Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

(Mute / [PIAS], 21 février 2020) Le temps passe. Presque une décennie (!) que Sonic Youth a splitté suite à la séparation d’un couple rock des plus emblématiques : Kim Gordon et Thurston Moore. Membres de l’amicale du souvenir de Sonic Youth, si vous cherchez quelques réminiscences du défunt, merci de vous orienter vers les (plus que recommandables) derniers essais solos de Thurston Moore… …Lee Ranaldo joue la rupture et surprend son petit monde. Accompagné du réputé producteur et compositeur espagnol Raül Refree, et plus encore que le dernier disque de Kim Gordon, il se démarque totalement de l’encombrant héritage de la jeunesse sonique. Et voyage léger. Point de guitares furieuses et dissonantes. De titres noisy à tiroirs, alambiqués et de crescendos épiques. On joue l’épure. On dégage (presque) carrément les guitares. On lorgne vers la musique concrète ou l’expérimental. On peut ainsi entendre un vieil enregistrement de Lee fracassant une chaise contre un mur ! On fait du spoken word comme sur l’inaugural « Alice, etc », pas le meilleur des 8 titres pour commencer. Et forcément, à la première écoute, la petite déception. Mais bon, naïf que nous sommes, on attendait (encore) un Lee Ranaldo expert ès larsens et dissonances, et son art subtil d’injecter de la pop dans le chaos noisy. Reset complet. On se remet le disque. Et on l’écoute pour ce qu’il est finalement. La collaboration de deux artistes qui expérimentent, (plus ou moins) loin de leurs univers respectifs. Alors, est-ce qu’on pouvait s’attendre à mieux vu le pedigree prestigieux des artistes présents ? Certainement. On sent le travail de studio, ça bidouille parfois avec réussite (« The Art Of Losing »), parfois moins… Le spoken word, pourquoi pas… mais quand on a la voix de Lee Ranaldo, loin d’être dégueulasse, autant jouer la carte à fond. Il suffit d’écouter le refrain très réussi et épuré de « Humps », le final et apaisant « At The forks » ou même la world music inattendue et addictive de « Name Of North End Women » pour s’en convaincre. Parfois, on n’est même pas loin d’être emballé comme sur ce « Light Years Out » assez bluffant sur ces 3 dernières minutes avec sa basse groovy et… des guitares ! On est ainsi presque frustré quand on entend surgir quelques bribes d’électricité au détour de « Words Out Of The Haze ». Je t’aurais bien perverti tout ça avec quelques fender jazzmaster dissonantes. Ah jeunesse sonique, quand tu nous tiens ! Bon, parfois, ça se perd un peu en chemin, comme sur « Alice, etc » ou « New Brain Trajectory ». Résultat, avec seulement 8 titres et quelques (petites) longueurs, on reste un poil...

