“King For A Day” de Faith No More a 25 ans. Chronique

“King For A Day” de Faith No More a 25 ans. Chronique

(Slash/Reprise, 28 mars 1995) Il est de bon ton de considérer King For A Day comme l’album ultime de Faith No More. Sa référence indépassable. Loin de moi l’idée de démonter un fait établi (a-t-on suffisamment d’amis pour commencer à se faire des ennemis ?) mais, en toute honnêteté, tenter de départager ce disque de ses deux monumentaux prédécesseurs, Angel Dust (1992) et The Real Thing (1989), me semble bien périlleux. Et inutile. Tout juste suis-je résolu à admettre que Mike Patton y est plus à l’aise que jamais, après un The Real Thing où il fallait se familiariser avec son chant nasillard, que d’aucuns (les cons sensibles) pouvaient juger irritant. Et pourquoi pas, puisqu’on est généreux, évoquer une production plus moderne, moins marquée par les années que les deux pré-cités, reproche revenant régulièrement de la part de snobinards lourdingues spécialistes ès production sonore. Mais ON S’EN FOUT. Les morceaux étaient là depuis le début et on a d’abord envie de rétorquer à tous ces jeunes gens avides de hiérarchisation (comment ça, on s’y livre plus souvent qu’à notre tour ?) qu’un groupe comme Faith No More – ou plutôt CE groupe qu’est Faith No More – échappe à toute nécessité de classement. Ce groupe au sommet de son art, ce qu’il est indéniablement entre 1989 et 1995 (si ce n’est entre 1985 et 2015, pour les fans les plus aveuglés aguerris), ne peut qu’apporter entière satisfaction et susciter perpétuelle prosternation. On l’a déjà dit, écrit, rabâché, mais une fois de plus ne fera pas de mal : ce mélange des genres unique que Faith No More a su enfanter dès sa formation et façonner au fil du temps est sa grande force et, probablement, la raison du désamour de certains. Pour ceux adhérant au « concept », il semble impossible de ne pas succomber à King For A Day, tant la folie inhérente au groupe et son leader et l’efficacité d’ensemble, sont criantes d’un bout à l’autre. L’attaque frontale de « Get Out », expédiée en 2’20, rappelle un fait essentiel : si ces gars-là sont à ranger du côté des metalleux, ils ne s’embarrassent jamais de fioritures inutiles, préférant la vitesse d’exécution et l’efficacité au bavardage lourdaud. Se faire chier en écoutant Faith No More ? Improbable. Même la mauvaise foi la plus abjecte n’oserait brandir ce genre de critique. L’intro de « Ricochet » se veut bien plus apaisée mais c’est pour mieux nous scotcher au mur le temps d’un refrain qui passe soudainement la surmultipliée. L’album est clairement plus direct et frontal qu’Angel Dust qui y allait franco sur les claviers. Ici, les grattes ont repris le pouvoir, Trey Spruance (de Mr Bungle) suppléant Jim Martin dans le rôle de tortionnaire de...

