Arcade Fire – Everything Now

Publié par le 31 juillet 2017 dans Chroniques, Notre Sélection, Toutes les chroniques | 0 commentaire

(Columbia, 2017)

Tout, tout de suite. Comme des sales gosses entêtés les canadiens d’Arcade Fire exigent de tout rafler sans plus attendre et, au vu de l’orientation prise par leur musique, il ne serait guère étonnant qu’ils y parviennent.

Alors voilà, après un Reflektor très attiré par le dancefloor, Everything Now pousse le vice encore plus loin. Trop loin malheureusement. Autant les délires de Reflektor, souvent osés pour un groupe « indie », demeuraient respectables si ce n’est enthousiasmants pour la plupart, autant là il n’y a plus grand chose à sauver.

Le plus malheureux dans tout ça, c’est que « Everything Now » est un des meilleurs titres alors qu’il a tout du single prémâché, à ingurgiter (et surtout dégurgiter) entre deux bouchées de « Get Lucky » et « Happy ». Bref, c’est assez moche. Il est clair que la mélodie reste en tête indéniablement, l’envie de se trémousser (à l’abri des regards de préférence) est bien là aussi mais ce n’est pas bien glorieux. Pour amateurs d’Abba uniquement. Les choeurs du stade sont même déjà inclus dans le morceau. Ça promet un grand moment d’émotion au Stade de France.

La bonne nouvelle, c’est que vos amis incultes musicalement qui ne passent que des bouses en soirée passeront désormais du Arcade Fire. La mauvaise, c’est qu’ils passeront les bouses du groupe. Des bouses qui sont très majoritairement compilées sur ce disque (une ou deux étaient annonciatrices sur le prédécesseur).

Beaucoup trouvent formidable l’absence de limites du groupe, son ouverture d’esprit, son « audace »… La seule audace incontestable ici c’est qu’Arcade Fire n’a visiblement pas peur de se couvrir de ridicule. Car des morceaux ridicules, il y en a un bon petit paquet sur cet Everything Now. Des morceaux qui passent complètement bourrés, avec des potes. Et encore, faut vraiment que ce soit de bons potes.

Arcade Fire ne s’embarrasse d’aucune pincette, il prend ses énormes sabots et se jette à pieds joints dans un grand bassin de soupe nauséabond. La nuance a disparu des radars. Arcade Fire fait dans l’outrancier (« Signs Of Life » qui fait frémir d’effroi), l’extravagant, la boule à facette, le refrain qui fouette (« Chemistry », « Electric Blue » qui s’en sortirait avec les honneurs sans son chant exaspérant). Pour la blague, les canadiens ont glissé des petites intros ou vibes dub (« Peter Pan », « Chemistry »). Sans le moindre intérêt toutefois.

Dans notre infinie générosité, on sauvera « Good God Damn » qui nous invite à une soirée discretos et nous dit de suivre cette basse so cool qui avance à pas feutrés, sans nous prévenir qu’il faudra très vite rebrousser chemin. Et éventuellement « Infinite Content » qui ressemble vaguement à un truc rock. On a vu plus inspiré mais on n’est pas à ça près.

De deux choses l’une, Arcade Fire veut tout tout de suite. Et surtout, un bon paquet de fric. Arcade Fire s’en contrefout du jugement, forcément mitigé qu’ils recevra (encore que, beaucoup crient au génie…). Les titres cyniques, et sans doute ironiques, en attestent (« Put Your Money On Me », « We Don’t Deserve Love » ou le « All your money is already spent » de « Infinite Content »…). Comme s’ils étaient (déjà) les maitres du monde et pouvaient tout se permettre en nous toisant fièrement. Voire en nous crachant à la gueule, nous pauvres pouilleux.

Le deuxième morceau « Infinite Content » (qui ne prend même pas la peine de se trouver un autre nom) sonne d’ailleurs très « glandouille aux Bahamas ». En entendant ça on ne peut s’empêcher d’imaginer les frères Butler flottant sur un matelas pneumatique dans la piscine de leur villa fraichement investie, un cocktail à la main, un cigare dans l’autre. L’air de dire « on n’a rien branlé et on vous a bien niqué ». Car ce disque n’est qu’enrobage crémeux (et fort indigeste) avec rien à l’intérieur. On ne remercie pas les producteurs de renom pour leur contribution. Thomas Bangalter (un des deux casqués de Daft Punk), Geoff Barrow (Portishead) et Steve Mackey (Pulp) peuvent toutefois être fiers de leur coup, ils vont parvenir à remplir les plus grandes salles (les stades ?) avec des morceaux qui tournent dans le vide, comme un militant qui répète inlassablement des slogans mais sans le moindre argumentaire qui tient la route derrière. Quand c’est pour une bonne cause, ça passe encore. Quand c’est pour chanter les louanges du disco le plus craignos et de l’électro pop la plus putassière ça devient plus difficile à laisser passer.

JL

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :