Daydream Nation de Sonic Youth a 30 ans ! Chronique

Daydream Nation de Sonic Youth a 30 ans ! Chronique

Que celui qui était teenager dans les 90s et n’a pas vécu son dépucelage rock par Nirvana lève la main. Personne, évidemment. Après cela, vous êtes comme tout le monde, vous avez écouté tout ce qui venait de Seattle et vous avez jeté une oreille sur tout ce que le blondinet revendiquait comme influences (et il était assez loquace sur le sujet). Parmi celles-ci, le nom de Sonic Youth revenait avec insistance. Un nom qui, forcément, vous disait déjà quelque chose mais que vous aviez toujours prévu d’écouter, repoussant régulièrement l’échéance, un peu comme le bouquin “sûrement passionnant” offert par votre oncle il y a 3 Noël de cela, mais sans doute un peu chiant aussi. Et puis, un jour vous vous êtes jetés à l’eau. Suivant les conseils avisés de rockeurs qui en connaissent un rayon sur l’alternatif, vous êtes allés choper le CD de Daydream Nation au rayon alternatif (parce que le vinyle était mort et le mp3 pas encore né). Et là… le bide. Il y a bien “Teenage Riot” auquel vous avez de suite accroché, parce qu’elle est fantastique d’efficacité avec son riff qui tourne en boucle sur l’intro, “Spirit desire… we will fall” et compagnie. Puis ce démarrage en trombe totalement jouissif. Vous avez bien capté ce qui plaisait à Kurt et vous vous êtes dit que ce groupe pourrait peut-être même détrôner le sien dans votre cœur… avant de déchanter devant la suite du menu, trop radical pour vos petites oreilles mal formées. Mais c’est normal, vous êtes humains. Le connard qui vous a dirigé vers Daydream Nation aurait dû privilégier Goo ou Dirty, portes d’entrée bien plus aguicheuses. Vous avez trouvé en Daydream Nation tout ce que Nevermind (et sa prod) avait gommé en Nirvana (au grand dam de Cobain). Nul compromis ici et de quoi flipper sévère quand on est jeune ado rebelle simplement désireux de bouffer du gros riff de la mort et du refrain qui tue. Ce qui vous a effrayé c’est l’absence de structures couplets/refrain, les mélodies sont là mais elles s’effacent bien souvent au profit du bruit et de l’expérimentation. Les guitares se croisent, échangent, s’entrechoquent, le calme précède les récurrentes tempêtes (“Cross The Breeze”), les morceaux s’étirent, le tempo fait le yoyo, le chant déboule au bout de deux ou trois minutes, Kim Gordon parle d’ailleurs plus souvent qu’elle ne chante… Et quand elle se décide à chanter, elle le fait mal. Les amplis sont dans le rouge, les cordes vocales aussi et les accordeurs sont pris de panique. Lee Ranaldo déclame des vers sans queue ni tête* (“Eric’s Trip”) au milieu d’un grabuge de tous les diables et d’une wah wah incontrôlée. Vous ne comprenez...

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Is This Desire? de PJ Harvey a 20 ans. Chronique

