Alabama Shakes – Sound & Color (Rough Trade)

Publié par le 5 mai 2015 dans Chroniques | 0 commentaire

alabamaFormé en 2011, le groupe originaire d’Alabama s’articule autour de la plantureuse et spectaculaire Britanny Howard (chant, guitare), Zac Cockrell (basse), Steve Johnson (batterie) et Heath Fogg (guitare).

Après un premier album remarqué (Boys And Girls) paru il a déjà trois ans, le groupe a pris du temps pour enregistrer son successeur, mais le résultat est à la hauteur de cette attente. Souvent comparée à Janis Joplin, pour la puissance et l’intensité de son chant, Britanny porte ses chansons avec passion et chante toujours avec rage et sensualité. Le groupe bien rodé désormais après de longs mois passés sur les routes a franchi un cap important et s’il revendique toujours l’héritage des années 70 (grands admirateurs de Led Zep, Joplin, Freddie Mercury ou des grandes voix de la soul), il n’est pas dans le plagiat ou l’admiration béate.

Ce disque fonctionne comme une perfusion qui ne produit ses effets que très lentement, et prend tout son temps pour nous imprégner de sa richesse. Si l’auditeur n’est pas accroché d’emblée, l’addiction n’en est que plus forte, car l’ensemble se révèle au fil des écoutes d’une très grande variété, livrant de superbes arrangements et des compositions riches et complexes. La géniale et cryptique « Gemini » (un des titres majeurs de l’album) en est l’illustration parfaite.

Ce nouvel opus s’ouvre sur la délicate mélodie de « Sound & Color », sur laquelle Britanny Howards commence son grand numéro entre murmures et puissance « Sound and color, Life is Sound and color, Love is Sound and color ». Passé ce moment de grâce, on s’installe dans une ambiance soul/funk (« Dont Wanna Fight »), sur laquelle Heath Fogg, excellent guitariste tout en feeling, tisse les arpèges autour de la voix puissante de Britanny. Un vrai hit en puissance.

Mais Britanny et la troupe n’ont pas voulu faire de ce disque un ensemble aux sonorités similaires, et dès le titre suivant on change de registre, s’installant dans un mid tempo rassurant, « Dunes » étonne par sa construction hors des standards.

Seule à la guitare acoustique, avec percussions minimales en accompagnement, elle soulève également l’émotion sur « This Feeling », d’une finesse incroyable. Les chansons s’enchaînent tranquillement dégageant justement un feeling énorme, surfant sur les ambiances soul et funk.

Ballades puissantes ou langoureuses (« Future People », « Gimme All Your Love », « Miss You » où le fantôme de Janis est invité) sur lesquelles la voix de Britanny oscille entre caresses, feulements, coups de gueule. Le groupe en osmose derrière la chanteuse, déroule le tapis groove. Remarquable !

Lassés de trop de douceur et de tendresse (je pense), ils finissent par balancer un gros rock qui tâche « The Greatest », rythmique basique (basse et batterie au premier plan), nombreux breaks : guitares crades et claviers. Ce morceau s’achève sur un éclat de rire de Britanny, juste pour indiquer qu’il s’agissait d’une grosse déconnade.

Vous l’aurez compris, on tient ici un des grands disques de 2015 (il sera dans mon top ten sans hésitation), et Alabama Shakes est sans conteste « the next big thing » comme on dit dans le business. A surveiller dans les festivals cet été, les performances du groupe laissent rarement de marbre. Surfez sur Youtube pour vous en persuader.

 

El padre

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