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FACS – Void Moments

FACS – Void Moments

(Trouble In Mind/Differ-Ant, 27 mars 2020) Disappears était probablement l’un des groupes les plus passionnants des années 2010 et son arrêt soudain, après un Irreal au nom bigrement bien choisi, avait constitué un sévère coup derrière la nuque pour nous, pauvres auditeurs en quête de musique sombre et torturée. Fort heureusement, Brian Case (guitare-chant) et Noah Leger (batterie) ne nous ont pas laissés orphelins bien longtemps, en donnant naissance à FACS en 2018, soit trois après Irreal. Et depuis lors, le duo (renforcé entre temps par la bassiste Alianna Kalaba) ne traine pas en route et nous livre avec une régularité métronomique entre 6 et 8 nouveaux morceaux chaque année. Negative Houses avait lancé les hostilités en 2018, Lifelike entériné le renouveau (dans la continuité) en 2019. À charge de Void Moments d’enfoncer le clou cette année. Mission dont il s’acquitte sans mal, à sa manière, pilonnant sans relâche, offrant si peu de répit, concédant un minimum d’éclaircie. Le travail sur le son est en tout point admirable : la distribution entre l’oreille gauche et droite est assez fascinante (écoute au casque chaudement recommandée), chaque instrument est parfaitement à sa place (la batterie de Leger occupe un rôle central, le chant ne fait qu’un avec l’instrumentation, Case ne cherchant jamais à tirer la couverture à lui), le mix se révèle donc remarquablement équilibré. Finalement, Void Moments, qui porte là encore bien son nom, a les qualités de ses défauts. Le disque captive, à condition de lui accorder une grande attention pour ne pas rester à quai. L’ambition de jouer sur les répétitions, de consacrer une large part à l’expérimentation, d’offrir assez peu d’accroches mélodiques, peut user à la longue. Sur ce point, Disappears se montrait plus généreux avec un certain nombre de « tubes » à son actif, notamment sur le démentiel Pre Language où Steve Shelley était venu s’asseoir derrière les fûts. FACS ne s’embarrasse pas de tels compromis. Là où on avait tôt fait de classer ses prédécesseurs comme un groupe post-punk teinté de psychédélisme (ce qui demeurait indéniablement réducteur), FACS évite soigneusement de se ranger derrière une étiquette, brouillant les pistes, explorant tous azimuts, forts d’une grande expérience et d’un savoir-faire indiscutable pour bâtir des environnements sonores complexes, quitte à en perdre quelques-uns en route. D’autant que la tracklist est ainsi faite qu’elle propose les morceaux les plus attractifs au début (« Boy » et son entame énergique, son gimmick de guitare aguicheur, « Teenage Hive », single suffocant mais addictif) avant de s’aventurer dans de longues pistes froides et austères (« Version » et « Void Walker », plus de 6 minutes chacun). Et de conclure sur « Lifelike » et sa boucle de guitare...

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Pearl Jam – Gigaton

Pearl Jam – Gigaton

(Monkeywrench/Republic, 27 mars 2020) Fin janvier, Pearl Jam prenait tout le monde de court avec un premier single très loin de ses registres de prédilection. « Dance of the Clairvoyants » ne pouvait que dérouter et diviser, ça n’a pas loupé. Difficile de rester de marbre face à une intro où Matt Cameron se mue en boite à rythmes et où la mélodie principale est émise par ce qui ressemble fort à un clavier Bontempi bon marché. « Trahison ! » criaient les uns, préférant rejeter en bloc ce morceau « indigne » du groupe, au son désespérément 80s. « Remise en question ! » s’enthousiasmaient les autres (dont je suis), ravalant leurs préjugés, acceptant d’être déboussolés et considérant cette prise de risque comme – si ce n’est une bénédiction – un des meilleurs moyens de sortir de l’ornière pour un groupe qui a la fâcheuse tendance à tourner en rond depuis trois albums. Le morceau étant incontestablement accrocheur (cette basse funky, ce chant tendu de Vedder sur les couplets…), le pari était réussi. Et les questionnements autour du contenu du disque, légitimes. Que peut bien demander le peuple exigeant ? Du rock ? Il en aura, évidemment. Et parfois du très bon. Comme sur l’excellente « Who Ever Said » en ouverture. De l’énergie, une bonne accroche mélodique, un pont remarquablement bien senti qui calme le jeu avant de réaccélérer crescendo. On dit bravo. Autre grand moment de ce disque, « Quick Escape » au groove imparable (la basse belliqueuse et les riffs rugissants évoquant tour à tour du RATM ou du Led Zep !) et au galvanisant solo McCreadyen. À ce moment-là, vous vous dites « il s’enflammerait pas un peu, le gars ? Il est en train de nous dire qu’ils nous ont pondu un grand disque, chose qu’on n’osait plus imaginer ? ». Et c’est là que j’enfile ma casquette adorée de Jean-Michel Rabajoi et vient tempérer les ardeurs. Du rock, Gigaton en propose donc, sans nul doute. Mais parfois un poil convenu tout de même, comme sur « Superblood Wolfmoon », ce deuxième single censé rassurer la fanbase, qui n’aura fait que la conforter dans le fait que Pearl Jam reste un (grand) groupe de rock (à papa) qui adore enfiler ses bonnes vieilles charentaises. Ce n’est pas mauvais, simplement quelconque. Et on pourrait dire la même chose de « Never Destination », morceau enlevé mais dans un registre parfaitement éculé. On trouve également des morceaux dont on ne sait trop quoi penser, comme « Take The Long Way » écrit par Cameron et au feeling très Soundgarden. Soundgarden joué par Pearl Jam, c’est bien mais on préfère quand les originaux s’y collent (oui, c’est un peu râpé…). Surtout que Vedder a toujours cette...

