It It Anita – Laurent

It It Anita – Laurent

It It Anita aime brouiller les cartes. De la tension, il en instaure dès les premiers accords de « Denial », puis de délicats arpèges viennent adoucir le propos. Le mot pop nous vient à la bouche, mais avec ce qu’il faut de vicié. N’allez pas croire qu’on vous emmène en ballade non plus, vous pourriez avoir de drôles de surprises. On pense ensuite se retrouver en territoires post punk sur « User Guide » (on dit coucou à Disappears en passant) avant que l’affaire ne s’emballe en un stoner musclé. Du post stoner, il fallait l’inventer. Quoiqu’il en soit, le résultat est aussi surprenant que décapant. 11 titres, c’est peu et beaucoup à la fois. En 11 titres, on entend du punk furax (« Another Canceled Mission », « GOD »), on croit qu’on va voir débouler Josh Homme pour entonner « nicotine, valium, vicadin, marijuana, ecstasy and alcohol » (« 11 ») et on se retrouve finalement face aux cousins belges de J.C. Satàn. En 11 titres, on a aussi le temps de dire un grand oui à « Say No », véritable manifeste grunge d’une efficacité absolue. On évite les obus qui tombent d’un peu partout (« Tanker 2 pt 1 ») et alors que tout semble s’être apaisé, on croise la journaliste Myriam Leroy en plein dialogue conjugal sulfureux. 11 titres, c’est énorme, donc. On a le temps d’en prendre plein la gueule. De toutes les manières, et d’en redemander. L’énergie est tantôt débridée sans que rien ni personne (surtout pas nous) ne semble vouloir l’arrêter, tantôt totalement maitrisée, comme sur ce « We Are Nothing » final aux couplets très Sonic Youth-esques assagis pour une montée gargantuesque sur le refrain façon post rock (un refrain en post rock ? Et oui, pourquoi pas). Voilà on a cité 42 styles différents pour tenter de définir ce qu’on aurait pu faire en quelques mots simples : Laurent est un putain d’album ROCK. Du rock intense et puissant, du rock inspiré et généreux, du rock dans toute sa sauvagerie, aux clins d’œil fréquents à quelques influences par ci par-là mais réussissant l’exploit de garder une véritable homogénéité malgré ses vagabondages dans tout ce que le genre peut connaitre de bruyant. It It Anita prend un malin plaisir à triturer ses guitares pour les faire gémir, à façonner un bon gros magma sonore dans lequel on aime se noyer, sans oublier d’y inclure de bonnes doses de groove et de cool. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, parfois c’est sur les mains qu’on se retrouve, mais on ne cesse de s’agiter, de headbanger, de gueuler avec Michaël, Damien, Bryan et Elliot (et Laurent). Parce que c’est foutrement bon. Jonathan...

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“Hello Nasty” des Beastie Boys a 20 ans. Chronique

