5 chansons, 5 disques par The Madcaps

Publié par le 5 août 2017 dans 5 chansons, 5 disques, Interviews, Notre Sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Auteurs cette année d’un nouvel album aventureux, où son garage pop 60s se voit mâtiné de cuivres et d’ambiances soul so New Orleans, les Madcaps demeurent une des valeurs sûres de Howlin Banana. Thomas Dahyot, guitariste-chanteur du groupe, est également une valeur sûre en interview, pas du genre à te laisser dans la panade après une question pourrie mais plutôt à se montrer des plus affables et précis quand il s’agit d’évoquer sa musique et celle des autres, qui le fait vibrer. On l’avait constaté l’an dernier, on l’a de nouveau vérifié avec cette interview 5 chansons, 5 disques où il était accompagné de Léo Leroux, batteur fraichement débarqué  dans l’aventure.

 

 

1 – Cool Threads (The Madcaps EP – 2014)

C’est un des tous premiers morceaux que vous ayez composés ? 

Thomas Dahyot (guitariste-chanteur) : oui, carrément. C’est un des trois premiers que j’ai composés pour les mecs qui n’étaient pas encore les Madcaps, j’avais fait des démos et je leur avais balancé ce morceau-là. Avec « Impossible Love » et « Emily Vandelay ». C’est ce que j’avais montré au départ et qui les avait botté a priori. Aujourd’hui c’est un morceau qu’on ne joue plus du tout. Il est même probable que des gens qui font partie de ce groupe ne le connaissent même pas (rires).

Léo Leroux (batteur) : pour te dire, moi il me l’a même pas fait écouter.

Thomas : ben t’as le disque, t’es un grand garçon !

Léo : oui bien sûr je l’ai écouté a posteriori mais quand je suis rentré dans les Madcaps c’est pas ça qu’il m’a fait écouter.

 

Tu parlais d’ « Emily Vandelay », celui-là s’est retrouvé en revanche sur le premier album.

Thomas : Exactement. C’était une chanson pas trop Madcaps dans ce qu’était l’idée de départ, c’est à dire de faire du rock’n roll de type garage, un peu nerveux, un peu véloce. Donc j’avais proposé trois morceaux qui étaient trois versions un peu différentes de la pop music et…

 

Genre « choisissez votre direction ! » (rires)

Thomas : Non mais c’était pour montrer le genre de trucs que je faisais. C’était pas trop réfléchi, ça sortait comme ça, un morceau rapide, un lent, un triste. Celui-ci était donc un morceau avec presque un bout de Pink Floyd dedans, une progression comme on peut trouver sur le premier album de Pink Floyd « Astronomy Domine » (il chante le passage en question).

 

Tu étais dans une tentative de reproduction de Pink Floyd c’était déjà ambitieux !

(Léo se marre) Thomas : Non, absolument pas ! Je me suis juste dit « ah c’est cool, ça me fait penser à ça. » C’est pas la même chose ! Mais tout le monde se pique, c’est normal ! Tu peux presque rien créer de fondamentalement nouveau, tout le monde se pique des trucs dans tous les genres artistiques.

 

Donc ce morceau sort fin 2013. Uniquement en digital à l’époque ?

Thomas : On l’a enregistré trois mois après la formation du groupe, on a enregistré 5 morceaux, on en a balancé un sur la toile et Tom de Howlin Banana nous a dit ‘hey mais c’est trop cool les mecs vous en avez d’autres ?‘ donc j’ai dû lui balancer « Cool Thread » en 2e. J’imagine, je sais plus et il a dit ‘génial, on fait un 45 !’. Donc quelques mois plus tard y a eu un 45 tours.

 

Donc là c’était les débuts pour vous du processus de création. Vous aviez pris le temps pour le mix, la prod ou c’était plutôt dans l’urgence de sortir des premiers morceaux ?

Thomas : Y avait des choix dans la manière de faire qui étaient déjà une volonté d’enregistrer tous ensemble à ce moment-là, ce qui est toujours le cas, avec peu de micros, histoire de réduire le champ des possibles. Deux sur la batterie, un par guitare et on a tout fait en deux jours. Enregistré sur bandes, y avait une idée d’enregistrer et de produire, ça s’est fait assez vite. Enregistrer et mixer dans la foulée, un peu comme on fait tout le temps. Dans des temps assez ramassés.

