Unspkble – Friction EP

Unspkble – Friction EP

(Rejuvenation/Kerviniou, 6 juin 2020) Pendant que tout le monde se caresse plus que de raison sur le nouvel album de Fontaines D.C. brandissant des “album de l’année !” en août, alors qu’ils l’auront oublié dans deux mois quand sortira le nouvel Idles, voilà un nouveau fier représentant post-punk français qui déboule de Montpellier. Et après Lonely Walk en janvier, Tchewsky & Wood l’an passé, Litovsk, Frustration, Vox Low (plus dubby/dansant), Dewaere (plus teigneux/noiseux) et bien d’autres précédemment, on peut se targuer d’avoir de quoi la ramener un peu dans nos contrées et cesser de s’exciter sur les premiers britanniques venus. L’artwork superbe ne fait guère de mystère quant aux intentions du groupe, pas de place ici pour les ballades mièvres et les sourires bienveillants. Et d’emblée, “Irreversible” extrêmement offensif et oppressant, nous malmène comme il se doit. Puis la basse de Greg Reju (par ailleurs boss tyrannique du label très recommandable Rejuvenation) se pointe et relève les cadavres un à un, les invitant à s’agiter dans une danse macabre irrémédiablement groovy (“Questioning Collapse”). “We gonna bring you down” assène Dion Lax, à qui on pouvait reprocher dans un premier temps une voix un peu passe-partout dans cet exercice, mais force est de constater qu’il mène remarquablement sa troupe, le tout avec un accent anglais impeccable (le serait-il ?). S’il a ôté quelques voyelles à l’un des titres de Killing Joke, Unspkble a bien conservé l’esprit du groupe de Jaz Coleman (avant qu’il ne vire metalleux) et il n’est pas rare d’y songer. Malgré tout, les montpelliérains parviennent à faire oublier les imposantes références (ajoutons PiL ou The Sound pour faire frétiller le tout-venant), varient également en allant tâter du clavier (“Where All Hope Dies”, plus synthétique mais non moins tendu, dont le break à mi-chemin devrait effrayer plus d’un couard) et brise nos dernières résistances avec “Mesmerized” dont l’intro crasseuse et vicelarde pousse à longer les murs tandis que les gémissements du chanteur et claviers malaisants pourraient bien nous hanter quelques temps… Ce n’est certainement pas de ce disque dont vous entendrez le plus parler, ce ne sont pas ses singles qui seront portés aux nues mais si vous cherchez le grand Friction, c’est peut-être chez Unspkble que vous le trouverez. Les ignorer serait inxcsble. Jonathan Lopez Écoutez l’EP ci-dessous et achetez-le (c’est un ordre) en digital ou vinyle là (mais autant attendre vendredi quand Bandcamp versera la totalité des recettes aux artistes). FRICTION by...

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DISCO EXPRESS #2 : Beastie Boys

