PLAYLIST – David Bowie, l’anti best of

PLAYLIST – David Bowie, l’anti best of

Quatre ans déjà que le roi David nous a quittés et plus aucun nouveau son à se mettre dans les oreilles (simplement quelques nouvelles versions à l’intérêt variable qui ressurgissent comme par magie). Pas de livraison majeure d’inédits fantastiques en dehors d’un concert historique à Glastonbury en 2000. Retour gagnant du monstre Bowie dans un festival qu’il n’avait plus fréquenté depuis des décennies. Ce concert fut l’interprétation d’un best of, en mode festival. J’ai envie ce soir de m’envoyer du Bowie plein la tête, mais pas les titres les plus connus, sortir des sentiers battus (pour les non-initiés s’entend). Fermez les yeux, mettez un casque, c’est parti pour une virée magique. Laissez-vous guider, je vous emmène à la découverte de titres plus confidentiels et néanmoins géniaux. Aucun classement, aucune chronologie ni cohérence juste des chansons que j’adore… Let’s Dance! UN. “Time” tiré de Aladdin Sane, géniale balade, piano bastringue et Bowie en mode pute de cabaret, sommet de son époque Glam, composition fabuleuse, et les Spiders from Mars au sommet de leur art. DEUX. “Black Tie White Noise” tiré de l’album éponyme paru en 1993. Funk, Soul, chant sirupeux, dragueur, Bowie adorait la musique Black et savait s’y mettre aussi. Un régal. TROIS. “Jump They Say” tiré du même album. Drum’n Bass, cuivres, envie de se bouger le popotin, Bowie aborde ici un sujet très personnel et traumatisant : la schizophrénie de son frère qui mourra tragiquement (suicide). Tout est dit dans le titre. QUATRE (voire CINQ ET SIX) “Sweet Thing, Candidate et Sweet Thing Reprise”. Enchainement monstrueux de trois titres démentiels. Compos de folie. Bowie qui se lâche. Chant, cuivres, chœurs, claviers…. Derniers délires des Spiders sur l’album Diamong Dogs. Encore une fois un sommet. Et ces titres précédaient « Rebel Rebel » sur l’album. A l’époque c’est le roi du monde ! CINQ. “Telling Lies” Tiré de l’album Earthling, livraison monumentale des années 90 et retour au sommet (un de plus). Sublime morceau. Bowie chante comme si sa vie en dépendait. C’est juste bouleversant.SIX. “I’m Afraid Of Americans” tiré du même album. Il le disait en 1995. On continue de le penser. Ce titre est énorme. Influence Nine Inch Nails (pas étonnant avec Reznor à la prod… et c’est même lui qui pourchasse Bowie dans les rues de New York dans le clip !) SEPT. “Cactus” tiré de l’album Heathen (que j’adore). Reprise de Pixies. Bowie se l’approprie bien sûr mais comme souvent chez lui c’est un hommage. HUIT. “I Have Been Waiting For You” Autre reprise tirée du même album. Cette fois Bowie reprend un titre magnifique du Loner et le magnifie. On pensait leurs univers éloignés (mais pas antinomiques), pas tant que ça.NEUF. “Joe The...

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The Beatles – The Beatles

The Beatles – The Beatles

Noël approche à grands pas et avec lui sa cohorte de rééditions, compilations, nouveaux packaging en tous genres pour nous faire cracher une fois de plus au bassinet. Et dans ce grand déballage mercantile, une perle, un pur chef d’œuvre des sixties élaboré par LE PLUS GRAND GROUPE POP de l’histoire de la musique contemporaine. Pas besoin de le citer, vous l’avez deviné il s’agit bien entendu des Beatles et la réédition qui fracasse tout est celle de The Beatles ou White Album ou Double Blanc chez nous les Frenchies. Pour ses 50 ans, le disque s’est offert un toilettage de première classe. Mené par Giles Martin, fils du producteur historique des Beatles, Georges Martin, décédé il y a quelques années. Et en cette période propice aux cadeaux, la nouvelle livraison de ce très fameux album blanc est quasi simultanée avec le concert donné par Sir Paul McCartney à Paris, dans le cadre de la tournée « Freshen Up », rafraichissante et nostalgique prestation d’un jeune homme de 76 ans entouré de fines lames. Mais j’y reviendrai plus tard. Concentrons-nous plutôt sur The Beatles. Ce disque donc, que contient-il ? Vous le trouverez dans de multiples versions incluant DVD, inédits, chutes de studio, version acoustiques, indispensables ou superfétatoires, c’est selon et votre point de vue sur les bonus est bien entendu subjectif et très personnel. Mais THE record itself, ce génial fourre-tout dans lequel on retrouve des chansons écrites par Lennon/Macca bien sûr, mais aussi quelques merveilles de Georges Harrison (“While My Guitar Gently Weeps”), et l’unique (et pas inoubliable) composition de Ringo « Don’t Pass Me By », il est comment vous demandez-vous. Et bien loin d’être une vulgaire compilation des chansons de chacun, comme cela est colporté depuis un demi-siècle, il s’agit d’un feu d’artifice, dont certaines fusées sont sidérantes de modernité. Le travail au niveau du son qui a été fait ici contribue à sa modernité farouche. Les guitares fusent, la basse claque, les cymbales frissonnent et nous avec. Et les voix ! Chant soit apaisé, murmuré ou rugissement de fauve, renforcé par les chœurs des trois autres. C’est juste hallucinant. On ne l’a peut-être pas assez dit, alors je l’écris ! Aujourd’hui les Beatles font partie du patrimoine de l’humanité et ont écrit un paquet de chansons gigantesques. On y va. Décryptage d’un patchwork de trente titres écrits durant leur séjour en Inde. Début de la fête avec l’atterrissage d’un Boeing (à l’époque Airbus n’existe pas encore…). Moteurs hurlants relayés par la batterie épileptique de Ringo, les guitares en fête et le piano bastringue martelé par Paul. Vous avez reconnu « Back In The USSR », mélodie démente, chant et harmonies vocales à tomber. 2’44 de bonheur, et l’avion se pose pour laisser John déclamer « Dear...

