Queens Of The Stone Age – Villains

Queens Of The Stone Age – Villains

Une fois n’est pas coutume, puisque ce disque divise la rédaction, voici deux chroniques aux avis diamétralement opposés. POUR // Voilà l’objet de la discorde, le centre de la polémique, le disque des Queens Of The Stone Age que même les fans risquent de trouver à chier, et qu’il y aura pourtant toujours des contradicteurs invétérés pour défendre. Sauf que cette fois, le contradicteur invétéré, c’est moi. C’est d’autant plus étonnant que je n’avais pas tellement aimé le dernier album en date, ni la collaboration avec Iggy Pop, et que j’ai une aversion naturelle assez forte pour le pop rock dansant, surtout quand il est teinté années 80. Ajoutez à cela que j’ai trouvé le premier morceau à avoir fuité, « Feet Don’t Fail Me » très, très mauvais à la première écoute. Bref, je n’avais a priori pas du tout le profil pour défendre cette nouvelle sortie, d’autant plus que je n’aime aucun album du groupe depuis le départ d’Oliveri, à l’exception de quelques chansons par-ci, par-là. Or, c’est peut-être justement pour ça que je suis plutôt bienveillant à l’égard de Villains. Déjà, contrairement à Lullabies To Paralyze et les albums qui ont suivi, ce n’est pas une variation sur le thème de Songs For The Deaf en moins réussi, ce n’est pas une répétition moins convaincante de la formule Queens Of The Stone Age, et c’est déjà respectable en soi. Mais le meilleur moyen d’expliquer ce qu’il y a de positif dans ce nouveau disque, c’est de le comparer au précédent. Pour moi, …Like Clockwork, fortement surestimé ici-même, était un échec. Une tentative louable pour Josh Homme de renouveler sa musique, avec de vraies incursions pop rock, mais pas assez franches. D’une part, les morceaux purement pop n’étaient pas tous réussis (« …Like Clockwork » en étant l’exemple le plus flagrant), et d’autre part, ils étaient noyés entre des morceaux typiques du rouquin complètement anecdotiques mis là comme pour rassurer les fans que c’était bien un album de Queens Of The Stone Age et des ratages complets malgré la présence de pléthore de guests (« If I Had A Tail », le pire morceau qu’ait écrit Homme ou pas loin). Au final, une seule réussite, grandiose, le titre « I Appear Missing » qui était la meilleure chanson du groupe à sortir depuis longtemps. À l’époque, je m’étais dit que Josh Homme gagnerait à assumer pleinement son envie de faire du pop rock. Cette orientation s’est confirmée avec le dernier album d’Iggy Pop, dont les plus gros défauts à mon goût étaient une influence très marquée des années 80 et une trop grande molesse. Un délire musical qui ne me plait pas avec des chansons qui ne me plaisent pas, ça ne pouvait pas décemment...

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Marietta – La Passagère

Marietta – La Passagère

Aah notre belle langue française. Nous la chérissons pour ce qu’elle représente à travers les âges, et grâce à ceux qui l’ont élevée au rang de fierté du patrimoine. Mais musicalement c’est souvent une autre histoire. De mauvais textes en français, ça pardonne moins et il n’est pas chose aisée de faire « sonner » cette langue si riche et complexe. Marietta qui s’était jusque-là contenté de la langue de Shakespeare, beaucoup moins retorse, se jette dans le grand bain. Audacieux. Et périlleux. Les illustres ainés semblent beaucoup moins nombreux que les prédécesseurs peu glorieux. Et si on salue partout dans le monde le chic de la langue de Molière, ceux qui sont parvenus à s’exporter avec un chant en français demeurent des exceptions. Pour le chroniqueur aussi, l’obstacle est de taille. Son premier album, Basement Dreams Are The Bedroom Cream, fait de bricolage bancal, de chansons brinquebalantes, gentiment lo-fi, nous avait fortement enthousiasmé (tout comme ses travaux au sein des excellents The Feeling Of Love). Il semble loin derrière. Marietta prend le pari audacieux de s’inscrire dans un registre plus classique de pop/chanson française, au risque de passer parfois pour de la variété. La frontière est mince, et Marietta, tout talentueux qu’il est, n’évite pas l’écueil. Si les textes sont assez fins et de qualité, on peine toutefois à s’emballer pour ces compositions globalement trop sages et maniérées (« L’électricité », « Nos Ventres Nus ») et certains partis pris peinent à convaincre (les velléités électroniques de « L’insecte Dans Ma Bouche », les textes crus de « La Grande Ville Malade » où le Guillaume se mue en gros dégueulasse qui « veut baiser, être défoncé, sortir (sa) bite, (…) pisser sur les voitures et éjaculer sur les tatouages »). Heureusement il reste des pop songs de qualité (« Livide La Nuit ») et quelques virées psychédéliques perçues comme autant de bouffées d’air frais (« La Carte », le voluptueux « La Passagère » et son final généreux, « La Bouche Du Vent » qui offre quelques réminiscences instrumentales de « Chewing Your Bones » nous offrant ainsi quelques regrets nostalgiques). Marietta a mis les formes à ce disque qu’on ne balancera pas aveuglément aux orties. Le garçon est doué, cela va sans dire. Il a simplement emprunté un chemin qu’il nous est parfois difficile de suivre. La tentative est louable mais la concrétisation guère convaincante. Qu’à cela ne tienne, n’enterrons pas trop vite Marietta qui a sans doute plus d’un projet dans son sac....