Is This Desire? de PJ Harvey a 20 ans. Chronique

Il m’a fallu du temps pour le réaliser pleinement, aujourd’hui plus de doute : PJ Harvey est grande. Et l’une des preuves les plus irréfutables de sa grandeur est ce Is This Desire?. Il n’a que 20 ans, il est déjà intemporel. Après avoir entamé sa discographie remontée comme une pendule, Polly Jean allait peu à peu nous montrer l’étendue de sa classe avec des morceaux plus apaisés, plus profonds laissant sa voix gagner en maturité et prenant ainsi le large sur les concurrentes. Premier virage amorcé par le colossal To Bring You My Love. La curiosité est donc de mise lorsque déboule ce 4e album, les fans se demandant légitimement à quelle sauce la dame s’apprêtait à les dévorer. Angelene se présente, c’est une prostituée (“Love for money is my sin, Any man calls, I’ll let him in“). “Angelene” est d’une beauté immaculée, elle nous frappe au cœur, provoque un torrent d’émotions… mais n’annonce en rien la suite, qui ne cessera de nous dérouter. Car il y a comme une tension omniprésente sur ce disque. Elle plane en permanence, ne remonte pas toujours à la surface, restant parfois à l’état de menace. Et parfois, soudainement, nous explose en pleine gueule (“The Sky Lit Up” qui monte crescendo en intensité jusqu’à finir par décimer tous azimuts à mesure que Polly grimpe dans les aigus). Pas question de caresser dans le sens du poil, le son est dérangeant, agressif. Un épais brouillard électronique malsain s’impose, un beat qui tabasse dur, comme si Trent Reznor et son esprit dérangé avait été convié à la fête pour venir brouiller le signal (les angoissantes et véhémentes “My Beautiful Leah” et “Joy” ou la véritable bombe à fragmentation “A Perfect Day Elise”. Dire que c’était ça le premier single !). Les ambiances sont travaillées, les incursions électroniques bienvenues, distillées à bon escient et quand les esprits s’apaisent, on est parfois tout proche de Bristol et de son trip hop, alors très en vogue (“The Wind” ou “Electric Light”, toute basse dehors, avec une PJ qui murmure). Preuve que l’arc de PJ Harvey était doté de nombreuses cordes, atteignant toujours leur cible. La comparaison vaut également pour “The Garden” à laquelle on adhère toutefois plus instantanément, cajolés par de douces notes de piano et la voix ensorcelante de la grande dame. La bouleversante “The River” hérisse les poils d’emblée et ces derniers n’osent jamais retrouver leur position initiale. La rage est palpable, mêlée à une douleur tenace, qu’il nous est conseillée de balancer à la flotte (“Throw your pain in the river“). PJ Harvey l’admet sans ambages : ce disque est son préféré, sa plus grande fierté car il s’agit du plus audacieux (on n’ose...

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“In Utero” de Nirvana a 25 ans. Chronique

“In Utero” de Nirvana a 25 ans. Chronique

Vu que vous allez trouver des dizaines voire des centaines de sites pour vous raconter l’histoire de ce disque, la vie de Cobain et de Nirvana, je vais jouer à fond le mauvais critique, celui qui ne parle que de lui-même. Du coup, si vous cherchez un article historique ou que vous avez un avis très arrêté sur ce que doit être la critique musicale, vous pouvez d’emblée passer votre chemin. Au commencement, ce disque n’était rien qu’une image. Une femme avec des ailes d’ange sur un fond orangé. Une femme tellement nue qu’on voit l’intérieur de son  corps. Et un nom qui sonne familier et mystique, Nirvana. À l’époque où j’ai vu cette image, je devais déjà avoir entendu parler du groupe sans jamais l’avoir écouté, je savais que c’était de la musique mais pas du rock, pas du grunge, ces mots n’avaient que peu de sens pour moi, même pas qu’elle était faite par des hommes, je m’étais même imaginé que c’était une femme qui devait chanter ça, allez savoir pourquoi. Je n’avais donc aucune idée de qui était Kurt Cobain et j’ignorais complètement que dans à peine 6 mois, il serait l’objet de la plus grosse tragédie musicale des années 90. En revanche, je me souviens parfaitement du jour où j’ai écouté ce disque, en même temps que son ainé Nevermind. La grosse claque dans la gueule pour un gamin élevé dans une maison où la plupart des disques avaient sur leur pochette un quelconque hippie barbu orné d’une guitare classique et d’un pull dégueulasse. Le truc le plus rock que j’avais dû entendre jusque-là, c’était Jean Jacques Goldman. Imaginez le choc ! Mon premier émoi, sans surprise, c’était “Rape Me”. Le tube accrocheur par excellence, et rebelle en plus. On était tous des brêles en anglais, à l’époque, mais on savait étonnamment exactement ce que le titre voulait dire. Ce morceau, évinçant ainsi la bombe “Smells Like Teen Spirit” qui pour ma part fut à retardement, devenait mon premier coup de foudre avec Nirvana. Le deuxième viendra très vite, “Heart-Shaped Box” qui reste encore aujourd’hui un de mes tubes préférés du groupe. Ensuite, mon histoire avec In Utero fut jalonnée de va et vient, jamais vraiment disparu mais parfois en retrait avant d’y revenir inexorablement. Au collège, alors que je découvrais Oasis et tombais dans le piège de la britpop pour quelques années, chaque réécoute de Nirvana faisait vaciller mes sens d’une façon différente. In Utero,  souvent. Après le lycée, alors que j’errai sans gloire dans des sphères métalliques, il fallut l’influence bienvenue de ma petite amie d’alors pour me remettre dans le droit chemin. In Utero, toujours In Utero. Aujourd’hui que le gros de...