DISCO EXPRESS #2 : Beastie Boys

À l’opposé de notre rubrique sobrement intitulée « discographies » qui se veut objective, exhaustive et documentée, nous avons choisi ici de vous résumer chaque mois des discographies avec concision, après une seule réécoute (quand ce n’est pas la première !) de chacun des disques. Des avis tranchés, des écrits spontanés, plus ou moins argumentés avec une bonne dose de mauvaise foi et d’amateurisme. Cause hey, this is just music! Licensed To Ill (1986) : “here’s a little story i’ve got to tell about…” Ça commence par un riff bien gras, ça sample les Clash, Led Zep… Une évidence : les Beastie ne sont pas comme les autres. Alter egos blancos de Run DMC, anciens punks chapeautés par Rick Rubin qui va les propulser dans une autre dimension, les trois MCs sont avant tout des potes avec une gouaille d’enfer et ce disque, avec ses imperfections, ses délires à la con (« Girls » qui postule parmi les textes et l’instru les plus débiles de l’histoire), ses tubes immortels (« Fight For Your Right », « No Sleep Til Brooklyn », « Brass Monkey ») est surtout un énorme kiff basique, sans calcul, rentre dans le chou. JUBILATOIRE. Paul’s Boutique (1989) : franchement enchainer là-dessus, c’est la grosse classe. Après la machine à tubes et la popularité soudaine, les Beastie se maquent avec les Dust Brothers, samplent à tout-va et ne se fixent aucune limite (ils pillent même les Beatles sur « Sounds Of Science »). Résultat, c’est moins accessible, fourre-tout à mort, beaucoup plus groovy/funky que rock teigneux mais toujours aussi génial. Les délires sont toujours là (improbable « Egg Man », le country « Johnny Ryall »), la folie est palpable (« Hey Ladies »), le génie est partout (« Shake Your Rump », « Shadrach »). Ultime preuve, cette “Bouillabaisse” finale de plus de 12 minutes qui part dans tous les sens, et toujours dans le bon. On a déjà compris que les Beastie et nous, c’est pour la vie. Check Your Head (1992) : ce n’est clairement pas celui que j’ai le plus écouté et je ne me l’explique pas vraiment (moins aventureux que Paul’s Boutique ? Ah bon. Moins tubesque que Licensed To Ill et Ill Communication. Vraiment ?) car objectivement… QUELLE TUERIE ! Que ce soient les sensationnelles « Pass The Mic », « So What’cha Want », la punky « Time For Livin’ », les instrumentales groovy en diable « Something’s Got To Give », « In 3’s », « Groovy Holmes »… Rien ne ressemble plus à un morceau des Beastie Boys qu’un autre morceau des Beastie Boys et pourtant il n’existe aucune formule magique tant leur spectre est large. Ill...

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Fontaines D.C. – A Hero’s Death

Fontaines D.C. – A Hero’s Death

(Partisan, 31 juillet 2020) Un an à peine après l’excellent Dogrel, Fontaines D.C. remet le couvert avec ce très attendu et toujours délicat second album. Maturité, pétard mouillé, transition, chacun choisira son camp au moment de juger ce A Hero’s Death des dublinois. C’est avec le single du même nom que les hostilités furent lancées en mai par la bande à Grian Chatten, turbulent chanteur au bagout toujours aussi addictif. “Life ain’t always empty” répète-t-il inlassablement en plein confinement. Et le bougre finit par nous donner une furieuse envie de lui montrer à la vie de quel bois on se chauffe. Pas le meilleur titre de cet album à la première écoute (mais il se bonifie peu à peu), et on a pu craindre alors que ce second album pourrait rejoindre la cohorte des disques déceptions. Mais Grian Chatten a cette voix particulière capable de véhiculer une belle palette d’émotions et de porter bien plus haut que prévu le post-punk, classique mais incisif, de son groupe. En outre, le mix ne se prive pas de la mettre au premier plan, peut-être un poil trop, au détriment de guitares plutôt inspirées, mais votre serviteur tâte un peu de la six-cordes, d’où un avis divergent en matière de mixage. Ah ces chanteurs ! Et dès le second single qui ouvre ici l’album, « I Don’t Belong » nous rejoue même la spéciale post-punk canal historique (cette intro !). On a beau connaître notre Unknown Pleasures par cœur, on se laisse facilement berner par ces irlandais malins. D’autant qu’ils dégainaient il y a un mois, en parfait teasing, leur troisième single, le bombastique (!) « Televised Mind » qui va tourner en boucle, au moins autant que « Boys In The Better Land » l’an passé. Riff sourd de basse en intro, guitares diaboliquement incisives, et Grian Chatten qui emballe le tout. Killer tune. Là où Dogrel paraissait décousu et frondeur, avec une énergie enthousiasmante mais un tracklisting un peu désordonné (ce qui avait aussi son charme), les dublinois serrent le jeu sur ce deuxième opus. Alternant efficacement énergie débridée (« A Lucid Dream » vaguement shoegaze, « Televised Mind », « A Hero’s Death ») et ambiances plus subtiles comme ce « Love Is The Main Thing » à la batterie entêtante et déclamé d’une voix blanche. Ou le délicat « You Said » aux guitares délicieusement irritantes. Ils ne s’autorisent qu’un titre à moins de 3 minutes avec « Oh Such A Spring », qu’on qualifiera, selon l’humeur du jour, de bluette gênante ou de pause mélancolique bienvenue en milieu d’album. On déplorera un seul morceau un poil paresseux : « I Was Not Born », pas inoubliable, qui aurait...

