Sonic Youth – Discographie (1ère partie : 1981 – 1988)

Sonic Youth – Discographie (1ère partie : 1981 – 1988)

Confinement oblige, on sort les vieux projets des cartons. Et avant de me lancer dans l’écriture d’un triple album psyché-stoner-garage-lo-fi-hip hop à textes sur l’impact de la crise sanitaire (qui ne devrait pas voir le jour, pour le bien de l’humanité restante), je me décide à déterrer la chronique (modeste et entamée il y a longtemps) de la carrière d’un groupe majeur de la scène américaine des 4 dernières décennies : SONIC YOUTH! 1ère partie : Les années indie, de l’underground au succès critique. Découvert par le biais de Nirvana, qui les citait régulièrement comme influence et parrain (il signe chez Geffen, qui publiera Nevermind, sur leur recommandation), Sonic Youth est un des groupes majeurs de ma vie de mélomane. Le groupe dont la discographie essentielle a changé ma vision du rock, ma façon d’envisager la musique en général. Grâce à eux, j’ai plongé dans le rock underground américain toutes décennies confondues.  Velvet Underground, Television, Dinosaur Jr, Pavement… et tant d’autres. J’ai vu sous un autre angle la manière même de jouer de la guitare. J’ai découvert Andy Warhol et le pop art, la littérature américaine de Jack Kerouac et la beat generation à la SF de Philip K. Dick. Ils ont constitué une passerelle culturelle vers d’autres univers qui m’étaient inconnus. Quoi de plus logique pour un groupe new-yorkais né dans le bouillonnement créatif de la Grosse Pomme au tout début des années 1980. Leur riche carrière discographique s’étend sur 4 décennies et épouse les dernières explosions créatives de la scène américaine (la no wave et le punk US fin des 70’s, l’indie rock des 80’s et 90’s voire le revival rock du début des années 2000). Avant d’entamer un tour d’horizon de leur carrière discographique (à travers les albums studios essentiellement, sinon on bascule dans le travail quasi archéologique), revenons dans un premier temps sur la genèse du nom. Fusion de Big Youth (chanteur reggae des années 70) et du Sonic Rendez vous Band de Fred « Sonic » Smith, leader des MC5, tout un programme déjà. Pour une musique que Thurston Moore théorise dans le 1er communiqué de presse du groupe en 1981 de la manière suivante : « Des rythmes denses intensifiés en les accidentant et en les broyant, juxtaposés avec des morceaux d’ambiance façon bande-son. Évoquant une atmosphère que l’on ne pourrait décrire que comme un modernisme expressif et brouillon. Et ainsi de suite ». Une autre formule résume bien l’ambition du groupe et en même temps son sens de l’humour rarement souligné (que l’on peut mieux entrevoir dans le mythique documentaire 1991 : The Year Punk Broke). Sonic Youth c’est « un truc expérimental, mais en même temps, c’était un peu du style...

Lire la suite

Dakiniz – Raging Shouts

Dakiniz – Raging Shouts

(Epicerie Libre, 27 mars 2020) Première chronique écrite en cette période de confinement et ces temps bien incertains. Le hasard a voulu que ce soit pour un groupe qui a intitulé son album Raging Shouts. Et qui pratique un rock viru(s)lent et urgent, parfait pour notre état d’esprit du moment. Dakiniz, trio parisien, publie ici un deuxième album qui donne furieusement envie de hurler sa frustration. De péter la gueule aux discours anxiogènes. De repousser les murs. De retrouver ses potes au milieu d’un pogo dans une salle de concert. Bref, du rock comme on en a bien besoin ces derniers jours. Basse en avant, guitares aux riffs tranchants, batterie qui claque, chant enragé. Recette qui peut paraître éculée mais hautement efficace… Servi par une production impeccable et sans fioritures. C’est calé au millimètre. Le groupe maîtrise son sujet et a en plus bien ménagé ses effets. Une entrée tonitruante et sans préliminaires avec l’excellent « NWO » qui n’est pas sans rappeler le QOTSA de Josh Homme (notamment le chant). Une fin de disque dantesque avec le bien nommé « The Last One », 7 minutes 30 de haute volée avec une outro du plus bel effet. Et une petite bombe aux riffs et refrains addictifs avec l’imparable « Handbrake » que l’on a bien envie de mettre à donf fenêtres ouvertes pour expliquer au voisinage avec quelle hargne on va tous repousser le virus. Certes un peu court avec 9 titres, dont 7 qui flirtent à peine avec les 3 minutes, le disque est néanmoins solide et propose un rock anguleux et cinglant qui n’est pas sans rappeler les américains de Jesus Lizard (« Abigail », la basse de « Fucked for Ages »), Fugazi voire les regrettés frenchies de Sloy. C’est joué sans calcul (« Zulu Radio Star », les 2 minutes pas inoubliables de « Sputnik » et son intro très QOTSA, là encore), à l’énergie (le furieux « Score One For Satan »), ça riffe à mort (« The Mario Bros Nemesis », « Abigail »). Mais le groupe est encore plus convaincant quand il prend son temps, allonge un peu ses compos (« NWO »), qu’il brouille les pistes, et essaye plusieurs chemins (« The Last One ») pour y perdre son rock furieux. On sent même poindre la tentation de quelques velléités mélodiques voire de carrément céder au refrain fédérateur (« Handbrake », « The Last One ») qui se propage comme une épidémie. Parfois, un disque vous ramène à un évènement marquant de votre vie. J’espère que le groupe Dakiniz ne m’en voudra donc pas de ramener son deuxième album à cette foutue pandémie mondiale… Quand j’y repenserais une fois l’épreuve...

