Run The Jewels – RTJ4

Run The Jewels – RTJ4

(BMG, 5 juin 2020) On est entre nous, je peux y aller de ma confidence inavouable : Run The Jewels, ça n’a jamais vraiment été mon truc. Oh bien sûr, j’éprouve le plus grand respect pour El-P. Def Jux, Cannibal Ox, sa carrière solo… Ça vous pose un homme. Oh évidemment, Killer Mike porte bien son nom, son flow est assez irrésistible et il y a bien quelques morceaux de RTJ qui m’ont fait remuer la tête ces dernières années mais rien qui ne m’ait poussé à me plonger à corps perdu dans leur discographie. Alors qu’est-ce que je fous là, me direz-vous ? Et bien déjà, la liste d’invités m’a titillé. Et puis, j’ai vu passer plusieurs avis dithyrambiques alors j’y suis allé, la fleur au fusil. Et j’ai pris ma tarte. Ce qui me rebutait quelque peu jusque-là, c’était peut-être la modernité du son de RTJ. Moi et mes 90s, rien à faire, je suis bloqué. Agitez-moi du « génial Kendrick » et je retourne bouffer du Wu-Tang. Prosternez-vous devant « l’inégalable Kanye » et je me refais une cure de Cypress. Mais ils sont malins chez RTJ. Pour coincer les esprits obtus comme le mien, ils ont rappelé une vieille légende d’antan. Et comme DJ Premier ne vient jamais les mains vides, il sort ici de sa manche de bons vieux scratches pour agrémenter une boucle de piano fantastique sur un morceau qui fait non seulement référence à ODB et Jeru The Damaja mais nous administre en outre un refrain absolument jouissif (« Ooooh la la ah wee weeee »). Il ne m’en fallait pas plus, je frémis de bonheur et je maintiens la touche repeat enfoncée… À tort ! Car ce disque, tout moderne qu’il est, n’a rien de la production jetable, à consommer rapidement et à balancer par la fenêtre ensuite ou à noyer au milieu d’une playlist sans âme. Ce disque est un tout, terriblement percutant, étonnamment complexe et pourtant immédiatement accrocheur, formidablement varié et néanmoins remarquablement cohérent. Qu’ils y mettent des sonorités dub (« Holy Calamafuck »), electro (« Never Look Back »), une basse qui fait trembler toutes les fondations de mon immeuble (« Goonies vs. E.T. »), qu’ils samplent du Gang Of Four (« The Ground Below » qui reprend le riff inoubliable de « Ether ») ou qu’ils fassent du rap sombre et crasseux façon Dälek (« Yankee and The Brave » (ep. 4) »), Run The Jewels anéantissent tout, à commencer par les convictions de chroniqueurs bornés. Ce disque est de ceux qui vous donnent ce surplus d’excitation au réveil quand vous vous dites « hey, la vie est belle, j’ai un putain d’album à écouter ! ». Hey, je vais retrouver mon Zack de la Rocha adoré. Ce bon vieux Zack, sans doute terré au...

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Paradise Lost – Draconian Times

