Echoplain – Echoplain EP

Echoplain – Echoplain EP

(Atypeek, 15 septembre 2019) Qui sont donc les trois salopards qui sévissent dans Echoplain ? Deux anciens fils de Frida, Emmanuel Boeuf (guitare-chant) et Clément Matheron (basse), cajoleurs d’esgourdes sans pareil, accompagnés de Stéphane Vion (La Diagonale Du Fou, Velocross), copain batteur à la frappe lourde mais au cœur tendre. Trois hommes, trois morceaux, trois parpaings. Tâchons de nous montrer aussi concis qu’eux : des lignes de basse qui suintent l’anxiété, des fûts violentés, une guitare hurlante qui ne veut rien céder et ne jamais s’épancher. De l’urgence, de la douleur, de la tension, des cris saccadés, des phrases en suspens, des sentences scandées. Allez, reconnaissons de temps à autre une éclaircie, un joli petit break tout ce qu’il y a de plus accrocheur (délicatement délicieux sur “This is”). Rassurant et trompeur, évidemment. Car la raclée se termine toujours comme elle avait commencé. Fesses rouges et yeux baissés. Et un sentiment bien ancré : ces salopards-là ne nous épargneront rien. Et alors qu’on commençait à se dire qu’ils ne nous veulent finalement que du bien, ils nous laissent en plan, avec trois misérables chansons à faire tourner. On ne tiendra pas longtemps. Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sons Of Frida Tous nos articles sur...

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Funeral d’Arcade Fire a 15 ans. Chronique

Funeral d’Arcade Fire a 15 ans. Chronique

(Merge, 14 septembre 2004) Il y a quinze ans, on assistait à l’avènement d’un groupe phare des années 2000 : Arcade Fire. Le groupe canadien, originaire de Montréal, réussissait le coup de maitre de sortir un classique intemporel dès son premier album. Et son meilleur disque (?). Très tôt adoubé par David Bowie (y’a pire pour débuter dans le métier) et acclamé par la critique nord-américaine, Funeral a rapidement déferlé sur l’Europe. Déjà très amateur de la scène canadienne et du label Constellation (Godspeed You! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion, Do Make Say Think…), je suis forcément tombé sur ce disque en 2005 à sa sortie européenne. Avec un nom pareil, on pouvait craindre un album sombre et les premières écoutes furent assez surprenantes. Malgré de nombreux décès survenus dans l’entourage du groupe à l’époque de la genèse du disque, c’est pourtant une énergie folle et un lyrisme incandescent qui émanent d’une bonne partie des 10 titres. Comme une furieuse envie de (sur)vivre. Malgré le deuil, le groupe va aligner hymnes (pop)-rock épiques et addictifs, alternant avec quelques titres touchants et plus introspectifs (le folk élégant de « Neighborhood#4 (7 Kettles) »). L’album est riche, plein de surprises, foisonnant d’instruments divers, et de cordes élégantes. Et malgré une production qui sonne aujourd’hui un peu « plate », le charme opère toujours. Par la grâce d’un songwriting d’orfèvre. Dès les premières notes de piano de « Neighborhood#1 (Tunnels) », on replonge. Le rythme en crescendo, le motif répétitif piano-guitare, le chant erratique mais habité de Win Butler, les envolées de cordes. Quelle ouverture d’album ! Le groupe a soigné ses effets et la clôture est tout aussi sublime avec ce « In The Backseat » explicite où la voix, tour à tour fragile et déchirante de Régine Chassagne fout le frisson. Sur le titre le plus tragique, évoquant la mort de sa mère. Si l’on peut trouver à redire sur la qualité technique et vocale du duo Butler-Chassagne, la sincérité, la fragilité et l’émotion qui émanent des titres plus intimistes emportent l’adhésion. Et le groupe est par ailleurs capable de semer un beau petit brin de folie dans des titres de facture classique comme « Une année sans lumière » ou « Crown Of Love », au final assez halluciné tout en violons. Ou de s’évader vers d’autres contrées musicales comme sur le tropical « Haiti » qui évoque (en partie en français) le pays d’origine de Régine Chassagne. Mais c’est surtout l’énergie flamboyante du septet qui irradie des titres les plus énervés. Pour un « Neighborhood#2 (Laïka) » un poil faiblard, on a un trio de titres parfaitement disséminés dans l’album pour ranimer le feu qui couve. « Neighborhood#3...

