Ty Segall & White Fence – Joy

Ty Segall & White Fence – Joy

Longtemps encensé pour sa productivité et sa constance, il faut bien reconnaitre que Ty Segall marque un peu le pas ces derniers temps. Signe d’une inspiration en berne, le très décousu Freedom’s Goblin, sorti en début d’année, ressemblait davantage à une compil’ d’inédits qu’à un véritable album. Alors pour retrouver son mojo, quoi de mieux que de renouer avec son vieux comparse Tim Presley (Mr White Fence pour ceux qui ne suivent pas), jamais vraiment perdu de vue mais avec qui il n’avait plus croisé le fer depuis leur dernière œuvre commune, l’excellent Hair, sorti en 2012. Soit une éternité dans l’espace temps segallien puisqu’il a depuis sorti environ 325 albums, pas tous inoubliables, vous l’aurez compris. L’entame de Joy ne déboussolera pas les adeptes de Hair mais rassurera les inquiets. Le duo se connait parfaitement et fonctionne toujours à pleins tubes. Des tubes, ils en offrent quelques-uns forts efficaces d’emblée (“Please Don’t Leave”, “Body Behavior”, “Good Boy”) dans une veine pop psyché enlevée et rafraichissante où règnent les slide guitars. Entame en trompe l’œil toutefois puisque le duo s’amuse ensuite à nous prendre à rebrousse poil en partant dans de multiples directions, avec une efficacité plus aléatoire. En magasin, on trouve de la petite ritournelle folk séduisante so segallienne (“A Nod”, “My Friend”, “Do Your Hair”), des délires vaguement arty pop totalement débraillés comme Presley en raffole (“Tommy’s Place” qui en agacera plus d’un, “Hey Joel, Where You Going With That?” où il entonne nonchalamment un “rock is deaaaad” auquel il ne croit sans doute pas une seconde), la punk metal (donc grunge ?) “Other Way” façon Nirvana période Bleach mais sans la mélodie inoubliable normalement comprise dans le package. Sans oublier des curiosités comme ce “Prettiest Dog” de 16 secondes évoquant Minor Threat. A l’image de ce morceau, Segall qui avait tendance dernièrement à parsemer tous ses morceaux de solos de guitares pas toujours indispensables retrouve ici le goût de la concision (9 morceaux sous les deux minutes, 2 seulement au-delà des trois minutes !). Le seul titre vraiment long (“She Is Gold”) met beaucoup trop de temps à lâcher les chevaux… Pas besoin d’en faire des caisses, quand tu tiens une bonne mélodie. Ce n’est a priori pas à lui qu’on devrait l’apprendre. Pour l’homogénéité et la cohérence, il faudra repasser mais ce joyeux foutoir issu probablement d’une bonne tranche de rigolade entre amis demeure appréciable. Parce qu’on aime bien se fendre la poire avec ces gars-là. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – FREEDOM’S GOBLIN LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – MANIPULATOR LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – SLEEPER LIRE LA CHRONIQUE DE TY SEGALL – TY SEGALL LIRE LA CHRONIQUE...

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LANE – Teaching Not To Pray EP