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Chastity Belt – I Used To Spend So Much Time Alone

Chastity Belt – I Used To Spend So Much Time Alone

Salaud que je suis, ce n’est qu’aujourd’hui que je vous parle de ce charmant petit disque qui aurait pu être votre disque de l’été. Un disque qui ne paie pas de mine et qui, finalement se révèle au gré des écoutes bien plus riche qu’il n’y parait. Un disque qui s’ouvre par le tube imparable « Different Now » et ses délicieux arpèges qui ne peuvent vous mettre qu’en bonnes conditions. Votre vie ne sera peut-être pas différente après ça mais vous aurez sans doute l’envie fréquente de vous enfiler de nouveau cette mélodie entêtante. Malgré un nom qui n’inspire que rigueur et fermeture d’esprit, Chastity Belt délivre un rock harmonieux, d’une légèreté rafraichissante, garni en ritournelles attachantes (« Caught In A Lie », « Stuck »). Et ce disque sans réel temps faible fleure bon la maturité pour ce quatuor féminin de Seattle qui en est à son troisième essai. La voix de Julia Chapiro possède ce qu’il faut de je m’en foutisme pour sonner cool en toutes circonstances, parfois limite désabusé (« Used To Spend »), si ce n’est franchement Kim Gordon (« Sam »). Les guitares ensoleillées réjouissent, non sans une once de mélancolie latente (« What The Hell »). Sans oublier ce qu’il faut de bruit disgracieux pour salir un peu un ensemble qui, trop propret, aurait vite perdu en intérêt (« 5am » qui s’achève en un délicieux crachin sonore ou « Sam » qui se barre gentiment en sucette). Bref, des mélodies qui collent aux basques, une nonchalance qui va bien, des sorties de route délibérées pour brouiller un peu les pistes. On tient là un groupe indie rock de très bonne facture, qui ne bousculera pas l’ordre établi mais installe Chastity Belt parmi les demoiselles qui comptent dans le paysage indie d’aujourd’hui....