 

Et tu disais que vous le jouez plus du tout, il y en a de cette période que vous avez conservé dans les setlists ? Toi, est-ce qu’il y en a que tu connais de cette époque ?

Léo : Oui j’en connais mais on n’en joue pas.

Thomas : Ba si ! « Anywhere But Here ».

Léo : Ah oui c’est le premier EP ? Ben c’est la seule.

Thomas : Y en a un qu’on a pas mal joué l’année dernière, qu’on a remis au goût du jour cette année « All I Really Wanna Do », notre premier single, qu’on a fait en version un peu jazz pour un concert acoustique. Amener le morceau dans un autre endroit, c’était assez cool, assez plaisant à faire.

Léo : remanier les morceaux c’est toujours intéressant à faire.

Thomas : quand t’arrives à le faire ! Quand il se passe quelque chose. C’est pas toujours le cas.

 

C’est ptet plus évident pour toi Léo quand c’est un morceau que tu n’as pas composé, que quand tu as l’habitude de le jouer.

Léo : oui, là pour le coup c’était des tempos qu’on réduisait, l’approche était très intéressante.



2 – High School Troublemaker (The Madcaps – 2015)

C’est un des premiers morceaux auquel j’ai accroché, je le trouve hyper péchu, percutant, assez irrésistible. Il y avait l’effet premier album ? Une grosse énergie, tout le monde ultra motivé d’enregistrer ?

Thomas : Il y a beaucoup de gens qui nous parlent de cet album en nous disant ‘c’est vachement bien’. En termes d’énergie, moi je trouve que ça a beaucoup moins de patate que ce qu’on peut faire aujourd’hui. C’est pas les mêmes gens d’une c’est sûr et il devait y avoir pas mal le côté nouveauté. En tout cas c’est un morceau qu’on joue toujours.

Léo : c’est un des premiers composés par Bastien ?

Thomas : c’est le deuxième, le premier n’a jamais vu le jour. Il a fait un truc, je lui disais ‘c’est vachement bien…’ Au tout début du groupe, il proposait vachement de trucs et après il était là ‘non, non…’. Celui-ci c’est vraiment tout con, c’est 4 accords, garage 60s classique, on le fait toujours, on l’a remanié de plusieurs façons aussi pour renouveler les plaisirs. Et ça marche toujours bien en concert.

Léo : ouais ça fait bouger les têtes et les culs, il faut quelques morceaux comme ça dans un set. Ça marche bien en rappel.

 

Mais Thomas tu trouves que sur disque ça envoie moins que ce que vous avez fait par la suite ?

Thomas : Non, pas du tout. C’est plus une histoire d’énergie du moment. On a plus joué, on se connait plus maintenant, même s’il y a eu du changement de personnel… C’est pas les mêmes musiciens mais avant c’était un peu des identités différentes. Et c’était pas mal moi et d’autres mecs qui présentaient les chansons, là c’est vraiment aujourd’hui un groupe, un tout. Un truc assez solide et l’énergie n’est pas la même. Après si toi tu sens de l’énergie sur ce morceau, il doit y en avoir ! (rires)

Léo : moi c’est un de ceux qui m’a beaucoup plu quand Thomas m’a envoyé des morceaux à écouter quand j’ai démarré l’aventure. Simple, efficace et tu t’en rappelles.

Thomas : ouais, quand tu le répètes 20 fois dans une chanson, ça reste dans la tête !

 

Ce que toi tu répètes, c’est autobiographique, t’étais un fouteur de merde à l’école ?

Thomas : Non c’est Bastien qui l’a écrite. Lui qui est à la guitare et habitais en face du lycée dans lequel j’enseigne aujourd’hui d’ailleurs ! Il habitait juste en face, il était réveillé par la cloche de la cour d’école et voyait tous ces gamins et avait envie de foutre la merde ! Ouais c’est autobiographique de sa part, plein de fois il a joué de la musique et probablement dû perturber les cours avec son ampli…

Léo : à burnes ?