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Bambara – Stray

Bambara – Stray

(Wharf Cat, 14 février 2020) Même si sa première piste se nomme ainsi, de “Miracle” il n’est pas encore question en début d’album, de grande surprise non plus, mais d’envoûtement assurément. De billet pour une virée nocturne également, où l’on croise Nick Cave, Lydia Lunch et le fantôme de Rowland S. Howard. Guidé par cette basse ténébreuse à souhait, on rode dans des rades un peu miteux, fréquentés notamment par ce mec qui sirote son Jack D. en nous jetant des regards pas franchement rassurants. Et si le périple débute langoureusement, si notre vision est embuée, nos sens anesthésiés, “Heat Lightning” va se charger de nous remettre dans le droit chemin et nous faire cavaler à l’allure d’une section rythmique qui a les crocs.  Cette alternance entre ballades marécageuses où le leader semble chancelant et post-punk fiévreux mené soudainement par sa poigne de fer est une récurrence de ce Stray qui poursuit là où Shadow On Everything s’était arrêté… En y ajoutant des mélodies plus marquantes, pour ne pas dire proprement renversantes. En premier lieu desquelles “Sing Me To The Street”. Le charisme vocal de Reid Bateh impressionne une fois encore, hypnotisés que nous sommes par son timbre chaud et sensuel. Son chant désabusé est ici parfait, on l’imagine déambuler sans but, hanté par ses chœurs féminins qui viennent sublimer un morceau qui n’en demandait pas tant. Dans un registre tout à fait différent (qui évoquera davantage un Protomartyr), le tonitruant “Serafina” s’en va défier la mort. En la regardant droit dans les yeux et en maintenant notre palpitant à un niveau très élevé. Comme à son habitude, le chanteur/auteur a apporté un soin tout particulier aux textes, entre poèmes sombres et véritables récits ultra détaillés contribuant à plonger l’auditeur dans le décor, lui faire sentir les odeurs, l’aider à dévisager les personnages qui peuplent ce vieux western gothique… La mort, thème omniprésent de ce disque, rôde en permanence, prête à abattre sa faux. Un disque qui nous exhorte à “Stay Cruel” et non pas “Cool” (drôle d’idée), le temps d’un morceau où la basse pachydermique semble piquée à Massive Attack, le son de gratte issu d’un bon vieux Chris Isaak, et où viennent se mêler trompettes, violons et chœurs d’un autre monde… Une armada irrésistible qui vient entériner une certitude : ce que nous écoutons se révèle décidément assez faramineux. Ce serait déjà beaucoup mais ce n’est pas tout, la langoureuse “Made For Me” se charge de faire groover les cadavres avec sa cowbell de derrière les fagots et “Sweat” nous fait habilement retenir notre souffle lorsque le tempo redescend, à la merci de guitares qui nous lacèrent sans pitié alors même que nous nous pensions enfin en...

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…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

…And You Will Know Us By The Trail of Dead – X: The Godless Void and Other Stories

(Dine Alone, 17 janvier 2020) Autant le dire tout de go : si j’avais écrit cette chronique il y a quelques semaines, mon avis aurait sans doute été moins enthousiaste. Il faut dire qu’…And You Will Know Us By The Trail of Dead (que l’on se limitera à désigner par « ToD » dans le reste de cet article) a, depuis plus de quinze ans, toujours eu le chic pour entretenir les malentendus à son sujet. Apparu à la fin du siècle précédent, le groupe d’Austin triompha (artistiquement) grâce à son deuxième album, Madonna, sorti chez Merge en 1999, puis Source Tags and Codes, son premier disque pour la major Interscope, auréolé d’un 10 chez Pitchfork en 2002. Mélangeant la rage post-hardcore et emo d’un At The Drive-In avec l’indie rock racé de Sonic Youth, tout en ajoutant un brin de southern gothic, la formation emmenée par Conrad Keely et Jason Reece, deux multi-instrumentistes se relayant au micro, à la guitare et à la batterie, se devait de réaliser son disque de la consécration avec Worlds Apart, sorti en 2005. Malheureusement, ce dernier représenta un premier tournant déconcertant pour le groupe. Clairement porté par la vision de Conrad Kelly, quand le prédécesseur était une œuvre plus collaborative, ce disque offrait une production plus claire, des voix en avant et de gros refrains mélodiques que n’auraient pas renié un Green Day. Ce tournant plus « commercial » (malgré quelques morceaux longs et ambitieux) ne découragea pas tous les fans, loin de là, mais provoqua l’ire de la presse musicale branchée qui se mit à taper sur le groupe qu’elle avait tant loué trois ans auparavant. So Divided, plus progressif mais restant dans la veine « emo » du précédent, mit fin à la période Interscope : le groupe, qui avait perdu les faveurs de la critique, n’avait pas conquis un public suffisamment large pour se hisser au niveau d’un Queens of the Stone Age. Depuis une grosse dizaine d’années et son retour dans le monde des indépendants, ToD a toujours semblé être un groupe convalescent, cherchant à se remettre de sa mésaventure sur Interscope en enchaînant les bons disques sans toutefois faire de l’ombre aux chefs-d’œuvre des débuts. X: The Godless Void and Other Stories, sorti six ans après IX – quelle originalité ! – allait-il enfin représenter un retour aux vertes années de Madonna et ST&C ? La première écoute, comme je l’ai suggéré au début de cet article, suscita un sentiment de frustration. Je ne reconnais pas la voix de Conrad Keely. Il ne chante pas mal, bien au contraire, mais il n’est pas lui-même : il sonne comme un mélange de Lee Ranaldo et de Bob Mould....

