Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Vous avez tous vécu ça, avouez. A votre boulot, avec certains amis, voire auprès de quelques membres de votre famille, quand vous parlez musique, vous passez pour un martien. C’est quoi ce mec qui achète encore des disques ? C’est qui ce type qui passe sa vie en concert ?! Il parle toujours de groupes obscurs dont on n’a même jamais entendu parler… Aussi frustrant que cela puisse être dans certaines situations, avouez qu’au fond vous vous la pétez un peu. Genre, je connais tout, j’ai une culture musicale sans limite. Vas-y teste-moi, ah oui ba je connais bien sûr… Et puis parfois vous tombez de haut. C’est ce qui m’est arrivé quand je me suis lancé dans la série Les Revenants. Tiens une BO de Mogwai, ah ouais je connais… vaguement. Très vaguement ouais. Du post rock, ouais bien sûr. Que dalle, ouais. J’y connaissais que dalle. Alors déjà faire le malin qui se dit rédacteur en chef du plus grand webzine musical d’Europe et ne rien entraver au post rock ça la foutait mal. D’autant que c’était à la fois par inculture mais aussi par pure fainéantise. Du genre « hmmm ça, ça risque d’être chiant ». Et bien que nenni. Cette BO qui peut paraitre anecdotique pour beaucoup de fans du groupe m’a finalement ouvert les portes à tout un pan musical. Et quand il a été question de revenir aux sources, à Young Team, premier album de Mogwai, qui a désormais 20 ans, je m’en étais pris une belle. « Yes I Am A Long Way From Home ». C’est assez clair oui, je suis loin. Je me situe quelque part où l’oppression n’a pas lieu d’être. Death Valley, à l’aube. Par exemple. Le calme, l’immensité, la sérénité aussi. Il est encore très tôt, le soleil n’a pas commencé à taper sur les systèmes. Et soudain il se lève pour tout illuminer et embraser à mesure que les guitares s’emballent. Déjà, un premier aperçu de ce que sait faire Mogwai. Planter le décor, lentement mais sûrement puis nous planter sur place quand les guitares reprennent leurs droits (ou leurs distos dans ce cas précis). Rien à voir toutefois avec la furieuse « Like Herod », bien plus radicale. Le calme règne, il ne se passe pas grand chose. Puis c’est l’éruption. Faramineuse. Le chaos. On est qu’au deuxième morceau et on vient de se faire mâchouiller, recracher et finalement broyer tout cru par un colosse, 11 minutes durant. C’est long 11 minutes. Que peut-il rester après ça ? 8 autres morceaux tout de même, et non des moindres. « Katrien » et son spoken word discret. Fausse accalmie qui n’oublie pas de revenir à la charge quand on se croit à l’abri. Plus...

