LANE – A Shiny Day

LANE – A Shiny Day

(Twenty Something, 8 mars 2019) Ça leur avait manqué aux frères Sourice. S’enfermer dans un studio pour faire du bruit, partir en quête de la mélodie imparable, enregistrer, se planter, se marrer, recommencer. On ne doute pas que l’expérience a dû être ô combien stimulante en compagnie de deux jeunots (les frères Belin, du groupe Daria) et d’un très jeunot (Felix Sourice, fils de Pierre-Yves) ! Comme un nouveau départ en somme. Ça nous avait manqué à nous aussi, sevrés d’albums des Thugs depuis près de 20 ans. La première ration de 4 titres l’été dernier avait suffi pour raviver la flamme. Ici, le plaisir est prolongé sur 10 titres. Mais ne nous méprenons pas, ceci n’est pas le retour des Thugs. Il s’agit bien d’un nouveau groupe. Un groupe à trois guitares, de quoi foutre un bon bordel, et potentiellement se marcher sur les cordes. Il n’en est rien, et la basse de Pierre-Yves n’a peut-être jamais été si présente. L’osmose entre chacun est ici évidente. L’urgence est là, elle les guide, elle nous exalte. LANE semble avoir un train à prendre, et nous, on le prend en pleine face. La moitié des morceaux n’excède pas les trois minutes mais les mélodies sont omniprésentes, elles sautent aux oreilles dès les premières écoutes, les riffs marquent les esprits (“A Free Man” qui sonne comme un hymne) et les refrains collent aux neurones (“Clouds Are Coming”, “Winnipeg”). Même quand LANE calme le jeu, invite la mélancolie à la fête, l’émotion nous prend à la gorge, la réussite est totale (“Red Light”). En deux mots comme en 100 : ÇA TUE. Le tempo ralentit également en fin d’album (“Down The River”), la section rythmique relâche enfin l’étreinte avant d’offrir un crescendo qui, on l’imagine déjà aisément, donnera sa pleine mesure lors de fins de sets endiablés. Mais nous n’en sommes pas là. Nous voilà déjà comblés. Les frères Sourice détiennent toujours la formule, elle se marie merveilleusement bien avec celles des frères Belin. Cette union était une brillante idée, ce retour aux affaires est une bénédiction. C’était long toutes ces années, ne nous faites plus jamais ce coup-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DES THUGS – IABF Chronique à retrouver également dans le New Noise #47 Février-Mars...

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The Young Gods – Data Mirage Tangram

The Young Gods – Data Mirage Tangram

(Two Gentlemen / Differ-Ant, 22 février 2019) Ils sont nombreux, et pas que des tocards, à avoir appris la vie en ponçant les premiers albums des Young Gods, à s’être passionnés pour leurs évolutions stylistiques au gré des années et s’être demandés à quelle sauce ils allaient bien pouvoir être bouffés lors du retour des (plus si) jeunes dieux suisses. Ils ne s’attendaient sans doute pas à être cuisinés de la sorte par une électro propice à l’évasion, qui prend son temps, instaure tranquillement d’étranges climats. Le retour de Cesare Pizzi (claviériste, programmateur), absent des débats depuis les deux premiers albums d’humeur explosives, n’aura donc pas eu l’effet escompté. Les Young Gods n’éprouvent ici nul besoin de faire parler la poudre, ils se “contentent” de ramener leur science. Leur science de l’expérimentation, leur maitrise du son.Les guitares se font discrètes, elles ne se révèlent que lorsque la marmite explose, lorsque la tension devient intenable (les colossales “Tear Up The Red Sky” et “All My Skin Standing”, proprement fascinantes). La violence couve, mais elle est maîtrisée. Ce disque n’offre que sept titres, c’est peu après huit ans d’attente, mais il en impose, tant il brille par sa cohérence et son homogénéité. Et en dehors des deux singles “Figure Sans Nom” (divine escapade électro rock poétique) et “Tear Up The Red Sky” qui marquent les esprits immédiatement et durablement, le reste s’offre à qui veut bien l’attendre. Car il faut prendre son mal en patience pour pénétrer “Moon Above” où un Franz Treichler cerné par une rythmique déstructurée, un fracas de bruitages incessants et une absence notable de véritable mélodie (exception faite d’un harmonica bien saugrenu qui déboule sans coup férir), se demande fort légitimement “is this the blues i’m singing?”. Ça y ressemble en effet mais qu’est ce que ça fout là ? C’est une autre histoire. Les Dieux sont tombés sur la tête et c’est bien là le meilleur moyen de nous donner la foi. De son côté, “You Gave Me A Name” dégaine de sa poche une mélodie simpliste et efficace. Les Young Gods pourraient s’en contenter. Pas vraiment le genre de la maison. Ils préfèrent répéter inlassablement ce motif, avant que soudainement l’agitation les gagne et nous embarque ailleurs, où les sonorités affluent de toutes parts. Le piège se referme alors. L’égarement est donc fréquent mais il est savoureux. Combien de disques très accrocheurs de prime abord ont rapidement pris la poussière ? Combien se sont imposés peu à peu pour devenir incontournables ? Beaucoup, dans les deux cas. Les Young Gods ont depuis bien longtemps choisi leur camp, et ce n’est pas maintenant qu’ils vont en changer. Ils ne font pas dans l’aguicheur, ils séduisent par...

