Interview – Thalia Zedek

Interview – Thalia Zedek

Beaucoup ne connaissent Thalia Zedek qu’en tant qu’ancienne chanteuse de Come. Ou, pire encore, ne la connaissent pas du tout. Un manque de reconnaissance profondément injuste compte tenu de la longévité et productivité de la dame, active sur plusieurs fronts, et toujours incapable de décevoir. L’an passé, c’est rien de moins que deux albums de très grande qualité qu’elle nous a offerts. D’abord avec son (super)groupe qu’on appelle E puis avec « son band », et quelques invités de choix. La tentation était donc grande de la rencontrer et de la cuisiner comme il se doit avant un concert de grande classe devant quelques privilégiés, pressés dans la minuscule salle de la Cantine de Belleville, à Paris… “Fighting Season est clairement un disque anti-guerre, anti fascisme, anti génocide, en réaction aux montées du nationalisme, à ces gens qui essaient de séparer tout le monde. On connait bien ça aux Etats-Unis en ce moment.” © Naomi Yang J’ai lu que tu avais eu une approche très personnelle sur ce disque et quasiment tout écrit toute seule avant de le présenter aux autres membres. Pourquoi as-tu travaillé de cette manière, spécifiquement sur ce disque ? J’ai été très occupée avec E, avec mon album « solo » précédent donc c’était tout simplement compliqué de réunir tout le monde. Désormais Gavin (McCarthy, ndr) de E est avec nous sur cette tournée, mais Jonathan (Ulman, ndr), le batteur qui a enregistré le disque, était très occupé et de manière générale réunir cinq personnes dans la même pièce au même moment est très difficile. J’ai répété avec des personnes différentes, de groupes différents… De toutes façons, j’ai l’habitude d’écrire la plupart des chansons presque entièrement puis de laisser un peu d’espace aux autres pour qu’ils ajoutent leurs idées. Nous nous occupons des arrangements ensemble, généralement. Mais cette fois j’ai dû également m’impliquer davantage dans les arrangements, en veillant à ce que les configurations soient différentes d’un morceau à l’autre. Il y a des chansons avec de la guitare, de l’alto, du violoncelle, certaines avec du piano, de l’alto et de la guitare, d’autres basse, guitare, batterie… Ça a bien fonctionné parce qu’on a ainsi pu faire des répétitions pour chaque chanson particulière. C’était donc davantage une question d’agenda qu’une réelle volonté de faire un disque plus personnel. C’était un peu des deux. C’est parfois difficile d’apprendre une chanson à cinq personnes différentes. J’ai aussi fait l’effort sur ce disque d’être un peu plus engagée et consciencieuse sur les arrangements. Et j’avais travaillé avec le même producteur sur les trois derniers albums, Andy Hong et il m’a encouragé à faire ça « tu devrais vraiment décider de ce que tu veux, pas simplement dire ‘voici les morceaux, faites-en ce que...

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The Young Gods – Data Mirage Tangram