LANE – Teaching Not To Pray EP

Les histoires d’amour finissent mal en général disait un groupe de variété française. C’est vrai, mais les contre-exemples ne manquent pas. Pendant bien des années, Les Thugs ont marié avec bonheur bruit et mélodie. Et la relation bien que tumultueuse a fait de nombreux heureux. Après eux, Daria, autres angevins au grand cœur et grands riffs, a repris le flambeau avec talent. Et depuis 2017, cette bande de lovers a décidé de rassembler ses forces pour mener à bien cette noble quête. Eric (guitare/chant) et Pierre-Yves Sourice (basse), ex-Thugs, ont donc remis le couvert aux côtés des copains (et frangins comme eux) Etienne et Camille Belin (guitare et batterie), ex-Daria. Et le fiston Sourice, Félix de son prénom, est venu compléter le line-up et le mur de guitares qui s’élève à trois. Ça commence à être honnête, trois guitares. Le projet porte un nom qui lui va comme un gant : LANE, soit Love And Noise Experiment. Évidemment. Et cette intro est aussi alambiquée et lourde que leur musique est simple et directe. LANE n’y va pas par quatre chemins, il préfère balancer quatre tubes. Mais attention ça défile, en 12 minutes chrono le train est passé. La voix d’Éric n’a pas bougé d’un iota. Et dès la power pop “Goal Line” bigrement entrainante, on est en terrain conquis. Typiquement le genre de morceaux qui passent très bien la première fois sans vraiment retenir l’attention et que vous finissez par connaitre par coeur, à force de multiplier les écoutes. Constat valable pour chacun des morceaux qui mêlent avec bonheur énergie brute punkisante et mélodies entêtantes popeuses. Mention spéciale pour le morceau qui donne son titre à l’EP, le très Thugs-ien “Teaching Not To Pray”. IM-PA-RA-BLE. L’histoire d’amour entre Les Thugs et Daria débute donc sur les chapeaux de roue et on a déjà hâte d’être convié aux premières festivités à la rentrée avec une tournée où on aura forcément bien plus que 12 minutes à se mettre sous la dent. C’est qu’ils nous ont aiguisé l’appétit, les bougres. Jonathan...

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Nine Inch Nails – Bad Witch EP

Nine Inch Nails – Bad Witch EP

J’ai depuis peu élaboré une théorie pour le moins fumeuse à propos de Trent Reznor : quand il était au fond du trou, il pondait des chefs-d’œuvre et depuis qu’il a retrouvé la joie de vivre, il nous livre des bouses. J’ai un peu grossi le trait mais vous voyez l’idée. Point d’orgue de la démonstration : en 2009, Trent et Mariqueen Mandig se marièrent, vécurent heureux et les auditeurs de NIN n’eurent plus grand chose à se mettre sous la dent. Un seul véritable album, le plutôt dégueulasse Hesitation Marks. Mais depuis fin 2016, l’espoir renait. Avec Not The Actual Events et (surtout) Add Violence, les deux premiers de la série de trois EP promise, Trent renouait avec l’aspect sombre et tourmenté qui lui sied le mieux et qui nous rend tout chose. C’était imparfait mais ce retour en arrière était finalement un pas en avant. Trent avait prévenu : sur Bad Witch, il a laissé libre cours à ses envies et le lien avec les deux EP précédents n’est pas évident. Bad Witch serait, selon ses dires, à considérer comme un véritable album, et c’est, selon les nôtres, sans doute le premier vrai bon album depuis un bail (With Teeth ?). Pas de véritable single à se mettre sous la dent pourtant (même si “God Break Down The Door” était présenté comme tel, il n’a rien d’un titre easy listening) mais des sons agressifs, viciés, torturés. Je vois vos sourires carnassiers prêts à mordre à pleines dents dans cette mauvaise sorcière mais ce n’est pas aussi simple, pensez-vous. On pouvait regretter que les deux précédents aient le cul entre deux chaises, tenaillés entre une volonté de noircir un tableau devenu trop propret et celle d’y accoler des mélodies réellement marquantes (ce deuxième point étant souvent supplanté par le premier). Elles ne sont pas plus présentes ici (en tout cas, elles sont bien planquées) mais Trent semble avoir tranché et se tient à son choix, aussi osé soit-il. Tranché en faveur de la prise de risques : de l’ambient halluciné (“I’m Not From This World”, “Over And Out” où la patte d’Atticus Ros, son acolyte, se fait plus que jamais sentir), de l’indus pur et dur, de la saturation sans modération (“Shit Mirror”), de la drum’n’bass métalleuse qui savate à tour de bras (“Ahead Of Ourselves”). Clairement Reznor est de retour, et pas pour sucrer les fraises. Nouveauté au programme, la présence de saxos qui s’intègrent à merveille et sonnent parfois comme un hommage appuyé au mentor Bowie période Black Star (“Play The Goddamned Part” où les saxos luttent pour leur survie au milieu de beats écrasés) et Outside (la fascinante “God Break Down The Door” où même...

