Louis Jucker & Coilguns – Play Kråkeslottet [The Crow’s Castle] & Other Songs from the Northern Shores

Louis Jucker & Coilguns – Play Kråkeslottet [The Crow’s Castle] & Other Songs from the Northern Shores

(Hummus Records, 10 juillet 2020) Autant le dire de suite, je ne connaissais pas du tout le suisse Louis Jucker et le groupe Coilguns avant de démarrer cette chronique. Mais rien de tel que d’avoir zéro a priori avant de découvrir un nouvel artiste. Après, ça matche ou pas. Et dès les premiers accords de « We Will Touch Down », l’oreille a frétillé. Toujours bon signe. Ce disque est le témoignage brut (car enregistré live en studio et en deux jours) de la tournée de Louis Jucker avec Coilguns pour défendre l’album Kråkeslottet. Quoi de mieux donc que de découvrir un artiste dans son élément naturel surtout à l’heure où l’on est dans l’impossibilité de le faire dans une salle ? En seulement 9 titres, le suisse a gagné en tout cas le droit à ce qu’on s’intéresse de plus près à sa discographie annoncée éclectique. Si Coilguns lui assure un soutien certain pour un indie rock puissant, efficace, voire noisy, le disque ne se limite pas à ce seul style. Et c’est tant mieux. C’est ainsi que, au détour du riff stoner de ce « Woman Of The Dunes », classique mais so 70’s, on se dit que ces gars-là ont effectivement plus d’un tour dans leur sac. Dans une fin d’album très hétéroclite (!), on peut ainsi apprécier la palette de tout ce petit monde. Après le stoner, on a droit à notre grande surprise aux presque 9 minutes neurasthéniques de « Merry Dancers ». Tempo de tortue, claviers lancinants, guitares lointaines, chant poignant. Totalement inattendu mais assez sublime. Et pour finir, « Stay (In Your House) », 8 minutes où on va plutôt explorer un post-rock d’abord silencieux avant de se faire méchamment bouger dans un final agressif qui n’incite guère à la désobéissance. Stay in your house! Ainsi, après quelques écoutes, ce triptyque final rehausse même considérablement la note artistique de cet album. Déjà que le trio de titres qui ouvraient nous avaient bien convaincus ! « We Will Touch Down » marquait les premiers points avec ses guitares incisives et aventureuses. « Seagazer » nous emmenait en terre noise avec une rythmique frondeuse addictive et Louis Jucker qui s’époumone. Et « A Simple Song » ne relâchait pas la pression avec son allure menaçante toutes guitares dehors. Avec « The Stream », première embardée vers des territoires inattendus. Et pas loin du krautrock. Batterie sous speed, claviers vintage, rythme métronomique. Surprenant. Autant que « Storage Tricks », délicat folk à peine électrifié où la voix de Louis Jucker joue la carte de l’émotion. Presque égaré au milieu de l’album, mais qui renvoie aux compositions plus boisées de la discographie du suisse. Mais c’est...

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CAFE BIZARRE – Don’t Swim Tonight My Love EP

CAFE BIZARRE – Don’t Swim Tonight My Love EP

(22 juin 2020) Bon, on ne va pas se mentir. Le revival nineties, c’est le seul contre lequel on ne se lève pas, ou alors très mollement. La nostalgie passéiste, le « c’était mieux avant », en général, ça a le don de m’énerver. Chaque époque réserve forcément son lot de belles découvertes musicales, pour peu que l’on ait conservé l’esprit ouvert et la curiosité insatiable du (jeune qu’on est de moins en moins, aïe) fan de musique. Alors forcément à l’écoute de cet EP de CAFE BIZARRE, indie groupe parisien, on va s’interroger sur un début de syndrome Marty McFly. Faille spatio-temporelle vers nos nineties chéries, qui ont forgé une grande partie de notre identité musicale ? Impression de « déjà vu » sonore ? Ce Don’t Swim Tonight My Love ne fait pas de mystères sur son ascendance, c’est un fait. La patte mélodique, les compositions immédiates à la coolitude soignée, et même ce chant emprunté mais touchant, tout nous ramène au Pavement brûlant sous le soleil radieux de Californie. Slacker Lo-Fi Rock. C’est donc avec un petit sourire aux lèvres que l’on va traverser, comme dans un rêve, les 7 titres de cet EP. Dès « I See A Green Light » (titre approuvé par la jeunesse sonique), c’est pourtant plutôt des lutins de Boston qui sont invoqués. C’est mélodique, c’est catchy, c’est électrique, welcome back to the golden 80’-90’s ! C’est au gré des vagues et de belles guitares que s’ouvre la pièce centrale de cet EP, qui lui donne son titre. Mélodico-mélancolique, ces plus de 6 minutes touchantes ressuscitent un rock imparable que n’aurait pas renié la bande à Malkmus. Alors, on a beau être (ex-)fan des nineties, petit indie boy, ces pop-songs catchy (« On My Side », « Beautiful Losers »), on n’y résiste pas. Comme ce riff d’entrée de « Losing My Time », titre qu’on jurerait échappé des sessions de Wowee Zowee, à l’outro qu’on aurait aimé encore plus aventureuse. Jamais trop énervée, la musique de CAFE BIZARRE se la coule douce, tranquille en terrasse, une petite bière à la main, sans forcer (« Because of you »). On n’aurait pas craché sur un peu plus d’électricité revêche ou de de dissonance à la manière de ce début de « Soft Power », un poil court pour renouer avec notre amour de la jeunesse sonique. Ou un peu de plus de folie dans les arrangements. Loin d’être un simple pastiche sonore lazy des 90’s, cet EP de CAFE BIZARRE, à la patte mélodique addictive et soignée, sera parfait pour un summer post-Covid. Solaire et cool, en terrasse. Et c’est déjà beaucoup !...