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Dakiniz – Raging Shouts

Dakiniz – Raging Shouts

(Epicerie Libre, 27 mars 2020) Première chronique écrite en cette période de confinement et ces temps bien incertains. Le hasard a voulu que ce soit pour un groupe qui a intitulé son album Raging Shouts. Et qui pratique un rock viru(s)lent et urgent, parfait pour notre état d’esprit du moment. Dakiniz, trio parisien, publie ici un deuxième album qui donne furieusement envie de hurler sa frustration. De péter la gueule aux discours anxiogènes. De repousser les murs. De retrouver ses potes au milieu d’un pogo dans une salle de concert. Bref, du rock comme on en a bien besoin ces derniers jours. Basse en avant, guitares aux riffs tranchants, batterie qui claque, chant enragé. Recette qui peut paraître éculée mais hautement efficace… Servi par une production impeccable et sans fioritures. C’est calé au millimètre. Le groupe maîtrise son sujet et a en plus bien ménagé ses effets. Une entrée tonitruante et sans préliminaires avec l’excellent « NWO » qui n’est pas sans rappeler le QOTSA de Josh Homme (notamment le chant). Une fin de disque dantesque avec le bien nommé « The Last One », 7 minutes 30 de haute volée avec une outro du plus bel effet. Et une petite bombe aux riffs et refrains addictifs avec l’imparable « Handbrake » que l’on a bien envie de mettre à donf fenêtres ouvertes pour expliquer au voisinage avec quelle hargne on va tous repousser le virus. Certes un peu court avec 9 titres, dont 7 qui flirtent à peine avec les 3 minutes, le disque est néanmoins solide et propose un rock anguleux et cinglant qui n’est pas sans rappeler les américains de Jesus Lizard (« Abigail », la basse de « Fucked for Ages »), Fugazi voire les regrettés frenchies de Sloy. C’est joué sans calcul (« Zulu Radio Star », les 2 minutes pas inoubliables de « Sputnik » et son intro très QOTSA, là encore), à l’énergie (le furieux « Score One For Satan »), ça riffe à mort (« The Mario Bros Nemesis », « Abigail »). Mais le groupe est encore plus convaincant quand il prend son temps, allonge un peu ses compos (« NWO »), qu’il brouille les pistes, et essaye plusieurs chemins (« The Last One ») pour y perdre son rock furieux. On sent même poindre la tentation de quelques velléités mélodiques voire de carrément céder au refrain fédérateur (« Handbrake », « The Last One ») qui se propage comme une épidémie. Parfois, un disque vous ramène à un évènement marquant de votre vie. J’espère que le groupe Dakiniz ne m’en voudra donc pas de ramener son deuxième album à cette foutue pandémie mondiale… Quand j’y repenserais une fois l’épreuve...

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Bärlin – The Dust of our Dreams