Lire la suite

Ausgang – Gangrene

Ausgang – Gangrene

(A-Parte, 6 mars 2020) Au niveau fusion rock-rap, l’année 2020 semblait devoir être marquée surtout par le retour triomphal (et/ou sonnant et trébuchant selon l’angle choisi) de Rage Against The Machine. Pas si sûr… … Car voilà, Casey a aussi « La Rage » ! Et depuis qu’elle l’appelle, l’appelle, (cf le refrain), elle déboule avec un projet hybride répondant au nom d’Ausgang mêlant aussi rap et rock. Après tout, Casey, son flow précis et tranchant comme un scalpel, et la guitare aventureuse de Marc Sens, ça vaut bien Tom Morello et Zack De La Rocha, non ? À ce casting, déjà aperçu dans l’excellente Zone Libre, s’ajoutent Sonny Troupé à la batterie et Manusound aux machines. Autant dire que l’excitation était au rendez-vous des dix titres de ce Gangrène. D’autant que les 2 titres lancés en éclaireurs (avec 2 beaux clips) pour teaser cette sortie se sont d’ores et déjà placés bien haut dans ma playlist de 2020. D’abord le furieux « Chuck Berry », où Casey rappelle avec rage et justesse une vérité historique. Le Rock est Noir, héritier du rythm’n blues afro-américain. “Ma race a mis dans la musique sa dignité de peur qu’on lui prenneA fait du blues, du jazz, du reggae, du rap pour lutter et garder forme humaineEt l’Occident qui avait honte a inventé le punk s’est haï lui-même x2Tu as le cuir, la coupe, les clopes, les bottes et la FenderLes anecdotes, Les Enfants du Rock, la collection de vinyles de ton pèreJe l’ai dans la chair, je l’ai dans les veines, qu’est-c’que tu crois ? Cette histoire est la mienne” Riff addictif, flow chirurgical, plume de compétition, grosse puissance. C’est du Rock ! C’est du Rap ! Avec « Aidez-moi », changement d’ambiance pour un titre tout aussi imparable. À l’image de l’incroyable « La chanson du mort vivant » sur l’album L’Angle Mort de Zone Libre (m’en suis toujours pas remis), Casey égrène, avec son brio habituel, la lente descente aux enfers des oubliés de la République sur une musique sombre. Magistral ! “Quel goût a l’existence quand tout n’a aucun sensJ’envie ceux qui connaissent les caresses j’ai des carencesPlus rien à déclarer j’ai des carnets j’ai des cahiersOù j’ai déjà tout détaillé de la tristesse et la souffrance (…)[Refrain] Mais où est ma bouée si vous pouvez me la trouverBalancez-la dans l’égout où je suis en train d’coulerLa folie va m’avaler j’suis harcelée par mes doutesIls me retiennent par le cou et la corde est nouée x2” Elle confirme (une fois de plus) la puissance de sa plume. Loin devant toute concurrence. La bonne surprise (mais avait-on seulement des doutes vu la présence de Marc Sens), c’est que l’album est résolument rock (le brûlot « Bonne Conduite »,...