Thomas : à burnes je sais pas mais assez pour que ça s’entende dans les classes. C’était lui le « High school troublemaker ».

 

Toi qui donne des cours d’anglais, tu fais écouter tes morceaux à tes élèves ? Ça peut être un bon moyen d’apprendre !

Thomas : ah non ! Alors là absolument pas.

 

Les profs font souvent écouter des morceaux alors plutôt que « Luka » (de Suzanne Vega)…

Thomas : j’amène de la musique assez fréquemment en classe mais pas la mienne. En tout cas, pas celle des Madcaps. Mais ça m’arrive pour les plus petites classes au collège d’écrire des chansons qui reprend la thématique, le point de grammaire, etc. Je leur file les paroles à trous, je la joue plusieurs fois, ils remplissent et ils sont trop contents, ils comprennent les paroles c’est assez fun. Et il y en a une qui s’est retrouvée sur un album des Madcaps. Je l’avais écrite pour mes élèves et je me suis dit ‘finalement c’est cool’. Et dans les classes plus grandes j’amène de la musique j’ai commencé cette semaine une séquence qui s’appelle The Power Of Music, dans l’idée des protest songs ou les chansons qui font des commentaires sociaux ou faire état de quelque chose qui va ou ne va pas dans la société pour amener de la conscience collective. Et les autres pouvoirs de la musique : tu te réveilles le matin, tu fous un gros disque de punk ou je sais pas tu te retrouves avec des gens qui ne parlent pas la même langue et tu mets de la musique, tout le monde danse, c’est un langage commun, ça fonctionne. Ça et plein d’autres pouvoirs. J’ai démarré la séquence avec un blind test qui s’est passé très différemment dans deux classes. C’était des chansons très contestataires : NWA « Fuck The Police »…

 

Bravo, le message à l’école ! (rires)

Thomas : Oui, quand je l’écrivais au tableau, je me disais si le directeur rentre, je lui dirais ‘ça a l’air pas bien mais restez vous allez voir que c’est pédagogique’. Y avait aussi « Respect » d’Aretha Franklin, « Street Fighting Man » des Stones, plein d’autres trucs. Histoire de montrer que la musique est aussi là pour véhiculer des idées. Là ce qu’ils ont à faire pour la semaine prochaine, c’est d’écouter de la musique et de se dire ‘est-ce qu’aujourd’hui il y a des chansons qui ont des trucs à dire ?

Léo : ba oui !

Thomas : non mais parmi les trucs qu’ils écoutent, qu’ils fassent un peu gaffe à ça. Y a des trucs qui sont directement dans le titre, y a des chansons moins évidentes. On verra ce que ça donnera.


3 – Rainy Day (Hot Sauce – 2016)

Je trouve que c’est un des morceaux les plus aboutis que vous ayez faits en termes de construction.

Thomas : Oui c’est un peu osé comme morceau.

 

Y a un côté hyper évident dans la mélodie et finalement plus t’avances dans le morceau plus tu constates sa richesse. Les choeurs très 60s, un pont bien barré, un final un peu fou. Je trouve qu’il y a un bel effort de compo. Vous considérez aussi que c’est un des plus aboutis ?

Thomas : Plus abouti je sais pas mais en tout cas c’était exigeant à faire en studio. Notamment sur les passages de voix, avec un moment a capella où tu te fous à poil et tu dois harmoniser tous ensemble et tu te dis ‘oh la vache, on n’est pas les Beach Boys !’. Ça s’est pas fait en une fois, il a fallu le faire à plusieurs reprises. Je pense que tu es définitivement fan de Bastien, parce que c’est encore une de ses chansons (rires) !

Oh merde !

Thomas : mais non, pas oh merde ! Il fait partie du groupe. Et je peux parler de ses morceaux sans problème. Quand il m’a amené ce morceau, il était venu à la maison, on venait de passer deux semaines sur les routes avec nos potes les Kaviar Special. Le lendemain, il pleuvait et t’as passé deux semaines de colo du rock et t’es un peu triste donc il a écrit cette chanson « Rainy Day ». Il est venu me la jouer et j’étais là ‘mais c’est trop bien, tu peux la rejouer ?’. Il a vite fait une démo, on l’a très vite joué et c’est un morceau qui est vachement cool à jouer aussi en concert parce qu’il y a de la rupture avec des choses très différentes, ça se termine par du gros rock’n roll et pourtant avant y a un moment où t’es complètement à poil avec des guitares. Ça démarre de manière complètement innocente d’un petit garçon qui chante, un peu comptine. Il se passe pas mal de trucs et le fait de faire cette question/réponse en chorale marche bien, ça surprend les gens. (A Léo) Toi t’aimes bien le jouer ?