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The Breeders – Last Splash

The Breeders – Last Splash

La revanche d’une brune. Fin 1992 : Pixies se sépare vu que le “couple” Frank Black/Kim Deal ne tient plus. La fin d’un mythe. Kim sera informée par fax. Classe. Août 1993 : les Breeders sortent “Cannonball” et tiennent leur tube ultime. Celui que les Pixies n’ont jamais obtenu* (même avec l’effet Fight Club). Black peut se les bouffer, Deal jubile. Ahouhaaa ahouuhaaa. Suivi d’une ligne de basse aussi évidente que dantesque, un refrain qui claque. L’affaire est dans le sac, les Breeders squattent les ondes. Ce n’est pas “Smells Like Teen Spirit” non plus mais le succès est pour le moins inattendu. Mais réduire Last Splash à “Cannonball”, tout génial qu’il est, serait évidemment criminel. Last Splash regorge de qualités pop, de mélodies simplistes en apparence et diablement accrocheuses, de riffs saturés, de lignes de basse rondouillardes, d’idées bien trouvées… et en plus il y a les soeurs Deal. En un mot, ce disque est la coolitude incarnée et sent bon le 90s à plein nez. Quoi de plus normal en 1993 me direz-vous mais 25 ans plus tard il reste un emblème de cette époque et une de ses œuvres majeures. Dans les musées plus tard, on dira « vous voyez cette chose, ça avait l’air tout con comme ça et ça les a tous retourné ». Car il y a tout sur Last Splash. Pod était déjà grand, son successeur est un géant. Il consacre définitivement les Breeders et Kim Deal n’est plus « seulement » l’ex bassiste d’un groupe fondamental, elle assure le lead du truc le plus jouissif qui soit. Car si la familiarité des Breeders avec le « grunge » peut parfois sembler évidente, l’humeur n’est pas aussi plombée que chez les mastodontes de l’époque, qui hurlent à tout un tas de gamins déplorés leur mal-être à évacuer. Kim Deal n’a rien à évacuer, elle nous prend par la main, nous explique le tout gentiment, haussant le ton quand il le faut, mais toujours avec une grâce et une classe absolue. Passons donc en revue les raisons de notre amour fou pour cette indie lady et ses comparses. L’accueil n’est pas des plus chaleureux. « New Year » est menaçant d’emblée et on sent bien qu’on va vite s’en prendre une belle. Après l’intro au ralenti, le tempo augmente subitement et il n’y aura plus rien ni personne pour l’arrêter. Moins de deux minutes et c’est déjà plutôt clair : CE DISQUE VA TOUT ARRACHER. Il y a ensuite « Cannonball » que vous connaissez déjà par cœur et qu’on va donc zapper. Oh et puis merde vous avez entendu cette basse ? Allez, on se la refait. Rien qu’une fois, promis. Jusqu’à la prochaine. Autre tube mémorable, mais que ta voisine ne connait...

