Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

Mark Lanegan Band – Somebody’s Knocking

(Heavenly, 18 octobre 2019) Tiens, quelqu’un frappe. C’est ce bon vieux Mark Lanegan. Qu’il entre ! Il est toujours le bienvenu. « You wanna ride, you wanna take a ride? » propose-t-il d’emblée (« Disbelief Suspension »). Difficile de refuser. D’autant plus quand il y va bille en tête comme ici, à la manière d’un « Hit The City » qui donnait le ton du fabuleux Bubblegum, toujours inégalé depuis (bien qu’approché par le presque aussi fabuleux Blues Funeral). Cette fois-ci, le bon vieux Mark Lanegan est accoutré différemment, il assume pour de bon ses vieilles lubies 80s. Depuis Blues Funeral, on y avait droit de plus en plus fréquemment sur ses albums, en concert il reprenait régulièrement du Joy Division… Autant dire que ça nous pendait au nez. C’est fou ça, être un des musiciens éminents des années 90 et vouloir s’immerger à fond dans la décennie précédente (qui a connu des heures bien sombres, rappelons-le)… Toute la panoplie est donc de sortie : batteurs imitant des boites à rythme (ou l’inverse), synthés décomplexés, basse aux avant-postes… « Letter Never Sent » ne fait pas les choses à moitié et y ajoute un refrain plein de « ohohohoho ». Ça pourrait suinter la ringardise à 12 bornes mais avec Lanegan, c’est du tout bon, entrainant et efficace à souhait. N’essayez pas chez vous. En 14 titres, Mark Lanegan nous décline les années 80 pour les nuls, mais en version haute qualité. Déjà, en piochant dans ce que cette décennie a connu de meilleur : le post punk rentre dedans (« Night Flight To Kabul », « Gazing From The Shore » et leur basse-batterie totalement early Cure), la cold wave hantée (« Dark Disco Jag »). Ensuite, en y accolant des refrains qui frappent (« Stitch It Up », gonflée à bloc) et des mélodies qui marquent (« War Horse » et ses couplets scandés à la… Everlast). Enfin, en nous faisant fondre de sa voix inimitable et chaleureuse (la magnifique « Playing Nero » et ses nappes brumeuses qu’on croirait tirées de Twin Peaks – la série, pas le groupe). Plus troublés nous sommes, face à cette intro proche de l’acid house façon Underworld avant de se la jouer New Order (« Penthouse High »). Il faut s’imaginer écouter du Mark Lanegan en boite mais une fois l’idée acceptée, on se dit que pourquoi pas. Après tout, il y a tellement de merde en boite, ça ne ferait pas de mal (souvenez-vous « Ode To Sad Disco » sur Blues Funeral, encore lui. On est dans le même esprit). Il n’y a bien que « Paper Hat » qui laisse une guitare acoustique mener les débats comme à la belle époque et, sans surprise, nos cœurs sont brisés en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Malgré une fin...

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The Fragile de Nine Inch Nails a 20 ans. Chronique

