Thom Yorke – Anima

Thom Yorke – Anima

(XL Recordings, 27 juin 2019) “Vous avez aimé Suspiria ? Vous adorerez Anima !” Ok, vous n’êtes pas venus ici pour vous contenter d’un argument commercial digne d’un vendeur Darty, mais cette assertion sans équivoque n’a rien d’infondée. Permettons-nous même d’élargir le constat : si vous êtes sensibles aux derniers travaux de Thom Yorke (en solo ou avec son petit groupe confidentiel), cet album a largement de quoi vous séduire. En revanche, si vous vous ennuyez ferme depuis que le monsieur a emprunté une voie plus expérimentale, vous pouvez déguerpir d’emblée… mais sachez que vous avez tort ! Parce que ce disque, derrière ses atours austères, ses beats minimalistes et répétitifs, se révèle très vite envoûtant et finalement peu avare en mélodies (sur ce point-là, il offre davantage que le controversé The King Of Limbs de Radiohead et semble plus consistant que Suspiria qui souffrait de moments de creux inhérents au format B.O.). Dès « Traffic », nous voilà plongés dans le cerveau tourmenté de Thom Yorke (une fois de plus épaulé de son inséparable acolyte, Nigel Godrich). On avance à tâtons, les sonorités synthétiques s’entrechoquent, les voix démultipliées se perdent au milieu d’un maelstrom électronique. Thom Yorke bidouille, s’évade, s’engouffre dans de longues rêveries extatiques (« Last I Heard… (He Was Circling The Drain) », « Not The News » dont la menace grandit au fil des minutes). Exigeant, ce disque l’est sans nul doute, mais si de nombreuses écoutes attentives s’avèrent nécessaires pour en cerner les subtilités, certaines chansons se démarquent sans tarder. A commencer par « Twist » qui, en s’appuyant sur des rythmiques technoïdes, semble nous attirer vers le dancefloor avant que la voix presque immaculée de Yorke ne nous guide vers un émerveillement halluciné. La fascinante « Dawn Chorus » et ses synthés qui s’étirent au ralenti, s’apparente quant à elle à une lente errance emplie de mélancolie. On s’imagine au milieu de la nuit, marcher sur une route déserte, éclairée de faibles néons, aux côtés du leader de Radiohead. On se situe donc bien loin de l’épidermique et sautillante « Traffic » en ouverture qui, comme son nom l’indique, nous plongeait davantage dans un état d’agitation et de confrontation permanente. Dans un registre introspectif assez proche, « The Axe » tutoie les 7 minutes et flirte avec le sublime. Thom s’y révèle poignant lorsqu’il nous susurre « I thought we had a deal ». D’abord troublant, voire carrément anxiogène, Anima finit par captiver. Remarquablement équilibré, l’album a la bonne idée de ne pas nous réserver qu’une série de morceaux contemplatifs (qui à la longue auraient eu raison de notre attention). Pour nous éviter de fermer l’œil ou de sombrer dans des idées noires, la basse nous prend parfois par la main et vient titiller nos sens (« I Am A...

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Cave In – Final Transmission