Léo : ouais j’aime bien c’est un des morceaux qui a été le plus compliqué à faire rentrer. Parce qu’effectivement il y a beaucoup de parties, y a beaucoup de pêche…

 

La démo dont il parle, toi tu n’étais pas encore là ?

Léo : Non, l’album était enregistré moi j’ai écouté ça et je l’ai trouvé vraiment cool. Mais c’est une de celles qui m’ont posé le plus de problèmes.

Thomas : tu l’as eue quand même vite fait dans les pattes. Finalement quand on l’a jouée ensemble dès les premiers concerts pour toi, c’était déjà dans la setlist. Si t’en avais chié, on l’aurait peut-être évitée.

 

Mais j’ai le sentiment que c’est aussi beaucoup en feeling ce morceau. Effectivement y a pas mal d’idées et une certaine exigence mais ça coule de source la façon dont il évolue… Quand il te l’a présentée initialement, elle était écrite quasiment à 100% ?

Thomas : Il y avait vraiment une bonne grosse partie de la chanson, si c’est pas tout. Mais oui ça s’enchaine très bien et naturellement, y a de l’évidence pop derrière. Lui tu lui en parles et les gens le complimentent il dit ‘ouais mais attends ça a déjà été fait’. Non ça a pas été fait, mais c’est avec des accords où… Naturellement ton oreille attend ça ou ton coeur, ton esprit, va dans une direction et lui ça l’inspirait d’aller vers une autre partie tout en restant dans la même tonalité. C’est ça qui est cool, et ça veut probablement dire que c’est bien écrit.

 

L’exigence dont tu parlais c’est aussi lié à ce studio que vous avez pu vous payer (le Kerwax Studio), vous vous êtes dit ‘on peut pas se reposer sur nos lauriers, faut qu’on repousse nos limites’ ?

Thomas : si on avait enregistré différemment, ça aurait été probablement beaucoup plus facile. Là quand t’enregistres sur bande, tu peux pas faire des coupes et te dire ‘ah tiens je vais refaire ce bout-là qui est pas bien’, ou même corriger la hauteur, certains le font. Telle syllabe mal chantée ‘hop on corrige la hauteur’. Non là faut faire une bonne prise directos.

Léo : on l’a fait deux, trois fois sur le dernier album.

Thomas : mais là « Rainy Day » on a passé du temps parce que tout le monde n’est pas des grands chanteurs et d’être ultra ultra juste c’est exigeant. La voix c’est pas comme un clavier ou une guitare, t’appuies pas sur une touche.

Léo : et des fois ça déraille…

 

Et finalement les paroles du refrain pourraient presque définir à elles seules votre musique (« i’m turning a rainy day into a beautiful one »). Le côté très feel good music.

Thomas : ouais c’est pas faux. Je pense qu’on est des gens assez positifs. On aime bien le fun, moi je me retrouve complètement dans cet esprit. Quand ça va mal on peut toujours trouver un truc qui va mieux dans notre vie et on peut se convaincre soi-même que finalement ça va. Allez j’y vais, je fais l’effort, je regarde les gens, je leur fais des sourires même si à l’intérieur ça va pas bien. A un moment ça va revenir vers toi et tu vas être content donc si on arrive à faire ça aux gens, à leur foutre la banane en jouant de la musique, tant mieux ! A plusieurs reprises ça s’est passé.


4 – Slow Down (Slow Down – 2017)

Il y avait déjà des cuivres par moments dans les disques précédents mais là intro piano, les gros cuivres derrière et ce côté très langoureux mid-tempo qui n’est pas forcément ce qu’on avait l’habitude d’entendre. Et les guitares mènent beaucoup moins la danse qu’auparavant.

