Black Sabbath – 13 (Vertigo)

Publié par le 18 juin 2013 dans Chroniques | 0 commentaire

Black-Sabbath-13-« Is this the end of the beginning or the beginning of the end ? » questionne Ozzy en intro. On serait tenté d’opter pour la deuxième option : le début de la fin. À vrai dire on croyait même que c’était fini depuis un bail. Et beaucoup ont ricané en entendant parler du retour de Sabbath avec Ozzy, 35 ans après Never Say Die !.

Le fameux producteur Rick Rubin a, lui, pris les choses très au sérieux. Il s’est dit que s’il remettait les pattes dans un album du Sabbath ce serait pas pour la rigolade mais pour retrouver l’alchimie des premiers albums des années 70. Et on ne parle pas de n’importe quels disques. Du révolutionnaire éponyme au fabuleux Sabbath Bloody Sabbath en passant par le mythique Paranoid ; la tâche s’annonçait plus qu’ardue.

On ne vous fera pas croire qu’à l’image des opus sus-cités, ce disque marquera des générations entières. Mais, loin de l’auto-parodie, cet album tient plutôt bien la route et comporte son lot de moments forts. C’est déjà un bel exploit.

Les deux morceaux d’ouverture (« End Of The Beginning » et « God Is Dead ? ») donnent le ton. Les vieux ont toujours la patate, emmené par un Tony Iommi qui balance encore des riffs monumentaux, lents, lourds et poisseux. Comme au bon vieux temps. Celui qui a donné envie de se mettre à la gratte à des milliers d’apprentis métalleux, risque bien de faire de nouveaux émules.

Alors évidemment on n’est plus dans les années 70, on sent bien que tout au long de l’album le groupe court après son passé glorieux, y fait référence ouvertement. Ainsi, impossible de ne pas penser à « Planet Caravan », l’inoubliable ballade enfumée de Paranoid, sur « Zeitgeist ». Gratte sèche, percus, même filtre sur la voix d’Ozzy. Il ne manque que les substances illicites (encore que…). Il n’en demeure pas moins que ce morceau est une vraie réussite et ce n’est pas le magnifique solo bluesy de Iommi qui nous fera penser le contraire.

On imagine bien qu’il y a dû y avoir du taf pour que la voix d’Osbourne sonne aussi bien. Sur scène ça risque d’être une autre histoire mais là on a beau chercher les failles, le résultat est impeccable. Son chant habité semble venir tout droit des ténèbres. Et sachant qu’il a eu plus d’une fois un pied dans la tombe, le rôle lui va toujours comme un gant. Seul intrus de la formation originale, Brad Wilk, le batteur de Rage Against The Machine, est tout sauf ridicule en remplacement de Bill Ward et le duo rythmique qu’il forme avec Geezer Butler (maître dans l’art de la basse lourde qui en impose) fonctionne remarquablement.

Les tonitruantes « Age Of Reason » et « Damaged Soul », véritables pièces maitresses du disque, nous renvoient 40 ans en arrière. Heavy à souhait, le groupe nous cloue au siège et nous foutrait presque en sueur. Les somptueux solis de Iommi qui parsèment l’opus sont autant de bouffées d’air frais dans cet univers suffocant.

Des respirations salvatrices car paradoxalement, le côté sombre et étouffant, marque de fabrique du groupe qui a fait sa légende, finit par procurer un sentiment de lassitude, un besoin de souffler un coup. Surtout quand certains titres moins essentiels pointent le bout de leur nez. La longueur des morceaux (l’album dure près d’une heure en seulement 8 titres) renforce cette impression.

Plus aéré, l’album aurait sans doute un tout autre impact. Il démontre toutefois que quand des grands musiciens cherchent à renouer avec leur légende, et le font avec une réelle passion et non pour l’appât du billet vert, ils sont encore capables de bien belles choses.

 

JL

 

Écoutez « Damaged Soul »

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