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Alice In Chains – Jar Of Flies

Alice In Chains – Jar Of Flies

(Columbia, 25 janvier 1994) C’est de notoriété publique : tout groupe de hard rock/metal se doit d’avoir au moins une power ballad. Mièvre, craignos, ou juste bien clichée, celle-ci n’est pas toujours du meilleur goût (pas besoin de citer d’exemples, vous les connaissez aussi bien que moi). Surtout quand on a un bourrin arracheur de dents comme chanteur qui soudainement se découvre un tempérament de lover, ça ne prend pas. Mais quand on a la plus belle voix du monde qui officie au micro, ce serait quand même con de se priver. En 1994, Alice In Chains met donc au placard la testostérone déployée sur les deux premiers albums et dévoile une facette intimiste (déjà révélée timidement mais brillamment sur le 4 titres Sap). Pas question ici de pondre un single sirupeux pour faire chialer les minettes. Non, Alice In Chains a beaucoup trop de classe pour se vautrer dans ce type de bassesse. Au lieu de ça, il sort Jar Of Flies, EP de 7 titres, à dominance acoustique, qui en déboussolera plus d’un mais les affirmera pour de bon comme un groupe unique et préparera idéalement le terrain pour un Unplugged faramineux. Le ver était dans le fruit donc mais cette “Rotten Apple” n’avait de pourrie que le nom. Pensez plutôt à un envoûtement prodigué par deux voix ensorceleuses chantant à l’unisson. Le gimmick du couplet (“Hey ah na na“) nous agrippe d’emblée, les ténèbres de Dirt semblent lointaines, les arrangements sont d’une grande finesse, les solos électriques de Cantrell, subtils et raffinés… Ce morceau se voudrait presque chaleureux (il ne l’est évidemment pas, pensez-vous). Puis vient un chef-d’œuvre. “Nutshell”. La beauté à l’état pur. Layne Staley arracherait les larmes à un officier de la Stasi, tout son cœur est là-dedans, le nôtre se morcelle. A-t-on déjà entendu un homme aller puiser autant dans le plus profond de son (mal) être ? Sans doute, mais rarement. Et l’émotion traverse chacun de ses mots. En douce, Jerry Cantrell cale du solo mémorable. Ce morceau ouvrira plus tard l’Unplugged (le meilleur Unplugged de l’univers, faut-il le répéter) et clouera tout le monde sur place. Bien calés dans notre cocon douillet, à l’abri des habituels coups de semonce, voilà qu’un climat jazzy s’instaure sur “I Stay Away”, soulignée par la basse imposante de Mike Inez qui signe ses débuts (remarquables et remarqués) au sein du groupe. Le ciel est dégagé mais s’assombrit peu à peu et le refrain, typiquement Alice In Chains, donne dans le poisseux et l’inéluctable. En arrière-plan, les guitares sont devenues menaçantes. Staley s’égosille sur la fin, l’intensité est montée de plusieurs crans et les violons viennent renforcer le caractère épique de la chose. C’était grand, on...

