5 chansons, 5 disques par We Insist!

Publié par le 26 décembre 2017 dans 5 chansons, 5 disques, Interviews, Non classé, Toutes les interviews | 0 commentaire

Après un concert toujours réjouissant à La Cave d’Argenteuil en compagnie de leurs nouveaux comparses de label Lysistrata, on a échangé avec les trois membres de We Insist!, auteur d’un nouvel excellent album cette année, à propos de 5 de leurs morceaux puis de 5 disques de leur choix. Un échange passionnant quelque peu perturbé par un impératif de rangement de matos et de déguerpissement des lieux en toute hâte. Interview fleuve, et pourtant contre-la-montre.

 

© Mariexxme

 

5 chansons

 

1 – Grieved (Inner Pond, 2002)

Eric Martin (guitare) : on a mis peut-être 2 ans à faire ce morceau, c’est un des plus longs en gestation, vraiment une catastrophe ce morceau !
Julien Divisia (basse) : quelque part s’il a pris autant de temps c’est que c’est le moment où on commençait à chercher ce qu’on voulait faire. C’est passé beaucoup par ce morceau-là. Ça a pris un temps fou. Je pense qu’il a posé les bases de ce qu’on voulait faire plus tard. C’est un très bon choix !
Eric : c’est un morceau pour moi qui est assez raté, mais essentiel dans le sens où on a essayé de faire quelque chose de nouveau.
Etienne Gaillochet (chant-batterie) : c’est vraiment le morceau où on a voulu sortir de ce truc instrumental et faire quelque chose avec les voix qui dictent le truc.

C’est pour ça que je l’ai choisi. Même si c’est le 2e album, mais le premier a quasi disparu des radars, on ne le retrouve même plus sur internet…
Eric : c’est interdit !

(Rires) … et c’est un de ceux qui est le plus « carré », accessible en tout cas, où le chant est effectivement plus en avant et qui ressemble un peu plus à la suite. Le reste est plus expérimental à la Zappa ou quelques projets de Mike Patton. Celui-là est plus…
Julien : plus pop ! C’est tout à fait ça. On essayait d’en faire une chanson, avec un truc un peu construit. Et la voix qui porte le bazar. C’est vrai que ça a commencé avec ça.

Et à l’époque c’était presque une prise de risque de miser sur la voix ?
Etienne : moi je l’ai pas réécouté depuis des siècles mais je pense que si je le réécoute, je vais sans doute être surpris par ma voix.
Eric : je sais pas si c’était une prise de risque mais en tout cas c’était nos premières velléités, malgré les structures complexes, de mettre la voix en avant.
Julien : un peu comme un groupe de pop mais derrière ça tricote. Mais c’est vrai qu’on tâtonnait, on savait pas… Du coup Etienne s’est mis à chanter. On savait pas très bien où on allait et ça a mis du temps à s’affirmer. C’était la bonne direction.
Eric : t’as mis le doigt sur un truc assez symptomatique avec ce morceau. C’est assez intelligent.

N’exagérons rien ! (rires)

 

2 – Gravity (Crude, 2004)


On est d’accord que c’est le même riff que le morceau d’ouverture de Songs For The Deaf de Queens Of The Stone Age (« You Think I Ain’t Worth A Dollar, But I Feel Like A Millionaire », ndr) ?
Etienne : alors là, pas la moindre idée… (il le chantonne, ndr)
Eric : il est basé sur les deux mêmes accords, mais pas les mêmes appuis rythmiques en tout cas.
Julien : il est sorti avant, Songs For The Deaf ?

Oui, il est sorti 2 ans avant.
Julien : C’est Jul (Julien Allanic, ndr) l’ancien bassiste qui a sorti le riff et le début du chant. Mais la référence que tu donnes était pour nous assez essentielle. On aimait tous plein de choses différentes, on se retrouvait sur certaines choses mais pas tout le temps. Mais ce disque-là il nous a vraiment plu.
Etienne : moi j’étais complètement fan de Kyuss, j’adorais. Et cet album c’est vraiment le début de Queens qui commence à faire de la pop. Mais avec un son monstrueux.
Julien : ça pour nous c’était essentiel. Faire notre musique un peu barré, mais avec le chant un peu pop. Entre guillemets, hein. Effectivement Queens Of The Stone Age, c’était ça l’idée…
Etienne : bon y a pas le même son qu’eux ! (rires) Putain, la vache, la prod !
Eric : pas les mêmes moyens !
Julien : nous on n’est pas du tout content du son de ce disque. Il est ultra compressé.
Etienne : il est trop aigu, y a pas de graves. Ça ronfle pas.
Eric : moi je lui trouve un certain charme.
Julien : mais le morceau était bien, on l’a joué assez longtemps. Un bon morceau.
Eric : il me semble que la phrase « i’ve been fighting gravity since i was two »…
Etienne : c’était des réminiscences de Les Claypool (Primus, ndr)
Eric : c’est ça !
Etienne : une vieille phrase qu’il avait chopé dans un live. Et je trouve que « Custom Device » est un peu la suite de « Gravity » dans le groove.
Julien : c’est vrai que c’est un morceau un peu charnière. Tu les trouves bien dis donc ! (rires)

