The Allman Brothers Band at Fillmore East (Polydor)

Publié par le 13 janvier 2013 dans Chroniques, Incontournables | 0 commentaire

allmanbrothersbandatfilmoreeastAu fait, on ne s’est pas reparlé depuis ce début d’année. Donc, le calendrier Maya, la fin du monde, tout ça c’était des foutaises. Heureusement que je n’ai pas investi dans le seul endroit supposé résister aux éléments déchaînés, j’aurai l’air malin aujourd’hui avec mon appart’ à Bugarach !

Enfin, puisque la terre semble vouloir continuer à tourner pendant un moment, cela nous permettra de se mettre de la musique dans le casque à outrance, et ça c’est le panard. Et, en ce moment, mon trip c’est le Blues, puisque comme dit l’autre, toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du Blues.

Le Blues, à la base est une musique noire, tout le monde sait ça, l’origine est associée aux chants des esclaves dans le Sud des Etats-Unis : Louisiane, Géorgie, Alabama. Ensuite, elle se répandra dans le reste des Etats Unis, et notamment dans le Nord : Chicago, New-York. Mais la plupart des  bluesmen, ne parviendront pour la plupart pas à en vivre, crèveront dans la misère, ou bien seront obligés de faire des petits boulots pour vivre.

Anecdote géniale et légendaire, les Stones en visite au studio Chess dans les années 60, pénètrent dans les locaux, alors qu’il y a quelques travaux de peinture, et découvrent stupéfaits, que c’est Muddy Waters qui est chargé de la barbouille. Muddy Waters, légendaire guitariste, qui a écrit le fantastique morceau « Rolling Stone », vous faites le lien ?

Le blues dans les années 60, sera remis au goût du jour par les britons : Rolling Stones, Yardbirds, Clapton, Jeff Beck, qui renverront l’ascenseur vers ces historiques et géniaux créateurs : Robert Johnson, Willy McTel, Howling Wolf et autre Muddy Waters, bien entendu. La magie du web permet aujourd’hui de découvrir des versions live de ces musiciens, et c’est forcément émouvant de voir et d’entendre ces mecs jouer.

Aux USA, fin des années 60, début 70, même combat, de jeunes blanc-becs reprennent cette musique et la remettent au goût du jour. Parmi eux, The Allman Brothers Band, groupe créé par deux frangins, Duane fantastique guitariste et Greg chanteur et organiste, originaires de Macon en Géorgie, pas en Saône et Loire. Le groupe est constitué également de Dickey Betts seconde gachette aux guitares, Berry Oakley (basse), Butch Trucks (batterie) et Johnny Jaimoe Johanson aux percussions. Ce groupe deviendra par la suite, l’un des étendards de la scène rock sudiste, avec Lynyrd Skynyrd.

Le premier album éponyme publié en 1969, rencontre un succès très confidentiel, mais le second « Idlewild South » qui comporte entre autres, « Midnight Rider » et « In memory of Elisabeth Reed » est bien mieux accueilli par la critique, et rencontre sans mal le succès public. Allman devient un groupe très célèbre aux Etats-Unis, et offre régulièrement de superbes prestations en public. Duane participera également à l’enregistrement du magnifique et désormais classique « Layla and other assorted love songs » de Derek (alias Eric Clapton) and the Dominos.

En 1971, le Groupe va se produire au Fillmore East de New-York, cette salle qui est la jumelle du Fillmore West de San Franciso, ne sera ouverte que trois ans, mais toute la crème du Rock de l’époque s’y produira, et quelques grands albums « live » y seront enregistrés par Zappa, Miles Davis, et Allman Brothers, avec ce « At Fillmore East ».

Ce double album, je l’ai dans ma discothèque depuis 35 ans. C’est un témoignage fantastique des concerts de blues rock de cette époque, avec de longues envolées musicales, des musiciens qui s’offrent à tour de rôle leur solo, et se passent le relais en permanence. Il est considéré par beaucoup comme l’un des plus grands live de l’histoire du rock. Lors de sa parution, certains morceaux enregistrés à l’occasion de ces concerts furent écartés, pour être finalement inclus dans l’album suivant « Eat a peach », notamment le fameux « Mountain Jam ». Ces morceaux furent rajoutés sur une récente réédition de « At Fillmore East », restituant ainsi l’intégralité du concert de l’époque.

