David Bowie – Blackstar (Columbia)

Publié par le 16 janvier 2016 dans Chroniques | 0 commentaire

Blackstar-album-coverLe 26ème album studio de David Bowie est finalement son cadeau de départ, son testament musical. « I’m a Black Star », gémit-il sur le titre éponyme qui donne son nom à l’ultime contribution de ce géant à la musique. Cet album secrètement préparé et enregistré (comme le précédent The Next Day), livré au monde avec une mise en scène très étudiée, le jour du 69ème anniversaire de la star, est chargé de nombreuses références à la maladie et la mort. En tout cas physique. Car on ne doute pas un seul instant que l’âme de Ziggy Poussière d’Etoile flotte pour l’éternité dans les cieux, attentive à l’art sous toutes ses formes.

Chroniquer ce disque n’est pas chose facile aujourd’hui*, tant j’ai le cœur lourd depuis l’annonce de la disparition de David Bowie. J’avoue ne pas y avoir cru tout d’abord, pensant qu’il s’agissait d’une de ses facéties, entre faux départ et retours miraculeux, rumeurs de maladie et de mort.

Finalement, Bowie est humain, donc mortel. Les images du clip de « Lazarus » mis en ligne hier, l’annonçaient et résonnent de manière sinistre ce matin. On y voit Bowie, alité, amaigri, les yeux bandés, tremblant, en proie à de sinistres angoisses. « Look up here, I’m in heaven. I’ve got scars that can’t be seen. I’ve got drama, can’t be stolen. Everybody knows me now. Look up here, man, I’m in danger. I’ve got nothing left to lose ». Ces paroles sonnent comme une évidence désormais. Il s’agit bien du testament de Bowie. Il nous a fait le coup de l’artiste qui meurt sur scène ou quasiment.

Ce disque donc, qui restera comme le dernier témoignage vivant de Bowie, est très bon. Meilleur que le précédent, car plus « risqué », sans concession aucune au business et aux modes. Ce disque sombre et complexe se mérite et se pénètre au fil des écoutes. Influences Free Jazz, musique contemporaine ou drum’n bass, sur lesquelles les cuivres (saxo, flutes, hautbois) et les cordes (basse larvée, guitares saturées) se mélangent, et zigzaguent sur des morceaux menaçants, inquiétants comme ce « Girl Loves Me » au texte incompréhensible, parsemé de vocabulaire « nadsat », cher à Anthony Burgess.

Le rock et la pop semblent bien loin des préoccupations de l’icône et rien de simple ni d’accessible à la première écoute ici, et sûrement pas « Blackstar », morceau d’une grande complexité de près de 10 minutes, le second le plus long de sa discographie, qui se perd en méandres jazzy, saxo en rut, batterie épileptique, cordes aux sonorités orientales, et chant éthéré, quasi religieux.

La voix de Bowie justement. Ici encore une fois magistrale sur cette dernière œuvre. Jusqu’au bout envoûtante. Deux belles ballades entrelacées pour refermer l’album et laisser pour l’éternité des titres de la dimension de « Life On Mars ». « Dollar Days » et « I Can’t Give Everything Away », sur laquelle sa voix se fait caressante et tellement prenante. Pour son immense carrière et la gigantesque influence qu’il a eue sur la musique et des générations d’artistes, ce soir je pleure Mister David Robert Jones. Mais gardons la tête haute et le cœur vaillant, en cette période de merde, en clamant qu’on peut être un héros pour juste une journée.

El Padre tan triste – ☹

 

*La chronique a été rédigée lundi 11 janvier, lendemain de sa mort.

 

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