Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Young Team de Mogwai a 20 ans. Chronique

Vous avez tous vécu ça, avouez. A votre boulot, avec certains amis, voire auprès de quelques membres de votre famille, quand vous parlez musique, vous passez pour un martien. C’est quoi ce mec qui achète encore des disques ? C’est qui ce type qui passe sa vie en concert ?! Il parle toujours de groupes obscurs dont on n’a même jamais entendu parler… Aussi frustrant que cela puisse être dans certaines situations, avouez qu’au fond vous vous la pétez un peu. Genre, je connais tout, j’ai une culture musicale sans limite. Vas-y teste-moi, ah oui ba je connais bien sûr… Et puis parfois vous tombez de haut. C’est ce qui m’est arrivé quand je me suis lancé dans la série Les Revenants. Tiens une BO de Mogwai, ah ouais je connais… vaguement. Très vaguement ouais. Du post rock, ouais bien sûr. Que dalle, ouais. J’y connaissais que dalle. Alors déjà faire le malin qui se dit rédacteur en chef du plus grand webzine musical d’Europe et ne rien entraver au post rock ça la foutait mal. D’autant que c’était à la fois par inculture mais aussi par pure fainéantise. Du genre « hmmm ça, ça risque d’être chiant ». Et bien que nenni. Cette BO qui peut paraitre anecdotique pour beaucoup de fans du groupe m’a finalement ouvert les portes à tout un pan musical. Et quand il a été question de revenir aux sources, à Young Team, premier album de Mogwai, qui a désormais 20 ans, je m’en étais pris une belle. « Yes I Am A Long Way From Home ». C’est assez clair oui, je suis loin. Je me situe quelque part où l’oppression n’a pas lieu d’être. Death Valley, à l’aube. Par exemple. Le calme, l’immensité, la sérénité aussi. Il est encore très tôt, le soleil n’a pas commencé à taper sur les systèmes. Et soudain il se lève pour tout illuminer et embraser à mesure que les guitares s’emballent. Déjà, un premier aperçu de ce que sait faire Mogwai. Planter le décor, lentement mais sûrement puis nous planter sur place quand les guitares reprennent leurs droits (ou leurs distos dans ce cas précis). Rien à voir toutefois avec la furieuse « Like Herod », bien plus radicale. Le calme règne, il ne se passe pas grand chose. Puis c’est l’éruption. Faramineuse. Le chaos. On est qu’au deuxième morceau et on vient de se faire mâchouiller, recracher et finalement broyer tout cru par un colosse, 11 minutes durant. C’est long 11 minutes. Que peut-il rester après ça ? 8 autres morceaux tout de même, et non des moindres. « Katrien » et son spoken word discret. Fausse accalmie qui n’oublie pas de revenir à la charge quand on se croit à l’abri. Plus...

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Meyhem Lauren & Dj Muggs – Gems From The Equinox