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Bitpart – Eat Your Mess

Bitpart – Eat Your Mess

(Destructure/Boslevan, 31 janvier 2020) Difficile, quand on parle de groupes qui font du rock influencé années 90 de ne pas tomber dans la foire aux références. Comme tous les mauvais journamateurs, je tombe régulièrement dans ce travers, et j’avais certainement dû le faire en parlant du dernier album de Bitpart sur ce site ou un autre (il semblerait que ce soit un autre, ndrc). Sauf que, merde, Bitpart a presque une décennie de bons et loyaux services, même plus si on compte Fat Beavers, le précédent groupe de Julie Appéré et Eric Bricka, et aurait quand même le droit d’être considéré comme un groupe à part entière. Eat Your Mess, leur 3e album, sort après presque 4 ans d’attente, mais 4 ans qui n’ont pas été chômés avec notamment des concerts dans toute la France. De là à dire que cet album a été rôdé avant même d’être enregistré, il y a un pas que je ne franchirais pas, n’ayant aucune idée de sa genèse (tiens, c’est intéressant, il faudrait peut-être qu’on les interviewe pour leur poser la question). En revanche, on peut dire qu’on sent sur ce disque, surtout quand on sait qu’il a été enregistré assez vite si on se fie aux liner notes, un groupe parfaitement en place. Ça ne trompe pas, et le temps passé ensemble à jouer a certainement dû aider à obtenir ce résultat. Ce qui fait plaisir, avec cet album, c’est de sentir que le groupe est de plus en plus à l’aise loin du hardcore de ses débuts. Le travail du son est toujours aussi impeccable, ce qui est la moindre des choses dans un registre musical qui met un point d’honneur à intégrer le bruit et les dissonances dans ses harmonies, et les mélodies sont de plus en plus assumées, ce qui dans l’ensemble donne encore un super album. Par ailleurs, les paroles fournies dans le disque sont dans un anglais excellent, bien écrites et intelligentes, ce qui est toujours un plus. Seule petite déception, il me semble que les harmonies vocales entre Julie et Eric sont moins mises en avant (à part sur de trop rares moments comme le refrain de “Since You Left”). C’est un peu dommage, mais ne gâche en rien les morceaux qui sont d’un très haut niveau. À mon avis, la force de Bitpart comparé aux autres groupes qui officient dans le rock 90s, c’est d’avoir emprunté le même parcours que les meilleurs du genre : venus du punk hardcore pour se tourner vers une musique pop qui s’assume sans renier ses origines. Car oui, quelque part, Bitpart comme beaucoup d’autres (vous le sentez, l’effort pour ne citer aucune référence ?) ne serait-il pas avant...