The Young Gods – Data Mirage Tangram

(Two Gentlemen / Differ-Ant, 22 février 2019) Ils sont nombreux, et pas que des tocards, à avoir appris la vie en ponçant les premiers albums des Young Gods, à s’être passionnés pour leurs évolutions stylistiques au gré des années et s’être demandés à quelle sauce ils allaient bien pouvoir être bouffés lors du retour des (plus si) jeunes dieux suisses. Ils ne s’attendaient sans doute pas à être cuisinés de la sorte par une électro propice à l’évasion, qui prend son temps, instaure tranquillement d’étranges climats. Le retour de Cesare Pizzi (claviériste, programmateur), absent des débats depuis les deux premiers albums d’humeur explosives, n’aura donc pas eu l’effet escompté. Les Young Gods n’éprouvent ici nul besoin de faire parler la poudre, ils se “contentent” de ramener leur science. Leur science de l’expérimentation, leur maitrise du son.Les guitares se font discrètes, elles ne se révèlent que lorsque la marmite explose, lorsque la tension devient intenable (les colossales “Tear Up The Red Sky” et “All My Skin Standing”, proprement fascinantes). La violence couve, mais elle est maîtrisée. Ce disque n’offre que sept titres, c’est peu après huit ans d’attente, mais il en impose, tant il brille par sa cohérence et son homogénéité. Et en dehors des deux singles “Figure Sans Nom” (divine escapade électro rock poétique) et “Tear Up The Red Sky” qui marquent les esprits immédiatement et durablement, le reste s’offre à qui veut bien l’attendre. Car il faut prendre son mal en patience pour pénétrer “Moon Above” où un Franz Treichler cerné par une rythmique déstructurée, un fracas de bruitages incessants et une absence notable de véritable mélodie (exception faite d’un harmonica bien saugrenu qui déboule sans coup férir), se demande fort légitimement “is this the blues i’m singing?”. Ça y ressemble en effet mais qu’est ce que ça fout là ? C’est une autre histoire. Les Dieux sont tombés sur la tête et c’est bien là le meilleur moyen de nous donner la foi. De son côté, “You Gave Me A Name” dégaine de sa poche une mélodie simpliste et efficace. Les Young Gods pourraient s’en contenter. Pas vraiment le genre de la maison. Ils préfèrent répéter inlassablement ce motif, avant que soudainement l’agitation les gagne et nous embarque ailleurs, où les sonorités affluent de toutes parts. Le piège se referme alors. L’égarement est donc fréquent mais il est savoureux. Combien de disques très accrocheurs de prime abord ont rapidement pris la poussière ? Combien se sont imposés peu à peu pour devenir incontournables ? Beaucoup, dans les deux cas. Les Young Gods ont depuis bien longtemps choisi leur camp, et ce n’est pas maintenant qu’ils vont en changer. Ils ne font pas dans l’aguicheur, ils séduisent par...

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Hélice Island – Hélice Island

Hélice Island – Hélice Island

(Zéro égal petit intérieur, 25 janvier 2019) On l’avait connu plus énervé. Lorsqu’il chantait pour feu Sons Of Frida, Benoit prenait un malin plaisir à nous malmener. Avec ses collègues turbulents, il avait pris pour habitude de fracasser des riffs sur nos pauvres têtes, de pondre des lignes de basses tendues comme des strings, de nous gueuler dessus comme si on avait commis l’irréparable. Sur sa petite île, accompagné d’Aurore et Florence, Benoit a trouvé l’apaisement. Après un “Anytime” un rien trompeur, tout en énergie contenue, le chant devient murmure, les sons s’étirent, la délicatesse vient supplanter la violence. Je vous vois venir, bande de gros bourrins, vous vous dites “ça y est il est devenu mou du genou, on va s’emmerder sec“. Nullement. Il faut simplement aborder l’œuvre différemment. Pas de choc frontal ici mais une séduction progressive, à mesure que l’on s’immerge dans cet univers envoûtant. Plus de superposition de guitares sursaturées (malgré quelques percées), des cuivres, des cordes et de douces mélopées chantées par deux voix complémentaires (la magnifique et poignante “Back In The Room” et son violoncelle qui diffuse une terrible mélancolie). Se réclamant davantage de Low que de Fugazi, Hélice Island lorgne il est vrai sur les terres du slowcore. Mais ce sont d’autres pensées furtives qui nous traversent : “The Queen Of The River”, armé d’une trompette désabusée, se situe non loin des belles ballades folk lo-fi d’un Lou Barlow. Et c’est plutôt à Arab Strap qu’on pensera avec ce texte déclamé sans la moindre émotion apparente mais empli de vague à l’âme, ce rythme lancinant, et ce violoncelle, toujours lui, qui vient nous saper le moral  (“Wrong”). Sur le final, la tension monte d’un cran, les cordes sont malmenées et gémissent. Nos esgourdes égoïstes ne trouvent, elles, rien à redire. Si ce n’est en réclamer davantage car comme avec tout bon EP, on n’est pas rassasié. En plus d’être le roi du calembour douteux, Hélice Island fait donc preuve d’une belle maitrise et d’une certaine sagesse. Certains appellent ça la maturité. Plutôt que d’employer des gros mots, on parlera simplement de talent. Jonathan Lopez https://heliceisland.bandcamp.com/album/h-lice-island LIRE LA CHRONIQUE DE SONS OF FRIDA – TORTUGA LIRE L’INTERVIEW DE SONS OF...