Bärlin – The Dust of our Dreams

(Lilian Prod / L’Autre Distribution, 27 mars 2020) Parfois, vu toutes les sorties qui s’amoncellent à certaines périodes de l’année, un tri s’opère instinctivement entre les écoutes prioritaires et celles qu’on met de côté pour plus tard. Soyons honnêtes, le nouvel album de Bärlin avait de bonnes chances de se retrouver dans cette dernière catégorie. Mais la singularité de ce groupe demeure un fort pouvoir d’attraction et dès le premier single dévoilé, on était invités à s’y replonger sans calcul. Dans ce métier, la curiosité est un bien joli défaut et un groupe capable de nous emmener là où on ne l’attend pas peut très vite supplanter celui qui récite ses gammes gentiment. Confirmation immédiate avec ce début d’album en forme d’enchantement (“Pagan Rituals”). Très longue intro qui sent la classe à 15 bornes, clarinette subtile avant l’arrivée d’une basse imposante. Décollage immédiat et frissons à tous les étages pour les plus sensibles. Le chant est remarquablement posé, distillé avec parcimonie, et le timbre toujours aussi singulier. Dans le dernier tiers de cette pièce magistrale de plus de 10 minutes, la basse ne se contente plus d’accompagner, elle écrase tout dans un final qu’on doit bien se résoudre à qualifier de heavy. Pour le reste, on oscille davantage entre rock feutré et ténébreux (qui serait probablement adoubé par sir Nick Cave himself) et jazz élégant (non sans réfréner quelques pensées furtives envers Morphine). C’est aussi lent que captivant (“The Dust Of Our Dreams”, sublime) et il est toujours aussi réjouissant de s’immerger dans un univers d’une telle richesse façonné par trois hommes seulement, sans guitare aucune mais avec une patte certaine (si un jour on m’avait dit que je conterais monts et merveilles d’un groupe constitué d’un chanteur/clarinettiste, un bassiste et un batteur…). Plus loin, c’est “Black Heart” qui nous fend le cœur en deux. Porté par la voix chevrotante et pourtant pleine d’assurance de Clément Barbier, le titre se mue ensuite en instrumental, et prend une toute autre dimension. Voilà pour les moments de grâce indéniables mais la force de ce disque demeure sa grande cohésion d’ensemble, sa capacité à vous transporter dans une bulle hors du temps, de la folie humaine et de la peur du Coronavirus. Assurément dépaysant, peut-être aride pour les fermés d’esprit (pauvres d’eux), The Dust Of Our Dreams mérite largement qu’on s’y attarde et qu’on lui accorde le temps nécessaire pour dévoiler tous ses charmes. Maintenant que vous êtes prévenus, ce serait dommage de rester au pied du mur. Jonathan Lopez Tous nos articles sur...

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Human Impact – Human Impact

Human Impact – Human Impact

(Ipecac, 13 mars 2020) En voilà un qui tombe à pic. Alors que tout part à vau-l’eau, que chaque jour le nombre de morts augmente sensiblement, que l’on ne sait pas de quoi demain sera fait et quand on pourra repointer son nez dehors, Human Impact arrive avec son premier album, anxiogène à mort. Si avec ça, vous avez envie de sortir, c’est que vous aimez le danger. Ce supergroupe (parce qu’il faut bien l’appeler ainsi) était forcément destiné à nous en mettre une belle. Prenez un Unsane (Chris Spencer, guitare-chant), deux Cop Shoot Cop (Phil Puleo à la batterie, Jim Coleman aux synthés/samplers), un Swans (Chris Pravdica à la basse) et vous voilà plongé en apnée dans le New-York sale, rugueux et puant. On longe les murs. On salue les rats qui feraient presque figure d’alliés plus fréquentables. Cet album malmène autant nos tympans qu’il stimule notre imaginaire visuel. Les images affluent constamment. Comme sur le fabuleux « E605 », truffé d’éléments d’ambiance crispants. Son industriel, riffs rampants, la guitare n’est que fines lames aiguisées. « What will you do to survive » interroge un Spencer à cran. Nul besoin de hurler, de jouer au bonhomme. L’auditeur n’a de toute façon aucune envie de la ramener. On se fait également refaire le « Portrait » via une longue intro sur rythmique presque tribale, des mécanismes se mettent en branle, au cœur d’une usine qui turbine sans relâche. Le final est, lui, totalement chaotique, entre cris, sonorités qui se percutent, robots qui se rebellent contre leur créateur. Si on reconnaîtra sans peine l’apport de chacun, le rôle de Chris Spencer est assez loin de ses habituelles mises à l’amende prodiguées par (feu) Unsane. C’est peut-être là la plus grande surprise de ce disque. Le chanteur nous mène à la baguette sans tergiverser mais ménage malgré tout ses cordes vocales et se met volontiers en retrait. Même sa six-cordes avec laquelle il nous a tant martyrisé y va avec soin et parcimonie. Excepté la fantastique « Cause » – qui ne sera pas sans tonitruante(s) « Consequences » – où la guitare la ramène plus que ses petits camarades en poussant ce qui s’apparente à des cris de damnés, les vrais leaders ici semblent être les instruments parfois injustement considérés comme seconds couteaux dans des groupes censés faire grand bruit : une basse omniprésente qui ne relâche jamais l’étreinte et la resserre aussi souvent que nécessaire (« November », « Consequences ») et des synthés des plus inspirés qui distillent l’angoisse, instaurent le mal-être durablement (« E605 », « Protester » ou… « Respirator ». Tiens donc qu’est-ce qu’on disait déjà à propos du timing du disque ?). Cela dit,...