Cave In – Final Transmission

(Hydra Head, 7 juin 2019) Cet album aurait pu ne jamais voir le jour. Le 28 mars 2018, Caleb Scofield, bassiste au son massif et voix prépondérante de Cave In, trouvait la mort sur une route du New Hampshire. Une tragédie à même de laisser bien des groupes exsangues mais qui a poussé Cave In à repartir de plus belle. Pour soutenir les proches de leur ami disparu d’abord, en donnant une série de concerts en son honneur. Puis en lui rendant hommage, en mettant un terme à ce Final Transmission, entamé à ses côtés. Un album marqué de son empreinte, qui s’ouvre sur cette dernière transmission de sa part : un enregistrement vocal adressé au reste du groupe où on l’entend jouer de la guitare acoustique puis fredonner une mélodie par-dessus. Un hommage sobre et déchirant, témoin également de la créativité sans faille de Caleb. C’est le premier des 9 morceaux qui composent l’album. Sur les huit autres, on y entend soit sa basse (6 morceaux) soit sa guitare (vous savez compter), un tracklisting effectué – vous l’aurez compris – en fonction des enregistrements effectués en sa présence. Des titres livrés ici presque bruts, après un bref passage au mix et au mastering, pour leur enlever l’étiquette de “démos” auquel ils ne sont parfois pas loin de prétendre. Malgré ce contexte éminemment particulier, Cave In fait du Cave In et le fait admirablement bien. Du Cave In plutôt période Jupiter (2000) toutefois, avec une propension à nous guider vers les cieux, plutôt qu’à nous fracasser sans pitié. Ainsi, “All Illusion” et “Shake My Blood” prennent leur envol en douceur et distillent posément des mélodies à tomber. En arrière-plan, la basse de Caleb vrombit de bonheur. Cave In n’a pas tout à fait oublié d’où il vient non plus et renoue le temps d’un ou deux morceaux avec sa férocité des débuts… et des retrouvailles lorsqu’ils s’étaient reformés en 2009 livrant un White Silence assez brutal. “Night Crawler” attaque ainsi tambour battant sur un tempo enlevé et un chant belliqueux. Moins de place à l’évasion mais quelques embardées tout de même, sur la seconde partie du morceau avec un chant qui s’envole, accompagné de guitares tournoyantes. La plus rude remontrance se situe en fin d’album lorsque “Led To The Wolves” semble lancé pour éradiquer tout ce qui se dresse sur son chemin, sans répit mais avec certainement beaucoup de colère et de tristesse à extérioriser. Avant cela, l’éthérée “Lunar Day” nous larguait errant en des territoires shoegaze totalement vaporeux, alors que “Winter Window” captivait de par son ambiance lourde et glaciale en intro avant de mettre un coup de boost bienvenu. Parmi les pièces de choix conférant à ce...

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Bleach de Nirvana a 30 ans. Chronique

Bleach de Nirvana a 30 ans. Chronique

(Sub Pop, 15 juin 1989) Imaginez la joie quand vous parvenez enfin à sortir un premier album. Vous êtes passés par tous les états : espoir, démotivation, excitation, coup dur, accomplissement… Vous avez claqué du fric, des batteurs, raturé les textes, modifié une ligne de basse, apposé les dernières retouches mais au bout d’un moment : on n’y touche plus, il est bouclé, dans la boite, prêt à affronter le monde impitoyable des critiques et du public. Quand vous vous appelez Nirvana, que vous faites du rock sale et nerveux sans grande prétention, vous pouvez toujours vous dire que, même imparfait, l’album passera relativement inaperçu, c’est un premier essai, un moyen de mettre le pied à l’étrier. Certains aimeront, d’autres moins, mais personne ne se fera chier à décortiquer cet album 30 ans plus tard. Oh, bien sûr, le disque sort chez Sub Pop, vous passez après Mudhoney, donc il y a quand même un minimum d’attente. Il est temps d’essayer de se faire un nom. Impossible de faire mieux que Superfuzz Bigmuff bien sûr mais faire partie des figures du label serait déjà une belle récompense. Et puis, il a des atouts cet album, indéniablement. Vous y avez mis vos tripes, vous l’avez garni en riffs puissants, vous y avez apposé de belles mélodies. Le public se dira peut-être que vous vous prenez un peu trop pour les Beatles avec vos beaux refrains, alors que vous n’êtes qu’un mec énervé de plus qui sait à peine jouer. So what, est-ce qu’on l’emmerderait pas un peu le public ? Est-ce que jouer fort et énergiquement interdit de faire de belles chansons ? Certainement pas. Sera-t-il capable de faire la fine bouche face à « School » ou « About A Girl » ? Qu’il essaye (on l’entend d’ici crier « you’re in high school agaaaaiiiin »). Est-ce qu’il ne fermera pas bien sa gueule face à la rage et au riff qui tue de « Negative Creep » ? Probablement. Trois minutes, pas le temps de s’ennuyer et franchement il y a tout ce qu’il faut. Des cris viscéraux, une grosse énergie, un refrain qu’on retient, un riff qui cogne. Il aime le rock le public ? Il aimera ça. Ou il sera définitivement bon à rien. Il y a des trucs auxquels il aura peut-être plus de mal à adhérer, comme « Sifting » avec son riff qui longe les murs en arrachant la peinture. « Blew » et « Paper Cuts » ne font pas de cadeau non plus. Mais est-on là pour faire des cadeaux ? Pas que je sache. On est là pour faire chialer les amplis, pour péter des cordes, pour maltraiter des fûts,...