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The Men – Mercy

The Men – Mercy

(Sacred Bones / Differ-Ant, 14 février 2020) The Men a toujours mis un point d’honneur à être un groupe créatif qui fait à peu près ce qu’il veut et se joue complètement des cases dans lesquelles on voudrait le ranger. En effet, en écoutant tous leurs albums depuis le premier, Immaculada, il y a maintenant plus de 10 ans, bien malin celui qui pourra définir leur style et prédire ce que donnera leur prochaine sortie. En revanche, force est de constater que depuis Tomorrow’s Hits, hormis un Devil Music qui commence à ressembler à un accident imprévu, leur musique est moins enthousiasmante. Enfin “on”, je ne sais pas, mais moi, j’ai clairement du mal à y trouver ce qui me retournait complètement sur leurs disques précédents. La faute ne vient pas uniquement de la variété de styles, qui était présente quasiment dès le départ, mais peut-être à un équilibre moins évident entre morceaux calmes, parfois beaucoup trop plan-plan, et les morceaux énervés ou planants qui restent à mes yeux la grande force du groupe. Quand, retrouvant leur envie d’expérimenter, ils avaient sorti les synthés, j’avais décidé de tourner les talons. Pourtant, Drift (l’album en question) ne se limitait pas à un énième disque lorgnant beaucoup trop du côté des années 80 et avait même des compos plutôt sympas, mais pour y avoir droit, il fallait s’en taper 4 dans des styles que je déteste viscéralement. C’était au-dessus de mes forces. Je décidais pourtant d’attendre le disque suivant pour laisser tomber, puisque le groupe a toujours été capable de prendre ses auditeurs à contre-pied. Le voici, et effectivement, ce ne sont pas les synthés qui sautent aux oreilles à l’écoute de Mercy. Bon, le single de l’album “Children All Over The World” est une chanson pop fm 80s à laquelle je suis hautement réfractaire, mais hormis ce titre, rien n’évoque ce type de musique.Et puis, en dehors de la ballade au piano “Fallin’ Thru”, la guitare est revenue à l’honneur, que ce soit dans les solos sur une ou deux notes de “Wading In Dirty Water”, les rythmiques folk de “Cool Water” ou “Mercy”, la country emportée de “Call The Doctor” ou la plus classiquement punk (pour le groupe) “Breeze”. Dans l’ensemble surnage une tonalité country-folk, qui ne concerne pas tous les titres mais donne une ambiance générale. Le problème, enfin mon problème, c’est que si cette ambiance me convient mieux sur le papier que la foire aux synthés, je trouve la plupart des compositions assez peu marquantes. Par conséquent, j’ai du mal à rentrer dedans, à l’exception des deux dernières. “The Breeze” qui, si elle ressemble à des choses que le groupe a déjà fait, se trouve dans mon...

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Pinegrove – Marigold

Pinegrove – Marigold

(Rough Trade, 17 janvier 2020) Il est bien difficile de parler de ce quatrième album du groupe de Montclair, New Jersey, sans évoquer son contexte de production. Le 21 novembre 2017, Evan Stephens Hall, le chanteur-guitariste et tête pensante du groupe publiait sur le Facebook du groupe un message affirmant qu’il venait d’être accusé d’avoir exercé une forme de coercition sexuelle à l’égard d’une femme avec laquelle il pensait avoir une liaison librement consentie. Il annonçait que le groupe interromprait sa tournée et ferait une pause pour réfléchir à la situation. À ce jour, aucune plainte officielle ne semble avoir été déposée par la jeune femme en question. Un récent article du New Yorker, sans indiquer le nom de la personne, affirmait qu’il s’agissait d’un membre de l’équipe de tournée du groupe. Il était question de pressions psychologiques plutôt que physiques. Par ailleurs, Hall affirmait avoir eu à l’égard de certains des fans des envies qu’il considérait lui-même comme déplacées. En d’autres termes, rien qui, du point de vue du public européen, ne serait considéré comme contraire à la morale – ceux qui pensaient assister à une affaire Matzneff du milieu de l’indie pop n’auront pu qu’être déçu. Seulement, cette nouvelle tomba quelques semaines seulement après les témoignages accablants de fans harcelées par l’ex-guitariste de Real Estate Matt Mondanile et quelques mois après le scandale Pwr Bttm, qui effaça en quelques heures ce nouveau venu sur la scène indie de la surface de la planète. Pinegrove se trouva donc emporté par la spirale #MeToo, même s’il semblait clair que la situation était bien différente de celle des deux artistes sus-cités. A ce moment là, le troisième album de la formation, Skylight (2018), bien qu’enregistré, n’était pas encore sorti et le groupe ne tourna pas pour le promouvoir. Vous me direz : quel rapport cela a-t-il avec la musique ? Et bien, je vous répondrai : un rapport étroit. Si les stars des années 70 comme Led Zeppelin avaient fait du rock machiste un fond de commerce, leurs scandales sexuels, aussi choquants furent-ils, ne faisant qu’ajouter à la légende, Pinegrove est arrivé au début de la décennie dernière avec une musique bien plus inoffensive, tentant de véhiculer une culture de la sincérité et de la bienveillance. S’inspirant, tant par son discours que par son énergie, de la scène « emo » mais empruntant également au country rock alternatif, Pinegrove créa un chaînon manquant entre Death Cab For Cutie, Band of Horses et The Decemberists où se mêlent songwriting introspectif, arpèges délicats et mélodies entêtantes. Le public s’identifia fortement au groupe, ce qui créa immédiatement un culte autour de lui. On dit même que l’actrice Kirtsten Stewart porterait un tatouage du...