Lire la suite

GéNéRiQ Festival @ Belfort (90), 07/02/20

GéNéRiQ Festival @ Belfort (90), 07/02/20

Gros programme ce vendredi 7 février du côté de Belfort avec une double dose de live dans le cadre du GéNéRiQ Festival. Direction la Tour 41 tout d’abord en fin d’après-midi. Dans ce musée des Beaux-Arts au sein d’une des fortifications de Vauban dans la vieille ville de Belfort (#StéphaneBern), on avait posé entre deux salles du musée, une scène de fortune. Une batterie, quelques amplis Fender, les retours derrière lesquels les plus curieux se sont assis pour assister aux prestations de Shannon Lay et Mikal Cronin. Pas encore remis de la belle prestation folk d’Emily Jane White la veille, Shannon Lay nous a offert une belle transition avec son indie pop délicate et sensible. Seule à la guitare, on a apprécié sa douce mélancolie, sa voix suave, ses tentatives de dialoguer avec un public de curieux pour la plupart venus pour le côté original du concert. Visiter un musée des Beaux-Arts et se faire un concert de rock dans la foulée : bonne initiative. Dans les standards du GéNéRiQ qui allie depuis longtemps une belle programmation musicale et le lien avec les institutions locales pour offrir une expérience live souvent inédite aux spectateurs. Shannon Lay et ses petits « Thank You » aigus charmants a joué le jeu avec décontraction avant de céder la place à un trio mené par Mikal Cronin qui présentait son dernier album Seeker (7 titres sur la douzaine présentés). Pas encore trop au fait de sa carrière, je venais en curieux seulement averti par le combo interview–chronique de Jonathan sur votre site préféré. Même dans le cadre inhabituel de ce musée, avec un public devant ET derrière le trio, et sous des lights roses un peu trop flashy, j’ai apprécié le live du trio entre garage efficace (« I’ve Got Reason » – coucou Ty Segall ! -, « Caravan ») et rock élégant qui n’est pas sans évoquer les 70’s ou le bon vieux Neil Young (la doublette d’entrée « Shelter » – « Show Me », « Guardian Well »). Un peu trop nerveux quand même pour une partie des curieux qui ont déserté le show pourtant impeccable des 3 compères plutôt ravis de se produire au milieu d’œuvres d’art. Petite incursion de Shannon Lay sur un des derniers titres pour ficeler ce bon petit live et nous voilà parti en direction de La Poudrière. Setlist Mikal Cronin : Shelter – Show Me – Apathy – Get Along – Say – Sold – Fire – I’ve Got Reason – Caravan – Guardian well – Weight – Change Retour ensuite sur des planches plus familières à La Poudrière avec un programme bien copieux. Trois groupes, trois ambiances, mais trois belles réussites. Conçu...

Lire la suite

Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

Lee Ranaldo and Raül Refree – Names Of North End Women

(Mute / [PIAS], 21 février 2020) Le temps passe. Presque une décennie (!) que Sonic Youth a splitté suite à la séparation d’un couple rock des plus emblématiques : Kim Gordon et Thurston Moore. Membres de l’amicale du souvenir de Sonic Youth, si vous cherchez quelques réminiscences du défunt, merci de vous orienter vers les (plus que recommandables) derniers essais solos de Thurston Moore… …Lee Ranaldo joue la rupture et surprend son petit monde. Accompagné du réputé producteur et compositeur espagnol Raül Refree, et plus encore que le dernier disque de Kim Gordon, il se démarque totalement de l’encombrant héritage de la jeunesse sonique. Et voyage léger. Point de guitares furieuses et dissonantes. De titres noisy à tiroirs, alambiqués et de crescendos épiques. On joue l’épure. On dégage (presque) carrément les guitares. On lorgne vers la musique concrète ou l’expérimental. On peut ainsi entendre un vieil enregistrement de Lee fracassant une chaise contre un mur ! On fait du spoken word comme sur l’inaugural « Alice, etc », pas le meilleur des 8 titres pour commencer. Et forcément, à la première écoute, la petite déception. Mais bon, naïf que nous sommes, on attendait (encore) un Lee Ranaldo expert ès larsens et dissonances, et son art subtil d’injecter de la pop dans le chaos noisy. Reset complet. On se remet le disque. Et on l’écoute pour ce qu’il est finalement. La collaboration de deux artistes qui expérimentent, (plus ou moins) loin de leurs univers respectifs. Alors, est-ce qu’on pouvait s’attendre à mieux vu le pedigree prestigieux des artistes présents ? Certainement. On sent le travail de studio, ça bidouille parfois avec réussite (« The Art Of Losing »), parfois moins… Le spoken word, pourquoi pas… mais quand on a la voix de Lee Ranaldo, loin d’être dégueulasse, autant jouer la carte à fond. Il suffit d’écouter le refrain très réussi et épuré de « Humps », le final et apaisant « At The forks » ou même la world music inattendue et addictive de « Name Of North End Women » pour s’en convaincre. Parfois, on n’est même pas loin d’être emballé comme sur ce « Light Years Out » assez bluffant sur ces 3 dernières minutes avec sa basse groovy et… des guitares ! On est ainsi presque frustré quand on entend surgir quelques bribes d’électricité au détour de « Words Out Of The Haze ». Je t’aurais bien perverti tout ça avec quelques fender jazzmaster dissonantes. Ah jeunesse sonique, quand tu nous tiens ! Bon, parfois, ça se perd un peu en chemin, comme sur « Alice, etc » ou « New Brain Trajectory ». Résultat, avec seulement 8 titres et quelques (petites) longueurs, on reste un poil...

Lire la suite