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The White Stripes – De Stijl

The White Stripes – De Stijl

(Sympathy For The Record Industry, 19 juin 2000) Le 6 mars 2002, à la Laiterie à Strasbourg, j’assistais au concert d’un groupe US émergent qui avait remis l’électricité sur le devant de la scène. Pour la modique somme de 13,50 € de l’époque (#jerangemessouvenirspendantleconfinement). Les White Stripes (et non Sripes comme sur mon billet collector !) présentaient leur troisième album White Blood Cells, le premier à avoir traversé l’Atlantique. Dans la salle strasbourgeoise pleine comme un œuf, j’ai rapidement eu la certitude ce soir-là que ce Jack White à la guitare, il n’allait pas rester bien longtemps sur le circuit des petites salles. Album suivant, Elephant, « Seven Nation Army », po popopo po po po, le tube interplanétaire par accident etc… on connait la suite. Après ce concert, je suis tombé sur ce De Stijl, initialement sorti il y a 20 ans (et réédité en Europe en même temps que White Blood Cells en 2001). Et j’avoue avoir conservé un petit faible pour cet album dans leur discographie, encore plus que les suivants, largement acclamés. Avant d’exploiter souvent ses obsessions 70’s (coucou Led Zep) et d’avoir les moyens de ses ambitions, Jack White avait réussi sur ce disque le tour de force d’un garage rock minimaliste, à mi-chemin entre proto-punk de Détroit et Blues du Delta. L’album est d’ailleurs dédié à Blind Willie McTell, guitariste blues du début du 20e siècle (on trouve une cover de son titre « Your Southern Can Is Mine » en piste finale). Ainsi qu’au mouvement artistique hollandais De Stijl, qui servait magnifiquement de support à l’obsession chromatique (rouge, blanc, noir) de Jack et Meg (sa prétendue sœur, qui en fait était sa femme, #comdouteuse à l’époque). Jack White débutait sa légende de recycleur en chef de la musique US par le versant Blues canal historique. Harmonica, piano, violon, bottleneck, slide guitar, production roots (par Jack himself), les codes étaient là et seuls le tempo et la guitare semblaient être branchés sur les années 2000. En duo, avec la batterie préhistorique de Meg, Jack White épate et se dévoile déjà en futur songwriter. Si l’on trouve encore du blues-punk roots à 2 dollars (« Let’s Build A Home », « Jumble, Jumble »), Jack signe aussi une bonne poignée de folk songs old school intemporelles. « Apple Blossom », guitare en bois qui grince, piano de saloon, solo sur une corde, rudimentaire certes mais le charme opère toujours. « I’m Bound To Pack It Up » la joue même catchy avec sa rythmique slidée et son petit violon enjoué. L’économie de moyens et l’austérité des arrangements n’altèrent pas la qualité des titres. Comme ce « Truth Doesn’t Make A Noise » addictif et...

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LANE – Pictures Of A Century