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The Raconteurs – Help Us Stranger

The Raconteurs – Help Us Stranger

(Third Man/PIAS, 21 Juin 2019) Ça commençait à faire long. 11 ans très exactement depuis le dernier album des Raconteurs, supergroupe formé par Brendan Benson et Jack White aux compositions et guitares, la section rythmique des Greenhornes – Jack Laurence à la basse et l’excellent Patrice Keeler à la batterie -, ainsi que Dean Fertita (Queens Of The Stone Age, Dead Weather). Derrière eux, deux albums de rock 60’s teintés de blues et de folk : Broken Boy Soldier enregistré en 2004 dans leur Detroit natal avant de poser leurs valises à Nahsville, terres du blues par excellence, pour Consolers Of The Lonely en 2008. Depuis une tournée live en 2011, chacun était bien occupé. Brendan Benson a sorti deux albums (What Kind of World en 2012 et You Were Right en 2013), les Greenhornes ont publié un 4 titres avec leur idole Eric Burdon ; Jack Laurence, Dean Fertita et Jack White ont sorti un album peu convaincant des Dead Weathers. Fertita apparait aussi sur les 2 derniers albums des QOTSA (pas sûr que ce soit la meilleure des références en ce qui concerne le dernier…), quant à Jack White, en plus de gérer son label Third Man Records, il a sorti 3 albums solos. On ne se mouille donc pas trop en disant que nos petits gars sont loin de se la couler douce depuis quelques années, mais ils ont fini par trouver le temps de regagner le studio pour se consacrer à ce Help Us Stranger qui nous intéresse ici. Après la sortie des 3 premiers singles (“Sunday Driver”, “Bored And Razed” et la magique “Help Me Stranger”), les Raconteurs ont lancé leur tournée mondiale et eu la bonne idée de s’arrêter à l’Olympia le 26 mai dernier . Tous ceux présents ce soir-là peuvent le confirmer, les Raconteurs ont gardé leur redoutable efficacité et les nouveaux titres se marient à merveille avec les anciens sur scène (live à retrouver sur le podcast du 05 juin dernier de l’excellente émission “Very Good Trip” de Michka Assayas sur France inter). Une fois l’adrénaline de ce concert redescendue, soit quelques semaines après tout de même, il ne reste plus qu’à attendre impatiemment de pouvoir poser le diamant sur le successeur de Consoler Of The Lonely. Le retour de la formation de Nashville était certes attendu de pied ferme par ses aficionados, mais les dernières productions de Jack White, les médiocres Boarding House Reach et Dodge and Burn des Dead Weathers, n’étaient pas de nature à rassurer. Heureusement, les Raconteurs peuvent se targuer d’être un véritable groupe où chacun a sa place ; White sait rester dans l’ombre quand il le faut et Benson prendre le lead sur ses...

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Big Thief – U.F.O.F.

Big Thief – U.F.O.F.