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Hifiklub + Matt Cameron/Daffodil/Reuben Lewis – Rupture

Hifiklub + Matt Cameron/Daffodil/Reuben Lewis – Rupture

(Electric Valley, 31 juillet 2020) Il était grand temps que je me mette à Hifiklub et je me demande bien ce qui m’a retenu jusque-là. Pas leur CV en tout cas, à faire pâlir Steve Albini ou, a minima, à peu près n’importe quel artiste rock français puisque les toulonnais ont déjà croisé le fer avec Lee Ranaldo (Sonic Youth), Alain Johannes (QOTSA), Jad Fair (Half Japanese), Mike Watt (Minutemen, The Stooges), Duke Garwood (comparse de Lanegan, déjà évoqué à maintes reprises ici) et bien d’autres et se frottent donc ici à l’immense batteur Matt Cameron (Soundgarden, Pearl Jam), avant une sortie à l’automne d’une nouvelle collaboration avec Roddy Bottum (Faith No More) cette fois*. Bref, leur carnet d’adresse impressionne, le résultat qui découle de leurs rencontres se révèle à la hauteur (j’ai pris le temps de rattraper mon retard, pensez-vous) et la productivité du trio à géométrie variable semble ne pas encore connaitre de limites. J’aurais pu connaitre pire baptême du feu que ces six titres admirables enregistrés durant le confinement avec Matt Cameron, Reuben Lewis (trompettiste de jazz expérimental) et Daffodil (producteur de renom et collaborateur régulier) qui se plient à l’exercice, sans doute avec délectation, et se fondent dans le moule remarquablement. Hifiklub fonctionne ainsi, se nourrit des rencontres, je crains donc qu’on ne soit tenté d’écrire à propos de ces jeunes gens que la collaboration coule de source, chaque fois qu’on chronique un nouveau projet. Là, on est bien forcés de l’admettre en tout cas. Cette étrange épopée déboule « Sans préavis » (du nom du morceau d’ouverture) qui pose le jeu intelligemment, non sans instaurer une ambiance inquiétante et faire régner l’incertitude. Rupture ne cède ensuite jamais à la facilité, est bâti – comme son nom ne l’indique pas – sur de lentes progressions hypnotiques, entre nappes synthétiques, guitares distordues et basse imposante. Entre climat tendu et explosion soudaine. Évoquant tour à tour du Swans (le chant lointain incantatoire) copulant avec Nine Inch Nails quand tout s’embrase (“L’air d’un Vaincu”), une trompette égarée dans la Black Lodge de Twin Peaks le temps d’un songe éveillé (“Navire De Sauvetage”) ou encore une bande originale SF illustrant une course-poursuite perdue d’avance (“Cavale”). Les transitions sont ciselées, la construction remarquable et ce disque, quasi mystique, guidé par l’envie impétueuse d’explorer et donc à ne pas mettre entre toutes les oreilles, réussit l’exploit de ne jamais sembler linéaire malgré l’enchainement de titres liés les uns aux autres. Au casque, l’expérience est sublime et la tentation de s’y replonger assez obsédante. Comptez sur nous pour prendre le temps de le faire, en attendant l’arrivée du nouveau venu avec Roddy Bottum qui, nous souffle-t-on dans l’oreillette, devrait valoir le détour...

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Lights… Camera… Revolution! de Suicidal Tendencies a 30 ans. Chronique

