alt-J – This Is All Yours (Infectious)

Publié par le 23 septembre 2014 dans Chroniques | 1 commentaire

Alt-J_-_This_is_all_yoursEn musique, le monde se divise en deux catégories : ceux qui réussissent le tournant crucial du second album et ceux qui foncent dans le mur. À de rares exceptions près, ceux qui ont le malheur de rejoindre la seconde catégorie se relèvent boitillant, ou ne se relèvent pas.

Il y a un peu plus de deux ans personne ne connaissait le raccourci clavier alt+j qui forme un triangle. Aujourd’hui personne ne l’utilise mais beaucoup suivent de près le groupe qui se cache derrière cet étrange nom. Car avec son premier album, rempli de tubes mémorables et doté d’une véritable singularité (symbolisée notamment par la voix nasillarde de Joe Newman), alt-J avait frappé fort, se positionnant immédiatement comme un groupe qui compte.

C’est peu dire que ce This Is All Yours était très attendu. Et il y a fort à parier qu’il fera un tabac dans les bacs. Le groupe a d’ailleurs mis le paquet sur la promo et les critiques radicalement opposées (bouse du mois pour Tsugi, grand disque pour les Inrocks…) ne devraient pas changer grand-chose au destin commercial de l’album.Les avis des Inrocks étant devenus aussi fiables que les promesses de François Hollande il y avait en revanche de quoi douter sur sa qualité.

Pour nous rassurer, alt-J nous ressort le coup de l' »Intro » qui n’en est pas une. Problème les chœurs omniprésents deviennent vite insupportables malgré la tournure épique inattendue en fin de morceau. Et ce titre est (malheureusement) le parfait résumé du disque. De bonnes choses, quelques trouvailles intéressantes, plombées par des tics agaçants (le « A-lle-lu-ia » de « Nara », le risible break de flute andine de « Every Other Freckle » qui sans ça aurait pu être un excellent morceau…). Là où An Awesome Wave suscitait l’émerveillement quasi permanent, This Is All Yours provoque trop souvent l’irritation. Et ressemble à un beau gâchis.

Le combo Nara (« Arrival In Nara », « Nara ») ne nous emmène pas aussi loin qu’il aurait dû (les insomniaques devraient toutefois trouver leur salut grâce à « Arrival In Nara »…), l’improbable interlude « Garden Of England » n’a strictement aucun intérêt si ce n’est nous rappeler nos cours de flûte à l’école primaire, « Left Hand Free » est un morceau sympa sans plus qu’on aurait pu croire issu d’un vieux Black Keys (du temps où ils faisaient de la bonne musique). La fausse bonne idée de convoquer une pléthore de chanteurs pour leur faire chanter une syllabe chacun (« Warm Foothills ») retombe comme un soufflet tant le résultat n’a rien de transcendant.

Le plus troublant (et inquiétant ?) dans tout ça c’est que le meilleur morceau de l’album, le magnifique « Hunger Of The Pine » est un de ceux qui ressemblent le moins au son alt-J, plutôt à Portishead pour le coup. Et indépendamment de la qualité du morceau : a-t-on décemment le droit d’utiliser un sample d’une merde infâme comme Miley Cyrus ? alt-J a décidé de nous contrarier…

Voilà pour les titres « marquants », le reste étant finalement assez quelconque et guère palpitant (ce disque est terriblement mou, toute la fin d’album est lénifiante à souhait). Alors qu’on pouvait difficilement imaginer ça de ce groupe au vu de sa forte identité, le voilà qui ronronne.

Les anglais ont peut-être finalement souffert, beaucoup plus qu’ils ne veulent bien le dire, du départ de leur bassiste. C’est une partie de l’inspiration du groupe qui semble s’être envolée avec lui.

Il faudra se ressaisir sur le 3e album, sans quoi le triangle qui les symbolise pourrait rapidement être associé – dans notre esprit en tout cas – au triangle des Bermudes.

JL

1 commentaire

  1. dommage, tant le premier album était une très belle découverte !

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