Nick Drake – Pink Moon

Nick Drake – Pink Moon

En ce jour funeste*, qui voit la disparition du poète et chanteur canadien Léonard Cohen, auteur de quelques-unes des plus belles chansons du siècle dernier (écoutez “Hallelujah”, qu’avait repris si magistralement Jeff Buckley sur l’album Grace). On a l’impression d’entendre un ange tombé du ciel. Léonard Cohen première victime collatérale de la sinistre marionnette Trump. Mais je m’égare, en ce jour maudit disais-je, j’ai envie de vous parler d’un autre poète chanteur, qui n’a malheureusement pas eu la reconnaissance de son talent de son vivant, et qui est mort très jeune, totalement inconnu dans une solitude extrême. Je voulais vous parler de Nick Drake, artiste maudit s’il en est, et autre ange tombé du ciel. Nick Drake, est unanimement reconnu depuis, bien sûr, comme c’est souvent le cas, reconnaissance et estime post mortem. De nombreux chanteurs lui vouent un culte et ne tarissent pas d’éloge sur son talent immense. Peter Buck, Robert Smith, Lou Barlow en font partie (excusez du peu). C’est même en écoutant tout jeune Five Leaves Left qu’il se dit que même un mec timide, voire introverti, peut passer ses émotions dans la musique et écrire des chansons. Et quelles chansons ! Aujourd’hui, si je vous parle de Nick Drake, c’est que Pink Moon, son troisième et dernier album a été publié il y a 45 ans. Dernier disque, brut de fonderie, aucune fioriture sur ces titres concis (l’album ne dure que 28 minutes). Nick seul à la guitare et au chant. On ne peut faire plus dépouillé et moins commercial. Nick Drake a 24 ans, deux albums au succès limité derrière lui. Et pourtant deux chefs-d’œuvre ignorés de son vivant qui trouveront avec le temps des cohortes de fans qui découvriront le génie de ce chanteur compositeur. Nick Drake, éprouvé par les échecs relatifs de ses deux premiers disques choisit l’épure comme ligne directrice, lorsqu’il enregistre en deux nuits onze chansons. Rupture totale avec le style des deux albums précédents Five Leaves Left et Bryter Layter à la production riche, et aux nombreuses harmonies complexes, piano, cordes, guitares. Jetant tout ce qu’il a d’émotion et de passion dans ces séances, qui verront la naissance de Pink Moon. Bien que jugé par ses fans comme son meilleur album, l’échec commercial sans appel du disque enfonce Nick Drake plus profondément dans la dépression qui le mine depuis toujours. Très affecté par le rejet public du disque, Nick Drake abandonne la musique et se retire définitivement chez ses parents. Deux ans plus tard, il décède d’une overdose d’anti dépresseur. Triste fin pour un jeune génie de 26 ans incompatible avec le succès, et le monde dans lequel il vivait. L’éponyme “Pink Moon” en ouverture, sur laquelle il a...

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Kevin Morby – Singing Saw

Kevin Morby – Singing Saw

Kevin Morby trace son chemin dans la veine americana (racines de la musique américaine) en livrant de très bons albums aux ambiances folk rock qui évoquent sans conteste certains grands artistes qui ont défriché ce terrain avant lui (Bob Dylan par exemple). Mais Kevin Morby a son propre style, qu’il enrichit au fil des disques. Trois albums solo au compteur depuis qu’il a quitté les deux groupes dans lesquels il officiait auparavant : les Woods (qu’on aime beaucoup ici, cf les chroniques de With Light And With Love, City Sun Eater In The River Of Light et notre interview) en tant que bassiste jusque 2013 et The Babies, formation garage qu’il a créée avec Cassie Ramone (ex-Vivian Girls). Sur son premier album, Harlem River (2013), dont le titre éponyme est une longue ballade mid tempo sur laquelle il pose voix et guitare acoustique, il annonçait la couleur. Rien de révolutionnaire, il laisse ça à d’autres, mais une ballade sensuelle à travers l’Amérique. Coup d’essai, coup de maître. On comprend mieux pourquoi il voulait s’affranchir des liens qui l’entravaient auparavant chez ses potes. Gêné aux entournures, il voulait voler de ses propres ailes. Quelle excellente idée ! Sans conteste son meilleur album, Singing Saw enfonce le clou. Il évoque ici les grands songwriters américains du genre, l’esprit de Léonard Cohen et de Dylan ne sont pas très loin. Dès la première chanson, la très dépouillée « Cut Me Down », le décor est planté. De sa voix grave, enveloppée de quelques arpèges de guitare et d’une batterie aérienne, « Looking For A Fire, I’m Looking To Burn » nous embarque faire un tour dans l’Ouest Américain. « I Have Been To The Mountain », beaucoup plus enlevée, à la mélodie immédiate et imparable est pleine de colère. Hymne à la mémoire d’Eric Garner, afro-américain étranglé à mort par des policiers New Yorkais. Ce titre fait évidemment penser à de célèbres chants de révolte de grands maîtres du genre, et démontre la capacité de Kevin Morby à relever le gant, s’engager sur le terrain du combat à l’aide de grandes chansons. L’égal des grands. La longue ballade « Singing Saw » qui donne ici son titre à l’album est une ode aux paysages sauvages de Californie, tous proches pourtant de L.A, où Kevin Morby vit désormais. Remarquable montée en puissance sur ce titre lancinant, tout en nuances, basse acoustique, percussions, piano bastringue, chant choral et la bien entendue fameuse scie musicale. Le reste du disque est du même tonneau. Ce type est bourré de talent, et si ce disque ne contient que 9 chansons, elles sont toutes de très grande qualité. « Dorothy » aux réminiscences Velvet (Lou Reed si tu entends), et les ballades classiques aux mélodies qui s’impriment immédiatement dans l’esprit (« Ferris Wheel »,...