Lights… Camera… Revolution! de Suicidal Tendencies a 30 ans. Chronique

(Epic, 3 juillet 1990) Le punk hardcore et le thrash metal ne sont pas franchement les premiers styles que j’évoquerais si je devais décrire mes goûts à une personne engageant une discussion musicale avec moi. Le côté toujours plus vite, plus fort, plus fou, c’est rarement mon délire. Je n’ai jamais fait de skate non plus (mes chevilles me remercient), encore moins porté de bandana (mon style a déjà été assez malmené comme ça) et pourtant, dès l’instant où j’ai posé mes oreilles fragiles sur Suicidal Tendencies, j’ai rejoint leur secte – ou devrais-je dire leur armée (les vrais savent). Il existe même des preuves de mon implication sur les tréfonds du dark net où l’on peut me voir beugler comme un goret « ST » après avoir investi la scène aux côtés de quelques illuminés heureux. Pour m’initier, il fallut attaquer par le nec plus ultra, l’immense The Art Of Rebellion, sixième album sorti en 1992 et qui faisait suite à ce Lights… Camera… Revolution! qui n’a pas grand chose à lui envier. Pourquoi eux ? Qu’est-ce qui m’a poussé à tomber dedans à pieds joints (hormis un pote bien intentionné qui, à quelques semaines d’intervalles, m’initiait à ST et NIN, il se reconnaitra) ? Et bien, c’est tout con. Ce groupe, à son sommet comme ici, mêle brillamment les qualités du punk et du metal, ne sombre ni dans le goth clicheton ou la roulette débile et a donc de quoi réconcilier les skaters à patchs et les metalleux à crête. Ou l’inverse. Pourtant, ce n’était pas gagné d’entrée pour ces excités qui eurent l’insigne honneur d’être désignés « pire groupe/plus grands connards » par le fanzine Flipside en 1982. Ils ne l’avaient peut-être pas complètement volé même si, dès leurs débuts, on se doutait qu’ils n’étaient pas voués à évoluer en troisième division du punk (vous vous êtes déjà mangés « Institutionalized » en pleine face ? Non ? Il est temps alors) et ont vite bifurqué vers un mélange des genres audacieux qui ne sent pas l’arrivisme, et encore moins l’approximation. Non, ce sont bien les personnalités de chacun qui ont conduit à ce crossover fameux, débordant d’enthousiasme et de spontanéité. Pourtant ce n’était pas gagné (bis), Suicidal Tendencies ayant subi autant de changements de line up que les effectifs de l’OM et du PSG réunis dans les années 2000, mais il a su conserver son éternel leader ô combien charismatique, le doux dingue Mike Muir, sans qui il aurait probablement perdu sa raison d’être. Mike Muir qui, en concours de mots débités à la minute, pourrait presque donner des sueurs froides à Eminem et est également capable de pondre des mélodies vocales formidablement contagieuses (« Alone...

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Crack Cloud – Pain Olympics

Crack Cloud – Pain Olympics

(Meat Machine, 17 Juillet 2020) Voilà un objet musical non identifié qui risque de marquer 2020 de son empreinte. Comme un graffiti anarchique sur un mur après une émeute. Ce Pain Olympics, 1er album de Crack Cloud, collectif canadien DIY hétéroclite d’une quinzaine de membres, est déroutant et chaotique. Comme notre époque. Mais il s’en dégage aussi une sorte d’énergie désespérée, et parfois quelques instants de grâce assez sublimes que l’on n’attendait pas au milieu d’un socle estampillé post-punk. Avec « Post Truth », le titre qui ouvre l’album, Crack Cloud joue avec le feu. Il a placé la barre tellement haut dès le début que le reste de l’album va peiner à se remettre de ce choc esthétique initial. Les frontières stylistiques volent ici en éclats. Ça fait un moment que je n’avais pas entendu ce genre de titre fourre-tout génial qui te fait perdre tes repères. La claque ! Riff post-punk groovy en ouverture, puis une chorale céleste sortie de nulle part (à faire pâlir d’envie les compatriotes d’Arcade Fire, en PLS), cuivres et cordes en folie, et au détour d’une trompette, l’instant de grâce (!). Puis tranquille, un petit passage d’électro énervée et voilà la chorale qui revient ! En un peu moins de 6 minutes, on a voyagé comme rarement. Ça fait un paquet d’idées à la minute ! Assurément un des titres de 2020. Bon, forcément, avec seulement huit titres et le meilleur d’entrée (?), ça pouvait ressembler à un pétard mouillé cette entreprise. « Bastard Basket », le deuxième titre, joue d’ailleurs la rupture et s’en sort avec les honneurs en proposant un post-punk minimaliste et hypnotique bien efficace avec quelques cuivres free du plus bel effet. Classe. « Ouster Stew », titre envoyé en éclaireur dès le mois de mai, flirte lui carrément avec les 80’s synthétiques, pas ce que je préfère, mais ces deux petites minutes sont quand même carrément addictives (les Talking Heads approuvent). Bon, on trouve aussi deux autres titres de deux minutes à peine – « Somethings Gotta Give » et « Favour Your Fortune » – qui vont plutôt flirter avec le hip-hop. Pas les meilleurs, mais le hip-hop n’est pas tout à fait mon terrain favori. Le premier aurait mérité bien plus de longueur, surtout avec ces cordes inattendues assez élégantes. Le second propose un court hip-hop indus trop faible pour rivaliser avec le niveau du reste de l’album. D’autant que « The Next Fix » juste avant, sombre récit sur l’addiction, mélangeait à nouveau les genres avec brio. Et avec à nouveau une chorale qui te fout la banane ! Le clip est plutôt réussi au passage. Puissance et joie du collectif pour exorciser les...