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Moaning – Uneasy Laughter

Moaning – Uneasy Laughter

(Sub Pop, 20 mars 2020) On ne voudrait pas vous faire fuir tout de suite mais autant être honnête : certains vont tomber de haut. Souvenez-vous du premier album éponyme de Moaning, très frontal, aux guitares incisives et incartades noisy. Ça vous revient ? Oubliez maintenant. Malgré ses velléités post-punk (et il y a toujours synthés sous roche dans ces cas-là), la présence du groupe chez Sub Pop, anciens apôtres du grunge, n’avait rien d’incongru. Leur évolution a, elle, de quoi surprendre. Pour faire simple, les synthés sont partout, les guitares (presque) nulle part. Ce n’est pas le revirement le plus improbable ni le plus original de l’histoire de la musique, loin s’en faut. Mais on a également du mal à concevoir que ce soit le plus judicieux. On est même persuadés du contraire lorsqu’on entend “Fall In Love” ou “Say Something” qui s’inviteraient sans vergogne sur les pistes de danse les moins regardantes. Cela étant, après avoir châtié le trio comme il se doit pour haute trahison envers la sacro-sainte six-cordes, reconnaissons lui tout de même un talent intact à composer des morceaux addictifs (“Ego” même s’il pique le riff de “Where Is My Mind” avant de le passer à la moulinette 80s, “Make It Stop”, la plus teigneuse du lot, ou “Running” et son motif mélodique en boucle qui crie “TUBE TUBE TUBE”). Et si leur force de frappe se retrouve quelque peu diluée, le chanteur-guitariste Sean Solomon, probablement mieux dans sa peau (puisque sobre depuis plus d’un an), semble s’épanouir pleinement dans cette nouvelle direction qu’il a impulsée. Sa voix en impose et sait parfaitement flatter les cœurs brisés mélancoliques (“Stranger”, “Connect The Dots”, “What Separates Us”). Moaning a donc changé et s’en sort malgré tout avec les honneurs mais si vous frisez facilement l’overdose synthétique (et des morceaux comme “Keep Out” ou “Saving Faces” peuvent mettre rapidement les nerfs à rude épreuve), mieux vaut faire une croix sur ce disque et espérer de jours meilleurs. Jonathan Lopez Tous nos articles sur...

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“To Bring You My Love” de PJ Harvey a 25 ans. Chronique