“Hello Nasty” des Beastie Boys a 20 ans. Chronique

Ne vous laissez pas berner. J’ai beau jouer l’érudit avec mes chroniques de quelques grands disques des Beastie Boys (Licensed To Ill, Ill Communication), comme si je les avais connus à leurs débuts punks par l’intermédiaire de Rick Rubin… En fait, je découvre les Beastie Boys en 1998 à la sortie de Hello Nasty. Ma culture rap se limite alors à IAM et NTM. C’est la révélation. Lorsque Hello Nasty parait, les Beastie Boys sont déjà un groupe accompli avec près de 20 ans de carrière derrière eux, 4 albums monstrueux, des tubes à la pelle et restent sur le succès colossal de Ill Communication (double platine). Entre temps, ils sortent la (géniale) compil instrumentale The In Sound From Way Out!, énième preuve éclatante de la large palette musicale et la grande ouverture d’esprit des New-Yorkais. Une compil annonciatrice de l’album qui va suivre. Oui, celui-là même dont on parle ici. Car Hello Nasty regorge d’idées, de fulgurances, de trouvailles. En 22 titres et plus d’une heure de musique, les Beastie nous en font voir de toutes les couleurs. En attaquant tambour battant avec « Super Disco Breakin’ » d’abord, puis en déroulant son hip hop infusé d’électro, de rock, de bossa nova, de dub, de ballades étranges, de sonorités barrées, de bizarreries débiles. Certains morceaux condensent ainsi toutes les envies d’explorations du groupe. A l’image de « The Move » de facture assez classique au début qui finalement se laisse tenter par toutes les bifurcations possibles et imaginables (un break de piano « médiéval », un final électro old school avant une chute sur une chansonnette espagnole ringarde sur un gros beat hip hop). Qu’est-ce qui peut bien leur passer par la tête ? Impossible à dire mais comme toujours c’est drôle, déjanté, pétaradant… Complètement Beastie finalement ! Pour les auditeurs un peu plus frileux (sachez déjà que vous vous êtes trompés de groupe), il y a là de quoi remuer les miches jusqu’au petit matin en suivant comme vous pouvez les flows survoltés de Mike D, Ad Rock et MCA sur les explosives « Super Disco Breakin’ », « Remote Control », « Body Movin’ » ou le tube ultime « Intergalactic » et son instru SF qui file le frisson dès les premières secondes. Les Three MC’s s’appuient sur leur fabuleux nouveau DJ, Mix Master Mike, recruté juste avant l’album qui apporte une créativité folle et une maitrise des platines sans égale, ou presque. Au-delà de son apport considérable sur ces tubes qui viennent s’ajouter à la riche carrière du groupe, le nouveau DJ démontre qu’il excelle dans les instrus hip hop classiques (« The Negotiation Limerick File », « Just A Test », « Puttin Shame In Your Game »). Et les trois MCs de s’en donner à cœur joie avec leur nouvel acolyte, comme...

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Goat Girl – Goat Girl

Goat Girl – Goat Girl

Il y a deux mois sortait dans une relative indifférence un disque qui mérite la plus grande des attentions. Elles sont 4, viennent du sud de Londres et nous proposent un rock débraillé, jamais trop éloigné du punk, à la fois idéal à écouter d’une oreille distraite en sirotant une binouze qu’à décortiquer note par note une fois le charme opéré. Après une courte intro presque ténébreuse, débute un joyeux périple dans l’univers tout en décontraction de Goat Girl. Une distribution de morceaux qui semblent empreints de la plus grande innocence et qui se transforment très vite en tubes en puissance (les parfaitement évidentes et évidemment parfaites “The Man”, “Viper Fish”, “I Don’t Care Pt.2”, auxquelles s’ajoutent rapidement “Burn The Stake” et son envolée sur le refrain digne des Pixies, “Creep” et ses cordes qui brouillent les pistes, “Throw Me A Bone” dont la nonchalance planque une mélancolie sous-jacente ou “Cracker Drool” qui se balade malicieusement entre country, surf music voire dub). La voix grave charismatique de Lottie Cream séduit instantanément et porte des compos qui auraient très bien pu se débrouiller toutes seules et qui gagnent encore en efficacité mélodique. Douées les Goat ? Ça saute aux oreilles. Cool les Girls ? Ça ne fait aucun doute. Pour un premier album, le groupe fait preuve d’une grande aisance, une évidente complicité et semble sans forcer nous pondre du jouissif sur demande. Plus fort encore, la variété de l’offre. 19 morceaux sur la galette (un seul excède les 3 minutes !) et aucune envie irrépressible de presser la touche “next” (alors que la touche “repeat”, elle, n’en peut plus d’être sollicitée). Qu’on se le dise, tout est bon dans cette chèvre-là. Jonathan Lopez Comme on ne comprend pas toujours très bien le lien avec les “articles similaires” proposés ci-dessous, on vous recommande plutôt de lire : THE BREEDERS – POD THE BREEDERS – ALL NERVE PIXIES – DISCOGRAPHIE COURTNEY BARNETT – SOMETIMES I SIT AND THINK, AND SOMETIMES I JUST SIT COURTNEY BARNETT – TELL ME HOW YOU REALLY...