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The New Year – Snow

The New Year – Snow

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de cet album, et pourtant… Pourtant The New Year livre là sa 4e offrande et à sa tête les frères Kadane s’étaient déjà fait un sacré nom au sein du classieux, si ce n’est culte, groupe slowcore Bedhead. Pourtant, il recèle de tant de richesse, tant de savoureuses mélodies, tant de beauté qu’il devrait séduire tout un chacun et s’imposer à tous comme un cadeau idéal. Comme une belle preuve d’amour. Mais il faut dire que ces bonhommes-là aiment la discrétion. Ce n’est déjà pas avec un nom de groupe pareil qu’ils allaient marquer les esprits. Ce n’est pas non plus avec une pochette aussi sobre et inexpressive (dans la droite lignée des précédentes) qu’ils comptaient attirer l’attention. Non, leur truc c’est la musique. La musique lente, subtile qui s’impose à nous sans crier gare. Et sans se presser, comme ces paresseuses mélopées qui parsèment leurs disques, The New Year vient de nous offrir une nouvelle preuve, 9 ans après leur dernier effort, que pour ce qui est de semer la beauté tout autour d’eux, ils n’ont guère d’équivalent. Comme son titre ne l’indique pas « Mayday » ne s’alarme pas le moins du monde et nous transmet tranquillité et sérénité. Et à l’exception de « Recent History », plus nerveuse, presque grungy sur les bords, l’ensemble du disque ne fait que nous cajoler amoureusement (« Snow » et sa mélodie toute chétive, « The Last Fall » et son orgue bienveillant, la tendre mélancolie de « The Party’s Over »). Tout n’est que murmure, délicatesse et pur bonheur. « Myths » et son amplitude qui ne cesse de grandir, de nous guider vers une lumière faiblarde, comme une promesse de plénitude absolue, sans que l’on sache vraiment si ce n’est pas un éternel mirage. La musique de The New Year d’apparence si simple, sans vraiment prévenir, parvient toujours à nous trimballer bien loin de notre canapé. De l’évasion tout en douceur. Même quand le final s’embrase lors du colossal « The Beast » aux atours qu’on pourrait qualifier de post rock, nos yeux restent embués d’émotion tant la traversée est rondement menée par la fratrie Kadane et le jeu subtil distillé par Chris Brokaw (ex-batteur de Codeine et guitariste de Come). En si peu de temps, les mélodies de Snow semblent nous appartenir, après s’être immiscées en nous en toute quiétude. Des évidences, des souvenirs qui n’existent pas encore mais qui ne demandent qu’à être gravés sur ces enchevêtrements de guitare. Car ce disque est de ceux qui ne vieilliront pas, qui nous suivra et nous séduira des années durant. Difficile de prédire s’il y aura de la neige à Noël mais on est en droit d’espérer que ce merveilleux Snow trônera sous bien des...

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Sonic Youth – Dirty

Sonic Youth – Dirty

Bon, il faut se rendre à l’évidence, on est vieux. Quand on écoute un disque comme ça, qui fleure bon les années 90, par un Sonic Youth qui explore les contrées d’un rock alternatif en plein succès commercial, produit par Butch Vig, et qu’on y voit à la fois quelque chose d’incroyablement cool et dans l’air du temps, une sorte de bande son indémodable de sa vie, ça doit être qu’on est vieux. Parce que quand même, 25 ans. Aujourd’hui, le rock alternatif, on n’en parle même plus, c’est devenu du rock indé. Et ce n’est plus vraiment en plein succès commercial. Et Butch Vig, ça va faire un moment qu’il n’a rien fait. De bien, du moins. Et Sonic Youth n’existe même plus, d’ailleurs. Bref, les disques cool de notre jeunesse sont devenus de vieux disques, voire des disques de vieux, et ça, ça fait mal. Ou du moins, ça donne un coup de vieux. À l’époque, pour juger Dirty, il y avait deux écoles. D’abord, celle des puristes qui connaissaient déjà Sonic Youth depuis leurs années indépendantes et qui estimaient que ce disque n’était que trahison de tout ce que représentait le groupe. Vous imaginez, Sonic Youth, faire des morceaux accessibles !!! Ceux-là ont peut-être changé d’avis avec le temps, mais à la limite, on s’en fout : les plus récalcitrants doivent avoir un quadruple pontage vu le nombre d’infarctus qu’ont dû leur provoquer les disques du groupe depuis, de plus en plus pop. Et il y avait l’autre école, celle des petits jeunes qui découvraient à peine le groupe et qui trouvaient forcément que ce disque était une tuerie. Car Dirty contient un bon lot de tubes indéniables. Une théorie, c’est que Butch Vig a rendu le son du groupe moins abrasif, comme il l’avait fait avec TAD en 91. Cependant, vu que Goo, le disque précédent, n’était pas non plus un modèle de carnage sonore, j’en déduis plutôt que Vig était un choix du groupe pour coller avec une volonté de faire des chansons plus pop, et pas l’inverse. Quoi qu’il en soit, les longues plages expérimentales ont quasiment disparu, et le bordel sonore se retrouve surtout sur la reprise « Nic Fit » et « Youth Against Fascism », deux des morceaux que j’aime le moins. Ce dernier est un bon tube, mais un peu trop mou dans sa version studio. Pour le reste, c’est un presque sans faute : « 100% » ou « Sugar Kane » sont des tubes ultimes, Kim Gordon est magistrale (« Drunken Butterfly », « Swimsuit Issue », « Shoot », « On The Strip ») et Ranaldo n’est pas en reste avec un « Wish Fulfillment » super cool. Pour ma part, c’est le disque du groupe qui tient le mieux une écoute entière, et...

