LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

LE COIN BD // Tsugumi Project, tomes 1 à 3 (ippatu)

(Ki-oon, 2019) Création originale de l’éditeur Ki-oon, ce Tsugumi Project est une commande directe à un certain ippatu. Assistant mangaka (notamment de Jirô Taniguchi), character designer dans l’industrie du jeu vidéo, illustrateur, auteur d’une première série et d’histoires courtes… Un CV fourni pour un auteur quasi inconnu chez nous et sur lequel l’éditeur français a décidé de placer ses billes. Et force est de constater qu’il s’en tire plutôt bien. Sans être d’une folle originalité, le pitch a le mérite d’être efficace : dans un lointain futur, la France envoie de force le soldat d’élite Léon dans un Japon ravagé 260 ans auparavant par une pluie d’armes nucléaires. Son objectif est de retrouver une arme biologique terrifiante. Nom de code : Tsugumi. Ambiance post-apo donc (une fois n’est pas coutume pour cette pauvre Tokyo), ce qui donne l’occasion à l’auteur de démontrer toute l’étendue de son talent pour dépeindre une cité dévastée sur laquelle la nature a repris ses droits. La partie graphique est clairement le point fort du titre. Non soumis aux délais infernaux de la prépublication, on sent les heures passées par ippatu derrière sa planche à dessin (ou sa tablette graphique) pour accoucher de paysages époustouflants. Le style est minutieux et typé : proche du croquis sur certains passages ou ultra détaillé sur d’autres, l’auteur adopte un astucieux mix de ces deux ambiances qui confère à l’ensemble une très forte personnalité. Ainsi, la narration est souvent silencieuse, laissant un maximum d’espace à ses planches étourdissantes. Le bestiaire est jusqu’ici réussi et contribue à l’ambiance particulière qui se dégage de ces pages. On reste en revanche circonspect quant au design du buddy du héros, Doudou, proche de celui du pirate black dans Astérix, ce qui semble un peu anachronique… © ippatu, Ki-oon Ces trois tomes oscillent entre rencontres – plus ou moins heureuses – avec la faune locale et avancée de la mission principale, deux fils qui se rejoindront très certainement plus tard dans le récit. L’univers est intrigant et l’ambiance suffisamment pesante pour donner corps à cette plaisante histoire de survie en milieu hostile. Si à ce niveau c’est une réussite, l’auteur peine parfois à trouver le bon dosage dans la dynamique mystère / éléments de réponse, essentielle dans ce type de récit pour garder le lectorat alerte. Le scénario se retrouve en outre un peu trop délayé sur certains passages via des scènes ou des dialogues superflus, ce qui nuit au rythme général. Ce coup de mou se ressent notamment dans un troisième tome en-deçà, toutefois sauvé par une dernière partie qui relance habilement l’intrigue. Ce très bon chapitre laisse à penser que le récit pourrait prendre une nouvelle dimension et vraiment trouver sa personnalité. Espérons-le car...

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LE COIN BD // The Valiant (Matt Kindt, Jeff Lemire & Paolo Rivera)

LE COIN BD // The Valiant (Matt Kindt, Jeff Lemire & Paolo Rivera)

(Bliss Editions, 2020) À l’occasion de sa réédition, évoquer la mini-série The Valiant nous semblait légitime à plus d’un titre. Tout d’abord parce que nous risquons de pas mal vous parler dans nos pages (web) de l’éditeur américain, Valiant Entertainment. Créé en 1989 par des anciens de Marvel, vendu à l’éditeur de jeux vidéo Acclaim Entertainment en 1994 puis racheté par après la faillite de celui-ci par des fans en 2005, Valiant revendique depuis sa relance effective en 2012 le troisième univers super-héroïque partagé (après les mastodontes Marvel et DC Comics) et édité en France par une petite boîte dont nous apprécions spécialement le boulot, Bliss Éditions (auparavant Bliss Comics). Ensuite, et dans le même ordre d’idées, parce qu’il nous semblait pertinent de revenir sur cette mini-série, qui même si elle n’arrive qu’en 2014, demeure fondatrice tant elle démontre le potentiel de cet univers partagé. Enfin, tout simplement parce que notre rédacteur avait beaucoup apprécié ce récit à sa sortie et que cette nouvelle édition (prévue avant ce salaud de coronavirus pour mars 2020) est une excellente occasion de revenir dessus. Voici donc sa critique de The Valiant, telle qu’écrite à la lointaine époque de sa première lecture, vers fin 2017. © Matt Kindt/Jeff Lemire/Paolo Rivera, Bliss editions Totalement novice de l’univers Valiant, cette mini-série décrite comme le point d’entrée idéal a pas mal titillé ma curiosité. Les retours très positifs sur les comics et la petite hype autour du jeune éditeur Bliss Comics (dépositaire en France de Valiant depuis 2016 à la suite de Panini) ont achevé de me convaincre. Les lecteurs n’ont en effet pas tari d’éloges sur le nouveau venu dans le monde du comics en VF, tant au niveau du contenu proposé que de la qualité de ses éditions. Pas mal d’interviews des deux passionnés derrière Bliss (notamment ici) permettent d’ailleurs de mieux saisir le projet éditorial et son contexte. Débuter dans l’univers d’un nouvel éditeur est toujours particulier. Aucun repère auquel se rattacher que ce soit en terme de personnage (même si vous n’avez jamais lu de DC, vous devriez en gros savoir qui est Batman) ou de concepts (les mutants chez Marvel, le multiverse chez DC…). Le premier tour de force de The Valiant est justement de donner la sensation d’être en terrain connu. En peu de pages, les deux auteurs Jeff Lemire et Matt Kindt parviennent à caractériser des personnages qui paraissent vite familiers. On ne se sent pas perdu et nul besoin de compulser du Wikipédia pour comprendre ce qu’il se passe. Ici réside certainement l’une des forces d’une maison encore « jeune » comme Valiant, en opposition aux vénérables Marvel et DC qui malgré des re-launches à la pelle ne...