(4AD, 3 mai 2019) On a pris le temps, on l’a laissé venir. Voilà déjà près de deux mois que cet Unidentified Flying Object Friend revenait à nous à intervalles réguliers, se révélant peu à peu, mais gardant une certaine distance, une part de mystère à percer. Cet ovni était intrigant mais n’était pas encore un ami. Oh, bien sûr, Big Thief ne débarque pas de nulle part et s’était déjà fait remarquer via ses deux premiers albums (Masterpiece et Capacity). Mais étrangement, malgré l’attrait de quelques titres plaisants, on craignait de se heurter aux habituelles limites du genre : un ensemble un peu trop lisse et convenu, un manque cruel d’aspérités. La prise de « Contact » a rapidement balayé ces craintes. Pas immédiatement mais à un moment clé : lorsque retentit ce cri déchirant et viscéral, totalement inattendu. Les guitares se mettent alors au diapason, bifurquant vers des contrées bruitistes. On sait déjà que le voyage ne sera pas monotone. Voilà un premier frisson, une différence. Voilà une dame qui en impose. La dame se nomme Adrienne Lenker, c’est elle qui mène la danse du haut de sa douce voix fragile et de son jeu de guitare affirmé. Adrienne sait chanter, pas de doute là-dessus. Elle sait émouvoir, également, lorsque son chant presque brisé s’égare dans les aigüs, suivant un fingerpicking délicat, avant que quelques bruits non identifiés ne viennent pervertir cette folk immaculée (« UFOF »). Les murmures effleurent nos oreilles avec une grande délicatesse, la voix est à fleur de peau, parfois au bord de la rupture (« Terminal Paradise »). Si les belles mélodies sont omniprésentes, les contrastes sont fréquents : la somptueuse mélancolie d’« Orange », dans son plus simple appareil, nous fait succomber sans peine, quand « Cattails » se démarque grâce à de brillants arrangements. « Century », quant à elle, se révèle plus entrainante alors que la ténébreuse « Jenni » vient concurrencer Low en défiant la pesanteur et en poussant la tension jusqu’à l’inévitable explosion. C’est presque a capella que Lenker conclut « Magic Dealer », discrètement accompagnée de quelques notes de son bassiste Max Oleartchik. La sobriété pour terminer, avec toujours l’élégance comme fil conducteur. Voilà un ami qui aura mis du temps à se dévoiler tout à fait mais sur qui on devrait pouvoir compter à l’avenir. En tout cas, on ne manquera pas de le solliciter. Jonathan...

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The Real Thing de Faith No More a 30 ans. Chronique !

The Real Thing de Faith No More a 30 ans. Chronique !

C’est bien connu (et ça fera plaisir à nos amis musiciens), le bassiste ou – pire encore – le batteur n’est souvent que la douzième roue du carrosse au sein d’un groupe. Personne ne connait leur nom, personne ne retient leur visage, ils peuvent changer cinq fois au cours d’une discographie : on n’y voit que du feu. Chez Faith No More, groupe qui ne fait rien comme personne, ce sont eux les piliers, Billy Gould (4 cordes) et Mike Bordin (fûts et baguettes), alors que les chanteurs et guitaristes ont tellement défilé que personne n’est capable de tenir les comptes (tout le monde se contentant de citer Courtney Love, parce que c’est vrai que c’est rigolo). C’est en la personne de Chuck Mosley que le groupe pensait avoir trouvé la stabilité. Mais le dreadlocké n’était pas tout à fait l’incarnation du bon père de famille posé et mature… Et après deux albums (We Care A Lot, Introduce Yourself), 427 embrouilles et 612 gueules de bois, Gould s’est senti obligé de lui indiquer le chemin de la sortie. Certains groupes ne se seraient jamais remis de la perte d’un chanteur aussi déluré et charismatique, Faith No More a choisi de le remplacer par un autre, bien plus timbré encore. Mais timbré différemment ; un esprit créatif sans limites, une folie maitrisée. Des conneries à la pelle, mais pas d’excès. Et un véritable bourreau de travail. Deux semaines après avoir rejoint le groupe, Patton a torché tous les textes de The Real Thing. Jim Martin (le gratteux alors titulaire… pour peu de temps) connait l’énergumène, il a écouté des démos de Mr Bungle, groupe le plus barge de Patton, il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas. Non, il est même allé le chercher pour ça. Sous l’impulsion de Patton, Faith No More qui est déjà un bon groupe, s’apprête à basculer dans le profondément génial. Le vrai truc semble débarquer de nulle part (“From Out Of Nowhere”). Des synthés hystériques, une session rythmique qui tabasse en groovant, une guitare qui cisaille tout ce qui bouge. Patton, emporté par la tornade, y ajoute un chant habité qui transcende le tout. Celui qui ne bouge pas là-dessus est probablement mort. Le refrain est connu par cœur au bout de trois écoutes et au bout de 100, il fait partie de votre famille. Le son est au max, les voisins ont tous déménagé, votre femme vous a quitté… mais vous êtes heureux. Car vous avez toujours ce disque. Un disque qui ne faiblit pas, et qui semble même monter crescendo, à l’écoute de “Epic” (un des plus gros tubes du groupe, bien plus gros encore que « We Care A Lot...