The Fragile de Nine Inch Nails a 20 ans. Chronique

(Nothing, 21 septembre 1999) Nous sommes en 2009. Il y a dix ans. Il y a deux siècles. Je suis encore jeune et con (mais j’ai déjà de bien meilleurs goûts que Saez, rassurez-vous). Je m’apprête à voir Nine Inch Nails pour la première fois en concert, beaucoup de choses vont changer. Le choc sera brutal. Je connais Nine Inch Nails, bien sûr. Et je les aime d’un amour certain mais encore un brin mystérieux. En bon bourrin, j’ai un gros faible pour The Downward Spiral que je réécoute plus souvent qu’à mon tour, et plus régulièrement que les autres. Et lorsque les murs du Zénith de Paris tremblent pour la première fois (et comme rarement auparavant), il me semble bien reconnaître “Somewhat Damaged” mais je ne le maitrise pas sur le bout des doigts non plus. Deux heures plus tard, je suis rincé. Et je suis un homme neuf. Nine Inch Nails intègre pour de bon le cercle fermé de mes groupes préférés et je m’impose un programme strict : TOUT RÉÉCOUTER. De A à Z, à commencer par The Fragile puisqu’il s’ouvre de la même manière que ce show inoubliable et déterminant. Je me dois de revivre cette entame, ce son prodigieux, cette montée faramineuse. Cette basse qui se rapproche, ce son électro terriblement malaisant, Trent qui déboule, soi disant « too fucked up to care anymore » mais qui nous colle pourtant une branlée monumentale. « Where the fuck were youuuu? ». Mais nous sommes là, Trent, prêts à nous faire lacérer la tronche par “The World Went Away”, prêts à subir cette disto totalement démesurée, à tendre l’oreille pour entendre les quelques cordes effleurées avant l’énorme déflagration, avant que le monde ne se casse la gueule sous nos yeux, soutenu par les “nananana” les plus apocalyptiques de l’histoire. Un disque qui commence de la sorte ne peut que s’effondrer piteusement ensuite, ou se ranger parmi les plus grands. Je vous épargne le suspense… Vient alors le diptyque indissociable : “The Frail”/”The Wretched”. Délicate mélopée au piano pour le premier qui vient planter le décor avant de se faire dévorer tout cru par son impétueux alter ego. La rythmique est offensive, les claviers en imposent, Reznor n’a pas l’air d’être venu pour blaguer. On en est conscient mais on n’est pas prêts. Pas prêts pour ce refrain monumental où les guitares en fusion se mêlent aux cris de damnés. Aux commandes de son impitoyable machine de guerre, Trent nous hurle dessus. Et ses propos sont on ne peut plus appropriés “NOOOW YOU KNOOOW, THIS IS WHAT IT FEEELS LIKE”. Nous voilà donc au 5e morceau et qu’est-ce qu’on a déjà ? Une tarte, une rouste, une...

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The Guru Guru : premier extrait de Point Fingers

The Guru Guru : premier extrait de Point Fingers

Ils s’appellent The Guru Guru, ils sont belges, copains comme cochons (et de label) avec It It Anita (Luik Records) et Lysistrata (Grabuge Records) et pratiquent un mélange un peu taré de noise/indie/math rock. Pour vous faire une idée… ou y voir encore un peu moins clair, le communiqué nous souffle dans l’oreillette les noms de METZ, Pere Ubu, Deerhoof, The Jesus Lizard, The Mars Volta et Andy Kaufman. Sinon, vous pouvez tout simplement écouter cet excellent “Chramer”, extrait de Point Fingers, à paraitre le 30 janvier...

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Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

Chelsea Wolfe – Birth Of Violence

(Sargent House, 13 septembre 2019) Après l’éreintante tournée qui a accompagné Hiss Spun, Chelsea Wolfe a ressenti le besoin de se ressourcer, de retrouver “The Mother Road” (titre du premier morceau de cet album), celle qui la ramène chez elle, loin de toute agitation. Celle qui la guide vers les racines de sa musique, plus simple et épurée qu’elle affectionnait (à l’image du sublime Unknown Rooms : A Collection Of Acoustic Songs, sorti en 2012), avant la parenthèse metal de ses deux derniers albums. Birth Of Violence est donc un disque des plus intimistes, où sa voix est plus que jamais mise en avant. Une voix qui en impose, occupe l’espace et embellit tout ce qui l’accompagne. Dès qu’on emprunte “The Mother Road” en sa compagnie, elle guide l’assemblée, avec une simple guitare sèche avant que le morceau ne s’enfonce peu à peu dans les ténèbres. Le crescendo est poignant, la batterie prend des allures de sentence irrémédiable, les cordes font monter la pression… On se relève comme on peut et on poursuit dans cette atmosphère lugubre avec toujours le timbre troublant et ensorcelant de Chelsea Wolfe en guise de lampe torche. Les doigts glissent sur les cordes avec délice (“American Darkness”, “Be All Simple”, le fingerpicking de “Little Grave”), la clarté du son et les arrangements soignés nous immergent totalement (“Preface To A Dream Play”), les refrains sont merveilleux (la plus rêche et tendue “Deranged For Rock n Roll”, les envolées de “Dirt Universe”). En dépit de quelques morceaux au magnétisme moins évident (“Erde”, “When Anger Turns To Honey”), la magie fait son œuvre, l’envoûtement opère sans difficulté (la sublime “Highway” où les cordes vocales de Chelsea impressionne une fois de plus et où quelques effets subtils et inquiétants viennent appuyer les simples sons des cordes grattées). Hiss Spun se montrait parfois trop écrasant, Birth Of Violence invite davantage à l’apaisement. En surface tout du moins, car une menace diffuse semble bien présente et à même de surgir à tout moment. Mais une porte s’entrouvre, derrière elle une artiste qui nous cajole et nous rassure, alors que tout ce qui l’entoure parait si fragile et proche de s’effondrer. Quand elle finit par se retirer, l’orage gronde (« Storm » en conclusion du disque). Nous voilà de nouveau seuls, trempés, livrés à nous-mêmes. Il ne tient qu’à nous de rouvrir cette porte où l’accueil est si chaleureux, dès que le besoin s’en fera sentir. Jonathan...

