Pole – 1/2/3 (PIAS Germany)

Pole – 1/2/3 (PIAS Germany)

J’aimerais vous parler d’un ovni sonore en dehors de tout format qui mérite largement d’être découvert pour certains, et rappelé à la mémoire des autres. Honneur au producteur/DJ Stefan Betke et ses productions électroniques minimales, expérimentales, dérivant parfois jusqu’au chamanisme sonore difficile d’accès : curiosité et soif de découverte indispensable pour effectuer ce joli voyage sans possibilité de retour. Si Stefan Betke revêt une multitude de casquettes autour de la musique : musicien, ingé-mastering, fondateur de Scape Records, c’est celle de producteur qui nous intéresse ici puisqu’elle nous amène au projet entamé en 1998 sous le pseudonyme de POLE avec the blue album « 1 ». Les deux années suivantes verront naître le rouge « 2» et le jaune « 3». Une simplicité jusque dans le titre des albums qui souligne bien l’approche musicale à la fois minimaliste et humaine du bonhomme : les artifices de coté et la musique en elle-même avant tout ! Anecdote légendaire et faisant partie intégrante du personnage Betke : son pseudo Pole vient en fait de son filtre « Waldorf 4-pole » qu’il aurait fait tomber en 1996 d’où le grésillement continu, caractéristique sonore de ces trois pépites qui dote ainsi chacun d’un son esthétiquement sale rompant avec la tristesse de productions carrées dénuées d’âme, ne laissant aucune place à l’erreur ou l’imprévu. A l’image de mecs comme Aphex Twin, Squarepusher ou encore Future Sound Of London, Stefan Betke est un chercheur qui triture sons et fréquences avec délicatesse jusqu’à obtenir des pistes épurées aux sonorités synthétiques froides mais planantes, accompagnées de sons organiques discrets, aux textures soigneusement ambiancées. Une musique minimaliste qui s’appuie également la plupart du temps sur de bonnes infra basses  et quelques kicks étouffés rappelant aux plus perchés la pulsation du cœur. En jouant avec la profondeur des sons qui vont et viennent Betke rend sa musique vivante et pleine de beauté. Grésillements, craquements et impuretés sonores en tout genre ne font que soutenir l’étrangeté de ses compositions. Une musique martienne et cinématique propice à l’évasion dont la traduction visuelle pourrait être un de ces vieux films noir et blanc incompréhensibles, aux images fortement tachetées. Un album esthétique et déroutant qui se sert des machines comme d’instruments permettant d’aller plus loin, d’explorer sans contraintes ni limites. Un peu de motivation vous permettra peut-être de trouver ces trois cd en un seul, ressorti sur Sape en 2008 et qui contient en plus quelques tracks bonus datant de 2000. Pour les aficionados de versions originales ayant vécues, bon courage…   EJ      ...

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Red Snapper – Prince Blimey (Warp)

Red Snapper – Prince Blimey (Warp)

Red Snapper est un groupe d’origine londonienne dont la création remonte à l’année 1993, un trio d’instrumentistes constitué à cette époque d’Ali Friend à la contrebasse, Richard Thair à la batterie et David Ayers à la guitare. Après la sortie de quelques EPs, 1996 est l’année qui voit apparaître Prince Blimey. Avec ce 1er album signé chez Warp, Red Snapper entre dans l’industrie musicale par la porte rêvée, en l’occurrence celle d’un label indépendant à l’esprit ouvert, officiant hors des sentiers battus, proposant de la musique électronique essentiellement, et qui compte déjà dans ses rangs Boards of Canada, Autechre et Aphex Twin entre autres. Excusez du peu. Une largeur d’esprit presque rendue en retour à Warp tant Prince Blimey est un album sans frontières ni contours. 12 morceaux dont l’éclectisme n’est relié que par le fil acoustique ténu tissé par chaque instrument : contrebasse, batterie, guitare, saxophone, flûte, mélodica… « Crusoe Takes A Trip » entame un voyage d’entrée déstabilisant. Pépite sonore difficilement descriptible entre saxophone perché, mélodies acides, contrebasse/batterie et effets sonores habilement utilisés pour nous faire naviguer en terre inconnue. Sur « 3 Strikes And You’Re Out » c’est au tour d’une guitare légèrement delay-ifiée de nous faire planer, toujours soutenue par le saxophone et une structure rythmique trip-hop jazzy efficace. L’interlude jungle de 2mn « Moonbuggy » permet tout juste de reprendre son souffle avant de repartir sur « The Paranoid », titre qui se plaît à nous égarer rythmiquement, entre jungle et breaks plus lents, au son de la magnifique voix de la chanteuse Anna Heigh. « Digging Doctor What What » nous entraîne de son coté sur d’autres sentiers rythmiques résolument british, un big beat enrichi par les instruments et un son qui n’est pas sans faire penser aux premiers albums des Chemical Brothers. Chaque morceau donne l’impression d’avoir été composé dans l’espoir de nous semer un peu plus en chemin. « Gridlock », petite merveille ambiant, entame avec sérénité la descente tandis que « Lo Beam » clôture un voyage musical intense, en bousculant une dernière fois l’auditeur, perdu dans un labyrinthe de sonorités et de structures rythmiques aussi singulières que variées. Entre musique instrumentale, expérimentations et ambiances électroniques légères apportées par des effets savamment distillées, Prince Blimey est un album somptueux, sauvage, à l’identité musicale floue et mystérieuse. À découvrir !  ...