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Lonely Walk – Lonely Walk

Lonely Walk – Lonely Walk

(Permafrost/Kerviniou/I Love Limoges, 20 janvier 2020) Derrière Lonely Walk, un certain Monsieur Crâne, qui ne marche pas seul mais guide sa troupe (légèrement renouvelée ici) avec talent depuis 2010, et qui a visiblement eu sa dose de misère sociale et d’actu morose pour garder tout cela pour lui (difficile de contenir bien longtemps une tempête sous un crâne…). Lonely Walk porte ainsi en son sein un je-ne-sais-quoi de dérangeant, si ce n’est malsain. Une sensation tenace d’être bousculé, pour ne pas dire molesté. Quelque chose d’audacieux et de singulier également, ce qui est une excellente idée à l’heure où les groupes post punk/cold wave pullulent et sont parfois aussi vite écoutés qu’oubliés tant ils ressemblent au précédent (qui lui-même…). Audacieux comme cette alternance anglais/français sur “Red Light”, morceau qui nous malmène avant un refrain plus léger et mélodique. Singulier par son parti pris, avec basse et synthés au diapason et omniprésents, et une guitare qui ne la ramène pas, ou si peu. Et ce troisième album des bordelais affiche une vraie belle cohérence d’ensemble, se montre entrainant sans être superficiellement dansant, palpitant sans chercher à faire dans le clinquant. On aime ainsi jouer sur la répétition comme de coutume dans ce genre de musique (“Fake Town” et sa rythmique obsédante. Tu ne peux pas lutter, le veux-tu seulement ?) mais on n’en fait pas non plus une nécessité. Les morceaux demeurent malgré tout très évolutifs avec des synthés loin de la caricature 80s parfois soulante ou du gimmick fainéant (“Shadow of the Time” où, intenables, ils n’ont de cesse de nous trimballer tandis que la basse nous fait de l’œil en ronronnant, “Look At Yourself” aussi percutant que son titre est accusateur et qui s’échappe sur la fin, en roue libre). En guise de plaidoyer imparable pour la cause Lonely Walk, “TG” qu’on a bien envie d’interpréter comme un bon gros “TA GUEULE”, fait dans la rage contenue avec cette tension qui règne en maître et le chant de Monsieur Crâne à l’anxiété grandissante jusqu’au final où il beugle à la façon d’un Jason Williamson (Sleaford Mods) à qui on aurait bien pris la tête. Il fallait que ça sorte, et on l’a bien senti passer. Merci bien, ça ne fait jamais de mal de se faire remettre en place. Jonathan...

