The Madcaps – Slow Down

The Madcaps – Slow Down

Comme son nom l’indique, Slow Down, troisième album des Madcaps, a décidé de calmer le jeu. Leur pop teintée de garage, ou l’inverse, était presque toujours jouée à fond les ballons et destinée à s’écouter comme tel. Et bien, les temps ont changé. Non pas que les Madcaps soient désormais totalement méconnaissables, loin s’en faut, mais ils ont mûri (oh le vilain mot). Et il faut dire ce qui est, en intellectualisant un peu la chose, en lui ajoutant une coloration soul inattendue, ils nous ont pris par surprise et on s’est retrouvé un peu paumé. Là où le groupe brillait par ses mélodies qui restent immédiatement ancrées, ce Slow Down a le don de s’offrir à qui veut bien l’attendre. Bien sûr la fibre pop du groupe ne s’est pas volatilisée, mais les quelques morceaux qui rappellent irrémédiablement ses prédécesseurs (« No Friend Of Mine », « She’s So Hot ») et qui s’apprivoisent en une ou deux écoutes se révèlent finalement moins marquants. Et si quelques riffs très Stonesien (« Come », « Fair Enough ») viennent pimenter la partie, c’est bien quand les Madcaps s’éloignent de leur terrain de prédilection qu’ils nous attirent plus aisément dans leurs filets. Quand ils nous embarquent en Nouvelle-Orléans avant de s’offrir un final très blues 50s (« Slow Down ») par exemple, ou quand Thomas Dahyot s’essaie au spoken word (« Le Passe Muraille » tiré du roman du même nom de Marcel Aymé). Les cuivres sont plus présents que jamais, reléguant presque les guitares au second plan, et les synthés bien vintage font également une entrée remarquée (« Devil Monkey », la groovy « Chill Pants »). Il faut reconnaître un certain culot aux rennais de s’affranchir de leur recette fétiche qu’ils maitrisent jusqu’au bout des ongles, au risque peut-être de perdre en chemin ceux qui attendaient un album dans la même veine que l’imparable Hot Sauce. En résulte un disque qui a un peu le cul entre deux chaises, probablement entre le Madcaps d’hier et celui de demain. Reste à trouver le parfait équilibre. Sur le prochain ?...

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IAM – L’École Du Micro D’Argent

IAM – L’École Du Micro D’Argent

Dans quelques années quand on parlera de rap français à nos gosses, ils auront peut-être du mal à croire qu’auparavant les rappeurs déblatéraient dans le micro avec leur vraie voix sans avoir recours à des artifices dégueulasses, que ce qui les animait était de dépeindre la vie telle qu’ils la percevaient et telle qu’elle était vécue par des milliers de banlieusards n’ayant pas accès à la même exposition qu’eux. D’être la voix des sans voix comme le veut l’expression consacrée. Ils nous regarderont peut-être les yeux écarquillés quand on leur dira que ces mêmes rappeurs étaient médiatisés uniquement pour la qualité de leurs textes et non pas pour leurs frasques ou marques de sapes. On ne sera alors pas peu fier de leur dire que nous étions là il y a 20 ans pour vivre l’arrivée d’un monument du rap francophone. On leur foutra « Demain, C’est Loin » dans les oreilles et ils comprendront que tout est vrai. En 1997, IAM, étendard du rap marseillais sort donc ce qui reste à ce jour son chef-d’œuvre inégalé. Jusque-là il était respecté pour son statut de pionnier, justifié par deux premiers albums de qualité et un tube pour faire les cons en soirée (« Le Mia »). Les promesses sont là mais on ne s’attend quand même pas à un tel coup de maître. Avec L’école Du Micro D’argent, IAM déploie l’artillerie lourde. Tout pour plaire. Des instrus travaillées comme jamais, Imhotep et Kheops partent en quête du sample qui tue sillonnant les films, disques soul, funk et nous pondent des instrus comme on n’en avait jamais entendues de ce côté-là de l’Atlantique. C’est d’ailleurs en partant enregistrer une partie du disque à New York, mecque du rap underground, que les marseillais vont chercher l’inspiration. Dès le morceau titre en ouverture et son instru terriblement entrainante, on s’en prend plein la face. Parés pour la bataille. Les amateurs du Wu-Tang Clan ou de Mobb Deep auront droit à leur petite hallucination se disant qu’on n’est pas si mal en France. Au niveau des textes on n’est pas si mal non plus. Les MCs déploient un style tout terrain avec une plume aussi à l’aise dans l’égotrip pur et simple (« Un Bon Son Brut Pour Les Truands ») que dans le fait divers glaçant dépeint avec un réalisme froid (« Un Cri Court Dans La Nuit »). Le grand public découvre que le rap n’est pas qu’un truc de banlieusards pour les banlieusards. Une science de la rime, des textes d’une intelligence rare à même de parler à chacun de nous. Pas aussi intello qu’un MC Solaar, pas aussi radical que NTM ou Assassin, les marseillais ont leur créneau et livrent là « une musique pas faite pour 5...