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Goat Girl – Goat Girl

Goat Girl – Goat Girl

Il y a deux mois sortait dans une relative indifférence un disque qui mérite la plus grande des attentions. Elles sont 4, viennent du sud de Londres et nous proposent un rock débraillé, jamais trop éloigné du punk, à la fois idéal à écouter d’une oreille distraite en sirotant une binouze qu’à décortiquer note par note une fois le charme opéré. Après une courte intro presque ténébreuse, débute un joyeux périple dans l’univers tout en décontraction de Goat Girl. Une distribution de morceaux qui semblent empreints de la plus grande innocence et qui se transforment très vite en tubes en puissance (les parfaitement évidentes et évidemment parfaites “The Man”, “Viper Fish”, “I Don’t Care Pt.2”, auxquelles s’ajoutent rapidement “Burn The Stake” et son envolée sur le refrain digne des Pixies, “Creep” et ses cordes qui brouillent les pistes, “Throw Me A Bone” dont la nonchalance planque une mélancolie sous-jacente ou “Cracker Drool” qui se balade malicieusement entre country, surf music voire dub). La voix grave charismatique de Lottie Cream séduit instantanément et porte des compos qui auraient très bien pu se débrouiller toutes seules et qui gagnent encore en efficacité mélodique. Douées les Goat ? Ça saute aux oreilles. Cool les Girls ? Ça ne fait aucun doute. Pour un premier album, le groupe fait preuve d’une grande aisance, une évidente complicité et semble sans forcer nous pondre du jouissif sur demande. Plus fort encore, la variété de l’offre. 19 morceaux sur la galette (un seul excède les 3 minutes !) et aucune envie irrépressible de presser la touche “next” (alors que la touche “repeat”, elle, n’en peut plus d’être sollicitée). Qu’on se le dise, tout est bon dans cette chèvre-là. Jonathan Lopez Comme on ne comprend pas toujours très bien le lien avec les “articles similaires” proposés ci-dessous, on vous recommande plutôt de lire : THE BREEDERS – POD THE BREEDERS – ALL NERVE PIXIES – DISCOGRAPHIE COURTNEY BARNETT – SOMETIMES I SIT AND THINK, AND SOMETIMES I JUST SIT COURTNEY BARNETT – TELL ME HOW YOU REALLY...

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E – Negative Work

E – Negative Work

Un an et demi à peine après sa première réalisation éponyme, l’excellent album E, le super-groupe noise rock doté de la cinquième lettre de l’alphabet revient pour en découdre avec Negative Work. Tout un programme ! Ce trio formé de vétérans du rock alternatif des années 90 – Jason Sanford de Neptune, Gavin McCarthy de Karate et Thalia Zedek, à l’impressionnante discographie (Uzi, Come, Live Skull, etc.) –, nous gratifie d’un nouvel opus fiévreux, énergisant et au rendu unique. La musique de E ou A Band Called E a quelque chose d’une énergie domptée, un savant dosage de colère retenue qui ne demande qu’à se libérer et à ouvrir les vannes d’une puissance noise tourbillonnante. Tour à tour apaisée, voire lancinante, puis énervée et emphatique, elle se fait sinueuse et, suivant les morceaux, adopte une structure complexe, sans jamais oublier en ligne de mire, l’envie de mélodie. “Poison Letter” est un exemple frappant de la maîtrise d’un jeu apaisé/énervé, avec une longue introduction entêtante scandée et tressée par Thalia Zedek, qui prend son envol à partir de 1’30, puis, par strates, devient de plus en plus épique. Autre morceau marquant, “Cannibal Chatroom” profite de la voix chuchotée/murmurée de Jason Sanford, accompagnée par le motif guitaristique obsédant de Zedek, et prodigue des vagues de furie noise entre deux creux d’ivresse. “Untie Me” adopte une ligne continue très énergique quand “Pennies” et “Hollow” se font plus calmes, plus tortueux, mais toujours sous-tendus par une frénésie stridente. L’un des titres les plus magnétiques, “Hole In Nature”, témoigne au plus près de la personnalité de Sanford qui joue à l’équilibriste vocal sur ce morceau et y chante un texte que l’on sent des plus personnels. Comme une hydre à trois têtes consciente de ses individualités, E a réussi à fusionner ses envies et cultiver ses différences. L’album donne l’impression que chaque membre y joue sa propre partition égotique, tout en laissant la possibilité à l’autre de prendre le dessus, de faire la chanson sienne et d’y ingérer tout son être. L’alternance de chacun à la voix – au sein parfois d’une même chanson –, ainsi que l’enregistrement dans les conditions du live aux studios Machines With Magnets et enfin l’apport des guitares home made, aux multiples sons ensorcelants, de Sanford, créent un bloc musical uni et unique, une entité rock qui a trouvé sa voie (sa voix) et vient d’accoucher d’une galette enivrante qui va longtemps tourner sur nos platines. Julien Savès Negative Work by E LIRE LA CHRONIQUE DE COME –...