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Caspian – On Circles

Caspian – On Circles

(Triple Crown, 24 janvier 2020) Dans un genre aussi balisé que le post rock, une des difficultés majeures, surtout quand on a atteint un statut de groupe étendard dans son domaine, reste le renouvellement. Caspian n’a déjà plus rien à prouver aux amateurs du genre mais il ressentait sans doute le besoin de SE prouver qu’il pouvait le faire : continuer à aller de l’avant sans se renier, éviter la redite, franchir un nouveau palier. Un énième palier.  Le départ du batteur Joe Vickers allait-il dans le sens de ce désir d’évolution ou s’agissait-il simplement d’un des nombreux aléas qui jalonnent la vie d’un groupe ? On l’ignore. En tout cas, Justin Forrest a très vite pris ses marques et apposé sa patte au son du sextet de Beverly (Massachusets). Le premier single “Flowers Of Light” avait d’emblée rappelé à tous ceux qui l’auraient honteusement oublié tout l’art de Caspian de faire prendre soudainement leur envol à ses chansons pour se muer en épopée majestueuse (à l’image de ce petit synthé fluet qui ne va pas tarder à devoir affronter un mur de guitares).  “Nostalgist” qui convie Kyle Durfey (Pianos Become The Teeth) au chant n’est sans doute pas un sommet du disque mais il a le mérite (en sus d’être un excellent morceau) d’insuffler une tonalité différente, une rupture afin de briser une éventuelle monotonie avant même qu’on ait eu le temps d’y songer. Et puis, la bascule…  Il est assez fréquent que les groupes placent une succession de tubes, du moins de titres aguicheurs, en début d’album et peinent à tenir la distance sur la durée du disque. On n’a pas les stats mais combien de fois a-t-on déploré une face B en deçà ? Beaucoup trop. Ici, c’est en quatrième piste (“Division Blues”) que nos poils se hérissent pour de bon et rechignent ensuite à retrouver leur position initiale. Un crescendo irrésistible qui laisse place, non pas à l’explosion attendue, mais à un certain apaisement, une délivrance. Comme un sentiment de sérénité.  Caspian, fort de son expérience, évite l’écueil de morceaux trop démonstratifs, de formules trop bien huilées et insuffisamment épicées. Les guitares attendent la fin de morceau pour s’envoler, sans retenue, sans regarder derrière… D’autant qu’il y a de si belles choses à se laisser conter à l’horizon.  “Onsra” d’abord, presque féerique, pas loin d’évoquer Sigur Ros. “Collapser” ensuite qui, fort d’une agressivité décuplée, balaie tout ce qu’on a pu dire précédemment et propage le chaos dans ce disque à la couleur plus optimiste que ses prédécesseurs.  Après un ouragan si dévastateur, quand on pense que tout a été rasé, ressurgissent les choses les plus belles. Elle porte ici le nom d'”Ishmael”. Le violoncelle de...

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The Guru Guru – Point Fingers

The Guru Guru – Point Fingers

(Luik/Grabuge, 31 janvier 2020) Que feriez-vous à notre place ? Une bande de barjots belges qui vous pointent du doigt et se ruent vers vous pour vous présenter leur nouveau bébé braillard. Vous prendriez vos jambes à votre cou, évidemment. Peu téméraires que vous êtes. Nous, on choisit de s’accrocher. Car s’ils foutent un peu les jetons de prime abord, si notre boussole ne répond plus face aux revirements incessants du quintet, on retrouve vite quelques éléments communs auxquels se raccrocher. Une basse indomptable qui mène la danse, une guitare à laquelle on soutire des grognements aigus, un chant mi-parlé mi-rappé, un refrain pop en diable, des cris de damnés en option. C’est parfois violent, souvent accrocheur et finalement toujours totalement instable. N’est-ce pas là le plus excitant ? Dès « Mache », on croit se raccrocher à un riff de brutasse et on se dit qu’on va se contenter de headbanger béatement pendant trois minutes et puis la basse nous prend par la main, nous dit que ce n’est pas par là, qu’il faut suivre ce drôle de bonhomme avant un refrain plus-aigu-tu-meurs qui déboussole d’abord et colle aux basques ensuite. Etonnant, mais bien vu. Tom Adriaenssens qu’on imagine gesticuler dans tous les sens, pris de sursauts épileptiques ou du syndrome de la Tourette (« FIRE! PEPPER! TURMOIL! » sur la démentielle « Chramer ») guide sa troupe comme un gourou gourou gentiment timbré timbré mais sacrément charismatique. Et quand chacun souhaite faire plus de boucan que lui, il va s’isoler avec sa guitare acoustique et s’évade dans une chouette ballade, en toute quiétude, se demandant à juste titre si c’est bien lui qui a enfilé le costume du songwriter mature (« And I’m Singing, Aren’t I »). Et finalement, nul besoin d’une quinzaine d’écoutes pour succomber au trip math/indie/noisy un brin crazy – qu’il convient d’appeler borderline rock – proposé par The Guru Guru. Quand au bout de trois tours de platine, on sifflote des refrains tout seul dans son coin, c’est que l’affaire est bien engagée, non ? Quand on considère initialement que les compos sont alambiquées avant de les trouver totalement limpides, c’est que les gars ont un truc, n’est-ce pas ? Point Fingers dégage cette très plaisante (et trop rare) impression d’un groupe qui a laissé libre cours à sa créativité, sans calcul, ne s’est rien refusé et est parvenu à accoucher d’un résultat totalement instinctif, finalement à même de parler à chacun d’entre nous. Pas étonnant qu’ils aient tapé dans l’oreille de Lysistrata qui les a accueillis sur leur label. À présent, démerdez-vous pour vous dépêtrer des soubresauts diaboliques entre douces mélodies et coups de sang hargneux de « Delaware », « Mache », « Chramer », « Origamiwise », des arpèges innocents de « Know No », de « Skidoo » et...