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Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Queens Of The Stone Age – Songs For The Deaf

Bon allez, assez ricané avec le pathétique dernier album de Queens Of The Stone Age où Josh Homme s’est pris pour un chanteur rnb. Ne nous attardons pas non plus sur son prédécesseur …Like Clockwork où il se prenait pour Elton John (il l’avait même invité !) mais séduisait quand même grâce à la qualité de sa plume, de sa voix et de son groove. Revenons à la base, la sève, le nec plus ultra : ce qui fait que QOTSA est devenu QOTSA, c’est à dire, n’ayons pas peur des mots, le plus grand groupe de rock du 21e siècle. Déjà Josh Homme la jouait collectif à l’époque et il avait bien raison vu l’escouade de luxe qu’il se trimballait. Pour rappel, pour ceux qui reviennent d’un voyage sur mars, le garçon avait ni plus ni moins Nick Oliveri et Mark Lanegan à ses côtés. Et tel un PSG blindé de dollars qataris, il avait choisi de se renforcer davantage encore avec son Neymar à lui, répondant au doux nom de Dave Grohl. Rien de tel pour dynamiter les défenses. Et pourtant contrairement à ces tocards du PSG, QOTSA avait une âme et déjà un talent fou avant de gagner au loto. Il avait pondu un premier album éponyme faisant idéalement le lien avec l’après-Kyuss et le déluge à venir. Et il avait mis à genoux tous ceux qui s’étaient frottés au monumental Rated R. De la « pop » violente, planante, galvanisante, de la pop non pas à chanter sous la douche mais à hurler entre potes tellement que ça fait du bien. Tellement que c’est bon. Alors pourquoi je vous parle de Songs For The Deaf me direz-vous ? Parce qu’il a 15 ans. Et nous, chez Exit Musik on est un peu cons, quand un disque qui nous branche fête son anniv, on dégaine la plume. Cette précision inutile étant faite, on a beau dire, on a beau faire : Songs For The Deaf est quand même un putain d’album. Songs For The Deaf est un peu (TOUTES PROPORTIONS GARDÉES) à Queens Of The Stone Age ce que Nevermind est à Nirvana (vous le dites quand je vous soule avec mes comparaisons foireuses, hein ?) : le disque qui les propulse dans une nouvelle dimension, qui ringardise les autres productions rock de son époque, le disque blindé de tubes qu’on a tous entendus 400 fois (400 000 pour Nevermind), le disque pour lequel on aime bien prendre notre air snob et hautain parce qu’il est devenu trop convenu de l’aimer. Mais surtout le disque que quand tu le remets sur ta platine, tu kiffes ta race. Et c’est quand même ça qui compte, au final. Parce que...

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David Bowie – Ziggy Stardust