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The Beatles – Revolver

The Beatles – Revolver

Le 5 août 1966, une déflagration sans précédent secoue le juvénile monde du Rock. Il ne s’agit pas d’un coup de Revolver mais quasiment d’un coup de canon. Le 7ème album des Beatles parait et ce disque, non seulement enfonce toute la concurrence (ok il y a également Blonde On Blonde de Bob Dylan qui paraît cette année-là), mais il marque l’entrée du Rock dans l’âge adulte, et invite les Beatles à la postérité. Je vous remets dans le contexte. Printemps 1966, les Beatles sortent exténués et ahuris de leur dernière tournée. Elle sera (ils ne le savent pas encore) la dernière de l’histoire en tant que Groupe. Ils ne supportent plus le cirque délirant qui accompagne leurs prestations sur scène : hurlements des fans, sonos pas à la hauteur de leur désormais très haute ambition sonore. Sans oublier la police omniprésente, et désormais les menaces qui font suite à quelques déclarations sorties de leur contexte comme « on est désormais plus célèbres que Jesus Christ », ce trait d’humour de John Lennon qui n’amuse pas les connards du Ku Klux Klan. Les Beatles vont donc tourner la page de la première partie de leur carrière et s’attacher à faire exploser les genres en studio (leur nouvel univers) et enregistrer quelques albums qui marqueront l’histoire de la musique. Nous sommes juste un an avant le « Summer Of Love », et la salve de disques essentiels qui le précèdent ou l’accompagnent. Je vous livre en vrac, quelques exemples pour donner une idée du bouillonnement musical de l’époque : Surrealistic Pillow (Jefferson Airplane), Are You Experienced (Jimi Hendrix), The Piper At The Gates Of Down (Pink Floyd), The Doors (The Doors), The Velvet Underground And Nico (Velvet Underground), et bien entendu le génial Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band... En 1966, donc les Beatles découvrent le LSD, et Revolver est le reflet et le résultat de quelques-uns de leurs trips. Le titre qui transpire le plus l’acide est bien entendu le fantastique « Tomorrow Never Knows ». Intro martelée par une batterie lourde noyée dans l’écho, voix de Lennon qu’on jurerait sortie d’une cabine téléphonique immergée, solos de guitare passés à l’envers, synthés imitant des oiseaux, et ces textes totalement barrés (« Listen to the color of your dreams »), à mille lieues des « she loves you yeah yeah ». Cette première incursion dans le psychédélique est sans doute le morceau où les Beatles flirtent le plus avec le mystique et leur quête d’au-delà. Une pièce majeure à ranger à côté des « Within Without You » ou « A Life In A Day ». Très loin des petites rengaines rock n’roll de leurs débuts et évidemment injouable en concert (à l’époque). D’ailleurs le plus remarquable avec Revolver est que tous les titres ont été...

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Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Dear Eyes – Super Times Wow (La Baleine)