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Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

Mike Patton & Jean-Claude Vannier – Corpse Flower

(Ipecac, 13 septembre 2019) L’annonce de la collaboration entre Jean-Claude Vannier et Mike Patton avait de quoi surprendre de prime abord mais en y réfléchissant bien, elle coule de source. Car Mike Patton, chanteur de Faith No More/Mr. Bungle/Fantomas/Tomahawk/Mondo Cane/Dead Cross (liste non exhaustive) n’est pas à un grand écart vocal près et est un fondu de Gainsbourg. C’est d’ailleurs en travaillant sur un concert hommage à ce dernier qu’il avait rencontré Vannier, compositeur du magistral Histoire de Melody Nelson. Ils avaient alors émis l’idée d’un travail en commun. C’était il y a huit ans… Les liens n’étaient pas rompus, il fallait simplement laisser du temps au temps… Nous y sommes enfin, et de temps nous n’avons guère besoin pour nous assurer que le duo se complète remarquablement : dès “Ballad C.3.3” en fait, où sur un air piano-jazz, Patton déroule son phrasé en mode narrateur décontracté du gland avant que les cuivres ne s’emballent soudainement. Notre fêlé préféré se fend de cris jubilatoires en fin de morceau comme s’il exultait devant cet épatant résultat. C’est un (putain de) “Camion” groovy en diable qui vient parfaire la démonstration avant que Patton n’endosse l’un de ses costumes préférés : celui de crooner/lover le temps d’une “Chanson d’amour” qui fera fondre ses dames (et doucement ricaner – à tort ! – ses messieurs). On ne fera pas preuve du même enthousiasme sur l’ensemble de l’album qui, s’il est admirablement produit et orchestré, n’évite pas toujours les fautes de goûts. “Insolubles” est ainsi particulièrement lourdingue avec ses arrangements qui évoquent la musique méditerranéenne (grecque ? Italienne ? Ça sort de notre domaine de compétence). C’est probablement très sympa en dégustant un souvlaki en bord de mer et on aurait sans doute donné une pièce au groupe en représentation mais dans la grisaille parisienne, on préfère écouter Jessica93 (ou Souvlaki de Slowdive, n’importe où). “Pink And Bleue” atteint, elle, des sommets de mièvrerie avec ses violons mielleux et son refrain franchement pénible. Mais comment interpréter un morceau qui commence par “when i drink too much, i shit my pants” et agrémenté de “listen dumbass, douchebag” ? Sans doute pas très au sérieux. On n’en fera donc pas un drame d’autant qu’auparavant on s’était retrouvé “On Top Of The World” après que d’aimables sifflotements furent expédiés par un refrain ravageur et ô combien jouissif, on s’était réjoui de déguster une “Cold Sun, Warm Beer” déjantée qui sonne très Mr. Bungle, on avait apprécié un petit tour de maison hantée entre frousse et rigolade, façon Sleepy Hollow (“Hungry Ghost”), on était resté interloqué devant “A Schoolgirl’s Day” où Patton se met au spoken word pour nous conter la journée fort banale d’une écolière sur une...

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Pixies – Beneath The Eyrie

Pixies – Beneath The Eyrie

(Infectious/BMG) La carrière de Frank Black ne serait-elle qu’une gigantesque leçon d’ironie ? Pensez-y : – Les Pixies ont été beaucoup snobés par leurs pairs plus friands de noise rock pur et dur et n’ont obtenu qu’un succès d’estime du temps de leur première carrière. – Le groupe s’est séparé avant de pouvoir bénéficier de l’effet Nevermind, alors que Cobain et Novoselic criaient sur tous les toits que “Smells Like Teen Spirit” était un plagiat éhonté de leur formule loudQUIETloud.– Ses premiers albums ont bien mieux marché que les 4 du groupe à l’époque, mais on a commencé à lui reprocher de faire moins bien qu’avec les Pixies.– C’est Kim Deal qui s’est payé la part du lion avec les tubes des Breeders.– Quand il a réuni les Pixies en 2004 en clamant haut et fort que c’était pour l’argent, personne ne s’est plaint, mais maintenant qu’il a vraiment l’air de se faire plaisir à ressortir de la musique avec Lovering et Santiago, on lui reproche de ne faire ça que pour le fric. Allez comprendre… Pourtant, il y en a eu du chemin depuis Come On Pilgrim, et même pas mal de parcouru depuis la fameuse reformation de 2004. Et le temps passe vite, mais ça fait déjà six ans qu’on s’est pris dans la face le départ de Kim Deal et les singles qui allaient devenir Indie Cindy. Aujourd’hui, c’est le 3e album de la formation sans Kim, et mine de rien la bande à Frankie continue son petit bonhomme de chemin vaille que vaille en cherchant son propre rythme. Et fichtre, peut-être bien qu’ils l’ont trouvé cette fois-ci ! Indie Cindy tentait pas mal de choses, mais ne réussissait pas toujours, le résultat était donc mitigé. Head Carrier donnait l’impression d’être en pilotage automatique, sans aucune prise de risque, mais n’avait aucun vrai raté (on oublie le sous “Where Is My Mind?”, d’accord ?). Beneath The Eyrie semble lier le meilleur des deux : sortir un peu des sentiers battus pour se créer une identité sonore propre sans se perdre avec des morceaux douteux (pas d'”Andro Queen” ou de “Ring The Bell”, ouf !). Malgré une production tirant un peu trop sur les années 80 à mon goût, le disque a une identité assez cohérente qui me rappelle les premiers albums solo de Frank Black, mais dont certains titres m’évoquent Leonard Cohen (“Bird Of Prey”), Ennio Morricone ou, plus étonnant, du vieil Alice Cooper (This Is My Fate”) ; bref, pas vraiment ce qu’on s’attend à trouver en premier lieu chez les Pixies, même si ce n’est pas la dose de surf sec, les solos concis de Santiago et la patte mélodique de Black sont bien...

