Robert Fripp – Exposure (Polydor)

Robert Fripp – Exposure (Polydor)

“You better start swimmin’ / Or you’ll sink like a stone / For the times they are a-changin’ …” – Bob Dylan. “Changes / Turn and face the strain / Changes / Oh, look out you rock ‘n rollers …” – David Bowie En 1975, le Punk, courant musical destructeur et nihiliste balayera toutes les anciennes tendances, et en particulier le Glam-Rock et le Rock Progressif. Appartenant à la deuxième famille, Robert Fripp, est le membre fondateur du groupe King Crimson qui mutera de fil en aiguille en un trio (Robert Fripp – Guitare, John Wetton – Basse, Bill Bruford – Batterie), David Cross au violon quittera le groupe avant l’enregistrement de Red (1974) et le percussionniste azimuté Jammie Muir, après la sortie de Lark’s Tongues in Aspic (1973), partira en Ecosse pour une vie monacale et continuera sa carrière dans la peinture. Après trois albums réalisés coup sur coup (de 1973 à 1974), Lark’s Tongues in Aspic, Starless & Bible Black, et Red, le groupe remporte un franc succès dans les pays européens (France, Italie, Angleterre) et s’épuise par le devoir des représentations scéniques, et sa spirale infernale studio-répétition-concert, studio-répétition-concert, studio-répétition-concert… Rituel stakhanoviste qui transforme nos artistes en véritable hamsters d’appartement. Fripp mettra un terme à la formation. John Wetton rejoindra par la suite Uriah Heep, et Bill Bruford, ex-membre du groupe Yes finira sa carrière en solo. Nous sommes donc en 1975, et Fripp partira pour une mini-tournée européenne avec Brian Eno, sous la formule d’une “petite unité indépendante, mobile, et intelligente”. Eno aux synthétiseurs et aux magnétophones à bandes “revox”, et Fripp à la guitare. Les shows sont axés sur les “Frippertronics”. La technique des “Frippertronics” est en réalité un concept trouvé par Eno qui consiste à utiliser deux magnétophones à bandes, répétant en boucles chaque note jouée par Fripp, et qui plages sonores sur plages sonores, tel un mille-feuilles synthétique, créera une musique ambiante cosmique feignant la présence d’une centaine de guitares. Après cela, Fripp cesse toute activité pendant un an et entame une petite trêve, qui l’amènera à suivre des cours spirituels au sein de l’association de “l’éducation continue” fondée par john Godolphin Bennett, disciple de George Gurdjuieff, sur l’occultisme et l’ésotérisme. Fripp en ressortira ressourcé bien qu’un peu meurtri, il qualifiera cette expérience comme étant “physiquement douloureuse et mentalement terrifiante“. Il reprendra sa carrière en jouant quelques notes de guitares sur le premier album de Peter Gabriel (1976), et notamment du banjo sur “Excuse me”. Appelé à la rescousse par Eno, il jouera sur Heroes (1977) de David Bowie, improvisant sur des morceaux non-écoutés au préalable (!). Il jouera également sur des albums de Talking Heads, Blondie, en pleine période ‘Punk’, et entre temps travaille...

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Jon Spencer Blues Explosion @ Bataclan (Paris), 04/12/12