Thomas : Le piano, la basse, la batterie !

Léo : c’était l’objectif de faire un morceau tout en silences, plus nuancé… Ça c’est une contribution de Wenceslas.

 

Je vais peut-être réussir à en trouver une de l’un de vous !

Léo : de moi sûrement pas.

Thomas : la première que tu as mentionnée c’était de moi et c’est probablement la moins intéressante des Madcaps ! (rires)

 

Mais c’était vos débuts !

Thomas : oui, il faut bien démarrer !

 

Et puis elle a compté.

Thomas : oui, bien sûr.

Léo : pour en revenir à « Slow Down » ça doit être la deuxième ou troisième que Wenc’ a mis sur le tapis et ça nous a botté d’entrée de jeu que Bastien soit au piano. Le texte a été écrit par Wenc’ et c’est Thomas qui le chante donc ça a pris du temps à se mettre en place.

Thomas : et il y a une étape intermédiaire. A un moment donné en répète il avait balancé un petit truc, je lui dis ‘c’est vachement bien, qu’est ce que c’est que ce truc ?’ et je lui en ai parlé pendant plusieurs semaines en voiture quand on était en tournée ‘olala c’est Screaming Jay Hawkins, c’est trop bien ! Il faut y aller.

Léo : il avait dû le jouer parce que dans notre local on a un piano droit, donc ça arrive quand on a rien à faire que l’un de nous se mette au piano et c’est pas impossible qu’il ait fait tourner ce petit riff, ensuite chacun notre tour on essaie des trucs et on se dit ‘tiens c’est bien ça, faut en faire quelque chose’.

 

Donc ça s’est fait très spontanément avec chacun qui y a apporté sa petite touche.

Léo : c’est ça, exactement.

Thomas : ça s’est beaucoup fait comme ça sur le dernier disque, une bonne grosse moitié des morceaux c’est vraiment un effort collectif, chacun apporte sa patte. C’est vraiment l’album d’un groupe et pas une personne avec des musiciens. Je me souviens vachement bien du moment où il a réussi à arrêter cette chanson et en disant ‘ça y est je l’ai est écrite’, et il est allé en studio pour enregistrer une maquette, je suis arrivé en fin de journée pour l’écouter et je l’ai trouvé trop bien. Après on est allé chez mes parents, on a bu des coups. Il m’a appris la chanson, je me suis entrainé à la chanter et c’était pas facile…

 

J’allais y venir, tu t’es pas mal lâché vocalement là-dessus.

Thomas : ça a pris du temps parce que moi c’est un exercice que j’avais encore jamais fait. Quelqu’un qui écrit une chanson, il avait enregistré la démo où il chantait et il se sentait pas tant que ça donc j’ai dit ‘ok j’y vais’ mais c’est un peu comme rentrer dans les chaussures de quelqu’un d’autre. Il a décidé de placer l’accent à tel endroit, y a des trucs qui m’étaient pas du tout naturels. Aujourd’hui ça l’est mais il y a eu du taf.

Léo : oui c’est une chanson qu’on a beaucoup travaillée en répète.

Thomas : on l’avait jamais faite avant en concert. Moi j’aime bien qu’un morceau ait plein de vie, il a la vie chez toi dans ton salon, après au local avec tes potes ça devient encore un autre truc. En concert c’est encore autre chose et si tu l’enregistres après tout ça, t’as un morceau qui est vraiment à un certain niveau d’évolution et c’est un travail collectif. Ça bénéficie des concerts, de l’énergie, tout ça. C’est vachement bien de l’enregistrer à un moment un peu neuf, un peu fébrile où il devient autre chose par la suite.

 

Et ce final est assez particulier, ça part en blues rock’n roll 50s.

Léo : ouais, on a essayé de faire en sorte que ce soit pas trop blues à papa mais la partie le veut donc il faut le jouer comme ça. Et les cuivres sont arrivées après.

Thomas : ça donne une autre couleur au morceau.

Léo : oui une autre teinte parce que sans cuivres ça sonne rock couillu.

Thomas : sur le pont, le passage de trombone qui s’étire et la trompette c’est très New Orleans. Tu te dis ‘tiens y a des funérailles à côté’ t’entends à la fois ce côté mélancolique et fête en même temps. Quand j’ai entendu ça je me suis dit ‘mais c’est géniaaaal’ !