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Last Train – The Big Picture

Last Train – The Big Picture

(Deaf Rock/Caroline International, 13 septembre 2019) Ah le fameux cap du deuxième album ! Classique écueil pour tout groupe qui aspire à une carrière au long cours. Voici qu’arrive The Big Picture, l’attendu deuxième essai d’un groupe français qui monte : Last Train. Précédé d’une (très) solide réputation scénique et d’un premier disque marquant (Weathering), les alsaciens sont attendus par de nombreux observateurs comme les leaders d’un rock français à nouveau fringant. Le groupe capable de réconcilier les puristes du rock indé et le public rock plus mainstream. Ajoutez à cela que le quatuor, à l’instar des gascons de The Inspector Clouzo, a choisi un fonctionnement do it yourself (du vrai rock indé quoi !) et qu’ils organisent même leur propre festival en septembre du côté de Lyon ! Avant d’aller (re)goûter sur scène l’énergie du groupe et le voir défendre la rage au ventre cet album, penchons-nous sur ces 10 titres. Superbe teasing que les 2 titres déjà dévoilés ces dernières semaines et qui offraient un bon aperçu du talent du quatuor. D’abord l’élégant et délicat « The Idea Of Someone », parfaite bande-son pour l’artwork sobre et monochrome de la pochette. Pas de fioritures, de belles mélodies, chant splendide, un peu d’électricité sur la fin. Sobre. Classe. Derrière, « Disappointed » met sa bonne claque. Last Train balance sa spéciale : le rock urgent et rageur, qui m’évoque ici les anglais de Royal Blood. Addictif. A l’image de Weathering qui ne choisissait jamais entre rock furieux et mélodies imparables, Last Train creuse le même sillon (« Right Where We Belong »). Avec une dose plus prononcée de mélancolie cette fois-ci. L’album réserve toutefois quelques petites nouveautés comme un instrumental de piano triste (« A Step Further Down ») ou ce « Tired Since 1994 », ballade (presque) acoustique assez sublime. Intro sobre et délicate, mid tempo languissant, bribes de guitares et cette belle envolée finale avec cordes élégantes. La production, un poil (trop) lisse sur les titres les plus apaisés, ne néglige heureusement pas l’électricité plus abrasive. Dès l’inaugural et tubesque « All Alone », le son est ample, guitares en avant, on met quand même plus de volume (on se fait plaisir !) et on compte les jours avant de voir ça sur scène. L’album est solide, sans temps faible (peut-être « I Only Bet On Myself ») et même un « Scars » a priori faiblard à la première écoute finit par convaincre avec un solo inspiré. Et c’est tout ? Non, puisqu’on a aussi droit à deux morceaux de bravoure que le groupe affectionne (remember « Fragile ») et qui vont faire grimper la cote de ce disque. Avec « On Our Knees », Last...