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E – Negative Work

E – Negative Work

Un an et demi à peine après sa première réalisation éponyme, l’excellent album E, le super-groupe noise rock doté de la cinquième lettre de l’alphabet revient pour en découdre avec Negative Work. Tout un programme ! Ce trio formé de vétérans du rock alternatif des années 90 – Jason Sanford de Neptune, Gavin McCarthy de Karate et Thalia Zedek, à l’impressionnante discographie (Uzi, Come, Live Skull, etc.) –, nous gratifie d’un nouvel opus fiévreux, énergisant et au rendu unique. La musique de E ou A Band Called E a quelque chose d’une énergie domptée, un savant dosage de colère retenue qui ne demande qu’à se libérer et à ouvrir les vannes d’une puissance noise tourbillonnante. Tour à tour apaisée, voire lancinante, puis énervée et emphatique, elle se fait sinueuse et, suivant les morceaux, adopte une structure complexe, sans jamais oublier en ligne de mire, l’envie de mélodie. “Poison Letter” est un exemple frappant de la maîtrise d’un jeu apaisé/énervé, avec une longue introduction entêtante scandée et tressée par Thalia Zedek, qui prend son envol à partir de 1’30, puis, par strates, devient de plus en plus épique. Autre morceau marquant, “Cannibal Chatroom” profite de la voix chuchotée/murmurée de Jason Sanford, accompagnée par le motif guitaristique obsédant de Zedek, et prodigue des vagues de furie noise entre deux creux d’ivresse. “Untie Me” adopte une ligne continue très énergique quand “Pennies” et “Hollow” se font plus calmes, plus tortueux, mais toujours sous-tendus par une frénésie stridente. L’un des titres les plus magnétiques, “Hole In Nature”, témoigne au plus près de la personnalité de Sanford qui joue à l’équilibriste vocal sur ce morceau et y chante un texte que l’on sent des plus personnels. Comme une hydre à trois têtes consciente de ses individualités, E a réussi à fusionner ses envies et cultiver ses différences. L’album donne l’impression que chaque membre y joue sa propre partition égotique, tout en laissant la possibilité à l’autre de prendre le dessus, de faire la chanson sienne et d’y ingérer tout son être. L’alternance de chacun à la voix – au sein parfois d’une même chanson –, ainsi que l’enregistrement dans les conditions du live aux studios Machines With Magnets et enfin l’apport des guitares home made, aux multiples sons ensorcelants, de Sanford, créent un bloc musical uni et unique, une entité rock qui a trouvé sa voie (sa voix) et vient d’accoucher d’une galette enivrante qui va longtemps tourner sur nos platines. Julien Savès Negative Work by E LIRE LA CHRONIQUE DE COME –...