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Parquet Courts – Wide Awake

Parquet Courts – Wide Awake

Commençons par dire une ou deux saloperies. Ça fait toujours du bien. Parquet Courts fait partie de ces groupes sympas, qui sortent des albums honnêtes, un brin surcotés. S’ils n’existaient pas, ça ne changerait rien à notre vie mais on ne leur souhaite que du bien, car ce sont des passionnés, parfois inspirés et indéniablement talentueux. Modérées les saloperies, notez bien. Vous dire que ce nouvel album était attendu fébrilement de ma part serait évidemment un mensonge éhonté. Toutefois, une bonne surprise est toujours à espérer et on pouvait a minima tabler sur de nouveaux singles bien troussés comme ils en ont déjà offerts par le passé. Bingo Roberto ! “Total Football” la met d’emblée en lucarne et nous ferait presque croire qu’on manie le ballon comme personne à New York. D’autres friandises sont offertes et ne nous enlèvent pas le petit sourire satisfait qui s’est dessiné à l’écoute de ce début d’album. Tout aussi remuant (mais plus électronique) “Violence” fait le job efficacement, quand “Before The Water Gets Too High” possède la dose adéquate de coolitude avec le chant tout en détachement de ce bon branleur qu’est Andrew Savage. Entame de match réussie, donc. La suite sera plus riche en temps morts. Au niveau des gestes techniques marquants, retenons “Almost Had To Start A Fight”, entre tension et déhanchés subtils. Joga bonito. L’adversaire est au sol, le public entame une ola. Mais l’excitation retombe assez vite malgré les efforts de créativité déployés (“Normalization”, “Back To Earth”, la funky samba “Wide Awake” rigolote mais guère plus). Un débordement sur l’aile gauche avec la post punk “NYC Observation” et des grigris du feu follet “Extinction” redonnent un peu de mordant à l’affiche. Puis un petit groupe d’ultras entonnent ce qu’ils semblent considérer comme un hymne mais qu’ils sont les seuls à connaitre (“Death Will Bring Change”). Divertissant mais pas sûr que ça concurrence “You’ll Never Walk Alone” un jour. Coup de sifflet final. Pas de révolution en vue. Me voilà conforté dans mon opinion avec ce nouvel album honnête offert par ce groupe décidément tout ce qu’il y a de plus sympa mais tout de même un brin surcoté. Jonathan Lopez LIRE LA CHRONIQUE DE HUMAN PERFORMANCE LIRE LA CHRONIQUE DE SUNBATHING...

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Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Ramones – Too Tough To Die / Halfway To Sanity