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“Jar Of Flies” d’Alice In Chains a 25 ans. Chronique

“Jar Of Flies” d’Alice In Chains a 25 ans. Chronique

(Columbia, 25 janvier 1994) C’est de notoriété publique : tout groupe de hard rock/metal se doit d’avoir au moins une power ballad. Mièvre, craignos, ou juste bien clichée, celle-ci n’est pas toujours du meilleur goût (pas besoin de citer d’exemples, vous les connaissez aussi bien que moi). Surtout quand on a un bourrin arracheur de dents comme chanteur qui soudainement se découvre un tempérament de lover, ça ne prend pas. Mais quand on a la plus belle voix du monde qui officie au micro, ce serait quand même con de se priver. En 1994, Alice In Chains met donc au placard la testostérone déployée sur les deux premiers albums et dévoile une facette intimiste (déjà révélée timidement mais brillamment sur le 4 titres Sap). Pas question ici de pondre un single sirupeux pour faire chialer les minettes. Non, Alice In Chains a beaucoup trop de classe pour se vautrer dans ce type de bassesse. Au lieu de ça, il sort Jar Of Flies, EP de 7 titres, à dominance acoustique, qui en déboussolera plus d’un mais les affirmera pour de bon comme un groupe unique et préparera idéalement le terrain pour un Unplugged faramineux. Le ver était dans le fruit donc mais cette “Rotten Apple” n’avait de pourrie que le nom. Pensez plutôt à un envoûtement prodigué par deux voix ensorceleuses chantant à l’unisson. Le gimmick du couplet (“Hey ah na na“) nous agrippe d’emblée, les ténèbres de Dirt semblent lointaines, les arrangements sont d’une grande finesse, les solos électriques de Cantrell, subtils et raffinés… Ce morceau se voudrait presque chaleureux (il ne l’est évidemment pas, pensez-vous). Puis vient un chef-d’œuvre. “Nutshell”. La beauté à l’état pur. Layne Staley arracherait les larmes à un officier de la Stasi, tout son cœur est là-dedans, le nôtre se morcelle. A-t-on déjà entendu un homme aller puiser autant dans le plus profond de son (mal) être ? Sans doute, mais rarement. Et l’émotion traverse chacun de ses mots. En douce, Jerry Cantrell cale du solo mémorable. Ce morceau ouvrira plus tard l’Unplugged (le meilleur Unplugged de l’univers, faut-il le répéter) et clouera tout le monde sur place. Bien calés dans notre cocon douillet, à l’abri des habituels coups de semonce, voilà qu’un climat jazzy s’instaure sur “I Stay Away”, soulignée par la basse imposante de Mike Inez qui signe ses débuts (remarquables et remarqués) au sein du groupe. Le ciel est dégagé mais s’assombrit peu à peu et le refrain, typiquement Alice In Chains, donne dans le poisseux et l’inéluctable. En arrière-plan, les guitares sont devenues menaçantes. Staley s’égosille sur la fin, l’intensité est montée de plusieurs crans et les violons viennent renforcer le caractère épique de la chose. C’était grand, on...

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Exclu : découvrez le nouveau clip de C’mon Tigre

Exclu : découvrez le nouveau clip de C’mon Tigre

© Maurizio Anzeri Nous avions beaucoup aimé leur premier album aventureux et inspiré qui mixait avec bonheur world music, funk, jazz, blues, et plus si affinités. Les italiens de C’mon Tigre reviendront le 15 février avec leur nouvel album, Racines, à paraitre chez BDC. En attendant, nous vous proposons de découvrir en exclusivité leur nouveau clip aussi étrange que fascinant “Behold The...

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