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Fela and Afrika 70 – Zombie (Coconut)

Fela and Afrika 70 – Zombie (Coconut)

Considéré comme un des pères de l’Afrobeat, ce mélange éclairé de jazz, funk et rythmes africains traditionnels, le saxophoniste/chanteur/activiste Fela Kuti fait partie de ces artistes ayant laissé leur empreinte de manière indélébile dans l’histoire de la musique. Pour comprendre un tant soi peu la musique de Fela Kuti, il faut d’abord connaître le contexte social, économique et politique de l ’époque. Au début des années 70, le Nigeria est en plein boom pétrolier, le peuple nigérian subit quand à lui la dictature d’élites politico-militaires corrompues et affamées par l ’opulence de richesses. Fela Kuti, né en 1938 à Abeokuta au Nigeria, tourne, à cette époque avec Koolla Lobitos, le groupe formé avec des amis nigérians et antillais lorsqu’il était étudiant à Londres. De retour d’une tournée aux EtatsUnis, durant laquelle il aurait rencontré une militante du mouvement pro noir américain des Black Panthers, il revient conscientisé sur le sort du peuple noir. Il renomme alors son groupe Afrika 70, sa musique ne sera plus jamais la même. Aucune frontière entre le musicien et l ’agitateur qu’il choisit de devenir. Fela se rapproprie son identité africaine en se convertissant à l’animisme. Coté musique, il injecte les rythmes et instruments locaux traditionnels au jazz qu ’il jouait avec son groupe «Koola Lobitos ». L’Afrobeat est né. Prenant la défense d’un peuple Africain/nigérian qui souffre, embourbé dans la misère et ses maux, l’artiste décrit en langue populaire Pidgin les réalités de la rue et injecte dans ses textes tantôt un message d’éveil et d ’émancipation pour les siens tantôt un violent poison pamphlétaire dénonçant corruption et cupidité du pouvoir en place. Le poids de ses écrits et son charisme font de lui un h éros pour les africains mais il subit très durement la violence étatique qu’il combat : prison, tortures, harcèlement, exil au Ghana dont il sera également exclu pour avoir soutenu une manifestation d’étudiants. Artiste indompté et indomptable donc, mais avant tout saxophoniste et chef-d’orchestre extraordinaire, lui-même entouré de musiciens talentueux. Sorti en 1977, Zombie est un disque à la beauté sauvage. Probablement l ’album le plus important pour Fela Kuti et dramatiquement symbolique puisque le titre éponyme évoquant les abus et autres violences habituelles commises par les militaires, conduira à l’assaut de sa résidence et la défenestration de sa mère. Celle-ci décèdera quelques mois plus tard des suites de ses blessures. 4 pistes pour une heure d’un voyage coloré et agité en terre inconnue. Guitare, synthé, percussions, instruments à vent, chant félin et choeurs aux voies hypnotiques se bousculent et s’entremêlent frénétiquement. Chaleur évoquant la couleur argile des terres d’Afrique, rythmique « Vaudou » qui s ’empare de l’auditeur et le plonge en transe sans que celui-ci ne...

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The Wiseguys – Executive Suite (Wall Of Sound)

The Wiseguys – Executive Suite (Wall Of Sound)

Direction Londres, The Wiseguys et son hip-hop funky teinté de groove sont à l’honneur. Le duo londonien trop méconnu du grand public est composé de Theo Keating aka Touche et Paul Eve aka Regal. Sa naissance a lieu en 1992 lorsque les deux compères s’émancipent du collectif rap Direct Current dont Regal faisait partie au départ. En 1994 sort l’E.P Ladies Say ow ! sur le label BlackMarket, puis l’année suivante le deux titres Nil by Mouth/Too Easy sur le label Wall of Sound. Deux ans plus tard, Executive Suite, premier album de Wiseguys, voit enfin le jour. Inclassable et éclectique, le duo a produit avec cet opus de 15 titres, un album devenu culte dont les influences soul, funk, afro/caribéennes conduisent à un son funky abstract (peu de titres sont rappés) le plus souvent composé de manière assez classique : beat, instruments, samples… A travers leur construction, la richesse des samples choisis et les instruments utilisés, chaque piste d’Executive Suite se permet d’être autre chose qu’une simple boucle offrant quelques variations. Une vraie musicalité se dégage de cet album et c’est ce qui en fait tout le charme : drums, grosses basses à l’ancienne et instruments jazzy sont au rendez-vous, le plus souvent accompagnés de voix discrètes mais efficaces comme sur le morceau “Nil by Mouth”, doté d’une atmosphère étrange, hors du temps. Plus vitaminé, le morceau “Carribean Breeze“, toujours dans le même esprit, caractérisant l’album, l’énergie groovy en plus. “The Sound You Hear” et sa coolitude funky tabasse bien dans les enceintes également. On en redemande. On avait pourtant été prévenus dès la piste 2 avec “Casino “Sans Pareil”” qui frappait un grand coup avec ce son bien old school fleurant bon le vinyle de collectionneur. Boucle imparable, son de trompette vicieux, sample de voix judicieusement placé… Copie parfaite. Bref ceci est un album à (re)découvrir absolument pour tout esprit curieux, de l’amateur de hip hop au plus parfait néophyte, pensant qu’il est impossible de danser sur un beat et une basse, en passant par le grincheux du matin qui trouvera là le meilleur moyen d’entamer la journée avec le sourire.   EJ   Casino “Sans Pareil” by The Wiseguys on...

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The Future Sound of London – ISDN (Electronic Brain Violence)

The Future Sound of London – ISDN (Electronic Brain Violence)

The Future Sound Of London sort son 6ème album, ISDN, en 1994 sur le label que le groupe a fondé : Electronic Brain Violence. Le duo de musiciens bidouilleurs de machines est né à Londres de la rencontre de Garry Cobain et Brian Dougans au milieu des années 80 alors qu’ils étudiaient tous deux l’électronique à l’université. Au delà de leur musique et de la création de certaines machines nécessaires à la poursuite de leurs expérimentations, le duo navigue dans son propre univers esthétique en réalisant les visuels de FSOL ainsi que films et animations graphiques de leurs clips, extensions visuelles indissociables de leurs travaux sonores. Comment parler de cet album afin d’éveiller la curiosité de l’amateur de musique auquel la vue de termes tels que machines ou expérimentations évoque au premier abord une musique dépourvue de sens, de chaleur et d’humanité ? Heureusement la musique du duo londonien ne suit pas ces raccourcis et la froideur de certaines compositions de FSOL réveille néanmoins chez celui qui l’écoute d’étranges sensations. En effet ISDN offre à l’écoute un voyage sans interruption, au cœur d’un univers étrange et singulier dans lequel se côtoient mélodies synthétiques, rythmiques minimalistes, bruits organiques, basses granuleuses et voix lointaines vocoderisées. Sans oublier sur certains morceaux : saxo, piano ou contrebasse dont le son finement retravaillé permet de redécouvrir ces instruments. « Just A Fuckin Game » ouvre le bal avec beat noisy, sons inquiétants et bruits d’ambiance spatiaux en fond, dans la même veine que « Slider » dont la rythmique ferait un beat hip hop terrible si elle n’était pas accompagnée de sublimes mélodies bizarroïdes, voix féminines démoniaques et autres effets sonores surgissant de nulle part. Plus calme voire extrêmement minimaliste, avec des pistes comme « Smokin Japanese Babe » ou « A Study Of Six Guitars », le reste de l’album, n’en est que d’autant plus intéressant. La force du travail des deux « shamans » étant réellement dans le travail de texture et d’esthétique, aussi bien des mélodies que des sons les plus insignifiants. « Egypt » en est la parfaite démonstration : flûte lointaine, mélodie synthétique « voilée », voie féminine discrète et basse simplissime suffisent à procurer à l’oreille un délicieux plaisir, tout comme « Dirty Shadows », voyage féerique sublimé par quelques notes de piano et une mystérieuse guitare exagérément “delay-ifiée”. Difficile d’écrire, et de décrire plus longuement cette musique que chacun aborde et interprète de manière différente mais qui provoque en tout cas chez moi suffisamment d’émotions variées (angoisse, curiosité, plaisir…) pour que je vous recommande de prendre le temps d’y goûter…  ...

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