle mérite largement d’être écouté. Chapeau bas !...

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Polarbird – Burst

Polarbird – Burst

Mesdames et messieurs, Polarbird ! Polarbird c’est une bande de potes bercés au son des 90s qui se sont dit un jour « pourquoi pas nous ?« . C’est vrai ça, pourquoi pas eux ? Donc ils l’ont fait, ils ont chopé une mascotte (le beau pingouin de la pochette bien coolos signée Halfbob), enregistré des premiers morceaux à l’arrache, donné quelques concerts chaotiques et, peu de temps après, rejoint d’autres potes au sein d’Influenza Records avec qui ils partagent cet amour de l’Indie avec un grand I. Aujourd’hui sort leur premier album et ça tombe plutôt bien, le groupe semble arrivé totalement à maturité. Toujours très inventif dans son jeu de guitare, Olivier nous susurre de délicieux motifs mélodiques, qu’il saupoudre régulièrement d’une saturation bienvenue, sûr de sa force et de ses comparses qui assurent une section rythmique béton à l’humeur changeante (on y reviendra). Au chant, toujours cette très agréable impression qu’il passait dans le coin, qu’on lui a tendu un micro et qu’il a tenté le coup. Entre branleur assumé et chanteur appliqué. Et comble de bonheur, pour nous auditeurs gâtés, le trio prend toujours un malin plaisir à faire partir en vrille ses morceaux. C’est aussi pour ça qu’on aime Polarbird. Jamais avares en mélodies accrocheuses, leur goût pour le crade et les fins apocalyptiques a, en outre, le don de porter leurs morceaux vers des sommets insoupçonnés (le pompon pour les formidables « Gone » et « Brothers » au final mémorable, qui font déjà figures d’indie tubes de l’été par chez moi). Du bruit, des dissonances, des mélodies… Que demande le peuple ? Et bien pourquoi pas un un bon petit solo tout ce qu’il y a de plus cool sur « One Of Yr Numbers » (qui s’autorise aussi un pont quasi post rock, on ne se prive de rien). Clairement Polarbird a mis un paquet d’ingrédients de choix dans la marmite et a remué bien comme il faut. Les précédents EP étaient séduisants, ce premier essai long format, bluffant de maitrise, ne fait que confirmer tout le bien qu’on pensait d’eux. Reste à espérer que le premier double album de Wonderflu (prévu pour juin) leur donne l’idée de faire encore plus long la prochaine fois que ces 9 morceaux gobés d’une traite, qui évidemment nous rassasient, mais nous ouvrent aussi grandement l’appétit. JL   Burst by polarbird Burst est disponible en digital ici et en précommande en CD et vinyle sur la boutique d’Influenza Records. Last but not least, Polarbird défendra son nouveau bébé à l’occasion de la release party le 6 mai prochain sur la scène du Supersonic...

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Edam Edam – Volcano

Edam Edam – Volcano

En novembre 2016, Shyle Zalewski sortait son album définitif d’Edam Edam, dont le nom était un symbole très casse-pied à retranscrire sur un clavier d’ordinateur, et nous annonçait prendre une pause musicale d’une durée indéterminée. Comme l’album était très bon, on avait de quoi se consoler, mais c’était quand même le coeur gros qu’on se demandait combien de temps il faudrait attendre pour voir Shyle reprendre sa guitare et nous balancer ses chansonnettes pop-punk. Avril 2017, un nouveau disque sort. Le tracklisting n’est pas encore définitivement arrêté (oui, chose exceptionnelle, c’est un work in progress qui nous a été envoyé pour chroniquage), mais on approche de la vingtaine de titres. En 5 mois, ce qui devait être au minimum un aurevoir s’est transformé en un dernier petit EP pour le plaisir puis en EP de 14 titres, soit un album, puis en album protéiforme. La vérité, à mon avis, c’est que Shyle est incapable de s’arrêter de composer, d’interpréter, d’enregistrer, de bidouiller. Ce type est non seulement un hyper actif, mais un hyper créatif, et jamais satisfait, avec ça ! L’album va sortir, mais non, un nouveau titre est fini, et finalement il passerait mieux, alors je vire tel autre, mais à bien y réfléchir, tel autre est pas si mal, mais je ne vais pas mettre 40 titres, bon, ben je fais un double album. J’exagère, mais pas tant que ça, à mon avis. Bon, pour parler du disque en lui-même, Volcano reprend dans la lignée de son prédecesseur, avec un « Paper Thin » d’ouverture qui évoque d’emblée Eels. On y retrouve des morceaux pop-punk typiquement Edam Edam, comme « Salem » ou « Witchy-Bitchy », du banjo et du cheap tunes (« Special Flame »), des ballades folk plus calmes (« Twisted Hair », « Castletown »), des inspirations punk ado évidentes (« Volcano »), des petites bizarerries comme le faux jazz de « Wednesday » ou « I’m On Fire With You » qui donne une idée de ce que serait une reprise de « New York Conversation » par les Moldy Peaches et même des instrumentales (« Flyweight Theme », « Pâquerettes »). On est donc en terrain connu sans répéter à l’infini une formule toute faite, ce qui fait qu’on ne s’ennuie jamais même si l’album, copieux, sort dans la foulée d’un autre qui l’était tout autant. Son seul véritable défaut, d’ailleurs, est que sa sortie aussi rapide fait qu’on n’avait même pas eu le temps de se repasser le précédent un million de fois. Quoi qu’il en soit, j’attends impatiemment la sortie physique de ce Volcano qui risque, comme d’habitude, d’être un bel objet. À ce que j’en sais, le fond est là, en tout cas !...

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