Paradise Lost – Draconian Times

(Relativity, 12 juin 1995) « The New Metallica! Paradise Lost! The Band You Need to Hear! » Voilà ce que titrait le magazine Kerrang! en juin 1995 (la preuve en image) avec à sa une Nick Holmes, le chanteur de la formation de Halifax, Yorkshire. À cette époque, Paradise Lost était sur toutes les lèvres dans le milieu metal. Icon, leur quatrième album, qui les voyait sortir un peu plus du doom/death de leurs débuts et contenait les micros tubes « Embers Fire » et « True Belief » avait déjà attiré l’attention sur le groupe mais il se murmurait que le disque suivant les propulserait sur le devant de la scène metal britannique. Bien que n’étant pas signé sur une major mais juste sur un gros indépendant, Music for Nations, Paradise Lost semblait bien parti pour faire son Black Album. Paradise Lost ne s’était pourtant pas payé les services d’un Bob Rock. Le producteur de Draconian Times était Simon Effemey, qui avait déjà produit Shades of God et Icon. Cependant, le fait qu’il y ait déjà eu une grosse évolution dans le son et les compositions du groupe entre ces deux albums laissait espérer un nouveau virage stylistique. L’une des grandes caractéristiques de Draconian Times fut de décevoir ces attentes, mais de les décevoir en bien. L’album n’allait finalement pas tourner le dos à Icon. Si l’on veut vraiment faire une comparaison avec Metallica, on comparera les deux disques à Ride The Lightning et Master of Puppets, deux albums très semblables mais dont on sent que le second enfonce le clou du premier. Sur Shades of God, Paradise Lost s’était présenté comme une usine à riffs. Le disque regorgeait d’idées mais peut-être au détriment des compositions. Avec Icon, Paradise Lost avait raccourci les morceaux, varié un peu plus les tempos et s’était mis à composer des chansons plus mélodiques, des versions musclées du rock gothique des Sisters of Mercy, tout en gardant la lourdeur du doom et une voix mi-claire, mi-gutturale du plus bel effet. Draconian Times répète tout cela, mais le fait mieux. Gregor McIntosh, le guitariste et leader de la formation, a récemment déclaré préférer Icon car il lui semblait que Draconian Times était une redite. Je vais être obligé de le contredire : Icon est un très bon disque mais Draconian Times, lui, est l’un des dix meilleurs disques de metal de la décennie durant laquelle il est sorti, et ce n’est pas rien de dire cela d’une période qui a vu naître des disques comme Chaos A.D. de Sepultura ou In The Nightside Eclipse d’Emperor. Avec ce disque, Paradise Lost allait prendre un son prisé d’une poignée d’aficionados de gothic/doom et en faire quelque chose...

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Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

(À Tant Rêver du Roi/Grabuge Records, 12 juin 2020) Il est grand temps de retrouver les salles de concerts. D’abord parce que ça fait déjà plus de 3 mois depuis le dernier. Mais aussi, et surtout, parce que notre scène française émergente fourmille de groupes excitants. Des groupes qui ont besoin de jouer live pour se développer et exister. Après avoir été bluffé par Dakiniz et Versari, voici Cosse, qui a tourné en compagnie de Lysistrata et sort cet EP, Nothing Belongs to Anything, conjointement sur le label À Tant Rêver du Roi et sur Grabuge Records, la structure du groupe de Saintes. En à peine 5 titres, c’est peu dire que le groupe impressionne. Par un art subtil à brouiller les pistes. Dès le bien nommé « Welcome Newcomers », tu te croyais tranquille à te balader sur un sentier post-rock contemplatif et mélodique, qui n’est pas sans rappeler les regrettés Rien. Mais le chemin devient plus rude, escarpé, une voix t’interpelle, le tempo s’affole, tu cours, et là tu comprends. Comme Lysistrata, on a affaire à des petits malins qui ont jeté le manuel du post-rock par la fenêtre. On ne sera jamais tranquille. Toujours sur le qui-vive. Un plan math-rock va surgir derrière une rythmique métronomique à la Tortoise. Les guitares vont rugir sans crier gare. Et une belle voix féminine inattendue va nous faire chavirer. Je lui aurais bien rajouté une minute ou deux à ce très bon « Pin Skin ». Comme chez Rien, et aussi pour les boites de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. « Sun Forget Me », en 4 minutes propose sa dose de sucreries noisy. Mid-tempo tranquille, guitares tendues, ça gronde… et puis le petit bonbon acidulé, ce duo vocal et cette dernière minute qui s’envole ! Au passage, ç’a beau être un EP d’un groupe émergent, la production est impeccable, le son ample, les guitares énormes ! Et pour ne rien gâcher, l’artwork est superbe. Sur les 2 derniers titres, Cosse semble vouloir inviter ses nouveaux fans à ses prochains concerts. Ils font parler la poudre. D’abord sur « Seppuku », qui avance sur la pointe des guitares, avant de méchamment s’embraser. Ne jamais donner de bonbons à Mogwai après minuit (#doublejoke). Alors forcément, on finit on « The Ground », après avoir été bien secoués 6 minutes durant par des guitares bien plus menaçantes que sur le début du disque. Avec l’outro noisy qui va bien. Idéal pour terminer un set sauvage. Lysistrata ne s’est pas trompé pour sa nouvelle signature sur Grabuge Records. Ce Nothing Belongs to Anything est (plus que) prometteur et Cosse pourrait bien prendre la relève de Rien dans...