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Adam H. – Abolition

Adam H. – Abolition

Adam H. Aucun lien avec Arthur, ni avec son homonyme canadien, qui œuvre dans le « hip hop » (j’insiste sur les guillemets) et dont le nom du principal single (« Money + Chicks + Sex + Fame ») devrait suffire à vous faire fuir. Oubliez donc cet odieux personnage et concentrez-vous sur « notre » Adam H. (Hocker de son vrai nom), originaire de Louisville et remarquable compositeur folk, qui s’apprête à publier un deuxième album qui pourrait bien faire parler. Un album qu’on serait tenté de prime abord de qualifier de très personnel, mais c’est un peu plus compliqué que ça. Le début de cet Abolition est trompeur. On se dit alors qu’Adam H. n’est « qu’un » beau conteur, un faiseur de mélodies qu’il se plait à nous présenter relativement dépouillées du haut de sa voix grave et profonde (les superbes « Abolition Rag » et « Obsidian » qui placent la barre haut en ouverture). Oui mais voilà, Mr H. est accompagné d’un comparse fauteur de trouble, Jean-Charles Versari, à la production et composition, qui lui a fait ses gammes dans le post punk. Et s’il l’accompagne avec sa guitare pour délivrer un folk soyeux qui cajole nos esgourdes, il charge également d’électricité l’univers feutré du bonhomme. En témoigne la crépusculaire « Orion » et ses 9 minutes au compteur, qui nous ramène à l’esprit quelques vagabondages solos de Lee Ranaldo. Pas impossible de céder à une légère somnolence, mais avec ça dans les oreilles vous ferez de beaux rêves. Prenez garde toutefois car l’orage gronde au loin, et se fait de plus en plus menaçant. Des titres comme « Sarabande » ou « Shrill » pourraient n’être que de longs fleuves tranquilles. Il n’en est rien. L’affaire se complexifie, les débats s’intensifient, les guitares vindicatives et lumineuses se côtoient, le tout s’embrase en arrière-plan. Et le feu se répand. Et ce ne sont plus seulement de très belles chansons auxquelles nous avons affaire, mais des chansons riches et puissantes. Après l’incendie, il ne reste que des décombres. L’univers désolé de « Dues » – où seules quelques notes de piano accompagnent la voix d’Adam – vient joliment clore les débats. Non sans une forte dose de mélancolie. Une façon bien triste de boucler un album qui a toutes les raisons de nous réjouir. JL...

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Isis – Live VII 02.25.10

Isis – Live VII 02.25.10

Ne vous réjouissez pas trop vite, il ne s’agit pas là d’une reformation du groupe Isis, mais d’un live sorti cette année sur le label de Mike Patton, Ipecac Recordings, enregistré lors de leur tournée d’adieu en 2010. Isis n’est plus, mais comme chacun sait les déesses ne meurent jamais. Le groupe a en un peu plus de dix années d’activisme laissé une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique et particulièrement dans le post metal. Souvent comparés à leurs ainés Neurosis et Godflesh, Isis a su bâtir sa propre identité, et jouit aujourd’hui d’une réputation sans faille dans un milieu où les nouveaux arrivants peinent à se frayer une place notable. Ce n’est donc pas sans une certaine nostalgie qu’on parle de ce groupe qui a fait le choix d’arrêter d’en découdre. Qu’on se le dise un split n’est jamais plaisant, mais parfois nécessaire, un choix qui aura peut-être permis d’éviter l’album de trop. Ce live n’en est pas moins exaltant, d’une part par sa qualité d’enregistrement et de mixage, de l’autre pour la tracklist qui propose un condensé du meilleur de leur discographie, et pour finir de l’incroyable performance d’Aaron Turner et de ses comparses. L’album Wavering Radiant est mis à l’honneur en toute logique puisqu’il s’agit de leur dernier effort enregistré en studio. 5 de ses 7 titres y sont joués. Du haut de ses 10 Minutes, « Threshold of Transformation » nous propulse dans l’univers complexe de la musique d’Isis, le fracas alterne avec des phases bien plus mélodieuses et apaisantes. Les hurlements/aboiements d’Aaron sous des montagnes de guitares compressent vos méninges, le génie du groupe s’y déploie a 100%, le temps s’arrête sur un final majestueux qui repose enfin nos neurones médusés. Aaron chante bien, très bien même, on regrette même qu’il ne ménage pas ses cordes vocales plus souvent. D’ailleurs au milieu de toute cette frénésie, un court instant vers la fin de « Wills Dissolve », sa voix m’a curieusement fait penser à celle de Chris Cornell, apparence trompeuse que je vous laisse le soin de découvrir et de juger par vous-même. La pièce maîtresse de ce live VII, est sans conteste, une version à rallonge de « Celestial », l’occasion pour le groupe de sortir de sa zone de confort et d’offrir au public un rappel hors norme de pas moins d’un quart d’heure. Je propose de laisser le soin à Mike Patton de conclure : « Isis (the band) are back with LIVE VII. A great reminder of one of my favorite all time bands on top of their game. This is a REAL live record. They were one of those bands that really delivered live and expanded what they accomplished in the studio. » J’aurais pas dit mieux....

