Apathy For The Devil, de Nick Kent (Collection Rivage Rouge)

Publié par le 27 janvier 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois n’est pas coutume, mais ce ne sera peut-être pas la dernière, je viens vous parler aujourd’hui d’un bouquin, plutôt que d’un disque. « Apathy for the Devil » (jeu de mot avec le morceau des Stones « Sympathy for the Devil), est la biographie de Nick Kent qui couvre les années soixante dix (les fameuses seventies). Il s’agit de son deuxième ouvrage, après « Dark Stuff » l’envers du Rock, et il est hautement recommandable pour ceux qui veulent en apprendre encore plus sur le rock et la dépendance.

Nick Kent dandy déglingué, célèbre plume du NME (New Musical Express), archétype du journaliste Gonzo, ou comment vivre un truc à fond pour être en mesure d’en parler, et si possible avec talent. Kent a vécu le rock jusque dans ses excès les plus destructeurs, et c’est véritablement miraculeux (je pèse mes mots) qu’il soit encore là pour en parler. Disciple de Lester Bangs, journaliste légendaire du magazine Rolling Stones, puis de la revue Creem, qui le conseille sur le chemin à suivre, lorsqu’il va à sa rencontre à Detroit en 1973.

Nick, à 22 ans, se fait embaucher comme rédacteur en chef de la rubrique rock d’un fanzine assez confidentiel « Frendz », pour lequel il va rédiger quelques chroniques, et commencer à couvrir les concerts rock en Angleterre. Première interview et premier concert en tant que « professionnel » : MC5 dans une salle où ils sont huit pelés à assister à un concert de folie, alors que l’Angleterre est en plein délire glam rock. Bowie/Ziggy devient une énorme star, Marc Bolan et T Rex tentent de résister à ce raz-de-marée. Il rencontre ensuite BeefHeart et Grateful Dead, ambassadeurs de la musique cosmique américaine, et Iggy et les Stooges, rencontre déterminante pour lui.
Déterminante, à double titre, d’un point de vue professionnel d’abord, puisque le rédacteur en chef du NME le contacte pour faire un papier sur l’iguane. À titre personnel ensuite, car Jim Osterberg (alias Iggy Pop) deviendra un ami qui jouera un rôle essentiel dans sa vie. Il rejoint donc les rangs du NME et sa carrière est lancée.

Les rencontres dans le monde Rock se multiplient : Roxy Music, Led Zeppelin, les Stones, Bowie, etc… Son regard et son jugement sont sans complaisance vis-à-vis de nombreux artistes de l’époque, il vide son sac sans crainte et met les points sur les I. Brian Wilson, totalement à l’Ouest (normal en Californie), les New York Dolls pas très bons musiciens, Dylan avec son virage mystique insupportable, Jagger qui est une petite pute dans le Business (ça ne surprendra personne), Bonham incontrôlable et d’une violence inouie, Bowie poudré jusqu’aux yeux mais qui sera le sauveur d’Iggy, Iggy Pop miraculé, qui faillit mourir et devenir barjot, et qui sera son unique ami, finalement dans ce milieu impitoyable et sera là pour le sauver d’une OD qui lui pendait au nez depuis longtemps.

Le milieu du Rock des 70’s, n’est ni une sinécure, ni le monde des Bisounours, Nick Kent nous narre quelques évènements tragiques, comme cette agression perpétrée par Bonham (batteur du Zeppelin), en compagnie de Peter Grant (leur manager) sur un membre de la sécurité, au plus haut de la Zepmania aux US. Délire de violence sous l’effet de drogues et d’alcool. Bonham encore, qui mettait entre ses cuisses, une once de cocaïne, pour pouvoir s’en enfiler durant tout le concert (entre les morceaux), sans bouger de son siège.
Nick Kent, personnellement victime de deux agressions physiques. La première fois, lors d’un concert des Pistols, groupe qu’il avait pourtant soutenu au début de leur carrière, il frôle la mort après s’être fait matraquer le crâne à coup de chaînes de vélo par la petite frappe Sid Vicious (en voilà un qui ne manque décidément à personne). La seconde, lors d’une de ses nombreuses errances nocturnes, où à la recherche de dope il se fait larder de plusieurs coups de couteaux par une bande de toxicos.

Il raconte un évènement surprenant, lorsqu’il croise les Wailers dans les toilettes des studios Islands. Occasion pour lui d’une bonne parano, car Marley and co, ne sont pas si « peace and love » que ça finalement, dès qu’ils croisent des mecs surprenants à un moment inattendu. Lors d’une pose, durant l’enregistrement de Natty Dread, ils fument un  pétard gigantesque, et Kent débarque totalement allumé, avec son look androgyne qui rebute les jamaïcains. Il se fait traiter de « rasclaat », et est tout heureux d’en sortir indemne.
Autre épisode très touchant, lors d’une cérémonie de célébration quelconque (il ne se souvient plus précisément laquelle), il est insulté, traîné dans la boue devant toute l’assemblée par quelques musiciens obscurs qui l’ont reconnu, il n’a pas que des amis. Il titube sous le coup des insultes, blessé profondément et fond en larmes dans les bras de Chrissie Hynde (son ex-petite amie avant qu’elle ne devienne star). À cette période de sa vie, son existence ne tient plus qu’à un fil.

Nick Kent raconte avec lucidité, et sans complaisance, l’hécatombe des 70’s, et sa plongée personnelle dans la dépendance aux produits de toutes sortes (cocaïne, héroïne, speed, méthadone). Il revient de loin, il a vécu l’enfer, et une période de sa vie est carrément misérable. Il ne cache rien, les vices des junkies, la course quotidienne à la dope, la crasse, la déchéance physique et morale, la solitude. Et enfin, sa renaissance, avec son déménagement à Paris et son mariage avec la romancière Laurence Romance.
Plume légendaire du Rock, depuis qu’il réside à Paris, Nick a souvent écrit dans Libé et Rock&Folk, notamment.

 

El Padre

Écoutez une partie de la bande-son des seventies sélectionnée par Nick Kent à la fin du bouquin

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