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No Age – Goons Be Gone

No Age – Goons Be Gone

(Drag City, 5 juin 2020) Porté aux nues par les chantres de la presse indie rock américaine à leurs débuts, No Age semble aujourd’hui susciter moins d’excitation de la part des « gens qui pèsent ». Pourtant, le duo nous a offerts l’imparable Snares Like A Haircut il y a deux ans seulement et remet déjà le couvert, reprenant ainsi un rythme plus conforme à ses débuts, alors qu’il avait fallu patienter cinq longues années entre les deux épisodes précédents. Le départ de Sub Pop pour Drag City en 2018 serait-il à l’origine de ce regain d’inspiration ? Difficile à dire, toujours est-il que la continuité est ici de mise et les fidèles ne seront pas déboussolés. Morceaux frontaux d’un côté, rêveries shoegaze de l’autre. Cette faculté à exceller dans les deux registres et à faire cohabiter ces deux facettes constituent pour beaucoup l’un des points forts du groupe mais il est à double tranchant. Sur l’album précédent, le choix était fait d’attaquer pied au plancher puis de redescendre en douceur. Ici, les coups de sang sont en alternance avec les errances en plein brouillard. Rien de tel qu’un bon coup de pied au cul après avoir comaté la bouche ouverte un peu trop longtemps. Ainsi « Smoothie » déboule sur coussins d’air après une entame plus musclée (« Sandalwood » punky en diable avec une touche MBV tout de même – on ne se refait pas – et « Feeler », indie rock remuant bien troussé). Quant à l’entrainante « War Dance » (dans un tout autre style que celle de Killing Joke), elle est d’emblée contrebalancée par « Toes In The Water » tournant au ralenti, noyée sous les samples, les saturations excessives et les couches d’effets multiples (mais non dénuée de mélodie soyeuse). Du pur toegaze ou je ne m’y connais pas. Il existe donc bien des raisons de s’enthousiasmer mais sachons raison garder. L’avenir nous le confirmera sans doute car le présent laisse une maigre place au doute : si ce Goons Been Gone ne manque ni de maitrise, ni d’idées ni de mélodies accrocheuses (« Turned To String », le riff saignant et jouissif de « Head Sport Full Face », « Agitating Moss » qui rappellera « Ex Lion Tamer » de Wire, le tas de crasse qui va avec), il semble tout de même évoluer un cran en-dessous de son prédécesseur qui alignait bombes sur bombes dans le plus grand des calmes. Il n’en demeure pas moins que No Age évolue toujours dans son petit monde à part, l’énergie dégagée par Randall et Spunt est toujours aussi communicative et il n’y a là pas grand-chose à jeter (tout juste peut-on négliger la redondante « A Sigh Clicks » et l’étrange interlude « Working...