Meyhem Lauren & Dj Muggs – Gems From The Equinox

Le DJ/producteur Lawrence Muggerud aka Dj Muggs, s’est bâti une solide réputation dans le hip hop depuis le début des années 90 avec son groupe Cypress Hill, puis au travers de ses collaborations multiples avec les plus grands, de House of Pain à Dr Dre, de Ice Cube à The Psycho Realm, en passant par Tricky, GZA, Funkdoobiest, Planet Asia… On s’arrête là, la liste est trop longue. Le voici de retour en cette fin d’année aux côtés du rappeur originaire du Queens, Meyhem Lauren, avec l’album Gems From The Equinox. Un album à l’efficacité redoutable, tant nos deux protagonistes excellent dans leurs domaines respectifs. On replonge 20 ans en arrière, à l’époque où les classiques hip hop fusaient de toutes parts. Vous l’aurez compris, bien que l’on soit en 2017, cet album puise son inspiration dans le meilleur du rap des nineties. Un retour aux sources donc, on retrouve le plaisir du sample, une production aux petits oignons, peaufinée dans les moindres détails que nous sert sur un plateau d’argent l’éternel Dj Muggs. Si le flow de Meyhem n’est pas à couper le souffle, qu’on peinerait même à le distinguer parmi une multitude de MCs, il occupe le terrain et assume son rôle de conteurs de rimes à la perfection, à tel point qu’on en oublierait presque la présence des nombreux invités de cet album. À mesure que les titres se dévoilent, la magie opère. On retiendra par ordre de préférence le très classe « Street Religion » avec Roc Marciano, « Redrum » avec son sample de Yegelle Tezeta du musicien Éthiopien Mulatu Astatke (aimé des rappeurs puisqu’il avait déjà été utilisé par Nas & Damian Marley sur le titre « As We Enter »). Le planant et dépressif « Szechuan Peppercorns » avec ses notes de guitares dégoulinantes où Meyhem officie aux côtés d’Action Bronson. Les plus dark « Aquatic Violence », « Shea Stadium » et « Murder Rap » ne nous laissent pas de marbre et prouvent encore une fois que nos deux guerriers sont à l’aise en toutes circonstances. « Tension » clôture l’album, on y retrouve de nouveau Action Bronson, puis B-Real qui vient clore le débat en nous souhaitant une bonne nuit avant de lâcher le micro. Ceux qui pensaient que Muggs avait fait son temps peuvent aller se rhabiller, ceux qui ne connaissent pas Meyhem Lauren, on leur en voudra pas, car il n’est pas trop tard, il suffit juste de prendre un peu de temps pour écouter et apprécier ce Gems From The Equinoxe. Un album qui s’impose dès à présent comme l’une des meilleures sorties rap de l’année, et nous permet de patienter en attendant Elephants On Acid de Cypress Hill dont la sortie est prévue pour avril 2018....

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Jessica93 – Guilty Species

Jessica93 – Guilty Species

Jessica93 n’est plus le même homme. Souvenez-vous il y a 4 ans quand il nous avait fait vriller le cerveau avec « Away » sur son imparable Who Cares. Ça ressemblait encore à un secret bien gardé, au mec qui maitrise son affaire mais fait son truc seul dans son coin. Au mec qui kiffe et nous fait kiffer mais à échelle modeste. Comme bien d’autres de ses comparses d’alors de Et Mon Cul C’est Du Tofu?. Et puis de l’eau a coulé sous les ponts, aujourd’hui son nom ne fait plus rire personne depuis que même la grande presse « de gôche » (lol) lui a tiré le portrait. Aujourd’hui Jessica93 remplit la maroquinerie un bon mois avant sa release party. Et annonce une deuxième date. C’est à la fois fou et chouette. C’est follement chouette. Parce que rien ne l’y prédestinait. Et aucun compromis ne lui a permis d’y parvenir. Sur ce troisième album, Guilty Species, la musique de Jessica93 est fidèle à elle-même : rêche, brute, sale et brumeuse.Mais Jess/Geoff ne ressent plus le besoin impérieux de faire tourner des boucles indéfiniment, jusqu’à ce qu’addiction s’ensuive. La voix est désormais moins en retrait, il a pris de l’assurance et s’affirme au milieu de l’amas de tôle rouillée qui l’entoure. Des mélodies plus franches du collier aussi, en clair Jessica93 ne fait plus que dans le poisseux, il y verse une dose de sirop. Pas très acidulé le sirop mais juste ce qu’il faut pour nous capturer encore plus aisément dans ses filets. On n’osera pas employer le mot pop pour des morceaux comme « RIP In Peace », « Mental Institution » ou « Flytrap » mais incontestablement leur force ne réside plus seulement dans l’étau vénéneux formé par les riffs rampants et la rythmique martiale mais aussi dans leurs refrains qui trottent dans la tête. Ne ruez pas dans les brancards, Geoff/Jess n’est pas encore tout à fait prêt pour RTL2 et il ne parle même pas de belles bagnoles ou de jolies nanas, mais plutôt de bestiaux peu ragoûtants (« Anti Cafard 2000 » ou la lourde, décharnée… et merveilleuse « Bed Bugs »). Voilà qui lui sied davantage. Pour notre part on a au moins deux bonnes raisons de se réjouir : Jessica93 est parvenu à se renouveler sans abimer son socle qui faisait de lui un artiste singulier et avec une telle qualité systématiquement au rendez-vous, son cercle de fidèles suiveurs n’est pas prêt de se tarir. JL LIRE LA CHRONIQUE DE WHO CARES LIRE L’INTERVIEW BLIND TEST DE...