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Margaret Catcher – Singularity

Margaret Catcher – Singularity

Cette bonne vieille Maggie ! Un sacré personnage mais aussi, surtout, une sacrée grognasse qui aura bien fait morfler le prolo english. On était bien parti pour élire sa version française mais il semblerait que cette option ait pris du plomb dans l’aile suite à un assassinat politique sans précédent (c’est vrai quoi si on peut plus rincer la famille, se faire offrir de beaux costards et inviter l’ami Poutine à moindres frais, que nous reste-t-il ?). Au lieu du malheureux François pour nous rappeler Maggie, on a récupéré un groupe quelque peu incongru répondant au doux nom de Margaret Catcher. Pas sûr qu’on ait perdu au change… On a en tout cas gagné quelques très bonnes chansons (bien que ce terme étant sans doute le moins approprié possible pour définir leur musique). Des « chansons » aux structures bien alambiquées façon math rock le tout saupoudré de synthés rétro/cheapouilles/bien barrés et parfois complétées par une bonne vieille voix robotique à la Kraftwerk. Ça fait peur hein ? Mais non les amis c’est sympa comme tout. Margaret Catcher c’est un peu comme si l’intello chiant que vous imaginez faire des équations pour s’endormir, était convoqué au tableau et se mettait à faire des fuck à la prof et à partir dans une danse improbable devant vos yeux ébahis (l’imparable groove matheux de « Emergency » ou « We Want More », le délirant « Zouki Zouki » qui semble nous inviter à jouer à Mario Bros sous LSD avec Francky Vincent qui passe devant l’écran de temps en temps pour nous glisser deux trois conneries – non salaces toutefois les conneries). Une fois que vous avez cerné le personnage, ce n’est pas forcément évident de le suivre dans tous ses délires. Mais il va sans dire que ce duo a des choses à dire, des styles à explorer et le fait avec un enthousiasme et une excentricité qui nous mettent en joie (à commencer par le génial morceau éponyme). Plutôt que d’avoir plein d’idées et de les disséminer tout au long de l’album, Margaret Catcher prend le parti de toutes les mélanger au sein d’une seule et même chanson. Et de décliner l’opération sur 12 titres. En résulte un disque finalement très cohérent dans sa folie et qui vous donnera autant d’hallucinations auditives que de fourmis dans les jambes. JL Singularity by MARGARET...

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Ex Fulgur – Noires Sont Les Galaxies