J’ai un cul monumental ! (rires)
Etienne : on sort la brosse à reluire, tu vas être tout beau, tout luisant.

(Un membre de la team We Insist! les avertit qu’il ne faut pas trainer. “Oui, on fait vite”, disent-ils. Il reste alors 3 chansons et 5 disques)

 

3 – Early Recollections (Oh ! Things Are So Corruptible, 2007)


Je suis assez fan de ce morceau, que je trouve un peu à part. Y a ce côté inquiétant, mélancolique. Puis ça part en rock plus lourd, très sombre. Vous l’avez joué très longtemps non ?
Etienne : c’est un morceau qu’on a adoré. On l’a effectivement joué très longtemps. On vient de l’abandonner en fait. C’est avec ce trio tous les 3 qu’on a décidé d’arrêter de le jouer. Mais c’était notre morceau de fin de concert pendant 10 ans.
Eric : pas 10 ans, au moins 5 ans.
Julien : on a eu un énorme plaisir à l’enregistrer parce que le jour où on l’a enregistré on avait une idée en tête. On voulait que ça sonne avec un énoooorme bruit. On l’a enregistré au studios Black Box et Peter Deimel, l’ingé son, petit génie…

Qui a aussi bossé pour Chokebore, Les Thugs…
Etienne : oui c’est ça. Il a bidouillé les amplis comme un malade.
Julien : il a dit « ok j’ai compris ce que vous voulez. » Il a apporté ses propres pédales.
Etienne : même la tête d’ampli, c’est le seul morceau qu’on a enregistré sur la vieille Sovtech.
Julien : et ça sonnait ENORME ! Vraiment énorme. Je me souviens de sa joie de dire « on a trouvé le truc ». Et la notre aussi, on avait l’impression de piloter un gros porteur. Et c’était TELLEMENT bon ! Du coup on s’est dit ‘on la fait durer longtemps, longtemps…’
Etienne : juste avant on disait qu’on n’aime pas le son de « Crude ». Là c’était l’album d’après, et le studio Black Box pour nous c’était la révolution. D’un seul coup on avait le son (il bruite une explosion, ndr) qui pétait tout !
Julien : on s’est vengé ! C’était tout analogique, plein d’air…
Eric : mais toujours enregistré live quand même. Sur ce riff y a des overdubs, évidemment. Mais malgré le fait qu’on soit allé au Black Box bosser avec Peter Deimel on a toujours enregistré les albums live.
Etienne : sans les voix bien sûr.
Julien : on a besoin de faire ça. Mais effectivement on a joué ce morceau en fin de concert pendant très longtemps. C’était une autoroute finale qui marchait bien.
Etienne : et finalement on l’a remplacé par « Liquid Rat Race » qui a un peu la même fonction sans être du tout le même morceau.

 

4 – My Friend’s Lonely Mate (We Insist!, 2014)

Votre morceau le plus pop à ce jour ?
Etienne : oui !
Eric : c’est un morceau pop mais avec une vraie cassure à l’intérieur !
Etienne : la coda qui est pas pop pour deux sous.
Julien : mais qui est belle comme tout ! J’étais plus dans le groupe au moment où ils l’ont fait. C’est un morceau que j’adore, j’ai un plaisir immense à le jouer. Je trouve ce morceau super. La ligne de voix… tout est top ! Il a une construction vraiment spéciale, il commence super pop. C’est complexe mais la coda de la fin est tellement mélodique, je cherche toujours à comprendre comment c’est foutu ce bazar…
Etienne : y a un truc assez étrange avec ce morceau c’est que le texte est vraiment glauque. Ne pleurez pas, y a rien de grave. Y a un mec que t’aimais pas vraiment, une sorte d’antipathie et en même temps de proximité bizarre. Et qui crève. Du coup y a un mélange de sentiments hyper confus entre le désamour et le manque. C’est un truc qui m’a pas mal tenu à coeur.
Julien : t’avais quelqu’un en tête ?
Etienne : pas du tout. C’est totalement fictif.
Eric : ba non, je suis pas encore mort.
(Eclats de rire)

La grande révélation ! Et ils splittèrent* après cette interview (rires)
Julien : en fait, notre grande chance c’est qu’on se dit tellement les choses que…
Eric : mais oui bichon !
Julien : on s’en sort bien donc. C’est un super morceau ! J’étais plus dans cette histoire à ce moment-là. Celui-là et « Oakleaves » sur le disque d’avant, c’est les deux meilleurs morceaux !