L’album est composé de deux parties bien distinctes. La première comprend des morceaux relativement courts (reprises de classiques Blues pour la plupart), la seconde qui occupait les trois autres faces de l’édition Vinyl originale, étant de longues jams, qui laissent la part belle aux improvisations.

Allman rend hommage aux grands Bluesmen, et reprend trois classiques du genre, en ouverture du concert. « Statesboro Blues » d’abord de Blind Willie McTell sur lequel Duane Allman fait montre d’une impressionnante maîtrise du bottleneck. Sur « Done Somebody Wrong » d’Elmore James, c’est une partie de ping pong entre Duane Allman et Dicky Betts qui se partagent la vedette avec Tom Doucette à l’harmonica. Ça roule, ça swingue, tous les musiciens à l’unisson, « Oh I play the Blues » chante Greg Allman. On est bien d’accord avec lui. Clôture de cette salve d’échauffement avec « Stormy Monday » de T. Bone Walker, qui s’étire langoureusement sur près de neuf minutes. Rythme beaucoup plus lent avec l’impressionnante complicité des deux fines lames de la six cordes. Ça donne envie de siroter un bourbon dans un hamac, en s’imaginant dans le Bayou, entouré de magnolias et tulipiers.

« Hot Lanta » (jeu de mot sur Atlanta) est un morceau très jazzy assez court, composé par Dickie Betts, qui n’est paru que sur les albums « live ». Sur ce titre, la part du lion, pour une fois, n’est pas uniquement réservée aux  guitares, l’orgue de Greg Allman étant assez présent. Le morceau est joué juste avant l’anthologique « In Memory of Elisabeth Reed » autre composition de Dickie Betts.

« In Memory » paru sur leur second album, est un morceau entièrement musical, une course de six cordes échevelée. Introduction toute en douceur, le groupe prend son temps pour planter le décor. Et c’est parti pour dix minutes de solo quasi ininterrompu, avec les deux pistoleros aux avants-postes, le band aux aguets pour protéger leurs arrières. Un duel au sommet entre les deux solistes du Groupe. Il y aura de nombreuses versions de ce titre jouées en « live », mais plus jamais avec Duane Allman bien entendu.

Enfin deux très longues improvisations concluent le disque : « You don’t love me » reprise de Willie Cobbs, et « Whippin’ post ». Les titres sont étirés sur plus de 20 minutes. Longues improvisations entrelacées, qui font monter la sauce sur un rythme soutenu par Trucks aux gamelles. C’est le festival de la gratte avec solos en pagaille et réelle complicité de l’ensemble du Band. Le genre de morceau qu’on n’entend plus guère en concert, en dehors peut-être de Mister Neil Young. L’ensemble sonne un peu « old school », une chance on échappe aux fameux solos de batterie de l’époque, mais l’esprit et l’émotion sont là, même si l’on n’évite pas quelques longueurs.

Ces concerts consacraient alors Allman Brothers comme un des groupes majeurs du Blues Rock et de la scène musicale américaine. Malheureusement, cette époque est tristement célèbre pour les excès en tout genre, qui jalonnaient la vie de nos héros. À la longue liste des disparus tragiquement et prématurément de 1971 viendra s’ajouter le nom de Duane Allman, qui un jour de défonce, se crashe en bécane, peu de temps après l’avènement du groupe. La disparition de Duane Allman, guitariste virtuose, parti à 25 ans seulement, laisse un vide incommensurable au sein du Groupe et dans la musique rock américaine. Un an quasiment jour pour jour après ce drame, Berry Oakley se tuait de manière similaire à quelques rues de l’endroit où l’âme de Duane s’était envolée.

Ronnie Van Zandt, grand ami de Duane Allman et leader de Lynyrd Skynyrd, dédicacera désormais à chaque concert le classique « Free Bird », aux deux musiciens des Allman Brothers disparus tragiquement.

Le groupe continuera à tourner, dans une composition à géométrie variable, mais après l’album « Brothers and Sisters », paru en 1973, qui contient notamment le célèbre et jouissif « Jessica », des tensions et divergences apparaissent entre les membres fondateurs survivants. La complicité et la fraternité qu’on devine sur les photos de Fillmore sont envolées à jamais. Ces photos qui montrent au recto, le groupe hilare posant devant une montagne de matériel, et au verso les roadies qui posent dans la même configuration. Époque révolue, où les mecs qui montaient le matériel et déchargeaient les camions figuraient en place d’honneur sur une pochette d’album. Cela laisse songeur.
El Padre

 

Écoutez « Statesboro Blues »

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