Retour attendu de Dear Eyes, trois ans après l’EP Happy Sad. Frank Woodbridge auteur compositeur, seul maître à bord dans l’aventure Dear Eyes, assure ici quasiment toutes les parties musicales et vocales sur les onze titres de l’album, en dehors de quelques renforts ponctuels : voix féminines (Anne-Laure Woodbridge), guitare ou claviers (Bastien Burger). Dès les premières notes de synthé de “We Love The Songs”, la voix caressante et chaude de Franck nous embarque pour une ballade sensuelle sur une superbe mélodie qui s’insinue lentement mais sûrement dans l’esprit. Belle entrée en matière. Dans la continuité, avec l’enchaînement de titres aux réminiscences évidentes (cold wave, dream ou electro pop), un constat s’impose, l’écriture de Frank Woodbridge a évolué, et tant mieux. Il est loin le temps de la rage rock’n’roll (Backstab, Jenny In Cage), Super Times Wow est le disque de la maturité qui livre ici une collection remarquable de hits potentiels. Autant de jolis moments sur un seul disque est assez rare pour être souligné, voire crié. Faites le savoir autour de vous, cette galette est un petit bijou. A l’aise dans tous les registres Frank Woodbridge chante remarquablement, que ce soit sur les titres dansants ou sur les errances poétiques (remarquable “Lemonade”). Les rythmes syncopés de “Solitude Mondaine”, ou les percussions de “Buttons” invitent incontestablement à se trémousser, et la seule reprise de l’EP “Go Train Fast Love” n’est évidemment pas en reste. Titre très dansant, boîtes à rythmes, percussions, refrain scandé, et guitare très Cure. Tu l’as fait écouter à Robert Smith, Frank ? Au rayon ballades, c’est l’embarras du choix pour trouver celle sur laquelle rêver ou planer. “Murakami Dreams”, qui pourrait accompagner toute lecture de l’œuvre onirique du génial écrivain japonais, “Lemonade” pétillante et sucrée comme un verre de limonade glacée, ou “Summer Girls”, sublime morceau qui monte crescendo avec un final toutes guitares dehors, à faire pâlir tant de songwriters qui essaient de vain de d’accoucher d’une telle chanson dans toute leur carrière. Frank Woodbridge fait preuve d’une aisance incroyable pour torcher des mélodies intrusives qu’on fredonne après deux écoutes. Enfin, je ne résiste pas à l’envie de réécouter en boucle la dernière chanson du disque, car ce “Sunny Little Song” m’évoque personnellement un groupe qui figure au panthéon et que je chéris particulièrement, je veux parler du Velvet Underground. Petite clochette, chant délicat, guitare acoustique, et enfin ce tambourin qui scande le rythme comme Mo Tucker. Géniale clôture de l’album. La qualité de l’écriture et des arrangements font de ce Super Times Wow incontestablement la bande-son de l’été et ce ne sont pas les superbes photos de pochettes (recto et verso) qui contrediront ce sentiment. Un conseil, emportez ce disque sans faute sur la...

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Parquet Courts – Human Performance (Rough Trade)

Parquet Courts – Human Performance (Rough Trade)

Qu’on se le dise, les Parquet Courts sont de retour. Avec ce Human Performance, les new-yorkais d’adoption, creusent la veine de Sunbathing Animal, et livrent un nouvel album d’une grande diversité, même si l’ambiance et le son qui leur est propres sont immédiatement reconnaissables. Parquet Courts est bien une des principales attractions actuellement de l’autre côté de l’Atlantique. Habitués aux intros très addictives sur leurs albums, ils ne dérogent pas à cette règle, avec “Dust”. Riff accrocheur, guitares, basse et batterie très denses sur une mélodie simple, voire simpliste mais qui happe l’auditeur immédiatement. Andrew Savage scande « Dust is everywhere, sweep ». Prêts pour un grand coup de balai. Les influences des Parquet Courts sont toujours audibles, même s’ils ne les revendiquent pas (Modern Lovers, Velvet Underground, Television…). D’ailleurs on s’en fout. Ils mettent leur talent d’écriture au service de leurs chansons, et leurs performances aussi bien sur disque que sur scène débordent d’énergie. Ils vont écumer quelques scènes en France en Juin (Festival This Is Not A Love Song à Nimes, Gaîté lyrique à Paris), foncez à ces concerts, vous ressortirez avec la banane, et avouez qu’en ce moment on en a bien besoin. Les Parquet Courts sont teigneux et leurs chansons un rien cradingues nous embarquent sur ce nouvel album, pour une ballade dans la grande Pomme. La formidable “Captive Of The Sun” résonne comme LA bande son des rues de New-York. :  “It’s a drive-by lullaby that couldnt get worse, a melody abandoned in the key of New York”.  L’épatante “Outside“, qu’on croirait échappée des sessions de London Calling, la vulgaire et paranoïaque “I Was Just There” ou l’hallucinante “Paraphrased” sur laquelle Andrew Savage semble totalement possédé sont autant de claques salutaires. Les Parquet Courts sont bien les dignes héritiers d’une longue lignée d’artistes qui avaient une vision particulière du rock. Plus intellos qu’instinctifs les Parquet Courts ? Plutôt sincères et doués sans aucun doute. Leur musique n’est pas uniquement rentre dedans et agressive. Ils savent faire chuter la tension et se faire charmeurs, en livrant de très belles ballades : “Human Performance” et “Steady On My Mind” sont autant de moments en suspension, aux mélodies accrocheuses. Mention particulière à “Human Performance” bien plus vicelarde qu’il n’y parait. Sans conteste une de leurs plus belles compositions. A mi parcours, ils livrent la formidable “One Man No City”, chanson de construction classique dans sa première partie qui évolue doucement vers une longue impro, où les guitares s’insèrent dans l’espace laissé libre par les percussions. Dans la foulée, “Berlin Got Blurry” et ses guitares Western, presque une bande son pour un Tarantino, invite à taper du pied et bouger son cul. Une fois lancés, rien ne semble plus les arrêter, et ils déroulent pied au plancher, balançant dans...

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