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It It Anita – Laurent

It It Anita – Laurent

It It Anita aime brouiller les cartes. De la tension, il en instaure dès les premiers accords de « Denial », puis de délicats arpèges viennent adoucir le propos. Le mot pop nous vient à la bouche, mais avec ce qu’il faut de vicié. N’allez pas croire qu’on vous emmène en ballade non plus, vous pourriez avoir de drôles de surprises. On pense ensuite se retrouver en territoires post punk sur « User Guide » (on dit coucou à Disappears en passant) avant que l’affaire ne s’emballe en un stoner musclé. Du post stoner, il fallait l’inventer. Quoiqu’il en soit, le résultat est aussi surprenant que décapant. 11 titres, c’est peu et beaucoup à la fois. En 11 titres, on entend du punk furax (« Another Canceled Mission », « GOD »), on croit qu’on va voir débouler Josh Homme pour entonner « nicotine, valium, vicadin, marijuana, ecstasy and alcohol » (« 11 ») et on se retrouve finalement face aux cousins belges de J.C. Satàn. En 11 titres, on a aussi le temps de dire un grand oui à « Say No », véritable manifeste grunge d’une efficacité absolue. On évite les obus qui tombent d’un peu partout (« Tanker 2 pt 1 ») et alors que tout semble s’être apaisé, on croise la journaliste Myriam Leroy en plein dialogue conjugal sulfureux. 11 titres, c’est énorme, donc. On a le temps d’en prendre plein la gueule. De toutes les manières, et d’en redemander. L’énergie est tantôt débridée sans que rien ni personne (surtout pas nous) ne semble vouloir l’arrêter, tantôt totalement maitrisée, comme sur ce « We Are Nothing » final aux couplets très Sonic Youth-esques assagis pour une montée gargantuesque sur le refrain façon post rock (un refrain en post rock ? Et oui, pourquoi pas). Voilà on a cité 42 styles différents pour tenter de définir ce qu’on aurait pu faire en quelques mots simples : Laurent est un putain d’album ROCK. Du rock intense et puissant, du rock inspiré et généreux, du rock dans toute sa sauvagerie, aux clins d’œil fréquents à quelques influences par ci par-là mais réussissant l’exploit de garder une véritable homogénéité malgré ses vagabondages dans tout ce que le genre peut connaitre de bruyant. It It Anita prend un malin plaisir à triturer ses guitares pour les faire gémir, à façonner un bon gros magma sonore dans lequel on aime se noyer, sans oublier d’y inclure de bonnes doses de groove et de cool. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, parfois c’est sur les mains qu’on se retrouve, mais on ne cesse de s’agiter, de headbanger, de gueuler avec Michaël, Damien, Bryan et Elliot (et Laurent). Parce que c’est foutrement bon. Jonathan...

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Beastie Boys – Hello Nasty

Beastie Boys – Hello Nasty

Ne vous laissez pas berner. J’ai beau jouer l’érudit avec mes chroniques de quelques grands disques des Beastie Boys (Licensed To Ill, Ill Communication), comme si je les avais connus à leurs débuts punks par l’intermédiaire de Rick Rubin… En fait, je découvre les Beastie Boys en 1998 à la sortie de Hello Nasty. Ma culture rap se limite alors à IAM et NTM. C’est la révélation. Lorsque Hello Nasty parait, les Beastie Boys sont déjà un groupe accompli avec près de 20 ans de carrière derrière eux, 4 albums monstrueux, des tubes à la pelle et restent sur le succès colossal de Ill Communication (double platine). Entre temps, ils sortent la (géniale) compil instrumentale The In Sound From Way Out!, énième preuve éclatante de la large palette musicale et la grande ouverture d’esprit des New-Yorkais. Une compil annonciatrice de l’album qui va suivre. Oui, celui-là même dont on parle ici. Car Hello Nasty regorge d’idées, de fulgurances, de trouvailles. En 22 titres et plus d’une heure de musique, les Beastie nous en font voir de toutes les couleurs. En attaquant tambour battant avec « Super Disco Breakin’ » d’abord, puis en déroulant son hip hop infusé d’électro, de rock, de bossa nova, de dub, de ballades étranges, de sonorités barrées, de bizarreries débiles. Certains morceaux condensent ainsi toutes les envies d’explorations du groupe. A l’image de « The Move » de facture assez classique au début qui finalement se laisse tenter par toutes les bifurcations possibles et imaginables (un break de piano « médiéval », un final électro old school avant une chute sur une chansonnette espagnole ringarde sur un gros beat hip hop). Qu’est-ce qui peut bien leur passer par la tête ? Impossible à dire mais comme toujours c’est drôle, déjanté, pétaradant… Complètement Beastie finalement ! Pour les auditeurs un peu plus frileux (sachez déjà que vous vous êtes trompés de groupe), il y a là de quoi remuer les miches jusqu’au petit matin en suivant comme vous pouvez les flows survoltés de Mike D, Ad Rock et MCA sur les explosives « Super Disco Breakin’ », « Remote Control », « Body Movin’ » ou le tube ultime « Intergalactic » et son instru SF qui file le frisson dès les premières secondes. Les Three MC’s s’appuient sur leur fabuleux nouveau DJ, Mix Master Mike, recruté juste avant l’album qui apporte une créativité folle et une maitrise des platines sans égale, ou presque. Au-delà de son apport considérable sur ces tubes qui viennent s’ajouter à la riche carrière du groupe, le nouveau DJ démontre qu’il excelle dans les instrus hip hop classiques (« The Negotiation Limerick File », « Just A Test », « Puttin Shame In Your Game »). Et les trois MCs de s’en donner à cœur joie avec leur nouvel acolyte, comme...