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Woods – Strange To Explain

Woods – Strange To Explain

(Woodsist, 22 mai 2020) Vous vous souvenez de cette époque où vos seuls soucis étaient de savoir si votre patron allait être satisfait de votre compte-rendu, si votre gamin allait obtenir une bonne note à son contrôle de géo ou si votre neveu allait réussir son permis ? C’est loin, n’est-ce pas ? Quand on allumait la télé en se disant innocemment « tiens, quelles sont donc les nouvelles du jour ? ». Pas toujours réjouissantes, loin s’en faut, mais pas continuellement déprimantes non plus. Là, les gouttes d’eau se sont accumulées et le vase n’en finit plus de déborder : il y eut la menace terroriste, les terrifiants Poutine, Kim Jong-un, Trump (place ici le nom de ton dirigeant taré préféré), le désastre écologique, la crise sanitaire qui bouscule nos vies dans des proportions que même des scénaristes de SF n’auraient osé imaginer… Au tour de ce bon vieux salopard de racisme, constamment tapi dans un coin, de ressurgir une énième fois pour nous rappeler, que oui, notre bonne vieille Terre est toujours peuplée d’un (trop) grand nombre de demeurés. Que nous reste-il donc comme refuge ? La culture évidemment, même si le gouvernement a vite tendance à l’oublier. Un bouquin à dévorer. Un grand classique du ciné dans lequel se replonger. Un bon disque. Voilà des alliés qui seront toujours là pour nous permettre de nous évader. D’oublier toutes ces merdes qui nous pourrissent la vie. Ce rôle-là, Woods l’a toujours endossé avec brio. Combattre la morosité ambiante semble être son éternelle devise. D’autant que depuis la sortie de son dernier album Love Is Love (2017), son leader Jeremy Earl a connu l’un des plus grands bonheurs que cette chienne de vie daigne nous procurer, en devenant père. Et son fidèle comparse Jarvis Taveniere a cédé à l’appel du large en emménageant en Californie. Celle qui le faisait tant rêver (cf notre interview il y a quelques années). Celle qui colle on ne peut mieux à leur musique évoquant davantage le bruit des vagues que la frénésie new-yorkaise. Woods n’a jamais eu besoin d’évènements heureux pour orner sa musique de good vibes. Le deuil soudain (et de la pire des manières) de leur ami David Berman peu après leur collaboration commune sur le dernier Purple Mountains, a dû leur rappeler cruellement que Life’s a bitch, mais pas de quoi remettre en cause leur façon de concevoir leur art. « Where Do You Go When You Dream » interroge Jeremy Earl de sa voix de fausset si apaisante et nous voilà reparti comme en 40, envoyant paître toutes préoccupations, fussent-elles de premier ordre. Plus loin, « Strange To Explain » qui donne son titre à l’album, vaut bien tous les...

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The K. – Amputate Corporate Art

The K. – Amputate Corporate Art

(JauneOrange, 3 avril 2020) Un boxer dédicacé par les membres du groupe. Sur fond rose. Difficile de faire une pochette plus classe et de meilleur goût. On imagine alors mal un disque de chamber pop précieux, aux arrangements sophistiqués. On a bien raison. The K. ne fait pas dans la dentelle, il nous rentre dans le lard gaiement. 35 minutes de tension sourde, de titres rageurs et accrocheurs, volontiers noisy. Pas vraiment à part, The K. incite au contraire à se livrer au jeu favori du name-dropping… Cette basse omniprésente qui n’épargne rien ni personne (« Human After All », « (Un)fortunate Youth »), ça ne vous rappelle pas du Jesus Lizard ? Cette immédiateté qui fait des ravages et nous enjoint à chantonner à tue-tête (« Shit Day »), ça ne semble pas venir tout droit de Seattle ? Si, si bien sûr. Et pourquoi on s’en plaindrait ? C’est carré, efficace, rentre-dedans et chaque noté jouée, chaque cri poussé nous renvoie aux heures bénies des 90s quand chacun ne pensait qu’à faire hurler ses amplis et saigner les oreilles. Comme It It Anita, The K. nous vient de Liège et a grandi en contemplant des idoles aux cheveux longs et jeans troués. Comme eux, ils font dans le bombardement intensif et dans le refrain matraqué qui s’immisce lentement mais sûrement (« it’s been a long long way hooome » sur « Dominant Tracks »). À mi-chemin, la ballade toute choupinette (et réussie) « Everything Hurts » (aucun lien) nous octroie un moment de répit bien mérité et prouve que ces gens-là ne font pas que se complaire dans l’hystérie. Ça ne dure pas bien longtemps évidemment, ça repart ensuite plus vite encore que c’était arrivé avec la foudroyante « The Rougher Aspects Of Love » ou « Swim It Better » et ses soubresauts permanents, Sebastien von Landau adoptant un chant aérien sur les couplets avant de nous gueuler dessus sans ménagement sur les refrains comme un Philippe Lucas déchiquetant oralement Laure Manaudou lorsqu’elle faiblissait au bout de 325 pompes. Au-delà d’une recette très au point (il faut dire que c’est leur troisième album), saluons cette facilité à proposer des mélodies réellement enthousiasmantes (allez, un bémol peut-être pour « Keep My Nightmares Cold » dont les gimmicks répétitifs peuvent irriter). Faire du bruit, c’est bien beau mais le faire seul dans son coin sans donner envie d’être rejoints, c’est un peu vain. On a hâte de vérifier l’efficacité de ces morceaux sur scène (dont on ne doute pas un instant), on en profitera pour faire signer nos boxers. Jonathan...