David Bowie – Ziggy Stardust

Que dire sur ce disque qui n’ait pas déjà été dit ? Absolument rien, je pense. Alors on va faire simple. Soit vous connaissez déjà le disque par cœur et vous collectionnez avidement les avis sur celui-ci, dans ce cas vous pouvez limite passer votre chemin et en profiter pour l’écouter une fois de plus. Soit vous ne connaissez pas le disque, et je ne peux que vous conseiller d’aller l’écouter, vous pouvez donc passer aussi votre chemin. Si vous continuez à lire mon article malgré ça, vous n’avez que ça à faire alors profitons-en pour lister 5 points pour lesquels The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars, qui fête ses 45 ans, est le meilleur disque de Bowie, et pas juste pour faire bien dans les classements Rock And Folk : – Déjà, c’est le premier album où Bowie s’est trouvé musicalement. Les 3 premiers étaient chacun très différents, on sentait le tâtonnement sur Hunky Dory notamment avec des titres comme « Queen Bitch », mais là c’est enfin parti sans temps morts et super cohérent musicalement. Bowie fait partie de ces artistes dont les premiers albums représentent une véritable évolution musicale et pas le summum de leur carrière, et cette évolution arrive à son point d’orgue sur cette période. – Parce que ce n’est pas un album solo, mais des Spiders From Mars et qu’il représente le point où le groupe a trouvé son alchimie. Vu que Mick Ronson apportera à Bowie ses plus grands plans de guitare, ce n’est pas peu dire. – C’est un concept album qui est bon dans son ensemble sans jamais être chiant, et c’est assez rare pour être souligné. – Sous sa démarche artistique, c’est surtout un recueil de morceaux surpuissants, avec une face b quasi-parfaite, une intro (« Five Years ») et un final (« Rock’n Roll Suicide ») magnifiques et des temps faibles (« Soul Love », « It Ain’t Easy » et « Star ») qui pourraient être des temps forts sur tellement d’autres albums. – Il contient « Moonage Daydream », peut-être le meilleur morceau de Bowie. Voilà. L’année prochaine, je vous fais à peu près le même article sur Aladdin Sane. BCG LIRE LA CHRONIQUE DE STATION TO STATION LIRE LA CHRONIQUE DE LOW LIRE LA CHRONIQUE DE THE NEXT DAY LIRE LA CHRONIQUE DE BLACKSTAR LIRE LA CHRONIQUE DE L’EXPO « DAVID BOWIE...

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Elliott Smith – Either/Or

Elliott Smith – Either/Or

« Papy, papy ! Germaine est encore en train d’écouter ses chanteuses à la con qui crient comme des chèvres qu’on égorge ! J’en peux plus ! Mais quand je lui demande d’arrêter d’écouter ça, elle me dit que les chanteuses à voix qui chantent l’amour, y a rien de plus puissant en termes d’émotion. J’ai essayé d’écouter, par acquis de conscience, je suis tombé dans les pommes tout de suite. Si elle écoute encore une fois « My Heart Will Go On », je pense que je vais tuer quelqu’un. Elle, certainement. Et comme Maman et Maman m’ont défendu de commettre un sororicide, je ne sais plus quoi faire… » Allez, allez, calme-toi, viens-là, assieds-toi et prends une petite menthe à l’eau. Moi non plus, je ne pensais pas voir un jour le revival des chanteuses à voix. Quand on a enterré toutes ces connasses au début des années 2000, j’espérais bien que ce serait pour de bon. Comment on a fait pour survivre à ça ? Ah, c’était dur, très dur. Mais c’est faisable, avec un peu de détermination. Certes, c’était un autre temps, à l’époque Germaine c’était un nom de vieille rombière, pas de petite pétasse de 14 ans comme ta soeur, et dis-toi bien que si quelques résistants considéraient déjà que les chèvres bêlantes à la Céline Dion étaient déjà affreusement ringardes et la lie de la musique, beaucoup collaboraient et achetaient leur disque sans honte. Ils se sont tondus lors de la libération du rock, mais c’est une autre histoire. Chiale pas partout, je vais te donner une solution. On avait une arme secrète pour survivre, une arme secrète qui pouvait même convertir les petites poufs comme ta soeur, pour peu qu’elles n’aient pas le cerveau trop atrophié par l’écoute intensive de leurs conneries. Parce que tu vois, écouter du rock alternatif dans ta chambre, c’est super en soi, mais ça te fera toujours passer pour un tordu, et c’est pas comme ça que tu vas tirer ton coup. Les midinettes, ce qu’elles veulent, c’est de l’émotion, et j’ai justement ce qu’il te faut ! Tiens, vas me chercher le disque, là-bas. Alors là tu as l’arme ultime, la bombe nucléaire, fais gaffe à pas le faire tomber où tu vas tout péter. Mets-le sur la platine, je vais t’expliquer. Oui, je sais, il paie pas de mine, le Elliott, avec sa gueule burinée, mais quand bien même. Niveau émotion, c’est de la bonne, de la pure ! Houla, malheureux, te trompe pas de disque ! Tu veux tous qu’on se tranche les veines, ou quoi ? Non, non, Elliott Smith, ça se commence toujours par Either/Or, surtout pas les premiers, sinon c’est l’overdose émotionnelle direct ! Souviens-toi...