 

Y a pas eu un voyage à la Nouvelle-Orléans peu de temps avant ? Ou quelque chose qui aurait pu déclencher cette envie soudaine ?

Thomas : on a ptet pas mal regardé la série Treme (rires).

Léo : y a pas eu de voyage initiatique en tout cas.


5 – Le Passe-Muraille (Slow Down – 2017)

Celui-là c’est toi qui l’a écrit Thomas !

Thomas : oui !

 

Il est tiré d’un bouquin de Marcel Aymé, un livre qui t’a beaucoup marqué j’imagine ?

Thomas : beaucoup marqué, je sais pas si le terme est adéquat. C’est un bouquin que j’aime beaucoup, que ma grand-mère m’avait offert quand j’étais tout gamin, l’histoire était un peu coincée dans ma tête mais je crois que j’aimais bien l’idée qu’un type traverse la murs. C’est il y a quelques années, quand j’ai déménagé, j’ai remis les bouquins sur mes étagères et je l’ai relu et c’est brillant, écrit avec tellement de finesse. C’est drôle, intelligent dans l’écriture tout en mettant un peu de mesquinerie derrière. Il était taquin Marcel Aymé il y a de la critique derrière. J’aime beaucoup l’histoire, c’est un truc que je lis tous les ans, que j’aime bien lire à haute voix à qui veut bien l’entendre. Il n’y a que 8 pages, ça se lit très vite en 10 minutes c’est réglé. Et je me suis dit ‘si je l’aime tant que ça pourquoi j’en ferais pas une chanson’ et ça a pas été facile parce que 8 pages ça parait court mais il se passe beaucoup de choses. C’était pas évident de caler toute l’histoire, je me suis bien débrouillé pour caler tous les couplets et au bout de 4 je me suis dit ‘je vais pas faire 5 couplets’. Chaque couplet fait quasiment une minute, y a pas vraiment de refrain. J’ai un peu coincé la fin dans le dernier couplet, ça s’accélère. Et ça fait aborder le chant d’une manière différente parce que c’est pas très chanté.

 

Oui, tu parles plus que tu ne chantes. Comme si tu nous racontais l’histoire finalement.

Thomas : C’est ça. Tout à fait. Je voulais le faire depuis un bout de temps, comme Gainsbourg pouvait le faire. Le spoken word comme disent les professionnels.

 

Et c’est la première fois que tu t’inspires d’un livre ou d’une oeuvre pour un morceau ?

Thomas : Je crois bien… En tous les cas, pour le coup, j’ai absolument rien inventé si ce n’est de contenir l’histoire en quelques couplets, en anglais. Sinon l’histoire est bien de Marcel Aymé c’est sûr.

 

Léo, tu l’as lu du coup ? 

Léo : non je l’ai pas lu. Mauvais élève…

 

Je pensais que Thomas le distribuait pour que chacun se l’approprie !

Léo : non, en plus il l’a amené en tournée.

Thomas : j’ai proposé de le lire, ils voulaient pas l’entendre. Pourtant, je le lis très bien à force de l’avoir fait ! Je me souviens d’une fois à 2 ou 3h du mat’ je vous l’avais raconté…

Léo : oui c’est vrai.

 

Maintenant il t’a spoilé donc t’as plus envie.

Léo : non mais y a surement plus de détails dans la nouvelle, il va falloir que je la lise.

Thomas : et c’est surtout bien écrit !

 

Il n’y a pas de vraies citations dans le titre, c’est avec tes mots ?

Thomas : (il réfléchit) est-ce qu’il y a des trucs que j’ai pris textuellement ? Je suis pas sûr. Je ne crois pas. Peut-être qu’inconsciemment je l’ai fait…







5 disques 

J’ai pris les 4 derniers disques que j’ai achetés plus celui de copains à nous.

 

1 – The Paperhead – Chew (Trouble In Mind, 2017)

 

Thomas : C’est un groupe de Nashville, c’est leur 4e album, me semble-t-il. Ils ont démarré complètement psychés et depuis deux albums ils sont dans une pop un peu comme pouvaient le faire les Beatles période Revolver. Il y a plein d’arrangements, des flûtes traversières, des claviers. C’est très pop, très belles mélodies, des gens qui savent écrire des chansons.