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Lysistrata – The Thread

Lysistrata – The Thread

Il y en a qui galèrent pendant 15 ans dans l’anonymat le plus complet, et d’autres qui gravissent les échelons un à un à la vitesse de l’éclair. Lysistrata est de ceux-là et on ne va certainement pas s’en plaindre. Un prix Ricard machin chouette (personne ne sait vraiment ce que c’est mais rien que le nom c’est la classe), une tournée qui aura convaincu tous ceux qui ne les connaissait pas (dont nous), un EP dans la foulée pour mettre tout le monde d’accord et à la clé une signature chez Vicious Circle qui en un an aura sorti notamment les derniers Troy Von Balthazar, Shannon Wright et We Insist! qui ont squatté/squatteront bien des tops de fin d’année. Le mien en tout cas. Donc oui, sans hésitation aucune, Lysistrata est bien un des groupes rock français les plus prometteurs du moment et cette ascension à la Marco Pantani est on ne peut plus méritée. Les voilà donc déjà attendus au tournant à l’heure du premier album. Leurs plus fidèles auditeurs ne seront pas déboussolés puisqu’ils retrouveront deux titres présents sur l’EP précédent (« Asylum » et « Sugar & Anxiety », dont on vous a déjà conté monts et merveilles ici) dans des versions légèrement remaniées. L’essentiel est donc ailleurs et l’essentiel est fidèle à la réputation naissante du groupe : à savoir une étonnante collision math/post/noise rock, un trio constamment sur la brèche (la musclée « The Thread » en ouverture), la menace d’une explosion imminente qui finit toujours par nous péter gentiment à la gueule (« Reconciliation » et son final post rockeux). Et lorsque tout semble un peu trop classique, voire ronronnant, on n’est jamais à l’abri de voir apparaitre un pont qui s’évade vers un monde merveilleux (« Answer Machine »). Au moment de l’intro, on se disait que ça ne valait pas mieux qu’une courte interlude, et à la fin on a les boules que ça ne dure « que » 8 minutes. C’est ça aussi Lysistrata. L’assurance d’un moment de grâce impromptu qu’on ne voit pas arriver. A l’image de ce final en roue libre en forme d’apocalypse rieuse (« The Boy Who Stood Above The Earth »). Finalement le seul « reproche » qu’on pourrait faire à ce disque est de ne pas apporter grand chose de plus à l’EP précédent (mais à 5 mois d’intervalle, difficile d’exiger une révolution). Ceux qui ont déjà poncé l’EP comme il se doit n’auront donc droit « qu’à » une ration supplémentaire (5 morceaux tout de même, ça se prend) et à un disque globalement fidèle à ce qu’on était en droit d’attendre. Pour les autres, bienvenue dans l’univers merveilleux de Lysistrata et tant qu’à faire autant opter pour la version longue et son lot de sensations fortes supplémentaires. Pour chacun...