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Wylde Ratttz – Wylde Ratttz

Wylde Ratttz – Wylde Ratttz

(1er avril 2020… enregistré en 1997) Vous pensiez que, sous prétexte qu’on est un webzine entièrement dématérialisé, que nous sommes sur les réseaux et que nous avons diversifié notre offre avec des playlists, des DJ sets (RIP) et des concerts, nous étions modernes et dans le coup ?  Allons, quelques indices auraient pu vous mettre la puce à l’oreille : nous parlons principalement de rock, et pire, de rock indé (et pire encore, certains d’entre nous ont une fascination pour la musique des années 90), nous sommes principalement présents sur Facebook, le réseau social des vieux qui pensent encore être jeunes et pour ce qui est de diversifier notre activité, nous le faisons à pure perte sans aucun business plan efficace. On a même lancé une rubrique bd, comme si on se prenait pour un vrai magazine culturel, tout cela aurait dû vous alerter. La seule chose qui nous distingue de rock&folk aujourd’hui, c’est que nous ne portons pas de perfectos et que nous n’avons jamais dit de bien des groupes de baby rockers à la con qui ont complètement disparu depuis le milieu des années 2000. Et que les membres de notre rédaction sont trop jeunes pour avoir entendu en direct l’appel du 18 juin, accessoirement. Bref, quand on voit surgir de nulle part en plein confinement un album inédit sur lequel ont participé Ron Asheton (là, on rejoint R&F), Mark Arm (Mudhoney), Mike Watt (Minutemen, fiREHOSE), Thurston Moore, Steve Shelley (Sonic Youth) et Don Fleming (Gumball)*, on est tenté de le propulser album de l’année direct sans même l’avoir écouté. Quand bien même l’enregistrement date de 1997, au contraire, c’est presque un argument supplémentaire pour envoyer chier toute la production actuelle. Pour situer un peu, le groupe s’appelle Wylde Ratttz et a servi à agrémenter la BO du très anecdotique Velvet Goldmine, film des années 90 sur la scène glam un peu trop focalisé sur le fantasme homosexuel qui tournait autour. Au-delà de Christian Bale nous offrant la scène de masturbation la plus ridicule de l’histoire du cinéma et d’un caméo de Brian Molko en Mark Bolan, le film proposait surtout une prestation assez marquante de “TV Eye” par Ewan Mc Gregor dans le rôle d’Iggy Reed, et les Wylde Ratttz en formation restreinte lui servaient de backing band. Ce morceau et une compo originale s’étaient retrouvés sur le disque de la BO. Des rumeurs faisaient état de sessions assez productives, mais rien n’était venu le confirmer. Or aujourd’hui, 23 ans après le film et 10 ans tout pile après le décès de Ron Asheton, 10 morceaux refont surface sur le bandcamp du groupe et viennent former ce qui apparaît comme leur premier album. Dès le premier...