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Nick Drake – Pink Moon

Nick Drake – Pink Moon

En ce jour funeste*, qui voit la disparition du poète et chanteur canadien Léonard Cohen, auteur de quelques-unes des plus belles chansons du siècle dernier (écoutez “Hallelujah”, qu’avait repris si magistralement Jeff Buckley sur l’album Grace). On a l’impression d’entendre un ange tombé du ciel. Léonard Cohen première victime collatérale de la sinistre marionnette Trump. Mais je m’égare, en ce jour maudit disais-je, j’ai envie de vous parler d’un autre poète chanteur, qui n’a malheureusement pas eu la reconnaissance de son talent de son vivant, et qui est mort très jeune, totalement inconnu dans une solitude extrême. Je voulais vous parler de Nick Drake, artiste maudit s’il en est, et autre ange tombé du ciel. Nick Drake, est unanimement reconnu depuis, bien sûr, comme c’est souvent le cas, reconnaissance et estime post mortem. De nombreux chanteurs lui vouent un culte et ne tarissent pas d’éloge sur son talent immense. Peter Buck, Robert Smith, Lou Barlow en font partie (excusez du peu). C’est même en écoutant tout jeune Five Leaves Left qu’il se dit que même un mec timide, voire introverti, peut passer ses émotions dans la musique et écrire des chansons. Et quelles chansons ! Aujourd’hui, si je vous parle de Nick Drake, c’est que Pink Moon, son troisième et dernier album a été publié il y a 45 ans. Dernier disque, brut de fonderie, aucune fioriture sur ces titres concis (l’album ne dure que 28 minutes). Nick seul à la guitare et au chant. On ne peut faire plus dépouillé et moins commercial. Nick Drake a 24 ans, deux albums au succès limité derrière lui. Et pourtant deux chefs-d’œuvre ignorés de son vivant qui trouveront avec le temps des cohortes de fans qui découvriront le génie de ce chanteur compositeur. Nick Drake, éprouvé par les échecs relatifs de ses deux premiers disques choisit l’épure comme ligne directrice, lorsqu’il enregistre en deux nuits onze chansons. Rupture totale avec le style des deux albums précédents Five Leaves Left et Bryter Layter à la production riche, et aux nombreuses harmonies complexes, piano, cordes, guitares. Jetant tout ce qu’il a d’émotion et de passion dans ces séances, qui verront la naissance de Pink Moon. Bien que jugé par ses fans comme son meilleur album, l’échec commercial sans appel du disque enfonce Nick Drake plus profondément dans la dépression qui le mine depuis toujours. Très affecté par le rejet public du disque, Nick Drake abandonne la musique et se retire définitivement chez ses parents. Deux ans plus tard, il décède d’une overdose d’anti dépresseur. Triste fin pour un jeune génie de 26 ans incompatible avec le succès, et le monde dans lequel il vivait. L’éponyme “Pink Moon” en ouverture, sur laquelle il a...