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Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

Wu-Tang Clan – Enter The Wu-Tang (36 Chambers)

(RCA, 9 novembre 1993) Fin 93, le Wu-Tang fait son entrée dans le monde du hip hop par la porte de derrière, qui cède sous les grands coups de lattes d’une armada de shaolins. Le monde n’est pas prêt. Il va en prendre pour son grade. Le monde n’est déjà pas prêt à ces looks. Bandanas, regards de tueurs, le Wu-Tang fait peur. Pas de doute, si on croise ces gars-là dans un tunnel sombre, on se chie dans le ben. Un coup de sabre est vite arrivé. Musicalement, l’impression est toute autre. Encore que… Si on ne ressent aucune envie de prendre les jambes à notre cou (nos oreilles aiment tant se faire maltraiter), l’agression est permanente. BRING DA MOTHERFUCKING RUCKUS! Les beats sont violents, le son brut et radical. RZA, génie du sampling, confectionneur hors pair d’instrus sombres, a pondu du très lourd pour sa bande d’excités du micro. Le monde n’est pas prêt. Il n’en a rien à foutre. Le monde devra s’y faire. Il y avait eu NWA avant eux mais on n’avait jamais entendu autant de killers au micro se succéder pour conter les belles histoires du ghetto. Tous les DJ vendraient leur couille gauche pour avoir un MC de ce niveau, le Wu-Tang en avait huit. Huit, putain ! Life’s a bitch, comme disait l’autre. Résultat des courses : agression permanente mais agression variée. ODB déclenche l’uppercut, Method Man y ajoute une balayette, GZA vous colle une beigne, Raekwon vise vos bollocks… Si besoin, il reste du renfort, prêt à porter le coup de grâce. WU-TANG CLAN AIN’T NUTHIN’ TA FUCK WIT! L’ambiance est unique. Les bas-fonds new-yorkais croisent des maitres shaolins, et une pincée de standards soul vient “””adoucir””””le tout (trois guillemets s’avèrent-ils suffisants ?). L’album croule sous les classiques, à tel point qu’aujourd’hui un best of du Wu-Tang est encore squatté par la moitié de Enter The Wu-Tang. “Bring Da Ruckus”, “Shame On A Nigga”, “Clan In Da Front”, “C.R.E.A.M.”, “Method Man”, “Protect Ya Neck”… C’est beaucoup trop, c’est n’importe quoi. Le monde n’était pas prêt mais il n’avait qu’à fermer sa grande gueule, écouter et encaisser. Car une affaire aussi rondement menée s’avère forcément lucrative. CASH RULES EVERYTHING AROUND ME. CREAM GETS THE MONEY, DOLLAR, DOLLAR BILL YA. La punchline est restée culte, les 36 Chambers n’ont plus aucun secret pour nous et tous les amateurs de hip hop vénèrent aujourd’hui le Wu-Tang Clan comme il se doit. Car personne n’était prêt mais tout le monde a retenu la leçon.  Jonathan...

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Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

Deerhunter – Why Hasn’t Everything Already Disappeared?