LANE – Pictures Of A Century

(Vicious Circle, 19 juin 2020) Effet collatéral de la pandémie, cette chronique a été (en partie) réécrite après l’annonce du report de l’attendu deuxième album de LANE, Pictures Of A Century pour ce mois de juin. Et au moment d’y revenir, l’artwork et le titre m’ont paru étrangement prophétiques à l’heure de la distanciation sociale devenue la norme pandémique. Comme m’est revenu en mémoire la pochette rouge sang prémonitoire de Strike, l’album des Thugs sorti en 1995 avant les grandes grèves. Pour les néophytes, il n’est jamais trop tard pour apprendre que LANE c’est transgénérationnel et familial. Des frères (2 familles différentes, les Belin et les Sourice), un père et son fils, un mélange de deux anciens groupes de deux générations distinctes, Daria et… Les Thugs. Signé chez Vicious Circle, juste un des plus beaux labels de France au passage, le quintet LANE remet donc le couvert, seulement un an après A Shiny Day, plus beau vrai-faux come-back de 2019. Alors forcément, chronique périlleuse car on aura souvent l’oreille qui frétille et un sourire aux lèvres au détour d’une rythmique où la basse galope derrière une batterie qui cavale. On sera toujours autant bluffé par cette science de l’électricité mélodique. Faut dire qu’un froid 12 décembre 1997, à 17 piges et pour mon premier concert ever, un (très) bon groupe angevin m’a tatoué une belle éthique de la musique qui ne m’a jamais quitté. L’objectivité de cette chronique risque donc (un tout petit peu) de souffrir. En 13 titres, LANE déroule ses fondamentaux. Il n’y aura pas de grosse révolution, c’est vrai. D’abord un premier titre lancé en éclaireur, « Voices » qui va mettre une bonne migraine à la concurrence. La spéciale, le morceau de moins de 3 minutes qui tue le game du noisy-rock mélodique (remember « Winnipeg »). Addictif. Les 4 lignes suivantes résonnent en plus de manière troublante ces derniers jours. Point de bonus. “To see the world, look at the core of your mind/No easy way to delete fakes and lies…/…To hear the world, listen to the vibes of your mind/No easy way to learn and trust a fact.” Du pur Th… LANE, (pardon, je le ferai plus). Comme les titres court format (2-3 minutes) qui occupent un bon tiers de l’album. Joués pied au plancher, la batterie qui claque, basse en avant avec 3 guitares, ça marche toujours (« Voices » donc, « Black Gloves » et son refrain frondeur, « Sing To The Last », « Family Life », et le moins réussi « Lollipop And Candy Cane »). Ce qu’on attendait (ou pas d’ailleurs), c’est le brin de nouveauté comme sur cette intro furax de « Discovery None ». Que le groupe nous surprenne, nous...

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Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

Cosse – Nothing Belongs to Anything EP

(À Tant Rêver du Roi/Grabuge Records, 12 juin 2020) Il est grand temps de retrouver les salles de concerts. D’abord parce que ça fait déjà plus de 3 mois depuis le dernier. Mais aussi, et surtout, parce que notre scène française émergente fourmille de groupes excitants. Des groupes qui ont besoin de jouer live pour se développer et exister. Après avoir été bluffé par Dakiniz et Versari, voici Cosse, qui a tourné en compagnie de Lysistrata et sort cet EP, Nothing Belongs to Anything, conjointement sur le label À Tant Rêver du Roi et sur Grabuge Records, la structure du groupe de Saintes. En à peine 5 titres, c’est peu dire que le groupe impressionne. Par un art subtil à brouiller les pistes. Dès le bien nommé « Welcome Newcomers », tu te croyais tranquille à te balader sur un sentier post-rock contemplatif et mélodique, qui n’est pas sans rappeler les regrettés Rien. Mais le chemin devient plus rude, escarpé, une voix t’interpelle, le tempo s’affole, tu cours, et là tu comprends. Comme Lysistrata, on a affaire à des petits malins qui ont jeté le manuel du post-rock par la fenêtre. On ne sera jamais tranquille. Toujours sur le qui-vive. Un plan math-rock va surgir derrière une rythmique métronomique à la Tortoise. Les guitares vont rugir sans crier gare. Et une belle voix féminine inattendue va nous faire chavirer. Je lui aurais bien rajouté une minute ou deux à ce très bon « Pin Skin ». Comme chez Rien, et aussi pour les boites de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. « Sun Forget Me », en 4 minutes propose sa dose de sucreries noisy. Mid-tempo tranquille, guitares tendues, ça gronde… et puis le petit bonbon acidulé, ce duo vocal et cette dernière minute qui s’envole ! Au passage, ç’a beau être un EP d’un groupe émergent, la production est impeccable, le son ample, les guitares énormes ! Et pour ne rien gâcher, l’artwork est superbe. Sur les 2 derniers titres, Cosse semble vouloir inviter ses nouveaux fans à ses prochains concerts. Ils font parler la poudre. D’abord sur « Seppuku », qui avance sur la pointe des guitares, avant de méchamment s’embraser. Ne jamais donner de bonbons à Mogwai après minuit (#doublejoke). Alors forcément, on finit on « The Ground », après avoir été bien secoués 6 minutes durant par des guitares bien plus menaçantes que sur le début du disque. Avec l’outro noisy qui va bien. Idéal pour terminer un set sauvage. Lysistrata ne s’est pas trompé pour sa nouvelle signature sur Grabuge Records. Ce Nothing Belongs to Anything est (plus que) prometteur et Cosse pourrait bien prendre la relève de Rien dans...

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