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Giant Sand – Ramp (Réédition)

Giant Sand – Ramp  (Réédition)

(Fire, 17 juillet 2020 – sorti initialement chez Rough Trade en 1991) Le 19 avril 2016, j’assistais avec mon épouse, grande fan de Howe Gelb devant l’éternel, à ce qui devait être le dernier concert de Giant Sand, pour l’occasion rebaptisé Giant Giant Sand, la formation généralement composée de quatre musiciens étant ce soir-là étendue à tout un casting de musiciens venus du Danemark et de Tucson, Arizona – terre d’origine du groupe. Au final, le concert, plutôt bon, servit essentiellement à promouvoir le dernier album en date, Heartbreak Pass. Howe laissa le micro à ses musiciens – dont sa fille Patsy – ainsi qu’à Jason Lytle de Grandaddy pour quelques morceaux et le seul moment faisant penser à un concert d’adieu fut la reprise de « Tumble And Tear », un morceau du tout premier album Valley of Rain, interprété ce soir-là avec le batteur originel. Quelques jours plus tard, Giant Sand redonnerait un concert à son retour à Tucson, avant de repartir sur les routes en 2019. Je ne me faisais pas grande illusion quant à la sincérité de cet « adieu à la scène » : Howe Gelb, mi-héros mi-escroc, nous préparait sans doute une entourloupe de plus. L’homme, qui a sans doute sorti plus de cinquante albums si aux vingt-sept de Giant Sand (chiffre non contractuel, surtout si on compte les bootlegs, les disques de démos, d’inédits, les shows enregistrés à la radio, ceux sortis uniquement pour être vendus en tournée, etc.), on ajoute ses disques solo et ceux de ses multiples avatars (The Band of Blacky Ranchette, Arizona Amp And Alternator, Op8, etc.), n’a eu de cesse de réinventer son histoire, de la recycler même, au cours des quarante dernières années. Il a réenregistré certains de ses morceaux une bonne dizaine de fois, de sorte qu’il est parfois impossible d’en retracer les versions originales. En fait, lorsqu’on considère cette discographie pléthorique et aussi foutraque que le desert rock – mélange de garage, d’indie rock lo-fi, de country-folk et d’éléments de musique mexicaine – dont Howe Gelb s’est fait l’émissaire, on finit par se demander si la notion traditionnelle d’album a grande importance pour lui. Quand on enregistre des chansons à ce point à l’arrache qu’on peut parfois entendre la sonnerie du four à micro-ondes dessus – véridique – le concept d’album, ce format devenu roi grâce à des chefs-d’œuvre comme Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band et dont on annonce prématurément la mort depuis vingt ans, a-t-il vraiment du sens ? La musique de Giant Sand semble par moment tellement accidentelle qu’on en vient à se demander s’il ne s’agit pas que d’un prétexte pour jouer avec des potes et partir en tournée. Ainsi,...