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Goat Girl – Goat Girl

Goat Girl – Goat Girl

Il y a deux mois sortait dans une relative indifférence un disque qui mérite la plus grande des attentions. Elles sont 4, viennent du sud de Londres et nous proposent un rock débraillé, jamais trop éloigné du punk, à la fois idéal à écouter d’une oreille distraite en sirotant une binouze qu’à décortiquer note par note une fois le charme opéré. Après une courte intro presque ténébreuse, débute un joyeux périple dans l’univers tout en décontraction de Goat Girl. Une distribution de morceaux qui semblent empreints de la plus grande innocence et qui se transforment très vite en tubes en puissance (les parfaitement évidentes et évidemment parfaites “The Man”, “Viper Fish”, “I Don’t Care Pt.2”, auxquelles s’ajoutent rapidement “Burn The Stake” et son envolée sur le refrain digne des Pixies, “Creep” et ses cordes qui brouillent les pistes, “Throw Me A Bone” dont la nonchalance planque une mélancolie sous-jacente ou “Cracker Drool” qui se balade malicieusement entre country, surf music voire dub). La voix grave charismatique de Lottie Cream séduit instantanément et porte des compos qui auraient très bien pu se débrouiller toutes seules et qui gagnent encore en efficacité mélodique. Douées les Goat ? Ça saute aux oreilles. Cool les Girls ? Ça ne fait aucun doute. Pour un premier album, le groupe fait preuve d’une grande aisance, une évidente complicité et semble sans forcer nous pondre du jouissif sur demande. Plus fort encore, la variété de l’offre. 19 morceaux sur la galette (un seul excède les 3 minutes !) et aucune envie irrépressible de presser la touche “next” (alors que la touche “repeat”, elle, n’en peut plus d’être sollicitée). Qu’on se le dise, tout est bon dans cette chèvre-là. Jonathan Lopez Comme on ne comprend pas toujours très bien le lien avec les “articles similaires” proposés ci-dessous, on vous recommande plutôt de lire : THE BREEDERS – POD THE BREEDERS – ALL NERVE PIXIES – DISCOGRAPHIE COURTNEY BARNETT – SOMETIMES I SIT AND THINK, AND SOMETIMES I JUST SIT COURTNEY BARNETT – TELL ME HOW YOU REALLY...