Les deux que tu sauves ! (rires)
Julien : oui je les sauve. Et j’étais content d’apprendre à le jouer.
Eric : pas facile en plus, hein. Y a trois accords ! (rires)
Julien : un peu plus quand même, ducon ! Je me souviens très bien de la première fois que je l’ai entendu, j’étais chez toi et je m’étais dit ‘putain cette coda, ça pourrait durer des heures !’ J’avais un plaisir à entendre ce bazar, ce cycle complètement délirant. Et quelque part, de savoir le jouer, ça enlevait un peu du plaisir.

5 – No Cockaigne For Young Men (Wax And Wane, 2017)

Vous ne l’avez pas joué ce soir !
Eric : parfois on le joue, mais pas ce soir.

Ce morceau est particulier, très fusion avec cette basse limite slappée.
Eric : pas slappée non.
Etienne : non c’est pas slappé mais vraiment Mötorhead quoi.

Oui Mötorhead, ou moi ça me rappelait du Suicidal Tendencies.
Eric : oui je suis assez d’accord.

Et derrière il y a ce pont ultra mélodique, très posé. Comme s’il y avait deux morceaux en un.
Etienne : ouais c’était ça en fait l’idée. De faire vraiment un morceau miroir. Intro coda, à burnes et un truc complètement dédoublé.
Julien : pour moi ce qui était important, dans ce qu’on appelle « la partie punk » c’est qu’il y ait toujours une mélodie. On a toujours besoin de ça. Malgré tout c’est « takatakatak », une autoroute. Mais faut que ce soir chanté. Et il faut qu’il y ait une mélodie et si possible qu’on s’en souvienne. La partie du milieu, comme elle est beaucoup plus aérée c’est plus facile d’écrire une mélodie qui fonctionne. Mais oui c’est un morceau très binaire, en miroir. Il est rigolo à jouer, dur parce qu’il est très rapide. Et il faut que le son soit vraiment bien pour qu’on puisse bien s’entendre pour bien le jouer.
Etienne : y a du débit de partout. Gros débit à la basse, à la gratte et à la batterie. C’est pas comme s’il y avait une session rythmique qui tient un truc très rapide…
Julien : celui-là d’ailleurs moi j’avais repris la basse de Jul’. La partie rapide c’est lui qui l’avait écrite.
Eric (s’adresse à moi) : sur le dernier disque c’est le morceau qui te semble le plus… étrange ou symptomatique ?

Non, pas étrange. Il m’a bien fait tripper très vite. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans tout de suite. Je trouve le disque plus compliqué que le précédent, que je trouvais plus immédiat et pop.
Julien (surpris) : c’est fou, ça me fait plaisir d’entendre ça.
Eric : on espérait être plus accessible.
Julien : mais on pensait que ce serait plus facile que celui d’avant. Mais effectivement c’est ce qu’on nous renvoie globalement.
Etienne : mais c’est peut-être dû à la luxuriance du disque. Il y a un côté très arrangé qu’il n’y avait pas dans le précédent. Le précédent, c’était un trio. BASTA. Je pense que ça joue.
Eric : je pense que ça peut plus s’apprécier à la réécoute. Comme un bon vin, ou un picrate j’en sais rien !

On en reparle dans 5 ans, mais c’est bien parti !

 

(Nouvel avertissement que ça urge, cette fois il ne faut VRAIMENT pas trainer)

 

 

5 disques

Eric : on a évité de parler de choses assez vieilles qui nous tiennent à cœur. Genre Joy Division, les Cure, Alice Cooper, Led Zeppelin, les Who… Des choses classiques rock.

 

1 – Sleepytime Gorilla Museum – In Glorious Times (The End Records, 2007)

Etienne : c’était une baffe quand c’est sorti. Ils ont fait 3 albums, après ils ont changé de nom et de line-up, c’est un peu moins bien. C’est un groupe à cheval entre… tout. C’est baroque, classique, orchestré, complètement métal, hyper agressif et en même temps ultra mélodique. C’est improvisé, c’est hallucinant… Les trois sont bien.
Eric : le groupe le plus sous-estimé de l’histoire.