(4AD, 18 janvier 2019) S’il est vrai que l’actualité du moment n’incite pas vraiment à l’optimisme, on a connu des titres d’albums plus engageants. La crainte était donc de se coltiner un Deerhunter fleurant bon la sinistrose. Heureusement il n’en est rien, ou si peu. Si la mélancolie s’avère assez prégnante sur ce Why Hasn’t Everything Already Disappeared?, on retrouve une diversité fort appréciable et surtout deux des forces récurrentes de ce groupe : des morceaux qui nous semblent très vite familiers (“Element”, “What Happens To People”, “No One’s Sleeping”) et une capacité à susciter l’envie d’en explorer tous les recoins, en quête d’éventuels trésors cachés. Des trésors on n’en trouve pas toujours, pas partout et peut-être pas aussi mirifiques que ceux dénichés dans Microcastle ou Halcyon Digest, mais on revient rarement bredouille. Et les arrangements d’une grande finesse (“Greenpoint Gothic”, “Nocturne”) ne manquent pas de susciter l’enthousiasme, comme la direction inattendue empruntée par certains morceaux. Ainsi, quand en début d’album, “Death In Midsummer” nous plonge dans l’époque médiévale avec cet étrange clavecin anachronique, on reste d’abord interdit avant de se laisser embarquer. Car très vite, Bradford Cox enfile son costume de troubadour pour amuser la galerie. C’est du Deerhunter après tout, et ce n’est pas le genre de la maison de nous laisser planter là. Alors non, tout n’est pas parfait. “Détournement” ne parvient pas à susciter grand chose si ce n’est détourner notre attention, “Tarnung” nous emmerde un brin avec ses contours jazzy et globalement Deerhunter ronronne un peu trop sur la face B… Mais la pop de Deerhunter possède toujours ce truc qui fait la différence et s’il y a bien quelque chose qui n’a pas disparu à l’écoute de ce disque, c’est notre enthousiasme pour un groupe qui cultive toujours mieux que quiconque sa singularité. Jonathan...

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Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

Pixies – Come On Pilgrim… It’s Surfer Rosa

(4AD, 28 septembre 2018) Comme le disait Jacques Séguéla, éminent spécialiste du rock indépendant « si tu n’as pas tous les premiers albums des Pixies en CD, vinyle et MP3, t’as raté ta vie ». C’était un peu radical certes, mais on est au moins d’accord pour dire que t’as raté ta discothèque. Fort heureusement, Frank Black et 4AD n’étant pas les derniers à courir après les biftons, la discographie des Pixies (à laquelle nous avions consacré un colossal article il y a quelques temps) fait l’objet de rééditions tous les 5 ans environ. Cette fois, il s’agit des deux premiers faits d’armes des bostoniens qui sont à l’honneur : le premier EP, Come On Pilgrim, et le premier album Surfer Rosa, sorti il y a 30 ans. Pourquoi faudrait-il donc se ruer sur ces disques, s’interrogent les incultes ? On vous explique. Viens donc Pilgrim, tu sais qu’on t’aime et on va raconter un peu ce que t’as dans le bide. Des mélodies délicieuses (“Ed Is Dead”) mêlées à une furieuse énergie punk (les hispaniques hystériques “Vamos”, “Isla de Encanta”), des refrains éternels (“Caribouuuuuuuuuuuu”)… Come On Pilgrim c’est décousu, c’est foutraque, c’est énervé, ça se chantonne autant sous sa douche que ça se pogote dans son salon (“you are the son of a motherfuckeeeer“). “Levitate Me” boucle ces 20 premières minutes géniales avec ce grain de folie qui ne quittera plus le groupe (enfin si, il le quittera en même temps que Kim Deal). 8 titres, 20 minutes et un bon paquet de promesses. Pas grand chose à demander de plus et pourtant quelques mois plus tard, Pixies enfonçait le clou au marteau piqueur avec Surfer Rosa. A l’époque, tout le monde se cognait de “Where Is My Mind?” qui n’est qu’un (grand) morceau parmi d’autres. Il y a tout sur Surfer Rosa, une intro de disque merveilleuse avec déjà une pure ligne de basse de Kim Deal, une doublette Black/Deal au chant qui fait merveille, des cris de demeurés du gros aux envolées éthérées de la petite. Des riffs incontrôlés, une hystérie permanente (“Something Against You”, “Broken Face”), une maitrise confondante (“River Euphrates”), un “Cactus” bien piquant qui mettra tout le monde à genoux, Bowie compris (qui le reprendra respectueusement). Des lignes de basse que tu peux apprendre en trois minutes mais que t’aurais jamais pensé à composer. Plus c’est con, plus c’est bon. Fabuleux disque pop expédié façon punk. Des morceaux bourré d’idées géniales, saugrenues, ou les deux, qui en disent bien plus en deux minutes que beaucoup le font en cinq. Surfer Rosa c’est aussi l’une des plus grandes chansons jamais écrites par Kim Deal : “Gigantic”. La formule loudQUIETloud à son paroxysme. On prend tous notre...

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The Beatles – The Beatles

The Beatles – The Beatles

Noël approche à grands pas et avec lui sa cohorte de rééditions, compilations, nouveaux packaging en tous genres pour nous faire cracher une fois de plus au bassinet. Et dans ce grand déballage mercantile, une perle, un pur chef d’œuvre des sixties élaboré par LE PLUS GRAND GROUPE POP de l’histoire de la musique contemporaine. Pas besoin de le citer, vous l’avez deviné il s’agit bien entendu des Beatles et la réédition qui fracasse tout est celle de The Beatles ou White Album ou Double Blanc chez nous les Frenchies. Pour ses 50 ans, le disque s’est offert un toilettage de première classe. Mené par Giles Martin, fils du producteur historique des Beatles, Georges Martin, décédé il y a quelques années. Et en cette période propice aux cadeaux, la nouvelle livraison de ce très fameux album blanc est quasi simultanée avec le concert donné par Sir Paul McCartney à Paris, dans le cadre de la tournée « Freshen Up », rafraichissante et nostalgique prestation d’un jeune homme de 76 ans entouré de fines lames. Mais j’y reviendrai plus tard. Concentrons-nous plutôt sur The Beatles. Ce disque donc, que contient-il ? Vous le trouverez dans de multiples versions incluant DVD, inédits, chutes de studio, version acoustiques, indispensables ou superfétatoires, c’est selon et votre point de vue sur les bonus est bien entendu subjectif et très personnel. Mais THE record itself, ce génial fourre-tout dans lequel on retrouve des chansons écrites par Lennon/Macca bien sûr, mais aussi quelques merveilles de Georges Harrison (“While My Guitar Gently Weeps”), et l’unique (et pas inoubliable) composition de Ringo « Don’t Pass Me By », il est comment vous demandez-vous. Et bien loin d’être une vulgaire compilation des chansons de chacun, comme cela est colporté depuis un demi-siècle, il s’agit d’un feu d’artifice, dont certaines fusées sont sidérantes de modernité. Le travail au niveau du son qui a été fait ici contribue à sa modernité farouche. Les guitares fusent, la basse claque, les cymbales frissonnent et nous avec. Et les voix ! Chant soit apaisé, murmuré ou rugissement de fauve, renforcé par les chœurs des trois autres. C’est juste hallucinant. On ne l’a peut-être pas assez dit, alors je l’écris ! Aujourd’hui les Beatles font partie du patrimoine de l’humanité et ont écrit un paquet de chansons gigantesques. On y va. Décryptage d’un patchwork de trente titres écrits durant leur séjour en Inde. Début de la fête avec l’atterrissage d’un Boeing (à l’époque Airbus n’existe pas encore…). Moteurs hurlants relayés par la batterie épileptique de Ringo, les guitares en fête et le piano bastringue martelé par Paul. Vous avez reconnu « Back In The USSR », mélodie démente, chant et harmonies vocales à tomber. 2’44 de bonheur, et l’avion se pose pour laisser John déclamer « Dear...

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Pearl Jam – Vs.

Pearl Jam – Vs.