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Grandaddy – The Sophtware Slump

Grandaddy – The Sophtware Slump

(V2 Music, 8 mai 2000) C’est une manie chez Grandaddy. Attaquer ses albums par un tube imparable. Ici c’est cette pièce magistrale de près de 9 minutes « He’s Simple, He’s Dumb, He’s The Pilot ». Pour beaucoup son chef-d’œuvre. Pour moi, il y a match avec « Now It’s On »… qui ouvrait Sumday. Toujours est-il qu’on a affaire indéniablement à un très grand titre, hymne lo-fi évident, merveille mélancolique. Un parfait résumé de la musique de Grandaddy et un impeccable plaidoyer pour ceux qui ne sont guère familiers avec l’univers de Jason Lytle. La sensibilité du garçon, parfaitement prégnante dans chacun de ses mots, irradie ce morceau qui semble en contenir trois, n’a de cesse de se déployer pour laisser entrevoir de nouvelles splendeurs insoupçonnées (à commencer par ses chœurs angéliques dans la dernière ligne droite). Mais si ce morceau (pas si) simple et (pas vraiment) idiot pilote remarquablement cette œuvre que d’aucuns considèrent comme la plus aboutie de la discographie du grand papy barbu (pour moi, il y a match avec Sumday…), il est loin d’être isolé. Et le tracklisting réunit d’ailleurs trois singles parmi les quatre premiers morceaux. Il est comme ça le Jason, il aime dévoiler ses atouts d’entrée de jeu. Pari parfois risqué mais ici gagnant. Dans la foulée de son morceau phare, on bifurque sur « Hewlett’s Daughter » hésitant entre une fuzz discrète (si, si, c’est possible) et des notes synthétiques venues singer des cordes, façon dîner aux chandelles un brin pompeux. Cohabitation improbable pourrait-on penser, et finalement parfaitement judicieuse. S’en suit le délicat « Jed The Humanoid » où l’on retrouve piano et orgues, bien plus organiques que les bons vieux synthés cheap à mort tant affectionnés par le groupe (qui reviendront – rassurez-vous – dès « The Crystal Lake » qui suit). Et ce son labellisé Grandaddy trouve ici un écho dans les textes. Sorti l’année du fameux bug (le quoi ?), The Sophtware Slump ne se contente pas d’aligner les bons morceaux, il est construit comme un album concept abordant deux thèmes a priori antinomiques mais si étroitement liés : l’écologie et la technologie. Cette dernière ayant peu à peu pris le pas sur l’humanité réduite au simple rang d’observateur dépassé par les évènements laissant ainsi à une nature à l’abandon… la possibilité de reprendre ses droits. Ainsi, ce bon vieux Jed évoqué plus haut (dont on avait déjà croisé les boulons sur l’EP Signal to Snow Ratio, sorti l’année précédente) est un robot un peu trop porté sur la boisson et sujet à la dépression depuis qu’il est devenu obsolète… On le retrouve plus loin se lamentant sur « Jed’s Other Poem » (sublime là encore, on...

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Sonic Youth – NYC Ghosts & Flowers

Sonic Youth – NYC Ghosts & Flowers

(Geffen, 16 mai 2000) Quand on considère rétrospectivement la carrière au long cours d’un groupe, on pourrait être facilement tenté de ranger certains de ses disques dans la catégorie plus ou moins foireuse des « disques ratés » et/ou des « œuvres de transition ». Alors à l’heure de fêter les 20 ans de NYC Ghosts & Flowers, tentative de réhabilitation de cet album décrié de Sonic Youth. Et d’emblée, il me semble au contraire qu’il faille le considérer comme un album charnière de la carrière des new-yorkais, à la croisée des chemins après des 90’s qui ont chamboulé le paysage musical US à tout jamais. Pour deux raisons ; l’une plutôt banale dans la vie d’un groupe : une collaboration. C’est en effet sur ce disque qu’apparait pour la première fois Jim O’Rourke, musicien et producteur, qui va accompagner le groupe et même devenir un 5e membre à part entière et influent sur les deux disques suivants (les excellents Murray Street et Sonic Nurse). Le côté arty et expérimental de cet album n’est sans doute pas étranger à sa venue. La deuxième raison est beaucoup plus étonnante et va avoir un impact majeur sur la genèse de ce disque. En Juillet 1999, les new-yorkais en tournée se font voler une partie de leur équipement (guitares, pédales d’effets…). Alors vous me direz, big deal. Pour beaucoup de groupes lambda, on repasse chez le marchand et ni vu ni connu ou presque. Sauf que le groupe s’appelle Sonic Youth et en 2000, compte près de 20 ans de carrière derrière lui et surtout des wagons de guitares (parfois cheap) accumulées au fil des rencontres, des dons et autres achats. Et que chaque instrument est parfois accordé et utilisé spécifiquement pour certains titres bien précis. Ce qui a participé d’ailleurs au grain caractéristique du son Sonic Youth autant que leur attrait pour les accordages alternatifs. Délesté donc d’une partie de leur matériel, le groupe doit investir dans du nouveau matériel et leur « routine » de composition va en être affectée. Ce que le groupe après coup va considérer comme une vraie opportunité. D’où le caractère particulier de certains des 8 titres de l’album, et cet aspect parfois dissonant. Comme si le groupe en utilisant de nouvelles guitares s’était retrouvé dans sa position de début de carrière, où il expérimentait les possibilités soniques de ses instruments plus que les tentations pop qu’ils ont ensuite développé au sein de leur noisy-rock. Le groupe a aussi son propre label Sonic Youth Records (SYR) depuis la fin des années 90 et développe en marge de ces albums « officiels » son penchant expérimental dans des jams noisy joués sans contraintes. Si bien qu’on en trouve des bribes aussi...

