Radiohead – The Bends (Parlophone)

Publié par le 19 juillet 2015 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

Radiohead-The-Bends-1-« Papy, Papy, j’ai encore été emmerdé dans le métro ! Par des témoins de Thom Yorke, ils voulaient me convertir à leur truc-là. Ils ont vu que je portais un t-shirt de groupe, un que tu m’as offert, et tout de suite, ils sont venus me demander si j’avais entendu Dieu et ils m’ont branché sur leur truc, là. Je les ai envoyé chier, bien sûr. En plus, j’ai écouté vite fait leur Thom Yorke, c’est juste de l’électro de merde fin de 20e siècle, vraiment pas de quoi casser trois pattes à un canard, je comprends pas qu’ils s’excitent comme ça là-dessus. Alors de la à fonder une religion, ils sont quand même tordus, ces types ! »

Certes, certes, mais laisse-moi te parler d’une époque où il y avait de quoi le respecter, Thom Yorke ! Oh, je sais, ça va te sembler surréaliste, mais il faisait partie d’un groupe, à l’époque, et c’était un des meilleurs groupes de sa génération. Et ouais ! Radiohead, ça s’appelait. Et si aujourd’hui on les associe à de « l’électro de merde fin de 20e siècle » et à une bande d’allumés fanatiques qui pensent que tout ce que fait Thom Yorke a été chié par Dieu le père en personne, à l’époque, c’était vraiment un des groupes en activité les plus excitants.

Ils avaient commencé doucement, avec un single qui tournait en boucle sur les radios, une histoire de crêpes et de verres d’eau. L’album qui allait avec, malgré quelques bons titres, n’avait rien de phénoménal. Alors évidemment, personne ne pariait un kopeck sur leur capacité à tenir sur la durée. Mais il faut bien comprendre que cette année-là, la musique vivait une période sombre. Le leader du plus grand groupe qu’on avait connu depuis les Beatles venait de se tirer une balle dans la tête, emmenant dans sa chute tout le rock de qualité (et celui de moindre qualité qui surfait sur la vague). Les radios ne voulaient plus de l’indépendant, du dépressif, de l’alternatif, revirement à 180° vers du joyeux, du pop, du putassier. Dans tout ça, ce sont les rosbifs qui ont tiré leur épingle du jeu et notamment deux groupes, aujourd’hui complètement oubliés, qui se prenaient pour les Beatles et les Stones, sans déconner. Alors que ce qu’ils proposaient musicalement, ça oscillait entre la dance music et justement, le pillage éhontée de la British Invasion, le style en moins. Bref, on était très inquiet.

Et au milieu de ça, Radiohead sort discrètement son deuxième album. Pas de vague, à l’époque, il faudra attendre un disque de plus pour que le groupe explose, mais c’est bel et bien ce The Bends qui réussit le tour de force d’enterrer la concurrence et, d’avance, Radiohead eux-mêmes, puisqu’ils n’arriveront jamais à faire aussi bon. Ils feront plus expérimental, plus original, plus ambitieux, mais jamais plus efficace. Ce disque est une leçon de pop rock en 12 titres tous plus excellents les uns que les autres, de quoi mettre tout le monde d’accord, les radios, les critiques, les amateurs et les fans de musique. On n’avait pas vu ça depuis Nirvana, et si c’est vrai que ça ne faisait pas si longtemps à l’époque, c’est quand même suffisamment rare pour être souligné.

Tu veux des preuves ? Tu ne le ressens pas, le frisson, quand s’entament les accords de « Planet Telex » ? Tu n’as pas envie de bouger la tête quand tu écoutes « My Iron Lung » ou « Bones » ? Pas de larmichette en entendant « Fake Plastic Trees » ou « Street Spirit (Fade Out) », une des plus belles chansons jamais écrites ? Allez, c’est bon, chiale pas partout, écoute-toi un petit « Just », ça fait toujours du bien.

Bah ouais, tu vois, c’est ça qui est beau dans un album comme The Bends, c’est simple, c’est accrocheur, en même temps c’est mélancolique, c’est joli, c’est triste, mais il y a aussi des moments où ça bouge. C’est superbement composé, en fait. Et le petit plus, il faut bien le reconnaitre, c’est la voix de Thom Yorke. Car avant de nous gonfler avec son électro, le Yorke, c’était un chanteur, et un grand. Malgré sa tête de rat crevé, quand il poussait la note, t’avais les poils qui se hérissaient mais dans le bon sens du terme. Tu comprends pourquoi il y en a autant qui ont crié au messie.

Alors, ouais, je te comprends, tant d’années en avant, c’est facile de ne voir que la décadence de tout ce petit monde, et ça ça a commencé avec OK Computer. L’album est encore pas mal, mais il contient tout ce qui allait causer la perte de Radiohead : le fanatisme, l’électro, les morceaux chiants… Alors que The Bends, c’est beau, c’est pur, ça rappelle que souvent, même les mecs injustement surestimés le sont pour une bonne raison.

Désolé, de repenser à tout ça, ça remue tout un tas de souvenirs difficiles. Amnesiac, Kid A, les années 2000, non, non, je ne veux plus parler de ça. Allez, tiens, prends quelques sous et vas t’acheter des friandises. La prochaine fois, on parlera de Dinosaur Jr., ça finit moins mal.

 

BCG

 

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