Vous vous souvenez de la dépouille que vous aviez il y a 25 ans ? Bien sûr que vous vous en souvenez, on vous ressort souvent les photos devant votre mine déconfite et vous les planquez dès que possible, en espérant que plus personne ne remette la main dessus. Et le Billboard 200 (albums les plus vendus) il y a 25 ans, vous vous souvenez de la gueule qu’il avait ? On y trouvait en vrac (et, entre quelques merdes quand même, faut pas déconner) : Black Sunday de Cypress Hill, In Utero de Nirvana, Doggystyle de Snoop Dogg, Songs Of Faith And Devotion de Depeche Mode… et Vs. de Pearl Jam. Ne regardez pas le classement 2018, vous allez chialer. Une autre époque, clairement. En 1993 donc, Pearl Jam est au sommet de sa popularité mais pas au mieux dans les têtes. Comme Nirvana, le groupe inonde les ondes, est érigé en « nouvelles stars du rock », « dieux du grunge », Eddie Vedder en « voix d’une génération » et tout un tas de conneries difficiles à assumer quand on est jeunes immatures et qu’on a juste envie de faire de la musique avec ses potes (avec un peu d’ambition certes, on va y revenir). Blindé de tubes à entonner point levé, Ten les plaçait toutefois dans une bien inconfortable position. Ultra populaire auprès des kids, Pearl Jam était également raillé par une partie de la presse et des pontes de l’alternatif, Kurt Cobain en tête, qui leur chiait dessus dans les médias dès qu’il en avait l’occasion. Il est vrai que, tout réussi qu’il est, Ten s’appuyait sur une production bien clinquante et puisait davantage son inspiration dans le classic rock et le hard (FM diront les plus haineux) que le punk, chéris par Nirvana et Mudhoney. Un style de musique destiné à leur ouvrir les portes vers les plus grands stades au lieu des caves miteuses de Seattle. Pearl Jam est ambitieux et ne s’en cache pas. Des orientations qui auront d’ailleurs causé le split de Green River ; Gossard et Ament (futurs Pearl Jammeux) souhaitant devenir les nouveaux Jane’s Addiction, alors que Steve Turner et Mark Arm (futurs Mudhoniens) étaient entièrement dévolus à la cause punk. Une séparation, qu’aujourd’hui personne ne regrette, vu la suite de l’histoire… Eddie Vedder, n’en déplaise aux haters, est le plus punk de la bande. Il voue un culte aux Ramones, Dead Boys, Dead Moon et compagnie. Vivre à la fraiche, planche de surf sous le bras, le fait bien plus rêver que nager dans les biftons entouré de groupies en chaleur. Il digère ainsi très mal sa surexposition soudaine, et sombre dans la parano. Pearl Jam décide de couper les ponts avec la...

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Sonic Youth – Daydream Nation

Sonic Youth – Daydream Nation

Que celui qui était teenager dans les 90s et n’a pas vécu son dépucelage rock par Nirvana lève la main. Personne, évidemment. Après cela, vous êtes comme tout le monde, vous avez écouté tout ce qui venait de Seattle et vous avez jeté une oreille sur tout ce que le blondinet revendiquait comme influences (et il était assez loquace sur le sujet). Parmi celles-ci, le nom de Sonic Youth revenait avec insistance. Un nom qui, forcément, vous disait déjà quelque chose mais que vous aviez toujours prévu d’écouter, repoussant régulièrement l’échéance, un peu comme le bouquin “sûrement passionnant” offert par votre oncle il y a 3 Noël de cela, mais sans doute un peu chiant aussi. Et puis, un jour vous vous êtes jetés à l’eau. Suivant les conseils avisés de rockeurs qui en connaissent un rayon sur l’alternatif, vous êtes allés choper le CD de Daydream Nation au rayon alternatif (parce que le vinyle était mort et le mp3 pas encore né). Et là… le bide. Il y a bien “Teenage Riot” auquel vous avez de suite accroché, parce qu’elle est fantastique d’efficacité avec son riff qui tourne en boucle sur l’intro, “Spirit desire… we will fall” et compagnie. Puis ce démarrage en trombe totalement jouissif. Vous avez bien capté ce qui plaisait à Kurt et vous vous êtes dit que ce groupe pourrait peut-être même détrôner le sien dans votre cœur… avant de déchanter devant la suite du menu, trop radical pour vos petites oreilles mal formées. Mais c’est normal, vous êtes humains. Le connard qui vous a dirigé vers Daydream Nation aurait dû privilégier Goo ou Dirty, portes d’entrée bien plus aguicheuses. Vous avez trouvé en Daydream Nation tout ce que Nevermind (et sa prod) avait gommé en Nirvana (au grand dam de Cobain). Nul compromis ici et de quoi flipper sévère quand on est jeune ado rebelle simplement désireux de bouffer du gros riff de la mort et du refrain qui tue. Ce qui vous a effrayé c’est l’absence de structures couplets/refrain, les mélodies sont là mais elles s’effacent bien souvent au profit du bruit et de l’expérimentation. Les guitares se croisent, échangent, s’entrechoquent, le calme précède les récurrentes tempêtes (“Cross The Breeze”), les morceaux s’étirent, le tempo fait le yoyo, le chant déboule au bout de deux ou trois minutes, Kim Gordon parle d’ailleurs plus souvent qu’elle ne chante… Et quand elle se décide à chanter, elle le fait mal. Les amplis sont dans le rouge, les cordes vocales aussi et les accordeurs sont pris de panique. Lee Ranaldo déclame des vers sans queue ni tête* (“Eric’s Trip”) au milieu d’un grabuge de tous les diables et d’une wah wah incontrôlée. Vous ne comprenez...