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Tool – Fear Inoculum

Tool – Fear Inoculum

(Volcano Entertainment/RCA, 30 août 2019) À trop jouer avec nos nerfs, à repousser constamment l’échéance, Tool ne se serait-il pas tiré une belle balle dans le pied ? Forcément treize interminables années après 10,000 Days, l’attente est démesurée et nombreux sont ceux qui se ruent sur l’objet tant convoité en se lançant dans des jugements à l’emporte-pièce le disque à peine écouté, à base de « tout ça pour ça ». C’est tentant, c’est vrai. Un peu futile, aussi. S’il y a un groupe qui nous a appris à nous montrer patients, à laisser monter la sauce pour pénétrer son univers si particulier, c’est bien Tool. On parle de métal progressif, pas de punk à roulettes. Tool, à qui tous ceux qui ont pris la peine de VRAIMENT écouter, reconnaissent au minimum un grand savoir-faire, si ce n’est un génie certain. Tool qui nous livre ici un disque Tool-esque de A à Z, ce qui n’est visiblement pas du goût de tous. On se réjouit que Dino continue de faire du Dino mais pour Tool, il aurait visiblement fallu qu’ils révolutionnent leur musique. Allez comprendre… Accordons-nous sur le fait que Fear Inoculum manque peut-être un poil d’audace. Le disque est solide sans aucun doute, certains morceaux nous emportent sans mal, les constructions sont comme d’habitude formidablement étudiées mais l’effet de surprise se révèle plutôt rare. Et surtout, il est assez avare en vrais momentums, en riffs qui aplatissent tout le monde, en breaks assassins, en envolées vocales monstrueuses. C’est sans doute ce qui conduit certains à considérer Fear Inoculum comme « sans idées », « vide », « chiant ». Raccourcis éhontés pour ne pas dire gigantesques conneries mais, à l’heure de l’immédiateté et des playlists Spotify qui tournent en boucle, la musique de Tool fait plus que jamais figure d’OVNI. D’autant qu’elle est ici poussée à son paroxysme avec six morceaux dépassant allègrement les dix minutes, souvent plus contemplatifs que par le passé. Ajoutez à cela, une pochette somme toute assez dégueulasse qu’on aurait sans doute déjà trouvé datée il y a 13 ans et le choix curieux d’envoyer au front « Fear Inoculum » comme single, ce qui a également pu décontenancer… Tout en maitrise, il n’est sans doute pas le morceau le plus marquant de ce disque. Soit. Mais après m’être plongé, replongé dans cet album, laissé de côté les a priori, difficile de ne pas y succomber pleinement… et de se refuser le plaisir d’y revenir régulièrement. Un disque très immersif, c’est une évidence (nécessitant de ce fait une grande attention, tant pis pour vos notifications Facebook), au cours duquel on ne s’ennuie pas malgré la durée (1h20 !), et qui ne cesse de monter en puissance jusqu’à l’apothéose « 7empest ». « Pneuma »...

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Ventura – Ad Matres

Ventura – Ad Matres

(Vitesse, 30 août 2019) Il sort le 30 août, il est attendu depuis de longues années et pourtant vous n’en avez probablement rien à carrer. Grave erreur ! Tout nouveau disque de Ventura se doit d’être accueilli en fanfare. Parce qu’il ne cessera de tourner jusqu’au prochain, qu’il débarque dans 5, 10 ou 20 ans. L’attente sera moins longue, espérons-le, que les six ans qui viennent de s’écouler. Et la gestation moins douloureuse puisque si Ad Matres confirme, après Ultima Necat, le penchant du groupe pour les langues mortes, il salue avant tout la mémoire de la mère disparue d’un des membres. Ajoutez à cela le départ du batteur et vous obtenez un contexte extrêmement pesant qui se ressent assez nettement. Il est donc ici question de deuil, forcément. De nouveau départ aussi, évidemment. Ne cherchez pas de successeur à “24 Thousand People” ou “Nothing Else Mattered” qui vous clouaient au sol en deux ou trois minutes. Ne guettez pas en vain l’immédiateté, prenez le temps de vous immerger, encaissez les coups puis relevez-vous, comme ils ont su le faire.  L’introduction se déroule dans le calme, un apaisement en guise de leurre, un recueillement en forme de pleurs dans cet “Acetone” qui n’a de Mudhoney que le nom et prend plutôt une allure slowcore à la quiétude toute relative. Puis, Philippe et son chant qui transpire l’intranquillité, entre en scène accueilli par un riff tournoyant redoutable. Pour évoquer le vide, le mal-être (“I am void, self-centered and paranoid“). Premier coup de massue. Déboule ensuite un petit chef-d’œuvre dans la plus pure tradition Venturesque. Arpèges vicelards, tension sous-jacente… et le refrain libérateur qui vient tout balayer. Le tout s’achève inévitablement dans un fatras incommensurable. Ça s’appelle “Faith & Hope & Charity” et c’est merveilleux. Vous écoutez Ventura. Que peut-il bien vous arriver de mieux ? On est d’accord.  “Johnny Is Sick” se morfond ensuite dans une langueur anesthésiante avant la déflagration soudaine. Il parait que le batteur est nouveau ? Il semblerait que ces trois-là se connaissent déjà par cœur, pourtant. On ne va pas vous faire tous les titres, vous avez une idée du tableau… N’oublions surtout pas la shoegaze “The Dots Better” à la mélancolie terrible, capable de vous plomber le jour de la naissance de votre enfant. Ne dédaignons jamais “To Stand No Has One” et son intro sublime avec un Philippe qui se demande bien “Where’s everyone running?” et ce pont d’une classe indécente.  Des sommets de noirceur sont atteints sur “To Suffer”. Le clou s’enfonce un peu plus chaque fois que ces mots sont répétés (un nombre incalculable de fois, évidemment) mais la beauté finit toujours par émerger des décombres, s’extirper de la violence. C’est...