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King Gizzard & The Lizard Wizard – Fishing For Fishies

King Gizzard & The Lizard Wizard – Fishing For Fishies

(Flightless/ATO, 26 avril 2019) Après avoir réussi haut la main l’exploit de sortir 5 albums en 2017, suivis d’une tournée interminable dans les contrées lointaines au-delà des océans et divers murs de son Australie natale, le roi Gésier revient, avec son magicien lézard, plus apaisé. Il nous propose un boogie/blues délaissant les multiples pédales d’effets pour s’appuyer principalement sur harmonica, flûtes, piano et autres guitares acoustiques, le tout pour mieux nous ramener à une atmosphère psychédélique dont ils sont actuellement les plus éminents représentants. L’éponyme « Fishing For Fishies » et la bien nommée « Boggieman Sam » donnent le ton avec leur groove boogie en ouverture de ce 14ème album. Le décor est planté, nous sommes au fin fond du bush australien et nous n’en ressortirons pas indemne. Pendant l’intégralité de Fishing For Fishes le “trio” guitares/batteries/harmonica nous entraîne du blues boogie classique vers le psyché sans donner d’impression de répétition, grâce notamment à la superposition de divers instruments (piano, harpe, flûte traversière)… A noter l’énormissime “This Thing” et son intro so groovy qui vire au psychédélisme envoûtant à mesure que le morceau progresse. C’est la pépite de l’album et elle risque de vous rester longtemps en tête. Elle est d’ores et déjà en pôle position pour être la chanson la plus “cool” de l’année après “C” des Oh Sees l’année précédente (NALADNCRC* : oui je sais, je n’ai pas pu m’empêcher de citer la bande de Dwyer mais je jure que ce n’est pas pour atteindre un nombre de lignes minimum. Vu nos tarifs élevés, la question aurait pu légitimement se poser… ou pas). Revenons à l’essentiel et à la conclusion de cet album. Stu Mackenzie y invente avec brio le boogie futuriste avec “Cyboogie”. Belle manière de clôturer les débats avec originalité. Nous trépignons déjà d’impatience à l’idée de retrouver ces morceaux sur scène le 14 Octobre prochain à l’Olympia ! Quelques semaines après la sortie de cet album, Roky Erickson s’est éteint. C’est sans feu ni sang que King Gizzard & The Lizard Wizard prend sa place sur son trône pour régner sur le royaume du psychédélisme. Alain Dutertre *Note à l’attention de notre cher “réd’chef” LIRE LA CHRONIQUE DE QUARTERS! LIRE LA CHRONIQUE DE PAPER MÂCHÉ DREAM BALLOON LIRE LA CHRONIQUE DE FLYING MICROTONAL BANANA LIRE LA CHRONIQUE DE MURDER OF THE UNIVERSE LIRE LA CHRONIQUE DE SKETCHES OF BRUNSWICK EAST LIRE LA CHRONIQUE DE POLYGONDWANALAND LIRE LA CHRONIQUE DE GUMBOOT SOUP LIRE L’INTERVIEW DE KING GIZZARD & THE LIZARD...