Ex Fulgur – Noires Sont Les Galaxies

De drôles de loustics ces Ex Fulgur. Ils sont 3, ils sont de Rennes, ils produisent ensemble une musique qui d’abord remue autant qu’elle fait réfléchir, et qui finalement fait réfléchir à la raison pour laquelle on se remue sans discontinuer. Odilon Violet écrit des textes un rien barrés, Saïtam triture ses machines et Mistress Bomb H maltraite ses guitares. Les trois secouent le tout et nous dégueulent le résultat à la tronche. Un résultat brut, à la fois crado et distingué. A la fois poétique et hystérique. De la frontwave qu’ils appellent ça, merci parce qu’on était un peu emmerdé pour définir le bestiau. Pour perpétuer la tradition récente de l’indé français à pondre des noms de morceaux (quand ce n’est pas de groupes) à la con, Ex Fulgur n’a pas fait les choses à moitié. Jugez plutôt : « Un Truc Dans Le Genre », « Tu N’es Pas Un Chapeau Mon Amour » ou encore « Tentative De Restitution De Tous Ceux Qui Sont Morts Avant 2133 » (qui énumère sans relâche des dates et des morts glauques et/ou improbables sur fond de guitare rouillée et d’un beat martial obsédant). Le titre de l’album, Noires Sont Les Galaxies, fait lui référence à une série française flippante des années 80 dans laquelle deux races extraterrestres se tiraient la bourre pour envahir la Terre en prenant possession de corps humains. Quand ça tournait mal, des plantes sortaient du corps des personnes infectées faisant éclater le tout. Ravissant n’est-il pas ? Ça vous donne une idée de la bonne humeur dont transpire la frontwave d’Ex Fulgur. Malgré tout, entre deux parties de roulettes russes (l’azymutée « Embrase-moi »), rien n’interdit de se trémousser. Comme sur ce (fameux) « Tu N’es Pas Un Chapeau Mon Amour » non dénué d’un certain groove et riche en révélations fracassantes (« un chapeau n’est pas un jésuite, un crachat n’est pas une huitre, une huitre n’est pas une falaise » et ainsi de suite pendant les 3 bonnes minutes qui concluent le titre). On pourrait penser qu’on nous prend bien pour des cons mais c’est tout le contraire. Ou alors c’est tellement bien fait qu’on n’y voit que du feu et on en redemande avec un sourire niais. Entre temps on s’était fait gentiment rentrer dans le chou (« Notre Chimie Du Pétrole »), on avait suivi aveuglément les synthés classieux de « No Way To Get Out » et quand on nous a dit « Nous Sommes Des Dieux », on n’était pas loin de le croire. Un dernier avertissement pour les frileux : amateurs de cold wave, prenez garde aux phases bruitistes, amateurs de noise, ne craignez pas les ambiances habitées et les synthés glaçants. Amateurs des deux styles, frottez-vous les mains et partez danser dans les ténèbres. JL...

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Grandaddy – Last Place

Grandaddy – Last Place

Notre grand-père préféré est de retour ! Ça fait 11 ans qu’on l’attendait, ses petites histoires nous avaient manquées. Bien sûr il avait continué de nous en conter mais il ne voulait plus qu’on l’appelle grand-père, il préférait qu’on l’appelle par son vrai nom, Jason Lytle. C’était chouette mais ça n’avait pas tout à fait la même saveur. On a beau avoir fait un long break, quand il entame son histoire on a le sentiment qu’il ne nous a jamais quitté. Le voilà qui fait plein de bruitages, au début on se dit qu’il se paie un peu notre tête mais finalement il faut reconnaître qu’ils sont sympas et rigolos ses bruitages. Et l’histoire est super chouette (« Way We Won’t »). Parfois on a un peu l’impression qu’il nous a déjà raconté certaines d’entre elles (« I Don’t Wanna Live Here Anymore ») mais on l’aime bien alors même s’il est un peu gâteux on lui pardonne… Et puis il est attachant ce Grandaddy, il nous tirerait presque les larmes (« The Boat Is In The Barn ») avec cette mélancolie qu’il se traine depuis des années (« That’s What You Get For Gettin’ Outta Bed », This Is The Part »). De temps à autre, il nous prend même sur les genoux, nous fait rebondir (« Chek Injin ») et on lui demande de ne pas s’arrêter (« please keep going, please keep going« ). Sur la fin, papy a l’air vraiment triste, il radote un peu ses vieilles rengaines (sa crainte du digital qui prend de plus en plus de place dans nos vies, notamment), on l’écoute par compassion mais on s’ennuie un peu par moments. Et puis, finalement, à force d’y mettre tellement du sien il parvient à nous convaincre totalement (« A Lost Machine »). Ne boudons pas notre plaisir, les moments passés avec ce grand-père adoré demeurent privilégiés. Il est de retour c’est le principal, et il a encore toute sa tête. Ses plus belles années sont sans doute derrière lui, mais vu l’amour et les super moments qu’il arrive encore à nous transmettre on l’imagine mal finir à l’hospice le vieux....