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The New Year – Snow

The New Year – Snow

Vous n’avez sans doute pas entendu parler de cet album, et pourtant… Pourtant The New Year livre là sa 4e offrande et à sa tête les frères Kadane s’étaient déjà fait un sacré nom au sein du classieux, si ce n’est culte, groupe slowcore Bedhead. Pourtant, il recèle de tant de richesse, tant de savoureuses mélodies, tant de beauté qu’il devrait séduire tout un chacun et s’imposer à tous comme un cadeau idéal. Comme une belle preuve d’amour. Mais il faut dire que ces bonhommes-là aiment la discrétion. Ce n’est déjà pas avec un nom de groupe pareil qu’ils allaient marquer les esprits. Ce n’est pas non plus avec une pochette aussi sobre et inexpressive (dans la droite lignée des précédentes) qu’ils comptaient attirer l’attention. Non, leur truc c’est la musique. La musique lente, subtile qui s’impose à nous sans crier gare. Et sans se presser, comme ces paresseuses mélopées qui parsèment leurs disques, The New Year vient de nous offrir une nouvelle preuve, 9 ans après leur dernier effort, que pour ce qui est de semer la beauté tout autour d’eux, ils n’ont guère d’équivalent. Comme son titre ne l’indique pas « Mayday » ne s’alarme pas le moins du monde et nous transmet tranquillité et sérénité. Et à l’exception de « Recent History », plus nerveuse, presque grungy sur les bords, l’ensemble du disque ne fait que nous cajoler amoureusement (« Snow » et sa mélodie toute chétive, « The Last Fall » et son orgue bienveillant, la tendre mélancolie de « The Party’s Over »). Tout n’est que murmure, délicatesse et pur bonheur. « Myths » et son amplitude qui ne cesse de grandir, de nous guider vers une lumière faiblarde, comme une promesse de plénitude absolue, sans que l’on sache vraiment si ce n’est pas un éternel mirage. La musique de The New Year d’apparence si simple, sans vraiment prévenir, parvient toujours à nous trimballer bien loin de notre canapé. De l’évasion tout en douceur. Même quand le final s’embrase lors du colossal « The Beast » aux atours qu’on pourrait qualifier de post rock, nos yeux restent embués d’émotion tant la traversée est rondement menée par la fratrie Kadane et le jeu subtil distillé par Chris Brokaw (ex-batteur de Codeine et guitariste de Come). En si peu de temps, les mélodies de Snow semblent nous appartenir, après s’être immiscées en nous en toute quiétude. Des évidences, des souvenirs qui n’existent pas encore mais qui ne demandent qu’à être gravés sur ces enchevêtrements de guitare. Car ce disque est de ceux qui ne vieilliront pas, qui nous suivra et nous séduira des années durant. Difficile de prédire s’il y aura de la neige à Noël mais on est en droit d’espérer que ce merveilleux Snow trônera sous bien des...

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Lee Ranaldo – Electric Trim

Lee Ranaldo – Electric Trim

Les temps changent et les gens évoluent. Même nos héros, il faut l’accepter. La jeunesse sonique de Lee Ranaldo n’a jamais semblé si loin. Après avoir tout cassé, poussé ses guitares dans leurs retranchements parfois insoupçonnés, Lee Ranaldo souhaite désormais faire de belles chansons. Il n’y a rien de mal à ça. Déjà c’est pas tout à fait nouveau (Between The Times And The Tides et Last Night On Earth partaient déjà dans cette direction mais restaient connectés au passé) et puis c’est beaucoup plus respectable que certains virages pris récemment par des groupes qu’on aimait beaucoup (Arcade Fire, Queens Of The Stone Age ou même Beck). L’album démarre par la contemplative « Moroccan Mountains » et ses arpèges orientaux en introduction. Jolie mise en route tout en douceur, malgré quelques sursauts inopinés. Ranaldo a l’air inspiré par ses voyages après la remarquable « Lecce Leaving » qui ouvrait son précédent album. « Uncle Skeleton » est un poil plus électrique mais emprunte des sentiers forts balisés avec cette touche pop/classic rock. L’audacieux Ranaldo s’offre même quelques sonorités électroniques et un final un brin épique tous choeurs dehors. Il a parlé des Beatles comme une de ses influences principales pour ce disque, on veut bien le croire. S’il n’atteint pas toujours la magie des compos des scarabées (qui a dit jamais au fond de la salle ?), la filiation est évidemment plus évidente que celles qu’on pouvait lui prêter par le passé (Velvet Underground ou Televisionquand les guitares dissonantes étaient son dada). Les harmonies ont supplanté le bruit. Le parti pris est plus assumé que jamais. Lee Ranaldo est un homme neuf, tout propre. Son chant n’a jamais été autant en avant (comme il nous l’expliquait en interview). N’allez pas croire pour autant qu’il s’est mis à hurler son bonheur sur tous les toits avec une niaiserie confondante. Non, ce disque est fortement empreint de mélancolie (l’excellente « Let’s Start Again », « Last Looks » qui s’octroie toutefois une surprenante bouffée de fraicheur lors d’un spoken word de Ranaldo dans une ambiance quasi vahinée,  « Electric Trim » qui dessine sur notre visage un petit sourire triste – franchement triste au moment des choeurs pas très inspirés). Tout en demeurant de facture assez classique (entre pop/rock et folk), Electric Trim conserve un soupçon d’originalité avec quelques audacieux pas de côté et la patte toujours affirmée de son compositeur (bien entouré, rappelons-le, de Nels Cline de Wilco, Sharon Von Etten ou l’homme à tout faire Raul Refree). On n’ira pas vous faire croire que Lee Ranaldo n’a jamais rien sorti d’aussi génial. Vous n’êtes pas totalement des buses. Ce disque est globalement très agréable à défaut d’être tout à fait renversant. En tout cas, Lee ne regarde plus dans le rétro...