“To Bring You My Love” de PJ Harvey a 25 ans. Chronique

(Island, 27 février 1995) Il y a quelque chose de fascinant à retracer au gré des anniversaires de ses disques phares la carrière d’une artiste de l’ampleur de PJ Harvey qui semble avoir connu plusieurs vies, toutes plus fascinantes les unes que les autres (les grincheux du fond sont priés de ne pas la ramener). Des choses à redécouvrir, un contexte à restituer, une évolution qui semble limpide avec le recul.  1995. PJ Harvey s’est fait un nom et une réputation d’écorchée vive qui lui vaudront même de flatteuses comparaisons avec un certain Kurt Cobain. Mais elle tient à s’affirmer davantage, à faire savoir que son répertoire ne se limite pas à ça. Après la rage brute, l’énergie féroce, vitale, crachée à pleins poumons, la lionne indomptée/table se fait soudainement séductrice. Malgré les griffes rentrées, l’appât n’en demeure pas moins redoutable.  Qui d’autre que ce colossal “To Bring You My Love” pouvait donner son nom à l’album ? PJ souhaite nous donner de l’amour, nous sommes prêts à en recevoir plus que de raison. Pour l’heure, son affection prend la forme d’une tension difficilement soutenable, d’une rage à peine rentrée qui ne demande qu’à dégueuler… 5’31 avant de nous laisser enfin reprendre notre souffle et guetter la suite, non sans appréhension mais avec une grande excitation. La suite nous invite à “Meet Ze Monsta”, un monstre revêtant l’apparence de 4 petites cordes et se révélant pourtant si massif et impressionnant. La guitare, elle, nous renvoie au “Sister Ray” du Velvet, et la rugosité de l’ensemble est du même acabit. Puisqu’on parle du Lou, difficile de ne pas établir de relation entre “Working For The Man” et un fameux titre du génie New-Yorkais (on est sûrs que vous trouverez par vous-mêmes). Le morceau emprunte davantage à l’univers du trip hop, qui sied comme un gant à l’anglaise, elle ne se gênera d’ailleurs pas pour renouveler ce type d’expérience à plusieurs reprises (voir Is This Desire? notamment).  Sur “Long Snake Moan”, les guitares hurlent à qui veut bien les entendre (en même temps, qui peut bien les ignorer ?) que la PJ rock a encore bien des choses à dire. On se tait, on déguste, on adore se faire refaire le portrait par la dame et se transformer en victime expiatoire. Mais on l’a dit, Polly Jean a changé. Délestée de ses deux acolytes (Rob Ellis aux fûts et Steve Vaughan à la basse) co-responsables des incandescents Dry et Rid Of Me, elle se lance comme une grande et dote son arc de nouvelles cordes, ses flèches demeurant, elles, toujours aussi affûtées. Exit Steve Albini et son mix (mix, vraiment ?) primitif, place à Flood et John Parish, à l’ambition et...

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My Dying Bride – The Ghost Of Orion

My Dying Bride – The Ghost Of Orion

(Nuclear Blast, 6 mars 2020) Vingt-cinq ans, ce n’est pas rien. Vingt-cinq ans environ depuis ce concert d’Iron Maiden au Zénith de Paris (Blaze Bailey au chant, ce n’était pas vraiment la période héroïque, même si The X Factor mérite réhabilitation, mais bon, passons…). À l’entrée, la sécurité retarde les spectateurs pressés d’entendre les premières parties. Quand je pénètre dans la salle, dans la pénombre, je vois cette image renversante. Un chanteur agenouillé, ânonnant de sa voix grave une sorte de supplication, et un violoniste arc-bouté sur lui. Autour, des musiciens à cheveux très longs, tout de noir vêtus. Quel contraste avec les types d’Iron Maiden qui fouleront la même scène un peu plus tard, en moule-burnes bariolés, avec leurs coupes à franges. Et cette musique : sombre, lancinante, dérangeante. C’était l’une des plus grosses claques de ma jeune vie de mélomane. Et le nom du groupe ? Et bien, figurez-vous qu’il me faudra de longs mois pour l’apprendre. Le ticket indiquait que les Wildhearts joueraient mais rien concernant la première partie. En 1995, on n’avait pas internet. Aucune recherche Google ne pouvait vous dire quel était ce groupe de corbeaux. Une interview de Steve Harris dans Hard Force me donna la réponse : My Dying Bride. Je me ruais acheter The Angel And The Dark River – je crois que c’était au Gibert de Toulouse mais je ne suis plus sûr. Le choc en live se transforma en choc discographique. Ce groupe, ce serait pour la vie… Enfin, non, pas vraiment… Deux années à vénérer les Peaceville Three, ce triumvirat du Doom/Gothic Metal où l’on trouvait, aux côtés de MDB, Paradise Lost et Anathema. S’ajoutaient les groupes de Century Media : The Gathering, Tiamat et Moonspell, notamment, et voilà à peu près de quoi était fait mon univers musical de l’époque. Je le lâchais vite pour d’autres plaisirs : le black, puis virage indie, trip hop, jazz, puis re-indie et enfin une bonne décennie plus tard, le retour à mes premières amours, sans délaisser le reste. Il fallait alors se rendre à l’évidence. Si Paradise Lost avait connu des écueils (des disques jamais mauvais mais jamais passionnants, du moins avant le retour à la forme inespéré des deux derniers disques) et si Anathema avait quitté le navire metal pour un pop-rock progressif qui doit intéresser certains mais m’ennuie prodigieusement, My Dying Bride était, lui, resté le plus constant. Certes, il y avait eu la tentative nü metal de 34,788%… Complete (ce titre, putain) mais globalement, le groupe d’Aaron Stainthorpe avait su garder le cap malgré les changements de line up, produisant une bonne dose de doom sombre, poisseux, toujours arrimé à cette recette dont il a le secret....