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Come – Eleven : Eleven

Come – Eleven : Eleven

Les années 90 ont leur lot de groupes mythiques, de destins tragiques… et de grands groupes restés dans l’ombre. Come est de ceux-là. En 1992, le quatuor de Boston sort son premier disque, petit bijou de noirceur, dans un relatif anonymat. Et pourtant… Pourtant, dès les premières notes de « Submerge », nous voilà happés par ce disque, sombre au possible, qui ne desserre jamais l’étreinte. Maintenant que vous êtes au parfum, Eleven:Eleven est un disque qui va faire de votre vie un enfer, développant très vite une grandissante obsession. Come déploie un blues rêche, animé par des guitares tendues et le chant habité, profondément sincère, de Thalia Zedek. Le jeu toujours très juste d’Arthur Johnson à la batterie souligne parfaitement les instants d’accalmie en eaux marécageuses. « Just relax, just relax » insiste Thalia sur le refrain qui hausse le ton, mais le couperet n’est jamais loin. Le couperet c’est parfois un bon gros riff bien lourd comme celui qui ouvre « Dead Molly » avant de sortir de sa botte un pont anesthésié (on pense aux Pixies quand ils bluffent). Et d’envoyer tout cela valser gaiement (on pense aux Pixies quand ils envoient tout valser). On cite les Pixies mais Come partage finalement peu de points commun avec le groupe légendaire, si ce n’est sa provenance de Boston et un goût pour l’indie rock dissonant. Pour le reste, il faut plutôt creuser du côté de groupes moins pop, plus mélancoliques. Mais s’il est vrai que Come évoque de ci de là quelques groupes qui lui sont contemporains (ajoutons Screaming Trees ou Mad Season dont l’unique – magistral – album est toutefois sorti après), et satisfait ainsi notre besoin de filer des points de repère aux badauds qui passeraient par là innocemment, le groupe réussit finalement la prouesse de se démarquer en imposant un son qui n’appartient qu’à lui. Grâce notamment à la présence de tous les instants de Zedek, entre rage à peine contenue et fragilité désarmante, incarnant à merveille l’univers tourmenté de Come. Mais Zedek sait aussi s’effacer pour laisser les guitares faire la conversation. Comme lorsque la sienne et celle de Chris Brokaw (également batteur au sein de Codeine, groupe slowcore non moins indispensable) dialoguent à propos des ténèbres dans une intro instrumentale de 3 minutes avant de mettre les voiles en territoire grungy (« Off To One Side »). On frise l’excellence une fois de plus mais difficile cependant de sortir un morceau plutôt qu’un autre tant l’album cumule avec indécence les titres essentiels (ajoutons aux précédents la lente déchéance implacable de « Brand New Vein », « Orbit » et son refrain vénéneux ou encore la bombe à fragmentation « William »). L’album fait l’effet d’un bloc très compact, cohérent qui embarque l’auditeur dans un récit diaboliquement...

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Arcade Fire – Everything Now

Arcade Fire – Everything Now

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent. Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe « indie », demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France. La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur). Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes. Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois. Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près. De deux choses l’une, Arcade...

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, « The Charm Offensive », la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (« They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars.. »). « Heaven Alive », single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec « A Hommage To A Shame » et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album « Meredith »/ »Music For A Nurse »/ »New Pin ». Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec « No Tomorrow », « Mine Host » et « You Can’t Keep A Bad Man Down ». Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (« Ornament/The Last Wrongs »). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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Pawz One – Pick Your Poison