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Protomartyr – Relatives In Descent

Protomartyr – Relatives In Descent

« She’s just trying to reach you, she’s just trying to reach you, she’s just trying to reach you… » Les mots restent gravés, Protomartyr a encore fait très fort. Le ton grave de Joe Casey renforce l’impact de ses propos et certaines phrases nous reviennent en écho régulièrement (« Don’t wanna hear those vile trumpets anymore« ). Avec une entame aussi triste et fataliste que celle de « A Private Understanding », le doute n’est pas permis. Protomartyr n’est pas devenu une bande de rigolos mais il sort toujours de grands morceaux. Comme toujours avec le groupe de Detroit les morceaux sont solides, bien construits, entraînants, déroutants (tout ce que tu veux du moment que c’est positif) et se détachent à un moment par un instant de pure grâce. Comme si tout avait été construit pour aboutir à ce moment qui marque les esprits et nous submerge d’émotion. Comme ces ponts (ou refrains, on ne sait plus trop où on est) aux notes de guitare incroyablement mélancoliques et merveilleusement belles (« A Private Understanding », « My Children », « Half Sister »). Planqués subtilement au milieu du morceau, ce sont eux qui nous obsèdent et nous poussent inlassablement à la réécoute. Ils sont le sel dans vos chips, le sucre dans vos bonbecs. Même si vous savez que ce n’est pas très bon pour votre équilibre, vous en reprenez. Mais réduire tous ces brillants morceaux à des gimmicks addictifs serait profondément injuste. Il y a fort à parier que vous craquerez également pour la basse rondelette de « Here Is The Thing », les soubresauts de « My Children », que vous suivrez avec passion ce combat incessant entre violence pure, rage difficilement contenue et libération/éclaircie/soulagement (« Caitriona », « The Chuckler », « Don’t Go To Anacita »). Que vous aurez envie de croire Casey quand il vous clame que « everything is fine« , alors que le chaos règne autour de lui (« Windsor Hum »). Même quand il s’aventure sur le terrain miné de la new wave contemplative, avec un synthé qui vient déloger la guitare, Protomartyr le fait avec une classe folle (« Night Blooming Cereus »). Et sans coup férir, en prévention d’un éventuel endormissement sur nos lauriers « Male Plague » nous réinjecte une dose de punk rageur et libératoire. Et puis Casey nous remet une couche en pleine face de « she’s trying to reach you » (« Half Sister »). La boucle est bouclée et elle a une sacrée gueule. Depuis 3 disques, surtout les deux prédécesseurs pour être tout à fait honnête, Protomartyr avait mattraqué avec aplomb un message : il joue dans la cour des grands. Parmi la vague de groupes revival post punk qui sévit depuis quelques années, il y a désormais eux et le reste du monde. Le reste du monde (Traams, Frustration, Preoccupations, Institute, Ought, ….) n’est pas...