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Baston – Primates

Baston – Primates

(Howlin Banana, 29 novembre 2019) Souvenez-vous. Baston, c’est ce groupe auteur d’un chouette premier EP bien péchu (Gesture) il y a déjà 4 ans chez le label Howlin Banana, fer de lance 2010’s du “garage à la française” (et un peu à la californienne, avouons). Un genre quelque peu encombré quand le revival battait son plein et eux-mêmes ont semble-t-il songé qu’il valait mieux tracer une route nouvelle pour continuer à se faire entendre et se détacher un peu de la meute constamment grandissante. Une meute qui en a semé quelques-uns en route, et non des moindres (on pense notamment aux Madcaps et à Kaviar Special, deux membres éminents du label). Baston a donc pris son temps pour repenser sa musique, recruté un nouveau membre aux synthés pour former désormais un quatuor et considérablement ralenti le tempo pour mieux lorgner aujourd’hui vers un univers shoegaze/krautrock (avec lequel il flirtait déjà sur l’EP mais plus timidement). Et figurez-vous que ça lui va comme un gant. J’en veux pour preuve “Primates” qui n’a rien de primitif. Basse-batterie cavalent main dans la main, de la reverb, un air de guitare piqué à Robert Smith, un peu plus de reverb, des voix lointaines, et encore un soupçon de reverb. Dans la foulée “Transept” se déguste les yeux écarquillés, la bouche ouverte prête à gober les acides qui tombent.  Psyché donc, Baston l’est toujours (“Achilles” confirme). Pop également parce que sans belles mélodies (“Arnhem” on pense à toi), on s’en foutrait pas mal de ces autoroutes motorik et guitares aigrelettes (“K2” semble emprunter cette direction avant de prendre son envol). Ce n’est pas forcément plus innovant qu’auparavant mais c’est probablement ce qui leur correspond le mieux. Et ça sonne rudement bien. Les compos sont là, on l’a dit, mais la prod très soignée les met également en valeur comme il se doit.  En fin d’album, surgit un guest pour le moins inattendu : Christophe Hondelatte et ses fameux récits sordides sur un petit air musique du monde (darboukas, ambiance orientale). On ne peut s’empêcher d’esquisser quelques sourires malsains (“à aucun moment, vous ne vous êtes dit que cette femme dans le frigo pouvait être votre mère ?“) et “Viande” constitue ainsi une divertissante ballade au pays des tarés. Divertissante et essentielle car des morceaux qui jouent sur la répétition à terme… Ça peut donner un disque répétitif.  Ceux qui ont lu jusque-là ont compris la sentence mais pour ceux qui sautent directement à la conclusion, faisons clair et limpide (même si vous ne le méritez pas) : Baston a gagné en finesse mélodique, en précision dans l’élaboration de ses morceaux ce qu’il a perdu en énergie pure. En ce qui nous concerne, le pari...

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