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Ride – This Is Not A Safe Place

Ride – This Is Not A Safe Place

(Wichita Recordings / [PIAS], 16 août 2019) Il y a deux ans, Ride faisait son grand retour… par la petite porte avec un Weather Diaries bien décevant qu’on a très vite mis de côté, préférant se convaincre qu’il ne s’agissait plus tout à fait du même groupe. Aucun déni envisageable ici avec cette pochette qui joue avec nos sentiments en faisant ressurgir immanquablement la vague de Nowhere dans nos esprits nostalgiques et ce premier titre, « R.I.D.E. », sans équivoque. Quoique… Lorsqu’on lance l’écoute, il y a de quoi émettre de sérieux doutes. Un beat qui tabasse, une voix samplée quelque peu déshumanisée se contentant d’un simple mais percutant « RIDE ». Hormis un break brumeux aux voix lointaines, difficile de réaliser qu’on a affaire là à l’une des légendes shoegaze, et non à un quelconque DJ. S’ensuit un morceau très ensoleillé, improbable candidat au tube de l’été. Incontestablement réussi, « Future Love » joue ainsi dans un registre bien plus léger que ce qui nous avait fait succomber initialement au quatuor d’Oxford. Aucun mur du son, pas même un brin de saturation pour couvrir le chant d’un Mark Gardener étincelant, et des chœurs enjoués qui nous renvoient davantage aux 60s qu’aux heures glorieuses de la noisy pop. Passée la surprise, il faut accepter. Faire son deuil du Ride d’antan, se dire que finalement mieux vaut un groupe qui tente des choses, quitte à se planter parfois, que de vieilles gloires se reposant sur leur statut et se contentant de répéter inlassablement la même recette en employant des ingrédients de bien moindre qualité. Une fois cette réalité digérée, passons à la revue d’effectif. Et réjouissons-nous, que diable ! Car il y a indubitablement de bonnes choses sur ce disque : outre « Future Love », ne négligeons pas le planant et shoegazien en diable « Eternal Recurrence » , l’efficace (bien qu’un peu téléphoné) « Jump Jet », le nerveux et bruyant « Kill Switch » qui, lui, évoque carrément Jesus & Mary Chain, et le fait plutôt très bien… Le groupe ne fait donc pas tout à fait table rase du passé et nous procure en fin d’album une dernière réjouissance, et non des moindres, avec « In This Room » qui, après une entame quelque peu poussive, voit Ride lâcher la bride pour de bon et s’évader dans un long final éthéré qui nous pousse à lâcher prise. Du haut de ses 8’40, « In This Room » conclut en beauté et nous fait oublier les quelques ratés qui émaillent ce disque. Ce serait trop beau… Déplorons ainsi le roboratif et malheureusement bien nommé « Repetition » à la rythmique presque kraut. Un mélange des genres surprenant,...