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Kevin Morby – Singing Saw

Kevin Morby – Singing Saw

Kevin Morby trace son chemin dans la veine americana (racines de la musique américaine) en livrant de très bons albums aux ambiances folk rock qui évoquent sans conteste certains grands artistes qui ont défriché ce terrain avant lui (Bob Dylan par exemple). Mais Kevin Morby a son propre style, qu’il enrichit au fil des disques. Trois albums solo au compteur depuis qu’il a quitté les deux groupes dans lesquels il officiait auparavant : les Woods (qu’on aime beaucoup ici, cf les chroniques de With Light And With Love, City Sun Eater In The River Of Light et notre interview) en tant que bassiste jusque 2013 et The Babies, formation garage qu’il a créée avec Cassie Ramone (ex-Vivian Girls). Sur son premier album, Harlem River (2013), dont le titre éponyme est une longue ballade mid tempo sur laquelle il pose voix et guitare acoustique, il annonçait la couleur. Rien de révolutionnaire, il laisse ça à d’autres, mais une ballade sensuelle à travers l’Amérique. Coup d’essai, coup de maître. On comprend mieux pourquoi il voulait s’affranchir des liens qui l’entravaient auparavant chez ses potes. Gêné aux entournures, il voulait voler de ses propres ailes. Quelle excellente idée ! Sans conteste son meilleur album, Singing Saw enfonce le clou. Il évoque ici les grands songwriters américains du genre, l’esprit de Léonard Cohen et de Dylan ne sont pas très loin. Dès la première chanson, la très dépouillée « Cut Me Down », le décor est planté. De sa voix grave, enveloppée de quelques arpèges de guitare et d’une batterie aérienne, « Looking For A Fire, I’m Looking To Burn » nous embarque faire un tour dans l’Ouest Américain. « I Have Been To The Mountain », beaucoup plus enlevée, à la mélodie immédiate et imparable est pleine de colère. Hymne à la mémoire d’Eric Garner, afro-américain étranglé à mort par des policiers New Yorkais. Ce titre fait évidemment penser à de célèbres chants de révolte de grands maîtres du genre, et démontre la capacité de Kevin Morby à relever le gant, s’engager sur le terrain du combat à l’aide de grandes chansons. L’égal des grands. La longue ballade « Singing Saw » qui donne ici son titre à l’album est une ode aux paysages sauvages de Californie, tous proches pourtant de L.A, où Kevin Morby vit désormais. Remarquable montée en puissance sur ce titre lancinant, tout en nuances, basse acoustique, percussions, piano bastringue, chant choral et la bien entendue fameuse scie musicale. Le reste du disque est du même tonneau. Ce type est bourré de talent, et si ce disque ne contient que 9 chansons, elles sont toutes de très grande qualité. « Dorothy » aux réminiscences Velvet (Lou Reed si tu entends), et les ballades classiques aux mélodies qui s’impriment immédiatement dans l’esprit (« Ferris Wheel »,...

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The Beatles – Revolver

The Beatles – Revolver

Le 5 août 1966, une déflagration sans précédent secoue le juvénile monde du Rock. Il ne s’agit pas d’un coup de Revolver mais quasiment d’un coup de canon. Le 7ème album des Beatles parait et ce disque, non seulement enfonce toute la concurrence (ok il y a également Blonde On Blonde de Bob Dylan qui paraît cette année-là), mais il marque l’entrée du Rock dans l’âge adulte, et invite les Beatles à la postérité. Je vous remets dans le contexte. Printemps 1966, les Beatles sortent exténués et ahuris de leur dernière tournée. Elle sera (ils ne le savent pas encore) la dernière de l’histoire en tant que Groupe. Ils ne supportent plus le cirque délirant qui accompagne leurs prestations sur scène : hurlements des fans, sonos pas à la hauteur de leur désormais très haute ambition sonore. Sans oublier la police omniprésente, et désormais les menaces qui font suite à quelques déclarations sorties de leur contexte comme « on est désormais plus célèbres que Jesus Christ », ce trait d’humour de John Lennon qui n’amuse pas les connards du Ku Klux Klan. Les Beatles vont donc tourner la page de la première partie de leur carrière et s’attacher à faire exploser les genres en studio (leur nouvel univers) et enregistrer quelques albums qui marqueront l’histoire de la musique. Nous sommes juste un an avant le « Summer Of Love », et la salve de disques essentiels qui le précèdent ou l’accompagnent. Je vous livre en vrac, quelques exemples pour donner une idée du bouillonnement musical de l’époque : Surrealistic Pillow (Jefferson Airplane), Are You Experienced (Jimi Hendrix), The Piper At The Gates Of Down (Pink Floyd), The Doors (The Doors), The Velvet Underground And Nico (Velvet Underground), et bien entendu le génial Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band... En 1966, donc les Beatles découvrent le LSD, et Revolver est le reflet et le résultat de quelques-uns de leurs trips. Le titre qui transpire le plus l’acide est bien entendu le fantastique « Tomorrow Never Knows ». Intro martelée par une batterie lourde noyée dans l’écho, voix de Lennon qu’on jurerait sortie d’une cabine téléphonique immergée, solos de guitare passés à l’envers, synthés imitant des oiseaux, et ces textes totalement barrés (« Listen to the color of your dreams »), à mille lieues des « she loves you yeah yeah ». Cette première incursion dans le psychédélique est sans doute le morceau où les Beatles flirtent le plus avec le mystique et leur quête d’au-delà. Une pièce majeure à ranger à côté des « Within Without You » ou « A Life In A Day ». Très loin des petites rengaines rock n’roll de leurs débuts et évidemment injouable en concert (à l’époque). D’ailleurs le plus remarquable avec Revolver est que tous les titres ont été...

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