5 chansons, 5 disques par James Delleck

Publié par le 7 mars 2017 dans 5 chansons, 5 disques, Interviews, Notre Sélection, Toutes les interviews | 0 commentaire

Dans le paysage du hip hop français, il y a peu d’artistes aussi atypiques que James Delleck. Ayant fait ses classes au milieu de la scène rap des années 90, le MC est principalement assimilé au mouvement dit alternatif qui a remué dans les années 2000 un genre musical qui commençait à s’enfermer dans un conformisme désolant. C’est à la table d’un bistrot parisien que nous avons pu le rencontrer pour parler de 5 de ses chansons et de 5 de ses albums préférés. Tellement atypique, d’ailleurs, qu’il nous en a proposé 6 !

 

5 Chansons

 

1-Ne Sois Pas Triste (L’Atelier – Buffet Des Anciens Élèves – 2003)

J’ai un peu hésité pour choisir un morceau du disque plutôt qu’un autre.

Sur L’Atelier, y a des histoires. Tu tombes pile sur le truc que pas grand monde connait puisqu’on nous a pas forcément demandé, on n’a pas spécialement communiqué là-dessus. En tout cas, en faisant l’album on s’est donné une espèce de dogme avant de commencer. On essayait de ne pas savoir ce qu’on allait faire en se voyant, et le lendemain matin il fallait qu’il y ait un morceau. C’est pour ça que ça s’appelle « L’Atelier ». On a vraiment pensé ça comme un atelier d’écriture, on a même des fois pris des bouquins, fait de l’écriture automatique… Il y a aussi des morceaux qui ont des sons pourris, une game boy, il y en qui sont plus ou moins produits. En tout cas, la règle était qu’on se voyait le soir chez Para One, on savait pas sur quoi on allait écrire, que ce soit en terme de musique ou en terme de thème et le lendemain matin, il y avait un morceau.

C’est ce qui donne une fraicheur à cet album-là. Sur certains titres, il y en a un qui s’en sort mieux que les autres parce qu’il était moins fatigué, plus engagé, plus inspiré, et du coup je trouve que ça donne quelque chose d’assez brut, d’assez rough. Et de plus touchant, justement grâce aux imperfections qu’il pouvait y avoir.

La blague, c’est qu’une fois qu’on les a enregistrés, on ne les a pas réécoutés jusqu’à la sortie du disque. On n’a fait aucune reprise, aucune retouche.

 

Même pour la production ?

Il y avait du taf de production à partir du moment où il y avait un travail sur les instrus. Celui qui s’en chargeait faisait une première trame puis réécoutait, évidemment. Mais pour les voix, c’était one-shot. Et on n’a pas réécouté avant que le disque ne parte. Les trois à être aux manettes, c’était Para, Tacteel et moi, mais surtout Para et moi pour les sessions, puisqu’on enregistrait des trucs chez lui et des trucs chez moi. Là, j’avais le loisir de réécouter puisque je mixais, mais sans rien retoucher.

Il y a de petites anecdotes cools, par exemple, le morceau « Epiderme Skit » qui n’est pas vraiment un morceau – enfin, on l’assume comme tel puisqu’il est sorti – ce titre est construit avec ce qu’on se disait entre les prises. C’était les chutes, où on se disait « tu t’entends – ouais, je m’entends », ce genre de choses, et à un moment Tekila (NDR : Tex) dit « Il y a des trous dans les murs » c’est qu’en fait dans ma chambre j’avais fait des trous pour faire passer les fils du micro et faire une espèce de cabine. Il avait vu le trou en bas par lequel passait le câble.

 

Il y a des trucs dont tu es particulièrement fier ou que tu regrettes de ne pas avoir retouché ?

En fait, il y a des caps. Je pense que maintenant avec l’âge et la bouteille, je me dis que c’est très très bien qu’on n’ait rien retouché. Mais dans les 5 ans qui ont suivi la sortie de l’album, tu te poses toujours des questions, tu as même presque du mal à l’écouter, en te disant « on aurait dû refaire ça ». Maintenant, je suis assez apaisé avec tout ça.

 

Les thèmes étaient complètement improvisés ?

C’était du grand n’importe quoi. « Improvisé », c’est un joli mot pour dire à quel point c’était n’importe quoi ! « Le Fête De La Musique », c’était le jour de la fête de la musique, donc voilà. Il n’y avait aucune thématique forte. Même pas de leader. Je ne sais même pas qui a eu l’idée de ça. C’est venu comme ça, de la façon la plus débile possible.

 

J’avoue que j’ai hésité entre celui-là et « La Ville En Juin » dont le texte se répond.

Le passage de Cyanure, ouais. C’est parce qu’il avait pas écrit, qu’il est arrivé en retard et qu’il a écouté ce qu’on avait fait. Du coup, il a pu piocher dedans. Et il avait peu de temps.

Au moment où on posait, on avait une grande thématique et chacun l’aborde comme il veut dans son coin. La seule chose qu’on pouvait faire, c’était de se dire qu’au lieu de se faire des 16 mesures, on ferait 2 fois 8, on les mettait où on voulait et ça permettait de pouvoir nous enchainer différemment. Mais on se tirait un peu la bourre entre nous, on se demandait « t’as un bon truc ? Est-ce que c’est technique ? Est-ce que t’as une bonne punchline ?« , etc. Et à chaque fois on était mort de rire, on se tapait dans la main… C’était bon enfant.