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L’envoûtante – L’envoûtante

L’envoûtante – L’envoûtante

(Modulor, 17 mai 2019) On ne va pas s’en cacher : on a un peu de mal à s’enthousiasmer pour des artistes de rap français ces derniers temps. Peut-être qu’on prend aussi moins le temps d’aller fouiner là où il faut, préférant se concentrer sur d’autres genres mais ce qui arrive à nos oreilles est bien souvent déprimant. Et puis, sans coup férir, deux inconnus déboulent, affublés d’un patronyme intrigant : L’envoûtante. Comme son nom ne l’indique pas, L’envoûtante fait dans le rap énervé, qui ne regarde pas ses pompes et n’exhibe pas sa chaine en or (qui brille) mais crie sa colère à qui veut bien l’entendre. D’entrée de jeu,« Hymne aux irrassemblables », forte d’une instru corrosive, donne envie de brandir le poing et de repartir de l’avant, d’oublier la nausée causée par le résultat des européennes. Une bonne odeur de soufre se dégage de ce début d’album, la « Nouvelle méthode » déployée ici n’est pas sans rappeler celle de Zone Libre, malgré un effectif bien plus réduit ou même Dälek quand le ciel se couvre (« En vrai »). Sonorités rock ou électro aussi soignées qu’exaltantes, appuyées par les rythmiques incisives du batteur Sébastien Tillous et enflammées par le flow survolté (qui fleure bon la sincérité) de Bruno Viougeas. Mais cette attaque virevoltante est trompeuse car le duo ne se contente pas toujours de prendre les armes. Certains morceaux, aux instrus plus purement hip hop, instaurent une atmosphère sombre et fonctionnent tout aussi bien (l’excellente « Vite stressé » et la classieuse « Moments de grâce » qui semble évoluer en apesanteur). Le duo s’est bien trouvé. Bruno a des choses à dire et les exprime avec une science de la rime affutée (on pense furtivement à Marc Nammour de La Canaille), les instrus de Sébastien sont suffisamment variées pour stimuler constamment l’oreille et l’apport de la batterie est indéniable (« Voilà où naissent ces putains d’textes » où les pionniers NTM et Assassin ne sont pas oubliés). Au final, trois quarts d’heure de bon gros rap comme on l’aime, infiniment supérieur à la grande majorité des groupes du genre qui percent. On souhaite donc à L’envoûtante de faire grand bruit, et d’attirer bon nombre de prétendus irrassemblables qui pourraient bien s’y retrouver. Jonathan...