C’est un album qui est moins immédiat que leur précédent qui s’appelait Africa Avenue que j’ai écouté, ré-écouté, que j’ai offert à je ne sais pas combien de personnes. Celui-ci je dois en être à la 10e écoute et il commence à se passer un nouveau truc, je me dis « humm… »

Léo : ah ouais, 10e quand même !

 

Oui pour un groupe pop, 10 écoutes c’est beaucoup !

Léo : oui c’est beaucoup. Pour saisir la quintessence du truc (rires).

Thomas : non mais il s’est passé un truc. Je l’ai aussi laissé de côté, j’avais eu la primeur de l’écoute sur internet 3 ou 4 mois avant et là il vient de sortir donc je l’ai acheté et je me dis « aaah c’est quand même vraiment bien. »

 

 

2 – Gloria – In Excelsis Stereo (Howlin Banana, 2016)

Thomas : Des gens de Lyon qui sont sur le même label que nous.

Léo : c’est des potes.

Thomas : c’est devenu des copains parce qu’on a fait une soirée ensemble où on a partagé l’affiche. C’est des chouettes gens. On a bien rigolé et on a eu plein de discussions très intéressantes. Je crois que tout le monde a discuté avec tout le monde. A un moment donné, t’avais un moment privilégié avec une des personnes c’était bien.

Léo : et c’est assez rare finalement.

Thomas : oui surtout dans des concerts où tout est un peu fugace. Donc ils jouent dans un peu dans le même registre que nous. En tout cas ils aiment bien le même genre de musique que nous. Ils aiment la musique afro américaine, la musique pop. Et on l’aborde probablement de manière différente et ils sont aussi bien fan des années 60 comme nous.

 

C’est pas que des filles ?

Thomas : c’est trois filles au chant et trois garçons à la musique.

 

Et ils n’ont pas fait la première partie des Woods fin mars à la maroquinerie ?

Thomas : ah j’ai vu un truc comme ça passer. C’était Woods ? Un peu surprenant comme mélange mais pourquoi pas.

 

De la musique ensoleillée dirons-nous, ça collait plutôt pas mal (même si je n’ai vu qu’un morceau de Gloria…).

Thomas : oui c’est des chansons pop. Avec trois filles qui chantent en harmonisant, dont une au piano.

 

C’est fréquent que vous découvriez des trucs via le label ? 

Thomas : par le label pas tant que ça parce que c’est quand même beaucoup des copains de Rennes. 80% des gens de ce label sont de Rennes donc on les connaissait avant.

Léo : par contre on découvre souvent des groupes en tournée, en étant hébergés par des musiciens qui ont eux aussi des groupes. Tu finis par écouter leur son ou ils te filent des CD et t’essaies de filer des coups de pouce quand eux viennent en Bretagne.

 

C’est très cool comme moyen à une époque où tu peux tout découvrir en deux clics sur internet.

Thomas : absolument !

 

Faudra que je réécoute Gloria.

Thomas : il y a de très belles chansons, c’est très bien arrangé et ça sonne pas mal.

 

 

3 – Cannibale – No Mercy For Love (Born Bad, 2016) 

Thomas : C’est français je sais plus d’où ils viennent (de Normandie, ndr) c’est des gens qui ont déjà du faire de la musique y a un peu plus longtemps. Peut-être que maintenant ils ont plus à s’occuper de leurs enfants – ou un peu moins – et ils se sont dit « tiens on va refaire un groupe ». C’est la dernière sortie Born Bad et c’est bien le label sort des trucs là où tu les attends pas forcément. C’est un peu garage dans une certaine esthétique – on fait de la musique comme on l’entend, y a un peu de rock’n roll dedans – mais pas tant que ça. Y a surtout une manière un peu surprenante, pas attendue, de faire sonner la rythmique. Pas mal de rythmiques caribéennes ou africaines, un mélange assez exotique et en même temps rock’n roll. Je l’ai pas encore beaucoup écouté mais ça m’a bien plu.

 

Tu les as vus sur scène déjà ?

Thomas : Pas du tout non c’est un truc que je viens d’acheter je l’ai écouté ptet deux fois. J’ai pas eu le temps de choisir j’ai pris vraiment les 5 disques que je viens d’acheter.

 

Donc c’est des disques qui t’ont pas du tout marqués ! (rires)

Thomas : non ! Juste les derniers achetés. Allez suivant !

 

 

4 – Juniore – Ouh Là Là (2016, Le Phonographe)

Thomas : Un groupe parisien qui aime beaucoup Françoise Hardy, avec trois filles dedans. Je les suis depuis une année, on a joué une fois ensemble. Elles commencent à pas mal faire parler d’elle, y a de très très belles chansons. La fille qui chante a une très jolie voix, j’aime vraiment comment elle écrit. Elle arrive à écrire avec des mots simples, tout en faisant preuve d’une certaine aisance dans le maniement des mots et d’amener des images qui te parlent ou d’utiliser des expressions cool comme « eau de boudin », tout en le faisant sonner de manière poétique. Plutôt le côté 60s mélancolique français. Mais mélancolique gai !

 

 

 

 

5 – King Gizzard & The Lizard Wizard – Flying Microtonal Banana (Heavenly, 2017)

Les plus prolifiques de la planète !

 

Le premier des 5 volumes de cette année !

Thomas : Oui, c’est ça ! Les mecs n’avaient sorti qu’un album l’année dernière mais c’est parce qu’ils en avaient enregistré 5 qu’ils vont sortir tous les deux mois. Et moi je trouve que c’est un groupe ultra respectable, tout ce qui est sorti ces dernières années, y a un concept derrière à chaque fois en plus. Ils mettent la barre haut. L’album précédent, Nonagon Infinity, tu peux écouter l’album en boucle. T’arrives à la fin et tu vois pas de transition. Ça marche pas sur une platine vinyle, mais sur CD oui.

 

Et c’était un peu le même délire sur I’m In Your Mind Fuzz.

Thomas : y avait 5 morceaux qui s’enchainaient. Ça c’est quand même méga cool. Moi la première fois que j’ai vu des lives d’eux en vidéo « ouaaah ».

Léo : tu te prends 25 minutes de musique dans la gueule non stop.

 

Oui, vaut mieux être assez carré.

Thomas : ça tourne en même temps. Et ils ont clippé entièrement Nonagon Infinity et fait un film qui raconte une histoire. Les mecs, quand est-ce que vous arrivez à écrire des chansons ?? Et là ils se sont dit « tiens on va faire autre chose, les gammes occidentales c’est un peu trop restreint. On va modifier nous-mêmes et on va aller dans les quarts de tons plutôt que les demis. »

 

Et aller dans le désert avec des instruments d’un autre temps. Ça m’a rappelé un peu ce qu’avait fait Led Zep avec son album No Quarter.

Léo : oui exactement !

 

C’est ton préféré d’eux Thomas ?

Thomas : non mais je trouve que c’est un très bon disque. Au départ, je me disais « bon les gammes orientales, pourquoi pas mais ça s’entend pas tant que ça. » Après moi j’aime bien tout ce qui est raconté derrière, si vous avez le temps ça vaut son petit détour. En disant qu’on a été brimés, qu’on nous force à concevoir des choses harmoniques comme ça. Alors qu’il y a plein de façon de concevoir l’harmonique, telle culture te dit « tiens ça va ensemble et c’est beau » mais d’autres vont trouver que d’autres choses se mélangent bien et nous on dirait « ba non c’est faux, qu’est-ce que c’est que ça ? ». Eux se disent qu’il faut arrêter de voir la musique comme ça, que tout n’est pas binaire, qu’on peut tout découper. On est dans un truc ultra simpliste, la pop music c’est 1-2-3-4 avec toujours les mêmes notes qui vont ensemble. Eux ne sont pas là-dedans, en tout cas pas en ce moment. Un peu quand même remarque parce que sur la tournée de promotion de ce disque ils jouent deux concerts : un concert microtonal et un « classique » de King Gizzard.

 

Normal. (rires)

Thomas : ba oui !

 

Entretien réalisé par JL

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