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Paradise Lost – Obsidian

Paradise Lost – Obsidian

(Nuclear Blast, 15 mai 2020) Pendant une poignée d’années, au mitan des 90s, Paradise Lost fut mon groupe préféré. Depuis le jour où j’ai entendu « Christendom » sur l’album Icon chez un ami, ma vie de mélomane en a été transformée. Jusqu’à la fin de la décennie, le groupe d’Halifax, Yorkshire m’a permis de m’initier à tout un tas de genres musicaux, tant lui-même évoluait. Du Death lent de ses débuts à la pop sous influence Depeche Mode de Lost en passant par le metal poisseux et sabbathien en diable de Shades of Gods, Paradise Lost a toujours su éveiller ma curiosité. Paradoxalement, cette capacité de renouvellement fut ce qui scella mon divorce d’avec le groupe. Lorsque sortit One Second (1997), cela provoqua en moi un point de non retour. Ce disque, que je considère rétrospectivement comme le meilleur album de metal hybride de la période, brassait tellement large avec son chant clair courageux, ses samples et ses guitares triturées qu’il me fit écouter des choses aussi variées que Massive Attack ou les Smiths. Devant les contrées qui s’ouvraient à moi, je me mettais alors à creuser, oubliant le groupe même qui avait attisé ma curiosité en premier lieu. Dans les années 2000, je ne m’intéressais à Paradise Lost que de loin, écoutant d’une oreille distraite chaque nouvelle livraison en regrettant de ne pas y retrouver l’excitation de mes seize ans. Pas grave : d’autres prendraient la relève. Ce n’est pas que des disques comme Paradise Lost (2005) ou In Requiem (2007) soient mauvais, mais ils manquaient juste un peu de direction et de compositions marquantes. Le groupe semblait avoir du mal à se renouveler, tentant une sorte de synthèse entre ses années gothic/doom et ses années pop, sans vraiment s’engager pleinement. Alors que My Dying Bride s’était à la même époque recentré sur son « cœur de métier » (un doom bien pesant), Paradise Lost souffrait de ce qui avait fait sa supériorité dix ans plus tôt : sa versatilité. Quand arriva The Plague Within (2015), la surprise fut très bonne : boosté par des side projects intéressants (le passage de Nick Holmes chez Bloodbath, notamment), le groupe proposait un véritable disque de doom, intense et puissant, avec un retour au chant death parfaitement maîtrisé, et des chants clairs toujours plus travaillés. On avait le meilleur des deux mondes et en même temps un disque véritablement cohérent et bien foutu. Medusa (2018) enfonça le clou : Paradise Lost était de retour pour dominer à nouveau la scène metal alternative britannique. Ce « retour à la forme » allait-il se prolonger ? Obsidian constitue une nouvelle grosse – et heureuse – surprise. C’est en effet une sorte de...

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