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Sebadoh – Act Surprised

Sebadoh – Act Surprised

(Dangerbird/Fire, 24 mai 2019) Pour un groupe qui a une aussi longue carrière que Sebadoh sans jamais se fourvoyer ni exploser auprès du grand public, il y a deux manières d’aborder un nouvel album. Soit vous faites partie de ceux qui s’en foutent (Seba-quoi ? Connais pas !), soit vous faites partie de ceux qui y prêteront de l’intérêt, voire qui attendent fébrilement de pouvoir l’écouter. Car, si le groupe n’a jamais eu trop d’exposition, ceux qui l’écoutent ne tarissent pas d’éloges à son sujet ; à tel point que je ne pense pas avoir lu un seul avis négatif au sujet d’un de leurs disques (hormis chez Pitchfork, mais depuis quand leur avis nous intéresse-t-il ?)… Cette chronique ne dérogera pas à la règle, donc si vous vouliez lire quelqu’un leur casser du sucre sur le Seba-dos (ok, ce jeu de mot est minable), il faudra chercher ailleurs. On pourra, à la limite, parler du fait divers de leur changement de label de dernière minute, qui a fait couler un peu d’encre. Pour résumer, Joyful Noise leur a reproché d’être partis chez Dangerbird Records sans les prévenir et sans leur faire de contre-proposition. Lou Barlow s’est justifié en interview : le choix était démocratique au sein du groupe, la somme proposée par Dangerbird Records bien plus importante, et il n’avait pas envie de faire monter les enchères auprès de Joyful Noise qui est un petit label avec peu de moyens. Bref, en terme de saloperie croustillante, vous pouvez également passer votre chemin. Maintenant, si ce qui vous intéresse, c’est d’écouter un album de Sebadoh, alors là, vous pouvez y aller les yeux fermés. Ça se met dans la platine, ou ça se lance dans le lecteur mp3, et c’est partie pour une collection de morceaux Barlow-Loewenstein de grande qualité, à la fois sincères, mélodiques et efficaces. N’oublions pas Bob d’Amico, qui signe un “Leap Year” hyper bien troussé. Même si chacun a toujours sa patte identifiable, et une façon de chanter à lui, le tout est remarquablement cohérent et ce n’est pas un hasard puisque pour une fois les musiciens ont travaillé ensemble l’album de bout en bout (d’habitude, chacun vient avec ses morceaux, ils enregistrent le tout et c’est plié). Si on y perd peut-être, en conséquence, la capacité des précédents disques à partir dans de multiples directions (sans jamais vraiment s’égarer, ce qui est très fort), on y gagne en contre-partie leur album le plus…”album”, dans le sens où le tout semble bien construit pour aller ensemble. Et franchement, ça fonctionne tout aussi bien. Je pourrais vous faire la liste de mes morceaux préférés (et je vous citerai au moins “Reykjavik”, qui clôt le disque en...

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Pile – Green And Gray

Pile – Green And Gray

(Exploding In Sound, 3 mai 2019) Cela fait bien longtemps qu’on a cessé de chercher des explications à la popularité de certains groupes de rock indé en France, il y aurait de quoi devenir timbré. Notre beau pays, capable de porter aux nues les affreux La Femme, de s’extasier devant les Limiñanas, persiste à ignorer superbement certains des meilleurs groupes du genre qui sévissent outre Atlantique, à l’image de Pile. On aimerait beaucoup que ça change mais on n’y croit guère. Et pourtant.. Pourtant, ce Green And Gray nous en fait voir des vertes, des pas mûres, des jolies, des violentes, des délicates, des saisissantes (on va s’arrêter là, vous avez compris l’idée). Comme à l’accoutumée, Rick Maguire impressionne de par son talent protéiforme, multipliant les grands écarts vocaux, excellant dans son chant mélodique parfois très touchant (la perle mélancolique “Other Moons” expédiée en 1’25, “Hair” qui invite des cordes au banquet) et se fusillant les cordes vocales quand le ton se durcit et qu’il semble tout à coup saisi de convulsions éPileptiques (l’explosive “On A Bigger Screen” qu’on meurt d’envie d’écouter sur de bigger speakers). Comme à l’accoutumée, son groupe fait mieux que l’accompagner et se met au diapason jonglant entre ballades rêveuses et sévères mises au point nous laissant au bord de l’apoplexie, lorgnant autant du côté du post rock et du slowcore (“No Hands”) que de la noise la plus saignante (“A Labyrinth With No Center”, “The Soft Hand Of Stephen Miller”), parfois même au sein du même morceau (“Firewood” ou la colossale “Hiding Places”). Les plus exigeants auront du mal à trouver à redire devant un disque affichant une telle cohérence malgré la grande variété des ambiances déclinées. Même les plus prudes auront de quoi se réfugier derrière “Bruxist Grin”, tube évident avec son riff en forme de gimmick imparable. Bref, tout le monde pourrait bien y trouver son compte mais comme à l’accoutumée, seule une poignée d’irréductibles répondront présents. Les ignorants ont toujours tort. Jonathan Lopez Green and Gray by Pile LIRE LA CHRONIQUE DE A HAIRSHIRT OF...

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