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Shannon Wright – Providence

Shannon Wright – Providence

(Vicious Circle, 20 septembre 2019) On ne va pas faire comme si on était totalement tombés des nues non plus. Cela fait un bail que Shannon Wright joue des morceaux au piano et son album précédent, le bouleversant Division, était annonciateur de la direction prise sur Providence. Les débuts folk sont loin, les bourrasques noise sont oubliées, même les incursions électroniques ont été mises de côté. Un piano, une voix. Et c’est marre. Un choix audacieux mais quand on a la voix de Shannon Wright, on peut envisager les choses avec sérénité. En dépit des doutes qui l’assaillent régulièrement (voir notre interview), elle peut faire confiance à son talent, laisser parler sa sensibilité, exposer sa fragilité, pour partir à la conquête des pauvres âmes des auditeurs. Et le début de cet album lui donne raison. “Fragments” se saisit immédiatement de nous et ne nous laisse guère le choix. Il faut accepter, partir avec elle. Sans retenue. Moins de sobriété pour “These Present Arms” avec des chœurs qui viennent renforcer la dramaturgie et le crescendo du refrain qui nous flingue pour de bon. L’intensité est énorme, c’est somptueux. Shannon qui se plaît à maltraiter les guitares, joue au piano de manière très déliée. Et sa voix se marie tout aussi bien à la délicatesse des notes effleurées, même si on retrouve son goût pour les notes graves. Sur “Close The Door”, elle laisse son piano s’évader seul durant un long moment et le morceau-titre est même totalement instrumental. La confiance est là, donc. La maitrise et l’émotion également. Mais… Mais l’exercice a ses limites. Après les joyaux précités du début d’album, l’euphorie redescend d’un cran. On a beau aimer éperdument la musique de Shannon Wright, être touché au cœur par son chant si authentique, se montrer admiratif devant sa maitrise de ce noble instrument qu’est le piano, le constat est là : cet album n’a simplement pas le même effet sur nous qu’avait eu Division. Il ne dégage pas la même force. La mise à nu lui sied admirablement mais finit par la desservir quelque peu. On ne réclame pas forcément de l’électricité à cors et à cris mais une surprise, un sursaut à même de rompre la monotonie qui s’instaure lentement mais inexorablement. Difficile de parler d’échec pour autant, tant Providence comporte de vrais moments forts. Il faut simplement se faire à l’idée de n’apercevoir les sommets que furtivement et quand on est habitués à les côtoyer durablement, cela peut être difficile à accepter. Jonathan Lopez Shannon Wright sera au Trianon de Paris le 14 octobre, au Théâtre Comédie Odéon (Lyon) le 20 et au Krakatoa (Mérignac) le 22. Tous nos articles sur Shannon...

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