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PJ Harvey – Is This Desire?

PJ Harvey – Is This Desire?

Il m’a fallu du temps pour le réaliser pleinement, aujourd’hui plus de doute : PJ Harvey est grande. Et l’une des preuves les plus irréfutables de sa grandeur est ce Is This Desire?. Il n’a que 20 ans, il est déjà intemporel. Après avoir entamé sa discographie remontée comme une pendule, Polly Jean allait peu à peu nous montrer l’étendue de sa classe avec des morceaux plus apaisés, plus profonds laissant sa voix gagner en maturité et prenant ainsi le large sur les concurrentes. Premier virage amorcé par le colossal To Bring You My Love. La curiosité est donc de mise lorsque déboule ce 4e album, les fans se demandant légitimement à quelle sauce la dame s’apprêtait à les dévorer. Angelene se présente, c’est une prostituée (“Love for money is my sin, Any man calls, I’ll let him in“). “Angelene” est d’une beauté immaculée, elle nous frappe au cœur, provoque un torrent d’émotions… mais n’annonce en rien la suite, qui ne cessera de nous dérouter. Car il y a comme une tension omniprésente sur ce disque. Elle plane en permanence, ne remonte pas toujours à la surface, restant parfois à l’état de menace. Et parfois, soudainement, nous explose en pleine gueule (“The Sky Lit Up” qui monte crescendo en intensité jusqu’à finir par décimer tous azimuts à mesure que Polly grimpe dans les aigus). Pas question de caresser dans le sens du poil, le son est dérangeant, agressif. Un épais brouillard électronique malsain s’impose, un beat qui tabasse dur, comme si Trent Reznor et son esprit dérangé avait été convié à la fête pour venir brouiller le signal (les angoissantes et véhémentes “My Beautiful Leah” et “Joy” ou la véritable bombe à fragmentation “A Perfect Day Elise”. Dire que c’était ça le premier single !). Les ambiances sont travaillées, les incursions électroniques bienvenues, distillées à bon escient et quand les esprits s’apaisent, on est parfois tout proche de Bristol et de son trip hop, alors très en vogue (“The Wind” ou “Electric Light”, toute basse dehors, avec une PJ qui murmure). Preuve que l’arc de PJ Harvey était doté de nombreuses cordes, atteignant toujours leur cible. La comparaison vaut également pour “The Garden” à laquelle on adhère toutefois plus instantanément, cajolés par de douces notes de piano et la voix ensorcelante de la grande dame. La bouleversante “The River” hérisse les poils d’emblée et ces derniers n’osent jamais retrouver leur position initiale. La rage est palpable, mêlée à une douleur tenace, qu’il nous est conseillée de balancer à la flotte (“Throw your pain in the river“). PJ Harvey l’admet sans ambages : ce disque est son préféré, sa plus grande fierté car il s’agit du plus audacieux (on n’ose...

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