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E – Negative Work

E – Negative Work

Un an et demi à peine après sa première réalisation éponyme, l’excellent album E, le super-groupe noise rock doté de la cinquième lettre de l’alphabet revient pour en découdre avec Negative Work. Tout un programme ! Ce trio formé de vétérans du rock alternatif des années 90 – Jason Sanford de Neptune, Gavin McCarthy de Karate et Thalia Zedek, à l’impressionnante discographie (Uzi, Come, Live Skull, etc.) –, nous gratifie d’un nouvel opus fiévreux, énergisant et au rendu unique. La musique de E ou A Band Called E a quelque chose d’une énergie domptée, un savant dosage de colère retenue qui ne demande qu’à se libérer et à ouvrir les vannes d’une puissance noise tourbillonnante. Tour à tour apaisée, voire lancinante, puis énervée et emphatique, elle se fait sinueuse et, suivant les morceaux, adopte une structure complexe, sans jamais oublier en ligne de mire, l’envie de mélodie. “Poison Letter” est un exemple frappant de la maîtrise d’un jeu apaisé/énervé, avec une longue introduction entêtante scandée et tressée par Thalia Zedek, qui prend son envol à partir de 1’30, puis, par strates, devient de plus en plus épique. Autre morceau marquant, “Cannibal Chatroom” profite de la voix chuchotée/murmurée de Jason Sanford, accompagnée par le motif guitaristique obsédant de Zedek, et prodigue des vagues de furie noise entre deux creux d’ivresse. “Untie Me” adopte une ligne continue très énergique quand “Pennies” et “Hollow” se font plus calmes, plus tortueux, mais toujours sous-tendus par une frénésie stridente. L’un des titres les plus magnétiques, “Hole In Nature”, témoigne au plus près de la personnalité de Sanford qui joue à l’équilibriste vocal sur ce morceau et y chante un texte que l’on sent des plus personnels. Comme une hydre à trois têtes consciente de ses individualités, E a réussi à fusionner ses envies et cultiver ses différences. L’album donne l’impression que chaque membre y joue sa propre partition égotique, tout en laissant la possibilité à l’autre de prendre le dessus, de faire la chanson sienne et d’y ingérer tout son être. L’alternance de chacun à la voix – au sein parfois d’une même chanson –, ainsi que l’enregistrement dans les conditions du live aux studios Machines With Magnets et enfin l’apport des guitares home made, aux multiples sons ensorcelants, de Sanford, créent un bloc musical uni et unique, une entité rock qui a trouvé sa voie (sa voix) et vient d’accoucher d’une galette enivrante qui va longtemps tourner sur nos platines. Julien Savès Negative Work by E LIRE LA CHRONIQUE DE COME –...

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Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Je ne sais pas pourquoi, j’ai ressorti deux albums des Ramones des années 80 et eu envie de les chroniquer pour vous. On parle d’une période 84-87, très resserrée donc, ce qui rend intéressante la mise en parallèle. Ces deux LP sont Too Tough To Die (1984) et Halfway To Sanity (1987). J’ai eu la flemme de me replonger dans la bio de Joey par son frangin ou l’autobio de Marky (d’ailleurs, chuicon, il était pas là à cette période) mais je me souviens que l’ ambiance au sein du groupe est toujours aussi pourrie avec les frères ennemis Joey/Johnny, la dope encore et toujours pour Dee Des et ses velléités rap et puis Richie qui se fait visiblement balader et se cassera pour permettre le retour en fanfare de Marky après Halfway To Sanity. Alors donc, ces 2 LP ? Les pochettes sont similaires, les 4 “hombres ” se détachent, un coup sur un fond bleu un peu Rencontre du 3ème type et un coup dans l’ arrière-cour d’un resto chinois. Les poses sont les mêmes, l’iconographie est en marche. Depuis le premier en 76, les Ramones sont 4 mecs debout en perfs. Finalement, en une quinzaine d’années, rien n’a changé, ou sauf peut-être les cheveux courts de Dee Dee et ses gants cloutés. La grande tendance dans chacun de ces 2 LP, c’est que les Ramones sont à la fois à la recherche du hit et d’une reconnaissance large qui se fait tarder et dans le respect d’une fan base. Pour ce qui est des hits, il y a réellement de très belles tentatives qui deviendront des classiques des Ramones sans toutefois leur ouvrir la Grande Porte. Je pense au grand “I Wanna Live” et à ce morceau totalement putassier, pourtant pas l’esprit maison, qu’est “Howlin At The Moon (Sha-La-La)”. C’est vrai que c’est sur le LP Animal Boy, non chroniqué ici, qu’on en a la plus belle illustration avec “Bonzo Goes To Bitburg ” mais l’ esprit est le même, ils en ont marre de faire “Pinhead” et de dormir dans des motels. “I Wanna Live” est classique dans la forme mais très catchy. Le fan de la première heure sera un peu dérouté par la gratte qui sonne synthé dans les ponts avant refrain. Puis, ce message vaguement positiviste (je te survivraaiii) fait très 80’s. Mais que c’est bien foutu. J’aime ! Après, on trouve du son Ramones classique mais sans sentir la recette facile. Je parle ici de “Go Lil’ Camaro Go”, “Real Cool Time” et “Bye Bye Baby” sur Halfway To Sanity ou encore à “Human kind ” sur Too Tough To Die. 100% Ramones, tout ça !! Le genre qui te maintiendra...