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Come – Eleven : Eleven

Come – Eleven : Eleven

Les années 90 ont leur lot de groupes mythiques, de destins tragiques… et de grands groupes restés dans l’ombre. Come est de ceux-là. En 1992, le quatuor de Boston sort son premier disque, petit bijou de noirceur, dans un relatif anonymat. Et pourtant… Pourtant, dès les premières notes de « Submerge », nous voilà happés par ce disque, sombre au possible, qui ne desserre jamais l’étreinte. Maintenant que vous êtes au parfum, Eleven:Eleven est un disque qui va faire de votre vie un enfer, développant très vite une grandissante obsession. Come déploie un blues rêche, animé par des guitares tendues et le chant habité, profondément sincère, de Thalia Zedek. Le jeu toujours très juste d’Arthur Johnson à la batterie souligne parfaitement les instants d’accalmie en eaux marécageuses. « Just relax, just relax » insiste Thalia sur le refrain qui hausse le ton, mais le couperet n’est jamais loin. Le couperet c’est parfois un bon gros riff bien lourd comme celui qui ouvre « Dead Molly » avant de sortir de sa botte un pont anesthésié (on pense aux Pixies quand ils bluffent). Et d’envoyer tout cela valser gaiement (on pense aux Pixies quand ils envoient tout valser). On cite les Pixies mais Come partage finalement peu de points commun avec le groupe légendaire, si ce n’est sa provenance de Boston et un goût pour l’indie rock dissonant. Pour le reste, il faut plutôt creuser du côté de groupes moins pop, plus mélancoliques. Mais s’il est vrai que Come évoque de ci de là quelques groupes qui lui sont contemporains (ajoutons Screaming Trees ou Mad Season dont l’unique – magistral – album est toutefois sorti après), et satisfait ainsi notre besoin de filer des points de repère aux badauds qui passeraient par là innocemment, le groupe réussit finalement la prouesse de se démarquer en imposant un son qui n’appartient qu’à lui. Grâce notamment à la présence de tous les instants de Zedek, entre rage à peine contenue et fragilité désarmante, incarnant à merveille l’univers tourmenté de Come. Mais Zedek sait aussi s’effacer pour laisser les guitares faire la conversation. Comme lorsque la sienne et celle de Chris Brokaw (également batteur au sein de Codeine, groupe slowcore non moins indispensable) dialoguent à propos des ténèbres dans une intro instrumentale de 3 minutes avant de mettre les voiles en territoire grungy (« Off To One Side »). On frise l’excellence une fois de plus mais difficile cependant de sortir un morceau plutôt qu’un autre tant l’album cumule avec indécence les titres essentiels (ajoutons aux précédents la lente déchéance implacable de « Brand New Vein », « Orbit » et son refrain vénéneux ou encore la bombe à fragmentation « William »). L’album fait l’effet d’un bloc très compact, cohérent qui embarque l’auditeur dans un récit diaboliquement...