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Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Je ne sais pas pourquoi, j’ai ressorti deux albums des Ramones des années 80 et eu envie de les chroniquer pour vous. On parle d’une période 84-87, très resserrée donc, ce qui rend intéressante la mise en parallèle. Ces deux LP sont Too Tough To Die (1984) et Halfway To Sanity (1987). J’ai eu la flemme de me replonger dans la bio de Joey par son frangin ou l’autobio de Marky (d’ailleurs, chuicon, il était pas là à cette période) mais je me souviens que l’ ambiance au sein du groupe est toujours aussi pourrie avec les frères ennemis Joey/Johnny, la dope encore et toujours pour Dee Des et ses velléités rap et puis Richie qui se fait visiblement balader et se cassera pour permettre le retour en fanfare de Marky après Halfway To Sanity. Alors donc, ces 2 LP ? Les pochettes sont similaires, les 4 “hombres ” se détachent, un coup sur un fond bleu un peu Rencontre du 3ème type et un coup dans l’ arrière-cour d’un resto chinois. Les poses sont les mêmes, l’iconographie est en marche. Depuis le premier en 76, les Ramones sont 4 mecs debout en perfs. Finalement, en une quinzaine d’années, rien n’a changé, ou sauf peut-être les cheveux courts de Dee Dee et ses gants cloutés. La grande tendance dans chacun de ces 2 LP, c’est que les Ramones sont à la fois à la recherche du hit et d’une reconnaissance large qui se fait tarder et dans le respect d’une fan base. Pour ce qui est des hits, il y a réellement de très belles tentatives qui deviendront des classiques des Ramones sans toutefois leur ouvrir la Grande Porte. Je pense au grand “I Wanna Live” et à ce morceau totalement putassier, pourtant pas l’esprit maison, qu’est “Howlin At The Moon (Sha-La-La)”. C’est vrai que c’est sur le LP Animal Boy, non chroniqué ici, qu’on en a la plus belle illustration avec “Bonzo Goes To Bitburg ” mais l’ esprit est le même, ils en ont marre de faire “Pinhead” et de dormir dans des motels. “I Wanna Live” est classique dans la forme mais très catchy. Le fan de la première heure sera un peu dérouté par la gratte qui sonne synthé dans les ponts avant refrain. Puis, ce message vaguement positiviste (je te survivraaiii) fait très 80’s. Mais que c’est bien foutu. J’aime ! Après, on trouve du son Ramones classique mais sans sentir la recette facile. Je parle ici de “Go Lil’ Camaro Go”, “Real Cool Time” et “Bye Bye Baby” sur Halfway To Sanity ou encore à “Human kind ” sur Too Tough To Die. 100% Ramones, tout ça !! Le genre qui te maintiendra...

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Slowdive – Souvlaki

Slowdive – Souvlaki

I had a dream. Je n’ai pas rêvé qu’il n’y avait plus de guerre dans le monde, que chaque habitant mangeait à sa faim ou que l’OM remportait une seconde coupe d’Europe. Non, trop convenu. J’ai rêvé que j’écoutais en boucle Souvlaki de Slowdive. Sans jamais bien savoir dans quel état je me trouvais, errant entre semi conscience, éveil indécis et sommeil profond. Ce rêve était une bénédiction, la douceur incarnée. A peine les paupières alourdies que « Allison » nous envoie d’emblée vers les plus hauts cieux. Le morceau se déploie sur coussins d’air. Tout flotte au ralenti, tout autour, à l’image du chant vaporeux de Neil Halstead, devenu véritable tête pensante du groupe, après un Just For A Day, réalisé de façon plus collective. Il laisse tout de même le soin à Rachel Goswell d’illuminer certains morceaux de sa voix irréelle (« Machine Gun », « Sing » notamment) et nous voilà propulsé pour un aller sans retour au septième ciel. Ce type de shoegaze-là, aisément assimilable à de la dream pop, ne fait pas dans la lacération de tympans sans vergogne façon My Bloody Valentine ou Jesus And Mary Chain. Les voix éthérées, les guitares lumineuses, les delays et reverbs à bloc, bâtissent un univers nuageux où il fait bon s’égarer totalement, oublier qui on est, où on se trouve, ou même de quoi notre minable petite vie est faite (il suffit d’écouter s’égrener les premières notes et chuchotements de Neil sur « Here She Comes » pour s’imaginer que dans l’instant présent le monde entier nous envie). Dire que certains font fortune avec des livres à la con pour gagner en confiance en soi, alors qu’il suffirait de prescrire ce disque à haute dose pour que le patient se sente pousser des ailes… M’enfin, je ne suis pas psy ni expert en développement personnel, juste mélomane. Après avoir permis à notre esprit de vagabonder en des lieux merveilleux et tout à fait indescriptibles, Slowdive nous réserve tout de même quelques sursauts de véhémence, sans jamais renier le sublime qui lui colle à la peau (« Souvlaki Space Station » dont la basse fait vrombir le sol malmène davantage nos esgourdes, « 40 Days » non dénuée d’électricité, et l’immaculée « When The Sun Hits » qui sur ses divines envolées vient toiser fièrement le mur du son). Vous l’aurez compris, dans ce Souvlaki-là comme dans les meilleures tavernes grecques, tout est de premier choix (n’oublions pas « Mellow Yellow » drapé dans son épais brouillard ou ce « Dagger » acoustique qui prouve que Halstead n’a pas nécessairement besoin de barder sa musique d’effets pour rendre ses mélodies inoubliables). Accueilli assez froidement à sa sortie par des journalistes obnubilés par la britpop, ce disque a été maintes fois réhabilité depuis et est toujours...