 

Ça a découlé de ce que vous faisiez déjà à la radio?

Là, c’était la suite. La première collaboration avec Tekila, cétait sur la mixtape L’Antre De La Folie, et on avait décidé de faire un réel album à ce moment-là, ce qui a donné L’Atelier. Je découvre Fuzati à cette époque, sur L’Antre De La Folie, c’est une de ses premières apparitions. Teki me dis « tiens, j’ai un mec chelou à te présenter » et c’est à partir de là qu’on est devenu potes et qu’on a eu envie de faire des choses ensemble, en l’occurrence tous les trois avec Cyanure, Tacteel (NdR : d’ATK) et Para One (NdR : DJ de TTC). C’est une suite logique. C’est plus des gens de la mixtape qui ont décidé de faire un album, mais en aucun cas un groupe. Il n’y a jamais de scène, de répèt’, de tournée… C’était pas pour être défendu sur scène.

 

C’est resté confidentiel.

Ouais, mais on avait eu pas mal de retombées, à l’époque. Mais aucune scène. Et même pour la communication, on avait fait un peu à l’américaine, c’est à dire trois jours médias où on avait donné toutes les interviews et on a arrêté d’en parler. On voulait quelque chose qui ne nous embarrasse pas, puisqu’en parallèle de ça, chacun préparait ses trucs tout seul. Y avait du Gravité Zéro pour moi, du TTC pour Tekila, Fuz démarchait pour ce qui allait devenir Vive La Vie…

 

Il y a un passage sur ce morceau où l’instru introduit vraiment ta voix, vous avez choisi vos passages ?

Cette instru est de moi, elle est très décousue, c’est un peu comme s’il y avait 2 instrus qui s’enchainaient. Chacun pouvait dire s’il se sentait de placer à tel ou tel moment. Quand c’était moi, il fallait que je rattrape le fil puisque j’écrivais et je faisais la prod, un peu avec eux d’ailleurs, même si j’avais des trames. Après, je retouchais un peu.

 

Le texte, c’était donc de l’écriture libre.

Complètement, le but c’était de moins penser! (Rires) Enfin, d’avoir le moins de rails possible, de pas tomber dans des trucs qu’on pouvait avoir déjà fait.

 

Et ce message anti-médias, ça avait un vrai sens ?

Ça c’était nos petites revendications qu’on pouvait avoir derrière la tête. C’est pas complètement anodin non plus, mais simplement parce que tu peux pas complètement te déconnecter. Sinon, ça s’appelle de la méditation pure, et nous on est conscients au moment où on l’écrit, donc il y a forcément des trucs qui te viennent. Et c’était peut-être ce qu’on avait envie de dire à ce moment-là. Et on avait aussi des magazines qui étaient là, des fois on les lisait et on ressortait des trucs.

 

Par exemple, le « Marie-Christine d’Annecy » peut venir de là ?

Par exemple. J’ai pas du tout d’histoire là-dessus, mais ça peut ressembler à ça.

C’est surtout qu’on l’a fait au mois de juin… c’est des morceaux qui sont ancrés dans le temps, c’est allé très vite, ça s’est étalé sur un mois et demi, peut-être, et c’était très décousu.

 

2 – Spectres du bitume – Le Système B (Spectres du bitume – Spectres du bitume – 2006) 

(En écoute ici, c’est la 5 !)
 
Oh putain ! (rires)

 

Ce disque m’a beaucoup fait rire.

C’est pas un disque, hein ! C’est un site internet. Ultra-confidentiel pour le coup.

 

C’est une blague…

Complètement, ouais!

 

… mais ce qui m’a fait halluciner, c’est que si tu présentes ça comme un album rap hardcore estampillé Skyrock, c’est crédible.

À l’époque, ouais. Maintenant, ça a changé, vieilli, évolué. Les codes sont différents. À cette époque-là, ça nous a bien fait marrer. En fait, on nous opposait constamment à ça. Systématiquement. C’était tellement chiant ! D’une, on ne demandait rien à personne, on n’avait rien contre les mecs qui faisaient ça, mais on nous y opposait quand même. Et de deux, on avait aussi cette prétention de dire « putain, c’est tellement facile, votre histoire » donc on trouvait ça rigolo de le faire.

 

On vous opposait en disant que c’était une bonne chose de faire ce que vous faisiez en comparaison au reste ?

Pas vraiment, c’était le fameux mot « alternatif », comme si ça, c’était la façon de faire normale, et nous c’était alternatif. On n’a jamais été à l’aise avec ça.

 

Vous n’avez jamais cherché à faire différemment juste pour la différence ?

Non, c’était assez naturel. Il y a peut-être des moments où on a tenté des choses en se disant que ça n’avait pas été fait, en poussant un peu dans une démarche moins « honnête », du genre « ça a pas été fait? On le fait ! » Je pense bizarrement à un truc dont tu m’as pas parlé, sur Acouphènes, le fait de rapper sur du piano-voix, j’étais à ma connaissance le premier à le faire et c’était délibéré. C’était limite dans la malhonnêteté car je voulais faire un truc qui n’avait pas été fait. Pour le reste, on ne s’est pas posé de questions.

 

Ça vous soulait qu’on mette une intention derrière?

Ouais. On s’est peut-être des fois emprisonnés là-dedans, à se mettre de côté, mais pour revenir aux Spectres du Bitume, c’était purement foutage de gueule, pour dire « on peut le faire et vous y verrez que du feu, limite« . Tous les mecs que vous avez détestés, Tekila avec sa voix de Mickey, Fuzati qui est peut-être celui qu’on reconnait le plus mais qui a fait l’effort de se préter au jeu…si tu le sais, tu reconnais, mais si tu sais pas, ça passe. Et Tekila avec l’accent marseillais, c’est là-haut ! Avec tout le concept des blases de rappeurs qu’on a trouvé, et du code couleur qui indique en fait qui fait quoi si tu repères à qui elles correspondent…

 

D’ailleurs, c’est Tekila et toi qui êtes les plus présents.

Ouais, peut-être parce qu’on tirait un peu le truc. Mais c’était une blague ! On a mis peut-être deux weekends à le faire. Ça a été très vite.

 

Et vous avez jamais essayé de le faire passer pour un vrai disque?

Non, là ça aurait été de l’art contemporain! Non, c’était une autre démarche. Et puis on n’avait pas les contacts, c’était beaucoup plus amateur. Mais ça aurait été une douille… ça aurait été magique! Je ne sais pas si ça serait passé, parce qu’on rigolait beaucoup et des fois on abusait. Comme ce morceau sur les tournantes, qui est indécent, imbuvable.

 

Celui que j’ai choisi est crédible dans le propos.

Ouais, la cité, la société, les flics, on a pris toutes les caricatures et on en a fait un album.

 

Qui a fait les voix féminines ?

C’était ma copine de l’époque, je lui avais écrit et prédécoupé les textes, et elle a rappé par-dessus.

 

3 – 15 ans (Le Cri Du Papillon – 2007)

C’est un morceau intime ou une histoire racontée ?

J’espère que c’est intime dans le sens où il y a de la proximité, mais évidemment que ce n’est pas moi puisque je suis vivant, et je n’ai pas perdu mon frère. Mais c’est une histoire qui m’a été racontée et que je trouvais tellement folle… des fois, tu vois des téléfilms ou des films, et tu te rends compte que ça existe dans la vie réelle.

Ma compagne de l’époque avait perdu son frère quand il avait 15 ans, et c’est ce qui m’avait inspiré le récit. Et j’aime bien raconter des histoires avec un œil de réalisateur, là ça a vraiment compté pour moi, c’était très cinématographique.

 

Ce n’est pas ton seul morceau comme ça.

Ouais, je pense. Il y a un côté un peu court-métrage. C’est des histoires, quoi, avec une introduction, un déroulé et une chute à la fin. C’est construit comme un petit court-métrage, ouais. Celui-là n’échappe pas vraiment à la règle, avec son dénouement tragique. Il est tellement tragique qu’il peut paraître cheap, mais il l’est pas parce que c’est une histoire vraie.

 

C’est pas volontairement larmoyant.

C’est tellement vrai ! Tu ne peux pas me dire que j’ai été trop loin, je t’ai juste raconté l’histoire.

 

La prod change de tes morceaux plus péchus.

C’est plus orchestré, ouais. Et mélancolique. Là où j’ai eu de la chance, en tout cas, c’est que cet album est sorti chez Tôt Ou Tard, qui est un label de chanson française. Il y avait un groupe avec deux musiciens géniaux, Bumcello, qui sont en fait deux musiciens qui tournent avec M, le violoncelliste Vincent Ségal et le batteur Cyril Atef. Le label me les avait présenté en me disant « c’est des mecs mortels, qui font le tour du monde, si tu les veux, vas-y » et j’avais vachement connecté avec eux. Donc, sur l’album, il y a de l’orchestration et pas que de la prod électronique.

 

Tu t’en es occupé ou juste de la prod ?

J’ai fait la réal. Même si je lis pas la musique, j’avais assez de bases pour dire ce que je voulais. Et eux t’amènent, aussi, sans dire rien du tout. La chance, quand tu travailles avec des gens talentueux, c’est que tu n’as pas besoin de beaucoup parler ou expliquer. C’est un luxe total ! Quelqu’un qui est plus bancal, tu vas avoir beaucoup, beaucoup d’échanges. Ça va être plus galère, tu es obligé de tirer, il y a de la négociation… pas trop avec les gens talentueux car même si tu n’y penses pas avant, leur proposition est belle.

 

J’aime beaucoup le titre et la pochette de l’album.

La pochette, c’était n’importe quoi ! C’est un truc que j’assume pas trop, parce que je me suis fait avoir par un mec. J’avais pas ça en tête, et au fil du temps, y a eu ces négociations et tout. Et c’était des mecs qui étaient un peu connus. Ils ne m’ont pas trop laissé le choix. Du coup, c’est une pochette qui a couté une blinde pour rien. Franchement. Avec des studios de malade, des maquilleuses, des lumières. Dans le studio, on aurait pu faire des clips débiles. Je regrette, et je vois un peu le luxe, le cocon dans lequel je pouvais être, genre label qui a un peu de sous. C’était du gâchis.

Le titre, je l’amène, par contre. J’assume pas particulièrement le visuel, mais complètement le titre et l’univers. Ce côté surréaliste, qu’on avait déjà dans L’Atelier, par exemple, où on a beaucoup fait de cadavres exquis.

En tout cas, cet album est le moment où j’ai commencé à concevoir mes morceaux comme de vraies chansons. Arrêtons de galvauder les mots avec « prod », « beatmaker », mes couilles. Là, la démarche était de faire des chansons rappées. Avant, c’était pas aussi assumé. Là, à chaque mouvement du texte, la musique évolue en conséquence. Surtout qu’à l’époque, les prods hip-hop étaient calquées, n’importe quel MC pouvait rapper sur n’importe quelle prod. Mon côté « punk » était là-dedans, c’était pas forcément de se raser la tête et faire un morceau inaudible. Être alternatif, c’est pas ça, c’est trouver des axes qui n’ont pas encore été fouillés.

 

En fait, c’est le moment où tu commences à assumer d’être alternatif ?

Ouais, parce qu’il y a une vraie démarche personnelle là-dedans.

 

4 – Dieu Est Un Chanteur De Pop (L’Impoli – 2011)

Justement, c’est une chanson, même plus tellement rappée.

Non, elle est chantonnée. Une fois que tu as l’impression d’avoir fait beaucoup de choses en terme de flow, tu te demandes ce qu’il y a derrière. Et au bout du compte, tu retombes sur de la simplicité. Comme le peintre qui va épurer son trait.

 

C’était plus facile ou tellement pas ton habitude que c’était compliqué ?

C’était pas mon habitude, c’était me mettre en danger parce que je ne suis pas chanteur, et puis c’est encore une fois quelque chose de conceptuel. C’est une œuvre globale, ça fait prétentieux mais ce que je veux dire, c’est que je pense le morceau avant même qu’il y ait une note de composée, je sais ce que je veux faire. Sur un papier, j’ai un cahier des charges, je sais ce que je veux en terme de rythmique, d’instrumentation, de prod. Là, j’en ai mis un peu avec la guitare sèche car j’assumais pas le côté complètement acoustique, j’ai chantonné pour trouver le refrain. Pour ce que j’allais raconter là-dessus, je me suis dit « imagine un mec qui fait son complexe d’œdipe, mais le mec c’est le Christ. » C’est ça, ma base. Le Christ, qui est censé être le fils de Dieu, lui disant « vas-y, dégage ! » C’est un peu ça, l’idée. C’est pas vraiment ce que c’est devenu, c’est devenu une espèce de petite bulle.

 

À la limite, c’est le thème qu’on retrouve sur « Totem Et Tabou », non ?

Exactement. C’est exactement la même thématique. J’adore les contraintes, et c’est comme si j’avais donné à deux réals le même thème. Regarde, une série géniale, Black Mirror, ils ont un thème général et chacun crée son épisode autour de ça. Là, tu as juste le même thème, mais tu peux le décliner en mille morceaux différents. Tu as un thème récurrent depuis que l’homme existe, l’amour, et tout le monde le décline de façon plus ou moins intelligente, brutale, mélancolique, vive, sexuelle, qu’importe. J’ai pas de scrupule à aborder plusieurs fois le même thème, peut-être que je l’aborderai encore, à la limite, avec un autre axe.

 

C’est ton point de vue théologique personnel ou juste un travail d’écriture ?

« Théologique »… on peut pas dire que je suis quelqu’un de très religieux, c’est sûr. Ce qui est rigolo, c’est de jouer avec les codes. Le côté œdipien, tuer le père, ça c’est personnel. C’est ça qui m’intéresse le plus. À l’époque, je me renseignais sur pas mal de trucs freudiens et ça me parlait. Ça m’a donné envie d’aborder le truc de façon psychologique ou psychanalytique, mais c’était trop intellectuel, c’était pas fun. Le faire du point de vue du fils de Dieu, c’était un foutage de gueule assez cool.

J’assume totalement le morceau. On a pu me le reprocher pour son côté complètement pop, ça a déstabilisé des gens, mais c’est un chouette titre.

 

Pourquoi avoir pris Gérard Baste (NdR : des Svinkels) en Dieu?

C’est juste pour la blague, et puis c’est un peu l’anti-dieu. Encore une fois, jouer avec les codes, c’est un plaisir. Et lui l’a fait sans souci, il a complètement compris le truc.

 

Tu cites Lennon comme référence pop insurpassable. C’est ce que tu penses?

Nan, c’est juste peut-être le mec le plus connu qui a popularisé la musique pop. Et puis, c’était une pop artistique. Les Beatles, putain sa mère ! C’est énorme comme influence. Beaucoup plus que James Blunt ! S’il fallait être un peu plus provocateur. Là, c’est un gros morceau.

 

En même temps, si tu avais mis James Blunt, c’était hyper provocateur.

Ouais, mais c’était moins marrant parce qu’il était hyper connu à l’époque, on entendait « beautiful it’s true » partout…

 

Et puis dans 5 ans plus personne ne saura qui c’est.

Tant que l’Amour Est Dans Le Pré existe, on pourra encore dire que c’est ce mec-là.

 

 

5 – Nombreux (L’Impoli – 2011)

C’est un morceau bilan ?

Je sais pas. C’est un morceau beaucoup plus technique, clairement, avec malgré tout un quatuor de violons, assez simple, en fait, efficace, et encore un air, toujours dans cette idée d’alliance entre chanson et des couplets rappés, très techniques. Plus classiques, par rapport à ce que j’ai fait, ouais. Au niveau de la forme, c’est ça.

Au niveau du fond, c’est juste mettre en mot ce qu’on est tous, on n’est pas qu’un, quoi. Et puis cette erreur de français me plait, pour moi qui suis un vrai illettré pur, qui sais pas écrire sans faire 4000 fautes d’orthographe, c’est assez marrant encore une fois de détourner les codes. T’imagines que le mec qui est devant toi ne sait pas écrire, il n’a jamais lu de livre de sa vie, et quand on était sur L’Atelier et ce genre de trucs, les Inrocks ou je sais pas quoi nous qualifiait de rap intellectuel, de rap des beaux quartiers. Alors que j’étais de Vitry et que j’avais pas lu un bouquin ! C’est presque jouissif de voir à quel point tu peux flouer ton monde, comme ça, simplement parce que tu utilises trois mots de vocabulaire complexe.

 

C’est des trucs qui se sont beaucoup cristallisés sur TTC ou le Klub des Loosers.

Ouais, alors que j’étais pas du tout dans le mood.

 

Le fait de référencer tes anciens travaux, c’était pourquoi ?

Je comprends, c’est pour ça que tu dis « bilan ». Je crois pas avoir fait ça consciemment. C’était plus pour marquer le fait que « Je suis nombreux » puisque j’ai fait plein de trucs qui sont, pour le coup, assez différents. La chose qui me parait la plus lâche, artistiquement, c’est de refaire un morceau que tu as déjà fait. C’est de s’apercevoir qu’un morceau a marché, que le public peut l’aimer, et de le refaire. C’est le comble de la vulgarité. C’est quasiment toute la carrière d’Assassin, c’est quasiment toute la carrière de NTM, ou Fuzati, refaire tout le temps les mêmes morceaux. C’est fatigant. De pas réussir à créer du neuf. J’appelle ça de la rébellion mondaine.

 

C’est difficile aussi de se détacher de ses habitudes de composition.

C’est difficile, mais en même temps, tu travailles pas à l’usine, pose-toi des questions ! C’est pas si difficile que ça. Ce qui est difficile, c’est la peur de faire autre chose, de se mettre en danger sur un morceau. C’est ça, qui est casse-gueule. Sinon, c’est de la réflexion interne. Faut quand même remettre les choses en place, y a pas de douleur à faire ça, y a juste se prendre la tête à faire des choses qui n’ont pas été faites ou sont personnelles et un tant soit peu artistiques, quoi.

 

 

5 disques

 
 

 
 
 
 
 

1 – Company Flow – Funcrusher Plus (1997)

Rien que la définition est barbare, c’est hip-hop indé fin 90 new yorkais. Donc c’est ciblé dans le temps et dans le lieu. Y a un petit mec qui fait toutes les prods de cet album et qui à côté continue à rapper qui s’appelle El-P, il a maintenant son groupe Run The Jewels. En fait, au moment où nous on avait envie de faire des choses différentes, on tombe sur un groupe qui fait exactement ça. C’est une espèce de réunion complètement mystique où t’écoutes à un instant T la musique que tu veux faire, faite par d’autres.

 

C’est pas en écoutant ça que tu as su ce que tu voulais faire, tu savais déjà et tu t’es rendu compte que c’est ce que Company Flow faisait ?

C’est exactement ça. En fait, on sent trop de choses dans cet album, dans la démarche. On sent qu’ils se sont ennuyés avec du rap conventionnel et qu’ils ont tout envoyé bouler pour faire leur truc. C’est la même démarche qu’on a eu. J’ai connu le rap conventionnel, j’en ai fait aussi, toutes les mixtapes du début à la fin des années 90 qui vendaient 30000, 50000, j’en ai fait beaucoup. Toutes les grosses, les Cut Killer, les Kost, les Poska, j’étais dessus. Je rappais avec mes potes qui allaient devenir X-Men par la suite, Ill et Cassidy, et on faisait toutes les mixtapes. J’ai commencé le rap avec eux, c’est mon cursus. C’est pour ça que ça me fait marrer quand on dit beaux quartiers et tout ça. J’étais complètement dans cette logique containder, battle, t’arrivais avec ton crew, fallait kicker ça, fallait être les meilleurs. Et puis à cette époque-là, y avait pas beaucoup de blancs qui rappaient, donc c’était une manière pour moi de faire ma place, j’étais obligé d’être le meilleur. Au bout de 10 ans à faire ça, j’arrivais au bout et là, c’étaient des mecs qui avaient le même cursus, qui s’ennuyaient vraiment, on a retrouvé ça chez eux. Et puis l’album est mythique, quoi, on aurait voulu le faire, il est trop beau, il est magique ! C’est crade, c’est crasseux, c’est pas dans le temps et ultra technique, ultra bien rappé, c’est un visuel complètement fou… culturellement, il y a quelque chose, il y a une démarche globale, dans cet album. Et j’ai l’habitude de dire que mes deux grosses références, mes idôles, c’est El-P et Redman, voilà.

Redman, c’est un des premiers mecs qui m’a donné envie de rapper. Tout début des années 90, son premier album où il a les deux mains rouges, Whut? Thee Album. Avant, c’était old school, puis il y a eu New York, Redman, Def Squad, Erick Sermon, Das EFX, des mecs qui ont commencé à avoir un flow complètement fou, ils ont fait passer un gap. C’était des gamins, et ils ont tout rendu vieux !

Avant, je faisais un peu DJ, je tagguais un peu, j’étais dans la culture, si tu veux, mais sans savoir quoi faire et quand t’écoutes ça, ado, à 15-17 ans, tu prends une bonne tarte.

 

Maintenant, les ados, c’est plutôt…Booba?

Ils ont d’autres références, ouais. Française, déjà. Alors que nous, il n’y avait pas de rap français, donc il a fallu qu’on fasse un travail sur le texte pour que ça flow, pour qu’il y ait une métrique qui soit adaptée à la langue et audible.

 

Et puis vous compreniez pas forcément le sens. 

Au début, nan. Et même maintenant, de toute façon, donc ça change rien. Justement, parfois c’est intéressant d’avoir ce recul, de percevoir une « bouillie ». Tu vois, en musique, j’écoute plus aucune musique en ayant ce recul, c’est terminé. Je décompose tout, et je sais comment ils ont tout fait, en utilisant tel synthé, tel effet, la basse rentre, c’est acoustique mais c’est traité de telle manière, telle pédale, telle disto, telle reverb, telle automation… c’est très rare que je ne fasse pas ça. C’est un calvaire ! Je n’écoute plus rien avec des oreilles innocentes.

 

Ça te manque?

C’est un truc qui peut me manquer mais dont je peux pas me plaindre, parce que c’est un talent. Enfin, plutôt une caractéristique purement technique. C’est de l’entrainement, c’est en aucun cas un talent mais juste une compétence. Ça se travaille, n’importe qui peut le faire. Mais des fois je me dis que ce serait génial de juste prendre un truc dans la gueule sans rien comprendre. Là, je vois les coulisses tout de suite. Ce qui ne m’empêche pas de kiffer, mais du coup ça fait que je m’intéresse à des albums ou des musiques très exigeants et très bien réalisés au niveau de la prod, quel que soit le style. Il faut que la réal soit très aboutie.

 

Du coup, tu as du mal avec la mode garage/lo-fi?

C’est trop brut. Après, je peux respecter cet aspect, ça donne une touch. Et puis attention, les choses les plus simples sont pas les plus faciles à faire. Jamais.

 

 

 
 
 
 
 

2 – James Blake – Overgrown (2013)

Ça, c’est plus récent. Je peux l’écouter mille fois, dix mille fois, je pourrais l’écouter tout le temps ! C’est un mec qui se retrouve dans la même situation, sans vouloir tout ramener à nous, dans une démarche où on appelle ça de la néo-pop, de la pop alternative, du coup tu le trouves sur itunes dans « alternatif », de toute façon. C’est juste un putain de génie, quoi, il est super énervant ! C’est purement chanson, et c’est des mélodies tellement pas communes, des accords tellement étonnants, incongrus, mais ça en fait des chansons, pas de la musique expérimentale, pas du free-jazz, nan, le mec fait des chansons pops avec des choses compliquées. Trop trop trop trop trop de respect, c’est trop magique !

 

Il reste accessible même si tu n’as pas une vision technique ?

Exactement. Voilà un des trucs où j’ai justement le moins de prise sur la réal, où je décortique moins, mais où je suis le plus surpris. C’est un bonheur.

 

C’est récent ?

Ça a 4-5 ans, il en a sorti un autre entre temps, qui est très bien d’ailleurs. Mais celui-ci m’a cassé. Il a un morceau, « Retrograde », qui te tue. C’est un tube underground !

 

Tu l’as découvert avec cet album ou tu connaissais déjà avant ?

Il a 3 albums à son actif, j’ai découvert quelques titres avec le premier album (NdR : James Blake), mais j’avais pas approfondi. J’ai tellement kiffé le second que j’ai saigné le premier après. Au début, il m’avait moins accroché parce qu’il y avait beaucoup moins de chansons. C’est quelque chose qui compte, pour moi. C’était beaucoup plus expérimental, beaucoup plus rough, boite à rythme, TR808, très pourri, beaucoup de souffle, en même temps hyper respectable, mais beaucoup moins léché au niveau de la réal. Là, le deuxième, un pianiste de ouf, pas joué au métronome, c’est magique.

 

C’est aussi ce que tu aimerais faire ?

Oui, aussi. Enfin… Faut essayer d’avoir les bons charbons pour trouver du diamant, quoi. Et, ça, mais tout ce que j’ai choisi dans ma sélection, ça fait partie des matières premières. Est-ce que j’aimerais faire ce qu’ils font ? Non. Mais j’adore en retirer l’essence. C’est un carburant de ouf, ces albums, c’est un carburant de malade, que je saigne encore ! Alors que je les connais par cœur, ça me fait encore apprendre des choses quand je les écoute.

 

 

 
 
 
 
 

3 – Sigur Rós – Valtari (2012)

J’ai été surpris. C’est marrant, en plus, je les ai vus y a pas longtemps.

Tu les as vus ? T’as été à la messe. Que dire… En plus, tu connais. C’est un groupe islandais et je pense que c’est la base de tellement de groupes, dans tous les styles ! Tout le monde rêverait de faire du Sigur Rós. Il y en a un qui le disait, c’est le mec de Coldplay. Il disait « si un jour, j’arrive à faire du Sigur Rós, j’aurai réussi ma vie. » Le mec de Muse tient un peu le même discours, alors que son groupe remplit des stades et est limite considéré comme plus important.

 

Ils sont plus connus, en tout cas. 

Ouais. Et de la même manière, si un jour j’arrive juste à toucher du doigt ce que fait ce mec, parce que c’est un groupe, mais derrière il y a surtout un mec, le chanteur-guitariste, et ben ce sera magique. Voilà, je suis comme tous ces mecs. Je me dis que si un jour tu arrives à faire du Sigur Rós en hip hop, je pense que tu peux t’arrêter, quoi.

 

Pourquoi tu as choisi cet album-là en particulier ?

Pour moi, celui-là est iconique. J’arrive à toujours le redécouvrir. Pour moi, celui d’avant était un peu moins léché, et celui d’après a été trop dans la disto, du coup y avait un côté un peu trop facile. Celui-là est entre les deux, évidemment qu’il y a beaucoup de disto et d’effets, rien que jouer de la guitare avec un archet, c’est magique, ça file les larmes aux yeux. C’est tellement beau. Ambient total, ce que maintenant, les gamins appellent « cloud », tu vois. Ils font ça depuis le début, en plus. On pourrait presque dire que c’est de la New Wave redigérée à l’islandaise, quelque part. C’est une bible, cet album. Tous leurs albums, même, je les saigne vraiment tous, mais s’il faut en choisir un, je choisis celui-là, vu que je ne peux pas tous les mettre. Plus de piano, plus intime.

 

Tu n’as jamais eu envie de bosser avec un groupe de Post-rock ?

C’est casse-gueule. Ce que je prépare maintenant, c’est plus influencé par ça mais tout en étant électro-hip-hop. Les musiciens doivent être des ajouts, je ne veux pas m’en servir comme d’un groupe. J’ai du mal à travailler la musique comme ça. Le texte, sans souci, preuve en est tous les side-projects qu’on a fait, mais la composition à plusieurs, c’est casse-gueule. C’est pas quelque chose que j’appréhende avec facilité. Des ajouts, c’est pas dérangeant. Prendre un bon guitariste et lui demander des accords ou un solo, ça peut marcher, c’est pas à exclure, ça ramène un petit supplément d’âme qui peut être bien. Mais pas dans une démarche de groupe.

Pour te dire, ça fait 4 piges que je travaille sur un album solo et je le tiens, je le retiens, je change des micros détails, à la limite j’ai envie de dire que tout est prêt mais que j’y vais pas. Et je pense que dans cette démarche ciselée au millimètre, j’ai besoin que tout me ressemble.

 

 

 
 
 
 
 

4 – JMSN – JMSN (2014)

Ça, c’est super rigolo. C’est la musique de mon été 2014, trop cool, trop peace. Et qu’est-ce que c’est ? Du RnB ! Le truc trop dégueulasse que tout le monde déteste ! Le truc qui te file juste envie de vomir, quoi ! Et là, c’est du RnB bien foutu, bien chanté, moderne, avec un personnage charismatique et pas connu. Un sosie de Justin Timberlake qui, du coup, peut pas faire du Justin Timberlake parce qu’il est déjà là, c’est ce qu’il fait et ça marche pas, et donc il se dit « je vous emmerde, je fais la musique que je veux ». Encore une fois, très jolis accords, très bien composé, c’est un auteur compositeur aussi. D’ailleurs, la trame de tout ça, c’est celle-ci : je crois pas être fan d’interprètes, tous les gens dont on a parlé mis à part Redman sont des auteurs-compositeurs.

 

Redman, c’était une autre époque aussi.

Oui, c’est clair, c’était la période des Beatmakers. Et puis à la limite, c’est tellement son soss, Erick Sermon qui faisait les prods, que c’est presque comme si c’était lui. C’est la même famille ! Mais vraiment, là, pour le coup, je m’étonnais à kiffer du RnB !

 

C’est le seul truc de RnB à te faire cet effet ?

Quand j’étais gamin, j’en ai écouté beaucoup, mais avant qu’on appelle ça du RnB. Moi, j’étais complètement fan de Jodeci, un inconditionnel, donc les vieux groupes des années 80/90, j’ai kiffé la New Jack quand elle est arrivée, et le RnB après. Avant que ça devienne de la soupe. Enfin, pas de la soupe, de la pop, simplement. Ça n’a plus de lien avec le RnB, en fait, c’est décharné.

Bref, ce disque est super, supers titres, super concept visuel aussi, les clips faits sur VHS, camescope, et puis le mec est un super bon chanteur. Une amie m’a offert une place pour un concert de lui à Paris, à la Bellevilloise. Quelques années après, y avait 50000 vues sur ces clips ! Belle découverte, en tout cas.

 

 

 
 
 
 
 

5 – Hans Zimmer – Interstellar Soundtrack (2014) 

Ça me fait chialer. Hans Zimmer me fait chialer, déjà, à la base. C’est le mec qui a réussi, avec des choses simples, donc « pop » pour caricaturer, à faire les choses les plus belles. C’est de la beauté simple, à l’inverse de la beauté complexe de James Blake. Là, c’est de l’évidence, c’est grandiloquent, mais c’est tellement bon !

 

C’est lié au film, ou tu prends la BO à part ?

Le film, j’en parlerais des heures donc on va pas y aller, je suis ultra-fan de SF et c’est un des rares films qui renouvellent le genre… C’est ultra-moderne dans la façon de penser l’Homme au milieu de l’univers, c’est d’une modernité incroyable, c’est le 2001 L’Odyssée de L’Espace des années 2000 ! C’est un film important.

 

Que j’ai pas vu, désolé.

Non, je te le conseille. Nolan est assez fou, c’est un jeune, il doit avoir 35 balais, et tu as vu ce qu’il a derrière, ce qu’il a fait de Batman, par exemple ? C’est un tueur, c’est un futur énorme. Là, il a déjà des succès, mais chaque fois qu’il fait quelque chose, ça tire dans mes références. Là, il est en train d’adapter Akira !

 

Je sais pas trop ce que ça peut donner en film…

J’en sais rien du tout ! Le manga était déjà tellement barré, que c’est dur à dire. En même temps, la thématique est hyper moderne, y a quelque chose de super intéressant. C’est un mec qui a les épaules pour ça. Batman, j’en attendais rien, mais j’étais étonné de voir un mec en faire ça. Et ce qu’il a fait derrière est énorme. Là, il est parti loin. Et puis, il s’embarrasse pas. Il prend Hans Zimmer, et le résultat est magique. J’ai mes places pour le voir à Bercy au mois de juin, d’ailleurs. Je suis super fan de ce qu’il fait. Pour te dire, je fais mes courses et je vois le DVD d’Interstellar en tête de gondole, j’ai les larmes aux yeux ! Déjà, je chiale devant tout, mais là, ça me prend aux tripes direct.

 

Faudrait peut-être que je vois le film pour avoir quelque chose à dire…

Ouais, c’est ça ! (rires)

 

 

 
 
 
 
 

6 – Cannibal Ox – Cold Vein (2002)

C’est les petits frères de El-P ! Une fois que la période Company Flow est passée, il y avait plein de petits morceaux cools, mais pas de groupes iconiques. Et là, Cannibal Ox ! Deux rappeurs new yorkais qui débarquent avec des morceaux tous produits par El-P, et un album magique. Encore maintenant, tu peux l’écouter, vu que c’est hors du temps, c’est le genre de truc que tu peux écouter comme un vieux truc de rock des années 70. Ça ne vieillira jamais. En plus, c’est des thématiques ultra SF ! Là, en gros, si je l’écoute pas, j’ai rien compris ! Ils ont tout pour me parler, SF, des prods de El-P…

 

Je pensais qu’il n’y avait que Gravité Zéro pour faire du rap SF !

Non, le nôtre est sorti avant, donc on peut au moins garder ce mérite-là. Et à l’époque, c’était assez unique, c’était une démarche ultra perso entre Le Jouage et moi. On en refait un, d’ailleurs, sur des thèmes plus geeks rétro, où on ne s’est forcé à sampler et ne s’inspirer que des séries et dessins animés des années 80-90.

 

Ça colle avec la grosse vague de nostalgie actuelle.

Le truc, c’est que c’est notre enfance, donc même pas besoin d’être nostalgique, on l’a encore dans notre tête, on n’a pas besoin d’inventer. Capitaine Flam, Ulysse 31, c’est évident que c’est ce qui nous a construits en tant que gosses. On s’est rendu compte de ça, parce qu’on nous parle souvent des gros auteurs, de Philip K. Dick, d’Asimov, avec des gros films comme Blade Runner, Dune, Star Wars, qui sont effectivement ultimes, pas déboulonnables, mais qui, pour nous en France, sont pas forcément la base de notre construction. Nous, on s’est construit avec le Club Dorothée. Et on s’est construit avec tous ces dessins animés qui étaient souvent basés sur le futur et l’espace. C’est en se rendant compte de ça avec Fred (NdR : Le Jouage) qu’on a décidé de tout axer là-dessus. Justement, ça a du sens, je trouve.

Du coup, c’est très personnel, on n’est pas nostalgiques d’une époque qu’on n’a pas connue. D’ailleurs, on n’est même pas nostalgiques, mais on utilise simplement ces références, qui sont les nôtres.

 

Entretien réalisé par BCG, merci à James Delleck pour le temps qu’il nous a accordé.

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