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LE COIN BD // Hexed Omnibus (Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios)

LE COIN BD // Hexed Omnibus (Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios)

(Glénat, 3 octobre 2018) Initialement publié chez Boom! Studios, Glénat propose un bel omnibus de plus de 400 pages – à tirage unique – qui regroupe l’intégrale des deux séries qui composent Hexed. L’occasion de suivre les pérégrinations de Lucifer, voleuse de l’occulte, dans un trip entre Buffy, Constantine et Arsène Lupin. Deux séries donc pour deux parties qui ne se valent clairement pas. La première pose les bases de l’univers et des personnages mais laisse la sensation d’être réalisée à tâtons, comme si l’auteur Michael Alan Nelson ne savait pas encore où il allait. Le lecteur est certes mis en appétit par de chouettes idées mais il manque quelque chose pour vraiment accrocher. Et la prestation graphique d’Emma Rios, assez désastreuse, n’aide pas à s’impliquer. On est encore loin de son travail sur Pretty Deadly, publié cinq ans plus tard. Mise en page insipide, décors brouillons, personnages statiques, visages ratés, perspective hasardeuse… Le tout, certainement réalisé avec honnêteté, sent très fort le boulot de jeunesse proche de l’amateurisme. © Michael Alan Nelson, Dan Nora & Emma Rios / Glénat Il faut néanmoins s’accrocher car la suite apparaît alors comme un enchantement (ou plutôt en l’espèce, une malédiction) relatif et absolu. L’arrivée aux dessins de Dan Mora fait entrer le récit dans une autre dimension. L’artiste costaricain livre une prestation de très haute volée dans un style ultra expressif, proche de l’animation. On pense à Blacksad, Zombillenium ou Special Branch, l’aspect comics en plus. Ses personnages sont magnifiques, son bestiaire inventif, ses scènes d’action parfaitement lisibles, son découpage efficace… Un trait racé et diablement dynamique dont se dégage une forte personnalité, récompensé par un Eisner pour son boulot sur le Klaus de Grant Morrison. Michael Alan Nelson semble se servir de ce nouvel attelage pour tirer son récit vers le haut. Le rythme se fait plus soutenu et d’une étonnante densité pour ce type de format relativement court. L’auteur jongle avec les codes du genre (artefacts dont-il-ne-faut-pas-prononcer-le-nom, nécromancie, sorcellerie, mondes parallèles…) pour délivrer une histoire haletante, parfois épique, dans laquelle les alliances se font et se défont. Il parvient d’autant plus à y insuffler beaucoup de vie au travers de son casting, presque à 100% féminin. L’auteur prend le parti de jongler avec peu de personnages et leur apporte une vraie densité. Lucifer est une héroïne solide, franchement attachante et le duo qu’elle forme avec Raina, la stagiaire, est digne des meilleurs buddy movies. Outre son design hallucinant, La Catin est un exemple de personnage qui se révèle au fil du récit, bien aidée par une origin story touchante et éclairante. La grosse introduction que constituent les quatre premiers numéros passée, Hexed se révèle être une excellente surprise, portée...

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LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

LE COIN BD // Doctor Mirage (Roberto de la Torre & Jen Van Meter)

(Bliss Editions, 2019) Croisée notamment dans les pages de son comparse Shadowman, le Doctor Mirage avait clairement le potentiel pour avoir sa propre série depuis le relaunch de Valiant Comics en 2012. C’est chose faite avec les deux mini-séries contenues dans cet album (The Death Defying Doctor Mirage et Doctor Mirage: Second Lives), publiées entre 2013 et 2016. La même équipe artistique, Jen Van Meter au scénario et Roberto de la Torre aux dessins, est aux commandes ce qui confère une vraie unité à ces quelques neuf épisodes. Le pitch est simple et efficace. Selon l’éditeur Bliss Editions, « le Docteur Mirage peut parler aux morts. Mais un esprit reste introuvable malgré les talents de Shan Fong : celui de son défunt mari, Hwen. Lorsqu’un occultiste au passé classé secret défense fait appel à ses services, Shan trouve une piste qui pourrait bien lui permettre de résoudre la plus grande énigme de sa carrière : retrouver Hwen ! ». © Roberto de la Torre/Jen Van Meter, Bliss Editions Le récit permet donc de retrouver l’un des pans les plus intéressants de l’univers Valiant, Le Monde des Morts. Celui-ci se développe au gré des publications (Shadowman, Ninjak, Rapture, etc.) et présente un gros potentiel auquel chaque auteur peut apporter sa petite touche. Malheureusement, et c’est le principal reproche à faire à la série, l’auteure ne profite pas assez de ce gros bac à sable pour tisser son récit. Le Monde des Morts occupe certes une large part de la première partie mais il est peu exploité, sinon au travers de quelques nouveaux personnages et zones, que l’on ne reverra d’ailleurs peut-être plus dans d’autres publications. Le tout n’est pas assez immersif et Le Monde des Morts apparaît comme assez lambda. C’est vraiment dommage car c’était l’une des promesses de la série. Ce point négatif mis de côté, la série se laisse agréablement suivre. Mirage est un personnage attachant et l’auteure arrive à lui donner juste ce qu’il faut de nonchalance pour ne pas tomber dans la caricature. Il en va de même pour l’histoire d’amour entre les deux principaux protagonistes, plutôt bien écrite et sans mièvrerie. L’ensemble manque néanmoins de souffle et de moments marquants. Tous les éléments sont présents mais la mayonnaise n’arrive pas vraiment à prendre. Si la première histoire est la plus importante, elle est trop confuse malgré de très bonnes intentions. Elle a néanmoins le mérite de présenter quelques bribes d’origin story pour son couple de héros. Le second récit est plus anecdotique et aurait juste pu être un petit arc narratif dans un run plus long. Il est néanmoins mieux mené, l’équipe créative donnant la sensation de mieux maîtriser son sujet. Aux dessins, Roberto de la Torre fait...

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Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Turbonegro – ROCKNROLL MACHINE

Recroiser un vieux pote après une longue période d’absence peut être étrange. Surtout quand celui-ci compte beaucoup à vos yeux. Chacun fait sa vie, évolue, et on se demande si l’on sera encore sur la même longueur d’ondes. Je n’avais plus vu Turbonegro depuis un bon moment. La dernière fois c’était il y a six ans, en 2012, période Sexual Harasment. D’abord troublé, j’avais finalement été emballé par ce qu’il était (re)devenu, bien aidé par sa nouvelle voix, le Grand-Breton Tony Sylvester, qui lui avait redonné une jeunesse après le départ du tout aussi grand (par le talent) que gros (par le tour de taille ), Hank von Helvete. Mais 2012, c’est loin. J’avais continué à entendre parler de TRBNGR, et principalement de ses derniers concerts. Et ceux-ci m’inquiétaient pas mal, notamment quand il reprenait du Queen ou revisitait ses propres morceaux en les badigeonnant de synthé. Parce que oui, on évolue tous plus ou moins, mais pas toujours de façon parallèle. Turbonegro a en effet depuis 2015 une nouvelle fréquentation, un mec qui s’appelle Haakon-Marius Pettersen. Claviériste de son état. Et ils ont l’air de très bien s’entendre. Attention, je n’ai rien contre le type en lui-même (qui m’a l’air fort sympathique), ni contre le clavier en général. L’apport minimaliste de Pål Pot Pamparius à Turbonegro a été selon moi énorme. Mais Turbonegro semble avoir embrassé ce nouveau membre au point de lui donner une place prépondérante à ses côtés, parfois même au détriment du reste. Quoi qu’il en soit, ce ROCKNROLL MACHINE signe donc pour moi des retrouvailles marquées par l’attente, l’espoir et l’inquiétude. Est-ce que ce que j’ai entendu est vrai ? As-tu à ce point changé Turbonegro ? Pouvons-nous encore nous entendre ? Parlons-en autour d’une bière. 20 ans jour pour jour après Apocalypse Dudes, Turbonegro tient tout d’abord à me rassurer, il est toujours celui que j’ai aimé. Preuve en est ce “Part II: Well Hello”. 1 minute 53 de pur bonheur qui rappelle les bases : “We are just living for the week-end / We are just dying for the show”. Simple, redoutablement efficace, de l’instant classic dans la grande tradition d’ouverture d’album comme Turbonegro sait si bien le faire. Mais cette voix robotisée sur l’intro du titre suivant, l’éponyme mais orthographiée différemment “RockNRoll Machine“, me fait comprendre que quelque chose cloche. Ces effets synthétiques, ce bridge de chœurs féminins, ce clavier omniprésent… TRBNGR, my old friend, ne filerais-tu pas de mauvais collants fluo te conduisant tout droit vers les sombres abîmes du hard rock ? Par le passé, tu as flirté avec cette frontière mais tu es toujours parvenu à t’en sortir, même quand je te trouvais en manque d’inspiration, comme sur...

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