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Slowdive – Souvlaki

Slowdive – Souvlaki

I had a dream. Je n’ai pas rêvé qu’il n’y avait plus de guerre dans le monde, que chaque habitant mangeait à sa faim ou que l’OM remportait une seconde coupe d’Europe. Non, trop convenu. J’ai rêvé que j’écoutais en boucle Souvlaki de Slowdive. Sans jamais bien savoir dans quel état je me trouvais, errant entre semi conscience, éveil indécis et sommeil profond. Ce rêve était une bénédiction, la douceur incarnée. A peine les paupières alourdies que « Allison » nous envoie d’emblée vers les plus hauts cieux. Le morceau se déploie sur coussins d’air. Tout flotte au ralenti, tout autour, à l’image du chant vaporeux de Neil Halstead, devenu véritable tête pensante du groupe, après un Just For A Day, réalisé de façon plus collective. Il laisse tout de même le soin à Rachel Goswell d’illuminer certains morceaux de sa voix irréelle (« Machine Gun », « Sing » notamment) et nous voilà propulsé pour un aller sans retour au septième ciel. Ce type de shoegaze-là, aisément assimilable à de la dream pop, ne fait pas dans la lacération de tympans sans vergogne façon My Bloody Valentine ou Jesus And Mary Chain. Les voix éthérées, les guitares lumineuses, les delays et reverbs à bloc, bâtissent un univers nuageux où il fait bon s’égarer totalement, oublier qui on est, où on se trouve, ou même de quoi notre minable petite vie est faite (il suffit d’écouter s’égrener les premières notes et chuchotements de Neil sur « Here She Comes » pour s’imaginer que dans l’instant présent le monde entier nous envie). Dire que certains font fortune avec des livres à la con pour gagner en confiance en soi, alors qu’il suffirait de prescrire ce disque à haute dose pour que le patient se sente pousser des ailes… M’enfin, je ne suis pas psy ni expert en développement personnel, juste mélomane. Après avoir permis à notre esprit de vagabonder en des lieux merveilleux et tout à fait indescriptibles, Slowdive nous réserve tout de même quelques sursauts de véhémence, sans jamais renier le sublime qui lui colle à la peau (« Souvlaki Space Station » dont la basse fait vrombir le sol malmène davantage nos esgourdes, « 40 Days » non dénuée d’électricité, et l’immaculée « When The Sun Hits » qui sur ses divines envolées vient toiser fièrement le mur du son). Vous l’aurez compris, dans ce Souvlaki-là comme dans les meilleures tavernes grecques, tout est de premier choix (n’oublions pas « Mellow Yellow » drapé dans son épais brouillard ou ce « Dagger » acoustique qui prouve que Halstead n’a pas nécessairement besoin de barder sa musique d’effets pour rendre ses mélodies inoubliables). Accueilli assez froidement à sa sortie par des journalistes obnubilés par la britpop, ce disque a été maintes fois réhabilité depuis et est toujours...

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