Pawz One – Pick Your Poison

Vous cherchiez le disque idéal à écouter dans votre bolide pour le trajet des vacances, celui qui vous aide à ne pas piquer du nez et à garder le sourire dans les interminables bouchons, avec les gamins qui braillent à l’arrière (« c’est quand qu’on arrive papaaa ?« ) ? Il se pourrait bien que le deuxième opus de Pawz One soit la solution. La nouvelle figure du rap underground venu tout droit de la cité des anges, poursuit son petit bonhomme de chemin, et ce n’est pas pour nous déplaire. Vous zappez l’introduction pour passer dans le vif du sujet et la vous êtes sublimé d’entrée avec « Front to Black », cette instru qui sans tarder vous fera bouger la tête, toute cette fraîcheur qui s’en dégage, de quoi oublier tous vos soucis le temps d’une chanson. Vous vous imaginez déjà dans votre transat sirotant un Malibu Coco, devant un défilé de belles jeunes femmes en bikini qui courent cheveux aux vents sur la plage. Eh bien non, il vous reste trois quarts d’heure de route et votre dulcinée ronfle à côté de vous. Ce que vous ne réalisez pas encore, c’est que vous être en train d’écouter l’une des meilleures sorties hip hop de ce début d’année. Pick Your Poison réserve son lot de bonnes surprises, de quoi satisfaire un public assez large mais avec un certain degré d’exigence tout de même. L’enchaînement « Keep It Low »/ »Built To Destroy »/ »Frequent Fliers » ravira les amoureux de la face la plus obscure du hip hop new yorkais des années 90, on ne s’étonne pas que Gang Starr y soit samplé. Mais ce qui fait le charme réel de cet album, c’est cette légèreté qui s’en dégage, cette facilité à passer d’une ambiance à une autre. Pawz One a un sacré bon flow, les quelques featurings (Talib Kweli, El Da Sensei, Masta Ace…) apportent leur pierre à l’édifice, juste ce qu’il faut pour varier les plaisirs. Joie et mélancolie se côtoient avec brio sur ce disque qui mériterait bien plus d’exposition, tellement il est réussi. On promet d’ores et déjà un bel avenir à Pawz One, vu le très haut niveau que nous propose Pick Your Poison. JR Pick Your Poison by PAWZ...

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Public Enemy – Nothing Is Quick In The Desert

Public Enemy – Nothing Is Quick In The Desert

Pour fêter l’anniversaire d’un groupe ou d’un disque, certains se contentent de nous balancer des rééditions à n’en plus finir, avec son lot de remixes, inédits, souvent plus que dispensables et vendues qui plus est à prix d’or, histoire de marquer l’événement et surtout de renflouer les caisses sans trop se prendre la tête. Public Enemy ne mange pas de ce pain-là et on ne peut que les saluer pour ça. Pour fêter ses 30 ans de carrière, le groupe nous a pondu un nouvel album intitulé Nothing Is Quick In The Desert et cerise sur le gâteau, ce disque était offert en téléchargement gratuit sur leur Bandcamp avant sa sortie officielle*. Chuck D et sa bande n’ont pas vu le temps passer, une quinzaine d’albums à leur actif, une tripotée de tournées dans le monde entier, et toujours ce discours hautement politisé et engagé qui ne s’est pas non plus atténué avec le temps. Véritable machine de guerre inusable, constituée de vétérans qui n’ont jamais lâché leurs armes ; platines et microphones en main, P.E. continue sa belle aventure dans le rap. Le timbre de voix de Chuck D est moins tonique, son flow est rocailleux comme encombré d’un gros rhume, les apparitions de Flav se font rares… Mais ça s’écoute comme on déguste un bon vin qui a patiemment vieilli dans la cave et qu’on sort pour la grande occasion. Nothing Is Quick In The Desert comporte son lot de fraîcheur, grâce notamment à des instrus taillées sur mesure pour les deux MC’s. Les grattes sont partie prenante de ce disque, à coup de riffs rageurs sur « Yesterday Man » ou de solos démentiels comme à la fin de la très réussie « sPEak! » et sur « Rest In Beats ». L’influence rock a toujours eu sa place dans la discographie de Public Enemy. À l’aise dans tout les domaines Dj Lord nous propose une bonne touche d’électro sur « Sells Like Teens Hear It » et son côté très Kool Keith, puis sur la sombre et envoûtante « Terrorwrist ». Deux interludes pas vraiment nécessaires viennent toutefois gâcher toutes ses ondes positives (« Exit Your Mind » et l’inaudible « If You Can’t Join Em Beat Em »). Niveau déception ça se passe exclusivement à mi parcours de l’album avec « Beat Them All » et « Smash The Crowd » qui manquent clairement d’inspiration. Dans un style plus classique  » So Be It »  fait son petit effet tout comme le morceau-titre qui ouvre l’album. On notera le bel hommage rendu en guise de conclusion aux représentants du Hip Hop partis trop tôt (« Rest In Beats (Part 1&2) »). Public Enemy n’en a pas fini de gouverner la planète Rap, trois décennies à prêcher la bonne parole, celle qui ferait froncer les sourcils d’un certain Donald s’il...

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