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Zenzile – Elements

Zenzile – Elements

Ça fait déjà bien longtemps qu’on ne sait plus si on doit classer Zenzile au rayon dub. Ça emmerde sans doute les disquaires mais nous ça nous va très bien. Après avoir posé les bases du genre (on parle bien sûr du dub « à la française », le jamaïcain existant lui depuis belle lurette), Zenzile est parti en expédition et n’est jamais vraiment revenu. Ou plutôt si, il revient chaque fois avec de nouvelles idées. Après un tour à Berlin il y a 2 ans au bon goût de rock choucroute, le voici désormais entouré d’une nouvelle exploratrice qui foule pour la première fois la planète Zenzile et s’y accommode très bien, en témoigne la merveilleuse « Bird » en ouverture avec une Zakia Gallard des plus aériennes. La pochette prend alors tout son sens. Nous sommes bien au-dessus des nuages. Autre bijou bien poli, « Dry », qui peut se targuer d’une somptueuse intro où on pense que tout est déjà dit. Mais non il y a bien d’autres choses à conter dans cette fantastique épopée que de délicats synthés emmèneront vers des contrées new wave. L’album, qui tient autant du dub que du rock progressif, se révèle moins rugueux que son prédécesseur. A l’exception du rock burné d’« Outsight » (qui n’est pas sans rappeler certains titres incandescents de Livin’ In Monochrone), l’ambiance se veut plus apaisée. Il est davantage question de méditation que d’excitation (la formidable « Storm » qui s’autorise toutefois quelques éclairs guitaristiques rageurs, l’inspirante « Sequences » qui nous susurre « love is all around » de la façon la plus convaincante qui soit). Sans surprise, Matthieu Bablée envoie toujours des lignes de basse qu’on pourrait s’écouter tranquille un bon quart d’heure sans se lasser, et quand le tout est accompagné de percus et d’une voix brumeuse (« Presence »), on est bien. Un bon vieux dub des familles (« Poly ») vient boucler une affaire rondement menée, et rappeler que Zenzile n’oublie pas ses racines. Autre rappel : la musique de Zenzile fascine toujours et, si on ne sait jamais où ils vont nous emmener, on peut toujours les suivre les yeux fermés....

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John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

John Garcia – The Coyote Who Spoke In Tongues

Ce qu’on peut être médisant parfois. Regardez les mots que j’employais pour attaquer ma chronique du précédent disque de John Garcia « John Garcia fait toujours peu ou prou la même chose. John Garcia n’a pas une voix d’une sidérante beauté. » Rangez vos guns toutefois, les adorateurs du roi du désert, je me montrais enthousiaste sur le contenu dudit album. Mais depuis ce jour le père John, fidèle lecteur d’Exitmusik, ruminait dans son coin et s’était juré de prendre son temps pour sortir son successeur, dont l’unique but serait de me faire mentir. Voici donc un album de John Garcia bien différent de ce qu’il a l’habitude de nous proposer. Ok John, tu marques un point. Forcément du stoner acoustique ça ne ressemble plus vraiment à du stoner. Le pari était donc somme toute relativement risqué. « Relativement » parce qu’avec 4 morceaux de Kyuss, il a pris soin de ne pas déboussoler totalement l’auditeur. On aurait pu penser que mélanger morceaux cultes et nouveaux morceaux n’était pas forcément la meilleure idée pour mettre en valeur ces derniers. Mais figurez-vous qu’ils s’en sortent plutôt très bien. En ouverture « Kylie » est une franche réussite (et on serait curieux de l’entendre en version électrique !). « Argleben II » ou la très entrainante « Hollingworth Session », sans être des chefs-d’oeuvre inoubliables, font également mouche. Et on retrouve en fin d’album, une version live de « The Blvd » (présent sur le précédent disque) aux atours bluesy fort séduisants. Ceci étant dit, la grande et belle surprise demeure la réinterprétation des classiques de Kyuss, que John Garcia laisse vivre et n’ont pas besoin des riffs monstrueux de Josh Homme pour marquer les esprits. Mention spéciale à « Gardenia », transfiguré en folk minimaliste, là où elle faisait figure d’ouragan dévastateur en ouverture de Welcome To Sky Valley. Ou « Green Machine » sur lequel Garcia beuglait virilement auparavant et qui, ici opte pour un murmure délicat. Sans surprise « Space Cadet » est celle qui a subi le lifting le moins sévère (puisqu’elle était déjà acoustique) mais Garcia y chatouille les aigüs avec brio (avec qui ?) prouvant aux médisants dont je fus qu’il a bien une voix superbe… Ok John, mille excuses. La formidable « El Rodeo » et ses slides de guitare jouissifs vient entériner la démonstration que le défi un brin périlleux du passage à la gratte sèche est relevé haut la main. On résume donc : John Garcia ne fait pas toujours la même chose, John Garcia a une très belle voix et chante remarquablement bien. Le troisième point que j’avais évoqué à l’époque dans ma chronique était le suivant « John Garcia n’égalera plus jamais les albums de ses débuts avec Kyuss« . Alors autant y aller franco, le sieur Garcia a l’air un peu nostalgique de Kyuss et...