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David Bowie – Aladdin Sane

David Bowie – Aladdin Sane

Vous voulez une histoire triste ? Et bien voilà, Aladdin Sane n’est pas reconnu à sa juste valeur. Même s’il arbore la pochette la plus iconique de la carrière de Bowie, il se retrouve en plein milieu des tops 10 qui ont été réalisés sur la carrière de l’artiste depuis sa mort, il ne figure pas dans les listes des 172 albums que vous devez écouter dans votre vie sous peine de vous payer la honte, il est même considéré par beaucoup comme moins bon que Hunky Dory et Low. Low, putain! Et tout ça, c’est parce qu’Aladdin Sane est l’album Panic Room* par excellence. Vous imaginez, passer après Ziggy Stardust ? Difficile de faire aussi bien ! Pourtant, le disque commence presque où le précédent s’était arrêté, avec un “Watch That Man” au rythme rock’n roll endiablé qui n’est pas sans évoquer “Suffragette City”, avec un mixage un peu plus brut et un saxo en rab, et nous offre de fabuleuses perles pailletées (la reprise de “Let’s Spend The Night Together”, qui tient la dragée haute à l’originale, ou “Cracked Actor” et son harmonica diabolique, un des meilleurs morceaux de Bowie). Peut-être, alors, le manque de reconnaissance serait-il dû au fait qu’Aladdin Sane serait un Ziggy Stardust bis ? Là non plus, ce n’est pas le cas. Le morceau titre est une petite bizarrerie pop incluant un solo de piano free jazz, “Panic In Detroit” est en quelque sorte la version rock d’une samba en jungle beat (ça parait très arty à vomir sur le papier, mais c’est irrésistiblement dansant dans les faits), “Drive-In Saturday” reprend des éléments du doo-wop pour un résultat qui donne envie de reprendre en choeur “Doo-doo-wah” à chaque couplet, “The Prettiest Star” s’inspire d’une danse grecque traditionnelle en y ajoutant une touche glam, bref David Bowie est inspiré, inventif, et le résultat souvent à la hauteur ; seule cette dernière offre surtout un moment pour aller pisser, mais le moment parfait pour aller pisser ! Ce ne sont donc pas les morceaux, la plupart sont à tomber avec des mélodies de haut niveau. Écoutez donc la poignante “Time” pour vous en convaincre ! Alors est-ce le concept ? L’artiste étant reconnu pour son univers, un disque qui se contenterait de reprendre la thématique et l’univers de ses années glam serait alors moins intéressant que d’autres ? Là encore, je ne pense pas. Car si Aladdin Sane est dans l’inconscient collectif rattaché à Ziggy pour son côté glam (et sûrement le visuel de sa pochette), il ne s’agit pas ici d’une variation sur le thème du rock’n roll et de la rock star, mais d’un portrait de l’Amérique par un musicien qu’elle repousse autant...