Je ne sais pas pourquoi, j’ai ressorti deux albums des Ramones des années 80 et eu envie de les chroniquer pour vous. On parle d’une période 84-87, très resserrée donc, ce qui rend intéressante la mise en parallèle. Ces deux LP sont Too Tough To Die (1984) et Halfway To Sanity (1987). J’ai eu la flemme de me replonger dans la bio de Joey par son frangin ou l’autobio de Marky (d’ailleurs, chuicon, il était pas là à cette période) mais je me souviens que l’ ambiance au sein du groupe est toujours aussi pourrie avec les frères ennemis Joey/Johnny, la dope encore et toujours pour Dee Des et ses velléités rap et puis Richie qui se fait visiblement balader et se cassera pour permettre le retour en fanfare de Marky après Halfway To Sanity. Alors donc, ces 2 LP ? Les pochettes sont similaires, les 4 “hombres ” se détachent, un coup sur un fond bleu un peu Rencontre du 3ème type et un coup dans l’ arrière-cour d’un resto chinois. Les poses sont les mêmes, l’iconographie est en marche. Depuis le premier en 76, les Ramones sont 4 mecs debout en perfs. Finalement, en une quinzaine d’années, rien n’a changé, ou sauf peut-être les cheveux courts de Dee Dee et ses gants cloutés. La grande tendance dans chacun de ces 2 LP, c’est que les Ramones sont à la fois à la recherche du hit et d’une reconnaissance large qui se fait tarder et dans le respect d’une fan base. Pour ce qui est des hits, il y a réellement de très belles tentatives qui deviendront des classiques des Ramones sans toutefois leur ouvrir la Grande Porte. Je pense au grand “I Wanna Live” et à ce morceau totalement putassier, pourtant pas l’esprit maison, qu’est “Howlin At The Moon (Sha-La-La)”. C’est vrai que c’est sur le LP Animal Boy, non chroniqué ici, qu’on en a la plus belle illustration avec “Bonzo Goes To Bitburg ” mais l’ esprit est le même, ils en ont marre de faire “Pinhead” et de dormir dans des motels. “I Wanna Live” est classique dans la forme mais très catchy. Le fan de la première heure sera un peu dérouté par la gratte qui sonne synthé dans les ponts avant refrain. Puis, ce message vaguement positiviste (je te survivraaiii) fait très 80’s. Mais que c’est bien foutu. J’aime ! Après, on trouve du son Ramones classique mais sans sentir la recette facile. Je parle ici de “Go Lil’ Camaro Go”, “Real Cool Time” et “Bye Bye Baby” sur Halfway To Sanity ou encore à “Human kind ” sur Too Tough To Die. 100% Ramones, tout ça !! Le genre qui te maintiendra...

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God Is An Astronaut – Epitaph

God Is An Astronaut – Epitaph

Difficile de rester insensible à la musique de God Is An Astronaut. Improbable même, à moins d’être sourd. L’atmosphère déployée par leur musique est un régal. On pourrait chercher à comparer Epitaph à ses prédécesseurs et pinailler un peu pour y trouver des défauts, ce serait céder un peu trop facilement à un jugement hâtif et injuste. L’histoire de cet album est douloureuse. Sa genèse a été jalonnée de coups durs et Epitaph fait figure d’hommage à des proches du groupe et a été conçu comme une échappatoire à la douleur. Un souhait de libérer cette peine par des mélodies profondes, des envolées atmosphériques, des montées en puissance glaçantes parfaitement ajustées. En témoigne la sublime “Seance Room” qui illustre à elle seule toute l’intensité et la beauté de leurs compositions ou encore l’hypnotique “Mortal Coil”. Un équilibre parfait où tristesse, colère, espoir et autres émotions s’entremêlent, s’entrechoquent. La lumière au bout du tunnel n’est pas loin. Les irlandais nous reviennent avec un album saisissant, empreint de mélancolie, qui saura sans nul doute capter très vite votre attention et vous séduire. Julien...

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Dr. Octagon – Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation

Dr. Octagon – Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation

Kool Keith aka Dr. Octagon revient au bloc opératoire pour une opération chirurgicale 22 ans après le désormais classique Dr. Octagonecologyst. Un bon docteur n’est vraiment efficace que quand il est bien entouré, preuve en est cette tentative fébrile de 2006 avec l’album The Return Of Dr.Octagon qui a eu pour seul effet de nuire à la réputation du Doc. Kool Keith semble avoir reconsidéré les choses et revient cette fois-ci accompagné de ses assistants de renom, le producteur Dan The Automator, et Dj Qbert. Si chacun possède un talent indéniable dans son domaine de prédilection, cet album et le passé prouve que la formule Octagon ne peut fonctionner que lorsque les trois sont réunis. En 96, le trio avait bousculé le monde du hip hop avec un album novateur et une vision très futuriste les plaçant à une bonne longueur d’avance de leurs concurrents. Difficile d’en attendre autant en 2018, la mode des reformations suit son cours, avec son lot de déceptions. Heureusement Moosebumps: An Exploration Into Modern Day Horripilation passe le test avec succès, et redore un blason (une blouse ?) terni par une première tentative échouée. Nous voilà donc replongé au plein cœur des nineties avec ce fameux boom bap qui a pris pour l’occasion une bonne dose de botox. “Octagon, Octagon”, en guise d’introduction vous rappellera au cas où vous l’auriez oublié que le docteur est de retour. Les choses sérieuses commencent avec “Polka Dots”, sur une prod d’avant garde signée Dan The Automator, où Kool Keith balance ses rimes avec un flow et un style qui n’ont pas pris une ride, Qbert lui chauffe tranquillement ses platines et livre des scratches dont lui seul à le secret. Et ce dernier parler tout son talent sur l’instru “Bear Witness IV”, suite logique et tout aussi efficace de celle sortie deux décennies plus tôt. Autre rapprochement avec son “prédécesseur”, les puissants riffs de guitares sur les  excellents “Karma Sutra” et “Power of The World (S Curls)”, tentative initiée et déjà foutrement réussi à l’époque de “I’m Destructive”. Dans une démarche tout aussi positive il ne faudra pas passer à coté du déjanté ” Area 54″, et des plus dark “Black Hole Son”, “Operation Zero” et “Hollywood Tailswinging”. À défaut de nous projeter encore une fois dans le futur, l’ex Ultramagnetic MC’s nous fait vivre un véritable voyage dans le temps, et nous ramène à l’âge d’or du hip hop : le début des années 90 avec l’excellent “3030 Meets The Doc (Part 1)” où Dan The Automator retrouve pour l’occasion ses deux acolytes de Deltron 3030, Del The Funky Homosapien et Kid Koala. Un retour en grâce qu’on ne manquera pas de saluer. Malgré un manque...

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Courtney Barnett – Tell Me How You Really Feel

Courtney Barnett – Tell Me How You Really Feel

Du haut de ses 29 ans, on peut dire que Courtney Barnett ne chôme pas. A 24 ans elle a opté pour l’indépendance en créant en 2012 son propre label Milk! Records sur lequel elle sort ses 2 premiers EP (I’ve Got A Friend Called Emily Ferris et How To Carve A Carrot Into A Rose). Elle éclate au grand jour en 2015 avec la sortie de son très bon album Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, et devient alors la coqueluche féminine de l’indie rock. Après un décevant Lotta Sea Lice en collaboration avec Kurt Vile sorti l’année dernière, la jeune australienne revient cette année avec son second album solo enregistré en condition live à Melbourne. Dès le morceau d’ouverture “Hopefulness” elle lance avec une nonchalance slacker la thématique de l’album “No one’s born to hate/We learn it somewhere along the way”. Elle décline en 10 chansons le fruit de sa réflexion sur la frustration engendrée par la haine et la peur. Fidèle à elle-même, elle nous laisse entrevoir tout au long de ce disque ses différentes facettes. Indie rock sur “City Looks Pretty”, “Charity”, “Help Your Self”, mélancolique sur la merveilleuse “Need A Little Time” et plus énervée sur la cobainienne à souhait “I’m Not Mother, I’m Not Your Bitch” (tout est dit en 1’50, pas plus !). Rêve de jeunesse, après avoir fait les chœurs sur un titre du dernier album des Breeders, les sœurs Deal lui rendent la pareille sur “Nameless, Faceless” et “Crippling Self-Doubt And A General Lack Of Confidence”. L’album prend fin sur une note positive avec “Sunday Roast” : “I know you’re doing your best/I think you’re doing just fine.” Contrairement à ce qu’écrivent les autoproclamés “VRP du bon goût” qui démontent gratuitement un artiste dès qu’il fait la une de plusieurs magazines, cet album est une merveille de cool attitude. Certes, il ne restera pas dans les annales de la musique mais on prend plaisir à découvrir et réécouter ces instants de vie. N’est-ce pas là l’essentiel ? Allongez-vous et préparez-vous pour une une séance de 35 minutes durant laquelle le Dr Bartnett vous montrera la voie pour prendre la vie simplement sans prise de tête. Alain...

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