En ce Mardi 4 décembre, la fatigue me gagne. Rongé par le froid et le boulot, je prends la route en fredonnant “Keep your eyes on the road and your hands upon the wheel”, comme ça pour me maintenir éveillé et me donner du courage. Il faut dire que ça bouchonne au niveau de l’autoroute à Argenteuil… Bref, je sillonne les routes, A15, Périph’ intérieur, Porte de Vincennes, direction Nation et Bastille, Bd Voltaire et gare ma voiture rapidement, je remonte le boulevard pour chercher un peu de chaleur en ce mois de Décembre, et entre dans la salle du Bataclan. Me croyant en retard, j’ai eu peur de galérer à faire une queue longue comme le bras, mais non, apparemment les retardataires ont dû préférer esquiver la première partie, les Mama Rosin venus de Suisse : un mec à la guitare et au banjo, un deuxième à l’accordéon et à la guitare, et le troisième à la batterie et … à l’harmonica ! Des braves petits gars à la frimousse joyeuse et au son festif. Ils ont enregistré, l’été dernier, leur dernier album dans le studio de Jon Spencer et ont subi son, hum … antipathie. “Il faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là, on ne cause pas, Monsieur, on ne cause pas“, … on travaille. Un brin mégalomane le mecton – quand même – ce Jon Spencer, je connaissais bien un acteur italien, Bud Spencer, et il avait l’air plus sociable, mais ça n’a rien à voir, désolé… Euh… Ah ouais, les mignons Mama Rosin ont fini leur petit cirque, qui je dois l’avouer n’était pas désagréable du tout. Ce n’est pas trop ma tasse de Jack’, mais je les préfère à Tryo, dans le même genre… et à choisir. La salle se remplit, petit à petit, des rockers, des bluesmen, des curieux, toutes générations confondues. Et là – Arriba, Ándele, Yeppa – les roadies installent les instruments, les testent, à la vitesse des ramasseurs de balles à Rolland Garros. Et les zicos se pointent. Au préalable, je dois avouer que je ne connaissais pas – sinon de nom – The Blues Explosion et ce Jon Spencer égocentrique. Mon premier sentiment en les regardant jouer est qu’ils étaient très pros, au sens “très professionnels”, du genre collègues employés de bureau qui ne peuvent pas se sentir mais qui collaborent, bossent ensemble, avec l’impératif diplomatique lors d’une représentation publique. Sinon le son est très saturé, un rock’n’roll qui sent l’cul, quoi… et le Jon Spencer jouera de son theremin, l’instrument qu’utilisait Jimmy Page sur “Whole Lotta Love”, qui consiste à faire évoluer un son électrifié avec la main en maintenant une certaine distance avec l’antenne. Le deuxième guitariste à l’air...

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Tricky – Maxinquaye (Island)

Tricky – Maxinquaye (Island)

« Le disque le plus bizarre sur lequel j’ai travaillé » Mark Saunders (co-producteur de l’album). Le Grunge, né à Seattle, s’éteint à la mort de Kurt Cobain, et laisse entrer un courant (d’air) glacial aux sons répétitifs et aux beats épileptiques. À Bristol, tout commence. Le groupe Massive Attack sort son premier album, dans lequel figure ce petit être bizarroïde malin et roublard, Adrian Thaws. Ce type est issu d’une famille très métissée (ghanéen, jamaïquain, indien, anglais), et a vécu toute son enfance dans le quartier de Knowle West, à Bristol. Ses influences du coup sont mixtes : de Public Enemy à The Cure en passant par Siouxsie & the Banshees, Motörhead ou Michael Jackson… Surnommé Tricky pendant sa brève apparition dans un groupe de rap (Tricky veut dire malin, débrouillard), il va ensuite se lancer dans une carrière solo remarquée (et remarquable) après la rupture avec ses collègues de Massive Attack. Ce premier album Maxinquaye sorti en 1995, est un mélange acide entre le Hip Hop, le Rock, et des sonorités Reggae, le tout mêlé à des samples et des scratchs, pour le plus grand bonheur des collectionneurs de vinyles. De l’électronique et du Hip Hop, ça donne le Trip Hop et Tricky pose le brevet avec ce premier opus, dont le titre est un hommage à sa mère (Maxine Quaye) qui s’est suicidée alors qu’il n’avait que 4 ans. Tricky est un “Sequencer Kid”, il navigue sur les touches à l’instinct, et dès qu’un truc en sort, il l’isole, le triture, le fait tourner en boucle, fout un sample de Marvin Gaye ou de Smashing Pumpkins, et trip dessus en fumant de l’herbe. Les musiciens suivent et improvisent sous l’oreille arbitraire du chef d’orchestre en herbe (sic). Tricky n’est pas un musicien, c’est un type qui fait de la musique, nuance, tout comme ces musiciens blacks qui ont propulsé le Jazz alors qu’ils n’étaient que des sous-prolétaires ne sachant déchiffrer une partition. L’instinct et l’énergie sont les deux vecteurs de Tricky, qui, tel un chef cuisinier curieux, mélange tout ce qu’il trouve : basse-batterie Hip Hop, riffs de guitares bien Rock, de très discrètes notes au piano, un rythme répétitif, un téléphone qui sonne sur “Abbaon Fat Tracks”,un flingue qui se recharge sur “Strugglin”… Le noyau dur de l’album est le “titre à la flûte” :  “Aftermath” où figure un sample de Marvin Gaye (“That’s The Way Love Is”). Ce titre descend, tourbillonne, totalement hallucinogène. Il dure 7 mn, mais aurait pu durer 15, voire 30 mn de plus, tant le rythme est prenant, à la limite de la transe. Malheureusement il se termine en fade out, et il faut martyriser son bouton replay pour maintenir la température et retarder la redescente...

