“King For A Day” de Faith No More a 25 ans. Chronique

“King For A Day” de Faith No More a 25 ans. Chronique

(Slash/Reprise, 28 mars 1995) Il est de bon ton de considérer King For A Day comme l’album ultime de Faith No More. Sa référence indépassable. Loin de moi l’idée de démonter un fait établi (a-t-on suffisamment d’amis pour commencer à se faire des ennemis ?) mais, en toute honnêteté, tenter de départager ce disque de ses deux monumentaux prédécesseurs, Angel Dust (1992) et The Real Thing (1989), me semble bien périlleux. Et inutile. Tout juste suis-je résolu à admettre que Mike Patton y est plus à l’aise que jamais, après un The Real Thing où il fallait se familiariser avec son chant nasillard, que d’aucuns (les cons sensibles) pouvaient juger irritant. Et pourquoi pas, puisqu’on est généreux, évoquer une production plus moderne, moins marquée par les années que les deux pré-cités, reproche revenant régulièrement de la part de snobinards lourdingues spécialistes ès production sonore. Mais ON S’EN FOUT. Les morceaux étaient là depuis le début et on a d’abord envie de rétorquer à tous ces jeunes gens avides de hiérarchisation (comment ça, on s’y livre plus souvent qu’à notre tour ?) qu’un groupe comme Faith No More – ou plutôt CE groupe qu’est Faith No More – échappe à toute nécessité de classement. Ce groupe au sommet de son art, ce qu’il est indéniablement entre 1989 et 1995 (si ce n’est entre 1985 et 2015, pour les fans les plus aveuglés aguerris), ne peut qu’apporter entière satisfaction et susciter perpétuelle prosternation. On l’a déjà dit, écrit, rabâché, mais une fois de plus ne fera pas de mal : ce mélange des genres unique que Faith No More a su enfanter dès sa formation et façonner au fil du temps est sa grande force et, probablement, la raison du désamour de certains. Pour ceux adhérant au « concept », il semble impossible de ne pas succomber à King For A Day, tant la folie inhérente au groupe et son leader et l’efficacité d’ensemble, sont criantes d’un bout à l’autre. L’attaque frontale de « Get Out », expédiée en 2’20, rappelle un fait essentiel : si ces gars-là sont à ranger du côté des metalleux, ils ne s’embarrassent jamais de fioritures inutiles, préférant la vitesse d’exécution et l’efficacité au bavardage lourdaud. Se faire chier en écoutant Faith No More ? Improbable. Même la mauvaise foi la plus abjecte n’oserait brandir ce genre de critique. L’intro de « Ricochet » se veut bien plus apaisée mais c’est pour mieux nous scotcher au mur le temps d’un refrain qui passe soudainement la surmultipliée. L’album est clairement plus direct et frontal qu’Angel Dust qui y allait franco sur les claviers. Ici, les grattes ont repris le pouvoir, Trey Spruance (de Mr Bungle) suppléant Jim Martin dans le rôle de tortionnaire de...

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FACS – Void Moments

FACS – Void Moments

(Trouble In Mind/Differ-Ant, 27 mars 2020) Disappears était probablement l’un des groupes les plus passionnants des années 2010 et son arrêt soudain, après un Irreal au nom bigrement bien choisi, avait constitué un sévère coup derrière la nuque pour nous, pauvres auditeurs en quête de musique sombre et torturée. Fort heureusement, Brian Case (guitare-chant) et Noah Leger (batterie) ne nous ont pas laissés orphelins bien longtemps, en donnant naissance à FACS en 2018, soit trois après Irreal. Et depuis lors, le duo (renforcé entre temps par la bassiste Alianna Kalaba) ne traine pas en route et nous livre avec une régularité métronomique entre 6 et 8 nouveaux morceaux chaque année. Negative Houses avait lancé les hostilités en 2018, Lifelike entériné le renouveau (dans la continuité) en 2019. À charge de Void Moments d’enfoncer le clou cette année. Mission dont il s’acquitte sans mal, à sa manière, pilonnant sans relâche, offrant si peu de répit, concédant un minimum d’éclaircie. Le travail sur le son est en tout point admirable : la distribution entre l’oreille gauche et droite est assez fascinante (écoute au casque chaudement recommandée), chaque instrument est parfaitement à sa place (la batterie de Leger occupe un rôle central, le chant ne fait qu’un avec l’instrumentation, Case ne cherchant jamais à tirer la couverture à lui), le mix se révèle donc remarquablement équilibré. Finalement, Void Moments, qui porte là encore bien son nom, a les qualités de ses défauts. Le disque captive, à condition de lui accorder une grande attention pour ne pas rester à quai. L’ambition de jouer sur les répétitions, de consacrer une large part à l’expérimentation, d’offrir assez peu d’accroches mélodiques, peut user à la longue. Sur ce point, Disappears se montrait plus généreux avec un certain nombre de « tubes » à son actif, notamment sur le démentiel Pre Language où Steve Shelley était venu s’asseoir derrière les fûts. FACS ne s’embarrasse pas de tels compromis. Là où on avait tôt fait de classer ses prédécesseurs comme un groupe post-punk teinté de psychédélisme (ce qui demeurait indéniablement réducteur), FACS évite soigneusement de se ranger derrière une étiquette, brouillant les pistes, explorant tous azimuts, forts d’une grande expérience et d’un savoir-faire indiscutable pour bâtir des environnements sonores complexes, quitte à en perdre quelques-uns en route. D’autant que la tracklist est ainsi faite qu’elle propose les morceaux les plus attractifs au début (« Boy » et son entame énergique, son gimmick de guitare aguicheur, « Teenage Hive », single suffocant mais addictif) avant de s’aventurer dans de longues pistes froides et austères (« Version » et « Void Walker », plus de 6 minutes chacun). Et de conclure sur « Lifelike » et sa boucle de guitare...