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Oceansize – Everyone Into Position

Oceansize – Everyone Into Position

Comme le disait la mère d’un célèbre philosophe du 20ème siècle : « La vie, c’est comme une boîte de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Cet adage désormais culte peut aussi être appliqué à la découverte d’un album. Certains ont un goût fade et ne méritent même pas d’être terminés, d’autres nous explosent les sens dès la première bouchée et il y a ceux qu’il faut prendre le temps de déguster afin d’en saisir toutes les saveurs et subtilités. Everyone Into Position d’Oceansize fait partie de cette dernière catégorie de délices auditifs. Sorti en 2005 après un très bon premier album (Effloresce) et l’EP Music For Nurses, Everyone Into Position s’est imposé au fil des écoutes comme l’un de mes albums de chevet. Oceansize y rend hommage à leurs différentes influences (Tool, Pink Floyd jusqu’au post-rock) tout en formant un album cohérent à la fois rageur, planant, mélancolique et mystique. Dès le 1er titre, « The Charm Offensive », la batterie tribale toolienne nous envoûte dans ce discours anti-establishment avec une explosion finale dénonçant à l’époque Tony Blair et sa guerre en Irak (« They’ve sold us out again and thrown us in the fire / They say we’re all the same / Well, yeah… but we’re not liars.. »). « Heaven Alive », single de l’album, peut être assimilé à de la pop progressive avec ses choeurs omniprésents mais elle est loin d’être la meilleure composition de l’album. Nous entrons ensuite dans le vif du sujet avec « A Hommage To A Shame » et son intro d’une violence inouïe alliant métal et rock progressif. C’est le morceau le plus rageur et le plus proche de leur premier album. Suit l’apaisement et la mélancolie avec le coeur post-rock de l’album « Meredith »/ »Music For A Nurse »/ »New Pin ». Les mancuniens se montrent à la hauteur de Mogwai et Sigur Rós. Une fois rentrés dans ce trio post-rock, vous serez emportés et en lévitation et ne pourrez plus atterrir avant le retour à un rock progressif avec « No Tomorrow », « Mine Host » et « You Can’t Keep A Bad Man Down ». Ces trois dernières nous conduisent vers la conclusion mystique et planante de l’album (« Ornament/The Last Wrongs »). Initialement prévue comme b-side, c’est le joyau de l’album. Le riff de guitare et les choeurs nous hypnotisent pour nous emmener vers la mélancolie avant de nous offrir un brin d’espoir avec l’arrivée du chant de Mike Vennart. Parfaite conclusion pour un disque brillant. Le groupe a ensuite sorti deux autres albums avant l’annonce de leur séparation le 25 février 2011 sur leur facebook. S’il n’y a qu’un disque d’Oceansize à retenir, c’est sans contestation celui-ci. Il faut toutefois faire preuve de patience, plusieurs écoutes sont nécessaires pour se rendre compte de la richesse et de la complexité de ce...

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Kyuss – Blues For The Red Sun