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METZ – Strange Peace

METZ – Strange Peace

Pour la première fois, METZ a choisi un nom pour son album (non, parce que II on peut pas appeler ça un nom, faut pas déconner non plus). Un nom qui a de quoi surprendre. Strange Peace de la part de cette bande de brutes épaisses c’est pour le moins… strange. D’autant qu’à l’écoute du disque on a beau chercher, on trouve difficilement une once d’accalmie dans les assauts des bûcherons canadiens. Au début du moins. METZ tronçonne, METZ ravage, METZ détruit. Et on subit. Après trois morceaux METZ pur jus, voilà un peu de répit. Un peu de nouveauté aussi, ouf. Car il faut bien le dire, à part quelques riffs bien saignants (« Drained Lake », « Cellophane ») qui viennent épancher notre soif de violence, le schmilblick messin n’avance guère et les mêmes interrogations demeurent. Oui ce groupe sait faire du bruit, du bon boucan même, mais les mélodies se font toujours trop rares, noyées sous les décombres et pas spécialement mémorables. En cela, la comparaison avec Nirvana qui leur colle aux basques depuis leurs débuts n’est guère judicieuse. Pourtant le groupe s’est payé les services de Monsieur Steve Albini ce qui n’a rien d’illogique vu que tous les groupes qui font du rock bruyant ont dû lui envoyer leur CV un jour ou l’autre. Et sans surprise, la rencontre est des plus probantes, le son respire, bien percutant et brut de décoffrage comme il faut. Comme à son habitude, le père Steve a dû laisser le champ libre à ses poulains qui, on l’a dit, se sont un peu lâchés sur quelques morceaux. Saluons à ce titre cet essai post punk même s’il ne restera pas dans les annales (« Caterpillar »), qui n’est pas sans rappeler leurs compatriotes de Preoccupations (ex-Viet Cong), la curieuse « Sink », bien moins énervée mais trop monotone ou la conclusive « Raw Materials », peut-être la plus ambitieuse du groupe à ce jour qui fourmille d’idées, de riffs nerveux et s’achève dans un fatras de tous les diables. Ça a dû plaire à Albini. Dans des registres plus communs, il faut reconnaitre que « Common Trash » qui ne s’embarrasse d’aucune espèce de retenue ou la punky « Dig A Hole » font également le boulot. Bien salement. A l’heure des conclusions, soyons simples et concis. A la METZ. Est-ce qu’on passe un bon moment quand on écoute Strange Peace ? Oui. Est-ce qu’on a souvent envie de le réécouter ? Non, sauf si on a des accès de violence. Est-ce qu’on veut entendre ces nouveaux titres en live ? Oui c’est tentant. Est-ce qu’on réécoutera ce disque dans 10 ans ? Rien n’est moins sûr....

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DAAU – Hineininterpretierung

DAAU – Hineininterpretierung

Que c’est beau l’allemand ! Pourtant je ne l’ai pris ni en option 2e ou 3e langue, je n’y comprends strictement rien et quand on décompose l’acronyme de DAAU (Die Anarchistische Abendunterhaltung!), c’est pas vraiment le premier qualificatif qui nous vient à l’esprit. Mais à l’écoute de ce nouveau disque de DAAU en forme de compilation revisitée (par Rudy Trouvé, ex-guitariste de dEUS), idéale pour pénétrer l’univers singulier du groupe, pas de doute : c’est beau l’allemand. Qu’il n’y ait pas de méprise, DAAU, n’est pas un groupe allemand mais belge (comme dEUS…), il célèbre aujourd’hui ses 25 ans de carrière et si le nom vous dit quelque chose c’est peut-être pour ses collaborations avec EZ3kiel, avec qui ils ont notamment partagé l’affiche sur la monumentale tournée Versus Tour en 2004. Un groupe avec qui ils partagent quelques points communs : un goût pour l’expérimentation, un rejet des frontières, une volonté d’explorer tous azimuts. DAAU c’est la rencontre du passé et du futur, d’instruments ancestraux et d’arrangements modernes, du jazz, de la musique classique, du rock, de subtiles touches électroniques, le tout se côtoyant joliment sans jamais s’apparenter à un affrontement (la merveilleuse « Red » en atteste à la perfection). Et pour l’auditeur, un tant soit peu curieux et ouvert d’esprit, c’est du bonheur. S’égarer en se laissant guider au gré d’une flûte (« Rabbit Eye Movement »), suivre la guillerette mais belliqueuse « Drieslagstelsel I », être charmé par l’étrange conte (en français) « Orange », savourer l’apaisante « Lounja La Gazelle », redouter l’agression d’une basse offensive, aussitôt contrebalancée par une flûte enchanteresse (« Delete Alt And Undo »), se rappeler que l’accordéon ça peut être vachement cool quand c’est pas Ivette Horner qui le tient dans ses mains « Drieslagstelsel II », se délecter d’un savoureux « Gin & Tonic », se prendre une petite averse et préférer en sourire (« Rain Song » et sa touche dub), faire un merveilleux périple entre trois destinations, pourtant pas très exotiques (« Berlin-Devanter-Antwerpen »)… En bref, vivre la musique comme une aventure, une expérience. Et avec DAAU vous avez trouvé le meilleur guide de voyage. JL DAAU sera en concert au Petit Bain (Paris) le 2...