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Ausgang – Gangrene

Ausgang – Gangrene

(A-Parte, 6 mars 2020) Au niveau fusion rock-rap, l’année 2020 semblait devoir être marquée surtout par le retour triomphal (et/ou sonnant et trébuchant selon l’angle choisi) de Rage Against The Machine. Pas si sûr… … Car voilà, Casey a aussi « La Rage » ! Et depuis qu’elle l’appelle, l’appelle, (cf le refrain), elle déboule avec un projet hybride répondant au nom d’Ausgang mêlant aussi rap et rock. Après tout, Casey, son flow précis et tranchant comme un scalpel, et la guitare aventureuse de Marc Sens, ça vaut bien Tom Morello et Zack De La Rocha, non ? À ce casting, déjà aperçu dans l’excellente Zone Libre, s’ajoutent Sonny Troupé à la batterie et Manusound aux machines. Autant dire que l’excitation était au rendez-vous des dix titres de ce Gangrène. D’autant que les 2 titres lancés en éclaireurs (avec 2 beaux clips) pour teaser cette sortie se sont d’ores et déjà placés bien haut dans ma playlist de 2020. D’abord le furieux « Chuck Berry », où Casey rappelle avec rage et justesse une vérité historique. Le Rock est Noir, héritier du rythm’n blues afro-américain. “Ma race a mis dans la musique sa dignité de peur qu’on lui prenneA fait du blues, du jazz, du reggae, du rap pour lutter et garder forme humaineEt l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même x2Tu as le cuir, la coupe, les clopes, les bottes et la FenderLes anecdotes, Les Enfants du Rock, la collection de vinyles de ton pèreJe l’ai dans la chair, je l’ai dans les veines, qu’est-c’que tu crois ? Cette histoire est la mienne” Riff addictif, flow chirurgical, plume de compétition, grosse puissance. C’est du Rock ! C’est du Rap ! Avec « Aidez-moi », changement d’ambiance pour un titre tout aussi imparable. À l’image de l’incroyable « La chanson du mort vivant » sur l’album L’Angle Mort de Zone Libre (m’en suis toujours pas remis), Casey égrène, avec son brio habituel, la lente descente aux enfers des oubliés de la République sur une musique sombre. Magistral ! “Quel goût a l’existence quand tout n’a aucun sensJ’envie ceux qui connaissent les caresses j’ai des carencesPlus rien à déclarer j’ai des carnets j’ai des cahiersOù j’ai déjà tout détaillé de la tristesse et la souffrance (…)[Refrain] Mais où est ma bouée si vous pouvez me la trouverBalancez-la dans l’égout où je suis en train d’coulerLa folie va m’avaler j’suis harcelée par mes doutesIls me retiennent par le cou et la corde est nouée x2” Elle confirme (une fois de plus) la puissance de sa plume. Loin devant toute concurrence. La bonne surprise (mais avait-on seulement des doutes vu la présence de Marc Sens), c’est que l’album est résolument rock (le brûlot « Bonne Conduite »,...

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