Kyuss – Blues For The Red Sun

Un bourdonnement au loin, une tornade qui approche. En plein milieu du désert. Puis la déflagration « Thumb ». Kyuss se pointe en 1992 avec son deuxième album qui va en secouer plus d’un. Embauché à la prod, la brute aux doigts de fée Chris Goss (Masters Of Reality) les propulse dans une nouvelle dimension. Le son de Blues For The Red Sun pèse six tonnes sans négliger pour autant la finesse et la sophistication. L’époque Wretch est révolue, Kyuss boxe désormais dans la catégorie très lourds. Josh Homme ne se prend pas encore pour Elton John, il ne pense qu’à faire cracher à sa gratte un son pachydermique. Branchée sur un ampli de basse, accordée « plus bas que ça tu meurs » elle le lui rend bien et cause de sérieux dégâts alentour. Brant Bjork fracasse du fût tel un bûcheron bien décidé à faire un massacre, John Garcia gueule comme un forcené avec la rage d’un vieux punk vissée au corps et Oliveri complète la dream team avec des lignes de basse gargantuesques ou rondouillardes, selon l’humeur. Le red sun tape fort sur la casaque de ces rockeurs complètement stoned et se voit offrir des compos qui sentent la poudre, les trips enfumés et la Corona trop chaude. Blues For The Red Sun possède un quota (un QOTSA huhu) de bombes assez inhumain. Ne sens-tu pas tes enceintes vrombir sur l’intro de « Green Machine » ? Et comme une envie irrépressible de headbanger seul au volant de ta décapotable quand la cavalcade s’amorce, portée par la frappe lourde de Bjork et les beuglements de John Garcia ? « I’ve got a war inside my head » clame-t-il (coucou Mike Muir) et nous, on a pris un méchant coup sur la casaque avec ces deux fabuleux premiers titres. Mais la démonstration de force ne s’arrête évidemment pas là. « 50 Million Year Trip (Downside Up) » coche toutes les cases : riff surpuissant, pont groovy, lentes divagations psychées finales. Tu vois, ça mon enfant, c’est du stoner. Et ça poutre. On ne se remettra jamais vraiment non plus de cette intro monumentale de « Thong Song » que d’aucuns jugeraient la plus cool de l’univers. John Garcia dit avoir horreur des « slow songs », ses comparses ne lésinent pourtant pas sur les longs jams hypnotiques (« Apothecaries’ Weight », « Writhe », « Freedom Run », l’instrumentale « Molten Universe » joyeusement heavy). En fin d’album le riff carnassier de « Allen’s Wrench » ferait passer bon nombre de groupes metal burnés pour des petits joueurs. Ici il passerait presque inaperçu après s’être fait ravager par les monstres sus-cités. Soutenue par les cris étouffés de Garcia, l’habitée « Mondo Generator » (qui donnera son nom au prochain groupe de Nick Oliveri), conclut de manière épique un disque qui ne l’est pas...

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Ten Years After – Cricklewood Green

Ten Years After – Cricklewood Green

J’ai machinalement lancé la lecture du LP de 1970 de Ten Years After sur une de ces horribles plate-formes digitales « all you can eat » avant d’aller changer la couche sale du petit dernier. Concernant ces plate-formes, je crache dans la soupe, je sais que ça permet des decouvertes – la preuve ! – et alors ? ‎On n’a plus le droit d’etre empêtré dans ses contradictions ? Une autre ? Avoir toujours été attiré par les sorties de 70 et 71 sans avoir jeté une oreille à ce Cricklewood Green. Bref, j’en étais au 2nd pipi-fontaine sur mes pompes quand mon oreille se tend. Qu’entends-je ? On dirait « Sympathy For The Devil » sans l’être. Après un début plutôt floydien, après un petit pont au clavecin, la section rythmique attaque réellement, c’est parti, « 50,000 Miles Beneath My Brain » ! C’est pompé à mort, même structure épique, le mot « Lucifer » est remplacé au même moment par « Jupiter », manque que les Woo Wooo. Alvin Lee enchaine les solos et on voudrait que ça ne finisse jamais mais ça se finit et j’explore le reste, en chaussettes. « To No One » est du pur Blue Cheer mieux produit et plus rapide. Les cris d’Alvin pendant les solos s’entendent à peine, on dirait un condamné criant son désespoir depuis des oubliettes. « Sugar The Road », intro géniale de dénuement, la basse ne débarque qu’en 48ème seconde. « Working On The Road », la grande cavalcade, un morceau « 130 » comme dirait un ami, à savoir : n’ecoute pas ça en conduisant parce que tu seras forcément au-dessus de 130 à la fin. Puis, cet orgue omniprésent sur ces deux morceaux en « Road »… ‎ Voilà pour l’essentiel, le reste est bien foutu et se laisse écouter. « Love Like A Man » notamment, même si c’est censé être un peu le single du LP mais pas le plus percutant, je trouve. Écoutez ce Cricklewood Green pour ce qu’il est, un excellent album d’un groupe trop connu pour le très niais « I’d Love To Change The World ». Voilà, ça me fait une revue Classic Rock au compteur, peut-être d’autres dans un avenir indéterminé !.....

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