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Social Square – Feeling Superhuman EP

Social Square – Feeling Superhuman EP

Tiens, Wonderflu sort un nouvel EP ? Ah non, ce sont leurs collègues de Social Square ! À la première écoute, pourtant, on y croirait. Je n’avais jamais constaté à quel point les voix de Patrick et Greg pouvaient se ressembler, parfois. Et puis ce sens du cool, cet amour du son typé rock indé 90s, on ne peut pas nier que les deux groupes, au-delà de leur label, partagent quelques affinités. Mais ne nous y trompons pas, Social Square a sa propre touche, un brin plus punk (limite californien, parfois, mais sans jamais franchir la limite du mauvais goût), un penchant pour les compos plus complexes, et un autre pour les instruments bizarres qu’on découvre dès le titre d’ouverture, « Gold & Silver Medals ». Il faut savoir qu’avant de sortir ce Feeling Superhuman, Social Square est passé par une refonte importante, changement de bassiste puis carrément de configuration, et que c’est leur premier vrai disque à deux. Auparavant, ils ont sorti Songs We No Longer Play, qui vaut aussi son pesant de cacahuètes, mais qui n’était qu’une compilations de vieux titres amenés à finir au placard, d’où le titre. En fait, je dis qu’il faut le savoir, mais c’est surtout qu’il faut le savoir pour s’en rendre compte ! Les deux comparses jouent ensemble depuis un bon bout de temps, s’entendent musicalement très bien et le résultat est assez bluffant. À aucun moment, on ne sent d’hésitation, de recherche d’identité ou d’errement typiques des disques de transition. Non, Social Square a trouvé la formule qui lui va, et elle va bien pour nos oreilles également. Seul reproche, qu’on peut aussi faire à Wonderflu, le disque est trop court. Un poil frustrant. Sinon, Social Square nous offre encore un chouette moment de rock 90s inventif, bien foutu, un poil complexe mais néanmoins très plaisant pour peu qu’on apprécie le genre, comme tout ce que publie Influenza Records. Du tout bon ! BCG Feeling Superhuman by Social SquareSocial Square fêtera la sortie de son nouvel EP en concert vendredi 3 mars à l’American Express Live Bar (Paris) en compagnie leurs (excellents) collègues de label...