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PJ Harvey – Rid Of Me

PJ Harvey – Rid Of Me

En 1993, lorsque PJ Harvey s’adjoint les services de Steve Albini, elle n’est encore qu’une promesse parmi d’autres (pas besoin de name dropping, ON EST EN 1993). Et Steve Albini n’est pas encore “le gars qui a enregistré In Utero“, mais au moins Goat (Jesus Lizard), Pod (The Breeders) et Surfer Rosa (Pixies). Pas tout à fait un bleu, donc. L’une des grandes qualités de Steve Albini est de ne pas polir le son de ses artistes, les laisser s’exprimer, en conserver la substantifique moelle sans trop chercher à le faire mousser artificiellement. Ce n’est pas pour rien que la mention “recorded (enregistré) by Steve Albini” est plus souvent présente sur ses disques que “produced by…”. Ceci étant précisé, on a parfois le sentiment que sur cet album, il s’est montré un brin timide (ou fainéant, c’est selon). Car la prod de Rid Of Me, totalement à nue, manque un peu de puissance quand même. Mais Polly Jean était alors un fauve indompté, rempli de rage, n’hésitant pas à camoufler ses mélodies sous trois couches de disto. Alors le mariage fonctionne, forcément (même si un coup de boost a posteriori ne serait pas de refus). Dès l’entame de l’album et son morceau-titre, la tension est palpable, on entend davantage les mouches voler que la voix de PJ, à peine audible. Mais l’explosion est proche. Et elle va tout envoyer valser. “Lick my legs I’m on fire, Lick my legs of desire” hurle la dame à qui veut bien l’entendre. L’auditoire est tout ouïe. Et ne demande qu’à s’exécuter. Le ton est donné, le rock fiévreux sera la norme sur ce disque. Même Bob Dylan aura droit à son charcutage en règle (“Highway 61 Revisited”). Mais derrière la rugosité de l’interprétation (l’explosive “Rub Til It Bleeds”, sèche comme un coup de trique, les riffs dissonants Nirvanic Youthesques de “Hook”), le groupe sait rester extrêmement mélodieux (“Missed”, “Dry”, portés par la voix ensorceleuse de Polly et des refrains mémorables). L’inquiétante “Man-Size Sextet” (et ses violons diaboliques), qu’on pourrait croire issue du cerveau torturé de Nick Cave, donne un avant-goût de la direction plus arty que prendra la carrière de la demoiselle par la suite. Impensable alors, avec des “Me-Jane” ou “50 ft. Queenie”,  dignes du Soundgarden testostéroné des débuts. On est à mille lieues d’imaginer que la gamine fougueuse deviendra la prêtresse qui déclame aujourd’hui, à grands renforts de cuivres, des ambiances plus New Orleans que Seattle. Avec cet album incandescent, dans la continuité de Dry mais plus constant dans l’intensité, PJ Harvey s’imposait comme une artiste énervée et éminemment talentueuse. Dans la foulée, elle allait enquiller avec trois merveilleux disques (To Bring You My Love, Is This Desire?, Stories From The...

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The Breeders – All Nerve

The Breeders – All Nerve

Ils nous prennent vraiment pour des billes, chez 4AD ! Bien sûr, ils nous disent que les Breeders vont sortir un disque cette année. La belle affaire ! Ça va faire plus de 5 ans qu’on nous fait le coup. Heureusement, chez Exitmusik, on n’est pas nés de la dernière pluie. J’avoue, ils ont bien fait leur coup cette année, et on aurait facilement pu tomber dedans. Déjà, ils ont sorti un single l’année dernière. Le single était excellent, la face b aussi. Du pur bonheur comme les Breeders savent en créer, qui ne peut que donner envie de renquiller sur un long format. On aurait pu s’y laisser prendre, si on nous avait pas fait à peu près la même en 2012 avec “Walking With A Killer”, suivi de plus rien. On n’allait pas se mettre à y croire pour si peu. Ensuite, ils ont annoncé une date de sortie. Le 02 mars. C’est bien fait, c’est crédible. Sauf que le 02 mars, c’est la veille de mon anniversaire, et s’ils avaient voulu dire aux gens quoi m’offrir cette année, ils ne s’y seraient pas mieux pris. Comme par hasard. Bref, on restait sceptique et vigilant, quand on a reçu des liens presse. Là, normalement, tout le monde se serait fait avoir. Nous-même, nous avons failli nous faire prendre. Sauf qu’on les a écoutés, les liens. Alors, soyons beaux joueurs, c’est super bien fait. La voix de Kim Deal, parfaitement imitée, avec même ce timbre un peu fragile, ce manque de justesse un chouia plus flagrant histoire de montrer que sa voix a vieilli. Le son parfaitement reconnaissable, rock noisy et pop avec un côté foutraque punk parfaitement dosé. La batterie, magistrale (“Skinhead #2!!), exactement comme si Jim MacPherson était vraiment revenu derrière les fûts. Les lignes de basses superbes, et la voix de Josephine Wiggs à s’y méprendre sur un des morceaux. Sérieusement, si vous tombez dans le panneau, je ne pourrai pas vous en vouloir. Mais forcément, c’était trop bien fait. Quel groupe sort encore des albums aussi bons après 10 ans d’absence et presque 30 ans de carrière ? Sortir 11 tueries sur 11 titres (moins, peut-être, une reprise d’Amon Düül 2, et encore), évoquer ses anciens albums (Pod avec l’éthérée “Dawn : Making An Effort”, par exemple) sans jamais se répéter, proposer tour à tour du bordel noisy (“Metagoth”), du tube power pop (“Wait In The Car”), du rythme ternaire enlevé (“Howl At The Summit”, magnifique), des morceaux calmes planants (“Spacewoman”) ou en tension (“All Nerve”) et réussir à chaque fois brillamment, c’est donné à qui ? Et franchement, si on tenait vraiment un groupe en aussi grande forme après toutes ces années, quel...