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Protomartyr – Ultimate Success Today

Protomartyr – Ultimate Success Today

(Domino, 17 juillet 2020) Protomartyr a toujours été un peu en décalage. Né sur les terres du proto punk (Détroit), le quatuor a choisi de faire du post punk et il semble aujourd’hui se rapprocher de la fin quand le revival du genre bat son plein (ce qui n’est certes pas nouveau mais plus que jamais porteur). Nul besoin en effet de faire preuve d’une imagination débordante pour envisager ce disque comme leur dernier, pour peu qu’on prête un minimum d’attention aux textes. Entendre Joe Casey déclamer « So it’s time to say goodbye. I was never keen on last words », l’écouter chanter à propos de ce « Day Without End » ne manque pas de soulever des interrogations*… et de susciter bien des craintes. Car si Protomartyr devait s’arrêter là, il nous manquerait terriblement. Le quatuor a beau n’avoir rien inventé, il a un truc de plus que ceux qui recyclent avec talent. Une identité plus affirmée, peut-être. Une singularité plus évidente, sans doute. Ou simplement de meilleurs albums que les autres. Si la musique de Protomartyr ne manque pas de ce sentiment d’urgence souvent indissociable du punk (et indispensable au genre), elle dégage toujours cette puissante mélancolie qui lui confère une dimension supérieure, et elle est ici peut-être exprimée avec encore plus d’intensité qu’auparavant. L’ajout d’instruments de musique classique (flûte, clarinette, violoncelle…) y est pour beaucoup, bien sûr, puisqu’il viennent renforcer l’impact du chant monocorde de Casey et de ces fameuses guitares qui nous font immanquablement chialer (« The Aphorist », l’outro sublime de « June 21 » et le final déchirant que constitue « Worm In Heaven »). Ce qui ne signifie pas que Ultimate Success Today est le meilleur album de Protomartyr, nous ne serions pas honnêtes envers nous-mêmes si nous écrivions cela. Incontestablement moins immédiat, le disque est également le reflet d’un groupe qui maitrise son affaire mais n’a probablement jamais paru si désabusé. Il y a plusieurs années de cela, on avait pu être surpris que l’imparable « Pontiac 1987 » ne soit pas le single de The Agent Intellect, ici le choix de « Processed By The Boys » qui ne nous faisait ni chaud ni froid au départ, nous parait désormais comme une évidence absolue. Et c’est assez symbolique de ce disque qui, jamais ne cherche à faire étalage de sa toute-puissance et ne se contente de multiplier les assauts (même s’il contient son lot de titres saignants comme « Michigan Hammers », « Tranquilizer » ou « I Am You Now » qui semble emprunter le riff de « Paranoid » du Black Sab’), mais se cherche constamment de nouvelles voies, tout en exprimant cette même anxiété omniprésente, par le biais...

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Cloud Nothings – The Black Hole Understands

Cloud Nothings – The Black Hole Understands

(3 juillet 2020) On s’est tous occupés comme on pouvait, pendant le confinement. Alors que certains ont croulé sous le boulot couplé à la gestion des enfants, d’autres ont dû se creuser la tête pour trouver des activités plus ou moins constructives pour ne pas péter les plombs. Dylan Baldi, lui, en a profité pour composer et enregistrer un album complet de Cloud Nothings. Et il ne s’est pas vraiment moqué de ses auditeurs puisqu’avec 10 titres au compteur, il s’agit du disque le plus fourni depuis que le groupe est un groupe. En effet, auparavant, Baldi était seul à bord et jouait de tous les instruments. D’ailleurs, il n’y a pas que le format qui rappelle les premières sorties de Cloud Nothings. Là encore, Dylan Baldi joue de tous les instruments à l’exception de la batterie, et l’ambiance générale, beaucoup plus calme, renvoie directement à ce qu’il faisait avant de travailler avec d’autres musiciens. Les grosses vagues de bruit ont presque disparu, de même que les cris, et il n’y a pas de morceau fleuve au milieu de l’ensemble. Cependant, on aurait tort de croire à un retour en arrière puisque The Blackhole Understands est bel et bien un album collectif. Tout a été composé et travaillé en aller-retour entre Baldi et le batteur Jayson Gerycz, entre Philadelphie et Cleveland. Certes, le processus d’écriture a été différent de celui des albums précédents, avec beaucoup moins d’espace pour une mise en place des morceaux en live, et donc moins de place à l’improvisation, mais le résultat est complètement dans la lignée de ce que fait le groupe aujourd’hui. Ou plutôt, il représente la fusion entre les deux mondes, l’indie pop accrocheuse, mélodique et mélancolique que faisait Baldi seul dans sa chambre et le rock énergique et dévastateur du groupe Cloud Nothings. À cette image, les titres peuvent allier sans problème des plans instrumentaux rentre-dedans avec des mélodies de chant douces et qui rentrent instantanément dans la tête (« The Sound Of Everyone », « Right On The Edge », « The Black Hole Understands »). On a vraiment ici une démonstration de pop, mais contrairement à Life Without Sound, cela ne se fait pas par le biais d’une production qui aseptise les compositions. Au contraire, on a enfin l’impression que les deux aspects du groupes rentrent en parfaite harmonie, et peu importe que « A Weird Interaction » pourrait évoquer du Elliott Smith, ou que « The Mess Is Permanent » soit un parfait morceau de pop rock teenage, on ne doute pas une seule seconde qu’il s’agit bien d’un disque de Cloud Nothings. Cloud Nothings à son meilleur niveau, dont les morceaux n’ont pas à rougir une seule seconde face à leurs grands frères plus énervés...