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The Saints – (I’m) Stranded

The Saints – (I’m) Stranded

Dans le premier numéro d’une émission radio malheureusement en stand-by définitif, les chroniqueurs nous proposaient un débat un poil fallacieux : le punk est-il américain ou anglais ? Si la paternité musicale se doit de revenir aux Ramones, et la parenté du style vestimentaire et de l’attitude (qu’on pourrait qualifier de « marketing ») aux Sex Pistols, la question devient complètement inepte si on la comprend comme « qui a fait le meilleur punk ? » puisqu’à ce compte-là, c’est peut-être vers l’Australie qu’il faudrait se tourner. En 77, avant même que Never Mind The Bollocks ne mette le mot sur toutes les lèvres, un petit groupe de Brisbane sortait ce qui est certainement un des meilleurs albums du genre. Un des meilleurs albums de rock tout court. Car finalement, la force des grands groupes étiquetés punk est certainement d’avoir fait les meilleurs albums de rock possible, sans chercher à rattacher leur musique à un quelconque mouvement, et les Saints ne font pas exception. Leur musique se rapproche de celles de leurs compatriotes de Radio Birdman, avec une influence sensible des groupes de proto-punk, un son direct, incisif, et un sens mélodique certain. La recette des champions. Après avoir sorti leur premier single sur leur propre label, comme de bons adeptes du DIY, le groupe signe chez Sony pour son premier album qui reprend le single éponyme, tube imparable et lui ajoute 9 titres. Si on pourrait facilement se contenter d’appuyer systématiquement sur repeat à l’écoute de « (I’m) Stranded » et être déjà content du résultat, ce serait tout de même dommage vu ce que le disque a à offrir d’autre. Car ici, même le titre le plus anecdotique ferait figure de tube sur un disque des Sex Pistols ou des Clash, voire de chef d’oeuvre sur le premier album de Wire. Bien sûr, le gros de la musique des Saints tient à la formule citée précédemment, un rock’n roll assez essentiel joué à un tempo endiablé avec un son cru, servi par le chant désabusé mais irréprochable de Chris Bailey, mais ça n’empêche que le spectre de leurs compositions n’est pas si restreint : ils s’osent à la ballade avec « Messin’ With The Kids », pire ils réussissent l’exercice haut la main, proposent des reprises sauvages (« Wild About You » des Missing Links et « Kissin’ Cousins »), un tempo lent (« Story Of Love »), des morceaux nerveux (« Demolition Girl », « No Time », « One Way Street »), sans se donner d’impératif de durée (la très énervée « Erotic Neurotic » dépasse les 4 minutes et le « Nights In Venice » final, pas beaucoup plus lent, frôle les 6). Et pour couronner le tout,  le jeu du guitariste Ed Kuepper saute aux oreilles tant il étoffe sans jamais être dans la surreprésentation. Ni trop limité, comme...

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana

Ils sont joueurs les King Gizzard & The Lizard Wizard (dernière fois que je l’écris en entier). A chaque nouvel album, ils se fixent un nouveau défi. Avec une constante cependant, les bonhommes planant à 15000, ils ont choisi de retourner le psyché dans tous les sens possibles et imaginables. Après avoir fait du rock psyché vénère bien imbibé de fuzz (12 Bar Bruise), puis du psyché façon western spaghetti (Eyes Like The Sky), du pop psyché guilleret (Oddments), du psyché planant (Quarters!, chaque morceau durant 10 minutes 10), du psyché chansonnier pour hippies jamais redescendus (Paper Maché Dream Balloon), du psyché qui tourne en boucle pour bien te rentrer dans le crâne façon kaléidoscope (I’m In Your Mind Fuzz, Nonagon Infinity), ils reviennent ici à du « King Gizzard classique » (pour peu que ça ait un sens). A savoir une sorte de synthèse de tout cela. Mais bien psyché hein, sinon ce serait moins fun. Pour corser le challenge, l’ami Stu MacKenzie s’est doté d’une gratte microtonale (qui permet de jouer des quarts de ton). Ça peut sembler anecdotique voire de la branlette arty mais ça illustre bien l’amour de la musique de ces australiens sans cesse en quête d’exploration et de mise en danger. On ne va pas vous faire croire qu’on a détecté un apport considérable grâce à l’ajout de cet instrument peu commun, on peut en revanche vous assurer que le programme de ce Flying Microtonal Banana est des plus variés. Et des plus trippants. Le bon gros single « Rattlesnake » ouvre le bal de façon sacrément jouissive avec ses boucles infinies façon kraut sous taurine. On est tenté de laisser le doigt sur la touche repeat. Mais ce serait dommage de se priver du reste. Les titres s’étirent, des tiroirs s’ouvrent un peu partout, remplis d’idées aussi brillantes que saugrenues. A retenir parmi les démonstrations les plus éclatantes de ce psychédélisme foutraque savamment maîtrisé  : « Melting » et ses synthés 60s hallucinés qui tourbillonent avec les voix, « Sleep Drifter » qui invite un harmonica à la fête. Ou l’excellent « Billabong Valley » et sa touche ethnique apportée par un zorna (une trompette turque) railleur. Une touche ethnique bienvenue et très présente tout du long, comme si les australiens étaient allés à la rencontre des touaregs. Façon Page et Plant, il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine… Tout n’est pas issu du même moule, certains morceaux se révélant plus anecdotiques, mais l’impression d’ensemble est d’avoir affaire à un groupe sans frein, qui s’éclate et régulièrement nous éclate aussi. A défaut de nous pondre l’album ultime de leur discographie, les australiens continuent de sortir à leur rythme effréné des disques bien au-dessus de la moyenne. Ne reste plus qu’à confirmer ça avec...

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