 

2 – Dead Rider – The Raw Dents (Tizona, 2011)

Eric : Groupe de Chicago dont on est absolument fan.
Etienne : c’est le guitariste-chanteur de US Maple, un groupe bien free, bien barré, bien n’importe quoi. Un côté un peu Captain Beefheart sur les bords. Une musique complètement foutraque. Et là c’est beaucoup plus structuré, ça reste free quand même. L’instrumentation est démentielle.
Eric : un son, une voix, une idée… Le meilleur clip de la Terre entière pour moi ! Ils ont un super copain qui sort du centre de la Terre, ils l’ont filmé riant sur quelque chose et ils passent un clip, il y a quelques bières devant lui. Le clip c’est lui en train d’entendre son propre rire.
Julien : C’est un plan fixe en fait. Il se passe rien.
Eric : et il se met à re-rire par dessus. C’est si fort et tellement incroyable. Et la musique… C’est le meilleur clip qui existe, on peut pas faire mieux ! Plus simple, et mieux !
Etienne : ils ont fait deux albums depuis, y en a un sur lequel le premier morceau s’appelle “Mother Meat”. J’étais scotché direct quand je l’ai entendu. C’est vraiment super !

 

3 – Joseph Thomas Haege – Viking Desease (2017)

Eric : Le chanteur de 31 Knots et de Vin Blanc.
Julien : 31 Knots, c’est un groupe avec lequel on a tourné beaucoup. On a dû faire 20 concerts avec eux.
Eric : tu connais ?

Non.
Eric : écoute ça, tu vas prendre que du plaisir. C’est monumental ! Le meilleur showman. Ça peut pas être plus beau en concert.
Etienne : dans 31 Knots y avait ce côté math rock – un terme que j’aime pas mais pour simplifier – et en même temps hyper pop. Du coup ça nous a séduits direct.
Eric : il chante comme un Dieu et il a un rapport avec le public invraisemblable, une facilité, il va dans le public. Il touche les gens, il a une voix incroyable.

(On atteint le point de non-retour, on doit libérer le groupe qui nous enverra les deux albums restants par mail)

 

4 – DOPPLeR – Si Nihil Aliud (Aere Alieno, 2004)

Étienne : Doppler est un groupe qui nous a beaucoup marqués, par la puissance de son son et son originalité. Un noise-rock qui joue plus sur le groove et le son que sur la puissance brute et la saturation. Nous avons joué avec eux une fois et ils étaient plutôt… disons fermés, mais leur concert était formidable. Je les ai revus quelques mois plus tard, un peu avant leur split, dans une salle toute pourrie à Pantin. Il n’y avait là aucun matériel de sono, dans une salle en béton qui résonnait à fond, ça sonnait tout seul, ce groupe était hallucinant.
Julien : Après qu’on a joué avec eux une première fois, Xavier Amado, le bassiste, est venu nous voir lors d’un super concert que l’on avait donné avec 31 Knots à Chalon, à la Péniche. Et on avait passé un très bon moment. J’ai écouté « Si Nihil Aliud » des dizaines de fois et l’ai beaucoup partagé bien qu’il ne s’écoute pas facilement au coin du feu. J’ai souvent pensé à son son de basse quand il a fallu que je me mette à mon tour à cet instrument après le départ de Julien Allanic, le précédent bassiste.

 

5 – Dÿse – Das Nation (Cargo Records, 2014)

Étienne : Dÿse est  groupe de Chemnitz, en Allemagne, que nous connaissons depuis leurs débuts. Nous avons beaucoup tourné avec eux là-bas. C’était un trio qui s’appelait VOLT avant et c’est depuis 2008 (?) un duo guitare batterie. Un peu pour les même raisons que Doppler, nous adorons ce groupe sur scène et sur disque car leur compositions sont toujours riches en surprises mais se sont aussi des autoroutes à groove. C’est une musique qui est tout à la fois énergique, violente, puissante, intelligente, dansante réjouissante et drôle (surtout sur scène). Je trouve cela assez rare. Jari et Andre sont des musiciens qui ont chacun une personnalité musicale très forte, leur style est immédiatement reconnaissable, c’est aussi assez exceptionnel.
Julien : Dÿse, comme DOPPLeR, ont aussi chacun un incroyable batteur : Jari Rebelein et Yann Coste. Chacun aussi comédien, à sa façon.

 

Entretien réalisé par JL, un grand merci à We Insist! pour sa gentillesse et pour avoir gratté le plus de minutes possibles en ma compagnie !

 

LIRE LA CHRONIQUE DE WE INSIST!

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