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Turbonegro – Apocalypse Dudes

Turbonegro – Apocalypse Dudes

Il y a 20 ans sortait l’un des plus grands albums de rock des années 90. Et celui-ci ne vient ni de l’Ouest des États-Unis, ni d’Angleterre, ni même d’Australie ou d’Irlande. Non, l’un des plus grands disques de rock de la fin du 20ème siècle vient de Norvège. Qui l’eut cru ? Certes, la Scandinavie est plus connue pour ses groupes de metal extrême ou de punk hardcore, que pour son rock de bon goût. Il n’empêche que ce disque est la raison pour laquelle Turbonegro est aujourd’hui un groupe qui compte pour tant de personnes. La raison pour laquelle ils ne sont pas un énième groupe de punk. Mais Apocalypse Dudes, c’est avant tout l’histoire d’un groupe qui réussit sa mutation, qui franchit un gouffre… et un putain d’album de rock. Ass Cobra avait confirmé à ceux qui y avaient prêté l’oreille, malheureusement peu nombreux à l’époque, que Turbonegro était un groupe de punk à suivre, capable d’apporter des mélodies bien tubesques à ses morceaux punk énervés. Cet album avait permis au groupe de sortir la tête de l’eau, de mettre les galères du début derrière eux et d’aller de l’avant. Puis, il y a eu une histoire de pizza. Car entre l’enregistrement et la sortie d’Ass Cobra, presque deux ans se sont passés et deux membres du groupe sont partis, dont le guitariste Pål Pot, qui après un voyage en Thaïlande, se reconvertit en gérant de pizzeria. En son absence, Happy Tom reprend la basse et propose le poste de guitariste par interim à Knut Schreiner, surnommé Euroboy du nom de son autre groupe. Schreiner a été bercé au rock glam des 70s, Stooges période James Williamson en tête, et apporte une touche technique loin des riffs hardcore et des solos minimalistes qui étaient la norme jusqu’ici. Si bien que quand Pål Pot revient, il n’est pas en mesure de jouer les nouveaux morceaux et se retrouve clavier/danseur. Le nouvel album, écrit dans la foulée, repose sur une superbe conjonction d’éléments : les aspirations de Happy Tom d’écrire des morceaux plus élaborés, mélangeant l’énergie punk avec des aspects hard rock et rock 70s sont rendues possible par la maitrise d’Euroboy à la guitare et le nouveau batteur Chris Summers qui renforce la section rythmique, tandis que le côté glam est sublimé par la voix et le charisme d’Hank Von Helvete, qui arbore désormais les soleils noirs à la Alice Cooper. La présence scénique est accentuée par le nombre de musiciens (2 guitaristes, 1 bassiste, 1 batteur, 1 chanteur et 1 claviériste/danseur) et leur look gay agressif en jean de la tête aux pieds, les discours débiles de Hank et les fameuses ass rockets, feux de bengale allumés...

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