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Tropical Fuck Storm – Braindrops

Tropical Fuck Storm – Braindrops

(Joyful Noise Recordings / Differ-Ant, 23 août 2019) Pour la fin de l’été, voilà que débarque un deuxième album des australiens de Tropical Fuck Storm. Idéal pour une prochaine campagne anti canicule. Restez dans un endroit frais et ventilé. Ne consommez pas de substances illicites. Fuyez le soleil australien. La folie est proche ! À l’écoute de la scène australienne ces dernières années, Tame Impala et surtout King Gizzard & The Lizard Wizard en tête, je ne vois que la répétition d’insolations ou la prise de stupéfiants pour expliquer cette recrudescence de disques barrés. Qui dessinent une nouvelle carte du psychédélisme, avec l’Océanie comme nouvel épicentre excitant du rock. Tropical Fuck Storm déclenche lui aussi sa petite secousse ! Formé par 2 ex-The Drones rejoints par 2 nouvelles têtes (Lauren Hammel, de High Tension à la batterie et Erica Dunn, de MOD CON, Harmony et Palm Springs à la guitare et claviers), le quatuor avait pourtant déjà prévenu le petit monde du rock déviant. Par le biais d’un premier album déglingué étonnant (A Laughing Death In Meatspace, sorti l’an passé) à la pochette délirante. Les australiens réitèrent le choc esthétique. Nouvelle pochette… euh… barrée ! Nouveau disque inclassable et excitant. Bon c’est sûr, si vous n’êtes pas adepte de musique déviante, le rock noisy parfois chaotique de l’album risque de vous vriller les tympans. Ne partez pas ! Dès la première écoute, des titres plus apaisés (bon, ça reste quand même bien bien barré) semblent apporter un tout autre contraste et un bel équilibre à l’ensemble. C’est le genre d’album qui ne révèle pas son potentiel d’entrée de jeu. Il faudra être patient, apprivoiser ces guitares dissonantes, ces sonorités parfois inhospitalières, ce chaos qui écorche nos oreilles. L’album est inconfortable, comme avait pu l’être la découverte des premiers Sonic Youth. Mais dès la première écoute, sort du lot ce « Maria 63 », titre fleuve de 8 minutes qui clôture l’album et fait déjà office de grosse sensation. D’abord apaisé, crépusculaire, et porté par les voix habitées du duo Gareth Liddiard/Fiona Kitschin, le titre se déploie progressivement dans un final noisy puissant assez magistral entre cordes et électricité abrasive. Sublime. Et finalement le titre le plus accessible ? Ajoutez son pendant « Maria 62 », et vous avez les 2 titres les plus « agréables » pour oreilles un peu délicates. En tout cas, des titres presque à part sur l’album tant l’électricité se fait plus incisive sur le reste. Avec brio sur un début d’album assez incroyable. Pas évident de prime abord mais dès la seconde écoute et les suivantes, il faut se rendre à l’évidence : ce rock noisy devient très vite addictif. « Paradise », le...

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Ty Segall – First Taste

Ty Segall – First Taste

(Drag City/Differ-Ant, 2 août 2019) Étant un fan très tardif du père Segall, je décompte les jours qui me séparent d’une première expérience scénique à Paris en octobre 2019. Il parait qu’il joue trop fort, trop vite et de manière approximative, j’ai hâte. Qu’est-ce qui me touche dans sa musique ? Plusieurs choses : – D’abord, un artiste si prolixe applique souvent des recettes (King Gizzard à tout hasard) mais chez lui, elles sont extrêmement discrètes. – La noirceur et parfois la folie de sa musique qui agissent comme des déversoirs.– Le charisme monstrueux du type. Alors, ce First Taste ? L’idée de l’album sans guitare est bonne et dans l’air du temps. Si je prends « Self Esteem », Ty nous embarque assez loin dans cette direction en rajoutant des couches d’instrus à vent pas tous identifiés et on finit en une espèce de bande-son d’un mauvais polar 70s. Pareil pour la plage d’ouverture, « Taste » qui m’a fait penser à ces vieux trucs electronic body music genre Fad Gadget ou Neon Judgement et aussi étonnamment au… Sepultura des années Roots Bloody Roots ! Ou encore « I Worship The Dog » avec des espèces de vuvuzelas mortifères et… un solo de batterie, ça faisait longtemps. Très réussis, ces trois morceaux ! J’évacue rapidement ce que j’ai détesté, ces deux machins de la filiation Queen/Muse que sont « Ice Plant » et « When I Met My Parents Part 3 ». Je suis sûr que ce n’est qu’ un moment d’égarement. Pour le reste, « The Fall » est complètement tribal et j’anticipe avec délice la perte de contrôle généralisée en live. Le reste du LP se dévoilera, ou pas, à l’épreuve du temps. Encore une fois, l’introduction d’une multitude d’instruments serait une suite logique à l’œuvre de Ty Segall, toujours en exploration sonique. Voyons si cela l’inspire à l’avenir ! Manu Retrouvez tous nos articles sur Ty...

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