Deftones – Around The Fur

Publié par le 29 décembre 2017 dans Chroniques, Incontournables, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Maverick, 1997)

Voilà comment une bande d’ados de Sacramento s’est offert un destin incroyable. Accros à la fumette et à la planche à roulette, leur passion commune pour la musique leur donne l’idée de fonder un groupe en 1988, alors qu’ils sont encore étudiants. Deftones est né, enchaîne les concerts dans les bars et petites salles, enregistre une démo en 1993. Ils parviennent à signer un contrat chez Maverick l’année suivante. Sous le regard bienveillant du producteur Terry Date, véritable visionnaire et dénicheur de talents, ils livrent leur premier album Adrenaline. Une fois encore Date a misé sur le bon cheval. Les critiques sont bonnes, le succès est au rendez-vous. Il est temps de passer à la vitesse supérieure et de profiter de la mouvance qui se trame autour de la scène nu metal, pour viser plus haut et voir plus loin.

Around The Fur sort en octobre 1997, 10 titres ou plutôt 11 si l’on compte “Damone”, chanson cachée. “My Own Summer (Shove it)” qui ouvre l’album est choisi comme single. En rotation lourde sur MTV et les radios universitaires, tout comme “Bored” deux ans plus tôt, elle permet au groupe une exposition qui ne se limitera pas à l’Amérique du Nord cette fois-ci mais à l’international. Le second single “Be Quiet and Drive (Far Away)” marque un tournant important dans la musique de Deftones, évoluant vers des sphères planantes où les mélodies se heurtent à des passages plus agressifs. Deftones est devenu en quelques mois un groupe en vogue, et leur nom vient s’inscrire en haut des affiches de festival. Ils séduisent avant tout un public d’adolescents en quête d’identité, qui se retrouvent aussi bien dans la musique que dans l’image véhiculée de son leader Chino Moreno et de sa bande.

Le groupe est également dans cette recherche constante de se démarquer, et de se détacher des étiquettes qu’on leur colle, afin de bâtir sa propre identité musicale et d’être reconnu pour ça. En cela, l’arrivée de Franck Delgado derrière les platines aidera à faire évoluer leur son. Bien sûr on retrouve sur Around The Fur, toute l’énergie de son prédécesseur, la force de frappe d’Abe Cunningham, les riffs ravageurs de Stephen Carpenter, accompagnés par le regretté Chi Cheng, alors bassiste du groupe. La preuve sur “Headup” moment fort de cet album où Max Cavalera s’invite tout juste après son départ de Sepultura. On assiste à un choc frontal de hurlements, une collaboration hors norme dont le refrain donnera peu de temps après son nom au futur groupe de Max, Soulfly. Mais derrière les morceaux les plus virulents que sont “Lotion”, “Rickets” ou encore “Lhabia”, difficile de ne pas constater que Deftones a gagné en maturité si l’on compare à Adrenaline qui se veut plus incisif. Chino est pour beaucoup dans ce changement, capable par sa voix de faire ressortir chaque émotions, avec une justesse incroyable. Des refrains hurlés aux couplets quasi rappés, auxquels il nous avait déjà habitués, en passant par des passages plus calmes qui offrent une véritable démonstration de son talent et de son étendue vocale. Preuve en est avec les excellentes “Mascara”, “Dai the Flu”, et bien sûr l’hymne “Be Quiet and Drive (Far Away)”.

Nous sommes en 1997, Deftones navigue désormais à contre courant, et parvient à éviter les raz de marée, et autres ouragans qui en feront sombrer plus d’un. Le groupe s’offre une place de choix dans un univers musical où tout est trié sur le volet : les meilleurs restent, les autres se font peu à peu, tour après tour oublier. Around The Fur a marqué sa génération, mais pas seulement. Cette énergie, canalisée et orchestrée à merveille traverse le temps, et ce disque s’écoute 20 ans après comme on boit un bon vin qui a vieilli patiemment dans la cave.

JR

 

 

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