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Sonic Youth – Dirty

Sonic Youth – Dirty

Bon, il faut se rendre à l’évidence, on est vieux. Quand on écoute un disque comme ça, qui fleure bon les années 90, par un Sonic Youth qui explore les contrées d’un rock alternatif en plein succès commercial, produit par Butch Vig, et qu’on y voit à la fois quelque chose d’incroyablement cool et dans l’air du temps, une sorte de bande son indémodable de sa vie, ça doit être qu’on est vieux. Parce que quand même, 25 ans. Aujourd’hui, le rock alternatif, on n’en parle même plus, c’est devenu du rock indé. Et ce n’est plus vraiment en plein succès commercial. Et Butch Vig, ça va faire un moment qu’il n’a rien fait. De bien, du moins. Et Sonic Youth n’existe même plus, d’ailleurs. Bref, les disques cool de notre jeunesse sont devenus de vieux disques, voire des disques de vieux, et ça, ça fait mal. Ou du moins, ça donne un coup de vieux. À l’époque, pour juger Dirty, il y avait deux écoles. D’abord, celle des puristes qui connaissaient déjà Sonic Youth depuis leurs années indépendantes et qui estimaient que ce disque n’était que trahison de tout ce que représentait le groupe. Vous imaginez, Sonic Youth, faire des morceaux accessibles !!! Ceux-là ont peut-être changé d’avis avec le temps, mais à la limite, on s’en fout : les plus récalcitrants doivent avoir un quadruple pontage vu le nombre d’infarctus qu’ont dû leur provoquer les disques du groupe depuis, de plus en plus pop. Et il y avait l’autre école, celle des petits jeunes qui découvraient à peine le groupe et qui trouvaient forcément que ce disque était une tuerie. Car Dirty contient un bon lot de tubes indéniables. Une théorie, c’est que Butch Vig a rendu le son du groupe moins abrasif, comme il l’avait fait avec TAD en 91. Cependant, vu que Goo, le disque précédent, n’était pas non plus un modèle de carnage sonore, j’en déduis plutôt que Vig était un choix du groupe pour coller avec une volonté de faire des chansons plus pop, et pas l’inverse. Quoi qu’il en soit, les longues plages expérimentales ont quasiment disparu, et le bordel sonore se retrouve surtout sur la reprise « Nic Fit » et « Youth Against Fascism », deux des morceaux que j’aime le moins. Ce dernier est un bon tube, mais un peu trop mou dans sa version studio. Pour le reste, c’est un presque sans faute : « 100% » ou « Sugar Kane » sont des tubes ultimes, Kim Gordon est magistrale (« Drunken Butterfly », « Swimsuit Issue », « Shoot », « On The Strip ») et Ranaldo n’est pas en reste avec un « Wish Fulfillment » super cool. Pour ma part, c’est le disque du groupe qui tient le mieux une écoute entière, et...

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