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Louis Jucker & Coilguns – Play Kråkeslottet [The Crow’s Castle] & Other Songs from the Northern Shores

Louis Jucker & Coilguns – Play Kråkeslottet [The Crow’s Castle] & Other Songs from the Northern Shores

(Hummus Records, 10 juillet 2020) Autant le dire de suite, je ne connaissais pas du tout le suisse Louis Jucker et le groupe Coilguns avant de démarrer cette chronique. Mais rien de tel que d’avoir zéro a priori avant de découvrir un nouvel artiste. Après, ça matche ou pas. Et dès les premiers accords de « We Will Touch Down », l’oreille a frétillé. Toujours bon signe. Ce disque est le témoignage brut (car enregistré live en studio et en deux jours) de la tournée de Louis Jucker avec Coilguns pour défendre l’album Kråkeslottet. Quoi de mieux donc que de découvrir un artiste dans son élément naturel surtout à l’heure où l’on est dans l’impossibilité de le faire dans une salle ? En seulement 9 titres, le suisse a gagné en tout cas le droit à ce qu’on s’intéresse de plus près à sa discographie annoncée éclectique. Si Coilguns lui assure un soutien certain pour un indie rock puissant, efficace, voire noisy, le disque ne se limite pas à ce seul style. Et c’est tant mieux. C’est ainsi que, au détour du riff stoner de ce « Woman Of The Dunes », classique mais so 70’s, on se dit que ces gars-là ont effectivement plus d’un tour dans leur sac. Dans une fin d’album très hétéroclite (!), on peut ainsi apprécier la palette de tout ce petit monde. Après le stoner, on a droit à notre grande surprise aux presque 9 minutes neurasthéniques de « Merry Dancers ». Tempo de tortue, claviers lancinants, guitares lointaines, chant poignant. Totalement inattendu mais assez sublime. Et pour finir, « Stay (In Your House) », 8 minutes où on va plutôt explorer un post-rock d’abord silencieux avant de se faire méchamment bouger dans un final agressif qui n’incite guère à la désobéissance. Stay in your house! Ainsi, après quelques écoutes, ce triptyque final rehausse même considérablement la note artistique de cet album. Déjà que le trio de titres qui ouvraient nous avaient bien convaincus ! « We Will Touch Down » marquait les premiers points avec ses guitares incisives et aventureuses. « Seagazer » nous emmenait en terre noise avec une rythmique frondeuse addictive et Louis Jucker qui s’époumone. Et « A Simple Song » ne relâchait pas la pression avec son allure menaçante toutes guitares dehors. Avec « The Stream », première embardée vers des territoires inattendus. Et pas loin du krautrock. Batterie sous speed, claviers vintage, rythme métronomique. Surprenant. Autant que « Storage Tricks », délicat folk à peine électrifié où la voix de Louis Jucker joue la carte de l’émotion. Presque égaré au milieu de l’album, mais qui renvoie aux compositions plus boisées de la discographie du suisse. Mais c’est...

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