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De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

De nombreux concerts de Sonic Youth en écoute sur bandcamp

Pour cesser de vous ennuyer comme des rats morts et de mater daube sur daube sur Netflix, on a trouvé une solution pas vilaine. Enfin, on peut surtout remercier Sonic Youth qui a mis en écoute sur son bandcamp de nombreuses archives live. Pour les collectionneurs de MP3, c’est loin d’être donné mais si vous voulez simplement revivre ces concerts, rendez-vous sur leur bandcamp d’archives live où vous retrouverez 11 concerts datés d’entre 1987 et 2011. Live In Brooklyn 2011 by Sonic Youth Jonathan Lopez Tous nos articles sur Sonic Youth (chroniques et itw de Lee...

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Pearl Jam – Gigaton

Pearl Jam – Gigaton

(Monkeywrench/Republic, 27 mars 2020) Fin janvier, Pearl Jam prenait tout le monde de court avec un premier single très loin de ses registres de prédilection. « Dance of the Clairvoyants » ne pouvait que dérouter et diviser, ça n’a pas loupé. Difficile de rester de marbre face à une intro où Matt Cameron se mue en boite à rythmes et où la mélodie principale est émise par ce qui ressemble fort à un clavier Bontempi bon marché. « Trahison ! » criaient les uns, préférant rejeter en bloc ce morceau « indigne » du groupe, au son désespérément 80s. « Remise en question ! » s’enthousiasmaient les autres (dont je suis), ravalant leurs préjugés, acceptant d’être déboussolés et considérant cette prise de risque comme – si ce n’est une bénédiction – un des meilleurs moyens de sortir de l’ornière pour un groupe qui a la fâcheuse tendance à tourner en rond depuis trois albums. Le morceau étant incontestablement accrocheur (cette basse funky, ce chant tendu de Vedder sur les couplets…), le pari était réussi. Et les questionnements autour du contenu du disque, légitimes. Que peut bien demander le peuple exigeant ? Du rock ? Il en aura, évidemment. Et parfois du très bon. Comme sur l’excellente « Who Ever Said » en ouverture. De l’énergie, une bonne accroche mélodique, un pont remarquablement bien senti qui calme le jeu avant de réaccélérer crescendo. On dit bravo. Autre grand moment de ce disque, « Quick Escape » au groove imparable (la basse belliqueuse et les riffs rugissants évoquant tour à tour du RATM ou du Led Zep !) et au galvanisant solo McCreadyen. À ce moment-là, vous vous dites « il s’enflammerait pas un peu, le gars ? Il est en train de nous dire qu’ils nous ont pondu un grand disque, chose qu’on n’osait plus imaginer ? ». Et c’est là que j’enfile ma casquette adorée de Jean-Michel Rabajoi et vient tempérer les ardeurs. Du rock, Gigaton en propose donc, sans nul doute. Mais parfois un poil convenu tout de même, comme sur « Superblood Wolfmoon », ce deuxième single censé rassurer la fanbase, qui n’aura fait que la conforter dans le fait que Pearl Jam reste un (grand) groupe de rock (à papa) qui adore enfiler ses bonnes vieilles charentaises. Ce n’est pas mauvais, simplement quelconque. Et on pourrait dire la même chose de « Never Destination », morceau enlevé mais dans un registre parfaitement éculé. On trouve également des morceaux dont on ne sait trop quoi penser, comme « Take The Long Way » écrit par Cameron et au feeling très Soundgarden. Soundgarden joué par Pearl Jam, c’est bien mais on préfère quand les originaux s’y collent (oui, c’est un peu râpé…). Surtout que Vedder a toujours cette...

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