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David Bowie – Low (RCA)

David Bowie – Low (RCA)

En l’espace de 7 ans, ç’est à dire de Space Oddity (1969) à Low (1976), Bowie aura fait du Folk, du Glam Rock, de la soul, tantôt androgyne tantôt crooner. Entre temps, il avait viré Mutant-Funky-cocaïnomane, avec Young Americans (1975). “The sad effects of the cocaine” ayant transformé Bowie en véritable hamster d’appartement, produisant un album par an. Il a même fait acteur. En effet, il joue (j’allais écrire son propre rôle) dans le film de Nicolas Roeg l’homme qui venait d’ailleurs (1976) dont les pochettes deStation to Station et Low sont tirées. Son propre rôle, disais-je, car il y incarne un extraterrestre tombé sur terre, et à l’époque Bowie est camé jusqu’à l’os, devenu blême et paranoïaque. Lors d’un concert joué à Londres (au Earl’s Court en 1976) Bowie rencontre brian Eno. Eno est une sorte de petit chimiste de la Pop, branché en sons synthétiques. Il essaye tout. Il explore tout. Il a joué sur les deux premiers albums de Roxy Music, viré ensuite par le chanteur mégalomane, Bryan Ferry. Un jour de 1972, Eno croise Robert Fripp (guitariste fondateur du groupe King Crimson), et les deux hommes s’enferment en studio, pour enregistrer un morceau long de 25 mn, dont la structure est constituée de boucles (“loops”) superposées entre elles constituants une nappe sonore sur laquelle viennent se fracasser les sons guitaristiques de Fripp. Bowie telle une éponge va s’imprégner de l’expérience d’Eno, et de son talent d’arrangeur et de producteur, pour naviguer vers de nouveaux horizons, tourmentés par cette nouvelle vague montante, le Punk, détruisant sur son passage les idoles has-been et Glamo-centrées. Bowie et Eno ont en point commun la même fascination pour cette mouvance cosmique venue d’Allemagne, le Krautrock. Le terme Krautrock (“Rock Choucroute”) a été lancé par la presse anglaise pour désigner, non sans condescendance, le Rock Cosmique allemand. Can, Kraftwerk, Amon Düül, Neu !, Cluster, etc … Les Allemands, depuis la fin des années ’60s, sèment les graines de ce qu’allait devenir la New Wave encore au stade de l’embryon. Bowie et Eno bavardent et décident de créer un projet New Music Night & Day… Un projet ambitieux. Ils partent au château d’Hérouville. Iggy Pop est avec eux, il sort d’un hôpital psychiatrique (interné volontairement) pour décrocher de la drogue. Depuis 74, et la fin des Stooges, pour lui c’est la descente aux enfers… Iggy rebondira grâce à Bowie en produisant son premier Opus en solo : The Idiot enregistré avant Low mais sorti après, question de principe… Low signifie “Bas”. “Bas”, comme le moral de Bowie à l’époque. Il est en froid  avec sa femme et en cours de procès avec son ex-manager. Lowest un album marquant dans la carrière de Bowie. Au niveau des compositions, quelques musiciens sont quelque peu rebutés par les méthodes d’Eno. Sur un titre, le guitariste...

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