Dans le bac d’occaz #11 : Wire, Big Black, Yo La Tengo

Publié par le 8 février 2017 dans Le bac d'occaz | 0 commentaire

Chaque mois BCG plonge pour vous dans le bac d’occaz en écoutant des albums indispensables selon un journaliste musical, un oncle cool ou encore un ami mélomane. 30 ans (de 1977 à 2006), 30 disques. Chaque mois 3 albums de cette liste, écoutés au moins une fois par semaine. Les albums sont regroupés par le dernier nombre de leur année de sortie (1986-1996-2006, 1977-1987-1997, 1978-1988-1998, et ainsi de suite).

 

Dans le bac d’occaz #11 : Les années en 7

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pinkflag1977 : Wire – Pink Flag

Pour être tout à fait honnête, j’avais déjà tenté cet album il y a quelques années quand je cherchais de bons albums punks des premières heures. Rien ne m’ayant particulièrement accroché, Pink Flag n’avait même pas passé la sélection et était resté dans mon souvenir comme un disque moyen d’un groupe peu recommandable vu son virage post-punk imminent.

Après l’avoir réécouté avec plus d’attention, je suis déjà frappé par le son, qui n’a rien de post-punk et correspond tout à fait à ce que je cherche quand je me mets un disque de punk : ni trop propre, ni trop crado, sans fioritures. Un bon point par rapport à mon souvenir. Pour ce qui est des compos, je dois reconnaitre qu’il y a des choses plaisantes et surtout, une grand variété. Wire oscille entre du punk 77 très classique, des compos super courtes parfois à la limite du punk hardcore (« Field Day For The Sundays », « Mr Suit ») et des compos plus longues basées sur un rythme répétitif qui préfigurent en fait déjà le virage post-punk mais sans complètement basculer (« Lowdown », « Strange » ou « Pink Flag »).

Si ces dernières sont évidemment celles qui me semblent les plus pénibles, ce qui à mon sens dessert le disque c’est plutôt cette trop grande variété. Et le trop grand nombre de morceaux. Car c’est bien joli d’en pondre 21, et c’est très punk d’en faire autant qui ne dépassent pas la minute, mais après s’être écouté l’ensemble du disque, on peine finalement à en détacher quelque chose, un titre, ou ne serait-ce qu’une mélodie. Rien n’est vraiment désagréable, « Three Girl Rhumba » étant trop courte pour vraiment casser les couilles, ou autres parties du corps, et les morceaux proto-post-punk (étiquette débile) étant trop peu nombreux et trop bien produits.

Au final, on retiendra avec un peu de persévérance « Ex Lion Tamer » qui est un excellent morceau et pour le reste « Champs », « 1 2 X U » ou « Options R » passeraient très bien dans une playlist punk à l’ancienne. Dans l’ensemble, on note surtout que tous ces petits bouts sympa de chansonnettes finissent par ressembler à des chansons punks que personne ne s’est vraiment donné la peine de finir et qui du coup donnent plutôt envie d’aller écouter des groupes qui ont fait le même genre de musique avec de meilleurs morceaux et donc de meilleurs albums (The Saints, par exemple, dont le « Do The Robot » me semble un « Straight Line » réalisé avec plus d’application, de talent, de fibre pop et de sens mélodique).
 

 
big-black1987 : Big Black – Songs About Fucking 

Et en parlant de fibre pop et de sens mélodique, ce n’est pas chez Big Black qu’on va les trouver. Là encore, je connaissais le bestiau sans jamais l’avoir écouté en entier, et je m’en méfiais pas mal. C’est bourrin, peu mélodique, peu accessible, agressif à l’extrême, pas pop pour un sou… Bref, plutôt des arguments qui me rebutent.

Pourtant, c’est incroyable de se rendre compte que si tous ces qualificatifs sont vrais, c’est justement ce qui rend la musique de Big Black intéressante. Bon, pour l’apprécier au mieux, il vaut mieux avoir le disque en vinyle et de très bonnes enceintes, mais le son est d’une puissance impressionnante, et forcément extrêmement travaillé avec Albini aux manettes. Plus friand de Shellac ou même Rapeman, sans doute à cause des boites à rythmes omniprésentes ici, je n’avais jamais vraiment eu le déclic Big Black jusqu’à ces réécoutes forcées.

La musique d’Albini est comme toujours extrême, viscérale, violente, rageuse, écrasante, mais on y retrouve quand même quelque chose d’accrocheur, presque hypnotique, tantôt une ligne de basse, tantôt même un semblant de mélodie. Le seul problème, c’est que par sa nature même, ce n’est vraiment pas de la musique qu’on peut écouter n’importe où, n’importe quand, il faut vraiment être d’humeur à se faire assaillir le crâne par une perceuse noisy, et quand on est plutôt amateur de plaisirs pops ou punks comme moi, ça reste occasionnel. Malgré ça, je reconnais que Big Black est un putain de groupe et ce Songs About Fucking un putain de disque que tout amateur de noise se doit d’avoir à son chevet. Grande classe !
 

 

ylt1997 : Yo La Tengo – I Can Hear The Heart Beating As One 

Là, c’est l’inverse, on est sur de la musique agréable, de belles mélodies, un travail sonore intéressant également, mais pas du tout dans la violence ou l’agression. Non, Yo La Tengo, c’est du pur indie rock des années 90s, pop, onirique et arty, avec de jolies mélodies éthérées et des passages plus dynamiques, bruitiste sans être agressif, qui évoquera les grands noms du genre sans non plus les copier honteusement. C’est ma première rencontre musicale avec ce groupe, et d’emblée il est clair qu’il y a tout pour me plaire.

Comme pour le Wire, c’est un disque qu’on peut clairement classer dans un style défini (si vous n’aimez pas l’indie rock au sens large, passez votre chemin sans regret) mais qui est également très varié entre des compos très douces (« Shadows », « Green Arrow »), des trucs vraiment planants (« Moby Octopad » que n’aurait pas renié My Bloody Valentine, « The Lie And How We Told It », « Damage »), de la pure pop (« Stockholm Syndrome », « One PM Again » limite country), ou des choses plus rock (la reprise de « Little Honda » ou le tube « Sugarcube »). Pas de quoi s’ennuyer, donc. Sauf que…

Sauf qu’il y en a trop. Et à un moment, ça bascule. Car si Yo La Tengo aurait pu offrir un simple très bon album d’indie rock, ils veulent faire plus. Et si on peut leur reprocher comme à Wire d’avoir fait trop de morceaux, on ne peut pas leur reprocher de ne pas les avoir bossés et d’avoir mis des choses trop courtes. En revanche, à cause de ça, on se tape un « Center of Gravity » Bossa Nova un peu hors propos, et surtout un jam krautrock de 10 minutes tout bonnement insupportable nommé « Spec Bop ». Après, plus rien ne passe et on finit par avoir un peu l’impression de subir sur la longueur un disque qui partait pourtant si bien. Oui, « We’re An American Band » est une bonne chanson, mais difficile de rentrer dedans quand on est sorti du délire par les deux morceaux précédents. Un album que j’aurais vraiment adoré s’il n’avait eu que 12 ou 13 titres mais qui a eu la mauvaise idée de pousser à 16 et que du coup je n’aurais certainement jamais plus le courage d’écouter en entier. « Less is more », comme disent les administrés de Trump.

 

 

BCG

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